Compte rendu. Narbonne. Abbaye de Fontfroide, les 15,16,17,18 et 19 juillet 2014. IXe Festival Musique et Histoire. Pour un dialogue Interculturel : Territoires et cultures de l’Homme.

narbonne été 2014 210La route qui mène à Fontfroide est si belle au milieu des vignes, des oliviers, et de la garrigue avec au loin quelques ruines des châteaux cathares, qu’elle devient presque un parcours initiatique, fait de senteurs merveilleuses. En la parcourant, le sentiment nous gagne d’entrer dans un ailleurs, coupé de la réalité contemporaine, un monde où l’homme et la terre nourricière, seraient à nouveau des amis à l’écoute l’un de l’autre.
Le 15 juillet, nous avons rejoint l’abbaye oĂą nous attendaient rĂ©pĂ©titions et concerts. Tous les espaces, toutes les salles, ou quasi, sont investis par le festival. Tout ou presque est accessible au public qui souhaite pousser les portes, alors qu’il visite l’abbaye, qui lui est ouverte Ă  la visite. Ainsi tandis que les artistes rĂ©pètent, peut-on voir les techniciens du son, les tĂ©lĂ©visions, France Musique s’activer autour d’eux, afin que tout soit prĂŞt pour les concerts. Evoquons tout de suite la sonorisation mise en place afin de rassurer les puristes. Elle est indispensable en ces lieux. Elle permet d’offrir une qualitĂ© d’Ă©coute Ă©gale Ă  tous. Cette annĂ©e, elle n’a pas toujours Ă©tĂ© parfaite, et pourtant pas un seul d’entre nous n’a regrettĂ© sa prĂ©sence en ces lieux, tant la magie de la programmation et le talent des artistes, font très vite oublier la prĂ©sence de la technique. Et alors que tout n’est qu’agitation autour de Jordi Savall et de ses musiciens, que les cameramen tirent les câbles, bondissent sur la scène, enjambent les fils, les artistes se retrouvent. Arrivant des quatre coins de la planète et ne disposant bien souvent que de quelques heures pour rĂ©pĂ©ter et se mettre en place, ils rĂ©investissent ce lieu qu’ils redĂ©couvrent Ă  chaque fois, tant il est si vivant. InstantanĂ©ment, ils installent ce lien si particulier entre eux, la musique, les lieux et celui qui les Ă©coute. Alors que tout virevolte autour d’eux, la sĂ©rĂ©nitĂ© s’empare pourtant de tous.

 

 

 

Festival Musique et Histoire : une source d’Harmonie

 

narbonne Ă©tĂ© 2014 363Le public vient Ă  Fontfroide pour partager avec le maestro catalan, au-delĂ  de la simple rĂŞverie, des instants uniques d’affinitĂ©s, d’amitiĂ©, d’amour. La musique y dĂ©voile progressivement, ce meilleur qui sommeille en chacun de nous, si souvent craintif et apeurĂ©. Il n’est qu’Ă  entendre les premières minutes du Concert Orient Occident, en Hommage Ă  la Syrie donnĂ© le premier soir, alors que les musiciens marocain Driss El Maloumi Ă  l’Oud, le malgache Rajery au Valiha et le malien BallakĂ© Sissocko, au Kora improvisent un Kouroukanfouga instrumental subjuguant. Dès le concert de l’après-midi Ă  18 heures, ils avaient entamĂ© Des Dialogues croisĂ©s, sous forme d’improvisation avec leurs homologues syriens Waed Bouhassoun au chant et Ă  l’Oud, Moslem Rahal au Ney et Hamam Alkhalaf au chant. Nous les retrouvons ce soir-lĂ , avec Ă  leur cĂ´tĂ© deux autres chanteurs, l’israĂ©lien Lior Elmaleh et la grecque Aikaterini Papadopoulu, ainsi que de nombreux instrumentistes et le chĹ“ur d’enfants des jeunes chanteurs du Conservatoire de Narbonne. Ces derniers viendront apporter au final, avec brio, cette touche d’innocence qui permet Ă  une mĂ©lodie commune Ă  toutes les civilisations du pourtour mĂ©diterranĂ©en de dĂ©ployer les ailes de l’espĂ©rance. Ce concert n’est en rien « exotique », il possède cette force de l’hommage aux victimes des guerres fratricides en une terre qui pourtant appelle Ă  la vie.
Ces concerts thĂ©matiques de « musiques du monde ancien », rĂ©unissant autour de lui pour des programmes comme Orient Occident du premier soir, ou celui sur les musiques du temps du Greco, ou bien encore celui sur les musiques des balkans qui concluait ou presque le festival, -puisque une dĂ®ner concert auquel nous n’avons pas assistĂ© le dimanche finissait sur une folle fĂŞte mexicaine l’Ă©dition de cette annĂ©e-, permettent Ă  Jordi Savall de poursuivre ainsi son travail d’artiste de l’Unesco pour la paix. En permettant aux jeunes gĂ©nĂ©rations en cours de formation musicales de dĂ©couvrir Ă  cĂ´tĂ© d’adultes de tout horizon, par la musique, la richesse de ces croisements incessants de l’histoire et des cultures, il donne aux jeunes gĂ©nĂ©rations l’opportunitĂ© de changer le monde de demain.
Tous les concerts de 18 heures sont des perles rares et prĂ©cieuses. Les talents d’improvisateurs virtuoses de tous ces musiciens, rĂ©vèlent ainsi, au public Ă©tonnĂ©, les ressources infinies de leurs instruments. De Driss el Maloumi Ă  l’oud, en passant par Moslem Rahal au Ney, ou le survoltĂ© Bora Dugic Ă  la Frula, ou le surprenant et irradiant violoniste tzigane Tcha Limberger, tous semblent entrer en transe et en communautĂ© d’esprit avec le public. Sourires, regards, silence, la musique, reflet de la lumière et de nos Ă©motions, s’y Ă©panouit. Le concert de Ferran Savall est une très belle dĂ©couverte. Les onomatopĂ©es de Ferran Savall, nous racontent des histoires fantasmagoriques. Aucun musicien ne cherche Ă  entrer en concurrence avec un autre. Ici chacun peut s’exprimer. En pays cathare, on se laisse ensorceler et rĂ©jouir par la musique, fĂ»t-elle nostalgique. Et l’on aura remarquĂ© au passage combien Hakan GĂĽngör au Canun, peut faire de chaque pièce interprĂ©tĂ©e, un vĂ©ritable joyau.
Comment ne pas ĂŞtre touchĂ© par la grâce qui Ă©mane du concert d’Arianna Savall et de Peter Udland Johansen. La prĂ©sence compassionnelle de la soprano, au timbre cristallin, nous touche Ă  chaque fois. Reprenant le programme du CD Hirundo Maris, pour lequel nous les avions interviewĂ©s pour Classique News, les deux artistes et leurs compagnons musiciens, nous ont procurĂ© au cĹ“ur de la garrigue en plein Ă©tĂ©, le sentiment de nous retrouver sur des mers oĂą souffle une brise fraĂ®che et lĂ©gère. NimbĂ©e de lumière, Arianna nous a touchĂ©e Ă  l’âme. Elle a souhaitĂ© rendre hommage Ă  sa mère, dont on ressent la prĂ©sence amicale partout en ces lieux qu’elle aimait tant. Le son des vagues, provenant des percussions de David Mayoral et le chant des mouettes de la contrebasse de Miguel Angel Cordero, sont des instants vertigineux de tendresse et d’apaisement. Le percussionniste que l’on a retrouvĂ© dans de nombreux concerts, a dĂ©voilĂ© combien la percussion est un art qui demande une vĂ©ritable sensibilitĂ©.
Impossible ici de rentrer dans les dĂ©tails de chaque concert et de citer tous les artistes, l’article serait bien trop long. Le concert en hommage au Grego, fait de lumières franches et d’ombres redoutables, a rĂ©vĂ©lĂ© un programme passionnant. Celui consacrĂ© aux Balkans fĂ»t d’une beautĂ© Ă  couper le souffle, oĂą l’on a retrouvĂ© cet apaisant instrument qu’est le Duduk et son jeune mais non moins brillant interprète, HaĂŻf Sarikouyoumdjian.
Enfin Jordi Savall, a consacrĂ© deux concerts inoubliables Ă  la musique pour viole. L’un intitulĂ© l’Europe du Nord a permis d’entendre le rĂ©pertoire français du XVIIe siècle, et celui intitulĂ© Fantaisies Royales, le si Ă©lĂ©gant et brillant rĂ©pertoire anglais des annĂ©es 1630-1660. ComplicitĂ© absolue entre des artistes qui se connaissent depuis tant d’annĂ©e. Dans le RĂ©fectoire des convers, un lien intime s’instaure entre les musiciens, les compositeurs et le public. Le sentiment d’être entre amis, après le souper, nous gagne. La poĂ©sie de l’éphĂ©mère est ici servie par une basse continue aux clairs obscurs chatoyants. Pierre HantaĂŻ au clavecin ou Xavier Diaz-Latorre au thĂ©orbe sont des continuistes aristocratiques. Philippe Pierlot Ă  la basse de viole qui assure la basse continue sur l’ensemble des concerts, a ici entamĂ© avec Jordi Savall une conversation raffinĂ©e et mĂ©lancolique, dans le Concert Ă  deux violes Ă©gales : Tombeau des Regrets de Monsieur de Sainte Colombe le Père qu’ils ont poursuivi dans les Fantaisies royales, deux jours plus tard, en compagnie du très beau consort de violes rĂ©unie pour cette occasion. Dans le concert consacrĂ© au rĂ©pertoire français, Jordi Savall a souhaitĂ© Ă©voquer l’éclat de la musique française qui Ă  la fin de règne de Louis XIV va cĂ©der la place Ă  une musique du recueillement, plus intimiste et qui fait miroiter l’âme et ses ombres. La flĂ»te ductile de Marc HantaĂŻ, parfois impertinente sait se faire joueuse, subtile, rĂŞveuse, tandis que le violon de Manfredo Kraemer mĂ©lange d’irisation et d’énergie, se plait Ă  soutenir une conversation effrontĂ©e. Le programme consacrĂ© Ă  la musique anglaise au temps des guerres des trois royaumes, rĂ©pertoire Ă©minemment virtuose de la toute fin du XVIe siècle et du dĂ©but du XVIIe siècle, offre au consort de violes ses plus belles lettres de noblesse, ici servie par des interprètes flamboyants. La texture polyphonique raffinĂ©e et si complexe est rendue avec une prĂ©cision si vivante qu’elle donne Ă  ses voix du silence, toute sa plĂ©nitude.
Le festival de Fontfroide est plus qu’une belle aventure. Il serait dommage de vous en priver. Jordi Savall bien au-delà du musicien est un humaniste qui sait s’entourer de véritables personnalités et transmettre non seulement son savoir-faire, mais aussi donner à voir et à partager la quintessence de ce que l’humanité peut elle-même offrir de meilleur. Entourer d’équipes techniques, administratives et de bénévoles qui ne demandent qu’à le seconder avec efficacité et passion et du soutien amical  des propriétaires de l’Abbaye, et de nombreux partenaires dont la si douce ville de Narbonne, il nous permet de voyager bien au-delà de toute frontière et de reprendre la route, de suivre cet escalier qui derrière le jardin en terrasse semble « aller sans fin », vers un inconnu fascinant.

Narbonne. Abbaye de Fontfroide du 15 au 20 juillet 2014. IXe Festival Musique et Histoire. Pour un dialogue Interculturel : Territoires et cultures de l’Homme. Mardi 15 juillet, Abbaye de Fontfroide, concert de 18 h, sur les Jardins en Terrasses  Dialogues croisĂ©s : Syrie, Maroc, Mali et Madagascar par Moslem Rahal (ney) , Waed Bouhassoun (voix&oud), Hamam Alkhalaf (voix) & l’ensemble d’Afrique : Dris El Maloumi (voix & oud), BallakĂ© Sissoko (lora du Mali), Rajery (Valiha de Madagascar). Concert du soir, Cour Louis XIV, Orient & Occident, avec les musiciens de Grèce, d’IsraĂ«l, du Maroc, de Syrie, le Choeur d’enfants du Conservatoire de musique du Grand Narbonne et les solistes vocaux et instrumentaux de la Capella Reial de Catalunya et d’HespĂ©rion XXI. Mercredi 16 juillet, concert de 18 h, Jardins en Terrasses, Dialogues Nord et sud : Norvège et Catalogne, Arianna Savall (chant et harpe), Peter Udland Johansen (voix, hardinfele, mandolin) et les musiciens de l’album Hirundo Maris. Concert du soir, L’Europe du Nord 1714 – 1788, Le Concert des Nations, Manfredo Kraemer, violon ; Marc HantaĂŻ, flĂ»te traversière ; Philippe Pierlot, basse de viole ; Xavier Diaz-Latorre, thĂ©orbe & guitare, Pierre HantaĂŻ, clavecin ; Jordi Savall, viole de gambe & direction. 18 juillet, concert de 18 heures, Jardins en Terrasse, Fantaisies mĂ©diterranĂ©es : d’autrefois et d’aujourd’hui, Ferran Savall et des musiciens d’HespĂ©rion XXI. Concert du Soir, Eglise Abbatiale, l’Europe du Sud 1541-1614, les Musiques au temps du Greco par les solistes vocaux et instrumentaux de la Capella Reial de Catalunya et d’HespĂ©rion XXI sous la direction de Jordi Savall. Le 18 juillet, concert de 18 h, Jardins en Terrasse, l’Esprit des Balkans : Tziganes & Ottomans par des musiciens tziganes, turcs et serbes. Concert du soir, RĂ©fectoire des convers de l’Abbaye. Fantaisies royales, HespĂ©rion XXI sous la direction de Jordi Savall. Le 19 juillet 2014, Concert du soir en l’Ă©glise Abbatiale, les Cycles de la vie – Balkan : le Pays du Miel & du Sang, HespĂ©rion XXI sous la direction de Jordi Savall.

 

 
Illustrations : © Monique Parmentier

Compte rendu, concert. Narbonne, Théâtre, le 13 juillet 2014. Festival Horizon MĂ©diterranĂ©e. Chants d’exil et d’amour dans les traditions juives et arabes du pourtour mĂ©diterranĂ©en, Jordi Savall et ses musiciens invitĂ©s.

SAVALL_savall_jordi-savall-724x464Lorsque vient l’heure d’Ă©crire cette chronique, le temps s’est Ă©coulĂ©, emportant les dernières notes de musique, celles du dernier concert. Elles sont parties vers des horizons lointains, tandis que nous rejoignons la capitale, son bruit, son agitation permanente. Et c’est d’abord la qualitĂ© du silence et de la lumière, du Festival de musique ancienne qui se tient en l’Abbaye de Fontfroide dans l’Aude, qui nous revient en mĂ©moire. Une qualitĂ© de silence, qui aidĂ©e par le vent porte la musique, loin, très loin. Comment ne pas se revoir, marchant dans la garrigue en dĂ©but de soirĂ©e, Ă  l’arrière de l’abbaye. Au loin, le son des violes de Jordi Savall et de Philippe Pierlot qui rĂ©pètent quelques fantaisies de William Law ou de Matthew Locke. Les nuages ont recouvert la forĂŞt environnante, semblant figer le temps dans un ailleurs lointain et Ă©ternel. Le vent chante sa plainte qui accompagne les violes. La solitude qui nous entoure, se pare de poĂ©sie et parle, nous murmure l’ineffable. Celui qui n’a pas vĂ©cu ce sentiment d’une intense spiritualitĂ©, si universelle, qui sourde de Fontfroide, comme cette source froide qui attend le voyageur Ă©garĂ©, ne sait Ă  quel point ce festival rĂ©pond Ă  un appel, Ă  une quĂŞte… celle de la paix.

Chants d’exil et d’amour sur les terres d’Al Andalous

savall-festival-fontfroideC’est Ă  quelques kilomètres des bords de la MĂ©diterranĂ©e, notre mère Ă  tous, que ce lieu prĂ©servĂ© par une famille qui semble si attachĂ©e Ă  ce trĂ©sor patrimoniale, offre l’harmonie et la sagesse. Et c’est en cette Abbaye de Fontfroide que depuis neuf ans, Jordi Savall propose Ă  un public fidèle et attentif, un festival de musique ancienne unique en son genre. CrĂ©Ă© en compagnie de son Ă©pouse Montserrat Figueras, dans un lieu dĂ©couvert presque par hasard, Ă  l’occasion d’une invitation Ă  y donner un concert, le Festival Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel, tente de rendre possible le partage et l’Ă©coute d’une histoire et d’une culture commune et pourtant si diverse, des peuples de cette mer qui a vu naĂ®tre tant de civilisations.
Cette annĂ©e avant de rejoindre l’Abbaye le 15 juillet, c’est dans la ville de Narbonne que le 13, nous avons tout d’abord retrouvĂ© Jordi Savall, ainsi que certaines de ses chanteuses et musiciens pour un concert intitulĂ© Chants d’exil et d’amour. Partenaire officiel du Festival qui se tient Ă  l’abbaye, la ville dans le cadre d’une manifestation plus globale intitulĂ©e Horizon MĂ©diterranĂ©e, a souhaitĂ© cĂ©lĂ©brer la femme mĂ©diterranĂ©enne Ă  l’occasion de ces rencontres. Spectacles de chant, de danse, confĂ©rences dĂ©bats, exposition, viennent cĂ©lĂ©brer toutes celles qui dans la guerre et dans la paix, « sont une source d’inspiration ».
Ainsi le temps d’une soirĂ©e, Jordi Savall est-il devenu le troubadour de cette ancienne citĂ© romaine, qui a Ă©tĂ© Ă  une certaine Ă©poque la capitale d’une province d’Al Andalous. Nous retiendrons tout d’abord de ce concert splendide, la dĂ©claration simple, digne et angoissĂ©e, lue par des intermittents, rappelant que sans eux, il ne peut y avoir de spectacle. On peut Ă©galement se rĂ©jouir de ce public de tout âge, venu nombreux. D’autant que le soir mĂŞme, la coupe du monde de football aurait pu le retenir devant un poste de tĂ©lĂ©. Connaissant peu ou pas la musique ancienne, ce public n’a d’ailleurs quittĂ© qu’à regret le théâtre Ă  la fin du concert. A l’Ă©coute de la magie des instruments et de ces voix envoĂ»tantes, si Ă©vocatrices de ces ailleurs, d’une diffĂ©rence qui invite au voyage et Ă  la contemplation, il s’est laissĂ© emporter loin de son quotidien. Les instruments : le santur, le ney, l’oud et le rebbab magnifient les voix. Ils chantent les souffrances de l’absence et de l’exil, mais aussi la beautĂ© du monde et le bonheur d’aimer. Des voix, nous retiendrons tout particulièrement, celle de deux des chanteuses qui ont profondĂ©ment marquĂ© cette soirĂ©e et le festival oĂą nous les avons ensuite retrouvĂ©es. Celle de la chanteuse grecque, Aikaterini Papadopoulu, limpide et dĂ©licate, suggère la nostalgie des bonheurs perdus, des instants fugaces et ardents, de tous ces petits bonheurs qui font une vie. Tandis que celle tout en retenue, de la chanteuse musicienne syrienne – qui s’accompagne Ă  l’Oud- Waed Bouhassoun, est d’une indicible Ă©motion. Elle exprime l’amour, la peur, l’angoisse, une poĂ©sie fugace et sensible, qui suspend le temps, avec une noblesse et une dignitĂ© rares. La direction attentive et Ă  l’écoute de Jordi Savall redonne vie au lyrisme des muses de la MĂ©diterranĂ©e.

Narbonne, Théâtre de Narbonne le 13 juillet 2014 ; Festival Horizon MĂ©diterranĂ©e. Chants d’exil et d’amour dans les traditions juives et arabes du pourtour mĂ©diterranĂ©en, Jordi Savall et ses musiciens invitĂ©s.

 

 

Illustrations : Jordi Saval, portrait (DR) ; à Fontfroide juillet 2014 © Monique Parmentier