VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015)

VIDEO. Bruno Procopio dirige la Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm Ă  Rio de Janeiro (avril 2015). Montage © studio CLASSIQUENEWS.COM 2015. Le chef d’orchestre franco brĂ©silien Bruno Procopio fait retentir le romantisme enflammĂ© martial et lyrique de la grande Symphonie HĂ©roĂŻque de Neukomm crĂ©Ă©e en 1817

 

 

 

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LIRE notre compte rendu critique complet du concert NEUKOMM / GOSSEC par le maestro franco brésilien Bruno Procopio à Rio de Janeiro en avril 2015

 

 

Extrait de notre compte rendu critique :
brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert.Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent créé l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, … sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique très marquĂ© esprit des Lumières circule de l’une Ă  l’autre des partitions. (…).

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve Ă  Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au BrĂ©sil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a mĂŞme composĂ© sa Symphonie hĂ©roĂŻque pendant la traversĂ©e, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est foncièrement classique et mĂŞme haydnien mais il affirme un sens des modulations très original, parfois abrupts, dont l’activitĂ© des contrastes, reste Ă©trangère Ă  Gossec : son parfum romantique est plus Ă©vident de ce fait. Place est favorise Ă  la fanfare qui y règne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie hĂ©roĂŻque en rĂ© majeur ? …

 

 

 

VIDEO, extraits. Rio de Janeiro (Brésil). Bruno Procopio joue la Symphonie à 17 parties de Gossec (avril 2015)

procopio-bruno-gossec-concert-rio-de-janeiro-brazil-bresil-582VIDEO, extraits. Le 4 avril 2015, Ă  la Cidade das Artes Ă  Rio de Janeiro (BrĂ©sil), le jeune chef franco brĂ©silien BRUNO PROCOPIO dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) : la Symphonie Ă  17parties de François-Joseph Gossec (1734-1829), composĂ©e en 1809. Partition majeure de la symphonie romantique française Ă  l’Ă©poque de NapolĂ©on : entre classicisme et premier romantisme, la virtuositĂ© Ă©nergique de Gossec s’impose Ă  nous, commune Ĺ“uvre fondatrice du symphoniste français Ă  l’Ă©poque des Viennois Haydn, Mozart et Beethoven. Bruno Procopio s’engage pour diffuser la connaissance et l’interprĂ©tation des compositeurs français en AmĂ©rique Latine : après avoir dirigĂ© le Simon Bolivar Orchestra du Venezuela, le jeune chef Ă  la double culture, brĂ©silienne et française, retrouvait l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio de Janeiro dans un programme dĂ©diĂ© au premier romantisme français : vitalitĂ© et Ă©nergie, puissance mais sensibilitĂ© aux dĂ©tails instrumentaux… la direction du chef de l’autre cĂ´tĂ© de l’Atlantique, Ă  la fois analytique et dramatique, trouve un Ă©quilibre idĂ©al au service des grands classiques et romantiques français. Extraits vidĂ©o exclusifs © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

 

 

Approfondir : Jouer Gossec Ă  Rio de Janeiro (avril 2015)

 

 

brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert. Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent crĂ©Ă© l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, … sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique très marquĂ© esprit des Lumières circule de l’une Ă  l’autre des partitions.

Pour la Symphonie de Gossec (1734 – 1829), Bruno Procopio a respectĂ© l’usage instrumental historique : c’est Ă  dire le nombre impressionnant de contrebasses : car l’orchestre en France Ă  l’époque de Gossec totalise près de 12% des effectifs de cordes : le principe est rĂ©alisĂ© Ă  Rio et la sonoritĂ© qui en dĂ©coule apporte ses bĂ©nĂ©fices expressifs : puisque la musique ne module pas beaucoup, l’éloquence Ă©largie des basses nourrie une matière Ă©tonnamment riche malgrĂ© des lignes plutĂ´t simples. Des quatre mouvements (Maestoso – Allegro molto ; Larghetto ; Menuet – trio ; Finale : Allegro molto), le chef rĂ©alise la continuitĂ© tout en apportant les fruits d’un travail spĂ©cifique sur le relief instrumental.

 

 

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A 17 parties soit 17 pupitres, l’orchestre de Gossec demeure résolument classique avec clarinettes et trompettes par deux. Ordinairement datée de 1809, la Symphonie pourrait remontée à une époque précédente : le dernier mouvement commence par un système fugué défendu par les premiers violons selon la tradition du Concert Spirituel telle qu’elle s’était affirmée dans le paysage de la fin XVIIIè à Paris.  De fait, outre ces points d’écriture, tout l’esprit de la Symphonie de Gossec résonne de l’Esprit des Lumières plutôt que du plein romantisme. L’auteur de Thésée, opéra majeur, très emblématique de l’esthétique néoclassique de la fin du XVIIIè européen, reste résolument classique et respectueux des inflexions de son époque.

Jouer Gossec et Neukomm Ă  Rio

Mais le trait original vient pourtant d’un souci personnel dans la coloration des unissons comme des dessus cordes/flûtes puis flûtes/hautbois. Gossec tout en répétant souvent un même motif rythmique et mélodique, sait particulièrement bien raffiner les combinaisons instrumentales à chaque reprise, dans le but de colorer son orchestration. La variété des instruments offre une expérience de coloration (hautbois/ clarinette) plutôt « moderne » vis à vis du cadre strictement classique des Lumières. S’il n’était cette sensibilité originale aux instruments, le style de Gossec regarde plutôt du côté de Haydn que de Beethoven. Bruno Procopio saisit et sert idéalement l’intensité du matériau musical avec une fluidité permanente passant d’un mouvement à l’autre avec une intelligence communicative qui souligne l’invention instrumentale de Gossec. Ce bouillonnement dynamique souligne l’apport du compositeur parmi les plus inventifs de sa génération et qui impressionna tant Mozart lors de son séjour à Paris en 1778. C’est d’ailleurs grâce à Gossec, alors directeur du Concert Spirituel, que Wolfgang reçoit la commande, prestigieuse pour la capitale française, des fameuses Symphonies parisiennes. Entre l’écriture classique et viennoise (plutôt archaïsante si la partition remonte de fait à 1809) et sa grande sensibilité instrumentale (solos de clarinette en particulier …) et son souci de la couleur (trait de modernité a contrario), le jeune chef franco-brésilien réussit totalement l’équilibre entre mesure et sensualité. En revanche, de près de 30 mn en durée, la carrure de l’œuvre préfigure Beethoven.

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve à Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au Brésil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a même composé sa Symphonie héroïque pendant la traversée, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est foncièrement classique et même haydnien mais il affirme un sens des modulations très original, parfois abrupts, dont l’activité des contrastes, reste étrangère à Gossec : son parfum romantique est plus évident de ce fait. Place est favorise à la fanfare qui y règne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie héroïque en ré majeur ?

 

 

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Comme Mozart et Beethoven, Neukomm réutilise un ancien air composé par Haendel (ici,  l’air de Macbeth pour le mouvement lent central). Inspiré par l’art du Symphoniste, ayant créé entre ancien et nouveau monde, Bruno Procopio souligne l’allant général, l’exaltation d’une plume pleine de feu et de contrastes. Il fait surgir avec bonheur, la vivacité martiale et l’énergie solaire d’une Symphonie de conquête.  En 1816 avant de partir pour Rio, Neukomm, serviteur de Talleyrand, compose le Requiem joué lors de la commémoration du traité de Vienne. Au Brésil, il compose le Libera me pour la fin du Requiem de Mozart, dans une réalisation alors dirigée à Rio, par le compositeur officiel Nunes Garcia. Il est donc légitime d’inscrire au programme Neukomm aux côtés de Gossec. L’un et l’autre sont emblématiques du langage classique des Lumières. Or le second, a fait le voyage et transmet et diffuse l’héritage de la culture européenne sous les tropiques.

Après Renaud de Sacchini (1783) – avec l’OSB toujours, crĂ©ation brĂ©silienne de mars 2015, Bruno Procopio retrouve les dĂ©fis de la musique française de la fin du XVIIIè, au tournant des esthĂ©tiques classique et romantique dĂ©fis pimentĂ©s par sa rĂ©alisation sur instruments modernes. Jouer sur instruments modernes nĂ©cessite un apprentissage spĂ©cifique pour les instrumentistes : nouvelle expĂ©rience technique que leur apporte Bruno Procopio (dont coups d’archets selon une approche historiquement informĂ©e, nouveau raffinement dans l’interprĂ©tation des parties ornementales…)

Comme c’était aussi l’enjeu du concert Ă  Liège, avec le Philharmonique Royal (jouer Rameau sur instruments modernes, dĂ©cembre 2014, – voir ci après notre reportage classiquenews : “Rameau Symphonique par Bruno Procopio Ă  Liège”). Mais un autre dĂ©fi attend bientĂ´t Bruno Procopio, crĂ©er ThĂ©sĂ©e de Gossec composĂ© en 1781 autre fleuron de l’esthĂ©tique des Lumières et qui a dĂ©sormais toute sa place dans ce nouveau sillon prometteur, tracĂ© entre la France et le BrĂ©sil grâce Ă  l’énergie d’un chef audacieux. D’autant qu’en 2016, la France et le BrĂ©sil cĂ©lèbreront le bicentenaire de la Mission française au BrĂ©sil. Prochains Ă©vĂ©nements Ă  venir.

 

 

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction. Par notre rĂ©dacteur Camille de Joyeuse.

Le chef d’orchestre Bruno Procopio en vidĂ©o

 

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VOIR le reportage Bruno Procopio dirige Rameau à Liège avec le Philharmonique Royal de Liège (décembre 2014)

VOIR le reportage Bruno Procopio dirige RENAUD de Sacchini à Rio, Sala Cecilia Meireles  / Brazilian Symphony Orchestra (mars 2015)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue Carl Philipp Emmanuel Bach à Caracas / Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Vénézuela (septembre 2013)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue les Pièces pour clavecin en concerts de Rameau (avril 2013)

 

 

Illustrations : Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) dans un programme Gossec et Neukomm, Rio de Janeiro, avril 2015 © CLASSIQUENEWS.COM

Compte rendu concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Hérold, Gossec, Mozart. Jeune Orchestre de l’Abbaye. Hervé Niquet, direction.

concert-joa saintes JOAEn ce dĂ©but novembre 2015, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA) a prĂ©sentĂ© les fruits de sa première session de travail pour la saison 2015/2016. Dans ce concert, les responsables de la CitĂ© musicale, Saintes ont invitĂ© le chef HervĂ© Niquet, directeur musical et fondateur du Concert Spirituel. Fin pĂ©dagogue, Niquet, qui a programmĂ© deux symphonies de compositeurs français, – son rĂ©pertoire de prĂ©dilection-, a fait travailler les jeunes instrumentistes jusqu’Ă  la dernière minute. Et, lors du concert de jeudi soir, le rĂ©sultat a dĂ©passĂ© ses espĂ©rances.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews concertHervĂ© Niquet qui, de par son parcours avec Le Concert Spirituel, dĂ©fend le rĂ©pertoire français avec une constance bienvenue, a programmĂ© les symphonies de deux compositeurs français du XVIIIe et du XIXe siècle. La soirĂ©e dĂ©bute avec François Joseph Gossec (1734-1829) : sa Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur, composĂ©e en 1774. ProtĂ©gĂ© de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Gossec fait partie des pionniers de la musique symphonique suivant en cela l’exemple de Joseph Haydn (1732-1809), l’inventeur du genre; et c’est d’ailleurs Gossec qui a converti la France au genre symphonique. La Symphonie est allante, dynamique, clair foyer bouillonnant de thèmes et de rythmes dansants. Le chef, très inspirĂ© dirige ses musiciens avec clartĂ© et fermetĂ©; cela ne l’empĂŞche pas de faire preuve d’humour et d’arpenter la scène comme s’il s’agissait d’une promenade de santĂ©. Cependant ne nous fions pas aux apparences, chef et musiciens n’oublient pas une seconde la musique ; ils cisèlent chaque note, chaque section de la partition de Gossec avec une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e. Le public rĂ©serve aux instrumentistes fĂ©licitĂ©s audiblement par le maestro Ă  la fin de l’oeuvre, un accueil chaleureux très mĂ©ritĂ©. Pendant l’annĂ©e, les sessions du JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye ponctue un parcours d’approfondissement dans l’interprĂ©tation unique en Europe ; la pratique sur instruments anciens appliquĂ©e Ă  la (re)dĂ©couverte comme ce soir de partitions oubliĂ©es pourtant majeure, rĂ©serve Ă  Saintes, des soirĂ©es d’accomplissements symphoniques mĂ©morables. VoilĂ  un volet qui renforce la forte activitĂ© de Saintes comme citĂ© musicale, une activitĂ© qui rend lĂ©gitime son intitulĂ©.

Après une session de travail classique / romantique, le JOA Jeune Orchestre de l’Abbaye offre un concert mĂ©morable dĂ©diĂ© Ă  Gossec, HĂ©rold, Mozart

Saintes, le geste symphonique

JOA 700La soirĂ©e se poursuit avec la symphonie n°2 en rĂ© majeur (1812) de Louis Ferdinand HĂ©rold (1791-1833). NĂ© l’annĂ©e mĂŞme de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), HĂ©rold se trouve Ă  la croisĂ©e des chemins. Utilisant sans complexes les techniques de compositions hĂ©ritĂ©es de Haydn, Gossec, Mozart ou Beethoven, entre autres, HĂ©rold innove aussi composant une musique «apparemment simple, mais complexe et difficile Ă  jouer» nous dit HervĂ© Niquet avant le concert. Sa Symphonie n°2 en rĂ© majeur dans laquelle apparaissent des rythmes de valses est l’exemple mĂŞme de cette complexitĂ© interprĂ©tative dont nous parlait le chef dans l’après midi. Cependant il dirige avec la rigueur et l’humour qui sont sa marque de fabrique, obtenant de l’orchestre des sons et des couleurs brillant de mille feux sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames. Les jeunes instrumentistes qui jouent en ce jeudi soir suivent leur chef avec une prĂ©cision enflammĂ©e ; les cinq jours de travail intense qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ce concert, ont portĂ© leurs fruits et le rĂ©sultat est, lĂ  aussi, Ă  la hauteur des exigences et des attentes du chef.

Jeune orchestre de l abbaye saintes video_JOA_saintes_david_sternAprès une courte pause, le Jeune Orchestre de l’Abbaye et son chef d’un soir reviennent pour jouer l’ultime Ĺ“uvre de la soirĂ©e : la Symphonie en mi bĂ©mol majeur KV 543 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Toujours aussi survoltĂ©, HervĂ© Niquet prend cette 39ème Symphonie a bras le corps; Ĺ“uvre de la maturitĂ© du compositeur salzbourgeois (elle a Ă©tĂ© composĂ©e en 1788), elle complète Ă  merveille un programme exigeant un niveau d’excellence et une concentration constante. Le chef qui ne manque pas d’idĂ©es pour surprendre ses musiciens cesse de diriger pendant une bonne minute donnant les dĂ©parts d’un simple regard; cependant si HervĂ© Niquet ne manque pas d’humour poussant ses musiciens dans leurs retranchements, il garde la tĂŞte froide et sa battue reste claire et prĂ©cise, limpide. Ce Mozart jouĂ©s près les premiers romantiques, encore classiques (Gossec), sonne Ă©tonnamment « moderne », une source viennoise qui tout en marquant le genre symphonique alors en plein essor, prĂ©lude dĂ©jĂ  Ă  l’avènement du sentiment et de la passion Ă  peine masquĂ©e. Entre classicisme et premier romantisme, le choix des instruments d’époque s’affirme dans une saveur dĂ©lectable qui permet de suivre ce jeu de timbres, ces effets de rĂ©ponses, le contraste entre les sĂ©quences, l’équilibre dialoguĂ© des pupitres. Pour les jeunes instrumentistes en perfectionnement, les dĂ©fis sont multiples et permanents ; pour le public, l’expĂ©rience est passionnante.

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-SĂ©bastien-Laval-400x267Le Jeune Orchestre de l’Abbaye, survoltĂ© par un chef exigeant, fin pĂ©dagogue et ardent dĂ©fenseur d’un rĂ©pertoire qu’il aime Ă©perdument, donne le meilleur de lui-mĂŞme pendant une soirĂ©e d’anthologie. Le public conquis, leur rĂ©serve un accueil enthousiaste. HervĂ© Niquet, farceur et très en forme mĂŞme après une heure dix de musique, annonce un bis tirĂ© de l’oeuvre d’Hector Berlioz; ledit bis qui ne tient qu’en un seul accord prend tout le monde de court clĂ´turant ainsi un concert d’une qualitĂ© exceptionnelle.

Compte rendu, concert. Saintes. Abbaye aux dames, le 5 novembre 2015. Louis Ferdinand Hérold (1791-1833) : Symphonie n°2 en ré majeur. François Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie opus VIII n°2 en fa majeur. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : 39ème Symphonie en mi bémol majeur KV 543. Jeune Orchestre de l’Abbaye (JOA). Hervé Niquet, direction.

Symphonisme de Gossec et HĂ©rold Ă  Saintes

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Saintes, Abbaye aux dames. Concert Mozart,Hérold,Gossec. Le 5 novembre 2015,Hervé Niquet. C’est l’un des jeunes orchestres les plus dynamiques et formateur de l’Hexagone. Le JOA ex Jeune Orchestre Atlantique, aujourd’hui rebaptisé Jeune Orchestre de l’Abbaye (celle des Dames de Saintes), réunit à chacune de ses sessions de travail, la crème des jeunes instrumentistes sur instruments d’époque. Pour chaque nouveau programme, un compositeur soit romantique soit classique : prétexte décisif pour s’immerger dans la pratique et l’esthétique des XVIIIè ou XIXè siècle. On se souvient de formidables répétitions préparatoires pour la Symphonie de Cherubini, jalon essentiel du romantisme français naissant… sous la férule d’un chef affûté exigeant, David Stern (l’actuel directeur de la troupe lyrique Opera fuoco).

Niquet herveEn novembre 2015, c’est au tour d’Hervé Niquet de jouer les pédagogues communicatifs et charismatiques pour l’interprétation d’oeuvres majeures du symphonisme premier en France, signé Hérold (le Beethoven français) et Gossec (qui invente littéralement la symphonie en France à l’époque de Haydn et de Mozart). Elegance, mesure, mais aussi éloquence instrumentalement détaillée et couleurs nouvelles composent un cocktail éminemment français qui au carrefour des XVIIIè/XIXè, façonne les ferments du romantisme à la française. Aux côtés de la Symphonie n°39 de Mozart (un jalon important qui fait la synthèse des avancées orchestrales au XVIIIè), les Symphonies de Gossec (opus VIII n°2 en fa majeur) et Hérold (n°2 en ré majeur) sont les nouveaux défis des jeunes instrumentistes réunis à Saintes, lors de répétitions puis d’un concert (ce jeudi 5 novembre 2015 à 20h) qui promettent d’être captivants. Le symphonisme historiquement informé s’apprend à Saintes et y apportent ses fruits exaltants, et nul par ailleurs. Concerts événement.

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, KV 543

Ferdinand HĂ©rold
Symphonie n°2 en ré majeur

François-Joseph Gossec
Symphonie opus VIII n°2 en Fa Majeur

 

Jeune Orchestre de l’Abbaye
Hervé Niquet, direction

 

 

 

 

 

boutonreservationSaintes, La Cité musicale
Abbaye aux Dames, Jeudi 5 novembre 2015, 20h
Durée : 1h30 / Tarifs de 8 à 25€

 

 

 

 

APPROFONDIR : Mozart, Gossec, HĂ©rold : le Symphonisme europĂ©en entre classicisme et prĂ©romantisme : lire notre prĂ©sentation spĂ©ciale : “symphoniste Ă  Gossec et HĂ©rold Ă  Saintes “

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsAu moment oĂą Joseph Haydn (1732-1809) Ă©labore puis perfectionne la forme de la symphonie classique viennoise, son contemporain, nĂ© deux ans après lui en 1734, François-Joseph Gossec (1734-1829), propose Ă©galement un modèle symphonique oĂą s’affirme le caractère de l’orchestre tel que nous le connaĂ®trons bientĂ´t. L’activitĂ© de Gossec Ă  Paris est essentielle dans la capitale française : il y impose peu Ă  peu le nouveau genre (symphonique), suscitant un rĂ©el engouement du public, … En lire +

 

 

 

 

 

Saintes. HĂ©rold et Gossec par le JOA

JOA jeune orchestre de l abbaye saintes classiquenews IMG_4030-BD©-Sébastien-Laval-400x267Saintes, Abbaye aux dames. Concert Mozart,Hérold,Gossec. Le 5 novembre 2015,Hervé Niquet. C’est l’un des jeunes orchestres les plus dynamiques et formateur de l’Hexagone. Le JOA ex Jeune Orchestre Atlantique, aujourd’hui rebaptisé Jeune Orchestre de l’Abbaye (celle des Dames de Saintes), réunit à chacune de ses sessions de travail, la crème des jeunes instrumentistes sur instruments d’époque. Pour chaque nouveau programme, un compositeur soit romantique soit classique : prétexte décisif pour s’immerger dans la pratique et l’esthétique des XVIIIè ou XIXè siècle. On se souvient de formidables répétitions préparatoires pour la Symphonie de Cherubini, jalon essentiel du romantisme français naissant… sous la férule d’un chef affûté exigeant, David Stern (l’actuel directeur de la troupe lyrique Opera fuoco).

Niquet herveEn novembre 2015, c’est au tour d’Hervé Niquet de jouer les pédagogues communicatifs et charismatiques pour l’interprétation d’oeuvres majeures du symphonisme premier en France, signé Hérold (le Beethoven français) et Gossec (qui invente littéralement la symphonie en France à l’époque de Haydn et de Mozart). Elegance, mesure, mais aussi éloquence instrumentalement détaillée et couleurs nouvelles composent un cocktail éminemment français qui au carrefour des XVIIIè/XIXè, façonne les ferments du romantisme à la française. Aux côtés de la Symphonie n°39 de Mozart (un jalon important qui fait la synthèse des avancées orchestrales au XVIIIè), les Symphonies de Gossec (opus VIII n°2 en fa majeur) et Hérold (n°2 en ré majeur) sont les nouveaux défis des jeunes instrumentistes réunis à Saintes, lors de répétitions puis d’un concert (ce jeudi 5 novembre 2015 à 20h) qui promettent d’être captivants. Le symphonisme historiquement informé s’apprend à Saintes et y apportent ses fruits exaltants, et nul par ailleurs. Concerts événement.

 

 

 

Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, KV 543

Ferdinand HĂ©rold
Symphonie n°2 en ré majeur

François-Joseph Gossec
Symphonie opus VIII n°2 en Fa Majeur

 

Jeune Orchestre de l’Abbaye
Hervé Niquet, direction

 

 

 

 

 

boutonreservationSaintes, La Cité musicale
Abbaye aux Dames, Jeudi 5 novembre 2015, 20h
Durée : 1h30 / Tarifs de 8 à 25€

 

 

 

 

APPROFONDIR : Mozart, Gossec, Hérold : le Symphonisme européen entre classicisme et préromantisme

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsAu moment oĂą Joseph Haydn (1732-1809) Ă©labore puis perfectionne la forme de la symphonie classique viennoise, son contemporain, nĂ© deux ans après lui en 1734, François-Joseph Gossec (1734-1829), propose Ă©galement un modèle symphonique oĂą s’affirme le caractère de l’orchestre tel que nous le connaĂ®trons bientĂ´t. L’activitĂ© de Gossec Ă  Paris est essentielle dans la capitale française : il y impose peu Ă  peu le nouveau genre (symphonique), suscitant un rĂ©el engouement du public, au Conservatoire et au Concert Spirituel entre autres. L’ouverture que joue HervĂ© Niquet et le Jeune Orchestre de l’abbaye (JOA) tĂ©moigne de cette Ă©criture visionnaire, dĂ©jĂ  très Ă©laborĂ©e qui place Gossec aux cĂ´tĂ©s de Haydn, comme l’inventeur du genre.
Vienne s’impose nĂ©anmoins comme la capitale de la Symphonie grâce Ă  un autre gĂ©nie musical, Mozart qui grand connaisseur et admirateur de Haydn, contribue lui aussi Ă  faire Ă©voluer le genre : ses 3 dernières symphonies, – n°39,40 et 41-, composĂ©es Ă  la fin des annĂ©es 1780, constituent en rĂ©alitĂ© un triptyque unitaire (que Nikolaus Harnoncourt rĂ©cemment a abordĂ© en y relevant les jalons d’un testament musical, qu’il appelle “oratorio instrumental”…). LIRE notre critique du coffret cd Mozart : les 3 dernières Symphonies de Mozart, un oratorio instrumental).
 

 

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La première, pleine d’Ă©lan et de libertĂ© audacieuse est un vrai dĂ©fi pour l’orchestre et le prĂ©lude Ă  cette aventure orchestrale unique dans l’histoire de la musique. MĂ©connu mais rĂ©cemment redĂ©couvert, le romantique français HĂ©rold (comme Onslow) affirme un tempĂ©rament Ă©gal qui, chronologie oblige (il est nĂ© en 1791, l’annĂ©e mĂŞme de la mort de Mozart) fait Ă©voluer comme Beethoven, le dĂ©veloppement symphonique, des Lumières vers le Romantisme naissant. Après ses aĂ®nĂ©s, pionniers fondateur du genre, – Gossec, Haydn, Mozart, – HĂ©rold, Ă©lève de Kreutzer et de Catel, affirme une nouvelle esthĂ©tique dans sa Symphonie n°2 en rĂ© majeur : celle du premier romantisme français : une claire assimilation du style de Beethoven acclimatĂ©e au goĂ»t du public parisien pour la virtuositĂ©. ComposĂ©e en 1814, sans trompettes ni timbales, la Symphonie n°2 est crĂ©Ă©e avec un grand succès en Italie : d’après ce que le compositeur Ă©crit Ă  sa mère, l’Andante et le Rondo (- tous deux hommages explicites Ă  Haydn) ont particulièrement marquĂ© les esprits. L’introduction lente du premier mouvement, audacieuse dans ses richerches harmoniques (HĂ©rold se montre ici un digne suiveur de MĂ©hul dont il fut aussi l’Ă©lève) ; dans le troisième mouvement, allegro molto, HĂ©rold glisse un subtil mouvement de valse, rythme alors très Ă  la mode, dĂ©fendu par les violons. vĂ©ritable synthèse du genre symphonique sous l’Empire, la Symphonie d’HĂ©rold a aussi la subtilitĂ© de rĂ©fĂ©rences maĂ®trisĂ©es : l’humour et l’Ă©lĂ©gance sont Ă©videmment des emprunts au caractère de la symphonie viennoise fixĂ©e par Haydn (et qu’il a encore magnifiĂ© dans ses fameuses Symphonies londoniennes, ses plus tardives).
Complet, associant styles classique viennois et premiers feux du romantisme français, le programme dĂ©fendu  Ă  Saintes par les jeunes instrumentistes du JOA, s’annonce prometteur : rĂ©vĂ©lant des Ă©critures aussi diverses qu’intensĂ©ment caractĂ©risĂ©es,  d’autant plus expressives qu’elles sont ici jouĂ©es sur instruments anciens.

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction.

brunoProcopio_okok sacchini renaud RIOrio-cidade-des-artes-rio-de-janeiro-bruno-procopio-concert-gossec-neukommRio de Janeiro, compte rendu concert. Dans la nouvelle salle de concerts “Cidade des Artes” – sorte d’insecte prismatique Ă  pattes dessinĂ© par Christian de Porzemparc- , les Cariocas retrouvent le chef brillant, nerveux, fougueux mais aussi nuancĂ© qui avait le mois prĂ©cĂ©dent crĂ©Ă© l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, Sala Cecilia Meireles, – au centre de Rio-:  Bruno Procopio dans un dispositif qui lui est dĂ©sormais spĂ©cifique : jouer deux auteurs au carrefour du classicisme et du romantisme, … sur instruments modernes. Tout le dĂ©fi est lĂ  : rĂ©aliser accents, style, continuitĂ© des partitions selon les apports de l’interprĂ©tation historiquement informĂ©e. Un enjeu qui dĂ©passe la seule question des esthĂ©tiques et rĂ©clame des instrumentistes et du chef, un engagement total pour rĂ©ussir le rĂ©sultat final. De Sacchini Ă  Gossec, le geste est d’autant plus fluide et assurĂ© que l’esthĂ©tique très marquĂ© esprit des Lumières circule de l’une Ă  l’autre des partitions.

Pour la Symphonie de Gossec (1734 – 1829), Bruno Procopio a respectĂ© l’usage instrumental historique : c’est Ă  dire le nombre impressionnant de contrebasses : car l’orchestre en France Ă  l’époque de Gossec totalise près de 12% des effectifs de cordes : le principe est rĂ©alisĂ© Ă  Rio et la sonoritĂ© qui en dĂ©coule apporte ses bĂ©nĂ©fices expressifs : puisque la musique ne module pas beaucoup, l’éloquence Ă©largie des basses nourrie une matière Ă©tonnamment riche malgrĂ© des lignes plutĂ´t simples. Des quatre mouvements (Maestoso – Allegro molto ; Larghetto ; Menuet – trio ; Finale : Allegro molto), le chef rĂ©alise la continuitĂ© tout en apportant les fruits d’un travail spĂ©cifique sur le relief instrumental.

 

 

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A 17 parties soit 17 pupitres, l’orchestre de Gossec demeure résolument classique avec clarinettes et trompettes par deux. Ordinairement datée de 1809, la Symphonie pourrait remontée à une époque précédente : le dernier mouvement commence par un système fugué défendu par les premiers violons selon la tradition du Concert Spirituel telle qu’elle s’était affirmée dans le paysage de la fin XVIIIè à Paris.  De fait, outre ces points d’écriture, tout l’esprit de la Symphonie de Gossec résonne de l’Esprit des Lumières plutôt que du plein romantisme. L’auteur de Thésée, opéra majeur, très emblématique de l’esthétique néoclassique de la fin du XVIIIè européen, reste résolument classique et respectueux des inflexions de son époque.

Jouer Gossec et Neukomm Ă  Rio

Mais le trait original vient pourtant d’un souci personnel dans la coloration des unissons comme des dessus cordes/flûtes puis flûtes/hautbois. Gossec tout en répétant souvent un même motif rythmique et mélodique, sait particulièrement bien raffiner les combinaisons instrumentales à chaque reprise, dans le but de colorer son orchestration. La variété des instruments offre une expérience de coloration (hautbois/ clarinette) plutôt « moderne » vis à vis du cadre strictement classique des Lumières. S’il n’était cette sensibilité originale aux instruments, le style de Gossec regarde plutôt du côté de Haydn que de Beethoven. Bruno Procopio saisit et sert idéalement l’intensité du matériau musical avec une fluidité permanente passant d’un mouvement à l’autre avec une intelligence communicative qui souligne l’invention instrumentale de Gossec. Ce bouillonnement dynamique souligne l’apport du compositeur parmi les plus inventifs de sa génération et qui impressionna tant Mozart lors de son séjour à Paris en 1778. C’est d’ailleurs grâce à Gossec, alors directeur du Concert Spirituel, que Wolfgang reçoit la commande, prestigieuse pour la capitale française, des fameuses Symphonies parisiennes. Entre l’écriture classique et viennoise (plutôt archaïsante si la partition remonte de fait à 1809) et sa grande sensibilité instrumentale (solos de clarinette en particulier …) et son souci de la couleur (trait de modernité a contrario), le jeune chef franco-brésilien réussit totalement l’équilibre entre mesure et sensualité. En revanche, de près de 30 mn en durée, la carrure de l’œuvre préfigure Beethoven.

Pour sa part, Sigismond Neukomm (1778-1858) retrouve à Rio, un rivage familier. Le Viennois, parti de Paris vers Rio en 1816 dans le cadre de la Mission française au Brésil, s’inscrit naturellement dans ce programme carioca : il a même composé sa Symphonie héroïque pendant la traversée, de l’Europe au Nouveau Monde. Tout un symbole. Comme la Symphonie de Gossec, le style de Neukomm est foncièrement classique et même haydnien mais il affirme un sens des modulations très original, parfois abrupts, dont l’activité des contrastes, reste étrangère à Gossec : son parfum romantique est plus évident de ce fait. Place est favorise à la fanfare qui y règne sans discontinuer : ne s’agit-il pas de la Symphonie héroïque en ré majeur ?

 

 

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Comme Mozart et Beethoven, Neukomm réutilise un ancien air composé par Haendel (ici,  l’air de Macbeth pour le mouvement lent central). Inspiré par l’art du Symphoniste, ayant créé entre ancien et nouveau monde, Bruno Procopio souligne l’allant général, l’exaltation d’une plume pleine de feu et de contrastes. Il fait surgir avec bonheur, la vivacité martiale et l’énergie solaire d’une Symphonie de conquête.  En 1816 avant de partir pour Rio, Neukomm, serviteur de Talleyrand, compose le Requiem joué lors de la commémoration du traité de Vienne. Au Brésil, il compose le Libera me pour la fin du Requiem de Mozart, dans une réalisation alors dirigée à Rio, par le compositeur officiel Nunes Garcia. Il est donc légitime d’inscrire au programme Neukomm aux côtés de Gossec. L’un et l’autre sont emblématiques du langage classique des Lumières. Or le second, a fait le voyage et transmet et diffuse l’héritage de la culture européenne sous les tropiques.

Après Renaud de Sacchini (1783) – avec l’OSB toujours, crĂ©ation brĂ©silienne de mars 2015, Bruno Procopio retrouve les dĂ©fis de la musique française de la fin du XVIIIè, au tournant des esthĂ©tiques classique et romantique dĂ©fis pimentĂ©s par sa rĂ©alisation sur instruments modernes. Jouer sur instruments modernes nĂ©cessite un apprentissage spĂ©cifique pour les instrumentistes : nouvelle expĂ©rience technique que leur apporte Bruno Procopio (dont coups d’archets selon une approche historiquement informĂ©e, nouveau raffinement dans l’interprĂ©tation des parties ornementales…)

Comme c’était aussi l’enjeu du concert Ă  Liège, avec le Philharmonique Royal (jouer Rameau sur instruments modernes, dĂ©cembre 2014, – voir ci après notre reportage classiquenews : “Rameau Symphonique par Bruno Procopio Ă  Liège”). Mais un autre dĂ©fi attend bientĂ´t Bruno Procopio, crĂ©er ThĂ©sĂ©e de Gossec composĂ© en 1781 autre fleuron de l’esthĂ©tique des Lumières et qui a dĂ©sormais toute sa place dans ce nouveau sillon prometteur, tracĂ© entre la France et le BrĂ©sil grâce Ă  l’énergie d’un chef audacieux. D’autant qu’en 2016, la France et le BrĂ©sil cĂ©lèbreront le bicentenaire de la Mission française au BrĂ©sil. Prochains Ă©vĂ©nements Ă  venir.

 

 

Compte rendu, concert. Rio de Janeiro, Cidade das Artes, le 4 avril 2015. Sigismund Neukomm (1778 – 1858) : Grande Symphonie HĂ©roĂŻque Op.19. François-Joseph Gossec (1734 – 1829) : Symphonie Ă  17 parties (1809) de Brazilian Symphony Orchestra. Bruno Procopio, direction.

Le chef d’orchestre Bruno Procopio en vidĂ©o

 

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VOIR le reportage Bruno Procopio dirige Rameau à Liège avec le Philharmonique Royal de Liège (décembre 2014)

VOIR le reportage Bruno Procopio dirige RENAUD de Sacchini à Rio, Sala Cecilia Meireles  / Brazilian Symphony Orchestra (mars 2015)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue Carl Philipp Emmanuel Bach à Caracas / Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Vénézuela (septembre 2013)

VOIR le reportage Bruno Procopio joue les Pièces pour clavecin en concerts de Rameau (avril 2013)

 

 

Illustrations : Bruno Procopio dirige l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil (OSB) dans un programme Gossec et Neukomm, Rio de Janeiro, avril 2015 © CLASSIQUENEWS.COM

Livres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien Ă  Paris, de l’Ancien RĂ©gime au roi Charles X par Claude Role. (L’Harmattan)

gossec-biographie-critique-livre-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-juin-2016-francois-joseph-gossec-1734-1829-un-musicien-de-l'ancien-regime-au-roi-charles-X-l-harmattanLivres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien Ă  Paris, de l’Ancien RĂ©gime au roi Charles X par Claude Role. (L’Harmattan). NĂ© belge Ă  Vergnies, le 17 janvier 1734, François-Joseph Gossec s’éteint Ă  Passy, le 16 fĂ©vrier 1829, Ă  l’âge vĂ©nĂ©rable de 85 ans… Belle longĂ©vitĂ© ayant traversĂ© tant de rĂ©gimes diffĂ©rents, qui pourtant s’impose par sa constance et la puissance de sa trajectoire crĂ©ative. Dès 1756, François-Joseph Gossec, auquel on doit en France, le perfectionnement du genre symphonique et de l’orchestre symphonique – comme il a aussi inventĂ© la musique de chambre et l’assimilation du Quatuor haydnien dans l’Hexagone, affirme sa singularitĂ© sur la scène musicale europĂ©enne : pourtant ce Haydn français qui fait la synthèse entre esthĂ©tique des Lumières et prĂ©romantisme reste Ă©trangement oubliĂ©, Ă©cartĂ© des salles de concerts. Sa connaissance de Haydn est telle qu’il dirige la première Symphonie du maĂ®tre Ă  Paris (1769). Grâce Ă  Rameau qui l’introduit dans l’orchestre de son patron mĂ©cène La Pouplinière, Gossec peut se fixer dans la capitale française.

La réévaluation des auteurs oubliés vient toujours de la publication : ce texte déjà connu fournit une excellente entrée en matière, d’autant que très informative sur le contexte et les différentes époques (plus précisément régimes politiques) que Gossec aura servi, jamais son talent ne s’est vraiment tari, en témoigne la composition à une date tardive, de sa Symphonie pour 17 parties qui montre une verdeur intacte (l’équivalent du dernier Rameau, celui des Boréades, lui aussi d’une saisissante modernité inventive quelques mois avant sa mort …). Dans les années 1780, à l’époque où triomphent les Italiens surtout Sacchini (Renaud, février 1783) ou Salieri (Les Danaïdes, avril 1783 ; puis Tarare écrit avec Beaumarchais en 1786), le seul vrai grand succès de Gossec à l’Opéra (Académie royale de musique qu’il codirige avec Dauvergne) reste Thésée de 1782 : y perce un évident talent pour le drame, la grandeur tragique, les scènes spectaculaires avec chœurs éclatés dans l’espace, simultanés aux solistes, un sens de la tension héroïque qui renouvèle la proposition de Rameau et de Lully (dont Gossec adapte le livret), nuance le modèle frénétique de Gluck et apporte à la France à la veille de la Révolution, ce nerf guerrier qui saisit par sa pointe sèche et ses accents martiaux, incisifs, rugissant aussi par un orchestre particulièrement nerveux, préservant toujours un étonnant sens de l’équilibre et de la continuité dramatique (c’est d’ailleurs cette sensibilité affûtée qui lui permet de réussir la réécriture pour partie du troisième de l’Alceste de Gluck : l’ouvrage grâce à lui, peut renaître à la scène en diverses reprises… comme il en sera de même pour les reprises de Castor et Pollux de Rameau, l’opéra le plus joué alors.

CLIC D'OR macaron 200Du reste, déjà actif sous Louis XV dans les années 1760, les vrais succès du compositeur lui valant outre la jalousie des envieux et des petits, une gloire croissante, demeurent ses œuvres d’inspiration sacrée : l’incomparable Messe des défunts (1759-1760) à laquelle un chapitre entier est consacré et dont l’ampleur, la gravité lugubre, et comme dans Thésée, la couleur remarquable des trombones, annoncent les grands accomplissements de la ferveur romantique, que sont les Requiem de Berlioz ou de Verdi… c’est dire le génie de Gossec à l’époque des Lumières. Sans omettre également, l’O salutaris (trois voix sans accompagnement), soit 62 mesures qui font ainsi plus pour sa gloire que les centaines de page de ses tragédies lyriques.

A l’époque des Lumières et de la révolution jusqu’à l’Empire puis la Restauration,

Gossec : la constance d’un génie oublié

GOSSEC_Gossec-portraitAprès le succès de son Requiem, Gossec étonne en réussissant un talent éminemment versatile, s’épanouissant dans le genre opéra comique ; ainsi, Le tonnelier (1765), Les pêcheurs (1766) et en 1767, Toinon et Toinette. Symphoniste et compositeur pour l’orchestre (il a reçu l’influence stimulante du style Sturm und drang de Stamitz), Gossec, élément de la pépinière de talents que fut aux côtés de Rameau, l’orchestre de La Pouplinière, créée «Le Concert des Amateurs» (1769) où il dirige de facto en 1773, la première Symphonie écoutée en France de Joseph Haydn. Puis, il est directeur en 1773, du «Concert Spirituel». Homme fiable et loyal voire souvent paternaliste, Gossec reconnaît le talent de Mozart en 1778, lors de son second séjour parisien ; le Salzbourgeois en parle comme « un bon ami et un homme très sec ») ; Wolfgang alors protégé du Comte Grim, mais aussi Lesueur plus tard pourront compter sur cette figure de père, admirateur sincère de leur talent.

Directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique, mais aussi de la nouvelle Ă©cole royale de chant (fondĂ©e en 1784, rivale de l’école de l’OpĂ©ra), Gossec, pĂ©dagogue et directeur, adopte en lettrĂ© ouvert et cultivĂ©, les idĂ©es de la RĂ©volution, et pendant cinq ans compose des musiques destinĂ©es aux cĂ©lĂ©brations nationales (il compose la première orchestration de la Marseillaise). En 1795, il est l’un des fondateurs du Conservatoire National SupĂ©rieur de Musique.

Le texte est la nouvelle édition d’un ouvrage paru en novembre 2000 qui avait déjà marqué les esprits par l’argumentation vivante et la justesse de l’analyse sur l’homme, le compositeur, ses oeuvres, son époque. D’autant que dans le cas de Gossec, la péripétie des événements, d’un régime à l’autre (monarchie ultime sous Louis XVI, Révolution, Empire puis Restauration) n’empêche en rien un maître compositeur qui dut à son indiscutable génie, une carrière continue sans fausse note. La succession des régimes, l’époque et ses esthétismes particuliers à l’époque du premier romantisme (quand sous Napoléon rayonnent et s’imposent les Gavazzeni, Paisiello, Spontini et Méhul…), les divers événements et aléas d’une vie riche, marquée par l’estime des autres grâce au génie musical qu’il défend, composent ici une biographie qui se lit comme un roman. La réédition était attendue car l’ouvrage original était « épuisé », sa lecture rendue possible enfin à l’été 2015, est incontournable. Légitimement c’est un CLIC de classiquenews.com.

Livres, compte rendu critique. François-Joseph Gossec (1734-1829).Un musicien Ă  Paris, de l’Ancien RĂ©gime au roi Charles X par Claude Role.
(L’Harmattan). ISBN : 978-2-343-04010-3 • Parution : été 2015 • 390 pages

Approfondir

LIRE notre critique du coffret cd Thésée de Gossec (Van Waas, 2012, 2 cd Ricercar)

VOIR notre reportage vidéo exclusif Thésée de Gossec par Guy Van Waas (Liège, Philharmonie, le 11 novembre 2012) - durée 9mn30

Rio (BrĂ©sil). Bruno Procopio joue Gossec, Neukomm, Garcia…

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

Rio de Janeiro, concert Bruno Procopio. Cité des Arts, samedi 4 avril 2015, 16h. Après avoir créer l’opéra de Sacchini de 1783, Renaud, dans la salle Cecilia de Meireles, superbe révélation pour les cariocas avec l’étonnante mezzo Luisa Francesconi (les 21 et 22 mars derniers), Bruno Procopio retrouve à Rio, l’OSB Orchestre symphonique du Brésil à la Cidade das Artes, dans un programme qui fête les 450 ans de la fondation de la cité carioca. Au programme, plusieurs maîtres européens : le belge Gossec et le germanique Neukomm, ainsi que deux musiciens emblématiques de l’essor de la musique savante à l’heure coloniale : Marcos Portugal (génie prossinien) et Nunes Garcia. Outre des oeuvres sacrées (Laudamus Te de la Missa Grande de Portugal, Laudamus Te de la Missa de Sainte Cécile de Garcia), le chef franco brésilien affirme sa stimulante énergie dans le genre symphonique : Symphonie pour 17 parties de Gossec et Sinfonia Heroica de Neukomm (opus 19). Dans la superbe salle de la Cité des Arts de Rio, nouvellement inaugurée, Bruno Procopio offre une nouvelle leçon de direction et de sensibilité, dévoilant dans son pays d’origine, le raffinement d’une musique qui a surtout su assimiler et réécrire les sources européennes. De Gossec et Neukomm, Bruno Procopio révèle le feu orchestral, sans omettre de révéler la profonde ferveur de la Messe testament de Nunes Garcia, compositeur emblématique de la présence du roi du Portugal Jean VI à Rio : la messe de Sainte Cécile. Le programme comprend aussi une œuvre sacrée de Marcos Portugal : la Missa Grande dont Bruno Procopio a enregistré une version pour orgue et chœur à Cuenca (Espagne) avant de diriger la pétillante comédie prérossinienne L’oro no compra amore… (un opéra savoureux aux accents prérossiniens). Le programme évoque surtout l’amitié entre compositeurs : ainsi Nunes Garcia qui se rapproche de Neukomm (dès l’arrivée de ce dernier en 1816) et grâces auquel il dirige Mozart et Haydn à Rio.

 

 

 

Bruno Procopio dirige les compositeurs de Jean VI Ă  Rio de Janeiro

De Gossec et Neukomm à Nunes Garcia…

 

GOSSEC_Gossec-portraitAuteur de 50 symphonies dès 1756, soit bien avant Haydn, Gossec (1734-1829) est bien l’inventeur du genre, sachant se renouveler et affirmer même l’essor de la forme purement instrumentale aux côtés de Grétry. Très proche de Mozart, Gossec enseigne aussi au Conservatoire, les spécificités de la composition entre 1795 et 1814. Le génie de Gossec récemment révélé dans son opéra Thésée (1781) qui saisit et surprend par l’ambition de l’écriture, sa spatialisation et son intensité dramatique, vrai souffle lyrique si rare à l’opéra-, tient à une pensée universelle (comme Grétry) et une adaptabilité tenace et salvatrice malgré les perturbations de la période révolutionnaire. Sous directeur de l’Académie royale de musique après Dauvergne en 1782, il dirige la nouvelle école royale de chant en 1784. Aux côtés du peintre David, scénographe des grandes cérémonies révolutionnaires, Gossec devient le principal compositeur des Républicains, accomplissant dans la musique l’esprit des Lumières. Il meurt déchu et écarté sous la Restauration à 95 ans.
Sa symphonie pour 17 parties date de 1809 et témoigne des ultimes évolutions du compositeur : Gossec qui avait connu Stamitz à Mannheim, et en proche de Mozart, affirme ici une sensibilité pour l’orchestration étonnante qui préfigure Berlioz. Jamais jouée de son vivant, la partition n’est pas publiée et frappe pourtant par le raffinement instrumental requis : flûtes, hautbois, bassons, cors par deux… elle est traversée par un souffle unique et cite même l’air des libertaires : « ah, ça ira, ça ira » dans le dernier mouvement.

Sigismund_von_Neukomm_(1)Sigismond Neukomm (1778-1858) appartient à la génération postérieure à celle de Gossec. Elève du frère de Joseph Haydn (Michael), Neukomm comme Gossec favorise l’évolution du passage entre l’esprit des Lumières et le préromantisme. Voyageur assidu, Neukomm réside 5 années à Rio : il y joue Mozart où il compose un Libera me pour compléter le Requiem incomplet et devient le professeur du Roi du Brésil Jean VI. Neukomm développe aussi une activité ethnomusicale, écrivant plus de 90 œuvres inspirées directement de motifs populaires brésiliens !

JosĂ©_Mauricio_Nunes_GarciaNunes Garcia est un compositeur brĂ©silien nĂ© et mort Ă  Rio en 1767 et 1830. Ce fils d’esclaves originaires du Minas Gerais, devient rapidement une personnalitĂ© majeure de l’essor musicale Ă  Rio. OrdonnĂ© prĂŞtre en 1792, devenu maĂ®tre de chapelle de la CathĂ©drale de Rio dès 1798, Garcia compose toute la musique pour la Cour royale : il livre quantitĂ© de partitions d’une qualitĂ© Ă©vidente que traverse aussi le souci de dĂ©fense des idiomes brĂ©siliens. En 1808, quand arrive le roi du Portugal, Garcia suscite l’admiration du prince rĂ©gent Jean VI, mĂ©lomane averti. Le monarque le nomme MaĂ®tre de la chapelle royale dont le siège est l’Ă©glise Nossa senhora do Carmo (alors Ă©levĂ©e au rang de cathĂ©drale). MalgrĂ© l’opposition des membres de la cour, tous originaires du Portugal, Jean VI honore son musicien mĂ©tis qu’il fait chevalier de l’ordre du Christ. Garcia dut cependant accepter au poste de maĂ®tre de chapelle le portugais Fonseca Portugal, venu de Lisbonne en 1811, qui devint son supĂ©rieur. En 1816, Garcia compose deux chefs d’oeuvre, commande du Tiers-Ordre du Carmel en hommage Ă  la reine Marie Ière de Portugal : le Requiem et l’Office des dĂ©funts.
Quand arrivent les artistes de la mission française en 1816 (où figurent les peintres Debret et Taulnay, l’architecte Montigny), tous les membres venus d’Europe louent la personnalité du « mulâtre » brésilien. Garcia se lie d’amitié avec Neukomm, arrivé la même année : les deux compositeurs suscitèrent l’opposition de la Cour mais reçurent la faveur indéfectible du roi Jean VI. Grâce à Neukomm, Garcia dirige les oeuvres de Mozart (Requiem en 1819) et de Haydn (La Création en 1821).
Après la départ de Jean VI au Portugal (1821) et l’indépendance du Brésil en 1822, Garcia perd appui et protection. Cependant la Messe pour Sainte Cécile, chant du cygne de 1826, affirme un génie inégalé à son époque, heureuse synthèse entre l’écriture savante proeuropéenne et une inspiration indigène pure et noble : jusqu’à sa mort en 1830, Garcia ne cesse de réviser l’orchestration de cette Messe testament.

Brésil, Rio de Janeiro. Cidade das Artes, Cité des Arts.
Samedi 4 avril 2015, 16h.

boutonreservationGabriella Pace, soprano
OSB Orchestre Symphonique du Brésil
Bruno Procopio, direction
Série 450 ans de la fondation de Rio de Janeiro (Brésil)

FRANÇOIS-JOSEPH GOSSEC
Sinfonia para 17 Partes

MARCOS PORTUGAL
Missa Grande | Laudamus Te
SIGISMUND VON NEUKOMM
Missa Solene | Quoniam

JOSÉ MAURÍCIO NUNES GARCIA
Missa de Santa CecĂ­lia | Laudamus Te

SIGISMUND VON NEUKOMM
Sinfonia Heroica, Op. 19

Reportage vidéo : Thésée de Gossec (1778-1781)

Gossec_thesee_ricercar_gossecCrĂ©Ă© pour Marie-Antoinette en 1781, l’opĂ©ra ThĂ©sĂ©e de Gossec est composĂ© dès 1778, dans le sillon d’Armide de Gluck (1776). Gossec s’y rĂ©vèle aux cĂ´tĂ©s des contemporains Piccinni, Sacchini, tel un continuateur ès mĂ©rite de Gluck (comme Vogel et sa fabuleuse Toison d’or de 1786) : orchestre flamboyant, nerveux, guerrier ; choeur somptueux et complexe dans ses Ă©tagements audacieux ; surtout protagonistes expressifs au tempĂ©rament exacerbĂ© dans des situations extrĂŞmes : MĂ©dĂ©e est une furie insatiable qui jusqu’Ă  la fin, s’acharne avec sadisme contre le couple amoureux EglĂ© et ThĂ©sĂ©e… le dramatisme de l’Ă©criture, l’efficacitĂ© des options poĂ©tiques, l’architecture de ce drame autant vocal qu’orchestral font de ce ThĂ©sĂ©e de Gossec un pur chef d’oeuvre nĂ©oclassique sous le règne de Marie-Antoinette. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM

En lire + : dossier Thésée de Gossec : une écriture nerveuse dans le sillon de Gluck

Lire aussi notre compte rendu critique du cd Thésée de Gossec par Guy Van Waas et Les Agrémens

Versailles : Musiques pour les noces de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Les Siècles (novembre 2012)

Jean-Philippe Rameau Ă  ParisMusiques pour Marie-Antoinette… Dans la galerie des Glaces Ă  Versailles, l’orchestre sur instruments anciens Les Siècles joue sous la direction de François-Xavier Roth, le programme des fĂŞtes pour le mariage de Marie Antoinette et de Louis XVI : Gluck reprĂ©sentant de la musique moderne puis Rameau et Lully rĂ©Ă©crits par Gossec et Dauvergne, dans le style nĂ©oclassique des annĂ©es 1770 … Grand reportage vidĂ©o

CD. Gossec : Thésée, 1782 (2 cd Ricercar)

CD, OpĂ©ra. Gossec : ThĂ©sĂ©e, 1782 (Van Waas, 2012), 2 cd Ricercar      …           Enfin le gĂ©nie lyrique de Gossec nous est rĂ©vĂ©lĂ© ! Tel n’est pas le moindre apport de cette intĂ©grale enregistrĂ©e sur le vif en novembre 2012 Ă  Liège (Salle Philharmonique).  Audace gĂ©niale et très originale de l’architecture musicale avec des Ă©tagements dramatiquement rĂ©ussis associant choeurs multiples et solistes, première ouverture en situation (dès avant celle d’IphigĂ©nie en Tauride de Gluck, car Gossec compose et termine sa partition dès 1778 !), coloration spĂ©cifique de l’orchestre (cuivres mis en avant dont les trombones), vitalitĂ© permanente du continuum orchestral aux inflexions mozartiennes … sans omettre dans le portrait de MĂ©dĂ©e (vraie protagoniste de l’opĂ©ra malgrĂ© son titre), des inflexions noires, souterraines, … sont quelques unes des nombreuses qualitĂ©s d’un ouvrage qui frappe par sa violence poĂ©tique, son intelligence dramatique et musicale ; tout cela souligne chez Gossec, alors âgĂ© de 44 ans, la richesse du style, le fond fantastique voire diabolique d’une partition Ă  la fois psychologique, noire, hĂ©roĂŻque et guerrière, dĂ©cidĂ©ment inclassable.Dans le personnage de MĂ©dĂ©e, il faut bien Ă©videmment, Ă  la fin des annĂ©es 1770, dĂ©celer un ultime rĂ´le de magicienne enchanteresse dans la tradition magique et baroque, mais ici, portĂ© par une figure criminelle qui a alors dĂ©jĂ  commis l’irrĂ©parable (tuer ses propres enfants pour se venger de Jason) : cette MĂ©dĂ©e amoureuse haineuse de ThĂ©sĂ©e s’ingĂ©nie en actes sadiques (Ă  l’endroit d’EglĂ©), manipule, dissimule pour mieux Ă  l’acte III se rĂ©pandre en magie noire et furieuses apparitions … Il faut bien l’intervention de Minerve pour chasser dĂ©finitivement un tel dragon fĂ©minin.

 

 

Le génie lyrique de Gossec enfin révélé

 

Gossec_thesee_ricercar_gossecAutour d’elle, les personnages infĂ©odĂ©s et aveuglĂ©s un temps Ă  ses odieuses machinations, dont un choeur fabuleux de mordante vivacitĂ© (Choeur de chambre de Namur, dans entre autres, le choeur des enfers du III martyrisant la pauvre EglĂ©), se distinguent par leur caractĂ©risation juste.
Virginie Pochon sait tisser une couleur Ă  la fois angĂ©lique et dĂ©terminĂ©e pour le rĂ´le d’EglĂ© dont l’importance et la prĂ©sence dramatique (ses duos et confrontations avec MĂ©dĂ©e aux II et III) en fait un caractère au haut relief théâtral (comme Ilia dans IdomĂ©nĂ©e de Mozart, opĂ©ra un peu près contemporain de ce ThĂ©sĂ©e de Gossec). Les hommes affirment un très nette assurance, jouant aussi la finesse Ă©motionnelle de leur profil : rien Ă  dire au chant Ă©lĂ©giaque et tendre mais aussi hĂ©roĂŻque de FrĂ©dĂ©ric Antoun (dommage qu’il s’agisse du rĂ´le le plus statique de la partition) ; plus intĂ©ressant encore le Roi d’Athènes EgĂ©e auquel l’excellent baryton Tassis Christoyannis apporte cette vĂ©ritĂ© humaine qui structure et rend passionnant tout le rĂ´le : il ne s’agit pas d’un père de façade agissant dans les scènes collectives mais rĂ©ellement d’une autoritĂ© rĂ©active, d’abord conquis et manipulĂ© par MĂ©dĂ©e puis lui opposant une vive rĂ©sistance (après qu’il ait au III, grâce Ă  EglĂ©, identifier son fils …) ; Ă  Jennifer Borghi revient naturellement les palmes d’une vĂ©ritable prise de rĂ´le : la voix est parfois serrĂ©e et l’articulation du français pas toujours indiscutable mais le timbre spĂ©cifique Ă©claire les blessures de la femme amoureuse (Ah faut-il me venger en perdant ce que j’aime … au IV) malgrĂ© l’horreur de la magicienne rien que terrible et dĂ©chaĂ®nĂ©e (DĂ©pit mortel, transport jaloux, fin du II). En cela, grâce Ă  la fine expressivitĂ© rĂ©alisĂ©e par le chef (excellent Guy Van Waas, artisan et dĂ©fenseur d’une esthĂ©tique multiple, Ă  la fois postbaroque, classique et dĂ©jĂ  romantique, assimilant et Gluck, Mozart et les accents frĂ©nĂ©tiques nerveux de Mannheim car Gossec connaissait Stamitz…), sa MĂ©dĂ©e sait rugir de façon inhumaine, aux imprĂ©cations infernales très assurĂ©es, mais aussi s’attendrir soudain pour mieux manipuler. Le profil fĂ©minin conçu par Gossec, aux couleurs chtoniennes inĂ©dites et vraiment passionnantes, annonce et nourrit ce sillon terrible et tragique qu’illustrent bientĂ´t Vogel (La Toison d’or, 1786) et aussi Cherubini (MĂ©dĂ©e, 1797).

Outre l’intelligence des situations, la finesse d’une Ă©criture idĂ©alement sentimentale, parfois Sturm und Drang donc prĂ©romantique, Gossec se libère (et se rĂ©vèle vĂ©ritablement) dans le traitement orchestral de chaque acte : une puissance immĂ©diate qui ne s’Ă©pargne pas des choeurs simultanĂ©s souvent impressionnants d’audace, de force voire de sauvagerie. La dĂ©couverte est de taille : elle revient au mĂ©rite des institutions initiatrices, particulièrement bien inspirĂ©es Ă  la dĂ©fendre : le Centre de musique baroque de Versailles, le Centre de musique romantique française Ă  Venise (Palazzetto Bru Zane). CrĂ©Ă© en 1782, ThĂ©sĂ©e de Gossec Ă©tait dĂ©jĂ  prĂŞt pour ĂŞtre produit sur la scène dès 1778… s’il n’Ă©tait Gluck ; probablement conscient du gĂ©nie de Gossec, le Chevalier favori de Marie-Antoinette faisait obstacle Ă  la reconnaissance de son rival. La prĂ©sente rĂ©surrection discographique accrĂ©dite ses soupçons : nous voici bien en prĂ©sence d’une oeuvre composite, esthĂ©tiquement aboutie, vraie synthèse Ă  son Ă©poque des tendances lyriques les plus convaincantes. Le gĂ©nie de Gossec, père de la symphonie mais aussi compositeur d’opĂ©ras, nous est dĂ©sormais totalement dĂ©voilĂ©. RĂ©alisation exemplaire.


François-Joseph Gossec (1734-1829) : ThĂ©sĂ©e, 1782. Jennifer Borghi, MĂ©dĂ©e. Virginie Pochon, EglĂ©. FrĂ©dĂ©ric Antoun, ThĂ©sĂ©e. Tassis Christoyannis, EgĂ©. Katia Velletaz, la grande PrĂŞtresse, Minerve … Les AgrĂ©mens. Choeur de chambre de Namur. Guy Van Waas, direction. 2 cd Ricercar RIC 337. EnregistrĂ© Ă  Liège en novembre 2012. Voir le reportage vidĂ©o de ThĂ©sĂ©e de Gossec.