DVD, critique. GISELLE / Akram Khan / Tamara Rojo (OPUS ARTE 2017)

GISELLE-danse-ballet-critic-review-critique-classiquenews-tamara-rojo-james-streeter-giselle-akram-khan-ballet-english-national-dvd-opus-arte-danse-critique-classiquenewsDVD, critique. GISELLE / Akram Khan / Tamara Rojo (OPUS ARTE 2017). GISELLE «  reinventée / reimagined », un ballet pour le XXIème. En chorégraphe invité, Akram Khan (né en 1974 à Wimbledon, Londres) et Tamara Rojo (première danseuse et directrice artistique de l’English National Ballet) se sont accordés pour réinventer la chorégraphie du ballet romantique français GISELLE, tout en y injectant les ferments d’un langage neuf propre à la danse du XXIè. Le pari est ambitieux. La réalisation à la hauteur des attentes. C’est une danse nerveuse, athlétique qui a autant le sens des solos poétiques que des ensembles orchestrés expressifs.
Après La Sylphide (1832), Giselle (1841), mêlant et Hugo et Heine, est le premier ballet authentiquement « blanc », spectral où la paysanne un temps courtisée par le prince silésien Albrecht, pourtant fiancé à Bathilde, perd la vie pour lui ; puis sur la forme d’une Wili, l’enlace jusqu’à l’hypnose, enfin le sauve pour le laisser à la dite Bathilde. Giselle c’est la vierge sacrifiée, éperdue, généreuse. De justicières sans cÅ“ur, Giselle fait des Wilis – fiancés mortes dévoreuses de jeunes mâles, de nouvelles héroïnes romantiques, compatissantes et aimantes.
Akram Khan réinvente le ballet romantique, troquant la musique si subtile d’Adam par une farandole plus accessible encore (orchestration nouvelle d’après la partition d’Adam), portant d’emblée la chorégraphie habile en accomplissements collectifs vers un style voluptueux, saccadé à la Bollywood.
De même les puristes y trouveront à redire : la paysanne et le prince silésien sont effacés pour une actualisation de l’action. Giselle est une migrante laborieuse esclave à la peine dans une usine textile ; Albrecht, membre de la classe industrielle supérieure. Exit l’intrigue sentimentale pour une claire exposition / opposition des classes. Mais la figure hautement morale et lumineuse de la courtisée morte demeure intacte : Giselle veut toujours briser le pacte de la violence et du crime… Toutes les forces actives de l’English National Ballet sont impliquées dans cette fresque astucieusement rythmée, qui n’efface pas pour autant la sublime Giselle originelle, chorégraphié par Jules Perrot, compagnon et maître à danser de la première danseuse d’alors, Carlotta Grisi. A connaître évidemment.

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VOIR un extrait du ballet GISELLE par Akram KHAN
https://www.bbc.co.uk/programmes/p07566wv

Enregistrement live Liverpool Empire, Octobre 2017, Akram Khan’s Giselle / Réaliateur : Ross MacGibbon.

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Plus d’infos → http://www.ballet.org.uk/akram-khan-g…
https://www.ballet.org.uk/production/akram-khan-giselle/

Plus de videos → http://bit.ly/2hZtle8

AGENDA 2020 : La production fera l’affiche du Liceu de Barcelone (avril 2020), puis celle du Châtelet à PARIS (juil 2020).

Compte-rendu, danse. Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 17 novembre 2018. Adam : Giselle. Dominic Grier / Akram Khan.

ADAM portrait giselle par classiquenews Adolphe_AdamCompte-rendu, danse. Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 17 novembre 2018. Adam : Giselle.  Dominic Grier / Akram Khan. Crée par l’English National Ballet en 2016, la Giselle chorégraphiée par Akram Khan (né en 1974) fait halte à l’Opéra des Flandres sur l’invitation du directeur du ballet Sidi Larbi Cherkaoui. Rien d’étonnant à cela tant les deux valeurs montantes contemporaines de la danse se connaissent bien depuis leur création commune de Zero degrees en 2005, un spectacle acclamé à travers le monde. Akram Khan choisit cette fois de s’intéresser à la Giselle (dont le titre complet est Giselle, ou les Wilis) d’Adolphe Adam, l’un des ballets les plus fameux du répertoire, créée en 1841. Las, les amateurs de musique romantique en seront pour leur frais puisque Khan ne garde de ce ballet que le livret, laissant de côté la musique d’Adam pour lui substituer celle de Vincenzo Lamagna.

C’est la deuxième fois que Khan fait appel à ce compositeur basé à Londres, après Until the Lions créé à Londres en 2016, puis à Paris à la Grande Halle de la Villette dans la foulée. Sa musique accessible fait appel à de multiples références, aussi bien bruitistes (nombreuses percussions, des bruits de verre aux chaînes, etc) que tirées de mélodies traditionnelles : on remarquera que le folklore celtique est ici très présent alors que les Wilis sont issues de la mythologie slave. Cela étant, Adam n’avait pas non plus cherché à se rapprocher de cette source musicale logique. Souvent proche de la musique de film, la composition de Lamagna use et abuse de tics d’écriture fatiguant à la longue, comme cet emploi des basses quasi-omniprésent, dont les ostinato inquiétants en crescendo masquent peu à peu une mélodie souvent simple en contraste dans les aigus. Quelques belles idées permettent cependant un intérêt constant, tel que cet emploi de la guitare électrique en résonnance afin de figurer la sirène d’un cargo.

C’est surtout au niveau visuel que ce spectacle emporte l’adhésion, autour d’éclairages admirablement variés, dont on retient les contre-jours finement ciselés qui permettent de voir les danseurs comme des ombres fugitives dans leurs allées et venues. L’imagination de Khan permet des tableaux sans cesse renouvelés, en une énergie revigorante toujours en mouvement mais très précise dans ses scènes de groupe. C’est là l’une des grandes forces de ce spectacle intense, auquel Khan adjoint un mur en arrière-scène pour figurer la problématique des migrants, évidemment absente de l’histoire originale. Si l’idée ne convainc qu’à moitié sur le fond, elle est traitée de manière magistrale au niveau visuel, notamment lorsque le mur tourne sur lui-même comme suspendu dans les airs, tandis que l’ensemble de la troupe du ballet de l’Opéra des Flandres affiche un niveau superlatif, à l’instar du précédent spectacle vu l’an passé à Anvers (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-danse-anvers-opera-des-flandres-le-21-octobre-2017-stravinsky-martinez-cherkaoui-pite/).

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A l’affiche de l’Opéra des Flandres jusqu’au 18 novembre 2018
Compte-rendu, danse. Charleroi, Palais des Beaux-Arts, le 17 novembre 2018. Adam : Giselle. Nancy Osbaldeston (Giselle), Claudio Cangialosi (Albrecht), Daniel Domenech (Hilarion),  Nini de Vet (Mytha). Ballet et orchestre de l’Opéra des Flandres, direction musicale, Dominic Grier / chorégraphie, Akram Khan

Giselle à Paris, Palais Garnier jusqu’au 14 juin 2016

PARIS, Palais Garnier. Ballet. Giselle, jusqu’au 14 juin 2016. Giselle, le ballet romantique par excellence, revient au Palais Garnier en cette fin de printemps 2016. Pourquoi applaudir Giselle ? Giselle est un ballet dont on connaît la musique d’Adolphe Adam, chargée de leitmotive, une histoire conçue par De Saint George et Gautier, inspirée de Heinrich Heine et même Victor Hugo, et surtout la chorégraphie so French de Jean Coralli et Jules Perrot ! Bien des clichés gênent une juste évaluation du ballet, aussi les prochaines représentations parisiennes permettront d’explorer davantage la signification et les enjeux de l’ouvrage à travers l’interprétation du le Ballet de l’Opéra National de Paris.

 

 

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Commençons par Adolphe Adam, compositeur de la célèbre partition. Élève de Boieldieu (dont il fut aussi le collaborateur, notamment pour les transcriptions piano de ses opéras, et d’autres arrangements), il est surtout enseignant réputé (professeur de Delibes, entre autres), et compositeur lyrique de talent (plus de 40 opéras!). Nous avons tendance à oublier que le grand tube de Noël dans les pays anglophones « O Holy Night », est en effet une cantique pour voix aiguë et clavier d’Adam, nommée « Minuit, chrétiens ! », mise en musique en 1847 et que Claude Debussy traitait de « chant d’ivrogne ». Si Tchaïkovski et Saint-Saëns appréciaient énormément la partition de Giselle, un Wagner la critiquait ouvertement, n’y voyant que « frivolité française » ! Curieuse tournure des faits, ce dernier deviendra célèbre par l’omniprésence du procédé du leitmotiv dans son opus…

L’aspect le plus remarquable de la partition de Giselle doit sans doute être son caractère symphonique et savant, surtout comparé au contexte musical dans la première partie du XIXe siècle concernant la musique des ballets, souvent banale et simplette.

 

 

Giselle, ballet fantastique, un “classique” du ballet romantique

 

 

Le livret peut paraître quelque peu banal, avec son côté villageois voire folklorique. Ceci est un fait intéressant liée à l’histoire. Après la Révolution française à la fin du XVIIIe siècle, exit les histoires inspirés des dieux romains et grecs d’une Antiquité lointaine et artificielle, si chères à l’aristocratie récemment vilipendée. L’histoire est celle du Duc Alberich, promis en mariage à la Princesse Bathilde, se déguisant en villageois pour séduire la pauvre petite paysanne Giselle de qui il est épris. Celle ci devient folle et meurt de chagrin d’amour quand elle découvre l’imposture d’Alberich. Giselle rejoint alors les Wilis, spectres des jeunes filles mortes d’amour. Alberich se perd dans la forêt tout chagriné, et les Wilis décident de prendre son âme, mais l’amour de Giselle et si puissant, que même dans l’au-delà, elle réussit à sauver son bien-aimé… Combien c’est romantique et exaltant !

La chorégraphie de Coralli et Perrot, devenue désormais emblématique de la danse académique française, est plutôt d’inspiration italienne, avec une petite batterie récurrente, le nombre incroyable de pas techniques, la roulade délicieusement interminable d’entrechats six… Les créateurs des rôles principaux ont été Carlotta Grisi prima ballerina issue du Teatro alla Scala de Milan, et Lucien Petipa, frère de Marius ! Le couple s’est révélé être un duo d’excellents acteurs-danseurs, et le ballet un digne successeur de La Sylphide dans son romantisme on n’en peux mieux tragique.

Le retour de ce chef-d’œuvre à Paris est d’ores et déjà très attendu, surtout dans une saison expérimentale et si peu classique/romantique comme celle-ci… Le chef Belge Koen Kessels dirige l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire, et plusieurs distributions de danseurs du Ballet en interprètent les rôles, du 28 mai jusqu’au 14 juin 2016. A vivre et à applaudir.

 

 

PARIS, Palais Garnier. Giselle d’Adam. Jean Coralli / Jules Perrot. Du 27 mai au 14 juin 2017

 

LIRE aussi notre critique complète du ballet Giselle, à l’affiche au Palais Garnier à Paris jusqu’au 14 juin 2016

Compte rendu, ballet. Paris, Palais Garnier, le 31 mai 2016. Coralli/Perrot : Giselle. Mathieu Ganio,Koen Kessels

Le romantisme fantastique est de retour au Palais Garnier avec le ballet Giselle ! Bijou de la danse académique et ballet romantique par excellence, il s’agit du dernier ballet classique de la Compagnie pour la saison 2015-2016 de l’Opéra de Paris. Une série d’Etoiles et de Premiers Danseurs interprètent les rôles titres, accompagnés par Koen Kessels dirigeant l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire. La production créée en 1998 avec les fabuleux costumes et décors d’Alexandre Benois a donc tout pour plaire, à tous les sens.

Giselle rédemptrice

Les distributions peuvent changer à la dernière minute (la possibilité est bien indiquée dans les publications de l’opéra), le principe qui peut susciter la déception chez les spectateurs venus applaudir tel ou tel danseur, telle ou telle étoile.., revêt de bonnes raisons. Cette saison riche en controverses et faits divers représente aussi une sorte de transition ; nous avons eu droit au brouhaha inévitable d’une grande maison, bastion de la Haute Culture, devant ses expérimentations dont le but est de trouver un sens renouvelé dans l’ère contemporaine. Pour brosser de nouvelles perspectives, il est important d’avoir une conscience éveillée par rapport à l’histoire et au contexte, l’importance de la revalorisation avant la transformation. Le progrès semble être plus durable quand il est édifié sur des bases solides. Tout détruire pour tout refaire peut aussi paraître légitime, mais surtout précipité. Que Giselle (et plus tard Forsythe, dans le contemporain/néo-classique) clôt la saison du Ballet est dans ce sens un fait chargé de signification et, dans le contexte des directeurs fugaces et ballets déprogrammés, une lueur d’espoir, de beauté, un rappel d’excellence pour l’avenir, affirmation très nécessaire dans notre époque criblée de tensions, de terreur et de violence.

Ces sentiments font également partie, curieusement en l’occurrence, de l’imaginaire cher aux Romantiques. La passion, les contrastes, la violence, l’espoir mystifié, les bonheurs et horreurs de la vie quotidienne sublimés, etc., etc. Autant de thèmes plus ou moins présents dans Giselle. Dans l’acte 1, diurne, nous avons la fête villageoise, des tableaux folkloriques à la base sublimés par la danse technique et virtuose des vendangeurs et paysans. Remarquons ici l’excellente prestation du Premier Danseur François Alu et du Sujet Charline Giezendanner dans le pas de deux des paysans. Elle y est sauterelle, fine, mignonne et radieuse à souhaits, depuis le début et pendant ces variations jusqu’à la coda ! Lui, s’il commence tout à fait solide, mais sans plus, finit son pas de deux avec panache et brio après s’être montré tout à fait impressionnant dans ses sauts époustouflants, ses impeccables cabrioles ; le tout avec une attitude de joie campagnarde qui lui sied très bien !
Mais après la fête vint la mort de Giselle, suite à la déception du mensonge d’Albrecht, et l’acte est fini. L’acte II, nocturne (ou « blanc » à cause des tutus omniprésents), est l’acte des Wilis, spectres des jeunes filles mortes avant leur mariage, qui chassent des hommes dans la forêt et qu’elles font danser jusqu’à leur mort. Valentine Colasante, Première Danseuse, joue Myrta, la Reine des Wilis, et se montre imposante ma non troppo, séduisante avec ses pointes et ses diagonales, et humaine dans ses sauts. Les deux Wilis de Fanny Gorse et Héloïse Bourdon sont fabuleuses, tout comme le Hilarion qu’elles croisent et décident de tourmenter, rôle ingrat en l’occurrence magistralement interprété par le Premier Danseur, Vincent Chaillet. Mais outre le fabuleux Corps de Ballet, paysans, vendangeurs, dames et seigneurs, et spectres, Giselle est avant tout… Giselle.

Lincoln Center Festival 2012Albrecht, le Duc qui séduit et baratine Giselle, puis en souffre, n’a pas de meilleur interprète que l’Etoile Mathieu Ganio. LE Prince Romantique de l’Opéra de Paris à notre avis : le danseur campe son rôle avec élégance et gravitas. Outre ses belles lignes et son jeu d’acteur remarquable, il est surtout très agréable à la vue grâce à sa technique qui impressionne à chaque fois. Ses entrechats sont souvent les plus beaux, les plus réussis, souvent irréprochables ; son extension, ses sauts sont imprégnés de l’intensité dramatique qui lui est propre, et frappent toujours par la finesse dans l’exécution. La Giselle de l’Etoile Dorothée Gilbert (qu’on n’attendait pas voir sur scène ce soir), est l’autre superbe partie du couple tragique, et la protagoniste prima ballerina assoluta indéniable après cette représentation ! Elle est toute vivace toute candide au Ier acte, excellente danseuse et actrice, sa descente aux enfers de la folie suite au chagrin amoureux, et sa mort imminente, sont dans sa prestation frappantes par la sincérité. Comment elle passe si facilement du badinage villageois sautillant à la folie meurtrière riche en pathos est tout à fait remarquable. Au IIème acte, elle est la grâce nostalgique, la douleur amoureuse, la ferveur mystique, faite danseuse. La mélancolie l’habite désormais en permanence, mais elle n’est pas plus forte que le souvenir de l’amour inassouvi qui a causé sa mort. Quelle démonstration d’un art subtil de l’arabesque par l’Etoile en vedette ! Quelle profondeur artistique quand elle s’élève sur ses pointes ! L’expression de son élan amoureux quand elle sauve Albrecht à la fin de l’oeuvre est exaltante, comme toute sa performance.

Remarquons également la performance très solide de l’Orchestre des Lauréats du Conservatoires, surtout les vents sublimes, et espérons que les quelques petits décalages, repérés ça et là, entre fosse et plateau soient maîtrisés rapidement par le chef Koen Kessels. A ne pas manquer car Giselle fait un retour d’autant plus réussi qu’il était attendu, au Palais Garnier, avec plusieurs distributions, du 30 mais jusqu’au 14 juin 2016.

Giselle en majesté à l’Opéra Garnier

Paris, Palais Garnier : Giselle, du 27 mai au 14 juin 2016. L’Opéra de Paris affiche un sommet du ballet romantique, Giselle (1841). Giselle, Å“uvre populaire et prestigieuse du répertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux côtés de Raimonda, Coppelia, Les Sylphides. .., a été créée au Théâtre de l’Académie Royale de Musique en 1841. Le ballet répond au goût pour le fantastique, l’étrangeté, les scènes saisissantes voire terrifiantes liées à l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-révolutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle à l’acte II, acte des fantômes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique). Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle réapparaît en effet au deuxième acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancées défuntes (figure fixée par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires.

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A l’occasion des représentations de Giselle au Palais Garnier, le danseur étoile Matthieu Ganio répond à vos questions le 1er juin 2016, lors d’un live chat : cliquez ici pour participer

Contrairement aux idées reçues, la partition d’Adam est d’une subtilité onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistré (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), révélant à travers une orchestration aussi raffinée que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte évidemment les mouvements des danseurs sur la scène.

Des Orientales à La Wili… Giselle, étoile des ballets blancs. Tiré des Orientales de Victor Hugo, éditées en 1828, l’intrigue de Giselle mêle aussi aux aspiration de l’héroïne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme évanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectés et magnifiquement transposé dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancés morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraîne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une âme fragile et passionnée qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mâles trop naïfs. A partir de ce mélange franco-germanique, Théophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. Déguisé en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux éconduit par la jeune femme démasque l’aristocrate devant la foule et la fiancée de ce dernier, Bathilde. Foudroyée par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetière (cadre habituel des ballets blancs, c’est à dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autorité de la reine Myrtha. Alors peuvent se réaliser les sentiments d’une femme morte certes mais douée d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant à Albrecht qui sauvé par Giselle, peut épouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rôle-titre est le plus convoitée des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scènes dramatiques, très expressives qui font avancer l’action tragique et pathétique. La musique d’Adam a parfaitement intégré la nécessité du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancée de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi à la création en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’élan et la cohérence globale de la musique et de la chorégraphie, signée Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionné, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualités pourtant opposées de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommé Etoile, Première danseuse après la création, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grâce à Giselle, le ballet blanc légendaire

 

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Giselle au Palais Garnier à Paris

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Julles Perrot

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Palais Garnier, Opéra national de Paris
Du 17 mai au 14 juin 2016

 

Giselle au cinéma

Adam, Gauthier : le ballet Giselle au cinéma, le 6 avril 2016, 20h15. Morte, Giselle sait pardonner à celui qui l’a tuée mais qu’elle aime toujours. La production est celle du Royal Opera House de Londres (chorégraphie de Marius Petipa), avec dans les rôles majeurs des deux amants maudits : Marianela Nuñez (Giselle), Vadim Muntagirov dans le rôle du Comte Albrecht. Si l’acte est celui de l’amour trompé, où paraît tout d’abord la paysanne Giselle trop crédule, l’acte II est pareil à un tableau fantastique où la défunte est un spectre aérien, volant tel un insecte lunaire au dessus des tombes d’un cimétière…

giselle ballet cinema review compte rendu critique classiquenewsDes Orientales à La Wili… Giselle, étoile des ballets blancs. Tiré des Orientales de Victor Hugo, éditées en 1828, l’intrigue de Giselle mêle aussi aux aspiration de l’héroïne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme évanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectés et magnifiquement transposé dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancés morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraîne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une âme fragile et passionnée qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mâles trop naïfs. A partir de ce mélange franco-germanique, Théophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. Déguisé en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux éconduit par la jeune femme démasque l’aristocrate devant la foule et la fiancée de ce dernier, Bathilde. Foudroyée par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetière (cadre habituel des ballets blancs, c’est à dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autorité de la reine Myrtha. Alors peuvent se réaliser les sentiments d’une femme morte certes mais douée d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant à Albrecht qui sauvé par Giselle, peut épouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rôle-titre est le plus convoitée des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scènes dramatiques, très expressives qui font avancer l’action tragique et pathétique. La musique d’Adam a parfaitement intégré la nécessité du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancée de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi à la création en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’élan et la cohérence globale de la musique et de la chorégraphie, signée Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionné, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualités pourtant opposées de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommé Etoile, Première danseuse après la création, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grâce à Giselle, le ballet blanc légendaire. Au cinéma, le 6 avril 2016, en direct de Londres, à partir de 20h15.

Giselle à Poitiers par le Perm Opera Ballet

Giselle_ballet-de-permPoitiers, TAP. Giselle. Perm Opera Ballet. 22>24 décembre 2014. Poitiers propose pour les fêtes de Noël, un spectacle élégantissime qui plonge dans l’imaginaire romantique et fantastique, avec d’autant plus d’onirisme que la production invitée, le Ballet de l’Opéra de Perm (Russie) défend depuis 1926, une œuvre devenue emblématique du répertoire de la danse classique : Giselle (1841). L’Opéra de Perm concentre de nombreux talents : on ne présente plus son directeur artistique, le chef sur instruments d’époque, Teodor Currentzis, bouillonnante personnalité qui dépoussière tout ce qu’il touche, récemment pour Sony classical, la trilogie des opéras de Mozart écrits avec Da Ponte et aussi une anthologie des opéras de Rameau, enregistrée en 2012 et que l’éditeur discographique publie pour les fêtes de Noël 2014.

Le TAP accueille pour la seconde fois le ballet de l’Opéra National Tchaïkovski de Perm ; c’est l’une des trois plus grandes compagnies de danse, issues de l’École russe, avec le Bolchoï de Moscou et le Marinski de Saint-Pétersbourg. Giselle, Å“uvre populaire et prestigieuse du répertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux côtés de Raimonda,  Coppelia,  Les Sylphides. .., a été créée au Théâtre de l’Académie Royale de Musique en 1841. Le ballet répond au goût pour le fantastique, l’étrangeté, les scènes saisissantes voire terrifiantes liées à l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-révolutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle à l’acte II, acte des fantômes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique).  Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle réapparaît en effet au deuxième acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancées défuntes (figure fixée par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires. Par la justesse du travail chorégraphique, le souci esthétique défendu dans l’interprétation, la troupe de cinquante-six danseurs offre un spectacle prenant d’un rare souci esthétique. Spectacle événement pour Noël 2014 à Poitiers.

Contrairement aux idées reçues, la partition d’Adam est d’une subtilité onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistré (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), révélant à travers une orchestration aussi raffinée que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte évidemment les mouvements des danseurs sur la scène.

 

 

 

 

Giselle par le Ballet de l’Opéra National Tchaïkovski de Perm

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Jules Perrot, Marius Petipa

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

scénographie : Ernst Heidebrecht

avec 9 danseurs étoiles, 16 danseurs solistes et un corps de ballet de 31 danseurs

Poitiers, TAP
Du 22 au 24 janvier 2015, 4 représentations au TAP de Potiers