FESTIVAL INVENTIO 2022 : « Notes de VOYAGES ». Entretien avec Léo Marillier, directeur artistique

inventio-festival-edition-2022-leo-marillier-annonce-concerts-classiquenewsFESTIVAL INVENTIO 2022 : « Notes de VOYAGES ». Entretien avec LĂ©o Marillier – En Seine-et-Marne, LĂ©o Marillier, violoniste explorateur, rĂ©invente la notion de Festival en cultivant “l’art de glisser des allusions, des fenĂŞtres de dĂ©couvertes dans le grand rĂ©pertoire”… un vertige “qu’exacerbe la musique de chambre”. Un festival rĂ©ussi est une expĂ©rience atypique qui doit susciter le vertige voire le choc. Peu de manifestations rĂ©ussissent ce tour de force. Mais le Festival INVENTIO est en passe d’en devenir un modèle pour tous. Pour son directeur artistique, LĂ©o Marillier, Ulysse est un voyageur en errance, Ă  la fois « étranger et rattaché ». Le parcours d’Ulysse Ă  travers la vision d’Homère et de James Joyce inspire pour le festival INVENTIO 2022, (intitulĂ© « Notes de voyages », 7ème Ă©dition), un cycle d’« îles-concerts », chacune marquĂ©e par une forte caractĂ©risation artistique oĂą s’exposent les notions de familiaretĂ© et d’étrangetĂ©, que le violoniste hors normes, en vĂ©ritable explorateur des nouvelles formes et expĂ©riences musicales, prĂ©sente et explicite pour CLASSIQUENEWS. Toujours il s’agit de placer le spectateur / l’auditeur en situation critique, oĂą la dĂ©couverte et la surprise posent le cadre idĂ©al Ă  l’enrichissement, vers le questionnement voire l’accomplissement sinon la rĂ©vĂ©lation… Entretien exclusif.

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Le 19 mai dernier, pour lancer la 7è Ă©dition du Festival INVENTIO, aux cĂ´tĂ©s du comĂ©dien Vincent Morieux (Ă  droite), LĂ©o Marillier (Ă  gauche) joue la “Fantaisie théâtrale” qu’il a Ă©crit, inspirĂ©e de Joyce : “L’Autre Ulysse”, prĂ©ambule manifeste au Festival 2022 (DR).

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CLASSIQUENEWS : Quelles passerelles entre « Ulysse » d’Homère et de James Joyce, figure tutélaire de cette septième édition du Festival Inventio et les concerts que vous présentez cette année ?

marillier-leo-violon-inventio-festival-rochberg-variations-classiquenews-concerts-festival-opera-annonce-critique-opera-cdLÉO MARILLIER : « Heureux qui, comme Ulysse, a beaucoup voyagé ». Heureux ? Ulysse, condamné à errer et survivre aux dix ans de son retour en son Ithaque ? Ulysse a-t-il accompli un voyage qui fait de lui un héros ou un homme ? Inventio explore en 2022 ce thème de la nostalgie, de l’endurance-errance, du plaisir, et finalement après un départ de l’édition symbolisé par la fantaisie théâtrale « L’Autre Ulysse », nous faisons escale dans des « îles-concerts ». En écho à Homère, je propose d’articuler autour de James Joyce le programme : ce dernier a réalisé avec son propre « Ulysse » une réaffirmation moderne, vive, comique, anodine et cosmique de la légende homérique. Cette variété d’épithètes pour décrire Joyce autant qu’Homère vient de ce dernier : en grec, polytropos (qui est dans le texte la première tentative pour caractériser Ulysse) signifie inventif, rusé, roublard, vif, errant, souple. Ce sont les voyages qui nous rendent ainsi, à la fois étrangers et rattachés.
De même que dans une bibliothèque, peuvent se trouver Céline à côté de Franquin, et forcer sinon à une comparaison, du moins à une réflexion, de même un programme musical doit faire cohabiter les notions subjectives de familiarité et d’étrangeté. C’est aussi l’étrange, l’étranger qui irrigue la pièce d’ouverture de l’édition : « l’Autre Ulysse » et aussi les concerts. Est-on surpris ? Est-on heureux véritablement, à l’écoute du troisième trio de Schumann ? Quelle est cette sensation de mettre l’oreille sur une pièce inconnue, nouvelle, de poser le pied sur un nouveau continent ? Comment rendre, par des moyens classiques, l’exotisme, comme le fait Jean-Philippe Rameau ? Ou bien ériger des ponts entre culture sud-américaine et Beethoven? Un concert de trio à cordes explorera la musique balkanique-méditerranéenne, cette branche si unique par sa tradition orale, son rapport natif au langage parlé. Jean Cras, navigateur et compositeur, aura sa place cette année, dans une de ses œuvres où la tendresse et la mélancolie se mêlent.
A l’instar de Joyce, dont l’Odyssée se déroule sur l’unique journée du 16 juin 1904, Janáček se propose de mettre en musique une journée (1er octobre 1905) qui aurait été oubliée sans la chronique émouvante de celle-ci. Exilés, Villa-Lobos et Ligeti se font les porte-parole de leurs héritages mariés à la musique savante. George Rochberg lui, saisit l’héritage même de la musique savante,et fait une œuvre-monde à partir du thème du 24ème caprice de Paganini, faisant-défaisant ce dernier à l’instar de la Pénélope homérique. Elliott Carter, dans sa dernière œuvre, composée à 103 ans, dresse dans ses Epigrammes, la chronique d’une vie de recherche et d’expression. Ulysse, l’Odyssée parlent aussi la langue de la nature déchaînée, des rumeurs du monde, explorées par Andrew Norman. Cette rumeur, Xenakis en a fait une science puis un art tout personnel de découverte de la nature profonde du vivant. Et au milieu de ces éléments, le retour d’Ulysse est peut-être plus puissant encore, chargé de promesses, de mémoire, d’abandon : la sonate pour piano op.110 de Beethoven vient illuminer cette édition.

En résumé, ce qui me frappe chez Joyce, et que je tente de reprendre dans la fantaisie théâtrale puis dans les concerts de l’édition « Notes de voyage », c’est l’idée de la fulgurance, de la flèche de la fantaisie, de l’objet artistique, esthétique, sur lequel les sens, l’ouïe, et l’esprit finissent presque par buter tant il est unique.

Premier cosmopolite, Joyce a beaucoup irriguĂ© ma rĂ©flexion sur le programme 2022, sur la manière d’attirer le public vers l’inconnu, l’étrange, sur l’art de glisser des allusions, des fenĂŞtres de dĂ©couvertes dans le grand rĂ©pertoire. Ce vertige, on peut le trouver avec l’intimitĂ© profonde, noyau de la musique de chambre, et le mĂ©tissage cosmopolite des programmes. J’ai privilĂ©giĂ© la rencontre, l’errance entre les Ă©poques et les rĂ©pertoires. Le premier concert, par exemple, oĂą je joue en trio avec piano, en compagnie de RaphaĂ«l ChrĂ©tien et David Saudubray, verra deux trios – apparemment proches, le second de Brahms et le troisième de Schumann -, se dĂ©faire de leurs apparences et ressemblances grâce Ă  la jonction des superbes « Epigrams » d’Elliott Carter, Ă©piphanies musicales s’il en est. On suivra la pianiste Yuiko Hasegawa mettant cĂ´te Ă  cĂ´te Beethoven et Ravel, ce qui pourrait sembler risquĂ©, mais la construction faite de dĂ©rives du reste du programme : Janáček et Ligeti ainsi que « Disparve per lo foco » (l’une de mes pièces pour piano crĂ©Ă©e pour l’édition) servent de points de ralliement. Le quintette de cuivres « Solstice » dirigĂ© par AndrĂ© Feydy prĂ©sentera des transcriptions de sa plume mises en regard avec des poĂ©sies sur le thème du voyage, rĂ©citĂ©es par Jacques BonnaffĂ©. A leur tour, Samuel Casale et Arzhel Rouxel, prĂ©senteront ce mĂŞme thème Ă  la flĂ»te et au piano, dans des itĂ©rations plus hallucinĂ©es et intimes.

Après la création de « L’Autre Ulysse », rendez-vous pour la projection du splendide film de John Huston « The Dead », adaptation touchante de la dernière nouvelle des « Gens de Dublin » de Joyce, qui est peut-être ce qu’il a fait de plus parfait, concis et surprenant et antichambre d’ « Ulysse ».

 

En Seine-et-Marne,
LĂ©o Marillier, traducteur et lecteur d’Ulysse, fondateur d’INVENTIO,
réinvente la notion de Festival

… l’art de glisser des allusions,
des fenêtres de découvertes
dans le grand répertoire…
un vertige qu’exacerbe la musique de chambre

 

 

CLASSIQUENEWS : Votre activité comme chambriste chevronné influence-t-elle la programmation du festival ?

Léo Marillier joue les 51 caprice variations de George ROCHBERGLÉO MARILLIER : Très certainement ; mon propre développement avec le répertoire a coïncidé avec la naissance du festival Inventio il y a sept ans, ma connaissance de ce dernier avec celle du répertoire. J’essaie de donner au festival un succédané de ce qu’une année de concerts et de réflexion me propose. C’est la raison d’être du festival que de profiter de lieux uniques pour tenter de toucher et titiller de toutes les manières l’oreille, et que la musique de chambre exacerbe. La cohabitation, ou l’entente même entre la musique contemporaine et le répertoire classique, peut, doit ouvrir les portes de la perception, l’une irriguant l’autre, la musique contemporaine pouvant refondre rétroactivement une forme sonate, une cadence parfaite ; et de même pour les interprètes, cette cohabitation permet une fraîcheur. Même travail pour rayer la différence entre musique écrite et musique de tradition orale, comme avec le duo Julia Sonoimeri à l’accordéon et Clément Roger à l’euphonium et le duo de guitares Kappes-Ramond.

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle expérience artistique privilégiez-vous avec vos partenaires instrumentistes à chaque édition?

LÉO MARILLIER : Je cherche un certain lâcher-prise, presque un dépaysement avec mes partenaires. Que ce soit dans la préparation, ou dans l’action du concert. Atteindre une étape de travail et de familiarité, une connaissance de l’œuvre qui permette de se défaire de soi pour arriver à n’être qu’un lien avec l’autre – parfois ce lien est étrange, selon les œuvres – mais il est toujours unique. Je bâtis les programmes selon la confiance qui fait cohabiter les instrumentistes au sein d’un même objectif – car le lâcher-prise requiert cette confiance presque aveugle mais en tout cas jamais sourde… De même l’édition 2022 offre aux festivaliers de prendre part à des ateliers de chant choral et des ateliers de musicothérapie pour engager cette question du lâcher-prise et de l’ouverture.

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les nouvelles “pistes” musicales et artistiques que vous tentez d’explorer et de rĂ©aliser pour Inventio ?

LÉO MARILLIER : Ce qui me tient Ă  cĹ“ur, c’est de faire participer le lieu Ă  la construction du programme. Une salle de concert a beau avoir Ă©tĂ© traversĂ©e par tel ou tel interprète, elle n’en demeure pas moins relativement neutre. Les lieux du festival, eux, sont chargĂ©s et y pĂ©nĂ©trer est dĂ©jĂ  participer d’une nouvelle histoire. Les Ă©glises possèdent une aura particulière qui invite Ă  l’écoute : cette annĂ©e, l’église de Villegagnon, village du personnage exceptionnel de Villegagnon, ami de Ronsard et de Rabelais, conquĂ©rant Ă  la carrure de hĂ©ros de roman qui a tentĂ© de concilier l’idĂ©al chevaleresque du moyen-âge et les idĂ©es nouvelles de la Renaissance sur le monde, et sa foi ; cette conviction l’a conduit  Ă  mener une expĂ©dition au BrĂ©sil  oĂą l’Ă®le de la baie de Janeiro porte encore son nom…. Evidemment, les interprètes n’y sont ni Ă  la chaire ni Ă  l’autel, mais prĂ©sentent un programme taillĂ© pour eux-mĂŞmes et pour le lieu. Ma piste constante est l’exploration de ces lieux, et ces dernières annĂ©es j’ai voulu privilĂ©gier les ensembles hĂ©tĂ©rogènes, les Ĺ“uvres qui articulent ces lieux, les structurent, rendent leur vibration possible plutĂ´t que latente (ainsi, les flèches acĂ©rĂ©es d’un Bartok, l’ordre mobile et faisant foi de l’Art de la Fugue de Bach…). Cette considĂ©ration me permet, en tant que directeur artistique de questionner le lieu, ses possibilitĂ©s, dialoguer avec les interprètes Ă  ce sujet qui le transmettent instantanĂ©ment au public : c’est cette Ă©nergie qui me traverse Ă©galement lorsque je joue lors du festival. Il s’agit de rendre le lieu adĂ©quat, l’interprète et le public aussi.
Les formations faites d’instruments complĂ©mentaires et diversifiĂ©s en termes de famille m’intĂ©ressent beaucoup aussi. Comment parvenir Ă  concentrer l’écoute, leur donner leur focus grâce Ă  ces lieux exceptionnels et insolites transformĂ©s en scènes Ă©phĂ©mères : la Galleria Continua Les Moulins, ancienne papeterie dont les roues hydrauliques, les charpentes et poutres mĂ©talliques apparentes, irriguĂ©e aujourd’hui par l’énergie d’œuvres monumentales de Daniel Buren, Anish Kapoor…, le MusĂ©e vivant du Chemin de Fer situĂ© dans la rotonde de Longueville regorgeant de machines Ă  vapeur colossales datant de 1866 Ă  1943, le kiosque d’Everly, lieu tĂ©moin de la modernitĂ© du compagnonnage, adossĂ© au Parc naturel de la BassĂ©e, et sur les bords de Marne, fait de mĂ©tal, de toile, de bois, et surtout de poĂ©sie se dresse le Chapiteau de la FertĂ©-sous-Jouarre et sur le quai D de la gare d’Asnières-sur-Seine, le badaud n’a qu’Ă  pousser une porte dĂ©robĂ©e et le voilĂ  au Théâtre du Voyageur…

 

 

ULYSSE – LÉO : d’Ulysse Ă  l’Autre Ulysse…

 

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CLASSIQUENEWS : Les festivaliers vous ont découvert acteur et auteur dramatique lors du premier événement artistique 2022 à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (le 19 mai dernier). Pouvez-vous nous préciser votre relation personnelle à Joyce qui a semble-t-il influencé l’écriture de votre « fantaisie théâtrale », « L’Autre Joyce » ainsi créée à Paris ?

LÉO MARILLIER :« Ulysse » de Joyce est l’ouvrage de littérature le plus audacieux, et le plus parfait qui soit dans son audace, tant sa forme est modelée par son contenu, et quel contenu ! Comme la lecture d’Ulysse peut égarer, répugner, attirer, fasciner, d’une page à l’autre, je pense que les conditions d’origine de cette expérience déterminent grandement la réception de pareille œuvre, pareil roman. Pour ma part je n’ai pas lu Ulysse en ayant connaissance des classiques : Homère et Virgile mais j’avais Dante. C’est plutôt la littérature inspirée de Joyce qui a été la source de ma curiosité pour Joyce, qui est devenu une sorte de géant caché derrière d’autres géants : Yourcenar, Beckett, Borges, Eco. J’ai halluciné la première fois que j’ai lu Ulysse. Cela pour dire que je n’ai rien compris, mais qu’une blague, en deuxième page, m’a fait continuer. Chaque lecture d’Ulysse, depuis (c’est la cinquième, actuellement) requiert de plus en plus de temps, cas unique pour un livre chez moi, non à cause de la difficulté, ni de l’érudition qui en ralentirait le flux, mais grâce au plaisir que j’y prends. Pour dédoubler cette lecture, je réalise ma propre traduction d’Ulysse.

La loi de Joyce est l’alternance, la complémentarité des points de vue : une phrase dite par l’un, la suivante pensée par l’autre puis on saute au narrateur… pour moi Joyce est à la fois ce grand manipulateur, ce grand révélateur, et cet immense facétieux, car Ulysse est un livre comique. On n’y croise aucun héros, seulement des prétendants, les dauphins de leur propre vie.

Rien ne s’y passe en apparence ; c’est un jeudi un peu chaud de juin à Dublin. Et pourtant c’est dans ce terreau d’immobilisme que Joyce a trouvé que les questions quotidiennes, les tracas, les bordels dans lesquels on se met, répondaient, étaient la réplique à la fois réduite et tellement exacerbée de ces grands gestes réalisés par Odysseus ou Achille chez Homère, Enée chez Virgile, et j’en passe. Nous sommes redevables à Joyce de nous avoir mis en face des modèles, et par là-même de nous relier à nous-mêmes, et somme toute à des modèles d’action simple, non héroïque, sociale, empathique. Oui, Joyce nous relie les uns aux autres.

Parmi la palanquée de personnages d’Ulysse, je pourrais, oui, vous dire qu’il y a des personnages principaux… il y en a que l’on suit plus longtemps que d’autres. Et pourtant, à vrai dire, je ne serais pas si convaincu que certains pour affirmer que Leopold Bloom EST Ulysse… querelle d’experts mais problème bien réel lors de la lecture du roman. La magie de Joyce est qu’il nous fait remarquer que certains jours, nous sommes le personnage secondaire, le serviteur, le commentateur de la journée, d’autres jours nous sommes le personnage principal, le roi, le héros.

Chez Ulysse, nous suivons entre autres Stephen Dedalus – l’un des deux personnages de ma pièce « l’Autre Ulysse » – qui est considéré comme l’alter ego de Joyce, son nom de plume pendant un temps, sorte de génie guidé par des appels à la grandeur, et stimulé par de multiples ébats, en prise avec la difficulté de sa vie. Dedalus est peut-être secondaire, en tous cas commentateur, il subit l’histoire du roman et son Histoire, s’en relève au fur et à mesure (à l’aide de bière), et finit son parcours dans le roman par un geste unique, violent et magnifique, jamais tenté par quelque personnage que ce soit auparavant : il quitte le roman. Il nous hisse presque avec lui, lors de son avènement hors du roman laquelle coïncide avec la présence de plus en plus choquante, rigolote, dérangeante d’effets de langue, de choix de vocabulaire, de formulations qui colorent de manière unique la trame du roman.
Ainsi, le chapitre 14 qui se déroule dans une maternité, commence en vieil anglais, traverse les époques, puis débouche sur un genre de patois du futur, alors même que l’on parle d’une femme qui donne naissance. Ces effets sont comme la patte de Joyce s’affermissant, dirigeant la lecture, lui donnant un focus comme un cinéaste donnerait un angle particulier ou un plan continu sur une séquence, un décor apparemment bigarré. Ces chapitres finaux d’Ulysse sont des exercices de lévitation littéraire – on ignore ce qui est à comprendre, la langue n’est plus érudite, elle est simplement en progrès sous nos yeux.
Cet acte de renaissance a été pour moi le point de départ de l’écriture de la fantaisie théâtrale « L’Autre Ulysse » : deux personnages exilés, Stephen extrait du roman et Personne, personnage fictif qui pense avoir été expulsé par Joyce à l’issue d’une phase d’écriture du romancier. Tous deux cherchent une parole particulière. Le gourou, le maître, dans la pièce, c’est Stephen qui pèse, soupèse les paroles de Personne qui échafaude la formulation de sa mémoire. Leurs rôles finissent presque par s’inverser, alors même qu’il semble difficile d’affirmer que quelque chose ait vraiment eu lieu, si ce n’est de l’incompréhension, ou de l’incertitude. Car c’est, l’élément qui permet de garder intact le caractère d’Ulysse au théâtre : l’incertitude. Personne est-il vraiment ce qu’il prétend être ? Stephen est-il parti pour de bon ? Molly Bloom va-t-elle continuer à tromper Leopold ? Que savons-nous de plus sur nous à la fin d’une journée par rapport à son début ? Comment passer d’une journée à l’autre alors que 97% de nos pensées restent identiques ? L’incertitude fait voyager.

 

 

Propos recueillis en mai 2022

 

 

 

 

 

 

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AGENDA : 7è Festival INVENTIO, du 19 mai au 17 septembre 2022  -  LIRE notre présentation du Festival INVENTIO 2022 : http://www.classiquenews.com/75-92-77-festival-inventio-2022-19-mai-17-sept-2022-notes-de-voyage/

 

inventio l autre ulysse joyce leo marillier fantaisie opera classiquenews inventio 2022(75, 92, 77). FESTIVAL INVENTIO 2022 : 19 mai – 17 sept 2022. Le 7 ème Festival INVENTIO a lieu de mai à septembre 2022 ; il est conçu par son directeur artistique, le violoniste LÉO MARILLIER (membre du Quatuor Diotima depuis déc 2021) dont CLASSIQUENEWS avait rendu compte du fabuleux disque dédié aux Variations de Rochberg (première mondiale enregistrée / CLIC de CLASSIQUENEWS 2022, mars 2022) : l’édition 2022 célèbre l’esprit voyageur, le mouvement des déplacements, l’expérience du changement et des rencontres. Le titre l’indique parfaitement « Notes de voyage ». Le festival 2022 propose plusieurs jalons d’une formidable odyssée ; après son ouverture (le 19 mai, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève à PARIS, pour un spectacle théâtral conçu par Léo Marillier, dédié au Centenaire de la publication d’Ulysse de James Joyce), de juin à sept 2022 : théâtre, scène ouverte, film, replays… EN LIRE PLUS

 

 

 

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ANNONCE concert du 10 juin 2022, Ă  Asnières sur Seine : Trios avec piano de Schumann et Brahms – 12 Ă©pigrammes de Carter :

 

inventio 2022 concert du 10 juin 2022INVENTIO 2022 : ven 10 juin (Asnières, 92). Trios avec piano : Brahms, Schumann, Carter… « Dans un lieu insolite totalement hors du temps…Sur le quai D de la gare d’Asnières-sur-Seine, le badaud n’a qu’à pousser une porte dérobée. Et le voilà au Théâtre du Voyageur ! »  -  Les germaniques Brahms et Schumann mêlent le premier romantisme, apparenté au gothique, l’éveil de l’inconscient et de la rêverie de la nature, au second romantisme, plus intime, musicalement conscient de la musique du passé. Leurs trios avec piano associent introspection et clarté ; ceux joués le 10 juin sont aux antipodes l’un de l’autre : « chez Brahms, exploration solaire ; chez Schumann, écoute de l’ombre ». Les épigrammes d’Elliott Carter, ultime œuvre d’un compositeur alors centenaire regroupent 12 miniatures inclassables,… « fusées de lucidité projetées dans l’espace

 

 

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Le dernier cd enregistrĂ© par LĂ©o Marillier : les 51 Variations de Georg Rochberg d’après Paganini – CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2022 :

 

rochberg-georg-leo-marillier-violon-violin-caprice-variations-critique-cd-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-entretien-interview-leo-marillierCRITIQUE CD événement. GEORGE ROCHBERG : Caprice Variations pour violon seul. Léo MARILLIER, violon (1 cd Albany) – Le propos tient du marathon ; d’une gageure en réalité inimaginable pour un seul soliste. C’est peu dire que les 51 Variations ici enchaînées (et jouées pour l’enregistrement d’une traite) composent un défi et une performance hors normes ; il ne dépend que de l’endurance et de la concentration de l’interprète, son aptitude à traverser chaque épisode contrasté de ce cheminement aux surprises incessantes qui outre leur exigence pour l’instrumentiste, questionnent le matériau musical, la forme, l’écriture, le sens et la direction d’un développement.
A la façon de James Joyce, celui d’Ulysse, George Rochberg en 1970 dessine tout un parcours d’un constant renouvellement, qui semble ouvrir de multiples portes, chacune jouant des styles, des effets, des caractères, des nuances les plus extrêmes… La palette des émotions est infinie, mais toujours dans le geste unitaire du violoniste se précise peu à peu une volonté indéfectible ; de ce questionnement en forme de labyrinthe, serpente et prend forme la réponse jusqu’à l’élucidation finale (51è variation, qui est en réalité, la source du périple : le 24è Caprice de Paganini, celui là même que Rachmaninov a célébré lui aussi dans sa fameuse Rhapsodie de 1934), une course contre le temps et la nécessité temporelle qui se fait pensée, célébration de la liberté. LIRE la critique du cd complète ICI

 

 

 

 

Festival INVENTIO 2022 (Asnières, 92). Trios avec piano : Brahms, Schumann, Carter…

inventio 2022 concert du 10 juin 2022INVENTIO 2022 : ven 10 juin (Asnières, 92). Trios avec piano : Brahms, Schumann, Carter… « Dans un lieu insolite totalement hors du temps…Sur le quai D de la gare d’Asnières-sur-Seine, le badaud n’a qu’Ă  pousser une porte dĂ©robĂ©e. Et le voilĂ  au Théâtre du Voyageur ! »  -  Les germaniques Brahms et Schumann mĂŞlent le premier romantisme, apparentĂ© au gothique, l’éveil de l’inconscient et de la rĂŞverie de la nature, au second romantisme, plus intime, musicalement conscient de la musique du passĂ©. Leurs trios avec piano associent introspection et clartĂ© ; ceux jouĂ©s le 10 juin sont aux antipodes l’un de l’autre : « chez Brahms, exploration solaire ; chez Schumann, Ă©coute de l’ombre ». Les Ă©pigrammes d’Elliott Carter, ultime Ĺ“uvre d’un compositeur alors centenaire regroupent 12 miniatures inclassables,… « fusĂ©es de luciditĂ© projetĂ©es dans l’espace, saturĂ©es de toutes les couleurs prodigieuses que peuvent donner un piano, un violon, et un violoncelle quand ils se mĂŞlent…. » . En 2022, le Festival Inventio part Ă  la dĂ©couverte de l’inconnu, sur les traces du voyageur Ulysse, tel qu’il perdure Ă  travers Homère et surtout James Joyce. LĂ©o Marillier a concoctĂ© cette annĂ©e, un parcours enchanteur constellĂ© de « concert-Ă®le », jalons incontournables d’une nouvelle odyssĂ©e Ă  vivre sous la conduite du directeur artistique qui est aussi violoniste, Ă©crivain, comĂ©dien… Concert Ă©vĂ©nement.

 

 

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Vendredi 10 juin 2022boutonreservation
20h30 – Asnières-sur-seine (92)
Théâtre du voyageur

Concert trio avec piano
GARE SNCF – Quai D, 34 bis Av. de la Marne
Asnières-sur-Seine 92600

David Saudubray, piano
LĂ©o Marillier, violon
Raphaël Chrétien, violoncelle

Johannes Brahms
Trio no 2 en ut majeur op 87

Elliott Carter, 12 Épigrammes (2012)

Robert Schumann
Trio no 3 en sol mineur op 110

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RÉSERVEZ VOS PLACES ici
https://www.billetweb.fr/shop.php?event=inventio-2022&popup=1

Accès : Ă  5′ en train depuis gare St Lazare, sortie sur le Théâtre du Voyageur par le Quai D

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Retrouvez ici toute la programmation du Festival INVENTIO 2022 : 
https://www.inventio-music.com/

 

 

LIRE notre grand entretien avec Léo Marillier qui présente la 7ème édition d’INVENTIO 2022, « Notes de Voyage »

 

 

LIRE aussi notre présentation du Festival Inventio 2022
http://www.classiquenews.com/75-92-77-festival-inventio-2022-19-mai-17-sept-2022-notes-de-voyage/

 

 

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(75, 92, 77). FESTIVAL INVENTIO 2022 : 19 mai – 17 sept 2022 : ” Notes de voyage “

inventio l autre ulysse joyce leo marillier fantaisie opera classiquenews inventio 2022(75, 92, 77). FESTIVAL INVENTIO 2022 : 19 mai – 17 sept 2022. Le 7 ème Festival INVENTIO a lieu de mai Ă  septembre 2022 ; il est conçu par son directeur artistique, le violoniste LÉO MARILLIER (membre du Quatuor Diotima depuis dĂ©c 2021) dont CLASSIQUENEWS avait rendu compte du fabuleux disque dĂ©diĂ© aux Variations de Rochberg (première mondiale enregistrĂ©e / CLIC de CLASSIQUENEWS 2022, mars 2022) : l’édition 2022 cĂ©lèbre l’esprit voyageur, le mouvement des dĂ©placements, l’expĂ©rience du changement et des rencontres. Le titre l’indique parfaitement « Notes de voyage ». Le festival 2022 propose plusieurs jalons d’une formidable odyssĂ©e ; après son ouverture (le 19 mai, Ă  la Bibliothèque Sainte-Geneviève Ă  PARIS, pour un spectacle théâtral conçu par LĂ©o Marillier, dĂ©diĂ© au Centenaire de la publication d’Ulysse de James Joyce), de juin Ă  sept 2022 : théâtre, scène ouverte, film, replays…

 

 

 

Inventio 2022, sur les traces d’Ulysse :
De Schumann et Beethoven, à Rochberg, Ligeti et Xenakis…

 

 

 

marillier-leo-violon-inventio-festival-rochberg-variations-classiquenews-concerts-festival-opera-annonce-critique-opera-cd« Heureux qui, comme Ulysse, a beaucoup voyagé ». Heureux ? Ulysse, condamné à errer et survivre aux dix ans de son retour en son Ithaque ? Ulysse a-t-il accompli finalement un voyage, ce dernier le rend-il un héros ou un homme ? Inventio explore en 2022 ce thème de la nostalgie, de l’endurance-errance, du plaisir, et finalement de ces « îles » que se proposent d’être les concerts. En écho à Homère, je propose d’articuler autour de James Joyce une partie de ce programme … » indique Léo Marillier, pour avant-propos de la 7è édition 2022.
Les concerts Inventio 2022 posent les repères d’un parcours hors normes interrogeant le Trio n°3 de Schumann, l’exotisme chez Rameau, la possibilités de passerelles entre la culture sud-américaine et Beethoven ; la navigation tendre et mélancolique de Jean Cras ; les bruits du monde et de la nature déchainée chez Andrew Newman et Xenakis… sans omettre ce que nous fait comprendre la Sonate opus 110 de Beethoven.
Pluriel et toujours en quête, le Festival ouvre de nouvelles perspectives : « A l’instar de Joyce, dont l’Odyssée se déroule sur l’unique journée du 16 juin 1904, Janacek se propose de parler d’une journée (1er octobre 1905) qui aurait été oubliée sans sa chronique émouvante de celle- ci. Exilés, Villa-Lobos et Ligeti se font les porte-parole de leurs héritages par le biais de la musique savante. Rochberg lui, saisit l’héritage même de la musique savante, et fait une œuvre-monde à partir du thème du 24ème caprice de Paganini, faisant-défaisant ce dernier à l’instar de la Pénélope homérique. Elliott Carter, dans sa dernière œuvre, composée à 103 ans, dresse dans ses Epigrammes la chronique d’une vie de recherche et d’expression «  précise encore Léo Marillier.
Au total, après la création « L’autre Ulysse », le 19 mai 2022 à PARIS, 9 concerts événements vous attendent, en juin (les 9, 10, 19 et 25 juin), les 1er 2 et 3 juillet ; puis les 10 et 17 septembre 2022.

 

 

 

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sur le site du Festival INVENTIO 2022 ici :
https://www.inventio-music.com/festival/calendrier-et-réservations-2022/

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PROGRAMME des 9 CONCERTS

BILLETTERIE EN LIGNE ici : https://www.billetweb.fr/inventio-2022

LANCEMENT le 19 mai 2022
L’Autre Ulysse / Fantaisie théâtrale
PARIS, Bibliothèque Sainte-Genneviève – rĂ©servation conseillĂ©e ici : https://www.billetweb.fr/lautreulysse

 

 

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9 juin 2022
BRAY, Cinéma Le Renaissance
Film : Gens de Dublin (John Huston)
A la fin de la projection : présentation de l’édition INVENTIO 2022

10 juin 2022
ASNIERES (92), Théâtre du voyageur
Trios Ă  cordes : Brahms, Carter, Schumann
R Chrétien, D Saudubray, L Marillier

19 juin 2022
EVERLY (77), Kiosque
Musique français au parc : flûte / piano
Cras, Ravel, Jongen, Jolivet
S Casale, A Rouxel

25 juin 2022
DONNEMARIE (77), Ă©glise
D’ici et d’ailleurs : Ravel, Janacek, Ligeti, Beethoven (Opus 110)
Marillier : Disparve per lo foco (création)
RĂ©cital de piano : Y Hasegawa

 

 

 

 

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1er juillet 2022
La FERTE SOUS JOUARRE (77), Chapiteau Royal Boui-Boui
Quatuor Ă  cordes : Haydn, Darvishi, Beethoven (Razumovsky)
Quatuor Metamorphoses

2 juillet 2022
BOISSY LE CHATEL (77), Galleria Continua
Récital accordéon / euphonium : bach, Glazounov, Escaich…
J Sinoimeri, C Roger

3 juillet 2022
DONNEMARIE (77), Ă©glise
Duo de Guitares : Royer, Mompou, Assad…
V Kappes, B Ramond

 

 

 

 

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10 septembre 2022
LONGUEVILLE (77), Rotonde Musée vivant du chemin de fer
Quintette de cuivres, A Feydy / lectures par J Bonnafé
Suites en La : Rameau, Bonnaffé (création)

17 septembre 2022
PROVINS (77) : Couvent des cordelières
Concert du cd ROCHBERG VARIATIONS, Bach, Xenakis
LĂ©o Marillier, violon

 

 

 

 

 

 

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VOIR LE TEASER VIDÉO Festival INVENTIO 2022 :

 

 

 

 

 

 

 

 

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LIRE aussi notre GRAND ENTRETIEN avec LĂ©o MARILLIER, directeur artistique du Festival Inventio - ICI :

inventio-festival-edition-2022-leo-marillier-annonce-concerts-classiquenewsFESTIVAL INVENTIO 2022 : « Notes de VOYAGES ». Entretien avec LĂ©o Marillier – En Seine-et-Marne, LĂ©o Marillier, violoniste explorateur, rĂ©invente la notion de Festival en cultivant “l’art de glisser des allusions, des fenĂŞtres de dĂ©couvertes dans le grand rĂ©pertoire”… un vertige “qu’exacerbe la musique de chambre”. Un festival rĂ©ussi est une expĂ©rience atypique qui doit susciter le vertige voire le choc. Peu de manifestations rĂ©ussissent ce tour de force. Mais le Festival INVENTIO est en passe d’en devenir un modèle pour tous. Pour son directeur artistique, LĂ©o Marillier, Ulysse est un voyageur en errance, Ă  la fois « étranger et rattaché ». Le parcours d’Ulysse Ă  travers la vision d’Homère et de James Joyce inspire pour le festival INVENTIO 2022, (intitulĂ© « Notes de voyages », 7ème Ă©dition), un cycle d’« îles-concerts », chacune marquĂ©e par une forte caractĂ©risation artistique oĂą s’exposent les notions de familiaretĂ© et d’étrangetĂ©, que le violoniste hors normes, en vĂ©ritable explorateur des nouvelles formes et expĂ©riences musicales, prĂ©sente et explicite pour CLASSIQUENEWS. Toujours il s’agit de placer le spectateur / l’auditeur en situation critique, oĂą la dĂ©couverte et la surprise posent le cadre idĂ©al Ă  l’enrichissement, vers le questionnement voire l’accomplissement sinon la rĂ©vĂ©lation… Entretien exclusif. LIRE L’intĂ©gralitĂ© de notre entretien avec LĂ©o Marillier