OpĂ©ra, annonce. Siroe de Hasse Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain, le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD événement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013)

hasse siroe cencic cd deccaCD Ă©vĂ©nement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013). Depuis Faramondo qu’il a portĂ© seul, Cencic a montrĂ© de quelle Ă©nergie il Ă©tait capable dans le registre du dĂ©frichement lyrique. AprĂšs Haendel, voici Hasse : un compositeur emblĂ©matique de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien, auteur de prĂšs de 60 ouvrages lyriques qui lui assurĂšrent une gloire plus grande encore que l’autre Saxon. De Hambourg Ă  Dresde, de Vienne Ă  Venise, Hasse, Ă©poux Ă  la ville de la diva mezzo Faustina Bordoni (adule par Haendel), n’a cessĂ© de faire Ă©voluer l’Ă©criture opĂ©ratique du baroque mĂ»r vers le classicisme naissant, veillant toujours Ă  un juste et subtil Ă©quilibre entre virtuositĂ© du chanteur et cohĂ©rence dramatique. Il partage avec Jommelli, cette facilitĂ© souvent irrĂ©sistible, affirmant toujours une maestriĂ  indiscutable, de style ouvertement napolitain. EnregistrĂ©e en juillet 2014 Ă  AthĂšnes et sur le vif lors de la crĂ©ation de cette production nouvelle qui arrive en France Ă  Versailles en novembre 2014, la lecture s’appuie sur la complicitĂ© superlative d’un orchestre en tout point idĂ©alement articulĂ©, diversement nuancĂ© (dirigĂ© par l’excellent George Petrou) ; la rĂ©alisation rĂ©ussit indiscutablement grĂące aussi au plateau de solistes, marjoritairement remarquables d’engagement et de sensibilitĂ© : Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)…

Hasse, poùte du cƓur

CLIC_macaron_2014Chacune des sopranos exprime les dĂ©sirs, les Ă©preuves de coeurs Ă©prouvĂ©s : Emira travesti en Idapse Ă  la Cour de Cosroe balance entre son amour pour Siroe et sa vengeance contre le roi de Perse qui a fait tuer son propre pĂšre : devoir ou bonheur personnel, tel est l’Ă©ternelle question. La jubilation vocale tout en finesse de son air au II (d’un pastoralisme enchantĂ© et presque badin : Non vi piacque…) s’accorde au raffinement tĂ©nu de la parti orchestrale avec cor, subtilement dirigĂ© par  George Petrou : air d’une rĂȘverie suggestive et en mĂȘme temps d’une justesse remarquable,  profonde et intĂ©rieure comme si le personnage se dĂ©doublait et faisait sa propre autocritique… accordĂ©e Ă  la finesse du chef et des musiciens d’Armonia Atenea, la subtilitĂ© de l’interprĂšte se rĂ©vĂšle irrĂ©sistible.Un accomplissement enivrant. L’Ă©criture de Hasse fait valoir son gĂ©nie de la vocalise dont on comprend parfaitement qu’il ait portĂ© les chanteurs mitraillettes et ports de voix soucieux d’en dĂ©montrer ; mais outre la pure performance, il y a surtout une sensibilitĂ© trĂšs affĂ»tĂ©e Ă  exprimer les caractĂšres et climats Ă©motionnels les plus nuancĂ©s… de quoi rĂ©aliser pour les artistes et interprĂštes les plus fins de vrais portraits supĂ©rieurs et profonds. Une qualitĂ© partagĂ© avec le meilleur Haendel.

Juan Sancho laisse percevoir l’ampleur du rĂŽle du pĂšre Cosroe, Ăąme palpitante elle aussi, marquĂ©e voire dĂ©passĂ©e par le pouvoir et la rivalitĂ© entre ses deux fils (en fin d’action il abdiquera) : le personnage est dĂ©jĂ  mozartien, d’une subtilitĂ© frĂ©missante qui annonce Idomeneo, rien de moins : dans son grand air de 8mn au III, ” Gelido in ogni vena ” : le tĂ©nor Ă  l’aise malgrĂ© les intervalles redoutables de l’air, laisse se prĂ©ciser la vision Ă©mue du pĂšre face Ă  son fils emprisonnĂ© et condamnĂ© Ă  mort (Siroe)… A travers la ligne acrobatique et vertigineuse du chant se glisse le frisson de la terreur et de la compassion : tout Hasse est concentrĂ© dans cet air aux couleurs doubles, aussi virtuose que profond. Et le continuo se montre lui aussi remarquable de relief expressif. L’acmĂ© Ă©motionnel de l’opĂ©ra demeure ce qui suit : l’air funĂšbre (un Florestan avant l’heure) de SiroĂ© dans son cachot abĂźmĂ© dans les pensĂ©es les plus sombres : un air que les interprĂštes empruntent au Tito Vespasiano de Hasse, prĂ©cĂ©dĂ© ici par un recitatif accompagnato du propre Siroe de … Haendel. Cencic, plus grave et sombre que jamais se rĂ©vĂšle d’une intensitĂ© juste, convaincant dans le portrait du fils aĂźnĂ© vertueux, dĂ©criĂ©, solitaire qui finalement triomphe. Contrepoint aussi habitĂ© et furieusement agile, le Medarse de Franco Fagioli, d’une trempe prĂ©cise, tranchante, fulgurante. Dans le rĂŽle du frĂšre cadet jaloux, menteur, ” Mr Bartolo ” enchante littĂ©ralement par la tenue parfaite de ses vocalises Ă  foison, vĂ©ritable mitraillette Ă  cascades vocales toutes nuancĂ©es, caractĂ©risĂ©es, d’une diversitĂ© de ton admirable et projetĂ©es sur un souffle long, idĂ©alement gĂ©rĂ©. Quel acteur et quel chanteur (air final : ” Torrente cresciuto per torbida piena “). Seule rĂ©serve, le soprano pour le coup plus mĂ©canique que les autres, de Julia Lezhneva (Leodice, la maĂźtresse de Cosroe le pĂšre, amoureuse du fils Siroe), certes virtuose mais souvent totalement artificiel (Ă©couter son ultime air, caricature de tunnel de vocalises empruntĂ© au Britannicus de Graun): son absence d’Ă©motivitĂ© et de sensibilitĂ© ardente comme nuancĂ©e paraĂźt un contre sens dans cet arĂ©opage de tempĂ©raments vocaux si finement caractĂ©risĂ©s. En soulignant combien le seria de Hasse est portĂ© par une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle inscrite dans son Ă©criture, les interprĂštes ne pouvaient mieux faire. Une remarquable rĂ©surrection servie par un chef et un plateau vocal globalement superlatifs. Courrez dĂ©couvrir cet oeuvre palpitante, dĂ©fendue avec sensibilitĂ© et intelligence par les mĂȘmes interprĂštes Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (et avec mise en scĂšne de Cencic lui-mĂȘme), les 26,28,30 novembre 2014.

Hasse : Siroe (version Dresde II, 1763). Max Emanuel Cencic (Siroe), Franco Fagioli (Medarse), Juan Sancho (Cosroe), Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)… Armonia Atenea. George Petrou, direction. 2 cd DECCA. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  AthĂšnes en  juillet 2013.

 

 

 

Argument synopsis

Acte I. Le roi des perses Cosroe convoque ses deux fils, le cadet Medarse apparemment gentil et favori du souverain et Siroe plus inflexible face Ă  l’autoritĂ© paternel. Survient Emira qui aime Siroe mais se cache sous le nom d’Idaspe : elle jeure de venger son pĂšre en tuant Cosroe son assassin. De son cĂŽtĂ© la maĂźtresse de Cosroe, Laodice aime Siroe mais jalouse est prĂȘte Ă  l’accuser de parjure. Devant Cosroe, tous accuse Siroe de trahison (alros que Siroe a Ă©crit une lettre Ă  son pĂšre pour le mettre en garde). A la fin de l’acte, Siroe le vertueux est dĂ©criĂ© par tous.

Acte II. Medarse et Emira complotent contre Siroe et Cosroe. Le premier veut faire tuer sonfrĂšre pour prendre le trĂŽne de son pĂšre ; le seconde mĂȘme si elle aime Siroe, veut tuer Cosroe pour venger la mĂ©moire de son pĂšre… Au comble du travestissement, Emira, toujours vĂȘtu en Idaspe, affirme aimer Loadice…  Siroe est de plus en plus seul et son pĂšre l’exhorte Ă  avouer son crime contre le trĂŽne et dĂ©noncer ses complices.

Acte III. Leodice, Emira, Arasse prennent la dĂ©fense de Siroe vis Ă  vis de Cosroe. A Idaspe/Emira, Medarse rĂ©vĂšle sa volontĂ© de nuire Ă  Siroe pour prendre le trĂŽne… EmprisonnĂ©, Siroe se lamente sur son sort (temps fort de l’opĂ©ra oĂč le fils vertueux dĂ©criĂ© exprime sa souffrance intĂ©rieure) mais il est libĂ©rĂ© par Arasse : tous, – Loedice, Emira/Idaspe, Cosroe souhaite son pardon : il est couronnĂ© Ă  la place de son pĂšre qui abdique. Le final cĂ©lĂšbre les vertus du pardon et de la loyautĂ© morale incarnĂ©e par Siroe.

Siroe de Hasse Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse…  Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733),  soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain,  le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

 

 

hasse siroe cencic cd decca

Siroe scena da SiroeL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

Opéra, recréation. Max Emanuel Cencic chante Siroé de Hasse sur la scÚne et au disque (novembre 2014)

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaOpĂ©ra, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse…  Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733),  soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain,  le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles.

 

 

 

Le Siroé de Cencic sur scÚne et au disque

 

SiroĂ©, Re di Persia de Johann Adolph Hasse, opera seria en 3 actes est crĂ©Ă© en 1733 Ă  Bologne. La partition n’a jamais Ă©tĂ© reprise depuis le XVIIIe siĂšcle ; elle est l’objet d’une nouvelle production prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois en France Ă  l’OpĂ©ra Royal de Versailles et fait l’objet d’une captation tĂ©lĂ©visĂ©e et d’un enregistrement CD. AprĂšs l’Artaserse de Vinci, Max Emanuel Cencic voulait s’attaquer Ă  l’un des plus cĂ©lĂšbres compositeurs baroques d’opĂ©ras sĂ©rias : Johann Adolph Hasse (1699-1783). Le compositeur prolifique (plus de 56 opĂ©ras) eut une carriĂšre internationale aussi importante que celle de Haendel, avec une renommĂ©e plus grande encore : parti de Hambourg oĂč il avait fait ses premiĂšres armes de chanteur d’opĂ©ra, il conquit Naples, Venise, Londres, surtout Vienne et Dresde oĂč il fut MaĂźtre de Chapelle de 1733 Ă  1763 : pĂ©riode oĂč Rameau rĂšgne sur la scĂšne lyrique francaise. Leurs deux carriĂšres sont simultanĂ©es et toutes deux dĂ©diĂ©es au thĂ©Ăątre lyrique. JouĂ©s dans toute l’Europe, ses operas serias s’imposent comme des rĂ©fĂ©rences dans les annĂ©es 1725-1765 et sont dĂ©fendus par les plus grands chanteurs, de Farinelli Ă  Faustina Bordoni (qu’il Ă©pousa). La formule de Hasse incarne cet idĂ©al esthĂ©tique façonnĂ©e par Porpora dans la citĂ© partĂ©nopĂ©enne: elle rentre en concurrence directe avec l’opĂ©ra français ou les ouvrages contemporains de Vivaldi Ă  Venise et de Haendel Ă  Londres. La virtuositĂ© exprime les temps forts de l’action dramatique.
hasse siroe cencic cd deccaPour restituer le chef-d’Ɠuvre de Hasse, Max Emanuel Cencic coiffe la triple casquette de producteur, metteur en scĂšne, interprĂšte et s’entoure de chanteurs Ă  l’agilitĂ© acrobatique dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e, comme Julia Lezhneva, de l’orchestre Armonia Atenea et du chef George Petrou dont classiquenews vient de souligner la flamme articulĂ©e de son approche surprenante des CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e de Beethoven, rĂ©cemment Ă©ditĂ© (CLIC de classiquenews de juillet 2014).

Siroe scena da SiroeL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

CD sony rival queens simone kermes vivica genaux Rival QueensCD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical). En gants de boxe, mais robes XVIIIĂš, les deux divas vedette de l’Ă©curie Sony classical s’offrent comme Ă  l’Ă©poque du Haendel Londonien et de Porpora son rival napolitain, une joute lyrique : ces reines rivales, – l’une soprano (Simone Kermes), l’autre mezzo (Vivica Genaux) surenchĂ©rissent en performances coloratoure, sur les traces des divas adulĂ©es au XVIIIĂš Ă  Londres entre autres ce 6 juin 1727 dans l’opĂ©ra de Bononcini : Astianatte. Francesca  Cuzzoni et Faustina  Bordoni la VĂ©nitienne, de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration (nĂ©es en 1696 et 1697) s’y rĂ©vĂšlent redoutables, dĂ©terminĂ©es et mĂȘme agressives, n’hĂ©sitant pas Ă  s’injurier et s’empoigner.
Sur le plan strictement musical et artistique, l’enjeu de la joute demeure expressif et technique : l’agilitĂ©, mais aussi l’Ă©tendue de la tessiture (aigus trĂšs haut perchĂ©s), l’habilitĂ© Ă  colorer et nuancer sa propre expressivitĂ© sont de rigueur. Pourtant outre la suprĂȘme virtuositĂ©, il faut surtout une justesse de ton, une expressivitĂ© et une style qui privilĂ©gie la finesse intĂ©rieure sur la seule carrure tapageuse et dĂ©monstrative. L’idĂ©al aurait assurĂ©ment Ă©tĂ© de les Ă©couter dans les mĂȘmes airs, ce qui aurait supposĂ© deux tessitures Ă©gales : en rĂ©alitĂ© la chose aurait pu ĂȘtre rĂ©alisĂ©e car les deux chanteuses citĂ©es (Francesca et Faustina) ont incarnĂ© Ă  deux temps diffĂ©rents, le mĂȘme air dans l’Artaserse de Hasse Ă  Venise en 1730 (l’air :  “Va tra le selve ircane “, crĂ©Ă© d’abord par la Cuzzoni, est ensuite repris dans une version diffĂ©rente par la Bordoni Ă  Dresde en 1740). Mais respectant la couleur et le grain du timbre de chacune, le choix des airs prend en compte l’agilitĂ© claire de Vivica, le flou dramatique de Simone : osons dire d’emblĂ©e que cette joute tourne Ă  l’avantage de Vivica Genaux dont la prĂ©cision des vocalises, le brillant claire du timbre, la musicalitĂ© souple, surtout son souci du verbe et de l’intelligibilitĂ© Ă©crasent les capacitĂ©s (rĂ©elles) de sa rivale : comparĂ©e souvent Ă  Bartoli, Simone Kermes paraĂźt souvent terne, manquant de fluiditĂ© sobre, toujours tournĂ©e vers un intensitĂ© et une nervositĂ© violente et spectaculaire, qui certes veut en dĂ©coudre mais manque singuliĂšrement de profondeur comme de poĂ©sie, de finesse comme nuances. Naples, Londres, Rome et surtout Venise, les opĂ©ras ici ressuscitĂ©s dont la majoritĂ© en “premiĂšres mondiales” illustrent l’essor du genre seria acrobatique et rien que virtuose, propre aux annĂ©es 1720 et 1730 : traitant l’autre de garce et de catin, poussĂ©es chacune par leurs partisans particuliĂšrement remontĂ©s en ce soir du 6 juin 1727 au Haymarket de Londres, deux divas cĂ©lĂšbres, la parmesane Faustina Bordoni (nĂ©e en 1696) et la VĂ©nitienne Francesca Cuzzoni (nĂ©e en 1697) que la dignitĂ© et l’Ă©lĂ©gance habituelle tenaient dans la biensĂ©ance la plus respectable, se crĂȘpent le chignon sur scĂšne devant un parterre mĂ©dusĂ© … dont la princesse de Galles.La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni
2 divas sur le ring …
L’Astianatte de Bononcini n’espĂ©rait pas une telle publicitĂ© : un pugilat mĂ©morable dans l’histoire de l’opĂ©ra baroque. Leur collaboration pour un mĂȘme opĂ©ra remonte Ă  1718 Ă  Venise : elles se retrouvent ensuite sur la mĂȘme affiche en 1719 Ă  Venise et Milan puis 1721 Ă  Venise, Ă©galement; de 1726 Ă  1728, la Royal Academy of music de Londres engage les deux divas au risque d’enflammer leur rivalitĂ© de plus en plus explicite… de fait, l’Ă©vĂ©nement inconcevable se produit donc en 1727, chacune Ă  peine trentenaire revendiquant le statut de “prima donna”. Si les tĂ©moignages (surtout celui de Tosi) fixent dans l’imaginaire, le beau chant d’expression de la Cuzzoni – OrphĂ©e (son cantabile amoureux en particulier) et celui de bravoura de la Bordoni – SirĂšne (agilitĂ© coloratoura), ils nous restent pour imaginer concrĂštement leurs formidables capacitĂ©s, des airs taillĂ©s pour ces machines Ă  vocalises acrobatiques. En rĂ©alitĂ© les commentaires sur les deux divas sont assez proches, rĂ©vĂ©lant des tempĂ©raments en miroir : les deux Ă©tant aussi douĂ©es l’une que l’autre pour l’introspection de caractĂšre ou la performance acrobatique : profondeur et virtuositĂ©. De quoi faire rĂȘver les divas modernes.

De fait, le programme de ce disque laisse envisager des qualitĂ©s spĂ©cifiques qui pourraient bien aujourd’hui, selon l’Ă©criture des airs, singulariser l’une par rapport Ă  l’autre. A Ă©couter les airs de Pollarolo, Lucio Papirio (air de Papiria, 1720), de Lucio Vero d’Ariosti (1727), Numa (1741) et Didone abbandonnata (1742)  de Hasse : La Bordoni (ici Vivica Genaux) devait Ă©tonner par son souffle illimitĂ©. Face Ă  elle : les airs virtuosissimes de Cuzzoni Ă©clatent dans Da tempesta il legno infranto du Cesare de Haendel (en 1724), ou l’air, ici chantĂ© par Kermes, ” BenchĂ© l’augel s’asconda ” (Mandane du Ciro riconosciuto de Leonoardo Leo (Turin, 1739) qui renvoie Ă  une esthĂ©tique plus intĂ©rieure.

L’intĂ©rĂȘt du disque est Ă©videmment de distinguer des particularitĂ©s distinctives voires discriminatoires qui dĂ©partagent inĂ©vitablement les talents. C’est aussi un rĂ©pertoire passionnant qui rĂ©vĂšlent toutes les nuances de la virtuositĂ© : de 1720 Ă  1739, entre les vĂ©nĂ©to Ă©miliens tels Ariosti, Bononcini, Giacomelli, Pollarolo) et les compositeurs passĂ©s et trĂšs fortement marquĂ©s par le moule napolitain : Arena, Hasse, Leo, Poropora, Sarro, Vinci…

Eclat et intériorité de La Genaux / Bordoni

Cuzzoni eut-elle rĂ©ellement ce cantabile amoureux, douĂ©e d’une expressivitĂ© poĂ©tique Ă  tomber telle que l’incarne ici Ă  sa façon La Kermes ? Malheureusement, l’expressivitĂ© courte et sans guĂšre de nuances de son Andromaque dans l’opĂ©ra fameux de Bononcini (Astianatte, cadre des affrontements historiques), air ” Svenalto, traditor ” oĂč l’hĂ©roĂŻne est prĂȘte Ă  mourir, comme hallucinĂ©e et au bord de l’Ă©vanouissement… laisse un goĂ»t d’inachevĂ©. L’air d’agilitĂ© du Ciro riconosciuto de Leo (” BenchĂ© l’augel s’asconda ” de Mandane, Turin, 1739) manque de pĂȘche, de brio, de clartĂ©, d’incisivitĂ© et la voix fait valoir des usures problĂ©matiques… le souffle est court et le style manque singuliĂšrement de finesse comme de rĂ©elle et souple implication (mĂȘme constat pour sa rĂ©cente Comtesse des Noces de Figaro de Mozart emportĂ© par ailleurs Ă  l’orchestre par Teodor Currentzis : Kermes y paraissait comme le maillon faible).

rivals-queens-genaux-kermes-sony-classical-cd-PrĂ©fĂšre-t-on pour autant l’agilitĂ© de bravoure de La Genaux, Ă©patante mitraillette mais aussi (et mieux que sa consƓur, tant pis pour elle), troublante, enivrante grĂące aux couleurs intĂ©rieures d’un chant pas que dĂ©monstratif ou strictement virtuose ?.. Mais rĂ©ellement enivrĂ© et mĂȘme enchantĂ© capable de couleurs intĂ©rieures convaincantes : la chaleur du timbre outre son agilitĂ©, sa claire vibration font la rĂ©ussite de l’air de Papiria ” Padre amoroso ” (Venise, 1720) : priĂšre sincĂšre d’une fille Ă  son pĂšre indĂ©cis… MĂȘme Ă©panchement pudique et d’une dignitĂ© blessĂ©e dans Lucio vero d’Ariosti (crĂ©Ă© Ă  Londres en 1727 comme l’opĂ©ra fameux de Bononcini) : La Genaux / Bordoni exprime au plus juste la douleur mesurĂ©e d’un cƓur qui s’interdit tout Ă©panchement…  Dans un air nettement plus virtuose enchaĂźnant les cascades de notes et de vocalises comme justement l’opĂ©ra de la confrontation malheureuse (Astianatte de Bononcini, Londres 1727 dont elle chante l’air d’Ermione), la musicalitĂ© coloratoure de la mezzo canadienne fait… mouche : une assurance dĂ©terminĂ©e qui exprime la volontĂ© d’un cƓur capable de volontĂ© cruelle.

L’affrontement a rĂ©vĂ©lĂ© ses apports et ses enseignements. Insouciante ou bonne joueuse, pariant sur la seule Ă©nergie du dĂ©fi, Simone Kermes savait-elle que son Ă©toile aurait Ă  en pĂątir ? Heureuse Vivica Genaux (dĂ©jĂ  habituĂ©e Ă  l’agilitĂ© napolitaine dans un recueil ancien dĂ©diĂ© Ă  Farinelli et aux castrats) : la diva de Fairbanks captive de bout en bout par son agilitĂ© et son intelligence, sa finesse expressive comme sa prĂ©cision technique. Reconnaissons que sa rivales Kermes ne partage pas Ă  la mĂȘme hauteur, la chaleur et la richesse harmonique du timbre, la vitalitĂ© prĂ©cise et construite de la coloratoure… Outre le tonus et l’Ă©clat de La Genaux / Bordoni, saluons l’intĂ©rĂȘt du rĂ©pertoire ici abordĂ©. Les instrumentistes de La Cappella Gabetta manquent parfois cependant de vraie subtilitĂ©, faisant basculer l’ensemble vers une stricte nervositĂ© dĂ©monstrative… Pas facile dĂ©cidĂ©ment d’Ă©viter les effets au dĂ©triment de la profondeur. En l’occurrence, la joute ici dĂ©partage clairement les talents en prĂ©sence…

 
CD. Rival Queens. La Genaux / Bordoni contre La Kermes / Cuzzoni (1 cd Sony classical)

DĂ©pĂȘche. CD. ROKOKO : Max Emanuel Cencic chante Hasse (Decca)

CLIC_macaron_2014CD  ” clic d’or ” de classiquenews.com. Rokoko : arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-tĂ©nor (1 cd Decca). Avec Rokoko, le contre-tĂ©nor croate (nĂ© Ă  Zagreb en 1976) fait une entrĂ©e fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavitĂ© haendĂ©lienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique Ă©blouissante dans ce nouveau programme, cĂ©lĂšbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, vĂ©ritable phare musical europĂ©en au XVIIIĂš : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

cd ” coup de coeur de classiquenews.com “
Rokoko : Hasse ressuscité

Max Emanuel Cencic dévoile le génie lyrique de Hasse

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieBurney tĂ©moin voyageur et mĂ©lomane prĂ©cieux pour la pĂ©riode, n’hĂ©site pas Ă  l’appeler ” Apollon “, tout en soulignant ce en quoi le style hautement raffinĂ©, virtuose pourtant jamais dĂ©coratif de Hasse, fut l’un des plus estimĂ©s de son temps, en particulier par les tĂȘtes couronnĂ©es de Dresde Ă  Vienne
 Mais c’est surtout la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© de son Ă©criture qui frappent aujourd’hui.
RĂ©vĂ©lant plusieurs airs extraits des opĂ©ras Arminio, Siroe, Tito Vespasiano (deux airs), Tigrane ou La Spartana generosa) sans omettre le superbe air d’ouverture empruntĂ© Ă  son oratorio “Il Cantico de’ Tre Fanciulli), le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic ne fait pas que ressusciter un compositeur injustement mĂ©connu aujourd’hui : sa voix flexible et suavement timbrĂ©e s’affirme convaincante, d’une fermetĂ© souple et irrĂ©sistible dans ce rĂ©pertoire, dans toute sa plĂ©nitude maĂźtrisĂ©e, avec un medium d’une suavitĂ© dĂ©lectable. RĂ©cital Ă©blouissant, d’autant plus convaincant que chef et instrumentistes (Armonia Atenea. George Petrou, direction) dĂ©veloppent avec le chanteur une superbe complicitĂ© expressive et poĂ©tique. Nouveau cd Ă©lu coup de coeur de classiquenews.com. En lire +

Rokoko : Mac Emanuel Cencic chante Hasse

En direct sur internet. Rokoko : le nouveau rĂ©cital lyrique de Max Emanuel Cencic, le 30 janvier 2014, 20h sur culturebox. Avec Rokoko, le contre-tĂ©nor  croate (nĂ© Ă  Zagreb en 1976) fait une entrĂ©e fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavitĂ© haendĂ©lienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique Ă©blouissante dans ce nouveau programme, cĂ©lĂšbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, vĂ©ritable phare musical europĂ©en au XVIIIĂš : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

 

 

Hasse révélé

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieD’emblĂ©e, c’est un Hasse Ă©clatant et aussi direct qui surprend ici, grĂące Ă  son orchestre d’une finesse instrumentale mĂ©sestimĂ©e (cor, bassons, flĂ»tes
) Ă  laquelle les musiciens apportent un Ă©clairage enthousiasmant. La voix du soliste saisit par son assurance, tout en explorant plusieurs aspects mĂ©connus du compositeur Saxon : ” Notte amica ” (cantico de ” Tre Fanciulli “, plage 1) berce par sa tendresse mozartienne, avec outre sa douceur suave, un soupçon de gravitĂ© tragique (couleur du basson)
 le brio n’empĂȘche pas la profondeur, voilĂ  un cocktail gagnant qui pourrait bien expliquer la rĂ©ussite de Hasse (comme c’est le cas de son compatriote et prĂ©dĂ©cesseur Haendel).
Un bon rĂ©cital sait varier les humeurs et les climats expressifs, soignant les effets stimulants des contrastes ; ainsi le 2 est plus hĂ©roĂŻque et pĂ©taradant faisant valoir l’agilitĂ© triomphale d’Arminio, le hĂ©ros unifcateur des germains contre les romains

Le débit vocal assumé par Cencic met en lumiÚre cette coupe napolitaine si spécifique, que maßtrise habilement Hasse, et que reprend aussi la vocalità plus artificielle de Jommelli par exemple.
En maĂźtre d’une dramaturgie lyrique Ă©quilibrĂ©e, Cencic alterne ainsi affects alanguis suspendus (plage 3, Siroe : ” la sorte mia tiranna ” d’une dignitĂ© hĂ©roĂŻque pleine d’effusion plus introspective) tout en ciselant surtout l’impact Ă©motionnel des arias plus trĂ©pidants : ainsi ” Opprimete i contumaci ” de Tito Vespasiono (plage 4) frappe par son allant impĂ©tueux d’autant que l’orchestre sert idĂ©alement la cadence Ă  la fois martiale et fruitĂ©e d’une partition trĂšs caractĂ©risĂ©e. MĂȘme tempĂȘte et mĂȘme houle vĂ©ritable, et d’une Ă©nergie vivaldienne (mĂ©lismes accentuĂ©s du basson dialoguant avec les cordes frĂ©nĂ©tiques) dans L’Olimpiade qui suit (plage 5) : ” Siam navi all’onde “
 le flot Ă©ruptif est ici dĂ©fendu avec une hargne instrumentale, une onctuositĂ© vocale jamais prise en dĂ©faut. Ipermestra (plage 6), est plus dĂ©tendue et d’une insouciance quasi absente jusque lĂ  dans le programme : l’aria fait valoir la souveraine flexibilitĂ© du medium d’une caressante ivresse… Lire notre critique complĂšte du cd Rokoko de Max Emanuel Cencic

Rokoko, rĂ©cital baroque et lyrique par Max Emanuel Cencic (airs d’opĂ©ras de Hasse). En direct sur internet, jeudi 30 janvier 2014 Ă  20h sur culturebox (en direct de Metz). Visitez le site de culturebox

CD. ROKOKO. Arias de Hasse par Max Emanuel Cencic (Decca)

CLIC_macaron_2014CD. Rokoko : arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-tĂ©nor (1 cd Decca). Avec Rokoko, le contre -Ă©nor  croate (nĂ© Ă  Zagreb en 1976) fait une entrĂ©e fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavitĂ© haendĂ©lienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique Ă©blouissante dans ce nouveau programme, cĂ©lĂšbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, vĂ©ritable phare musical europĂ©en au XVIIIĂš : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

 

 

 

cd ” coup de coeur de classiquenews.com “
Rokoko : Hasse ressuscité

Max Emanuel Cencic dévoile le génie lyrique de Hasse

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieBurney tĂ©moin voyageur et mĂ©lomane prĂ©cieux pour la pĂ©riode, n’hĂ©site pas Ă  l’appeler ” Apollon “, tout en soulignant ce en quoi le style hautement raffinĂ©, virtuose pourtant jamais dĂ©coratif de Hasse, fut l’un des plus estimĂ©s de son temps, en particulier par les tĂȘtes couronnĂ©es de Dresde Ă  Vienne… Mais c’est surtout la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© de son Ă©criture qui frappent aujourd’hui.
RĂ©vĂ©lant plusieurs airs extraits des opĂ©ras Arminio, Siroe, Tito Vespasiano (deux airs), Tigrane ou La Spartana generosa) sans omettre le superbe air d’ouverture empruntĂ© Ă  son oratorio “Il Cantico de’ Tre Fanciulli), le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic ne fait pas que ressusciter un compositeur injustement mĂ©connu aujourd’hui : sa voix flexible et suavement timbrĂ©e s’affirme convaincante, d’une fermetĂ© souple et irrĂ©sistible dans ce rĂ©pertoire, dans toute sa plĂ©nitude maĂźtrisĂ©e, avec un medium d’une suavitĂ© dĂ©lectable. RĂ©cital Ă©blouissant, d’autant plus convaincant que chef et instrumentistes (Armonia Atenea. George Petrou, direction) dĂ©veloppent avec le chanteur une superbe complicitĂ© expressive et poĂ©tique. Nouveau cd Ă©lu coup de coeur de classiquenews.com

 

 

Hasse révélé

D’emblĂ©e, c’est un Hasse Ă©clatant et aussi direct qui surprend ici, grĂące Ă  son orchestre d’une finesse instrumentale mĂ©sestimĂ©e (cor, bassons, flĂ»tes…) Ă  laquelle les musiciens apportent un Ă©clairage enthousiasmant.
La voix du soliste saisit par son assurance, tout en explorant plusieurs aspects mĂ©connus du compositeur Saxon : ” Notte amica ” (cantico de ” Tre Fanciulli “, plage 1) berce par sa tendresse mozartienne, avec outre sa douceur suave, un soupçon de gravitĂ© tragique (couleur du basson)… le brio n’empĂȘche pas la profondeur, voilĂ  un cocktail gagnant qui pourrait bien expliquer la rĂ©ussite de Hasse (comme c’est le cas de son compatriote et prĂ©dĂ©cesseur Haendel).
Un bon rĂ©cital sait varier les humeurs et les climats expressifs, soignant les effets stimulants des contrastes ; ainsi le 2 est plus hĂ©roĂŻque et pĂ©taradant faisant valoir l’agilitĂ© triomphale d’Arminio, le hĂ©ros unifcateur des germains contre les romains…
Le débit vocal assumé par Cencic met en lumiÚre cette coupe napolitaine si spécifique, que maßtrise habilement Hasse, et que reprend aussi la vocalità plus artificielle de Jommelli par exemple.
En maĂźtre d’une dramaturgie lyrique Ă©quilibrĂ©e, Cencic alterne ainsi affects alanguis suspendus (plage 3, Siroe : ” la sorte mia tiranna ” d’une dignitĂ© hĂ©roĂŻque pleine d’effusion plus introspective) tout en ciselant surtout l’impact Ă©motionnel des arias plus trĂ©pidants : ainsi ” Opprimete i contumaci ” de Tito Vespasiono (plage 4) frappe par son allant impĂ©tueux d’autant que l’orchestre sert idĂ©alement la cadence Ă  la fois martiale et fruitĂ©e d’une partition trĂšs caractĂ©risĂ©e. MĂȘme tempĂȘte et mĂȘme houle vĂ©ritable, et d’une Ă©nergie vivaldienne (mĂ©lismes accentuĂ©s du basson dialoguant avec les cordes frĂ©nĂ©tiques) dans L’Olimpiade qui suit (plage 5) : ” Siam navi all’onde “… le flot Ă©ruptif est ici dĂ©fendu avec une hargne instrumentale, une onctuositĂ© vocale jamais prise en dĂ©faut.
Ipermestra (plage 6), est plus dĂ©tendue et d’une insouciance quasi absente jusque lĂ  dans le programme : l’aria fait valoir la souveraine flexibilitĂ© du medium d’une caressante ivresse.

 

 

FlexibilitĂ© d’une voix contrastĂ©e

AprĂšs le Concerto pour mandoline (qui repose l’Ă©coute suscitĂ©e par la fougue expressive du contre tĂ©nor), la seconde partie du rĂ©cital est de la mĂȘme veine : souple, caractĂ©risĂ©e, ardente, profonde. Le soliste redouble mĂȘme de gĂ©nĂ©reuse expressivitĂ© dans deux airs sollicitant le souffle et l’agilitĂ©, le soutien comme le style : ” De’folgori di Giove ” d’Il Trionfo di Clelia, plage 10) d’une belle nervositĂ© martiale (cors rugissants trĂšs mis en avant) : le hĂ©ros civilisateur, vainqueur d’une arrogance noble et gĂ©nĂ©reuse s’y prĂ©cise ; comme dans la place suivante (” Se un tenero affetto ” de La Spartana Generosa, plage 11 donc) : fureur vertigineuse et la belle intensitĂ© lĂ  encore s’affirment avec une assurance belliqueuse ; l’abattage est d’une rare autoritĂ© vocale y compris dans les mĂ©lismes et cascades les plus acrobatiques, exigeant surenchĂšre expressive et prĂ©cision rythmique. Du grand art. Dans le second air extrait d’Il trionfo di Clelia : Dei di Roma : la douceur souveraine se fait plus rĂ©confortante (avec une belle instrumention comprenant hautbois, flĂ»te et bassons); le registre et l’ambitus -plus central, sont ici idĂ©alement confortables pour la voix de Max Emanuel Cencic, aux couleurs sombres idĂ©alement claires et mordantes.
Pour conclure ce rĂ©cital en tous points abouti, les musiciens relĂšvent les dĂ©fis des deux derniers airs : ” Solca il mar ” (plage 13, extrait d’Il Tigrane), vĂ©ritable air de bravoure, expression d’une stabilitĂ© et d’une assurance inflexible sur l’ocĂ©an et la houle d’un destin souvent contraire (notez la mĂ©taphore, car le texte parle de tempĂȘte et de naufrage) : la trĂšs belle complicitĂ© des instrumentistes (cors nobles et cordes trĂ©pidantes) sert la belle progression dynamique dont est capable le contre-tĂ©nor.
Enfin en guise de coda et d’adieux, rien ne vaut des accents secs Ă  l’orchestre, ceux d’une coupe frĂ©nĂ©tique : ardeur expressive, agilitĂ©, virtuositĂ© et expressionnisme d’une flamme toute tragique dans Tito Vespasiano, Max Emanuel Cencic se tire avec subtilitĂ© de cet air ample ; il passe de l’orage tragique Ă©perdu Ă  la langueur plus implorante, rĂ©ussissant les passages avec ce moelleux et ce soutien si dĂ©lectables. Saluons l’artiste, l’interprĂšte, l’instinct du musicien, idĂ©alement au diapason des affects d’un Hasse souvent imprĂ©visible, d’une constante rage dramatique.
Au total, en 8 opĂ©ras et 1 oratorio ainsi dĂ©voilĂ©s, le programme sĂ©duit indiscutablement, soulignant et les dons impressionnants du chanteur, et l’art contrastĂ© et raffinĂ© du saxon Hasse.  Bel accomplissement.

 

 

Rokoko. Arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-ténor. Orchestre Armonia Atenea. George Petrou, direction. 1 cd Decca. Parution : le 20 janvier 2014.

 

 

CD. Hasse : Marc Antonio e Cleopatra (Genaux, Osele, 2011)

CD. Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra, serenata 1725 (Genaux, Osele, 2011). 2 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).  Oeuvre de jeunesse mais somptueuse expression des passions humaines.  Comme Haendel, Hasse traite ici des amours antiques : si le Saxon abordait Giulio, le jeune Hasse (26 ans  prĂ©fĂšre Marc Antoine et CleopĂątre : la partition ici restituĂ©e en novembre et dĂ©cembre 2011, il y a dĂ©jĂ  2 ans, rĂ©unit un excellent casting qui imprime au duo une saveur et un mordant irrĂ©sistible. Abattage incandescent, souci de la langue, prĂ©cision des vocalises, surtout engagement dramatique d’une constante finesse, Vivica Genaux, mezzo si agile, la vraie rivale de Bartoli Ă  l’heure actuelle, et Francesca L. Mazzulli, dans les rĂŽles titres de Marc Antoine et de la Reine d’Egypte s’imposent par leur intelligence autant vocale que dramatique. Voici deux rĂ©elles actrices chanteuses dont le tempĂ©rament dĂ©borde naturellement du cadre d’un enregistrement sans appui visuel.

 

 

DĂ©buts napolitains de Hasse

 

Hasse_cleopatra_genaux_DHMSur instruments anciens (diapason 415), les musiciens de Musiche Nove dirigĂ© par Claudio Osele savent palpiter et murmurer, parfois aigres (diapason oblige) mais toujours ardents et tendus. Les rĂ©citatifs y gagnent un relief passionnant (Genaux est superbe : elle a du chien et le velours frĂ©missant de son timbre va idĂ©alement au rĂŽle masculin, chantĂ© Ă  l’Ă©poque de Hasse par … Farinelli. La facilitĂ© avec laquelle Genaux s’empare du personnage en dit assez sur la virtuositĂ© expressive et grave, vĂ©loce autant qu’intĂ©rieure de la diva de Fairbanks (Alaska)… Elle sait hĂ©roĂŻser Ă  souhaits puis se soumettre Ă  l’empire de l’amour suscitĂ© par la beautĂ© nilotique.
ClĂ©opĂątre a d’ailleurs l’air le plus dĂ©veloppĂ©, dans la seconde partie (Quel candido armellino…) : les vocalises sont impressionnantes (comme son premier air, conquĂ©rant, acrobatique qui ouvre la partie II : A Dio trono…), parfois tirĂ©es par la soprano mais la flamme et l’Ă©locution dĂ©fendues de part en part font  toute la valeur de sa composition Ă©motionnelle autant que lascive … d’autant plus qu’ici, l’esprit de conquĂȘte cĂšde aux langueurs amoureuses

Trois annĂ©es aprĂšs son arrivĂ©e Ă  Naples (1722), Hasse livre cette sĂ©rĂ©nade Ă  deux voix (et forts tempĂ©raments) en 1725 pour une performance dans la villa du conseiller royal Carlo Carmignano. Le style est d’un baroque autant virtuose qu’aimable et gracieux ; grĂące aux solistes, l’oeuvre exulte et rayonne en ses accents expressifs souvent irrĂ©sistibles, toujours contrastĂ©s dont l’effusion progressive culmine dans le duetto final, chant plus hĂ©roĂŻque des deux coeurs accordĂ©s. L’aimable et le souriant de Hasse a fait Ă©voluer l’exercice bipartite depuis le final du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi (1643) : les vocalises dĂ©monstratives Ă©cartent toute ambivalence d’autant que le continuo du chef s’obstine alors dans le guerrier parfois carrĂ©. L’amour est certes une guerre amĂšre et longue mais on aurait souhaitĂ© dans ce finale moins de dĂ©monstration.  Il n’empĂȘche ce petit opĂ©ra de chambre, parfaitement abordĂ©, ajoute Ă  notre connaissance du jeune Hasse alors rĂ©cemment napolitain.

Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra (1725). V.Genaux. F. Lombardi Mazzulli.  Le Musiche Nove.  Claudio Osele. 2 cd DHM Deutsch Harmonia Mundi RĂ©f. 88883721872.