Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der Freischütz, ouverture ; Richard Danielpour (né en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour dĂ©buter ce concert, l’orchestre, un peu plĂ©thorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancĂ© sans finesse dans l’ouverture du FreischĂĽtz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblĂ© presque pris au dĂ©pourvu avec des attaques parfois imprĂ©cises et des cors en ordre dispersĂ©. Les gestes Ă©nergiques du chef lui donnant presque un cotĂ© martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur amĂ©ricano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatrième symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrĂ©e, la partition ne manque pas d’allure en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Britten y mĂŞlant quelques Ă©lĂ©ments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en CinĂ©mascope. La tragĂ©die de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immĂ©diat, le compositeur aimant Ă  parler directement aux Ă©motions de l’auditeur. Le chant final confiĂ© Ă  une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son Ă©poux espĂ©rant toujours arriver Ă  se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsĂ©e de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchĂ©e sont très Ă©vocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la rĂ©sistance du peuple. Il s’agissait de la crĂ©ation française de cette pièce.

Après l’entracte la Quatrième Symphonie de Mahler a Ă©tĂ© proposĂ©e dans une interprĂ©tation immĂ©diate et hĂ©doniste par Giancarlo Guerrero. La beautĂ© de cette partition très lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dĂ©rision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas Ă©tĂ© invitĂ©s par un chef plutĂ´t soucieux Ă  tout moment de beautĂ© sonore. L’orchestre est très gĂ©nĂ©reux en somptuositĂ© de timbres et moins en nuances et subtilitĂ© de phrasĂ©s. Le premier mouvement dans un tempo prudent a dĂ©roulĂ© ses ensorcelants mĂ©lismes en toute candeur sans dĂ©rision ni gentilles moqueries lors des archets frappĂ©s ou les riches percussions. Le deuxième mouvement contenant une marche funèbre avec un premier violon en scordattura est restĂ© très Ă©lĂ©gant et joyeux sans jamais rien d’inquiĂ©tant ou de vraiment provoquant. Le troisième, Ruhevoll,  eut la beautĂ© des songes avec une avancĂ©e de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a Ă©tĂ© un peu dĂ©cevant par son manque d’humour mais la partition jouĂ©e ainsi au premier degrĂ© avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le gĂ©nie d’orchestrateur de Mahler et la virtuositĂ© de l’orchestre du Capitole. L’Ă©vocation de l’ambivalence de l’enfance n’a mĂŞme pas Ă©tĂ© effleurĂ©e. Cette version solide et avant tout centrĂ©e sur le beau son, a Ă©tĂ© bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprĂ©tation si complète sur bien des plans, y compris quant Ă  l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnĂ©e par ce mĂŞme orchestre autrement plus engagĂ© sous la baguette de Tugan Sokhiev très inspirĂ© en mars 2010…

Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 décembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der Freischütz, ouverture; Richard Danielpour (né en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.