CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, le 26 janvier 2022. Ambroise Thomas : Hamlet. Boutillier / Croussaud ; Lacombe / Berloffa

CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, le 26 janvier 2022. Ambroise Thomas : Hamlet. Boutillier / Croussaud ; Lacombe / Berloffa. Le héros de Shakespeare inspire les scènes lyriques et l’Hamlet de Thomas a eu le vent en poupe jusqu’à la crise sanitaire ; remarquon sles production srécentes, dont celles de Moshe Leiser et Patrice Caurier (Barcelone, 2003), Olivier Py (Vienne, 2012), ), Cyril Teste (Paris, 2018, reprise à l’Opéra Comique, simultanément à celle qui nous occupe ici. À Saint-Étienne, Nicola Berloffa (Carmen il y a 2 ans) sert la lisibilité de l’œuvre tragique inspiré par le noir shakespearien : l’incommunicabilité des deux amants, Hamlet et Ophélie ; le premier habité, submergé par l’assassinat de son père (dont le fantôme l’exhorte à la vengeance), emmuré dans le crime à laver, étranger aux autres ; la seconde, dépassée et trop fragile face à l’apparente froideur du prince, tout occupé ici à scénariser la pantomime de Gonzague et de Genièvre, véritable pamphlet qui dénonce le crime commis…

Scènes de foules, réalisme du couple royal illégitime (et aussi des deux fossoyeurs au dernier acte, épatants et mordants), tout concourt à placer le spectateur aux côtés d’Hamlet, face à l’horreur dont il est le témoin et l’acteur rebelle.

 

 

 

Réussite lyrique à Saint-Étienne

Belle production d’Hamlet
portée par le couple Hamlet / Ophélie :
JĂ©rĂ´me Boutillier / Jeanne Croussaud

 

 

 

saint-etienne-jerome-boutillier-jeanne-coursaud-saint-etienne-critique-opera-review-classiquenews

 

 

Particulièrement crédible, Jérôme Boutillier fait un Hamlet, prince d’Elseneur, plein d’ardeur, de passion, de finesse rentrée… (« Ô vin, dissipe la tristesse » est entre autres, d’une riche amertume), quand Jeanne Croussaud aux coloratoures agiles, incarne une Ophélie, en ange damné, s’enfonçant progressivement dans la douleur la plus sombre jusque dans la scène de folie, d’une juste épure, d’une bouleversante finesse. Le Laërte de Jérémy Duffau est de la même trempe : juste, doué d’une vie intérieure comme l’Horatio de Gabriel Saint-Martin et le Marcellus du brillant Yoan Le Lan. Puis saluons surtout, la crédibilité du couple royal questionné par Hamlet : Emanuela Pascu (Gertrud, ample mais sobre), et Jiwon Song (Claudius, de belle prestance et parfois inintelligible mais toujours musical)

Le chĹ“ur (masquĂ©) et l’Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, sous la direction de Jacques Lacombe puissants et prĂ©cis, rĂ©vèlent tout ce que le drame recèle de forces cachĂ©es et souterraines. Le travail entre les pupitres recherchent la clartĂ© et la nuance, jamais le clinquant. RĂ©servant aux solos instrumentaux, le relief intĂ©rieur qui sied… (cor – au dĂ©but du fameux monologue d’Hamlet-, hautbois, clarinette, violoncelles… sans omettre la couleur spĂ©cifique des saxophones que Thomas use ici pour la première fois en orchestrateur captivant). La captation vidĂ©o rĂ©alisĂ©e laisse espĂ©rer une prochaine Ă©dition dĂ©jĂ  très attendue…

 

 

 

—————————————————————————————

CRITIQUE, opéra. SAINT-ETIENNE, Grand Théâtre Massenet, le 26 janvier 2022.

Hamlet: JĂ©rĂ´me Boutillier
Ophélie : Jeanne Crousaud
Claudius : Jiwon Song
Gertrude : Emanuela Pascu
Laërte : Jérémy Duffau
Le Spectre : Thomas Dear
Marcellus : Yoan Le Lan
Horatio : Jean-Gabriel Saint-Martin
Polonius : Thibault de Damas
1er fossoyeur : Antoine Foulon
2ème fossoyeur : Christophe Berry

Choeur lyrique Saint-Etienne Loire
Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire

Direction musicale : Jacques Lacombe
Mise en scène et costumes : Nicola Berlotta
Photos : © Hubert Genouillac