Giselle Ă  Paris, Palais Garnier jusqu’au 14 juin 2016

PARIS, Palais Garnier. Ballet. Giselle, jusqu’au 14 juin 2016. Giselle, le ballet romantique par excellence, revient au Palais Garnier en cette fin de printemps 2016. Pourquoi applaudir Giselle ? Giselle est un ballet dont on connaĂźt la musique d’Adolphe Adam, chargĂ©e de leitmotive, une histoire conçue par De Saint George et Gautier, inspirĂ©e de Heinrich Heine et mĂȘme Victor Hugo, et surtout la chorĂ©graphie so French de Jean Coralli et Jules Perrot ! Bien des clichĂ©s gĂȘnent une juste Ă©valuation du ballet, aussi les prochaines reprĂ©sentations parisiennes permettront d’explorer davantage la signification et les enjeux de l’ouvrage Ă  travers l’interprĂ©tation du le Ballet de l’OpĂ©ra National de Paris.

 

 

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Commençons par Adolphe Adam, compositeur de la cĂ©lĂšbre partition. ÉlĂšve de Boieldieu (dont il fut aussi le collaborateur, notamment pour les transcriptions piano de ses opĂ©ras, et d’autres arrangements), il est surtout enseignant rĂ©putĂ© (professeur de Delibes, entre autres), et compositeur lyrique de talent (plus de 40 opĂ©ras!). Nous avons tendance Ă  oublier que le grand tube de NoĂ«l dans les pays anglophones « O Holy Night », est en effet une cantique pour voix aiguĂ« et clavier d’Adam, nommĂ©e « Minuit, chrĂ©tiens ! », mise en musique en 1847 et que Claude Debussy traitait de « chant d’ivrogne ». Si TchaĂŻkovski et Saint-SaĂ«ns apprĂ©ciaient Ă©normĂ©ment la partition de Giselle, un Wagner la critiquait ouvertement, n’y voyant que « frivolitĂ© française » ! Curieuse tournure des faits, ce dernier deviendra cĂ©lĂšbre par l’omniprĂ©sence du procĂ©dĂ© du leitmotiv dans son opus…

L’aspect le plus remarquable de la partition de Giselle doit sans doute ĂȘtre son caractĂšre symphonique et savant, surtout comparĂ© au contexte musical dans la premiĂšre partie du XIXe siĂšcle concernant la musique des ballets, souvent banale et simplette.

 

 

Giselle, ballet fantastique, un “classique” du ballet romantique

 

 

Le livret peut paraĂźtre quelque peu banal, avec son cĂŽtĂ© villageois voire folklorique. Ceci est un fait intĂ©ressant liĂ©e Ă  l’histoire. AprĂšs la RĂ©volution française Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, exit les histoires inspirĂ©s des dieux romains et grecs d’une AntiquitĂ© lointaine et artificielle, si chĂšres Ă  l’aristocratie rĂ©cemment vilipendĂ©e. L’histoire est celle du Duc Alberich, promis en mariage Ă  la Princesse Bathilde, se dĂ©guisant en villageois pour sĂ©duire la pauvre petite paysanne Giselle de qui il est Ă©pris. Celle ci devient folle et meurt de chagrin d’amour quand elle dĂ©couvre l’imposture d’Alberich. Giselle rejoint alors les Wilis, spectres des jeunes filles mortes d’amour. Alberich se perd dans la forĂȘt tout chagrinĂ©, et les Wilis dĂ©cident de prendre son Ăąme, mais l’amour de Giselle et si puissant, que mĂȘme dans l’au-delĂ , elle rĂ©ussit Ă  sauver son bien-aimĂ©… Combien c’est romantique et exaltant !

La chorĂ©graphie de Coralli et Perrot, devenue dĂ©sormais emblĂ©matique de la danse acadĂ©mique française, est plutĂŽt d’inspiration italienne, avec une petite batterie rĂ©currente, le nombre incroyable de pas techniques, la roulade dĂ©licieusement interminable d’entrechats six… Les crĂ©ateurs des rĂŽles principaux ont Ă©tĂ© Carlotta Grisi prima ballerina issue du Teatro alla Scala de Milan, et Lucien Petipa, frĂšre de Marius ! Le couple s’est rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre un duo d’excellents acteurs-danseurs, et le ballet un digne successeur de La Sylphide dans son romantisme on n’en peux mieux tragique.

Le retour de ce chef-d’Ɠuvre Ă  Paris est d’ores et dĂ©jĂ  trĂšs attendu, surtout dans une saison expĂ©rimentale et si peu classique/romantique comme celle-ci… Le chef Belge Koen Kessels dirige l’Orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoire, et plusieurs distributions de danseurs du Ballet en interprĂštent les rĂŽles, du 28 mai jusqu’au 14 juin 2016. A vivre et Ă  applaudir.

 

 

PARIS, Palais Garnier. Giselle d’Adam. Jean Coralli / Jules Perrot. Du 27 mai au 14 juin 2017

 

LIRE aussi notre critique complĂšte du ballet Giselle, Ă  l’affiche au Palais Garnier Ă  Paris jusqu’au 14 juin 2016

Compte rendu, ballet. Paris, Palais Garnier, le 31 mai 2016. Coralli/Perrot : Giselle. Mathieu Ganio,Koen Kessels

Le romantisme fantastique est de retour au Palais Garnier avec le ballet Giselle ! Bijou de la danse acadĂ©mique et ballet romantique par excellence, il s’agit du dernier ballet classique de la Compagnie pour la saison 2015-2016 de l’OpĂ©ra de Paris. Une sĂ©rie d’Etoiles et de Premiers Danseurs interprĂštent les rĂŽles titres, accompagnĂ©s par Koen Kessels dirigeant l’Orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoire. La production crĂ©Ă©e en 1998 avec les fabuleux costumes et dĂ©cors d’Alexandre Benois a donc tout pour plaire, Ă  tous les sens.

Giselle rédemptrice

Les distributions peuvent changer Ă  la derniĂšre minute (la possibilitĂ© est bien indiquĂ©e dans les publications de l’opĂ©ra), le principe qui peut susciter la dĂ©ception chez les spectateurs venus applaudir tel ou tel danseur, telle ou telle Ă©toile.., revĂȘt de bonnes raisons. Cette saison riche en controverses et faits divers reprĂ©sente aussi une sorte de transition ; nous avons eu droit au brouhaha inĂ©vitable d’une grande maison, bastion de la Haute Culture, devant ses expĂ©rimentations dont le but est de trouver un sens renouvelĂ© dans l’Ăšre contemporaine. Pour brosser de nouvelles perspectives, il est important d’avoir une conscience Ă©veillĂ©e par rapport Ă  l’histoire et au contexte, l’importance de la revalorisation avant la transformation. Le progrĂšs semble ĂȘtre plus durable quand il est Ă©difiĂ© sur des bases solides. Tout dĂ©truire pour tout refaire peut aussi paraĂźtre lĂ©gitime, mais surtout prĂ©cipitĂ©. Que Giselle (et plus tard Forsythe, dans le contemporain/nĂ©o-classique) clĂŽt la saison du Ballet est dans ce sens un fait chargĂ© de signification et, dans le contexte des directeurs fugaces et ballets dĂ©programmĂ©s, une lueur d’espoir, de beautĂ©, un rappel d’excellence pour l’avenir, affirmation trĂšs nĂ©cessaire dans notre Ă©poque criblĂ©e de tensions, de terreur et de violence.

Ces sentiments font Ă©galement partie, curieusement en l’occurrence, de l’imaginaire cher aux Romantiques. La passion, les contrastes, la violence, l’espoir mystifiĂ©, les bonheurs et horreurs de la vie quotidienne sublimĂ©s, etc., etc. Autant de thĂšmes plus ou moins prĂ©sents dans Giselle. Dans l’acte 1, diurne, nous avons la fĂȘte villageoise, des tableaux folkloriques Ă  la base sublimĂ©s par la danse technique et virtuose des vendangeurs et paysans. Remarquons ici l’excellente prestation du Premier Danseur François Alu et du Sujet Charline Giezendanner dans le pas de deux des paysans. Elle y est sauterelle, fine, mignonne et radieuse Ă  souhaits, depuis le dĂ©but et pendant ces variations jusqu’Ă  la coda ! Lui, s’il commence tout Ă  fait solide, mais sans plus, finit son pas de deux avec panache et brio aprĂšs s’ĂȘtre montrĂ© tout Ă  fait impressionnant dans ses sauts Ă©poustouflants, ses impeccables cabrioles ; le tout avec une attitude de joie campagnarde qui lui sied trĂšs bien !
Mais aprĂšs la fĂȘte vint la mort de Giselle, suite Ă  la dĂ©ception du mensonge d’Albrecht, et l’acte est fini. L’acte II, nocturne (ou « blanc » Ă  cause des tutus omniprĂ©sents), est l’acte des Wilis, spectres des jeunes filles mortes avant leur mariage, qui chassent des hommes dans la forĂȘt et qu’elles font danser jusqu’Ă  leur mort. Valentine Colasante, PremiĂšre Danseuse, joue Myrta, la Reine des Wilis, et se montre imposante ma non troppo, sĂ©duisante avec ses pointes et ses diagonales, et humaine dans ses sauts. Les deux Wilis de Fanny Gorse et HĂ©loĂŻse Bourdon sont fabuleuses, tout comme le Hilarion qu’elles croisent et dĂ©cident de tourmenter, rĂŽle ingrat en l’occurrence magistralement interprĂ©tĂ© par le Premier Danseur, Vincent Chaillet. Mais outre le fabuleux Corps de Ballet, paysans, vendangeurs, dames et seigneurs, et spectres, Giselle est avant tout… Giselle.

Lincoln Center Festival 2012Albrecht, le Duc qui sĂ©duit et baratine Giselle, puis en souffre, n’a pas de meilleur interprĂšte que l’Etoile Mathieu Ganio. LE Prince Romantique de l’OpĂ©ra de Paris Ă  notre avis : le danseur campe son rĂŽle avec Ă©lĂ©gance et gravitas. Outre ses belles lignes et son jeu d’acteur remarquable, il est surtout trĂšs agrĂ©able Ă  la vue grĂące Ă  sa technique qui impressionne Ă  chaque fois. Ses entrechats sont souvent les plus beaux, les plus rĂ©ussis, souvent irrĂ©prochables ; son extension, ses sauts sont imprĂ©gnĂ©s de l’intensitĂ© dramatique qui lui est propre, et frappent toujours par la finesse dans l’exĂ©cution. La Giselle de l’Etoile DorothĂ©e Gilbert (qu’on n’attendait pas voir sur scĂšne ce soir), est l’autre superbe partie du couple tragique, et la protagoniste prima ballerina assoluta indĂ©niable aprĂšs cette reprĂ©sentation ! Elle est toute vivace toute candide au Ier acte, excellente danseuse et actrice, sa descente aux enfers de la folie suite au chagrin amoureux, et sa mort imminente, sont dans sa prestation frappantes par la sincĂ©ritĂ©. Comment elle passe si facilement du badinage villageois sautillant Ă  la folie meurtriĂšre riche en pathos est tout Ă  fait remarquable. Au IIĂšme acte, elle est la grĂące nostalgique, la douleur amoureuse, la ferveur mystique, faite danseuse. La mĂ©lancolie l’habite dĂ©sormais en permanence, mais elle n’est pas plus forte que le souvenir de l’amour inassouvi qui a causĂ© sa mort. Quelle dĂ©monstration d’un art subtil de l’arabesque par l’Etoile en vedette ! Quelle profondeur artistique quand elle s’Ă©lĂšve sur ses pointes ! L’expression de son Ă©lan amoureux quand elle sauve Albrecht Ă  la fin de l’oeuvre est exaltante, comme toute sa performance.

Remarquons Ă©galement la performance trĂšs solide de l’Orchestre des LaurĂ©ats du Conservatoires, surtout les vents sublimes, et espĂ©rons que les quelques petits dĂ©calages, repĂ©rĂ©s ça et lĂ , entre fosse et plateau soient maĂźtrisĂ©s rapidement par le chef Koen Kessels. A ne pas manquer car Giselle fait un retour d’autant plus rĂ©ussi qu’il Ă©tait attendu, au Palais Garnier, avec plusieurs distributions, du 30 mais jusqu’au 14 juin 2016.

Giselle en majestĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier

Paris, Palais Garnier : Giselle, du 27 mai au 14 juin 2016. L’OpĂ©ra de Paris affiche un sommet du ballet romantique, Giselle (1841). Giselle, Ɠuvre populaire et prestigieuse du rĂ©pertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux cĂŽtĂ©s de Raimonda, Coppelia, Les Sylphides. .., a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au ThĂ©Ăątre de l’AcadĂ©mie Royale de Musique en 1841. Le ballet rĂ©pond au goĂ»t pour le fantastique, l’étrangetĂ©, les scĂšnes saisissantes voire terrifiantes liĂ©es Ă  l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-rĂ©volutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle Ă  l’acte II, acte des fantĂŽmes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique). Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle rĂ©apparaĂźt en effet au deuxiĂšme acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancĂ©es dĂ©funtes (figure fixĂ©e par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires.

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A l’occasion des reprĂ©sentations de Giselle au Palais Garnier, le danseur Ă©toile Matthieu Ganio rĂ©pond Ă  vos questions le 1er juin 2016, lors d’un live chat : cliquez ici pour participer

Contrairement aux idĂ©es reçues, la partition d’Adam est d’une subtilitĂ© onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistrĂ© (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), rĂ©vĂ©lant Ă  travers une orchestration aussi raffinĂ©e que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte Ă©videmment les mouvements des danseurs sur la scĂšne.

Des Orientales Ă  La Wili
 Giselle, Ă©toile des ballets blancs. TirĂ© des Orientales de Victor Hugo, Ă©ditĂ©es en 1828, l’intrigue de Giselle mĂȘle aussi aux aspiration de l’hĂ©roĂŻne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme Ă©vanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectĂ©s et magnifiquement transposĂ© dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancĂ©s morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraĂźne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une Ăąme fragile et passionnĂ©e qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mĂąles trop naĂŻfs. A partir de ce mĂ©lange franco-germanique, ThĂ©ophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. DĂ©guisĂ© en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux Ă©conduit par la jeune femme dĂ©masque l’aristocrate devant la foule et la fiancĂ©e de ce dernier, Bathilde. FoudroyĂ©e par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetiĂšre (cadre habituel des ballets blancs, c’est Ă  dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autoritĂ© de la reine Myrtha. Alors peuvent se rĂ©aliser les sentiments d’une femme morte certes mais douĂ©e d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant Ă  Albrecht qui sauvĂ© par Giselle, peut Ă©pouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rĂŽle-titre est le plus convoitĂ©e des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scĂšnes dramatiques, trĂšs expressives qui font avancer l’action tragique et pathĂ©tique. La musique d’Adam a parfaitement intĂ©grĂ© la nĂ©cessitĂ© du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancĂ©e de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi Ă  la crĂ©ation en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’élan et la cohĂ©rence globale de la musique et de la chorĂ©graphie, signĂ©e Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionnĂ©, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualitĂ©s pourtant opposĂ©es de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommĂ© Etoile, PremiĂšre danseuse aprĂšs la crĂ©ation, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grĂące Ă  Giselle, le ballet blanc lĂ©gendaire

 

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Giselle au Palais Garnier Ă  Paris

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Julles Perrot

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Palais Garnier, Opéra national de Paris
Du 17 mai au 14 juin 2016

 

Giselle au cinéma

Adam, Gauthier : le ballet Giselle au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, 20h15. Morte, Giselle sait pardonner Ă  celui qui l’a tuĂ©e mais qu’elle aime toujours. La production est celle du Royal Opera House de Londres (chorĂ©graphie de Marius Petipa), avec dans les rĂŽles majeurs des deux amants maudits : Marianela Nuñez (Giselle), Vadim Muntagirov dans le rĂŽle du Comte Albrecht. Si l’acte est celui de l’amour trompĂ©, oĂč paraĂźt tout d’abord la paysanne Giselle trop crĂ©dule, l’acte II est pareil Ă  un tableau fantastique oĂč la dĂ©funte est un spectre aĂ©rien, volant tel un insecte lunaire au dessus des tombes d’un cimĂ©tiĂšre…

giselle ballet cinema review compte rendu critique classiquenewsDes Orientales Ă  La Wili… Giselle, Ă©toile des ballets blancs. TirĂ© des Orientales de Victor Hugo, Ă©ditĂ©es en 1828, l’intrigue de Giselle mĂȘle aussi aux aspiration de l’hĂ©roĂŻne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme Ă©vanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectĂ©s et magnifiquement transposĂ© dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancĂ©s morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraĂźne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une Ăąme fragile et passionnĂ©e qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mĂąles trop naĂŻfs. A partir de ce mĂ©lange franco-germanique, ThĂ©ophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. DĂ©guisĂ© en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux Ă©conduit par la jeune femme dĂ©masque l’aristocrate devant la foule et la fiancĂ©e de ce dernier, Bathilde. FoudroyĂ©e par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetiĂšre (cadre habituel des ballets blancs, c’est Ă  dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autoritĂ© de la reine Myrtha. Alors peuvent se rĂ©aliser les sentiments d’une femme morte certes mais douĂ©e d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant Ă  Albrecht qui sauvĂ© par Giselle, peut Ă©pouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rĂŽle-titre est le plus convoitĂ©e des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scĂšnes dramatiques, trĂšs expressives qui font avancer l’action tragique et pathĂ©tique. La musique d’Adam a parfaitement intĂ©grĂ© la nĂ©cessitĂ© du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancĂ©e de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi Ă  la crĂ©ation en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’Ă©lan et la cohĂ©rence globale de la musique et de la chorĂ©graphie, signĂ©e Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionnĂ©, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualitĂ©s pourtant opposĂ©es de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommĂ© Etoile, PremiĂšre danseuse aprĂšs la crĂ©ation, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grĂące Ă  Giselle, le ballet blanc lĂ©gendaire. Au cinĂ©ma, le 6 avril 2016, en direct de Londres, Ă  partir de 20h15.

Giselle Ă  Poitiers par le Perm Opera Ballet

Giselle_ballet-de-permPoitiers, TAP. Giselle. Perm Opera Ballet. 22>24 dĂ©cembre 2014. Poitiers propose pour les fĂȘtes de NoĂ«l, un spectacle Ă©lĂ©gantissime qui plonge dans l’imaginaire romantique et fantastique, avec d’autant plus d’onirisme que la production invitĂ©e, le Ballet de l’OpĂ©ra de Perm (Russie) dĂ©fend depuis 1926, une Ɠuvre devenue emblĂ©matique du rĂ©pertoire de la danse classique : Giselle (1841). L’OpĂ©ra de Perm concentre de nombreux talents : on ne prĂ©sente plus son directeur artistique, le chef sur instruments d’époque, Teodor Currentzis, bouillonnante personnalitĂ© qui dĂ©poussiĂšre tout ce qu’il touche, rĂ©cemment pour Sony classical, la trilogie des opĂ©ras de Mozart Ă©crits avec Da Ponte et aussi une anthologie des opĂ©ras de Rameau, enregistrĂ©e en 2012 et que l’éditeur discographique publie pour les fĂȘtes de NoĂ«l 2014.

Le TAP accueille pour la seconde fois le ballet de l’OpĂ©ra National TchaĂŻkovski de Perm ; c’est l’une des trois plus grandes compagnies de danse, issues de l’École russe, avec le BolchoĂŻ de Moscou et le Marinski de Saint-PĂ©tersbourg. Giselle, Ɠuvre populaire et prestigieuse du rĂ©pertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux cĂŽtĂ©s de Raimonda,  Coppelia,  Les Sylphides. .., a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au ThĂ©Ăątre de l’AcadĂ©mie Royale de Musique en 1841. Le ballet rĂ©pond au goĂ»t pour le fantastique, l’étrangetĂ©, les scĂšnes saisissantes voire terrifiantes liĂ©es Ă  l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-rĂ©volutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle Ă  l’acte II, acte des fantĂŽmes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique).  Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle rĂ©apparaĂźt en effet au deuxiĂšme acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancĂ©es dĂ©funtes (figure fixĂ©e par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires. Par la justesse du travail chorĂ©graphique, le souci esthĂ©tique dĂ©fendu dans l’interprĂ©tation, la troupe de cinquante-six danseurs offre un spectacle prenant d’un rare souci esthĂ©tique. Spectacle Ă©vĂ©nement pour NoĂ«l 2014 Ă  Poitiers.

Contrairement aux idĂ©es reçues, la partition d’Adam est d’une subtilitĂ© onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistrĂ© (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), rĂ©vĂ©lant Ă  travers une orchestration aussi raffinĂ©e que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte Ă©videmment les mouvements des danseurs sur la scĂšne.

 

 

 

 

Giselle par le Ballet de l’OpĂ©ra National TchaĂŻkovski de Perm

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Jules Perrot, Marius Petipa

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

scénographie : Ernst Heidebrecht

avec 9 danseurs Ă©toiles, 16 danseurs solistes et un corps de ballet de 31 danseurs

Poitiers, TAP
Du 22 au 24 janvier 2015, 4 représentations au TAP de Potiers