CD, critique. Francesco Tristano, piano : TOKYO Stories (1 cd SONY classical, sept 2018).

FRANCESCO-TRISTANO-cd-critique-piano-critique-classiquenews-sony-mai-2019-francesco-tristano-piano-ft_tokyo_stories_cover600CD, critique. Francesco Tristano : Tokyo Stories (1 cd SONY, Tokyo, oct 2018). Au registre piano, Sony classical mise sur deux « jeunes » figures, affirmant la sainte vertu (marketing?) de l’équation : juvĂ©nilitĂ© et inspiration. Aux cĂŽtĂ©s de la pĂ©taradante et parfois surexpressive Khatia Buniatishvili, Francesco Tristano (nĂ© en 1981) relĂšve d’une inspiration autre, plus subtile Ă  notre avis, essentiellement intĂ©rieure, et ici, Ă©poque digitale et people oblige (voir l’activitĂ© des rĂ©seaux twitter, instagram et autres, plus image que texte, c’est Ă  dire humeur que sens), d’une autocĂ©lĂ©bration qui confine au narcissisme. Mais l’époque n’est-elle pas Ă  l’intimisme exhibitioniste, au jardin secret (qui ne l’est plus)
 aussi le beau pianiste, au look rock androgyne (quand d’autres cultivent le baroque plus prĂ©cieux, ou le classicisme austĂšre intemporel) Ă©crit donc ses chroniques intimes
 Ă  Tokyo. Il en rĂ©sulte un choix apparemment Ă©clectique voire chaotique de piĂšces disparates que seul l’humeur et le goĂ»t de celui qui les a sĂ©lectionnĂ©es, unifie et tend Ă  la cohĂ©rence. Pour autant tout cela a-t-il du sens ? Du sens justement notre Ă©poque hystĂ©rique / Ă©pidermique, rien qu’émotionnelle et spectaculaire
 en manque terriblement. De ce point de vue, le prĂ©sent disque reflĂšte un travers contemporain.
L’itinĂ©raire prend donc la route d’une Ă©vocation personnelle, soit 16 stations musicales, entre compositions personnelles pour piano, rĂ©fĂ©rences et filiations Ă©vocatrices, toutes centrĂ©es autour de l’affection que porte le jeune pianiste compositeur pour la capitale nippone (visitĂ©e, aimĂ©e dĂšs 2000 Ă  18 ans).

 

 

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Retour en 2009, entre autres, soit aprĂšs 40 voyages Ă  Tokyo, l’interprĂšte auteur se raconte en « une bande-son » plus qu’intime : personnelle. Ce qui ne manquera pas de dĂ©ranger les puristes du clavier.
Le piano y est prĂ©parĂ©, fusionnĂ© Ă  l’électro, aux percussions, selon un sĂ©quençage remixĂ© qui se joue des assemblages, des citations, des effets de sonorisations. Tristano dĂ©place le curseur hors classique, en une temporalitĂ© et une mĂ©trique qui se laisse pĂ©nĂ©trĂ©es par les courants musicaux actuels des nuits branchĂ©es, du jazz aux DJs, avec un goĂ»t prononcĂ© (systĂ©matique ?) pour la syncope et la pulsion hĂąchĂ©e, un rien hystĂ©rique (« Electric mirror »).
Heureusement la plage 8, « Insomnia » envisage des univers planants plus intĂ©ressants, entre impro et colorations. MĂȘme ivresse plus canalisĂ©e avec le concours de la clarinette basse de Michel Portal dans l’évocation du cafĂ© Shinjuku. Les 16 tableaux revendiquent une introspection allusive, dont la source reste Tokyo. A chacun de se retrouver dans cette jungle personnelle oĂč les traces d’un Japon revisitĂ© certes, sont prĂ©sentes, incarnĂ©es, justifiĂ©es par le concours des artistes japonais Keiichiro Shibuya (Gate of entry, plage 13), ou Hiroshi Watanabe, dans Bokeh tomorrow (plage 15, la plus enivrante Ă  notre avis et clairement extrĂȘme-orientale dans ses recherches de timbres et de spatialisation avec le dernier “hommage Ă  Tokyo” : Kusakabe-san)
 Voici l’un des albums les plus personnels du jeune pianiste luxembourgeois Francesco Tristano. Le trentenaire ne finit pas de nous surprendre. Ce qui n’est pas si mal, au sein de la multitude de pianistes classiques qui sont rares Ă  rĂ©ussir leurs essais comme compositeurs / arrangeurs. A suivre.

 

 

 

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CD, critique. Francesco Tristano, piano : TOKYO Stories (1 cd SONY classical, sept 2018).