Giselle d’Adolphe Adam Ă  l’OpĂ©ra de Paris

giselle-adam-opera-bastille-garnier-critique-danse-opera-classiquenewsBALLET en replay, GISELLE jusqu’au 5 aoĂ»t 2020. L’OpĂ©ra de Paris prĂ©sente cette lecture idĂ©ale de Giselle, ballet en deux actes crĂ©Ă© en 1841, sommet romantique par excellence, alliant passion tragique et surnaturel spectral en particulier grâce Ă  son acte blanc, oĂą les jeunes filles mortes suicidĂ©es par dĂ©pit (les Wilis) ressuscitent pour envoĂ»ter et tuer les jeunes hommes perdus – avatar romantique français proposĂ© par ThĂ©ophile Gautier, auteur du livret – alternative aux sirènes elles aussi sĂ©ductrices et fatales dans l’OdyssĂ©e d’Homère, pour Ulysse et ses compagnons marins…

VOIR le ballet GISELLE par l’Opéra de PARIS, Palais Garnier (2019) :
https://www.france.tv/spectacles-et-culture/opera-et-musique-classique/1252285-giselle-de-theophile-gautier-au-palais-garnier.html
Somptueuse version de Giselle qui place le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris au sommet des meilleures phalanges pour ce répertoire ; d’autant que les solistes sont tous fins et caractérisés ; que l’orchestre en fosse, sait détailler la partition, subtile orchestration en clarté et profondeur suggestive, grâce à l’excellent Koen Kessels. Ici contrastent parfaitement, l’esprit d’insouciance pastorale et rustique du premier acte et le surnaturel fantastique, tragique voire lugubre du deuxième, acte blanc, celui des Wilis et de leur reine Myrtha, avide du sang des fiancés déloyaux…

ACTE I : La mort de Giselle. Giselle, jeune paysanne, adorée vainement par Hilarion, aime le prince Albrecht ; mais quand celui ci accueille une autre femme, elle comprend qu’elle a été trahie ; de dépit, Giselle meurt folle et détruite (à 49’). ACTE II (à 53’41) : Albrecht est sauvé de la haine des Wilis par le fantôme compatissant de Giselle… Sur la tombe de Giselle, le chasseur Hilarion perdu est la victime des Wilis qui envahissent le site, dirigées par leur reine vengeresse, Myrtha. Survient le coupable Albrecht, prêt à mourir pourvu qu’il voit sa fiancée morte. Celle-ci lui apparaît et décide de le sauver des Wilis… La France romantique depuis les tableaux gothiques dans La Dame Blanche de Boieldieu puis Robert le Diable de Meyerbeer (acte des Nonnes ressuscitées, peint par Degas) se passionne pour le surnaturel gothique… Adam fixe désormais la figure de la ballerine en tutu blanc dévoilant un mollet érotique, sirène irréelle au grand pouvoir de séduction (incarnée par la terrible et fascinante Myrtha, dans son solo spectral avec harpe et cor, sublime chorégraphie au début du II).

Musique : Adolphe ADAM
Chorégraphie de Jules Perrot, d’après Marius Petipa, adaptée par Patrice Bart pour l’Opéra de Paris

Dorothée Gilbert, étoile, Giselle
Mathieu Ganio, Ă©toile, Albrecht
Valentine Colasante, Ă©toile, Myrtha
Audric Bezard, premier danseur, Hilarion
Orch Pasdeloup – Ken Koessels
Durée : 1h48 mn

LIRE aussi notre compte rendu critique de GISELLE d’ADAM, début février 2020 à l’Opéra de Paris, avec une autre distribution : Léonore Baulac (Giselle), Germain Louvet (Albrecht)… François Alu (Hilarion)
https://www.classiquenews.com/compte-rendu-ballet-paris-onp-le-5-fev-2020-adam-giselle-corelli-perrot-petitpa-bart-polyakov-baulac/

COMPTE-RENDU, ballet. PARIS, ONP, le 5 fév 2020. ADAM : Giselle. Corelli, Perrot, Petitpa, Bart, Polyakov. Baulac…

giselle adam paris baulac kessels ballet critique classiquenews fev 2020COMPTE-RENDU, ballet. PARIS, OpĂ©ra National de Paris, le 5 fĂ©vrier 2020. Giselle. Corelli, Perrot, Petitpa, Bart, Polyakov, chorĂ©graphie. LĂ©onore Baulac, Germain Louvet, Etoiles. Ballet de l’opĂ©ra. Adolphe Adam, musique. Retour de Giselle, ballet romantique par excellence, Ă  l’OpĂ©ra National de Paris. Le chef spĂ©cialiste Koen Kessels est Ă  la direction de l’Orchestre Pasdeloup, dĂ©sormais habituĂ© du Palais Garnier, et en très bonne forme le soir de notre venue. Les jeunes Etoiles LĂ©onore Baulac et Germain Louvet interprètent les rĂ´les protagonistes, accompagnĂ©s des Premiers Danseurs François Alu et Hannah O’Neill pour un quatuor principal de grand impact !

 

 

Reprise de Giselle à l’Opéra national de Paris

Giselle ou l’amour de l’Art

 

 

 

La soirĂ©e commence avec une annonce et diffusion d’un texte plein d’injonctions aux public : les syndicalistes de l’opĂ©ra nous expliquent qu’on aura droit Ă  la reprĂ©sentation ce soir, comme si c’était un cadeau quelque part, et qu’on a Ă©tĂ© priĂ© d’écouter avec « bienveillance ». 80 % de l’auditoire a rĂ©compensĂ© l’effronterie pĂ©remptoire des fortes huĂ©es et ahurissements. Il paraĂ®t que le public voulait regarder un ballet oĂą la prima ballerina « meurt d’amour » Ă  cause de la faussetĂ© d’un Duc qui lui fait croire qu’il l’aime et que leur amour aura un avenir plus grand que sa lâchetĂ©, toute monarchique… Il l’a eu, son ballet, le public… mais non sans ce prĂ©lude, Ă  la fois niais et sournois, d’allure ChĂ©-Guevariste, des syndicats. On nous laisse voir le spectacle, mais non sans rappel que LA LUCHA SIGUE. « Bonne reprĂ©sentation ». Nous ne remercions pas pour cette introduction ridicule Ă  une histoire tragique.

Le nouveau Premier Danseur Pablo Legasa annoncé au départ dans le pas de deux des paysans a été remplacé selon le feuillet de distribution par le Coryphée Andrea Sarri. Or, le dernier est finalement remplacé par le tout aussi nouveau Premier Danseur Francesco Mura. Si la soirée commence avec ces faits divers bien théâtraux, nous sommes heureux en termes généraux de la performance qui a eu lieu. Bien qu’Adam ne soit pas Tchakovsky, la partition de ce ballet est beaucoup plus amusante et riche que la plupart des musiques, souvent russes, des ballets romantiques. Dans ce sens l’Orchestre Pasdeloup sous la direction du chef Koen Kessels est très en forme et offrent une prestation tout à fait dynamique et entraînante; remarquons les magnifiques performances des bois et des cordes.

Giselle est le ballet des amoureux de la danse romantique. L’histoire simple de Théophile Gautier d’après le folklore allemand est un excellent prétexte à la danse. Germain Louvet, Etoile, est un Albrecht romantique et princier à souhait. Il se distingue tout particulièrement lors de l’acte blanc, avec ses entrechats si interminables qui inspirent les louanges de l’auditoire. Léonore Baulac, Etoile, est une Giselle intéressante. Nous découvrons ce soir ses talents d’actrice, avec une caractérisation de la naïveté paysanne tout à fait charmante, et surtout une folie et un abandon dramatique impressionnants au moment de sa mort au premier acte. Si nous sommes plus habitués à la voir dans un répertoire néoclassique et contemporain (qui lui va très bien), nous sommes tout à fait sensibles ce soir à l’excellence de ses pointes, par exemple. Hannah O’Neill dans le rôle de la Reine des Wilis impressionne tout autant par ses pointes et ses diagonales, ainsi que par son extension insolente et une prestance noble, glaciale, imposante qui correspond magistralement au rôle. François Alu, Premier Danseur, est un Hilarion idéal ! La danse sans fin de sa mort, punition des Wilis au deuxième acte, impressionne. L’énergie est idéale et le dynamisme, bondissant !

Le pas des deux des paysans par Franceso Mura et Charline Giezendanner ne laisse pas indifférent l’auditoire. La danseuse offre une première variation intéressante ; lui coupe le souffle avec des sauts impressionnants (mais aussi avec des atterrissages dangereux, notamment lors de la deuxième variation). Leurs efforts sont bien évidemment vivement récompensés d’applaudissements. Le Corps de Ballet est tonique et délicieusement pompier au premier acte, et surtout très digne et fantomatique au dernier acte, l’acte blanc. Superbe production. Souhaitons bon vent à la troupe, malgré la grève qui pèse encore sur la suite des représentations la première a été annulée).

Un ballet des amoureux de la technique et de la danse romantique, encore à l’affiche au Palais Garnier de l’Opéra de Paris encore les 8, 9, 11, 12, 13, 14 et 15 février 2020. Incontournable.

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Compte rendu, ballet. Paris. OpĂ©ra National de Paris, le 5 fĂ©vrier 2020. Giselle. Corelli, Perrot, Petitpa, Bart, Polyakov, chorĂ©graphie. LĂ©onore Baulac, Germain Louvet, Etoiles. Ballet de l’opĂ©ra. Adolphe Adam, musique.

LIVRE jeunesse : GISELLE : P Coran, O Desvaux, N Dessay (Didier Jeunesse)

didier jeunesse giselle danse livre cd dessay coran desvaux critique livre classiquenews 9782278098088-001-TLIVRE jeunesse : GISELLE : P Coran, O Desvaux, N Dessay (Didier Jeunesse) – Le cĂ©lèbre ballet d’Adolphe Adam, crĂ©Ă© en 1841 Ă  l’OpĂ©ra de Paris, est adaptĂ© en livre-disque. Le plus cĂ©lèbre des ballets romantiques français est ici rĂ©Ă©crit par Pierre Coran (texte) et mis en couleurs de façon très poĂ©tique par Olivier Desvaux. Et c’est une ex diva de l’opĂ©ra, ex soprano coloratoure stratosphĂ©rique, Natalie Dessay qui raconte l’histoire avec la complicitĂ© d’un orchestre dirigĂ© par Anatole Fistoulari. Evidemment l’amour contrariĂ© structure le drame mais exprime les passions les plus enivrantes. Giselle est une fiancĂ©e malheureuse, trahie par son ancien fiancĂ© et qui ressuscite pour mieux se venger et perdre tout jeune homme que son fantĂ´me croise dans les bois profonds… Ainsi les jeunes femmes mortes ressuscitĂ©es ou « Willis » hantent les forĂŞts… afin d’envoĂ»ter jusqu’à la mort, les garçons trop naĂŻfs.
Comme tous les ballets romantiques, l’action comprend évidemment un acte blanc, c’est à dire un acte qui représente les spectres des jeunes fiancées mortes… Batilde, le garde chasse Hilarion, la reine des Willis Myrtha, la clairière au clair de lune, … Chaque tableau est magnifiquement évoqué, le dessin, la musique, la voix de la récitante et l’orchestre recréent de concert la magie de l’histoire de Giselle, jeune paysanne qui fidèle dans la mort, protège le duc Albert, celui qui l’a pourtant abandonnée…

LIVRE jeunesse : GISELLE : P Coran, O Desvaux, N Dessay (Didier Jeunesse) – Parution : oct 2019, 48 pages / format 28 cm x 28 cm / EAN :
9782278098088

PLUS D’INFOS sur le site Didier Jeunesse
https://didier-jeunesse.com/collections/livres-disques-classique-jazz/giselle-coffret-edition-luxe-9782278098088

DVD, critique. GISELLE / Akram Khan / Tamara Rojo (OPUS ARTE 2017)

GISELLE-danse-ballet-critic-review-critique-classiquenews-tamara-rojo-james-streeter-giselle-akram-khan-ballet-english-national-dvd-opus-arte-danse-critique-classiquenewsDVD, critique. GISELLE / Akram Khan / Tamara Rojo (OPUS ARTE 2017). GISELLE «  reinventée / reimagined », un ballet pour le XXIème. En chorégraphe invité, Akram Khan (né en 1974 à Wimbledon, Londres) et Tamara Rojo (première danseuse et directrice artistique de l’English National Ballet) se sont accordés pour réinventer la chorégraphie du ballet romantique français GISELLE, tout en y injectant les ferments d’un langage neuf propre à la danse du XXIè. Le pari est ambitieux. La réalisation à la hauteur des attentes. C’est une danse nerveuse, athlétique qui a autant le sens des solos poétiques que des ensembles orchestrés expressifs.
Après La Sylphide (1832), Giselle (1841), mĂŞlant et Hugo et Heine, est le premier ballet authentiquement « blanc », spectral oĂą la paysanne un temps courtisĂ©e par le prince silĂ©sien Albrecht, pourtant fiancĂ© Ă  Bathilde, perd la vie pour lui ; puis sur la forme d’une Wili, l’enlace jusqu’à l’hypnose, enfin le sauve pour le laisser Ă  la dite Bathilde. Giselle c’est la vierge sacrifiĂ©e, Ă©perdue, gĂ©nĂ©reuse. De justicières sans cĹ“ur, Giselle fait des Wilis – fiancĂ©s mortes dĂ©voreuses de jeunes mâles, de nouvelles hĂ©roĂŻnes romantiques, compatissantes et aimantes.
Akram Khan réinvente le ballet romantique, troquant la musique si subtile d’Adam par une farandole plus accessible encore (orchestration nouvelle d’après la partition d’Adam), portant d’emblée la chorégraphie habile en accomplissements collectifs vers un style voluptueux, saccadé à la Bollywood.
De même les puristes y trouveront à redire : la paysanne et le prince silésien sont effacés pour une actualisation de l’action. Giselle est une migrante laborieuse esclave à la peine dans une usine textile ; Albrecht, membre de la classe industrielle supérieure. Exit l’intrigue sentimentale pour une claire exposition / opposition des classes. Mais la figure hautement morale et lumineuse de la courtisée morte demeure intacte : Giselle veut toujours briser le pacte de la violence et du crime… Toutes les forces actives de l’English National Ballet sont impliquées dans cette fresque astucieusement rythmée, qui n’efface pas pour autant la sublime Giselle originelle, chorégraphié par Jules Perrot, compagnon et maître à danser de la première danseuse d’alors, Carlotta Grisi. A connaître évidemment.

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VOIR un extrait du ballet GISELLE par Akram KHAN
https://www.bbc.co.uk/programmes/p07566wv

Enregistrement live Liverpool Empire, Octobre 2017, Akram Khan’s Giselle / Réaliateur : Ross MacGibbon.

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Plus d’infos → http://www.ballet.org.uk/akram-khan-g…
https://www.ballet.org.uk/production/akram-khan-giselle/

Plus de videos → http://bit.ly/2hZtle8

AGENDA 2020 : La production fera l’affiche du Liceu de Barcelone (avril 2020), puis celle du Châtelet à PARIS (juil 2020).

Compte-rendu, danse. Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 17 novembre 2018. Adam : Giselle. Dominic Grier / Akram Khan.

ADAM portrait giselle par classiquenews Adolphe_AdamCompte-rendu, danse. Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 17 novembre 2018. Adam : Giselle.  Dominic Grier / Akram Khan. Crée par l’English National Ballet en 2016, la Giselle chorégraphiée par Akram Khan (né en 1974) fait halte à l’Opéra des Flandres sur l’invitation du directeur du ballet Sidi Larbi Cherkaoui. Rien d’étonnant à cela tant les deux valeurs montantes contemporaines de la danse se connaissent bien depuis leur création commune de Zero degrees en 2005, un spectacle acclamé à travers le monde. Akram Khan choisit cette fois de s’intéresser à la Giselle (dont le titre complet est Giselle, ou les Wilis) d’Adolphe Adam, l’un des ballets les plus fameux du répertoire, créée en 1841. Las, les amateurs de musique romantique en seront pour leur frais puisque Khan ne garde de ce ballet que le livret, laissant de côté la musique d’Adam pour lui substituer celle de Vincenzo Lamagna.

C’est la deuxième fois que Khan fait appel à ce compositeur basé à Londres, après Until the Lions créé à Londres en 2016, puis à Paris à la Grande Halle de la Villette dans la foulée. Sa musique accessible fait appel à de multiples références, aussi bien bruitistes (nombreuses percussions, des bruits de verre aux chaînes, etc) que tirées de mélodies traditionnelles : on remarquera que le folklore celtique est ici très présent alors que les Wilis sont issues de la mythologie slave. Cela étant, Adam n’avait pas non plus cherché à se rapprocher de cette source musicale logique. Souvent proche de la musique de film, la composition de Lamagna use et abuse de tics d’écriture fatiguant à la longue, comme cet emploi des basses quasi-omniprésent, dont les ostinato inquiétants en crescendo masquent peu à peu une mélodie souvent simple en contraste dans les aigus. Quelques belles idées permettent cependant un intérêt constant, tel que cet emploi de la guitare électrique en résonnance afin de figurer la sirène d’un cargo.

C’est surtout au niveau visuel que ce spectacle emporte l’adhĂ©sion, autour d’éclairages admirablement variĂ©s, dont on retient les contre-jours finement ciselĂ©s qui permettent de voir les danseurs comme des ombres fugitives dans leurs allĂ©es et venues. L’imagination de Khan permet des tableaux sans cesse renouvelĂ©s, en une Ă©nergie revigorante toujours en mouvement mais très prĂ©cise dans ses scènes de groupe. C’est lĂ  l’une des grandes forces de ce spectacle intense, auquel Khan adjoint un mur en arrière-scène pour figurer la problĂ©matique des migrants, Ă©videmment absente de l’histoire originale. Si l’idĂ©e ne convainc qu’à moitiĂ© sur le fond, elle est traitĂ©e de manière magistrale au niveau visuel, notamment lorsque le mur tourne sur lui-mĂŞme comme suspendu dans les airs, tandis que l’ensemble de la troupe du ballet de l’OpĂ©ra des Flandres affiche un niveau superlatif, Ă  l’instar du prĂ©cĂ©dent spectacle vu l’an passĂ© Ă  Anvers (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-danse-anvers-opera-des-flandres-le-21-octobre-2017-stravinsky-martinez-cherkaoui-pite/).

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A l’affiche de l’Opéra des Flandres jusqu’au 18 novembre 2018
Compte-rendu, danse. Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 17 novembre 2018. Adam : Giselle. Nancy Osbaldeston (Giselle), Claudio Cangialosi (Albrecht), Daniel Domenech (Hilarion),  Nini de Vet (Mytha). Ballet et orchestre de l’Opéra des Flandres, direction musicale, Dominic Grier / chorégraphie, Akram Khan

Giselle Ă  Paris, Palais Garnier jusqu’au 14 juin 2016

PARIS, Palais Garnier. Ballet. Giselle, jusqu’au 14 juin 2016. Giselle, le ballet romantique par excellence, revient au Palais Garnier en cette fin de printemps 2016. Pourquoi applaudir Giselle ? Giselle est un ballet dont on connaĂ®t la musique d’Adolphe Adam, chargĂ©e de leitmotive, une histoire conçue par De Saint George et Gautier, inspirĂ©e de Heinrich Heine et mĂŞme Victor Hugo, et surtout la chorĂ©graphie so French de Jean Coralli et Jules Perrot ! Bien des clichĂ©s gĂŞnent une juste Ă©valuation du ballet, aussi les prochaines reprĂ©sentations parisiennes permettront d’explorer davantage la signification et les enjeux de l’ouvrage Ă  travers l’interprĂ©tation du le Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris.

 

 

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Commençons par Adolphe Adam, compositeur de la cĂ©lèbre partition. Élève de Boieldieu (dont il fut aussi le collaborateur, notamment pour les transcriptions piano de ses opĂ©ras, et d’autres arrangements), il est surtout enseignant rĂ©putĂ© (professeur de Delibes, entre autres), et compositeur lyrique de talent (plus de 40 opĂ©ras!). Nous avons tendance Ă  oublier que le grand tube de NoĂ«l dans les pays anglophones « O Holy Night », est en effet une cantique pour voix aiguĂ« et clavier d’Adam, nommĂ©e « Minuit, chrĂ©tiens ! », mise en musique en 1847 et que Claude Debussy traitait de « chant d’ivrogne ». Si TchaĂŻkovski et Saint-SaĂ«ns apprĂ©ciaient Ă©normĂ©ment la partition de Giselle, un Wagner la critiquait ouvertement, n’y voyant que « frivolitĂ© française » ! Curieuse tournure des faits, ce dernier deviendra cĂ©lèbre par l’omniprĂ©sence du procĂ©dĂ© du leitmotiv dans son opus…

L’aspect le plus remarquable de la partition de Giselle doit sans doute ĂŞtre son caractère symphonique et savant, surtout comparĂ© au contexte musical dans la première partie du XIXe siècle concernant la musique des ballets, souvent banale et simplette.

 

 

Giselle, ballet fantastique, un “classique” du ballet romantique

 

 

Le livret peut paraĂ®tre quelque peu banal, avec son cĂ´tĂ© villageois voire folklorique. Ceci est un fait intĂ©ressant liĂ©e Ă  l’histoire. Après la RĂ©volution française Ă  la fin du XVIIIe siècle, exit les histoires inspirĂ©s des dieux romains et grecs d’une AntiquitĂ© lointaine et artificielle, si chères Ă  l’aristocratie rĂ©cemment vilipendĂ©e. L’histoire est celle du Duc Alberich, promis en mariage Ă  la Princesse Bathilde, se dĂ©guisant en villageois pour sĂ©duire la pauvre petite paysanne Giselle de qui il est Ă©pris. Celle ci devient folle et meurt de chagrin d’amour quand elle dĂ©couvre l’imposture d’Alberich. Giselle rejoint alors les Wilis, spectres des jeunes filles mortes d’amour. Alberich se perd dans la forĂŞt tout chagrinĂ©, et les Wilis dĂ©cident de prendre son âme, mais l’amour de Giselle et si puissant, que mĂŞme dans l’au-delĂ , elle rĂ©ussit Ă  sauver son bien-aimĂ©… Combien c’est romantique et exaltant !

La chorĂ©graphie de Coralli et Perrot, devenue dĂ©sormais emblĂ©matique de la danse acadĂ©mique française, est plutĂ´t d’inspiration italienne, avec une petite batterie rĂ©currente, le nombre incroyable de pas techniques, la roulade dĂ©licieusement interminable d’entrechats six… Les crĂ©ateurs des rĂ´les principaux ont Ă©tĂ© Carlotta Grisi prima ballerina issue du Teatro alla Scala de Milan, et Lucien Petipa, frère de Marius ! Le couple s’est rĂ©vĂ©lĂ© ĂŞtre un duo d’excellents acteurs-danseurs, et le ballet un digne successeur de La Sylphide dans son romantisme on n’en peux mieux tragique.

Le retour de ce chef-d’œuvre Ă  Paris est d’ores et dĂ©jĂ  très attendu, surtout dans une saison expĂ©rimentale et si peu classique/romantique comme celle-ci… Le chef Belge Koen Kessels dirige l’Orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoire, et plusieurs distributions de danseurs du Ballet en interprètent les rĂ´les, du 28 mai jusqu’au 14 juin 2016. A vivre et Ă  applaudir.

 

 

PARIS, Palais Garnier. Giselle d’Adam. Jean Coralli / Jules Perrot. Du 27 mai au 14 juin 2017

 

LIRE aussi notre critique complète du ballet Giselle, Ă  l’affiche au Palais Garnier Ă  Paris jusqu’au 14 juin 2016

Compte rendu, ballet. Paris, Palais Garnier, le 31 mai 2016. Coralli/Perrot : Giselle. Mathieu Ganio,Koen Kessels

Le romantisme fantastique est de retour au Palais Garnier avec le ballet Giselle ! Bijou de la danse acadĂ©mique et ballet romantique par excellence, il s’agit du dernier ballet classique de la Compagnie pour la saison 2015-2016 de l’OpĂ©ra de Paris. Une sĂ©rie d’Etoiles et de Premiers Danseurs interprètent les rĂ´les titres, accompagnĂ©s par Koen Kessels dirigeant l’Orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoire. La production crĂ©Ă©e en 1998 avec les fabuleux costumes et dĂ©cors d’Alexandre Benois a donc tout pour plaire, Ă  tous les sens.

Giselle rédemptrice

Les distributions peuvent changer Ă  la dernière minute (la possibilitĂ© est bien indiquĂ©e dans les publications de l’opĂ©ra), le principe qui peut susciter la dĂ©ception chez les spectateurs venus applaudir tel ou tel danseur, telle ou telle Ă©toile.., revĂŞt de bonnes raisons. Cette saison riche en controverses et faits divers reprĂ©sente aussi une sorte de transition ; nous avons eu droit au brouhaha inĂ©vitable d’une grande maison, bastion de la Haute Culture, devant ses expĂ©rimentations dont le but est de trouver un sens renouvelĂ© dans l’ère contemporaine. Pour brosser de nouvelles perspectives, il est important d’avoir une conscience Ă©veillĂ©e par rapport Ă  l’histoire et au contexte, l’importance de la revalorisation avant la transformation. Le progrès semble ĂŞtre plus durable quand il est Ă©difiĂ© sur des bases solides. Tout dĂ©truire pour tout refaire peut aussi paraĂ®tre lĂ©gitime, mais surtout prĂ©cipitĂ©. Que Giselle (et plus tard Forsythe, dans le contemporain/nĂ©o-classique) clĂ´t la saison du Ballet est dans ce sens un fait chargĂ© de signification et, dans le contexte des directeurs fugaces et ballets dĂ©programmĂ©s, une lueur d’espoir, de beautĂ©, un rappel d’excellence pour l’avenir, affirmation très nĂ©cessaire dans notre Ă©poque criblĂ©e de tensions, de terreur et de violence.

Ces sentiments font Ă©galement partie, curieusement en l’occurrence, de l’imaginaire cher aux Romantiques. La passion, les contrastes, la violence, l’espoir mystifiĂ©, les bonheurs et horreurs de la vie quotidienne sublimĂ©s, etc., etc. Autant de thèmes plus ou moins prĂ©sents dans Giselle. Dans l’acte 1, diurne, nous avons la fĂŞte villageoise, des tableaux folkloriques Ă  la base sublimĂ©s par la danse technique et virtuose des vendangeurs et paysans. Remarquons ici l’excellente prestation du Premier Danseur François Alu et du Sujet Charline Giezendanner dans le pas de deux des paysans. Elle y est sauterelle, fine, mignonne et radieuse Ă  souhaits, depuis le dĂ©but et pendant ces variations jusqu’Ă  la coda ! Lui, s’il commence tout Ă  fait solide, mais sans plus, finit son pas de deux avec panache et brio après s’ĂŞtre montrĂ© tout Ă  fait impressionnant dans ses sauts Ă©poustouflants, ses impeccables cabrioles ; le tout avec une attitude de joie campagnarde qui lui sied très bien !
Mais après la fĂŞte vint la mort de Giselle, suite Ă  la dĂ©ception du mensonge d’Albrecht, et l’acte est fini. L’acte II, nocturne (ou « blanc » Ă  cause des tutus omniprĂ©sents), est l’acte des Wilis, spectres des jeunes filles mortes avant leur mariage, qui chassent des hommes dans la forĂŞt et qu’elles font danser jusqu’Ă  leur mort. Valentine Colasante, Première Danseuse, joue Myrta, la Reine des Wilis, et se montre imposante ma non troppo, sĂ©duisante avec ses pointes et ses diagonales, et humaine dans ses sauts. Les deux Wilis de Fanny Gorse et HĂ©loĂŻse Bourdon sont fabuleuses, tout comme le Hilarion qu’elles croisent et dĂ©cident de tourmenter, rĂ´le ingrat en l’occurrence magistralement interprĂ©tĂ© par le Premier Danseur, Vincent Chaillet. Mais outre le fabuleux Corps de Ballet, paysans, vendangeurs, dames et seigneurs, et spectres, Giselle est avant tout… Giselle.

Lincoln Center Festival 2012Albrecht, le Duc qui sĂ©duit et baratine Giselle, puis en souffre, n’a pas de meilleur interprète que l’Etoile Mathieu Ganio. LE Prince Romantique de l’OpĂ©ra de Paris Ă  notre avis : le danseur campe son rĂ´le avec Ă©lĂ©gance et gravitas. Outre ses belles lignes et son jeu d’acteur remarquable, il est surtout très agrĂ©able Ă  la vue grâce Ă  sa technique qui impressionne Ă  chaque fois. Ses entrechats sont souvent les plus beaux, les plus rĂ©ussis, souvent irrĂ©prochables ; son extension, ses sauts sont imprĂ©gnĂ©s de l’intensitĂ© dramatique qui lui est propre, et frappent toujours par la finesse dans l’exĂ©cution. La Giselle de l’Etoile DorothĂ©e Gilbert (qu’on n’attendait pas voir sur scène ce soir), est l’autre superbe partie du couple tragique, et la protagoniste prima ballerina assoluta indĂ©niable après cette reprĂ©sentation ! Elle est toute vivace toute candide au Ier acte, excellente danseuse et actrice, sa descente aux enfers de la folie suite au chagrin amoureux, et sa mort imminente, sont dans sa prestation frappantes par la sincĂ©ritĂ©. Comment elle passe si facilement du badinage villageois sautillant Ă  la folie meurtrière riche en pathos est tout Ă  fait remarquable. Au IIème acte, elle est la grâce nostalgique, la douleur amoureuse, la ferveur mystique, faite danseuse. La mĂ©lancolie l’habite dĂ©sormais en permanence, mais elle n’est pas plus forte que le souvenir de l’amour inassouvi qui a causĂ© sa mort. Quelle dĂ©monstration d’un art subtil de l’arabesque par l’Etoile en vedette ! Quelle profondeur artistique quand elle s’Ă©lève sur ses pointes ! L’expression de son Ă©lan amoureux quand elle sauve Albrecht Ă  la fin de l’oeuvre est exaltante, comme toute sa performance.

Remarquons Ă©galement la performance très solide de l’Orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoires, surtout les vents sublimes, et espĂ©rons que les quelques petits dĂ©calages, repĂ©rĂ©s ça et lĂ , entre fosse et plateau soient maĂ®trisĂ©s rapidement par le chef Koen Kessels. A ne pas manquer car Giselle fait un retour d’autant plus rĂ©ussi qu’il Ă©tait attendu, au Palais Garnier, avec plusieurs distributions, du 30 mais jusqu’au 14 juin 2016.

Giselle en majestĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier

Paris, Palais Garnier : Giselle, du 27 mai au 14 juin 2016. L’OpĂ©ra de Paris affiche un sommet du ballet romantique, Giselle (1841). Giselle, Ĺ“uvre populaire et prestigieuse du rĂ©pertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux cĂ´tĂ©s de Raimonda, Coppelia, Les Sylphides. .., a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au Théâtre de l’AcadĂ©mie Royale de Musique en 1841. Le ballet rĂ©pond au goĂ»t pour le fantastique, l’étrangetĂ©, les scènes saisissantes voire terrifiantes liĂ©es Ă  l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-rĂ©volutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle Ă  l’acte II, acte des fantĂ´mes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique). Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle rĂ©apparaĂ®t en effet au deuxième acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancĂ©es dĂ©funtes (figure fixĂ©e par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires.

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A l’occasion des reprĂ©sentations de Giselle au Palais Garnier, le danseur Ă©toile Matthieu Ganio rĂ©pond Ă  vos questions le 1er juin 2016, lors d’un live chat : cliquez ici pour participer

Contrairement aux idĂ©es reçues, la partition d’Adam est d’une subtilitĂ© onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistrĂ© (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), rĂ©vĂ©lant Ă  travers une orchestration aussi raffinĂ©e que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte Ă©videmment les mouvements des danseurs sur la scène.

Des Orientales à La Wili… Giselle, étoile des ballets blancs. Tiré des Orientales de Victor Hugo, éditées en 1828, l’intrigue de Giselle mêle aussi aux aspiration de l’héroïne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme évanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectés et magnifiquement transposé dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancés morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraîne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une âme fragile et passionnée qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mâles trop naïfs. A partir de ce mélange franco-germanique, Théophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. Déguisé en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux éconduit par la jeune femme démasque l’aristocrate devant la foule et la fiancée de ce dernier, Bathilde. Foudroyée par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetière (cadre habituel des ballets blancs, c’est à dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autorité de la reine Myrtha. Alors peuvent se réaliser les sentiments d’une femme morte certes mais douée d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant à Albrecht qui sauvé par Giselle, peut épouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rôle-titre est le plus convoitée des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scènes dramatiques, très expressives qui font avancer l’action tragique et pathétique. La musique d’Adam a parfaitement intégré la nécessité du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancée de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi à la création en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’élan et la cohérence globale de la musique et de la chorégraphie, signée Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionné, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualités pourtant opposées de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommé Etoile, Première danseuse après la création, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grâce à Giselle, le ballet blanc légendaire

 

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Giselle au Palais Garnier Ă  Paris

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Julles Perrot

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Palais Garnier, Opéra national de Paris
Du 17 mai au 14 juin 2016

 

Giselle au cinéma

Adam, Gauthier : le ballet Giselle au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, 20h15. Morte, Giselle sait pardonner Ă  celui qui l’a tuĂ©e mais qu’elle aime toujours. La production est celle du Royal Opera House de Londres (chorĂ©graphie de Marius Petipa), avec dans les rĂ´les majeurs des deux amants maudits : Marianela Nuñez (Giselle), Vadim Muntagirov dans le rĂ´le du Comte Albrecht. Si l’acte est celui de l’amour trompĂ©, oĂą paraĂ®t tout d’abord la paysanne Giselle trop crĂ©dule, l’acte II est pareil Ă  un tableau fantastique oĂą la dĂ©funte est un spectre aĂ©rien, volant tel un insecte lunaire au dessus des tombes d’un cimĂ©tière…

giselle ballet cinema review compte rendu critique classiquenewsDes Orientales Ă  La Wili… Giselle, Ă©toile des ballets blancs. TirĂ© des Orientales de Victor Hugo, Ă©ditĂ©es en 1828, l’intrigue de Giselle mĂŞle aussi aux aspiration de l’hĂ©roĂŻne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme Ă©vanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectĂ©s et magnifiquement transposĂ© dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancĂ©s morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraĂ®ne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une âme fragile et passionnĂ©e qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mâles trop naĂŻfs. A partir de ce mĂ©lange franco-germanique, ThĂ©ophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. DĂ©guisĂ© en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux Ă©conduit par la jeune femme dĂ©masque l’aristocrate devant la foule et la fiancĂ©e de ce dernier, Bathilde. FoudroyĂ©e par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetière (cadre habituel des ballets blancs, c’est Ă  dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autoritĂ© de la reine Myrtha. Alors peuvent se rĂ©aliser les sentiments d’une femme morte certes mais douĂ©e d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant Ă  Albrecht qui sauvĂ© par Giselle, peut Ă©pouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rĂ´le-titre est le plus convoitĂ©e des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scènes dramatiques, très expressives qui font avancer l’action tragique et pathĂ©tique. La musique d’Adam a parfaitement intĂ©grĂ© la nĂ©cessitĂ© du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancĂ©e de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi Ă  la crĂ©ation en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’Ă©lan et la cohĂ©rence globale de la musique et de la chorĂ©graphie, signĂ©e Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionnĂ©, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualitĂ©s pourtant opposĂ©es de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommĂ© Etoile, Première danseuse après la crĂ©ation, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grâce Ă  Giselle, le ballet blanc lĂ©gendaire. Au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, en direct de Londres, Ă  partir de 20h15.

Giselle Ă  Poitiers par le Perm Opera Ballet

Giselle_ballet-de-permPoitiers, TAP. Giselle. Perm Opera Ballet. 22>24 décembre 2014. Poitiers propose pour les fêtes de Noël, un spectacle élégantissime qui plonge dans l’imaginaire romantique et fantastique, avec d’autant plus d’onirisme que la production invitée, le Ballet de l’Opéra de Perm (Russie) défend depuis 1926, une œuvre devenue emblématique du répertoire de la danse classique : Giselle (1841). L’Opéra de Perm concentre de nombreux talents : on ne présente plus son directeur artistique, le chef sur instruments d’époque, Teodor Currentzis, bouillonnante personnalité qui dépoussière tout ce qu’il touche, récemment pour Sony classical, la trilogie des opéras de Mozart écrits avec Da Ponte et aussi une anthologie des opéras de Rameau, enregistrée en 2012 et que l’éditeur discographique publie pour les fêtes de Noël 2014.

Le TAP accueille pour la seconde fois le ballet de l’OpĂ©ra National TchaĂŻkovski de Perm ; c’est l’une des trois plus grandes compagnies de danse, issues de l’École russe, avec le BolchoĂŻ de Moscou et le Marinski de Saint-PĂ©tersbourg. Giselle, Ĺ“uvre populaire et prestigieuse du rĂ©pertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux cĂ´tĂ©s de Raimonda,  Coppelia,  Les Sylphides. .., a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au Théâtre de l’AcadĂ©mie Royale de Musique en 1841. Le ballet rĂ©pond au goĂ»t pour le fantastique, l’étrangetĂ©, les scènes saisissantes voire terrifiantes liĂ©es Ă  l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-rĂ©volutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle Ă  l’acte II, acte des fantĂ´mes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique).  Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle rĂ©apparaĂ®t en effet au deuxième acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancĂ©es dĂ©funtes (figure fixĂ©e par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires. Par la justesse du travail chorĂ©graphique, le souci esthĂ©tique dĂ©fendu dans l’interprĂ©tation, la troupe de cinquante-six danseurs offre un spectacle prenant d’un rare souci esthĂ©tique. Spectacle Ă©vĂ©nement pour NoĂ«l 2014 Ă  Poitiers.

Contrairement aux idĂ©es reçues, la partition d’Adam est d’une subtilitĂ© onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistrĂ© (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), rĂ©vĂ©lant Ă  travers une orchestration aussi raffinĂ©e que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte Ă©videmment les mouvements des danseurs sur la scène.

 

 

 

 

Giselle par le Ballet de l’OpĂ©ra National TchaĂŻkovski de Perm

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Jules Perrot, Marius Petipa

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

scénographie : Ernst Heidebrecht

avec 9 danseurs Ă©toiles, 16 danseurs solistes et un corps de ballet de 31 danseurs

Poitiers, TAP
Du 22 au 24 janvier 2015, 4 représentations au TAP de Potiers