Le Festin de l’AraignĂ©e de Roussel

roussel Albert-Roussel-resize-1-500x450France Musique, Mercredi 23 décembre 2015. 14h, Roussel : Le Festin de l’Araignée. L’opus 17, est rarement joué intégralement aujourd’hui, alors que sa savante et très cohérente architecture rend hommage à la journée de travail et de capture d’une araignée besogneuse : l’admiration de Roussel pour l’insecte n’a rien de terrifiant ni de chaotique, c’est plutôt par son activité, sa vitalité rythmique (fait saillant de l’ écriture roussélienne), un portrait grandiose et très ambitieux, confiant à l’épopée de l’intelligence arachnéenne. Le prétexte animalier verse dans une féerie entomologique où dans le ballet original, l’image de danseurs pris au piège de la toile tissée verticalement fit grande impression. Qui se souvient aujourd’hui de la réalisation chorégraphique de la partition ? Même si elle est surtout jouée sous forme d’une réduction en forme de « Suite », la partition du Festin s’impose à chaque écoute par sa science instrumentale et sa perfection orchestrale : un modèle de développement certes à programme, donc d’une certaine façon descriptive, mais pourtant a contrario de son sujet fédérateur, c’est surtout le souffle poétique en tant que musique pure qui saisit immédiatement.

 

 

 

L’écriture ravélienne de Roussel s’impose dans

Le festin de l’araignée, une conscience animale ?

 

 

 

D’ailleurs, si le titre renseigne sur l’action de l’insecte; son festin évident, l’araignée est elle même victime d’une mante religieuse. Dès le prélude et son solo de flûte, Roussel convoque la sensation de la nature, développe une étonnante acuité à ressentir et exprimer la fine et presque indétectable vibration du microcosme, selon les heures de la journée. l’entrée des fourmis, la danse du papillon, puis son agonie, l’éclosion puis la mort et les funérailles de l’Ephémère… sont quelques jalons d’une épopée animalière qui captive par la précision d’une écriture d’une rare intelligence et d’une exceptionnelle caractérisation instrumentale. Le génie de Roussel tire l’anecdote au rang universel : la noblesse et la justesse dans l’enchaînement de chaque tableau, assimilant l’univers des insectes, au sort tragique, au monde des sentiments humains, offrent un rare paysage naturel où la vérité, l’acuité du compositeur entomologiste renforcent notre empathie naturelle et presque irrésistible pour ce monde passionnant. Jamais l’écriture pointilliste orchestrale n’est aller aussi loin dans l’évocation du monde animal. Si Saint-Saëns dans son Carnaval des animaux, recherche en esthète, la stylisation élégante de l’évocation, Roussel, hyperréalisme et pointilleux, sait capter et le désarroi des figures convoquées, et leur parenté « émotionnelle » avec le monde humain. Et si les insectes étaient doués d’une âme ? Sans le savoir, Roussel nous parle surtout de conscience animale.

 

France Musique, mercredi 23 décembre 2015. Albert Roussel : Le Festin de l’Araignée, opus 17. Orchestre national de France. Bruno Mantovani, direction.

 

 

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencLa version de référence au disque du Festin de l’Araignée de Roussel : l’alchimiste Jean Martinon. Succombez à l’ivresse sonore surtout instrumental, au flux du continuum orchestral de la version de référence signée Jean Martinon (1971, Orchestre national de l’ORTF, ballet intégral d’une durée de 31mn). D’une sensibilité pointilliste capable de servir aussi l’architecture dramatique puissante sous l’anecdote (dernier tutti avant la reprise du motif d’introduction : d’une mécanique allusive magicienne et ravélienne, cf. les derniers accords sur fond de harpe).
Clarinette, hautbois, bassons employés avec une intelligence rare chacun en leur identité de timbre finement caractérisé, apportent une coloration envoûtante, celle d’une orchestration somptueuse, sensuelle et d’un fini, inouï.

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

martinon jean the late years 1968-1975 reviex presentation account of comptre rendu critique classiquenews cd coffret 14 cd erato warnerclassics2564615497CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015. Erato Ă©dite les archives lĂ©gendaires contenant le testament artistique du chef Jean Martinon (1910-1976), baguette gĂ©nialement dĂ©taillĂ©e et d’une transparence idĂ©ale qui a fait vibrer et palpiter comme peu avant lui, les joyaux du symphonisme français, ceux signĂ©s Albert Roussel en particulier (le chef qui Ă©tait aussi compositeur a Ă©tudiĂ© la composition avec Roussel justement, d’oĂą sa profonde admiration / connaissance de l’Ă©criture rousselienne). Directeur musical du National de France de 1969 Ă  1973, Martinon enregistre plusieurs sommets orchestraux qui aujourd’hui rĂ©vèlent l’acuitĂ© incandescente de son geste… D’ailleurs les 3 premiers cd abordent ballets et Symphonies de Roussel, transfigurĂ©s par une direction exemplaire en tout point. Un accomplissement rare qui demeure une rĂ©alisation mythique (et qui fait donc l’attrait particulier du coffret ERATO 2015).

A la tĂŞte de l’Ortf, le chef français rĂ©alise un cycle d’enregistrements miraculeux

Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz…

Jean Martinon, habité par la grâce

 

CLIC_macaron_2014La direction de Martinon profite de son activitĂ© de compositeur (comme un Boulez aussi) : trĂ©pidation rythmique, puissance Ă©motionnelle, souffle Ă©pique, d’une prĂ©cision analytique et surtout d’un intensitĂ© poĂ©tique qui porte l’ivresse et l’extase d’Ariane dans les bras du Bacchus danseur (6), vĂ©ritable agent de la transe et de la mĂ©tamorphose qui conduit l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e Ă  sublimer son destin, de tragique, bientĂ´t miraculeusement sauvĂ©e. L’Ă©lève de Munch, Ă  qui l’Orchestre de Chicago propose la succession de Reiner, apporte Ă  Paris (il Ă©tait aussi violoniste), sa grande sensibilitĂ© et son expĂ©rience affĂ»tĂ©e des partitions.
Le rĂ©veil d’Ariane est un morceau d’anthologie de toute la littĂ©rature symphonique française, portĂ© par un Roussel au sommet de sa sensibilitĂ©. L’activitĂ© de l’orchestre, le dĂ©tail instrumental, le geste millimĂ©trĂ© et riche de mille nuances du chef français accrĂ©ditent a très haute valeur de ce coffret dans sa globalitĂ© : jamais la matière orchestrale ciselĂ©e avec autant de raffinement et de subtilitĂ© dramatique n’aura Ă  ce point exprimer l’incandescente progression de l’action : transformation de l’endormie en nouvelle âme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e grâce Ă  la magie de l’amour et d’une rencontre imprĂ©vue. Le 10 tire des larmes : baiser des deux amants ressuscitĂ©s oĂą le chant de l’orchestre atteint un sommet d’extase langoureuse oĂą règne surtout le geste filigranĂ© d’un maĂ®tre maestro. Ne serait-ce que pour son legs Roussel, sublimĂ© par une connaissance miraculeuse, le coffret mĂ©rite le meilleur accueil : un corpus Ă  Ă©couter d’urgence par tous les mĂ©lomanes. A la tĂŞte de l’orchestre national de l’ORTF, en 1969 (Bacchus et Ariane, Suites 1 et 2 enchaĂ®nĂ©es) puis en 1971 pour Le Festin de l’AraignĂ©e (autre splendeur absolue et de surcroĂ®t lecture du ballet intĂ©grale), Jean Martinon se montre d’une prodigieuse activitĂ©, dramatique et poĂ©tique d’une grâce irrĂ©sistible. L’ivresse et l’analyse opèrent une mĂŞme alchimie superlative pour les Symphonies 2 opus 23 et n°3 opus 42 avec le mĂŞme orchestre en 1969 et 1970 (cd2). Quand le cd3, offre le trop rare mais exceptionnel ballet Aeneas opus 54 sur le livret de Joseph Weterings, 13 Ă©pisodes d’une maturitĂ© poĂ©tique identique, (mĂŞme orchestre pilotĂ© en dĂ©cembre 1969 avec choeur) : caresse Ă©perdue des violoncelles, chambrisme scintillant des bois et des cuivres… Martinon produit une leçon de direction habitĂ©e, filigranĂ©e lĂ  encore oĂą le chant naturel des instruments exprime au plus juste le dĂ©voilement des sentiments secrets, l’activitĂ© de la psychĂ© qui tire les ficelles du destin d’EnĂ©e et de Didon.

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencAutre rĂ©vĂ©lation et sommet de l’interprĂ©tation des annĂ©es 1968 : la Symphonie en rĂ© de Franck (avec la national de l’Ortf toujours) dont Martinon dès le dĂ©but (lento) faire resplendir une sonoritĂ© lugubre et cosmique, pleine de mystère et de souffle Ă©pique, oĂą passe le grand frisson wagnĂ©rien : voilĂ  ce fameux wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ© spĂ©cifiquement par Franck et qui le diffuse avec cette Ă©lĂ©gance et cette pudeur tragique Ă  la fin du XIXè en France (la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck est crĂ©Ă©e en 1889). A Martinon qui fut aussi un grand MalhĂ©rien (comme Bernstein Ă  la suite de Walter), revient le mĂ©rite de nous faire entendre la gravitĂ© fantastique d’une partition dont il rĂ©tablit les justes proportions, et comme la vibration souterraine de sa gĂ©ographie tectonique, les dimensions chthoniennes, enfouies enfin rĂ©vĂ©lĂ©es, Ă  la fois colossales et intimes, d’une spiritualitĂ© qui se rĂ©vèle dans le second mouvement (allegretto, Ă  la fois andante et scherzo : fusion gĂ©niale) : Ă  travers des tempos ralentis, Ă©tirĂ©s mais suspendus et profonds… quelle comprĂ©hension supĂ©rieure, quel chatoiement orchestral. La baguette est acĂ©rĂ©e et vive, et tout autant brumeuse et Ă©nigmatique. Du très grand art. MĂŞme accomplissement pour la Symphonie en ut de Paul Dukas, autre Ă©blouissement sonore, profond et subtilement Ă©noncĂ© (1972). CrĂ©Ă© en 1897, Dukas prolonge les expĂ©riences dans le domaine de Saint-SaĂ«ns, Lalo, D’Indy, Franck, Chausson… C’est donc la lecture d’un jalon rĂ©capitulatif et comme synthĂ©tique de toute la tradition symphonique romantique française que rĂ©ussit Martinon.  Le maestro parvient malgrĂ© l’ampleur parfois colossal de l’effectif et de la matière sonore, Ă  prĂ©server toujours clartĂ©, transparence, jouant sur le voile irrĂ©mĂ©diablement dĂ©pressif des cordes. La rĂ©vĂ©lation vient aussi de l’ouverture Polyeucte que sa perfection structurelle et son souffle dramatique oriente vers la forme d’un poème symphonique de près de 16mn. ElĂ©gantissime et profond, Martinon fait surgir Ă  travers les influences du jeune Dukas (26 ans), celles de Wagner et de Franck, un tempĂ©rament hors du commun pour le dramatise vĂ©nĂ©neux, empoisonnĂ© par les brumes inquiĂ©tantes, plongeant dans une psychĂ© tourmentĂ©e et profondĂ©ment tragique. L’Ă©clat mordorĂ© noir voire solennel de Dukas d’un caractère mĂ©ditatif (l’harmonie des bassons doublĂ©e par le cor anglais) Ă©tend ses formidables vertiges suspendus repris aux cordes et aux cuivres. Le geste fluide, aux rĂ©sonances vĂ©nĂ©neuse affirme l’affinitĂ© manifeste du chef avec les derniers romantiques hexagonaux, prodigieux auteurs Ă  l’Ă©poque de Wagner et de Franck. Polyeucte dĂ©vorĂ© intĂ©rieurement entre son amour pour Pauline et sa foi de chrĂ©tien responsable, a tout du hĂ©ros embrasĂ© cornĂ©lien. Crispations ultimes, dĂ©chirements et dĂ©flagration du destin contraire, laissent enfin dans la dernière partie, le flux impĂ©tueux suspendu, rĂ©dempteur de la harpe, Ă  l’image de la Symphonie en rĂ© de Franck (1889, modèle absolu). La partition crĂ©Ă©e en 1892 est un chef d’oeuvre mĂ©connu que Martinon avait dĂ©jĂ  compris comme personne.

 

L’acuitĂ© du symphonisme romantique et postromantique de Martinon trouve ici d’autres jalons incontournables : La PĂ©ri du mĂŞme Dukas (1971), La tragĂ©die de SalomĂ© de Schmitt opus 50 (1972), une saisissante Fantastique de Berlioz suivie de son volet complĂ©mentaire et nĂ©cessaire LĂ©lio ou le retour Ă  la vie (1972 et 1973), la Symphonie espagnole de Lalo opus 21 avec l’excellent Oistrakh (avec le Philharmonia Orchestra, Londres 1954). Autre must absolu. Les bĂ©nĂ©fices du coffret sont inestimables. Mais il y aurait tant d’autres splendeurs Ă  souligner dans ce coffret majeur : le Poème de Chausson avec Perlman (1970), la Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (Marie-Claire Alain, 1970, comme celle de Franck d’un souffle hallucinant), Cydalise de PiernĂ© de 1970, et Pacific 231 d’Honegger (1971), Les Escales d’Ibert (1974), la Symphonie n°4 de Schumann (avec l’orchestre mondial des jeunesses musicales, 1975), le ballet intĂ©gral El sombrero de tres picos de Falla (live de 1972)…

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueVoilĂ  un nouveau coffret qui complète heureusement le coffret prĂ©cĂ©dent Ă©ditĂ© par Sony classical dĂ©diĂ© Ă  l’Ĺ“uvre de Martinon Ă  la tĂŞte du Chicago Symphony Orchestra (10 cd RCA, entre 1964 et 1969) soit juste avant les accomplissement Roussel avec l’Ortf. C’est peu dire que Martinon rĂ©alise Ă  Chicago une travail Ă©blouissant que son successeur Solti saura cultiver et faire fructifier… De l’un Ă  l’autre, s’affirme une mĂŞme direction ciselĂ©e, d’une profondeur et d’une subtilitĂ© qui laissent sans voix. Jean Martinon est bien un immense chef français Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

CLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. Collection ICON. CLIC de classiquenews de septembre 2015

CD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969)

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueCD. Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Le coffret Sony classical regroupe quelques unes de perles inestimables du Martinon amĂ©ricain alors au sommet de sa vibrante sensibilitĂ© orchestrale, comprenant la fin de son engagement Ă  la direction musicale du Chicago Symphony Orchestra soit 10 albums, Ă©ditĂ©s dans leurs pochettes et prĂ©sentations recto / verso d’origine, entre 1964 et 1969 (avec toutes les notices originelles). Le chef qui devait ensuite (1969 Ă  1973) se dĂ©dier au National de France, laisse ici une empreinte forte de son hĂ©ritage symphonique. A ceux qui pensent que son activitĂ© Ă  Chicago ne fut qu’un passage, l’Ă©coute des bandes tĂ©moignent d’une finesse d’approche irrĂ©sistible, Martinon opĂ©rant par clartĂ©, mesure, Ă©quilibre, transparence, rĂ©ussissant dès le premier album (Ravel et Roussel, les piliers de son rĂ©pertoire) une plĂ©nitude de son et une profondeur dans l’approche, idĂ©ales. La suite n°2 de Bacchus et Ariane saisit par sa langueur Ă©lĂ©gantissime, aux rĂ©sonances de l’ombre, une lecture introspective d’une infinie poĂ©sie qui fouille jusqu’Ă  la psychanalyse le dialogue du dieu et de son aimĂ©e enivrĂ©e….

 

 

 

Eteint en 1976, le Français Jean Martinon réalise une carrière mirifique qui passe par la direction du Chicago Symphony Orchestra

Miroitant symphonisme de Martinon

 

Martinon Jean 4CLIC_macaron_2014Trop courte approche qui prolonge ses excellentes gravures pour Philips de 1954 : fragilitĂ© palpitante, agogique murmurĂ©e, le chef semble Ă©tirer le temps et recrĂ©er l’oeuvre en creusant chaque mesure, lui apportant une rĂ©sonance Ă©nigmatique et spirituelle d’une incroyable puissance suggestive. Que ce chef a Ă  nous dire, laissant contradictoirement, la partition respirer par elle-mĂŞme, dĂ©voilant d’insondables richesses sonores, d’imprĂ©visibles failles mystĂ©rieuses qui alternent avec des frĂ©missements Ă©chevelĂ©s d’insectes conquĂ©rants… De l’ombre Ă  la transe, la traversĂ©e bouleverse par son intelligence, sa sensualitĂ©, sa prĂ©cision et sa dĂ©licatesse rythmique.Ce Roussel est l’enregistrement le plus ancien du legs Sony (il s’agit des archives RCA), remontant Ă  novembre 1964 (mais Martinon connaĂ®t son Roussel depuis au moins 10 ans dĂ©jĂ !). Le Ravel (Daphnis et ChloĂ©) dĂ©ploie une opulence flamboyante, exploitant toutes les ressources de l’orchestre en combinaisons sonores et instrumentales, en nuances millimĂ©trĂ©es. Du grand art.

 

CT  CTH ARTS CSOSymphoniste scintillant et dramatique, Martinon domine très largement aussi l’interprĂ©tation de Varèse (Arcana) et Frank Martin (Concerto pour 7 instruments Ă  vent, Chicago mars 1966) ; de mĂŞme Nielsen (et sa Symphonie n°4 “inextinguible”, octobre 1966), L’ArlĂ©sienne, Suites 1 et 2 (avril 1967) ; l’Ă©blouissant Mandarin merveilleux (Suite de concert, avril 1967) ; très intĂ©ressant, le programme du cd 6 qui regroupe la Symphonie n°4 de Martinon (Le jardin vertical : Adagio misterioso : un Ă©cho du christianisme sincère et hautement spirituel de l’auteur qui fut aussi un alpiniste assidu – la partition lui a Ă©tĂ© commandĂ©e pour les 75 ans de l’Orchestre de Chicago), et la n°7 en un mouvement (mais 8 sĂ©quences caractĂ©risĂ©es) de Peter Mennin (1923-1983), l’un des plus europĂ©ens des compositeurs amĂ©ricains (ses 9 symphonies sont composĂ©es avant 30 ans). Le cd 8 est un enchantement ravĂ©lien (Rapsodie espagnole et surtout, manifeste d’intelligence et de raffinement Ă©quilibrĂ©, Ma Mère l’Oye, Chicago, avril 1968). L’Ă©nergique et lumineuse Symphonie n°1 de Bizet (douĂ©e d’un tension ciselĂ©e aux cordes ce dès le premier mouvement) comme le Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© de Mendelssohn respectivement enregistrĂ©s en avril 1968 et mai 1967, attestent de la maturitĂ© artistique de l’orchestre nĂ©e de sa complicitĂ© avec le chef Français. Ce legs de l’intĂ©grale enregistrĂ© Ă  Chicago montre le degrĂ© d’accomplissement et d’approfondissement artistique auquel un maestro hexagonal a su mener l’un des meilleurs orchestres amĂ©ricains : l’Ă©largissement du rĂ©pertoire, la culture de la musique de son temps, le retour rĂ©gulier tel un ressourcement salutaire, aux impressionnistes français dĂ©notent une claire conscience musicale qui savait jouer et penser la musique : ici se situe sa proximitĂ© avec Furtwängler qu’il apprĂ©cia etpu observer, plus que tout autre… Après Martinon, parfait continuateur de son prĂ©dĂ©cesseur Fritz Reiner, c’est Solti qui recueillera les fruits du Français menant la phalange jusqu’Ă  l’incandescence, au dĂ©but des annĂ©es 1970.

 

 

Jean Martinon (1910-1976) : Chicago Symphony Orchestra. The complete recordings (10 cd RCA Sony classical. 1964-1969). Parution annoncée le 16 mars 2015.