DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015)

andrea chenier jonas kaufmann pappano dvd review dvd critique classiquenews 0190295937966 Andrea Chénier_Cover B_low_0DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015). Sur la scène du Royal Opera House de Londres, Jonas Kaufmann éblouit dans le rôle d’Andrea Chénier (1896) ; le ténor apporte au héros révolutionnaire conçu pour l’opéra par Giordano, une vérité irrésistible. L’acteur poète sur la scène londonienne frappe et saisit par sa finesse de style, son expressivité ardente et sensible… La clarté du chant impose une conception très dramatique et efficace du poète (victime de Robespierre en 1794) en lequel Madeleine de Coigny, jeune noble détruite par les révolutionnaires, voit son sauveur, le seul homme capable de la sauver.

 

 

 

Kaufmann en poète libertaire et insoumis

 

 

Sans posséder l’angélisme ardent et incandescent d’une Tebaldi, la soprano Eva-Maria Westbroek, même en possédant ce soprano spinto requis pour le personnage, peine sur toute la durée, usures et limites d’une voix hier encore préservée (aigus ici instables). Mais le jeu juste de l’actrice touche (sa « Mamma morta » surgit de l’ombre et s’embrase progressivement : belle intelligence de vue). Mais l’absence de moyens vocaux rend sa prestation déséquilibrée : c’est d’autant plus regrettable que les duos entre les deux amants perdent en acuité, en vérité émotionnelle.
Si Kaufmann apporte une profondeur psychique à Chénier, le baryton serbe très doué et charismatique Zeljco Lucic « ose » et réussit un Gérard, tiraillé par ses propres démons intérieurs, entre désir et conscience politique ; le rôle est comme un double pour celui de Chénier : haine puis renoncement ; le chanteur réalise lui aussi une superbe incarnation.

D’ailleurs les comprimari, ou « rôles secondaires » composent une galerie de tempéraments parfaitement défendus … ainsi se détachent la Bersi animée de Denyce Graves, la Comtesse de Coigny, fière et tendue de Rosalind Plowright, l’Incroyable intriguant serpentin de Carlo Bossi. Troublante et d’un impact inouï, l’alto profond guttural de la Madelon ancestrale d’Elena Zilio. Aucun doute, Giordano sait faire du théâtre.

Antonio Pappano, d’un souci instrumental magistral, veillant aussi à l’équilibre plateau / fosse, dans une balance très équilibrée et limpide, montre à l’envi et déroutant tous ces détracteurs, quel chef lyrique il est devenu : – le récent récital VERISMO d’Anna Netrebko (2 septembre 2016 : CLIC de CLASSIQUENEWS) nous le prouve encore, comme son AIDA récente éditée par Warner également : baguette fine, élégante et expressive, d’une profondeur incarnée…

 

 

kaufmann-jonas-andrea-chenier-giordano-dvd-review-critique-dvd-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-septembre-2016

 CLIC_macaron_2014Sur la scène, la mise en scène de David McVicar reste conforme au travail du Britannique : efficace, esthétique, surtout classique, ressuscitant la France Révolutionnaire avec vérité, capable de glisser avec horreur de l’insouciante monarchie à la terreur des révoltés. La tourmente collective impose un contraste d’autant plus mordant avec le profil des individualités aussi finement incarnées, habitées que celle de Chénier ou dans une moindre mesure de Madeleine, à cause des imperfections trop criardes de la soprano Eva-Maria Westbroek ; quel dommage pour elle, sa carrière n’aura pas briller par sa longévité. Au final une excellente performance globale dont le mérite tient à la subtilité des portraits des solistes et de la tenue d’un orchestre qui musicalement sait éviter tout pathos vériste surexpressifs. Le chant de Kaufmann est au diapason d’une élégance intérieure et d’une grande sobriété expressive. Gloire à l’intelligence et la finesse stylistique : l’opéra vériste en sort vainqueur. Et sur un sujet historique, la fessue historique y gagne un relief plein de rage, de fureur, d’exaltation mesurée, au service d’un idéal républicain en proie au chaos (la mise en scène de McVicar affiche clairement l’enjeu dramatique global : «  la patrie en danger »). Réjouissant.

 

DVD, compte-rendu critique. Giordano : Andrea Chénier (Kaufmann, Zeljko, Pappano, janvier 2015) 1 dvd Warner classics / enregistré en février 2015, édité en novembre 2015.

 

 

 

Aprofondir
LIRE aussi notre compte rendu complet du cd AIDA de Verdi par Antonio Pappano et Jonas Kaufmann  (Warner classics)

 

 

 

Londres, Jonas Kaufmann chanter Andrea Chénier au Royal Opera House (janvier-février 2015)

kaufmann-jonas-580-594-une-actualites-Londres, ROH Covent Garden. Jonas Kaufmann chante Andrea Chénier. 20 janvier>6 février 2015. Une tragédie révolutionnaire : Révolution de 1789, Sans culottes et Tribunal de 1794, sans omettre Robespierre et l’époque de La Terreur à Paris, Umberto Giordano aborde ici une page passionnée et terrible de l’Histoire de France. En plus des rôles exigeants dévolus au poète André et Madeleine, l’opéra oblige à des seconds rôles (comprimari) tout autant percutants, articulés, crédibles : Andrea Chénier comme tous les opéras véristes est très proche du théâtre. C’est une nouvelle production très attendue associant le talent du metteur en scène David McVicar et le ténor éblouissant, grand félin dramatique, véritable diseur (chez Schubert), Jonas Kaufmann dans le rôle-titre. Le chef d’oeuvre de Giordano, qui ne connaîtra guère d’autre succès que celui-là, combine astucieusement grandes scènes collectives où résonnent les fureurs de la Révolution et de la Terreur de Robespierre, et l’ardente arabesque d’un amour contrarié, celui du poète Chénier et de l’aristocrate Madeleine de Coigny (rôle tenu à Londres par l’excellente Eva-Maria Westbroek). Soit autant d’arguments pour ne pas manquer à Londres, cette nouvelle production très attendue.

jonas kaufmann andrea chenier opera giordanoJonas Kaufmann, un parcours en or. Après ses grands rôles wagnériens (Lohengrin, Parsifal), après un époustouflant et si sensuel Bacchus chez Strauss (Ariadne auf Naxos), Jonas Kaufmann prépare bientôt son Otello verdien (un album discographique a déjà donné la mesure de son incarnation… légendaire à force de justesse et de profondeur). Le ténor munichois aime aussi passionnément le répertoire vériste : cet Andrea Chénier, héros romantique, a été précédé par son Maurice de Saxe dans Adrienne Lecouvreur de Cilea, autre immense génie de la scène lyrique vériste : Jonas Kaufmann y chantait l’amant de la tragédienne, une prise de rôle intense pour un acteur prêt à tous les défis (chanté aux côtés d’Angela Gheorghiou à Londres déjà en décembre 2010).

Giordano : Andrea Chénier
Du 20 janvier au 6 f̩vrier 2015 Р7 repr̩sentations
Londres, Royal opera House, Covent Garden

Andrea Chénier d’Umberto Giordano
créé à la Scala de Milan le 28 mars 1896

Synopsis et temps forts de la partition
les épisodes du drame à ne pas manquer

Acte I, au château de Coigny, juin 1789. La comtesse invite le poète André Chénier en présence de sa fille, Madeleine. Le valet Charles jette son tablier et démissionne annonçant un ordre social nouveau.

Acte II, à Paris, au café Hotto, juin 1794. 5 ans plus tard, c’est la Terreur. Le destin fait ses croiser les mêmes mais différemment : Chnéier reçoit la visite de Madeleine (duo d’amour), cependant que la valet Charles se bat en duel avec André : celui-ci fuit Paris et la foule avec sa bien aînée, Madeleine.
Acte III, devant le tribunal révolutionnaire, juillet 1794. Face à Charles Gérard, Madeleine tente de l’infléchir (la mamma morta) et de sauver André qui est arrêté sans ménagement et condamné à mort par Fouquier-Tinville
Acte IV, Prison de Saint-Lazare. Madeleine a rejoint André dans sa cellule. Charles tente d’obtenir de Robespeirre l’acquittement pour André mais celui-ci répond : « Même Platon bannit les poètes de la Répulbique ».

Visiter la page Andrea Chénier avec Jonas Kaufmann sur le site du ROH Covent Garden Londres

 

 

 

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