OpĂ©ra, annonce. Siroe de Hasse Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scène et au disque (novembre 2014). Fervent interprète des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en première française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment oĂą Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain, le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vèle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂ®t dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scène les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (Chosroès II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂ®nĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son père. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂ´t Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scène
Durée : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 à 140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD événement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013)

hasse siroe cencic cd deccaCD Ă©vĂ©nement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013). Depuis Faramondo qu’il a portĂ© seul, Cencic a montrĂ© de quelle Ă©nergie il Ă©tait capable dans le registre du dĂ©frichement lyrique. Après Haendel, voici Hasse : un compositeur emblĂ©matique de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien, auteur de près de 60 ouvrages lyriques qui lui assurèrent une gloire plus grande encore que l’autre Saxon. De Hambourg Ă  Dresde, de Vienne Ă  Venise, Hasse, Ă©poux Ă  la ville de la diva mezzo Faustina Bordoni (adule par Haendel), n’a cessĂ© de faire Ă©voluer l’Ă©criture opĂ©ratique du baroque mĂ»r vers le classicisme naissant, veillant toujours Ă  un juste et subtil Ă©quilibre entre virtuositĂ© du chanteur et cohĂ©rence dramatique. Il partage avec Jommelli, cette facilitĂ© souvent irrĂ©sistible, affirmant toujours une maestriĂ  indiscutable, de style ouvertement napolitain. EnregistrĂ©e en juillet 2014 Ă  Athènes et sur le vif lors de la crĂ©ation de cette production nouvelle qui arrive en France Ă  Versailles en novembre 2014, la lecture s’appuie sur la complicitĂ© superlative d’un orchestre en tout point idĂ©alement articulĂ©, diversement nuancĂ© (dirigĂ© par l’excellent George Petrou) ; la rĂ©alisation rĂ©ussit indiscutablement grâce aussi au plateau de solistes, marjoritairement remarquables d’engagement et de sensibilitĂ© : Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)…

Hasse, poète du cœur

CLIC_macaron_2014Chacune des sopranos exprime les dĂ©sirs, les Ă©preuves de coeurs Ă©prouvĂ©s : Emira travesti en Idapse Ă  la Cour de Cosroe balance entre son amour pour Siroe et sa vengeance contre le roi de Perse qui a fait tuer son propre père : devoir ou bonheur personnel, tel est l’Ă©ternelle question. La jubilation vocale tout en finesse de son air au II (d’un pastoralisme enchantĂ© et presque badin : Non vi piacque…) s’accorde au raffinement tĂ©nu de la parti orchestrale avec cor, subtilement dirigĂ© par  George Petrou : air d’une rĂŞverie suggestive et en mĂŞme temps d’une justesse remarquable,  profonde et intĂ©rieure comme si le personnage se dĂ©doublait et faisait sa propre autocritique… accordĂ©e Ă  la finesse du chef et des musiciens d’Armonia Atenea, la subtilitĂ© de l’interprète se rĂ©vèle irrĂ©sistible.Un accomplissement enivrant. L’Ă©criture de Hasse fait valoir son gĂ©nie de la vocalise dont on comprend parfaitement qu’il ait portĂ© les chanteurs mitraillettes et ports de voix soucieux d’en dĂ©montrer ; mais outre la pure performance, il y a surtout une sensibilitĂ© très affĂ»tĂ©e Ă  exprimer les caractères et climats Ă©motionnels les plus nuancĂ©s… de quoi rĂ©aliser pour les artistes et interprètes les plus fins de vrais portraits supĂ©rieurs et profonds. Une qualitĂ© partagĂ© avec le meilleur Haendel.

Juan Sancho laisse percevoir l’ampleur du rĂ´le du père Cosroe, âme palpitante elle aussi, marquĂ©e voire dĂ©passĂ©e par le pouvoir et la rivalitĂ© entre ses deux fils (en fin d’action il abdiquera) : le personnage est dĂ©jĂ  mozartien, d’une subtilitĂ© frĂ©missante qui annonce Idomeneo, rien de moins : dans son grand air de 8mn au III, ” Gelido in ogni vena ” : le tĂ©nor Ă  l’aise malgrĂ© les intervalles redoutables de l’air, laisse se prĂ©ciser la vision Ă©mue du père face Ă  son fils emprisonnĂ© et condamnĂ© Ă  mort (Siroe)… A travers la ligne acrobatique et vertigineuse du chant se glisse le frisson de la terreur et de la compassion : tout Hasse est concentrĂ© dans cet air aux couleurs doubles, aussi virtuose que profond. Et le continuo se montre lui aussi remarquable de relief expressif. L’acmĂ© Ă©motionnel de l’opĂ©ra demeure ce qui suit : l’air funèbre (un Florestan avant l’heure) de SiroĂ© dans son cachot abĂ®mĂ© dans les pensĂ©es les plus sombres : un air que les interprètes empruntent au Tito Vespasiano de Hasse, prĂ©cĂ©dĂ© ici par un recitatif accompagnato du propre Siroe de … Haendel. Cencic, plus grave et sombre que jamais se rĂ©vèle d’une intensitĂ© juste, convaincant dans le portrait du fils aĂ®nĂ© vertueux, dĂ©criĂ©, solitaire qui finalement triomphe. Contrepoint aussi habitĂ© et furieusement agile, le Medarse de Franco Fagioli, d’une trempe prĂ©cise, tranchante, fulgurante. Dans le rĂ´le du frère cadet jaloux, menteur, ” Mr Bartolo ” enchante littĂ©ralement par la tenue parfaite de ses vocalises Ă  foison, vĂ©ritable mitraillette Ă  cascades vocales toutes nuancĂ©es, caractĂ©risĂ©es, d’une diversitĂ© de ton admirable et projetĂ©es sur un souffle long, idĂ©alement gĂ©rĂ©. Quel acteur et quel chanteur (air final : ” Torrente cresciuto per torbida piena “). Seule rĂ©serve, le soprano pour le coup plus mĂ©canique que les autres, de Julia Lezhneva (Leodice, la maĂ®tresse de Cosroe le père, amoureuse du fils Siroe), certes virtuose mais souvent totalement artificiel (Ă©couter son ultime air, caricature de tunnel de vocalises empruntĂ© au Britannicus de Graun): son absence d’Ă©motivitĂ© et de sensibilitĂ© ardente comme nuancĂ©e paraĂ®t un contre sens dans cet arĂ©opage de tempĂ©raments vocaux si finement caractĂ©risĂ©s. En soulignant combien le seria de Hasse est portĂ© par une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle inscrite dans son Ă©criture, les interprètes ne pouvaient mieux faire. Une remarquable rĂ©surrection servie par un chef et un plateau vocal globalement superlatifs. Courrez dĂ©couvrir cet oeuvre palpitante, dĂ©fendue avec sensibilitĂ© et intelligence par les mĂŞmes interprètes Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (et avec mise en scène de Cencic lui-mĂŞme), les 26,28,30 novembre 2014.

Hasse : Siroe (version Dresde II, 1763). Max Emanuel Cencic (Siroe), Franco Fagioli (Medarse), Juan Sancho (Cosroe), Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)… Armonia Atenea. George Petrou, direction. 2 cd DECCA. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Athènes en  juillet 2013.

 

 

 

Argument synopsis

Acte I. Le roi des perses Cosroe convoque ses deux fils, le cadet Medarse apparemment gentil et favori du souverain et Siroe plus inflexible face Ă  l’autoritĂ© paternel. Survient Emira qui aime Siroe mais se cache sous le nom d’Idaspe : elle jeure de venger son père en tuant Cosroe son assassin. De son cĂ´tĂ© la maĂ®tresse de Cosroe, Laodice aime Siroe mais jalouse est prĂŞte Ă  l’accuser de parjure. Devant Cosroe, tous accuse Siroe de trahison (alros que Siroe a Ă©crit une lettre Ă  son père pour le mettre en garde). A la fin de l’acte, Siroe le vertueux est dĂ©criĂ© par tous.

Acte II. Medarse et Emira complotent contre Siroe et Cosroe. Le premier veut faire tuer sonfrère pour prendre le trĂ´ne de son père ; le seconde mĂŞme si elle aime Siroe, veut tuer Cosroe pour venger la mĂ©moire de son père… Au comble du travestissement, Emira, toujours vĂŞtu en Idaspe, affirme aimer Loadice…  Siroe est de plus en plus seul et son père l’exhorte Ă  avouer son crime contre le trĂ´ne et dĂ©noncer ses complices.

Acte III. Leodice, Emira, Arasse prennent la dĂ©fense de Siroe vis Ă  vis de Cosroe. A Idaspe/Emira, Medarse rĂ©vèle sa volontĂ© de nuire Ă  Siroe pour prendre le trĂ´ne… EmprisonnĂ©, Siroe se lamente sur son sort (temps fort de l’opĂ©ra oĂą le fils vertueux dĂ©criĂ© exprime sa souffrance intĂ©rieure) mais il est libĂ©rĂ© par Arasse : tous, – Loedice, Emira/Idaspe, Cosroe souhaite son pardon : il est couronnĂ© Ă  la place de son père qui abdique. Le final cĂ©lèbre les vertus du pardon et de la loyautĂ© morale incarnĂ©e par Siroe.

Siroe de Hasse Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scène et au disque (novembre 2014). Fervent interprète des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en première française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse…  Au moment oĂą Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733),  soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain,  le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vèle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂ®t dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scène les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

 

 

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Siroe scena da SiroeL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (Chosroès II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂ®nĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son père. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂ´t Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scène
Durée : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 à 140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

Opéra, recréation. Max Emanuel Cencic chante Siroé de Hasse sur la scène et au disque (novembre 2014)

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaOpĂ©ra, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scène et au disque (novembre 2014). Fervent interprète des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en première française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse…  Au moment oĂą Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733),  soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain,  le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vèle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂ®t dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scène les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles.

 

 

 

Le Siroé de Cencic sur scène et au disque

 

SiroĂ©, Re di Persia de Johann Adolph Hasse, opera seria en 3 actes est crĂ©Ă© en 1733 Ă  Bologne. La partition n’a jamais Ă©tĂ© reprise depuis le XVIIIe siècle ; elle est l’objet d’une nouvelle production prĂ©sentĂ©e pour la première fois en France Ă  l’OpĂ©ra Royal de Versailles et fait l’objet d’une captation tĂ©lĂ©visĂ©e et d’un enregistrement CD. Après l’Artaserse de Vinci, Max Emanuel Cencic voulait s’attaquer Ă  l’un des plus cĂ©lèbres compositeurs baroques d’opĂ©ras sĂ©rias : Johann Adolph Hasse (1699-1783). Le compositeur prolifique (plus de 56 opĂ©ras) eut une carrière internationale aussi importante que celle de Haendel, avec une renommĂ©e plus grande encore : parti de Hambourg oĂą il avait fait ses premières armes de chanteur d’opĂ©ra, il conquit Naples, Venise, Londres, surtout Vienne et Dresde oĂą il fut MaĂ®tre de Chapelle de 1733 Ă  1763 : pĂ©riode oĂą Rameau règne sur la scène lyrique francaise. Leurs deux carrières sont simultanĂ©es et toutes deux dĂ©diĂ©es au théâtre lyrique. JouĂ©s dans toute l’Europe, ses operas serias s’imposent comme des rĂ©fĂ©rences dans les annĂ©es 1725-1765 et sont dĂ©fendus par les plus grands chanteurs, de Farinelli Ă  Faustina Bordoni (qu’il Ă©pousa). La formule de Hasse incarne cet idĂ©al esthĂ©tique façonnĂ©e par Porpora dans la citĂ© partĂ©nopĂ©enne: elle rentre en concurrence directe avec l’opĂ©ra français ou les ouvrages contemporains de Vivaldi Ă  Venise et de Haendel Ă  Londres. La virtuositĂ© exprime les temps forts de l’action dramatique.
hasse siroe cencic cd deccaPour restituer le chef-d’œuvre de Hasse, Max Emanuel Cencic coiffe la triple casquette de producteur, metteur en scène, interprète et s’entoure de chanteurs Ă  l’agilitĂ© acrobatique dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e, comme Julia Lezhneva, de l’orchestre Armonia Atenea et du chef George Petrou dont classiquenews vient de souligner la flamme articulĂ©e de son approche surprenante des CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e de Beethoven, rĂ©cemment Ă©ditĂ© (CLIC de classiquenews de juillet 2014).

Siroe scena da SiroeL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (Chosroès II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂ®nĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son père. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂ´t Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scène
Durée : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 à 140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIè, les deux divas vedette de l’Ă©curie Sony classical s’offrent comme Ă  l’Ă©poque du Haendel Londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchĂ©rissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulĂ©es au XVIIIè Ă  Londres entre autres ce 6 juin 1727 dans l’opĂ©ra de Bononcini : Astianatte. Francesca  Cuzzoni et Faustina  Bordoni la VĂ©nitienne, de la mĂŞme gĂ©nĂ©ration (nĂ©es en 1696 et 1697) s’y rĂ©vèlent redoutables, dĂ©terminĂ©es et mĂŞme agressives, n’hĂ©sitant pas Ă  s’injurier et s’empoigner.
Sur le plan strictement musical et artistique, l’enjeu de la joute demeure expressif et technique : l’agilitĂ©, mais aussi l’Ă©tendue de la tessiture (aigus très haut perchĂ©s), l’habilitĂ© Ă  colorer et nuancer sa propre expressivitĂ© sont de rigueur. Pourtant outre la suprĂŞme virtuositĂ©, il faut surtout une justesse de ton, une expressivitĂ© et une style qui privilĂ©gie la finesse intĂ©rieure sur la seule carrure tapageuse et dĂ©monstrative. L’idĂ©al aurait assurĂ©ment Ă©tĂ© de les Ă©couter dans les mĂŞmes airs, ce qui aurait supposĂ© deux tessitures Ă©gales : en rĂ©alitĂ© la chose aurait pu ĂŞtre rĂ©alisĂ©e car les deux chanteuses citĂ©es (Francesca et Faustina) ont incarnĂ© Ă  deux temps diffĂ©rents, le mĂŞme air dans l’Artaserse de Hasse Ă  Venise en 1730 (l’air :  “Va tra le selve ircane “, crĂ©Ă© d’abord par la Cuzzoni, est ensuite repris dans une version diffĂ©rente par la Bordoni Ă  Dresde en 1740). Mais respectant la couleur et le grain du timbre de chacune, le choix des airs prend en compte l’agilitĂ© claire de Vivica, le flou dramatique de Simone : osons dire d’emblĂ©e que cette joute tourne Ă  l’avantage de Vivica Genaux dont la prĂ©cision des vocalises, le brillant claire du timbre, la musicalitĂ© souple, surtout son souci du verbe et de l’intelligibilitĂ© Ă©crasent les capacitĂ©s (rĂ©elles) de sa rivale : comparĂ©e souvent Ă  Bartoli, Simone Kermes paraĂ®t souvent terne, manquant de fluiditĂ© sobre, toujours tournĂ©e vers un intensitĂ© et une nervositĂ© violente et spectaculaire, qui certes veut en dĂ©coudre mais manque singulièrement de profondeur comme de poĂ©sie, de finesse comme nuances. Naples, Londres, Rome et surtout Venise, les opĂ©ras ici ressuscitĂ©s dont la majoritĂ© en “premières mondiales” illustrent l’essor du genre seria acrobatique et rien que virtuose, propre aux annĂ©es 1720 et 1730 : traitant l’autre de garce et de catin, poussĂ©es chacune par leurs partisans particulièrement remontĂ©s en ce soir du 6 juin 1727 au Haymarket de Londres, deux divas cĂ©lèbres, la parmesane Faustina Bordoni (nĂ©e en 1696) et la VĂ©nitienne Francesca Cuzzoni (nĂ©e en 1697) que la dignitĂ© et l’Ă©lĂ©gance habituelle tenaient dans la biensĂ©ance la plus respectable, se crĂŞpent le chignon sur scène devant un parterre mĂ©dusĂ© … dont la princesse de Galles.La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni
2 divas sur le ring …
L’Astianatte de Bononcini n’espĂ©rait pas une telle publicitĂ© : un pugilat mĂ©morable dans l’histoire de l’opĂ©ra baroque. Leur collaboration pour un mĂŞme opĂ©ra remonte Ă  1718 Ă  Venise : elles se retrouvent ensuite sur la mĂŞme affiche en 1719 Ă  Venise et Milan puis 1721 Ă  Venise, Ă©galement; de 1726 Ă  1728, la Royal Academy of music de Londres engage les deux divas au risque d’enflammer leur rivalitĂ© de plus en plus explicite… de fait, l’Ă©vĂ©nement inconcevable se produit donc en 1727, chacune Ă  peine trentenaire revendiquant le statut de “prima donna”. Si les tĂ©moignages (surtout celui de Tosi) fixent dans l’imaginaire, le beau chant d’expression de la Cuzzoni – OrphĂ©e (son cantabile amoureux en particulier) et celui de bravoura de la Bordoni – Sirène (agilitĂ© coloratoura), ils nous restent pour imaginer concrètement leurs formidables capacitĂ©s, des airs taillĂ©s pour ces machines Ă  vocalises acrobatiques. En rĂ©alitĂ© les commentaires sur les deux divas sont assez proches, rĂ©vĂ©lant des tempĂ©raments en miroir : les deux Ă©tant aussi douĂ©es l’une que l’autre pour l’introspection de caractère ou la performance acrobatique : profondeur et virtuositĂ©. De quoi faire rĂŞver les divas modernes.

De fait, le programme de ce disque laisse envisager des qualitĂ©s spĂ©cifiques qui pourraient bien aujourd’hui, selon l’Ă©criture des airs, singulariser l’une par rapport Ă  l’autre. A Ă©couter les airs de Pollarolo, Lucio Papirio (air de Papiria, 1720), de Lucio Vero d’Ariosti (1727), Numa (1741) et Didone abbandonnata (1742)  de Hasse : La Bordoni (ici Vivica Genaux) devait Ă©tonner par son souffle illimitĂ©. Face Ă  elle : les airs virtuosissimes de Cuzzoni Ă©clatent dans Da tempesta il legno infranto du Cesare de Haendel (en 1724), ou l’air, ici chantĂ© par Kermes, ” BenchĂ© l’augel s’asconda ” (Mandane du Ciro riconosciuto de Leonoardo Leo (Turin, 1739) qui renvoie Ă  une esthĂ©tique plus intĂ©rieure.

L’intĂ©rĂŞt du disque est Ă©videmment de distinguer des particularitĂ©s distinctives voires discriminatoires qui dĂ©partagent inĂ©vitablement les talents. C’est aussi un rĂ©pertoire passionnant qui rĂ©vèlent toutes les nuances de la virtuositĂ© : de 1720 Ă  1739, entre les vĂ©nĂ©to Ă©miliens tels Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo) et les compositeurs passĂ©s et très fortement marquĂ©s par le moule napolitain : Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…

Eclat et intériorité de La Genaux / Bordoni

Cuzzoni eut-elle rĂ©ellement ce cantabile amoureux, douĂ©e d’une expressivitĂ© poĂ©tique Ă  tomber telle que l’incarne ici Ă  sa façon La Kermes ? Malheureusement, l’expressivitĂ© courte et sans guère de nuances de son Andromaque dans l’opĂ©ra fameux de Bononcini (Astianatte, cadre des affrontements historiques), air ” Svenalto, traditor ” oĂą l’hĂ©roĂŻne est prĂŞte Ă  mourir, comme hallucinĂ©e et au bord de l’Ă©vanouissement… laisse un goĂ»t d’inachevĂ©. L’air d’agilitĂ© du Ciro riconosciuto de Leo (” BenchĂ© l’augel s’asconda ” de Mandane, Turin, 1739) manque de pĂŞche, de brio, de clartĂ©, d’incisivitĂ© et la voix fait valoir des usures problĂ©matiques… le souffle est court et le style manque singulièrement de finesse comme de rĂ©elle et souple implication (mĂŞme constat pour sa rĂ©cente Comtesse des Noces de Figaro de Mozart emportĂ© par ailleurs Ă  l’orchestre par Teodor Currentzis : Kermes y paraissait comme le maillon faible).

rivals-queens-genaux-kermes-sony-classical-cd-PrĂ©fère-t-on pour autant l’agilitĂ© de bravoure de La Genaux, Ă©patante mitraillette mais aussi (et mieux que sa consĹ“ur, tant pis pour elle), troublante, enivrante grâce aux couleurs intĂ©rieures d’un chant pas que dĂ©monstratif ou strictement virtuose ?.. Mais rĂ©ellement enivrĂ© et mĂŞme enchantĂ© capable de couleurs intĂ©rieures convaincantes : la chaleur du timbre outre son agilitĂ©, sa claire vibration font la rĂ©ussite de l’air de Papiria ” Padre amoroso ” (Venise, 1720) : prière sincère d’une fille Ă  son père indĂ©cis… MĂŞme Ă©panchement pudique et d’une dignitĂ© blessĂ©e dans Lucio vero d’Ariosti (crĂ©Ă© Ă  Londres en 1727 comme l’opĂ©ra fameux de Bononcini) : La Genaux / Bordoni exprime au plus juste la douleur mesurĂ©e d’un cĹ“ur qui s’interdit tout Ă©panchement…  Dans un air nettement plus virtuose enchaĂ®nant les cascades de notes et de vocalises comme justement l’opĂ©ra de la confrontation malheureuse (Astianatte de Bononcini, Londres 1727 dont elle chante l’air d’Ermione), la musicalitĂ© coloratoure de la mezzo canadienne fait… mouche : une assurance dĂ©terminĂ©e qui exprime la volontĂ© d’un cĹ“ur capable de volontĂ© cruelle.

L’affrontement a rĂ©vĂ©lĂ© ses apports et ses enseignements. Insouciante ou bonne joueuse, pariant sur la seule Ă©nergie du dĂ©fi, Simone Kermes savait-elle que son Ă©toile aurait Ă  en pâtir ? Heureuse Vivica Genaux (dĂ©jĂ  habituĂ©e Ă  l’agilitĂ© napolitaine dans un recueil ancien dĂ©diĂ© Ă  Farinelli et aux castrats) : la diva de Fairbanks captive de bout en bout par son agilitĂ© et son intelligence, sa finesse expressive comme sa prĂ©cision technique. Reconnaissons que sa rivales Kermes ne partage pas Ă  la mĂŞme hauteur, la chaleur et la richesse harmonique du timbre, la vitalitĂ© prĂ©cise et construite de la coloratoure… Outre le tonus et l’Ă©clat de La Genaux / Bordoni, saluons l’intĂ©rĂŞt du rĂ©pertoire ici abordĂ©. Les instrumentistes de La Cappella Gabetta manquent parfois cependant de vraie subtilitĂ©, faisant basculer l’ensemble vers une stricte nervositĂ© dĂ©monstrative… Pas facile dĂ©cidĂ©ment d’Ă©viter les effets au dĂ©triment de la profondeur. En l’occurrence, la joute ici dĂ©partage clairement les talents en prĂ©sence…

 
CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

DĂ©pĂŞche. CD. ROKOKO : Max Emanuel Cencic chante Hasse (Decca)

CLIC_macaron_2014CD  ” clic d’or ” de classiquenews.com. Rokoko : arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-ténor (1 cd Decca). Avec Rokoko, le contre-ténor croate (né à Zagreb en 1976) fait une entrée fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavité haendélienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique éblouissante dans ce nouveau programme, célèbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, véritable phare musical européen au XVIIIè : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

cd ” coup de coeur de classiquenews.com “
Rokoko : Hasse ressuscité

Max Emanuel Cencic dévoile le génie lyrique de Hasse

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieBurney témoin voyageur et mélomane précieux pour la période, n’hésite pas à l’appeler ” Apollon “, tout en soulignant ce en quoi le style hautement raffiné, virtuose pourtant jamais décoratif de Hasse, fut l’un des plus estimés de son temps, en particulier par les têtes couronnées de Dresde à Vienne… Mais c’est surtout la sincérité et l’intensité de son écriture qui frappent aujourd’hui.
Révélant plusieurs airs extraits des opéras Arminio, Siroe, Tito Vespasiano (deux airs), Tigrane ou La Spartana generosa) sans omettre le superbe air d’ouverture emprunté à son oratorio “Il Cantico de’ Tre Fanciulli), le contre ténor Max Emanuel Cencic ne fait pas que ressusciter un compositeur injustement méconnu aujourd’hui : sa voix flexible et suavement timbrée s’affirme convaincante, d’une fermeté souple et irrésistible dans ce répertoire, dans toute sa plénitude maîtrisée, avec un medium d’une suavité délectable. Récital éblouissant, d’autant plus convaincant que chef et instrumentistes (Armonia Atenea. George Petrou, direction) développent avec le chanteur une superbe complicité expressive et poétique. Nouveau cd élu coup de coeur de classiquenews.com. En lire +

Rokoko : Mac Emanuel Cencic chante Hasse

En direct sur internet. Rokoko : le nouveau récital lyrique de Max Emanuel Cencic, le 30 janvier 2014, 20h sur culturebox. Avec Rokoko, le contre-ténor  croate (né à Zagreb en 1976) fait une entrée fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavité haendélienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique éblouissante dans ce nouveau programme, célèbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, véritable phare musical européen au XVIIIè : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

 

 

Hasse révélé

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieD’emblée, c’est un Hasse éclatant et aussi direct qui surprend ici, grâce à son orchestre d’une finesse instrumentale mésestimée (cor, bassons, flûtes…) à laquelle les musiciens apportent un éclairage enthousiasmant. La voix du soliste saisit par son assurance, tout en explorant plusieurs aspects méconnus du compositeur Saxon : ” Notte amica ” (cantico de ” Tre Fanciulli “, plage 1) berce par sa tendresse mozartienne, avec outre sa douceur suave, un soupçon de gravité tragique (couleur du basson)… le brio n’empêche pas la profondeur, voilà un cocktail gagnant qui pourrait bien expliquer la réussite de Hasse (comme c’est le cas de son compatriote et prédécesseur Haendel).
Un bon récital sait varier les humeurs et les climats expressifs, soignant les effets stimulants des contrastes ; ainsi le 2 est plus héroïque et pétaradant faisant valoir l’agilité triomphale d’Arminio, le héros unifcateur des germains contre les romains…
Le débit vocal assumé par Cencic met en lumière cette coupe napolitaine si spécifique, que maîtrise habilement Hasse, et que reprend aussi la vocalità plus artificielle de Jommelli par exemple.
En maĂ®tre d’une dramaturgie lyrique Ă©quilibrĂ©e, Cencic alterne ainsi affects alanguis suspendus (plage 3, Siroe : ” la sorte mia tiranna ” d’une dignitĂ© hĂ©roĂŻque pleine d’effusion plus introspective) tout en ciselant surtout l’impact Ă©motionnel des arias plus trĂ©pidants : ainsi ” Opprimete i contumaci ” de Tito Vespasiono (plage 4) frappe par son allant impĂ©tueux d’autant que l’orchestre sert idĂ©alement la cadence Ă  la fois martiale et fruitĂ©e d’une partition très caractĂ©risĂ©e. MĂŞme tempĂŞte et mĂŞme houle vĂ©ritable, et d’une Ă©nergie vivaldienne (mĂ©lismes accentuĂ©s du basson dialoguant avec les cordes frĂ©nĂ©tiques) dans L’Olimpiade qui suit (plage 5) : ” Siam navi all’onde “… le flot Ă©ruptif est ici dĂ©fendu avec une hargne instrumentale, une onctuositĂ© vocale jamais prise en dĂ©faut. Ipermestra (plage 6), est plus dĂ©tendue et d’une insouciance quasi absente jusque lĂ  dans le programme : l’aria fait valoir la souveraine flexibilitĂ© du medium d’une caressante ivresse… Lire notre critique complète du cd Rokoko de Max Emanuel Cencic

Rokoko, rĂ©cital baroque et lyrique par Max Emanuel Cencic (airs d’opĂ©ras de Hasse). En direct sur internet, jeudi 30 janvier 2014 Ă  20h sur culturebox (en direct de Metz). Visitez le site de culturebox

CD. ROKOKO. Arias de Hasse par Max Emanuel Cencic (Decca)

CLIC_macaron_2014CD. Rokoko : arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-tĂ©nor (1 cd Decca). Avec Rokoko, le contre -Ă©nor  croate (nĂ© Ă  Zagreb en 1976) fait une entrĂ©e fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavitĂ© haendĂ©lienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique Ă©blouissante dans ce nouveau programme, cĂ©lèbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, vĂ©ritable phare musical europĂ©en au XVIIIè : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

 

 

 

cd ” coup de coeur de classiquenews.com “
Rokoko : Hasse ressuscité

Max Emanuel Cencic dévoile le génie lyrique de Hasse

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieBurney tĂ©moin voyageur et mĂ©lomane prĂ©cieux pour la pĂ©riode, n’hĂ©site pas Ă  l’appeler ” Apollon “, tout en soulignant ce en quoi le style hautement raffinĂ©, virtuose pourtant jamais dĂ©coratif de Hasse, fut l’un des plus estimĂ©s de son temps, en particulier par les tĂŞtes couronnĂ©es de Dresde Ă  Vienne… Mais c’est surtout la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© de son Ă©criture qui frappent aujourd’hui.
RĂ©vĂ©lant plusieurs airs extraits des opĂ©ras Arminio, Siroe, Tito Vespasiano (deux airs), Tigrane ou La Spartana generosa) sans omettre le superbe air d’ouverture empruntĂ© Ă  son oratorio “Il Cantico de’ Tre Fanciulli), le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic ne fait pas que ressusciter un compositeur injustement mĂ©connu aujourd’hui : sa voix flexible et suavement timbrĂ©e s’affirme convaincante, d’une fermetĂ© souple et irrĂ©sistible dans ce rĂ©pertoire, dans toute sa plĂ©nitude maĂ®trisĂ©e, avec un medium d’une suavitĂ© dĂ©lectable. RĂ©cital Ă©blouissant, d’autant plus convaincant que chef et instrumentistes (Armonia Atenea. George Petrou, direction) dĂ©veloppent avec le chanteur une superbe complicitĂ© expressive et poĂ©tique. Nouveau cd Ă©lu coup de coeur de classiquenews.com

 

 

Hasse révélé

D’emblĂ©e, c’est un Hasse Ă©clatant et aussi direct qui surprend ici, grâce Ă  son orchestre d’une finesse instrumentale mĂ©sestimĂ©e (cor, bassons, flĂ»tes…) Ă  laquelle les musiciens apportent un Ă©clairage enthousiasmant.
La voix du soliste saisit par son assurance, tout en explorant plusieurs aspects mĂ©connus du compositeur Saxon : ” Notte amica ” (cantico de ” Tre Fanciulli “, plage 1) berce par sa tendresse mozartienne, avec outre sa douceur suave, un soupçon de gravitĂ© tragique (couleur du basson)… le brio n’empĂŞche pas la profondeur, voilĂ  un cocktail gagnant qui pourrait bien expliquer la rĂ©ussite de Hasse (comme c’est le cas de son compatriote et prĂ©dĂ©cesseur Haendel).
Un bon rĂ©cital sait varier les humeurs et les climats expressifs, soignant les effets stimulants des contrastes ; ainsi le 2 est plus hĂ©roĂŻque et pĂ©taradant faisant valoir l’agilitĂ© triomphale d’Arminio, le hĂ©ros unifcateur des germains contre les romains…
Le débit vocal assumé par Cencic met en lumière cette coupe napolitaine si spécifique, que maîtrise habilement Hasse, et que reprend aussi la vocalità plus artificielle de Jommelli par exemple.
En maĂ®tre d’une dramaturgie lyrique Ă©quilibrĂ©e, Cencic alterne ainsi affects alanguis suspendus (plage 3, Siroe : ” la sorte mia tiranna ” d’une dignitĂ© hĂ©roĂŻque pleine d’effusion plus introspective) tout en ciselant surtout l’impact Ă©motionnel des arias plus trĂ©pidants : ainsi ” Opprimete i contumaci ” de Tito Vespasiono (plage 4) frappe par son allant impĂ©tueux d’autant que l’orchestre sert idĂ©alement la cadence Ă  la fois martiale et fruitĂ©e d’une partition très caractĂ©risĂ©e. MĂŞme tempĂŞte et mĂŞme houle vĂ©ritable, et d’une Ă©nergie vivaldienne (mĂ©lismes accentuĂ©s du basson dialoguant avec les cordes frĂ©nĂ©tiques) dans L’Olimpiade qui suit (plage 5) : ” Siam navi all’onde “… le flot Ă©ruptif est ici dĂ©fendu avec une hargne instrumentale, une onctuositĂ© vocale jamais prise en dĂ©faut.
Ipermestra (plage 6), est plus dĂ©tendue et d’une insouciance quasi absente jusque lĂ  dans le programme : l’aria fait valoir la souveraine flexibilitĂ© du medium d’une caressante ivresse.

 

 

FlexibilitĂ© d’une voix contrastĂ©e

Après le Concerto pour mandoline (qui repose l’Ă©coute suscitĂ©e par la fougue expressive du contre tĂ©nor), la seconde partie du rĂ©cital est de la mĂŞme veine : souple, caractĂ©risĂ©e, ardente, profonde. Le soliste redouble mĂŞme de gĂ©nĂ©reuse expressivitĂ© dans deux airs sollicitant le souffle et l’agilitĂ©, le soutien comme le style : ” De’folgori di Giove ” d’Il Trionfo di Clelia, plage 10) d’une belle nervositĂ© martiale (cors rugissants très mis en avant) : le hĂ©ros civilisateur, vainqueur d’une arrogance noble et gĂ©nĂ©reuse s’y prĂ©cise ; comme dans la place suivante (” Se un tenero affetto ” de La Spartana Generosa, plage 11 donc) : fureur vertigineuse et la belle intensitĂ© lĂ  encore s’affirment avec une assurance belliqueuse ; l’abattage est d’une rare autoritĂ© vocale y compris dans les mĂ©lismes et cascades les plus acrobatiques, exigeant surenchère expressive et prĂ©cision rythmique. Du grand art. Dans le second air extrait d’Il trionfo di Clelia : Dei di Roma : la douceur souveraine se fait plus rĂ©confortante (avec une belle instrumention comprenant hautbois, flĂ»te et bassons); le registre et l’ambitus -plus central, sont ici idĂ©alement confortables pour la voix de Max Emanuel Cencic, aux couleurs sombres idĂ©alement claires et mordantes.
Pour conclure ce rĂ©cital en tous points abouti, les musiciens relèvent les dĂ©fis des deux derniers airs : ” Solca il mar ” (plage 13, extrait d’Il Tigrane), vĂ©ritable air de bravoure, expression d’une stabilitĂ© et d’une assurance inflexible sur l’ocĂ©an et la houle d’un destin souvent contraire (notez la mĂ©taphore, car le texte parle de tempĂŞte et de naufrage) : la très belle complicitĂ© des instrumentistes (cors nobles et cordes trĂ©pidantes) sert la belle progression dynamique dont est capable le contre-tĂ©nor.
Enfin en guise de coda et d’adieux, rien ne vaut des accents secs Ă  l’orchestre, ceux d’une coupe frĂ©nĂ©tique : ardeur expressive, agilitĂ©, virtuositĂ© et expressionnisme d’une flamme toute tragique dans Tito Vespasiano, Max Emanuel Cencic se tire avec subtilitĂ© de cet air ample ; il passe de l’orage tragique Ă©perdu Ă  la langueur plus implorante, rĂ©ussissant les passages avec ce moelleux et ce soutien si dĂ©lectables. Saluons l’artiste, l’interprète, l’instinct du musicien, idĂ©alement au diapason des affects d’un Hasse souvent imprĂ©visible, d’une constante rage dramatique.
Au total, en 8 opĂ©ras et 1 oratorio ainsi dĂ©voilĂ©s, le programme sĂ©duit indiscutablement, soulignant et les dons impressionnants du chanteur, et l’art contrastĂ© et raffinĂ© du saxon Hasse.  Bel accomplissement.

 

 

Rokoko. Arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-ténor. Orchestre Armonia Atenea. George Petrou, direction. 1 cd Decca. Parution : le 20 janvier 2014.

 

 

CD. Hasse : Marc Antonio e Cleopatra (Genaux, Osele, 2011)

CD. Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata 1725 (Genaux, Osele, 2011). 2 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).  Oeuvre de jeunesse mais somptueuse expression des passions humaines.  Comme Haendel, Hasse traite ici des amours antiques : si le Saxon abordait Giulio, le jeune Hasse (26 ans  prĂ©fère Marc Antoine et Cleopâtre : la partition ici restituĂ©e en novembre et dĂ©cembre 2011, il y a dĂ©jĂ  2 ans, rĂ©unit un excellent casting qui imprime au duo une saveur et un mordant irrĂ©sistible. Abattage incandescent, souci de la langue, prĂ©cision des vocalises, surtout engagement dramatique d’une constante finesse, Vivica Genaux, mezzo si agile, la vraie rivale de Bartoli Ă  l’heure actuelle, et Francesca L. Mazzulli, dans les rĂ´les titres de Marc Antoine et de la Reine d’Egypte s’imposent par leur intelligence autant vocale que dramatique. Voici deux rĂ©elles actrices chanteuses dont le tempĂ©rament dĂ©borde naturellement du cadre d’un enregistrement sans appui visuel.

 

 

DĂ©buts napolitains de Hasse

 

Hasse_cleopatra_genaux_DHMSur instruments anciens (diapason 415), les musiciens de Musiche Nove dirigĂ© par Claudio Osele savent palpiter et murmurer, parfois aigres (diapason oblige) mais toujours ardents et tendus. Les rĂ©citatifs y gagnent un relief passionnant (Genaux est superbe : elle a du chien et le velours frĂ©missant de son timbre va idĂ©alement au rĂ´le masculin, chantĂ© Ă  l’Ă©poque de Hasse par … Farinelli. La facilitĂ© avec laquelle Genaux s’empare du personnage en dit assez sur la virtuositĂ© expressive et grave, vĂ©loce autant qu’intĂ©rieure de la diva de Fairbanks (Alaska)… Elle sait hĂ©roĂŻser Ă  souhaits puis se soumettre Ă  l’empire de l’amour suscitĂ© par la beautĂ© nilotique.
ClĂ©opâtre a d’ailleurs l’air le plus dĂ©veloppĂ©, dans la seconde partie (Quel candido armellino…) : les vocalises sont impressionnantes (comme son premier air, conquĂ©rant, acrobatique qui ouvre la partie II : A Dio trono…), parfois tirĂ©es par la soprano mais la flamme et l’Ă©locution dĂ©fendues de part en part font  toute la valeur de sa composition Ă©motionnelle autant que lascive … d’autant plus qu’ici, l’esprit de conquĂŞte cède aux langueurs amoureuses

Trois annĂ©es après son arrivĂ©e Ă  Naples (1722), Hasse livre cette sĂ©rĂ©nade Ă  deux voix (et forts tempĂ©raments) en 1725 pour une performance dans la villa du conseiller royal Carlo Carmignano. Le style est d’un baroque autant virtuose qu’aimable et gracieux ; grâce aux solistes, l’oeuvre exulte et rayonne en ses accents expressifs souvent irrĂ©sistibles, toujours contrastĂ©s dont l’effusion progressive culmine dans le duetto final, chant plus hĂ©roĂŻque des deux coeurs accordĂ©s. L’aimable et le souriant de Hasse a fait Ă©voluer l’exercice bipartite depuis le final du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi (1643) : les vocalises dĂ©monstratives Ă©cartent toute ambivalence d’autant que le continuo du chef s’obstine alors dans le guerrier parfois carrĂ©. L’amour est certes une guerre amère et longue mais on aurait souhaitĂ© dans ce finale moins de dĂ©monstration.  Il n’empĂŞche ce petit opĂ©ra de chambre, parfaitement abordĂ©, ajoute Ă  notre connaissance du jeune Hasse alors rĂ©cemment napolitain.

Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra (1725). V.Genaux. F. Lombardi Mazzulli.  Le Musiche Nove.  Claudio Osele. 2 cd DHM Deutsch Harmonia Mundi RĂ©f. 88883721872.