COMPTE-RENDU critique, piano. 55Ăš FESTIVAL LA GRANGE DE MESLAY (1), le 15 JUIN 2019, Trio Van Baerle, Quatuor Meccore, Rafal Blechacz, piano

meslay grange piano festival annonce critique concerts piano classiquenewsCOMPTE-RENDU critique, piano. 55Ăš FESTIVAL LA GRANGE DE MESLAY (1), le 15 JUIN 2019, Trio Van Baerle, Quatuor Meccore, Rafal Blechacz, piano. Quelle moisson cette annĂ©e! Du 14 au 23 juin 2019, le piano et la musique de chambre ont rassemblĂ© une plĂ©iade d’artistes tous brillants: le Trio Van Baerle, Rafal Blechacz, Victor Julien LaferriĂšre, Louis Schwizgebel, Aylen Pritchin, Lukas Geniusas, Nelson Goerner, Boris Berezovsky, Alexander Kniazev, Vadym Kholodenko, Bertrand Chamayou, Pavel Kolesnikov, le trio Wanderer, Renaud Capuçon et David Fray. Il y avait aussi pour fĂȘter LĂ©onard de Vinci (500 ans de sa disparition), deux ensembles: La Capella de la Torre, et le Canticum Novum. Le festival de la Grange de Meslay a une fois de plus tenu son rang et ses promesses.

 
 

LES MOISSONS MUSICALES DE LA GRANGE DE MESLAY – 55ÈME ÉDITION – 1

 

 

RAVEL ET BEETHOVEN PAR LE TRIO VAN BAERLE
Le Trio Van Baerle rĂ©unit Maria Milstein au violon, Gideon den Herder, au violoncelle, et Hannes Minnaar au piano. Au programme ce 15 juin deux Ɠuvres majeures: tout d’abord le Trio de Ravel, dont ils donnent une interprĂ©tation toute en Ă©quilibre et raffinement. Le violon Ă©tire le chant vers l’aigu dans une puretĂ© sonore, chuchote avec le violoncelle de beaux pianissimi effilĂ©s sur les arpĂšges aĂ©riens du piano qui se fait harpe («modĂ©rĂ© »); les cordes combinent des staccatos incisifs et un chavirant Ă©lan mĂ©lodique (« Pantoum »). L’ensemble sait jouer de la tension extrĂȘme au relĂąchement (« Passacaille »), enfonçant la mĂ©lodie dans le plus profond du registre grave du piano, avant de lancer le dernier mouvement (« Final-animĂ© ») dans l’effervescence, et progresser vers un climax extatique oĂč les cordes perchent des trilles parfaitement synchrones. Suit le Trio n°7 opus 97 « l’Archiduc » de Beethoven. Son premier mouvement avance sans s’appesantir, dans la gĂ©nĂ©rositĂ© de la ligne mĂ©lodique, sur le jeu fin et clair du piano, particuliĂšrement expressif et lumineux dans le second mouvement (scherzo allegro). L’andante est d’une Ă©mouvante beautĂ©, empreint d’une infinie et sereine douceur tandis que le finale allegro moderato prend le ton de la badinerie dans un esprit de lĂ©gĂšretĂ© trĂšs viennois. Un vrai bonheur d’écouter ce tube de musique de chambre, par un aussi talentueux trio, qui en bis a offert un charmant petit trio en si bĂ©mol majeur, tendre et lumineux, sans opus, composĂ© par Beethoven pour une enfant de dix ans.

 

 

RAFAL BLECHACZ, SOLISTE DE CHAMBRE
RAFAL-BLECZHAZ-piano-critique-piano-critique-opera-festival-concert-classiquenews-grange-de-meslay-critique-festival-classiquenewsUn peu plus tard dans la soirĂ©e, c’est une autre formation que l’on vient Ă©couter non sans curiositĂ©: le quatuor Ă  cordes polonais Meccore avec le pianiste Rafal Blechacz. Ils jouent ensemble les deux concertos pour piano de Chopin, dans l’ordre de leur composition, c’est Ă  dire le second d’abord. Voici que l’on redĂ©couvre, grĂące Ă  cette version de chambre ces concertos que l’on croyait connaĂźtre par cƓur, dont l’oreille finissait parfois par laisser de cĂŽtĂ© les parties orchestrales, jugĂ©es pauvres au regard de l’opulence pianistique. Le piano est d’ailleurs cette fois installĂ© derriĂšre les cordes, elles au devant de la scĂšne. Et ce n’est plus un lisse tapis d’archets et de bois, que l’on entend au second plan, et sur lequel le piano brode les volutes infinies de ses lignes, mais un dialogue entre cinq instrumentistes: l’oreille alors titillĂ©e passe de l’un Ă  l’autre, Ă©coute tel passage mĂ©lodique dessinĂ© par l’alto, tel contre-chant du violoncelle, une foule de dĂ©tails apparaissent, donnant un nouveau relief. Le piano ne fait plus sa prima donna, mais se mĂȘle aux cordes, s’y trouve enchĂąssĂ©, un nouvel Ă©quilibre se crĂ©e. Dans le premier concerto, le plus brillant sans doute, il s’en dĂ©tache nĂ©anmoins plus souvent par l’envol de ses traits sur le legato des cordes (premier mouvement et troisiĂšme mouvements). Rafal Blechacz adopte trĂšs intelligemment cette nouvelle dimension chambriste, le soliste s’oubliant un peu, sans pour autant replier son jeu. Son phrasĂ© somptueux, raffinĂ© s’impose cependant; quelle beautĂ© du toucher, quel art du cantabile! On ne put que se laisser sĂ©duire, mĂȘme en l’absence du cor et des bois!

 

 

 

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