Les Théùtres en guerre à Nantes et à Angers

guerre des theatres fuzelier matrone d ephese opera comique francoise rubelin clic de classiquenewsAngers Nantes OpĂ©ra. La Querelle des ThĂ©Ăątres. 30 sept-14 octobre 2016. NAISSANCE et IMPERTINENCE de L’OPERA-COMIQUE. Elle pleure et se lamente Ă  pleurer des litres d’eau
 La Veuve d’EphĂšse est dĂ©sespĂ©rĂ©e ; mais Colombine sa servante fomente un astucieux stratagĂšme pour l’en libĂ©rer : car la figure du truculent Polichinelle n’est pas sans exciter les ardeurs de la dame en noire
 On a dĂ©jĂ  vu Ă  l’opĂ©ra la rencontre improbable de la scĂšne tragique larmoyante et des comĂ©diens italiens
 voyez du cĂŽtĂ© de Richard Strauss et de son librettiste francophile, Hugo von Hofmannsthal (Ariadne aux Naxos). Ici, mĂȘme choc des genres (tragique et sentimental, pathĂ©tique et parodique) et fastueuses intrigues comiques


guerre-des-theatres-fuzelier-matrone-d-ephese-nantes-opera-classiquenewsAu XVIIIĂš, ComĂ©die Française et AcadĂ©mie Lyrique se disputent le monopole de la scĂšne parisienne : la rivalitĂ© est Ă  son paroxysme et derriĂšre leurs coups d’éclats s’intensifie la guerre entre le thĂ©Ăątre chantĂ© et le thĂ©Ăątre parlĂ©. Depuis 1673 et sa premiĂšre tragĂ©die en musique (Cadmus et Hermione), l’opĂ©ra Ă  la française entend Ă©galer voire dĂ©passer la tragĂ©die classique conçue par Corneille et Racine ; de fait, au XVIIIĂš, la musique thĂ©Ăątrale s’est aillĂ©e une solide rĂ©putation mettant en pĂ©ril les comĂ©diens. Or hĂ©ritiĂšre des thĂ©Ăątres de la Foire, volontiers parodiques et comiques, une nouvelle veine se prĂ©cise, l’opĂ©ra-comique. Les spectateurs reconnaissent immĂ©diatement un nouveau thĂ©Ăątre proche, dĂ©lirant, franc qui leur parle le patois des rues, l’ordinaire domestique, le tragique comique hĂ©ritĂ© de MoliĂšre… et non plus ses exploits arrogants des dieux et des hĂ©ros, qui font le plaisir de la noblesse. Le public se passionne pour les nouvelles reprĂ©sentations d’autant plus dĂ©lirantes et inventives que ses sƓurs ainĂ©es, OpĂ©ra et ComĂ©die française s’entendent pour mieux ruiner son essor
 en pure perte. La formidable production portĂ©e par l’équipe des Lunaisons et son fondateur, le baryton Arnaud Marzorati Ă©voque les avatars d’un genre devenu immĂ©diatement populaire mais qui dĂ»t surmonter bien des dĂ©fis et limitations pour le dĂ©ploiement de son art ; sur les planches, tels que pouvaient les voir alors les spectateurs de la Foire, Saint-Martin et Saint-Laurent, les personnages hĂ©ritiers de la Commedia dell’Arte : Colombine et Polichinelle/Pulcinella, astucieux, spirituels ; Pierrot plus benĂȘt ; sans omettre les marionnettes (qui ici critiquent la solennitĂ© ridicule de l’opĂ©ra français tragique et antique
) et aussi le personnage larmoyant comique de la Matrone d’EphĂšse, veuve inconsolable qui dans le livret de Fuzelier transmis par l’intrigue de La Matrone d’EphĂšse de 1714 (qui a Ă©tĂ© intĂ©grĂ© dans la conception du spectacle), ajoute la veine du lamento et de la priĂšre Ă  rĂ©pĂ©tition, pour renforcer les contrastes dramatiques d’une action haute en couleurs ; tous les personnages composent une action Ă  rebondissements qui rĂ©capitule toutes les interdictions imposĂ©es au genre nouveau, et toutes les solutions aptes Ă  les surmonter (faire chanter le public Ă  l’aide d’écriteaux puisque les acteurs ne pouvaient plus eux-mĂȘme chanter
). Pour mieux railler les genres nobles antĂ©rieurs, les auteurs convoquent concrĂštement l’OpĂ©ra (casquĂ©, emplumĂ© dĂ©clamant son soprano magnifique) et la ComĂ©die (maniĂ©rĂ©e, arrogante emperruquĂ©e en style Louis XIV), sujets Ă  de dĂ©lirantes apparitions, du dernier comique. L’OpĂ©ra-Comique affirme ainsi sa formidable verve insolente et impertinente, sa prodigieuse facilitĂ© Ă  se rĂ©inventer et redĂ©finir avec elle, la forme du spectacle
 Passionnante et vivante approche. Production incontournable.

 

 

 

 

LA GUERRE DES THEATRES présentée par
ANGERS NANTES OPERA
7 représentations

NANTES THÉÂTRE GRASLINLa Guerre des ThĂ©Ăątres d'aprĂšs Fuzelier
vendredi 30 septembre, dimanche 2, mardi 4, mercredi 5, vendredi 7 octobre 2016
ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 12, jeudi 13, vendredi 14 octobre 2016
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

 

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OPÉRA COMIQUE D’APRÈS LA MATRONE D’ÉPHÈSE (1714) DE LOUIS FUZELIER (1672-1752).
Musiques de Jean-Joseph Mouret, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Jean-Baptiste Lully, Louis-Nicolas ClĂ©rambault. CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique de Paris, le 8 avril 2015.

MISE EN SCÈNE : JEAN-PHILIPPE DESROUSSEAUX
DIRECTION ARTISTIQUE : ARNAUD MARZORATI
CONSEILLÈRE THÉÂTRALE : FRANÇOISE RUBELLIN

avec
Sandrine Buendia, Colombine, L’OpĂ©ra
Bruno Coulon, Arlequin
Jean-Philippe Desrousseaux, La Comédie-Française, Polichinelle
Jean-François Lombard, La Matrone d’Éphùse
Arnaud Marzorati, Pierrot, Un Exempt

Ensemble La Clique des Lunaisiens
Mélanie Flahaut, flûte, basson
Isabelle Saint-Yves, viole de gambe, dessus de viole
Massimo Moscardo, luth
Blandine Rannou, clavecin

 

LIRE notre compte rendu du spectacle La Guerre des ThĂ©Ăątres, crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique Ă  Paris (avril 2015)

 

 

 

VOIR notre teaser vidéo La Guerre des Théùtres par Les Lunaisons, Arnaud Marzorati.

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Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opĂ©ra-comique en France aux XVIIIĂš et XIXĂšme siĂšcles (Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche)

rire et sourire opera comique france XVIII et XIX charlotte loriot livres critique classiquenews isbn_978-2-36485-027-9Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opĂ©ra-comique en France aux XVIIIĂš et XIXĂšme siĂšcles (Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche). L’opĂ©ra-comique fait-il toujours rire ? A cette question qui engage la dĂ©finition du genre opĂ©ra-comique par le seul filtre de sa vertu comique, la rĂ©ponse est claire : non! Si l’on Ă©vacue dĂ©sormais l’humour, il faut donc chercher ailleurs et diffĂ©remment, d’autres critĂšres identitaires pour circonscrire l’opĂ©ra-comique, comme genre lyrique et thĂ©Ăątral, dans la diversitĂ© de ses aspects, tout au long de son histoire. C’est le champ d’investigation de cette publication passionnante Ă  bien des Ă©gards. Alternance du parlĂ© et du chantĂ©, esprit dĂ©lirant et parodique, libertĂ© de ton, diversitĂ© de styles… voici d’autres critĂšres pour mieux comprendre un thĂ©Ăątre musical spĂ©cifique dont l’histoire est en quelque sorte rĂ©capitulĂ©e ici, Ă  travers les manifestations du genre au XVIIIĂš et XIXĂšme siĂšcles. La contrainte, nĂ©e de sa concurrence avec les autres scĂšnes contemporaines alors (thĂ©Ăątre et scĂšne lyrique officielle, ComĂ©die Française et OpĂ©ra…) dĂ©termine l’Ă©volution du genre, qui a du se rĂ©inventer constamment pour exister, contourner les interdictions exubĂ©rantes, affirmer une originalitĂ© de ton, une nouvelle cohĂ©rence dramaturgique… Ce sont tous ces aspects qui correspondent en grande partie, aux jalons importants de l’histoire du genre qui sont dĂ©veloppĂ©s ici, Ă  travers la multiplicitĂ© des thĂ©matiques et des questions contextualisĂ©es. ConcrĂštement, quels sont les apports de ce nouveau cycles d’articles et d’interventions ? Fuzelier, GrĂ©try, Duni et Favart composent un premier choix d’auteurs qui affirment chacun, tout un monde poĂ©tique, expressif et qui influencent profondĂ©ment jusqu’au thĂ©Ăątre de Beaumarchais ; analyse du Comte Ory de Rossini (Ă  la source du comique rossinien) ; regards sur le didactisme du Docteur Miracle (1856) ; essor du genre entre Paris et Rio : cette derniĂšre partie doit ĂȘtre mise en rapport avec la rĂ©cente exhumation de l’opĂ©ra buffa de Marcos Portugal L’Oro no compra amore, ressuscitĂ© par le chef franco brĂ©silien Bruno Procopio, voir notre reportage vidĂ©o. Le sourire est pourtant bien prĂ©sent dans l’OpĂ©ra-Comique ainsi qu’en tĂ©moignent plusieurs ouvrages phares tels L’Amant jaloux de Grtry (1778), Fra Diavolo d’Auber (1830), FĂ©rĂ©ol, succĂšs tenace Ă  l’OpĂ©ra-Comique. En fin en s’intĂ©ressant au comique dans plusieurs partitions cĂ©lĂšbres du genre, les Ă©tudes dĂ©montrent Ă  l’inverse, la diversitĂ© des autres registres poĂ©tiques complĂ©mentaires dont le rĂŽle n’en est pas moins structurant : ainsi sĂ©guĂ©dilles et fariboles de la PĂ©richole d’Offenbach, ou entre autres, Jean de Nivelle et LakmĂ©, joyaux des annĂ©es 1880. Par la diversitĂ© des approches, cependant structurĂ©es dans une grille clairement Ă©noncĂ©e, la publication est exemplaire, captivante par l’originalitĂ© des documents Ă©tudiĂ©s, la justesse de l’analyse (cf. La Matrone d’EphĂšse de Fuzelier  : rire et sourire Ă  la naissance de l’opĂ©ra-comique par François Rubelin. Voir aussi en complĂ©ment de ce chapitre, notre sujet vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  La Matrone d’EphĂšse de Fuzelier en 1714, spectacle coup de coeur de classiquenews).

CLIC_macaron_2014Livres, compte rendu critique. Rire et sourire dans l’opĂ©ra-comique en France aux XVIIIĂš et XIXĂšme siĂšcles (Éditions SymĂ©trie, collection SymĂ©trie Recherche). Ouvrage collectif. ISBN 978-2-36485-027-9. Parution : dĂ©cembre 2015. CLIC de classiquenews de janvier 2016. On ne saurait Ă©galement trop louer le choix du visuel de couverture : Les Deux Carosses de Claude Gillot, chef d’oeuvre pictural qui tout en reprĂ©sentant une scĂšne de la comĂ©die La Foire-Saint-Germain, souligne dĂšs le dĂ©but du XVIIIĂš, Ă  l’Ă©poque de la RĂ©gence et de Watteau, l’acuitĂ© et l’essor de la scĂšne “comique” française, d’une libertĂ© de ton inĂ©galĂ©e.

CLIP VIDEO : La Guerre des ThĂ©Ăątres d’aprĂšs Fuzelier (Les Lunaisiens, avril 2015)

La Guerre des ThĂ©Ăątre d'aprĂšs FuselierCLIP VIDEO : La Guerre des ThĂ©Ăątres d’aprĂšs Fuzelier (Les Lunaisiens, avril 2015). Illustrant l’histoire et la genĂšse du genre opĂ©ra-comique : La Guerre des thĂ©Ăątres s’inspire de la piĂšce de Fuzelier de 1714, La Matrone d’EphĂšse. Le spectacle conçu par Jean-Philippe Desrousseaux et Arnaud Marzorati reprend contrastes et oppositions d’origine : nourrissant l’intrigue principale, se distingue en particulier ce tragique larmoyant et dĂ©ploratif de la Veuve (Jean-François Novelli) qui ne cesse de se rĂ©pandre, auquel rĂ©pond l’insolence des italiens dont Arlequin qui forcĂ© par Pierrot et Colombine (Arnaud Marzorati et Sandrine Buenda : vraie fourbe manipulatrice sous ses airs angĂ©liques) ont convaincu la matrone de ne pas se suicider (et accessoirement de ne pas entraĂźner avec elle, la mort de ses deux serviteurs les Pierrot et Colombine prĂ© citĂ©s). On rit du dĂ©but Ă  la fin d’autant que les interprĂštes d’une finesse dĂ©lectable nous servent de copieux entremets, riches en effets et saillies les plus diverses : toujours c’est la foire qu’on enterre et toujours elle se rĂ©invente pour mieux renaĂźtre. En voici une Ă©clatante et Ă©loquente illustration. L’OpĂ©ra Comique a Ă©tĂ© bien inspirĂ© de programmer ce spectacle idĂ©al pour illustrer son tricentenaire. Courrez applaudir ce spectacle haut en couleurs : on y rit sans mesure, en famille, pour petits et grands. Pour les enfants de tout Ăąge. Sur le plan artistique et thĂ©Ăątral, le spectateur enchantĂ© y mesure pas Ă  pas la complicitĂ© d’une troupe en maturation, l’accomplissement de l’esprit forain directement venu des trĂ©teaux Ă  Saint-Germain ou Saint-Laurent. CLIP VIDEO TEASER © studio CLASSIQUENEWS.COM

LIRE aussi notre compte rendu critique de la crĂ©ation du spectacle La Guerre des ThĂ©Ăątre d’aprĂšs Fuzelier (La Matrone d’EphĂšse, 1714)

LIVRES, compte rendu critique. Parodier l’opĂ©ra : pratiques, formes, enjeux (Editions espaces 34)

Layout 1LIVRES, compte rendu critique. Parodier l’opĂ©ra : pratiques, formes, enjeux (Editions espaces 34). Nouveaux champs de recherche thĂ©Ăątrale. L’on ne saurait trop insister sur le vaste mouvement dĂ©fendu par les chercheurs actuels, et qui depuis 10 ans Ă  prĂ©sent ressuscite l’activitĂ© foisonnante de la scĂšne comique et parodique dans la France Baroque. En particulier celle du XVIIIĂš. Des colloques en nombre, des spectacles prĂ©sentĂ©s en public, d’autres plus expĂ©rimentaux en complĂ©ment des confĂ©rences et dĂ©bats des chercheurs attestent d’une spĂ©cificitĂ© française Ă  l’Ăąge des LumiĂšres : l’irrĂ©vĂ©rence critique et crĂ©ative.  Au-delĂ  des querelles Ă©conomiques et des guerres entre les thĂ©Ăątres, la France multiplie le renouvellement des genres. Sommer de ne pas concurrencer, forcĂ©e au gĂ©nie de l’invention et du renouvellement, la Foire rĂ©invente l’opĂ©ra et la forme thĂ©Ăątrale musicale du XVIIIĂšme siĂšcle.

Parodier c’est avant tout crĂ©er ; certes recycler des musiques connues (et de prĂ©fĂ©rence populaires pour que l’audience s’en empare et chante comme c’est le cas souvent, surtout dans les spectacle Ă  Ă©criteaux), avec des paroles nouvelles ; c’est surtout dans la conception mĂȘme du spectacle, prĂ©server un rythme dramatique, une architecture globale qui joue de la mĂ©moire et des rĂ©fĂ©rences que l’action rĂ©emploie et suscite par allusions. Il n’est pas alors thĂ©Ăątre plus audacieux et expĂ©rimental que la Foire et les trĂ©teaux Ă  Paris. C’est selon l’introduction, un savant jeu d’Ă©quilibriste oĂč il ne suffit pas de singer mais de rĂ©inventer.
L’AcadĂ©mie royale et la ComĂ©die française doivent aprĂšs bien des attaques en rĂšgle, et de plus en plus contraignantes par leurs monopoles et les restrictions scĂ©niques, s’incliner : la public plĂ©biscite une forme musicale dĂ©lirante et subjuguante qui se dĂ©voile aujourd’hui. Pour preuve, cette excellente publication qui regroupe travaux de chercheurs et musicologues spĂ©cialistes des genres et formes thĂ©atraux, surtout entretiens et tĂ©moignages d’artistes scĂ©nographes et metteurs en scĂšne, dĂ©sormais maĂźtres du genre (entre autres, Judith Le Blanc, Jean-Philippe Desrousseau, auxquels on doit dĂ©jĂ  respectivement, les excellents spectacles prĂ©citĂ©s : Les FunĂ©railles de la Foire, Hippolyte ou La Belle MĂšre amoureuse…).

Parodier c’est crĂ©er

RĂ©cemment le CMBV Centre de musique baroque de Versailles a su porter ou distinguer plusieurs spectacles qui dĂ©montrent la vitalitĂ© du genre : avec Marionnettes, Hippolyte et Aricie ou La Belle MĂšre amoureuse, La Guerre des ThĂ©Ăątres (qui s’inspire de La  Matrone d’EphĂšse de Fuzelier), ou (sans marionnettes) Les FunĂ©railles de la Foire. Autant de formidables performances qui remontent Ă  l’Ă©poque oĂč meurt Louis XIV, magistrales effervescences formelles qui contredisent la rigueur du cadre de reprĂ©sentation strictement fixĂ© au cours du Grand SiĂšcle qui a prĂ©cĂ©dĂ©.
Les auteurs de cet ouvrage collectif ont tous participĂ© au colloque qui s’est tenu Ă  Nantes en mars 2012. Pratiques, formes et enjeux de la parodie d’opĂ©ras au XVIIIĂš, voilĂ  un sujet passionnant qui a rĂ©vĂ©lĂ© nombre de perles inĂ©dites et promet de nombreuses et futures dĂ©couvertes.

Ce que nous avons particuliÚrement aimé :

Il faut lire l’introduction excellemment corĂ©digĂ© par les spĂ©cialistes Pauline BeaucĂ© et Françoise Rubellin (trĂšs impliquĂ©e dans la rĂ©ussite scĂ©nique des rĂ©surrections prĂ©citĂ©es) ; les citations d’opĂ©ras dans les parodies d’un gĂ©nie du genre : Fuzelier ; le mythe de PhaĂ©ton et ses parodies ; parodier Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau ; l’organisation d’un spectacle de marionnettes en 1722 (archives mĂ©connues de Fuzelier) ; la Folie dans les parodies ; quels genres de parodies par Judith Le Blanc…

Parodier l’opĂ©ra : pratiques, formes, enjeux. Ouvrage collectif, coordonnĂ© par Pauline BeaucĂ© et Françoise Rubellin. Editions espaces 34. ISBN : 978-2-84705-106-3. EAN : 9782847051063. 15x23cm, 272 pages. Parution : mai 2015. Prix indicatif : 24 €. Livre Ă©lu “CLIC” de classiquenews de mai 2015.

 

TABLE – sommaire

PAUL ARON : ‹L’indispensable parodie 5
PAULINE BEAUCE et FRANÇOISE RUBELLIN ‹: Introduction 9
JEANNE-MARIE HOSTIOU ‹: Parodies d’opĂ©ra et renouvellement du thĂ©Ăątre comique chez les hĂ©ritiers de MoliĂšre 13
LOÏC CHAHINE :  ‹Clins d’Ɠil et parodie : les citations d’opĂ©ra dans l’Ɠuvre dramatique de Louis Fuzelier 33
ANDREAS MÜNZMAY : ‹Faire parler l’hypertextualitĂ©. Vers une Ă©dition critique d’Annette et Lubin (ComĂ©die-Italienne, 1762) 51
PATRICK TAÏEB ‹: Aspects de la parodie dans l’opĂ©ra-comique de la deuxiĂšme moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle 71
EMANUELE DE LUCA :  ‹Pratiques parodiques et motifs spectaculaires : PhaĂ©ton Ă  la ComĂ©die-Italienne de Paris au XVIIIe siĂšcle 87
FRANÇOISE DARTOIS-LAPEYRE :  ‹Parodier Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau et Cahusac : la question de la danse et du ballet pantomime 105
BERTRAND POROT ‹: L’organisation d’un spectacle de marionnettes en 1722 : Ă  propos d’archives mĂ©connues de Fuzelier 127
HERBERT SCHNEIDER :  ‹Les parodies d’opĂ©ra pour le Guignol lyonnais 155
DOMINIQUE QUERO ‹: Momus et la Folie dans les parodies d’opĂ©ra 183
JUDITH LE BLANC : ‹Parodies gĂ©nĂ©riques : la notion de genre Ă  l’épreuve de la parodie d’opĂ©ra dans la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle 203
PIERRE DEGOTT ‹: Parodier, ou ne pas parodier ? Le ballad opera et l’opera seria haendĂ©lien sur la scĂšne lyrique anglaise du XVIIIe siĂšcle 219
RAPHAËLLE LEGRAND : ‹Justine Favart parodiste 235
ENTRETIENS ‹– Susan Harvey 255 ‹– Philippe Vallepin 258 ‹– Malou Rivoallan 261 ‹– Rosalie Boistier 262 ‹– Jean-Philippe Desrousseaux 265

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Comique, le 8 avril 2015. La Guerre des ThĂ©Ăątre, d’aprĂšs La Matrone d’EphĂšse de Fuzelier, 1714. La Clique des Lunaisiens. Arnaud Marzorati, direction. Jean-Pierre Desrousseaux, mise en scĂšne.

Depuis  quelques temps croisant aussi l’anniversaire de la crĂ©ation de l’opĂ©ra comique (2015 marque le tricentenaire de sa crĂ©ation), le CMBV Centre de musique baroque de Versailles  s’engage Ă  restituer  les premiers ouvrages qui ont jalonnĂ© l’essor et la maturation du genre. En tĂ©moigne ce nouveau spectacle oĂč Ă©blouit l’esprit des Forains, “la guerre des thĂ©Ăątres”…

 

 

 

RĂ©surrection de l’opĂ©ra comique Ă  ses origines

Guerre des genres

 

watteau peinture_Harlequin_and_Columbine_fAprĂšs les productions remarquĂ©es de La Belle mĂšre amoureuse  (parodie d’Hippolyte et Aricie de Rameau rĂ©alisĂ©e  sous forme d’un formidable spectacle de marionnettes) et plus rĂ©cemment des FunĂ©railles de la Foire – autre superbe spectacle avec acteurs et sans marionnettes, crĂ©Ă© Ă  Nanterre  en mars dernier-, avril voit une nouvelle production illustrant l’histoire et la genĂšse du genre : la Guerre des thĂ©Ăątres qui s’inspire de la piĂšce de Fuzelier de 1714,  La matrone d’EphĂšse. Le spectacle  conçu par Jean-Philippe Desrousseaux et Arnaud Marzorati reprend contrastes et oppositions d’origine : nourrissant l’intrigue principale, se distingue en particulier ce tragique larmoyant et dĂ©ploratif de la Veuve (Jean-François  Novelli) qui ne cesse de se rĂ©pandre, auquel rĂ©pond l’insolence des italiens dont Arlequin qui forcĂ© par Pierrot et Colombine  (Arnaud Marzorati et Sandrine Buenda : vraie  fourbe manipulatrice  sous ses airs angĂ©liques) ont convaincu la matrone de ne pas se suicider  (et accessoirement de ne pas entraĂźner avec elle, la mort de ses deux serviteurs les Pierrot et Colombine prĂ© citĂ©s).

C’est un peu propre au thĂ©Ăątre baroque, surtout Ă  l’esprit de MoliĂšre, l’alliance inespĂ©rĂ©e du tragique et du comique que Strauss et son librettiste Hofmannstal sauront si subtilement recycler dans Ariadne auf Naxos (d’ailleurs, la Veuve Ă©plorĂ©e rappelle ici la posture d’Ariane abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e
).

Pour l’heure sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Comique, les joyeux lurons de la Clique des Lunaisiens portĂ©e par le baryton Arnaud Marzorati, s’engagent sans compter pour un spectacle qui accorde dĂ©lire et poĂ©sie tout en rappelant les diverses formes que les forains durent concevoir et assumer en rĂ©ponse aux multiples contraintes imposĂ©es par ses concurrents offensĂ©s dont surtout l’inĂ©vitable ComĂ©die Française : monologue, pantomime, Ă©criteaux Ă  l’adresse du public… (karaoke avant l’heure),  et marionnettes dont frĂšre en insolence d’Arlequin, le petomane Pulcinella qui pousse loin les rĂšgles de l’impertinence barbare en particulier Ă  l’adresse des vieux hĂ©ros  tragiques de la ComĂ©die Française.

Performances d’acteurs

guerre des theatres fuzelier matrone d ephese opera comique francoise rubelin clic de classiquenewsMalgrĂ© la diversitĂ© des sĂ©quences qui se succĂšdent, l’unitĂ© dramatique est prĂ©servĂ©e grĂące au jeu souple tout en finesse des acteurs-chanteurs. Les lazzi dArlequin fusent (Ă©poustouflante versatilité  imaginative du jeune Bruno Coulon dont on se dĂ©lecte de la facilitĂ© mordante dĂ©licieusement sĂ©dicieuse,  d’autant que lui aussi dans le tableau des marionnettes trouve un placement en voix de tĂȘte idĂ©alement strident pour incarner et actionner la figure d’une vieille chanteuse de l’OpĂ©ra qui fait les frais de l’ironie de Pulcinella. ..) ; Colombine  intrigue et caquĂšte ; Pierrot fait son benĂȘt (impeccable et irrĂ©sistible Arnaud Marzorati) et la ComĂ©die Française s’invite Ă  la foire, pleine de haine jalouse  et d’interdits exorbitants. Tous semblent bien Ă©trangers par leur drĂŽlerie satirique et parodique aux larmes mĂ©diterranĂ©ennes – et gitanes-,  de la matrone (Jean-François Novelli) dont le spectateur note dĂšs son entrĂ©e, la longueur du voile de pleureuse, Ă©gale Ă  la profondeur de son deuil, proportionnĂ©e Ă  la volontĂ© d’en finir.

Le spectacle joue habilement des situations, chacune ayant autant de vertus comiques que pĂ©dagogiques car il faut restituer  ce qui a fait l’essor de l’opĂ©ra comique Ă  ses dĂ©buts : sa nature expĂ©rimentale, sa fascinante qualitĂ© Ă  savoir rebondir malgré  les interdits de toutes sortes. La pertinence de la conception y est dĂ©fendue par la spĂ©cialiste du genre Françoise Rubellin, dont la coopĂ©ration est le gage de la justesse et de la qualitĂ© : son intervention au dĂ©but du spectacle a rappelĂ© les enjeux du spectacle dans son contexte.

La volubilitĂ© des chanteurs acteurs Ă©clatent dans une frĂ©nĂ©sie collective (pilotĂ©e tambour battant mais subtilement jusqu’au charivari final) ; une facilitĂ© aussi Ă  endosser et changer de rĂŽles pendant la soirĂ©e : Jean-Philippe  Desrousseaux qui signe aussi la mise en scĂšne incarne une ComĂ©die Française Grand SiĂšcle hurlant sa haine jalouse, son agacement colĂ©rique : diction, poses, gestuelle et intonation. … tout indique la maison mĂšre figĂ©e  dans son jus dĂ©clamatoire et… poussiĂ©reux : l’acteur se dĂ©lecte Ă  articuler son texte et ciseler son personnage que contrepointe toujours trĂšs subtilement la facĂ©tie irrĂ©vĂ©rencieuse d’Arlequin. Leur duo fonctionne  Ă  merveille. Il est tout autant irrĂ©sistible en acteur marionnettiste incarnant simultanĂ©ment et changeant de registre vocal de l’un Ă  l’autre, et le malicieux et trĂšs inconvenant Pulcinella, et le pompeux acteur tragique, spĂ©cifiquement parodiĂ©.

On rit du dĂ©but Ă  la fin d’autant que les interprĂštes d’une finesse dĂ©lectable nous servent de copieux entremets, riches en effets et saillies les plus diverses : toujours c’est la foire qu’on enterre et toujours elle se rĂ©invente pour mieux renaĂźtre. En voici une Ă©clatante et Ă©loquente illustration. L’OpĂ©ra Comique a Ă©tĂ© bien inspirĂ© de programmer ce spectacle idĂ©al pour illustrer son tricentenaire. Courrez applaudir ce spectacle haut en couleurs : on y rit sans mesure, en famille, pour petits et grands. Pour les enfants de tout Ăąge. Sur le plan artistique et thĂ©Ăątral, le spectateur enchantĂ© y mesure pas Ă  pas la complicitĂ© d’une troupe en maturation, l’accomplissement de l’esprit forain directement venu des trĂ©teaux Ă  Saint-Germain ou Saint-Laurent.

Fuzelier : La Matrone d’ÉphĂšse, 1714

largilliere-portrait-pour-fuzelier-fictif-classiquenews-la-guerre-des-theatre-opera-comique-avril-2015Paris, OpĂ©ra-Comique. Le 8 avril 2015, 14h30, 20h.. Le 9, 14h30. La guerre des ThĂ©Ăątres. Fuzelier. Pour s’imposer entre les scĂšnes officielles qu’étaient l’OpĂ©ra et la ComĂ©die-Française, l’OpĂ©ra Comique du siĂšcle des LumiĂšres dĂ©veloppa des prodiges d’ingĂ©niositĂ©. Au coeur des grandes foires parisiennes, sa troupe faisait les dĂ©lices d’un trĂšs large public en puisant tour Ă  tour dans les procĂ©dĂ©s du vaudeville, du monologue, de la pantomime, des Ă©criteaux
 A partir de l’un des succĂšs de Louis Fuzelier, La Matrone d’ÉphĂšse – ou comment l’amour ramĂšne à la vie une jeune veuve Ă©plorĂ©e (trĂšs Ă©moustillĂ©e par l’aplomb viril de l’astucieux et vaillant Arlequin) -, chanteurs, marionnettistes et musiciens font revivre ces tribulations thĂ©Ăątrales. ObstinĂ© et quelque peu impertinent, l’OpĂ©ra Comique inaugurait ainsi trois siĂšcles de crĂ©ation lyrique.

La place de Paris comme capitale de l’opĂ©ra n’Ă©vite pas une sĂ©rieuse et redoutable concurrence entre les scĂšnes lyriques. Comme aujourd’hui, les directeurs de salles cherchent tous les moyens pour remplir parterre et balcons. D’autant que les spectacles sont de plus en plus nombreux, leurs formes, inventives et originales, et le public particuliĂšrement mobile et exigeant.  En 1718, Lesage et La Font illustrent idĂ©alement la libĂ©ralisation de la vie thĂ©Ăątrale aprĂšs la mort de Louis XIV. Un souffle nouveau rĂ©gĂ©nĂšre les ardeurs dans le Paris de la RĂ©gence enfin dĂ©livrĂ© du corset versaillais. C’est l’essor des Italiens et de l’esprit de la foire, leur audace irrĂ©vĂ©rencieuse, leur acuitĂ© parodique et satirique. Les auteurs et compositeurs rivalisent d’inventivitĂ© en utilisant tous les procĂ©dĂ©s du vaudeville, du monologue, de la pantomime, des Ă©criteaux
 En tĂ©moigne le spectacle ressuscitĂ© par le CMBV en avril 2015 et inspirĂ© de La Matrone d’EphĂšse de Fuzelier, crĂ©Ă©e en 1714,  dont les audaces multiples Ă©voquent bien l’esprit de l’OpĂ©ra comique d’alors, enfant impertinent entre les scĂšnes traditionnelles et savantes de l’OpĂ©ra et de la ComĂ©die française.

 

 

 

Fuzelier : auteur comique délirant

 

largilliere-jeune-noble-1730-tableau-portait-regenceFuzelier serait mort Ă  80 ans en 1752. Esprit libre et gĂ©nial, il ose ce que personne n’imagine. Se montre souvent dĂ©lirant et sensible Ă  l’autoparodie : La matrone d’EphĂšse cite et recycle Amadis de Lully et Quinault, surtout Cadmus et Hermione dont le III inspire la parodie de la fin de l’acte I. Son insolence lui vaut d’ĂȘtre emprisonnĂ©. Il Ă©crit pour l’OpĂ©ra Comique (Ă  ce tire il est l’auteur le plus cĂ©lĂšbre des Foires Saint-Laurent et Saint-Germain), l’OpĂ©ra avec une verve savoureuse qui rĂ©gĂ©nĂšre surtout les fondations des genres thĂ©Ăątraux. Ses succĂšs sont tels auprĂšs du public que les thĂ©Ăątres traditionnels et nobles (l’OpĂ©ra ou AcadĂ©mie royale de musique, et la ComĂ©die Française) suivent scrupuleusement la carriĂšre de chacune de ses piĂšces; Ses dĂ©buts Ă  la Foire croise le jeune Rameau, d’abord familier des Forains avant de briller Ă  l’OpĂ©ra. Leur chemin se recroiseront encore avec Les Indes Galantes de 1735 oĂč ils rĂ©inventent le genre de l’OpĂ©ra Ballet; jamais dĂ©muni, Fuzelier aurait inventĂ© le recours aux marionnettes quand la parole Ă©tait interdite pour museler l’essor des Forains. La farce parodique et satirique sont ses registres comme une intelligence grave et profonde dans le portrait des sentiments humains : Fuzelier est aussi auteur pour la ComĂ©die Italienne, fixĂ©e Ă  l’HĂŽtel de Bourgogne en 1716, oĂč Marivaux fait crĂ©er toutes ses piĂšces.

 

Ce que nous en pensons. Le spectacle proposĂ© par l’OpĂ©ra Comique rĂ©capitule les avatars  qui ont favorisĂ© la naissance et l’essor auprĂšs du public de l’opĂ©ra comique. … AprĂšs les rĂ©centes restitutions sur le mĂȘme mode des parodies  contemporaines Ă©galement produites par le CMBV (Centre de musique baroque de Versailles) : Hippolyte ou la belle  mĂšre amoureuse ou  l’irrĂ©sistible FunĂ©railles de la Foire, cette Guerre des thĂ©Ăątres appartient à la mĂȘme pĂ©riode soit les annĂ©es 1710,  qui voit aprĂšs le rĂšgne de Louis XIV, une inflexion sensible et nouvelle du goĂ»t Ă  Paris. Il montre sur scĂšne comment pressé de toutes parts, jalousé par la ComĂ©die française qui l’empĂȘche de parler et de jouer, taxĂ© par l’OpĂ©ra  (AcadĂ©mie royale de musique) qui lui impose une redevance, le thĂ©Ăątre de la Foire doit se rĂ©inventer constamment pour produire et exister.

En mĂȘlant dans le jeu parodique et satirique tous les registres poĂ©tiques, le thĂ©Ăątre forain expĂ©rimente ainsi des formes nouvelles qui impliquent directement le public : les Ă©criteaux puis les marionnettes  avec  l’insolent Pulcinella ou Polichinelle, avatar truculent dArlequin qui ose en effet railler les vieux acteurs hĂ©roĂŻques de la ComĂ©die française comme insulter sans mĂ©nagement les vieilles chanteuses de l’opĂ©ra…. le numĂ©ro d’acteurs marionnettistes assurĂ© par Jean-Philippe Desrousseaux et Bruno Coulon (qui jouent aussi respectivement l’allĂ©gorie larmoyante haineuse de la ComĂ©die Française et Arlequin) renouvelle leur complicitĂ© mordante dĂ©jĂ  vue dans la parodie La Belle MĂšre amoureuse. 

DĂ©lire et inventivitĂ© sont dans la place et dĂšs lors,  Paris devra compter  avec le nouveau genre qui sait outrepasser les conditions de plus en plus contraignantes de son exercice : des vaudevilles, un peu de dialogues et surtout  de la facĂ©tie  en diable
  et voici  l’opĂ©ra comique  dĂ©finitivement lancĂ©.

Sur le plan narratif Colombine fieffĂ©e dominatrice  rĂ©ussira-t-elle Ă  piloter Arlequin pour qu’il épouse finalement la vieille Ă©plorĂ©e cette veuve  qui ne cesse de se rĂ©pandre mais enivrĂ©e, se laisse sĂ©duire par un jeune goguenard italien
 La clique des Lunaisiens menĂ©e par le baryton Arnaud Marzorati emporte ce thĂ©Ăątre polymorphe, dĂ©calĂ© oĂč l’on retrouve tous les ferments enfantant le nouveau genre. 

 

 

 

 

 

boutonreservationLa Guerre des ThĂ©Ăątres : La Matrone d’EphĂšse de Fuzelier
Paris, Opéra Comique, Salle Favart
Mercredi 8 avril 2015 : 14h30, puis 20h. Le 9 avril, 14h30.
spectacle jeune public, Ă  partir de 8 ans

Aux sources de l’OpĂ©ra Comique… A partir de l’un des succĂšs de Louis Fuzelier, La Matrone d’ÉphĂšse – ou comment l’amour ramĂšne Ă  la vie une jeune veuve Ă©plorĂ©e -, chanteurs, marionnettistes et musiciens ressuscitent l’audace expĂ©rimentale des Forains Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Cultivant l’irrĂ©vĂ©rence comme le dĂ©lire parodique, l’OpĂ©ra Comique nouvellement nĂ©, inaugure sa riche et pĂ©tulante histoire…

Jean-Philippe Desrousseaux, conception, mise en scĂšne et marionnettes

‹Petr Ƙezač, sculpture des marionnettes
Katia Ƙezačová, peinture et costumes des marionnettes
François-Xavier Guinnepain, lumiÚres
Françoise Rubellin, conseiller théùtral
Bruno Coulon, Arlequin
Sandrine Buendia, soprano
Jean-François Novelli, ténor
Arnaud Marzorati, baryton et direction artistique
La clique des Lunaisiens

 

 

 

Approfondir : aux origines de l’OpĂ©ra Comique, les Forains sous la RĂ©gence…
Les troupes parisiennes se dressent entre elles (ComĂ©die Française, AcadĂ©mie royale de musique), rivalisent et guerroient pour emporter l’adhĂ©sion et la fidĂ©litĂ© du public : les spectacles forains (Ă  la Foire Saint-Laurent, Saint-Germain) seront supprimĂ©s jusqu’en 1721 sous la pression de la ComĂ©die Française, trop durement concurrencĂ©e par la libertĂ© thĂ©Ăątrale de la Foire.
En 1718, avant l’interdiction des Forains, les piĂšces reprĂ©sentĂ©es rĂ©capitulent les rebondissements des affaires judiciaires encours, prenant Ă  tĂ©moin le public pour dĂ©mĂȘler les responsables et distinguer les meilleures productions.

Les forains dĂ©tenteurs du privilĂšge trĂšs (trop) coĂ»teux de l’OpĂ©ra comique raille la ComĂ©die française dans deux piĂšces dĂ©sormais lĂ©gendaires : Les FunĂ©railles de la Foire et la Querelle des thĂ©Ăątres ; cette derniĂšre met en scĂšne cependant le triomphe final de l’OpĂ©ra Comique. Le RĂ©gent lui-mĂȘme, en un enthousiasme contradictoire, applaudit au dĂ©lire gĂ©nial des Forains, assistant lui-mĂȘme aux deux piĂšces et prĂ©cisant non sans esprit que : l” l’OpĂ©ra comique ressemble au cygne, qui ne chante jamais plus mĂ©lodieusement que quand il va mourir”.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nanterre, ThĂ©Ăątre Bernard Marie KoltĂšs, le 18 fĂ©vrier 2015. Les FunĂ©railles de la Foire (d’AprĂšs Fuzelier, Lesage, d’Orneval). Judith Le Blanc, mise en scĂšne. Compagnie Les PĂȘcheurs de Perles. Avec Lucile Richardot (La Foire), Geoffroy BuffiĂšre (L’OpĂ©ra), CĂ©cile Achille et Camille Merckx (les ComĂ©dies-Italienne et Française), Valentin Vander (un spectateur agacĂ©, le MĂ©decin, Mezzeval, le Public…).

CMBV-theatre-de-la-foire-les-funerailles-de-la-foire-lesage-comedie-parodieCLIC D'OR macaron 200Surprenante production oĂč la Foire ne dĂ©lire pas,  elle si astucieuse et facĂ©tieuse en diable. ..  agonise ici telle une mourante qui va expirer. Un spectateur d’ailleurs s’en offusque dĂšs le dĂ©but,  exprimant non sans justesse qu’il n’est pas venu ici pour pleurer mais bien pour rire. Une Foire qui pleure et sait Ă©mouvoir par des pleurs et lamentations dĂ©chirantes voilĂ  qui trouble.  Mais la valeur du thĂ©Ăątre forain n’Ă©gale t elle pas par sa puissance et son invention les effets de l’AcadĂ©mie royale ? Comique et tragique se cĂŽtoient avec une exquise sincĂ©ritĂ© de ton. La situation pour surprenante qu’elle soit Ă  l’avantage de dĂ©voiler les caractĂšres…L’agonie exacerbe les profils et si l’OpĂ©ra son cousin reconforte la condamnĂ©e,  les ComĂ©dies-Italienne et Française savourent non sans hypocrisie et cynisme la mort prochaine de leur rivale.

Les deux scĂšnes concurrentes (ComĂ©die Italienne et ComĂ©die Française donc) sont de vraies chipies,  mordantes et perverses en diable, prĂȘtes Ă  tout pour faire tomber la Foire : CĂ©cile Achille et Camille Merckx font des sirĂšnes persiflantes jamais en reste d’une duplicitĂ© ; face Ă  elles,  l’opĂ©ra paraĂźt en casque emplumĂ© façon XVII Ăšme (rĂ©fĂ©rence Ă  l’opĂ©ra de Lully), plus intĂ©ressĂ© que rĂ©ellement compatissant (le jeu du baryton Geoffroy BuffiĂšre devra encore s’affiner) ; c’est essentiellement la mezzo Lucile Richardot qui porte par son naturel dĂ©lirant,  sa gravitĂ© expirante,  sa musicalitĂ© sĂ»re et dramatiquement aboutie,  toute la subtile tension du spectacle. DĂšs le dĂ©but, son chant du cygne trouble par sa profondeur,  son lugubre sublime qui montre combien tragique et comique fusionnent avec une grĂące troublante, rare.

 

 

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A l’Ă©poque de la Querelle des thĂ©Ăątres au XVIIIĂšme …

La Foire agonise et … ressuscite

 

Entre les 4 allĂ©gories, dont l’activitĂ© des confrontations Ă©voque ici la querelle entre les thĂ©Ăątres parisiens,   un mĂȘme acteur chanteur se distingue aussi : l’impeccable et hilarant Valentin Vander  glisse son Ă©vident plaisir thĂ©Ăątral dans la peau de plusieurs personnages : le spectateur outrĂ© dont nous venons de parler, Mezzeval, le mĂ©decin fossoyeur et ses citations latines qui citent constamment MoliĂšre,  un curĂ© transi et un chanoine maladroitement chauffeur de fidĂšles (pour la messe des funĂ©railles de la Foire), enfin le public qui montre en fin d’action combien il a bon goĂ»t … en lorgnant  le dĂ©colletĂ© de la Foire. La justesse de son jeu multiple offre au caractĂšre de la Foire,  un vrai partenaire, Ă©gal en souplesse expressive, en versatilitĂ© Ă©motionnelle.

Tout le travail des chanteurs se concentre sur le jeu de scĂšne … Avec d’autant plus de relief que le dĂ©cor Ă  part le fauteuil de la foire, se rĂ©sume au vide du plateau. Sans artifice et sans dĂ©corum divertissant,  le spectateur se dĂ©lecte des vaudevilles, des parodies d’airs tragiques qui Ă©maillent le texte de Fuzelier et Lesage,  gĂ©nies bien oubliĂ©s aujourd’hui de l’intelligence thĂ©Ăątrale. Les deux volets du drame datent de 1718 et 1721 ; ils composent un diptyque aux enjeux contrastĂ©s et complĂ©mentaires : les funĂ©railles donc affirmant un beau tableau lugubre puis le retour Ă  la vie de celle qui fut enterrĂ©e un peu trop tĂŽt.

La succession des airs contrastĂ©s, le jeu finement caractĂ©risĂ© des 5 chanteurs-acteurs composent un concentrĂ© satirique, parodique, surtout drĂŽlatique qui nourrit toutes les saveurs, d’une heure riche en performances ; captivant et divertissant, le spectacle fait la synthĂšse de l’histoire de l’OpĂ©ra-Comique, c’est Ă  dire la scĂšne lyrique Ă  la marge de l’AcadĂ©mie royale.  Force est de constater qu’ici la contrainte et les rĂšgles imposĂ©es stimulent l’obligation de renouvellement et d’invention permanente.  Car la Foire continĂ»ment brisĂ©e,  toujours attaquĂ©e,  jamais atteinte, renaĂźt bel et bien coĂ»te que coĂ»te: des funĂ©railles Ă  sa rĂ©surrection sans omettre l’hommage de tous, l’esprit forain reste  l’un des plus tenaces, probablement le plus inventif.  Pour preuve cette production qui file sans ennui,  fait rire tout en Ă©difiant.  En combinant l’Ă©rudition vivante par ses nombreuses allusions et rĂ©fĂ©rences, en jouant surtout la carte du parodique dĂ©lirant,  prĂ©servant de facto l’essence de l’esprit comique,  le spectacle est une rĂ©ussite rĂ©jouissante et Ă  ce titre, un coup de cƓur donc dĂ©croche le CLIC de classiquenews.  Ne manquez pas ses prochaines reprises.

 

 
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Compte rendu, opĂ©ra. Nanterre, ThĂ©Ăątre Bernard Marie KoltĂšs, le 18 fĂ©vrier 2015. Les FunĂ©railles de la Foire (d’AprĂšs Fuzelier, Lesage, d’Orneval). Judith Le Blanc, mise en scĂšne. Compagnie Les PĂȘcheurs de Perles (benjamin Pintiaux, collaboration artistique). Avec Lucile Richardot (La Foire), Geoffroy BuffiĂšre (L’OpĂ©ra), CĂ©cile Achille et Camille Merckx (les ComĂ©dies-Italienne et Française), Valentin Vander (un spectateur agacĂ©, le MĂ©decin, Mezzeval, le Public…).

Illustration : Lucile Richardot incarne l’ensorcelante Foire © classiquenews 2015

 

 

Nanterre : Les Funérailles de la Foire

CMBV-theatre-de-la-foire-les-funerailles-de-la-foire-lesage-comedie-parodieNanterre. ThĂ©Ăątre KoltĂšs. Les FunĂ©railles de la foire. Le 18 fĂ©vrier 2015, 13h30. EntrĂ©e libre. Aux sources de notre opĂ©ra comique, il y eut dĂšs l’essor des opĂ©ras tragiques de Lully, ces parodies comiques et burlesques qui tout en caricaturant l’opĂ©ra hĂ©roĂŻque s’est aussi constituĂ© un genre propre, d’une libertĂ© de ton et de forme inouĂŻe d’autant plus remarquable que Lully avait rĂ©glementĂ© de façon stricte c’est Ă  dire trĂšs contraignante les spectacles avec chanteurs et musiciens. Pour contourner les lois, les concepteurs jouent de subterfuges, utilisent les marionnettes, inventant un spectacle neuf et inĂ©dit. A Nanterre, pas de marionnettes mais un plateau de solistes prĂȘts Ă  incarner les genres lyriques en prĂ©sence : ComĂ©dies Italienne et Française, OpĂ©ra, sans omettre La Foire elle-mĂȘme qui agonisant, voit sa derniĂšre heure venir. C’est oublier la compassion fraternelle de son ami, L’OpĂ©ra qui envisage avec la mort de la Foire, sa propre dĂ©chĂ©ance. Pas de tragĂ©die sans forains… Lire notre prĂ©sentation complĂšte Les FunĂ©railles de la Foire

 

 

 

L’OpĂ©ra ressuscite la foire en danger …. Dans le premier acte, la mort de la Foire fait le bonheur de ses rivales : ComĂ©dies Française et Italienne, alors que l’OpĂ©ra, craignant pour ses finances, part aux Enfers pour ramener sa cousine la Foire parmi les thĂ©Ăątres vivants (deuxiĂšme et dernier acte).

Ce spectacle montre les difficultĂ©s rencontrĂ©es par l’OpĂ©ra Comique pour subsister Ă  ses dĂ©buts. Comment aussi l’OpĂ©ra a besoin de son double parodique pour se dĂ©velopper…

Avec : CĂ©cile Achille (soprano), la ComĂ©die-Italienne ; Geoffroy BuffiĂšre (baryton), l’OpĂ©ra ; Camille Merckx (mezzo-soprano), la ComĂ©die-Française ; Lucile Richardot (mezzo-soprano), la Foire ; Valentin Vander (baryton), le mĂ©decin, Mezzetin, le public, et plus. Instrumentistes : Camille Aubret (violon) ; Marie-Suzanne de Loye (viole de gambe) ; ClĂ©mence Monnier (clavecin et restitution musicale).

Les FunĂ©railles de la Foire (Compagnie PĂȘcheurs de perles) – durĂ©e : 1 heure.
Conception et mise en scĂšne : Judith Le Blanc
Collaboration artistique : Benjamin Pintiaux

 

 

 

boutonreservationEntrée libre dans la limite des places disponibles. Réservation préalable auprÚs du théùtre KoltÚs de Nanterre : billetterie.parisouest@u-paris10.fr et par téléphone : 01 40 97 56 56

+ d’infos sur le site de l’universitĂ© PARIS X Nanterre