LIVRE événement, critique. Le grand opéra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire – Catalogue d’exposition (éditions RMN).

grand-opera-francais-exposition-1828-1867-spectacle-de-l-histoire-catalogue-livre-evenement-critique-opera-livre-classiquenews-CLIC-de-CLASSIQUENEWSLIVRE événement, critique. Le grand opéra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire – Catalogue d’exposition (éditions RMN). Pour le 350ème anniversaire de l’Opéra de Paris, le Palais Garnier (Bibilothèque-Musée) affiche une exposition consacrée au grand opéra français, genre intimement lié à un siècle, le XIXe, et à une ville, Paris. Le catalogue se propose de retrace l’évolution du genre musical, de ses origines (sous l’Empire) à son essor quand les grands compositeurs étrangers Wagner et Verdi viennent dans la Capitale pour se tailler une réputation et faire représenter leurs opéras sur le première scène d’Europe : c’est le cas du dernier ouvrage traité ici, DON CARLOS en français de Giuseppe Verdi (1867). Médée de Cherubini et La Vestale de Spontini font figure d’œuvres pionnières. En 1828, Auber, avec La Muette de Portici, porte véritablement le grand opéra français sur les fonts baptismaux. Rossini s’y essaie lui aussi, avec Guillaume Tell (1829). C’est toutefois Meyerbeer (autre étranger) qui ouvre l’âge d’or du grand opéra dans les années 1830, et qui donne au grand opéra ses lettres de noblesse : Robert le Diable, Les Huguenots et Le Prophète sont autant de triomphes. Privilégiant les sujets historiques, le grand opéra est alors l’expression des passions du temps : la France de Louis- Philippe, sous l’impulsion de personnalités telles que Mérimée, Guizot ou Viollet-le-Duc, part à la découverte de son passé et de son patrimoine.
Le parcours regroupe sur la thématique une centaine d’œuvres (manuscrits, esquisses, peintures, maquettes de décor…). Autant de facettes d’un genre spectaculaire par les effectifs et les moyens requis dont le présent catalogue est le miroir fidèle : une mise en page originale et élégante, de très nombreuses illustrations dont la majorité des documents exposés, explique l’histoire de l’opéra français au XIXè. Un âge d’or où l’opéra s’est comparé à la peinture d’histoire : musique et danse en complément. Passionnante rétrospective sur un sujet que l’on croit connaître, que l’on critique toujours pour son emphase et la lourdeur de son décorum ; dont les sommets restent toujours écartés des scènes lyriques y compris de l’Opéra de Paris. Ainsi Auber et Meyerbeer à Paris refont surface par la galerie musée du Palais Garnier plutôt que sur sa scène lyrique : la situation ne manque pas de cynisme. A quand La Muette ou Gustave III / Robert le diable ou Le Prophète à l’affiche de la « grande boutique » (comme disait Verdi en parlant de l’Opéra parisien, à l’époque la Salle Le Peletier) ? Pour nous consoler, la lecture de ce catalogue s’avère passionnante, en préparation à la visite de l’exposition événement, jusqu’au 2 février 2020.
 

 

 

Sommaire

1 – Aux sources du grand opéra
Auber, Meyerbeer, Halévy
De la scène aux barricades : La Muette de Portici, opéra révolutionnaire
Portrait de Giacomo Meyerbeer, « un homme de son siècle »

2 – La Fabrique du grand opéra
Au commencement le verbe : celui du librettiste Eugène Scribe
Les voix du grand opéra
L’art de l’effet, l’effet de l’art : une architecture pour la scène
Ballet de l’Opéra / dans l’opéra
La scène des Nonnes de Robert Le Diable, premier ballet romantique blanc ?
Economie du grand opéra : la stratégie du directeur Véron

3 – le grand opéra, témoin de l’Histoire / fédérateur des arts
Miroir du pouvoir
les écrivains et le grand opéra
Arts de la scène au prisme de l’Histoire
De la peinture historique aux fresques du grand opéra
Perpectives théâtrales contemporaine pour le grand opéra

4- Splendeurs et misères du grand opéra
Les Italiens à Paris
Wagner dans l’étau du genre
le cas de Berlioz
Charles Gounod
Rayonnement du grand opéra dans l’Europe romantique
Postérité du grand opéra

 

 

 

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LIVRE événement, critique. Le grand opéra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire / Catalogue de l’Exposition à la Bibliothèque- musée de l’Opéra – Palais Garnier du 24 octobre 2019 au 2 février 2020 – Français – 192 pages / 100 illustrations – Éditions Rmn-Grand Palais – 39 €

https://www.boutiquesdemusees.fr/fr/catalogues-d-exposition/le-grand-opera-1828-1867-le-spectacle-de-l-histoire-catalogue-d-exposition/17599.html

 

 

 

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ARTE : DEGAS à l’Opéra

autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS à l’Opéra… Au théâtre lyrique, le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) qui détestait Wagner, c’est peut-être là son seul défaut, anlayse, observe, scrute les corps en mouvement. Non pas ceux des chanteurs acteurs, moins les instrumentistes en fosse (quoiqu’il joue des formes des instruments : crosses, archets, etc…), surtout ce qui passionne le peintre , quand même un peu voyeur, ce sont les danseuses. En 1868, il immortalise la danseuse Eugénie Fiocre interprète du ballet la Source, récemment remis à l’honneur de l’Opéra Garnier. Degas fréquente assidument l’Opéra de Paris, alors rue Le Peletier… Puis il croque au pastel, attitudes, contorsions bridant les corps, mouvements en groupe…, port de tête, arabesques des bras, des jambes, détail des mains. Aucun portrait sauf Fiovre au départ : que des attitudes… et des êtres qui souffrent, dans des compositions audacieuses, des cadrages photographiques. Il en découlera la statue en cire perdue, scandaleuse tant elle est réaliste, de La Petite danseuse de 14 ans… Grâce à son ami le librettiste et compositeur Ludovic Halévy, Degas peut atteindre les coulisses et assister aux cours et répétitions ses spectacles. Aucun doute, même si après l’incendie de l’Opéra Le Peletier et au moment de l’édification du futur opéra Garnier, Degas désormais réinvente ce qu’il a vu et observé, dans son atelier, le temple lyrique et chorégraphique demeure son laboratoire : une source essentielle pour sa créativité d’une exceptionnelle modernité. Mais au génie des formes nouvelles et des dispositions novatrices, Degas, même s’il se refuse à être dénonciateur, peint aussi la réalité sociale du métier de danseuse : l’exposition au désir et à la convoitise des abonnés mâles, qui, dans la coulisse, contrastant avec le raffinement et la magie de la scène, cherchent à séduire et payer les jeunes créatures pour quelques heures de plaisir. De l’art à la prostitution, il n’y a que quelques pas de danse, menus, menus.  Documentaire inédit, 2019. Réalisation : Blandine Armand, Vincent Trisolini – 52 mn.

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS à l’Opéra… 17h35. Documentaire en liaison avec l’exposition événement réprésentée par le Musée d’Orsay jusqu’au 19 janvier 2020 : http://www.classiquenews.com/paris-exposition-musee-dorsay-degas-a-lopera-24-sept-2019-19-janv-2020/

 

 

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CD événement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon : Marzorati / Piquemal (2 cd Klarthe records – 2014)

CD événement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon : Marzorati / Piquemal (2 cd Klarthe records – 2014). L’auteur de cette délicieuse pochade satirique se moque et célèbre à la fois, les qualités de la musique italienne, et les travers du milieu parisien prêt à l’idolâtrer…Halévy excelle à railler ce qui a fait justement le succès de Rossini dans le Paris de la première moitié du XIXè…
Halevy opera annonce critique opera dilettante d avignon piquemal halevy KLARTHE records  cd opera critique KLA073couv_lowQuand le directeur de théâtre Maisonneuve devenu par passion Casanova s’émeut de la langue italienne, c’est comme si sur la scène ressuscitait Mr Jourdain apprenant la langue française. Naïf et touchant par la sincérité de son goût italien, Maisonneuve (excellent Renaud Marzorati) désespère car le français n’a pas d’accent mais sait s’enthousiasmer en invitant une troupe de chanteurs italiens sur les planches de son théâtre. La situation est cocasse : elle renvoie à toute l’histoire de l’opéra et de la musique européenne, scandée par la rivalité des cultures et des styles et surtout comme ici, la volonté de fusion des deux écoles.
On ne louera pas assez cette initiative discographique : exhumer des pépites lyriques, qui allie une intrigue resserrée dans une mise en forme raffinée, subtilement délirante ; c’est assurément le cas de cette comédie drôlatique signé d’un auteur qui fit l’âge d’or du grand opéra à l’Opéra de Paris : Fromental Halévy (Prix de Rome 1819), mentor d’Offenbach dans la Capitale.
La finesse se moque ici des styles italiens (Rossini) et français (couplets de Valentin) : ainsi le « duo à trois voix », CD2 où brillent aux côtés d’Arnaud Marzorati, Mathias Vidal (Dubreuil, compositeur parisien qui singe les italiens) et Virginie Pochon (Marinette), à la fois sincères et satiriques. Le jeu théâtral est finement polissé et restitue à ce mini opéra, sa nature de pochade enlevée, hyperélégante. Fromental Halévy s’y délecte à exprimer son amour du genre lyrique (le Dilettante c’est lui). Le compositeur tort le cou aux codes d’un système éculé : à l’époque où règne Rossini à Paris, il suffit de se dire italien pour être joué dans les théâtres parisiens (c’est donc le cas de Dubreuil imposteur génial, à Paris et à Avignon)…
Dans ce joyau opératique et comique, toutes les équipes de l’Opéra d’Avignon savourent les degrés mêlés d’une partition souvent délirante.

CLIC D'OR macaron 200Le label Klarthe jamais en reste pour la défense duHALEVY Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-crop patrimoine français dévoile ainsi une pépite lyrique qui succéda de quelques mois au triomphe du Guillaume Tell de Rossini(1829). La révélation est totale, nuançant l’hégémonie de Rossini dans les années 1820, servie par l’engagement générale d’une troupe allumée. La réussite de cet enregistrement live (avec applaudissements, Opéra Grand Avignon, avril 2014), véritable recréation depuis l’époque romantique est assuré par le choix des solistes et l’engagement des instrumentistes de l’orchestre choisi : Orchestre Régional Avignon-Provence sous la direction, articulée, pétillante de Michel Piquemal. Voilà une nouvelle réalisation majeure pour la redécouverte de l’opéra romantique français. Qui connaît cette veine comique du très sérieux Halévy, réputé pour La Juive, ou Clari (ressuscité par Cecilia Bartoli) et récemment La Reine de Chypre ?

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CD événement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (1829). 2cd Klarthe records – enregistré en avril 2014 à l’Opéra d’Avignon) – CLIC de CLASSIQUENEWS

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LIRE aussi notre présentation annonce du Dilettante d’Avignon de Halévy par Arnaud Marzorati et Mathias Vidal à l’Opéra d’Avignon (2014):
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-halevy-le-dilettante-davignon-piquemal-2-cd-klarthe-2014/

CD événement, annonce. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (Piquemal, 2 cd Klarthe – 2014)

Halevy opera annonce critique opera dilettante d avignon piquemal halevy KLARTHE records  cd opera critique KLA073couv_lowCD événement, annonce. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (Piquemal, 2 cd Klarthe). Après un somptueux joyau lyrique également révélé (La SADMP de Louis Beydts), sommet d’élégance insolente et raffinée, le label Klarthe récidive dans la facétie heureuse et la musicalité piquante : qui connaît aujourd’hui cet opéra comique en 1 acte de Fromental Halévy : « Le Dilettante d’Avignon » ? Il se pourrait bien que le compositeur d’opéras, écrivant lui-même son livret, cultivant ici une faconde comique délirante ait de fait influencer son protégé à Paris… Jacques Offenbach. Selon un principe déjà vu chez les Baroques du XVIIIème, l’ouvrage se moque de l’opéra lui-même, et d’un certain engouement italophile. L’action se déroule dans un théâtre d’ A Avignon, le directeur de théâtre Casanova ou plutôt… Maisonneuve s’obstine à monter un opéra italien dont il est amoureux jusqu’au ridicule. Créé en 1829, ce délicieux ouvrage fait la satire des rossiniens, passionnés par le bel canto italien…

CLIC D'OR macaron 200La réussite de cet enregistrement live (avec applaudissements, Opéra Grand Avignon, avril 2014), véritable recréation depuis l’époque romantique est assuré par le choix des solistes et l’engagement des instrumentistes de l’orchestre choisi : Orchestre Régional Avignon-Provence sous la direction, articulée, pétillante de Michel Piquemal. Prochaine critique complète du Dilettante d’Avignon, le 15 mars 2019, date de sa parution.

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CD événement, annonce. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (Piquemal, 2 cd Klarthe records, Avignon 2014).

Jacques Fromental Halévy : Le Dilettante d’Avignon (livret : Léon Halévy).
Opéra-comique en un acte créé à l’Opéra-Comique de Paris (Salle Ventadour) le 7 novembre 1829

Orchestre Régional Avignon Provence
Michel Piquemal, direction

Melody Louledjian, Élise
Virginie Pochon, Marinette
Julien Véronèse, Valentin
Arnaud Marzorati, Casanova / Maisonneuve
Mathias Vidal, Dubreuil
Chœur régional Provence-Alpes-Côte d’Azur

PLUS D’INFOS sur le site de KLARTHE records : http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/le-dilettante-davignon-detail

 

Compte rendu, opéra. Lyon, Opéra, le 16 mars 2016. Halévy : La Juive. Olivier Py

ju3Compte rendu, opéra. Lyon, Opéra, le 16 mars 2016. Halévy : La Juive. Olivier Py. Par notre envoyé spécial à Lyon, Jean-François Lattarico… Retour très attendu de la Juive à l’opéra de Lyon après 180 ans d’absence. Production phare de la saison lyonnaise, la Juive réunissait l’œil avisé d’Olivier Py et la direction nerveuse de Daniele Rustioni, futur directeur musical de l’opéra des Gaules. Le genre typiquement français du Grand Opéra revient en odeur de sainteté, malgré les contraintes du genre (durée quasi wagnérienne, nombreux et coûteux effets de masse, rôles écrasants, scénographie spectaculaire intégrée à la dramaturgie, etc.). Py l’avait abordé à Strasbourg (Les Huguenots de Meyerbeer), et la double conscience politique et religieuse qui anime sa conception du théâtre, y compris musical, ne pouvait qu’être inspirée par le chef-d’œuvre de Halévy. Certes la poésie de la Juive n’est pas du meilleur Scribe, même si le livret, dramatique à souhait, est terriblement efficace (mais on rappellera que l’air le plus célèbre de la partition, « Rachel quand du seigneur », fut écrit par Adolphe Nourrit, créateur du rôle). Sur scène Pierre-André Weitz a mis en place un ingénieux dispositif unique, noir, comme à l’accoutumée, avec des reflets à la Soulage, en mouvement constant, des arbres calcinés en fond de scène, encadrés par de grands panneaux latéraux en forme de bibliothèques qui serviront de mur de prière à Éléazar au cours de l’opéra et constituent en même temps un clin d’œil au mémorial berlinois de la Shoah. On pourrait trouver que ce dispositif minimaliste ne rende guère justice au faste intrinsèque du genre, amputé de plus d’une heure de musique, dépouillé de son inévitable ballet (et chose plus regrettable, de la célèbre cabalette de Rachel « Dieu m’éclaire »), mais il y a dans l’œuvre une importante dimension intimiste (et intimistes sont la plupart des numéros de l’opéra) qui justifie ce parti-pris tout en préservant en même temps l’émerveillement que doit susciter le genre du Grand Opéra en multipliant constamment les points de vue, les angles visuels, comme si ces décors en mouvement dessinaient le déroulé architectural de l’action.

Il en résulte une grande lisibilité de l’action, moins spectaculaire cependant que dans les grandes fresques historiques d’un Meyerbeer. Car c’est bien le sujet qui constitue la force et l’originalité de l’œuvre, centrée sur une sombre histoire de famille sur fond de conflit

religieux. La transposition ne trahit pas l’œuvre même si Eudoxie, grimée en Marilyn nymphomane, semble tout droit sortir d’un film américain des années Cinquante. La transposition est d’ailleurs justifiée par l’éloge des plaisirs qu’elle tresse au début du troisième acte (« Que le plaisir y règne désormais »). Si la volonté de rendre un opéra extrêmement codifié audible à nos oreilles en lui trouvant une résonance contemporaine justifie la référence à la xénophobie résurgente de nos sociétés, on peut regretter que celle-ci soit aussi nettement appuyée (voir les panneaux «La France aux Français », « Les étrangers dehors », etc. brandis par les habitants de la ville), substituant à la polysémie propre à toute œuvre d’art les clés pour livrer au public une interprétation univoque.

La distribution est dans l’ensemble homogène et sur bien des points exemplaire. Au Neil Shicoff de la production parisienne de Pierre Audi que nous avions vue en 2007, succède Nikolai Schucoff, au timbre époustouflant de clarté, de diction, capable en même temps des plus bouleversants pianissimi (comme dans le début de son grand air) et faisant montre d’une ampleur vocale assez impressionnante. L’autre grand ténor de la distribution, Enea Scala dans le rôle de Léopold, lui vole presque la vedette tant sa facilité dans l’aigu et le suraigu est confondante. Le Brogni de Roberto Scandiuzzi sait allier la noblesse et le pathos que son rôle exige à travers un ambitus aux abîmes caverneux, tout comme le prévôt Ruggiero que campe superbement Vincent Le Texier, malgré un léger tremblement dans la voix. Même le rôle épisodique d’Albert est fort bien tenu par le britannique Charles Rice.

Si la soprano espagnole Sabina Puértolas offre une palette fort riche au rôle d’Eudoxie, la déception vient de celui de Rachel, tenu par Rachel Harnisch. Certes, la voix est bien posée, les graves alternent avec un art consommé du chant pianissimo, le style est impeccable, mais la voix manque de souffle, au point qu’elle est souvent couverte dans les ensembles ou simplement par l’orchestre quand elle chante seule, et le déséquilibre avec les autres interprètes est presque constant.

Mention spéciale pour les chœurs d’une puissance et d’une précision proprement extraordinaires. Si la direction de Daniele Rustioni révèle la fougue nécessaire qu’exige ce répertoire, on regrettera pour le coup une nervosité trop uniforme qui escamote les nuances présentes dans une partition paradoxalement riche en formes closes intimistes. Grâce à Serge Dorny, ce chef-d’œuvre entre durablement au répertoire. La reprise est déjà annoncée à Strasbourg la saison prochaine. Une raison suffisante pour retourner voir ce drame qui s’achève en tragédie. Par notre envoyé spécial à Lyon, Jean-François Lattarico

Compte-rendu, opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 20 mai 2015. Jacques-Fromental Halévy : La Juive. Luca Lombardo, Cristina Pasaroiu, Hélène Le Corre, Thomas Paul, Roberto Scandiuzzi, Jean-Luc Ballestra. Gabriele Rech, mise en scène. Frédéric Chaslin, direction.

Halevy Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-cropJusque dans les années 1930, La Juive d’Halévy (portrait ci-contre) appartenait au répertoire international et jouissait d’une grande popularité. Sa disparition semble être attribuée à une certaine réticence des spectateurs vis-à-vis du Grand-Opéra à la française qui, malgré les efforts de redécouverte de ces dernières années, reste victime d’accablants préjugés. L’ouvrage est pourtant fertile en surprises ; chacun des cinq actes témoignent d’une dramaturgie d’un riche intérêt poétique, s’appuyant sur une description vivante des situations et sur une musique au dramatisme captivant. Construite autour de quelques scènes-clefs, La Juive tire sa force de ses chœurs puissamment rythmés, de son tissu mélodique très dense, de ses airs à l’allure farouche… L’ouvrage « fonctionne » parce qu’il a tout pour parler à nos sensibilités contemporaines : les guerres de religion et la montée des fondamentalismes sont en effet des thèmes porteurs et actuels. Car si tradition veut que La Juive soit un opéra de ténor, il n’en demeure pas moins que Halévy cherchait avant tout à mettre en relief l’affrontement idéologique entre des gens de religions différentes. Dans son orchestration, il souligne à la fois le racisme des masses, qui refusent la différence, et l’isolement des juifs, éternellement persécutés. Bien plus que son père adoptif, Eléazar, et son amoureux Léopold, Rachel devient ainsi la véritable protagoniste du drame : née chrétienne, mais élevée dans la religion d’Israël, elle meure en juive convaincue.

 

 

juive nice halevy mai 2015 compte rendu critique

 

 

 

Fin de saison lyrique à Nice : retour réussi du grand opéra à la française

Rachel, née chrétienne, meure en juive

L’Opéra de Nice, de toute évidence, ne dispose pas de moyens suffisants pour respecter dans son intégralité absolue une œuvre aux dimensions aussi vastes ; les ballets notamment ont été supprimés. Malgré l’absence de deux ingrédients fondamentaux, l’espace et les grandes voix, la réussite est néanmoins au rendez-vous. Remplacé à la première par Neil Shicoff et toujours souffrant en cette soirée de seconde, Luca Lombardo s’acquitte pourtant avec tous les honneurs d’un rôle éclatant où s’illustrèrent jadis Caruso ou Tucker ; Eléazar exige à la fois vaillance dans l’aigu et vigueur charismatique dans l’incarnation. Attentif aux nuances, totalement investi dans ce personnage de persécuté, le ténor français convainc dans son grand air « Rachel, quand du seigneur », un des « tubes » du répertoire de ténor.

Rachel attendue, Cristina Pasaroiu triomphe également des obstacles, offrant le portrait d’une jeune femme victime des événements, trahie par un amant veule et parjure, reniée par un société d’une cruauté insoutenable, fidèle uniquement au père qu’elle adore. La soprano roumaine assume avec aplomb l’ambitus de sa partie, et délivre son air « Il va venir » – sans parler du duo avec Eudoxie, « Ah, que ma voix plaintive » -, avec un frémissement à fleur de peau.

De son côté, Hélène Le Corre campe une Eudoxie idéale par la fluidité de sa vocalisation et l’assurance d’un chant techniquement impeccable. En revanche, Thomas Paul soutient non sans problème la tessiture suraiguë de Leopold, inscrit directement dans la filiation rossinienne, car il faut ici une facilité dans l’aigu et une élégance dans l’ornementation, que le ténor autrichien ne maîtrise qu’imparfaitement. Autoritaire et inspiré, Roberto Scandiuzzi domine les débats dès qu’il entre en scène, avec une rondeur dans le grave qui donne le frisson. Enfin, une mention pour l’excellent Ruggiero du baryton niçois Jean-Luc Ballestra.

A la différence de la production anversoise signée par Peter Konwitscnhy il y a deux mois, la mise en scène de Gabriele Rech est parfaitement lisible et reste, elle, fidèle au livret, même si l’histoire est transposée pendant les sombres heures de l’avant guerre : le conflit entre religion juive et chrétienne en est bien le sujet, et la persécution des juifs se veut même représentative de toutes les violations des droit de l’homme à travers le monde. Quelques images fortes viennent s’imprimer dans la rétine du spectateur, telle la maison incendiée d’Eléazar au III, image qui fait immanquablement penser à la nuit de Crystal, ou encore celle finale de la mise à mort de Rachel, non pas conduite sur un bûcher mais – l’image est toute symbolique – noyée dans le baptistère d’une église !

Enfin, à la tête d’un orchestre et d’un chœur de l’Opéra de Nice superbes d’intensité, le chef français Frédéric Chaslin confirme, si besoin était, que La Juive mérite de reprendre sur nos scènes nationales la place éminente qui était la sienne jusqu’au début du XXe siècle. Au bilan, une clôture de saison réussie, et l’on regrettera d’autant plus – dès lors – que le mandat de Marc Adam à la tête artistique de l’Opéra de Nice n’ait pas été reconduit par la municipalité. Nous lui souhaitons bonne chance dans la suite de ses activités…

 

 

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Compte-rendu, opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 20 mai 2015. Jacques-Fromental Halévy : La Juive. Luca Lombardo, Cristina Pasaroiu, Hélène Le Corre, Thomas Paul, Roberto Scandiuzzi, Jean-Luc Ballestra. Gabriele Rech, mise en scène. Frédéric Chaslin, direction.