CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018)

SIBELIUS ROUVALI symphoni 1 en saga critique cd review cd classiquenews CLIC de classiquenews actus cd musique classique opera concerts festivals annonce 5c41f9e9847d2CD, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018). Voilà un vrai travail d’orfèvre tissant une tapisserie de timbres, à la fois lyrique et rageuse. Si certains continuent d’estimer l’œuvre comme la célébration par Sibelius de sa Finlande chérie, alors menacée par l’Empire russe (création en avril 1899), inspiré et plus universel, le chef finlandais Santtu-Matias ROUVALI sait traduire une dimension qui sait dépasser l’occurrence politique : il insinue dans l’écriture cette énergie première, gorgée d’éclairs naturels et de sursauts organiques. D’emblée, grâce au chef, nous sommes dans la matrice bouillonnante des éléments. Sur le motif.

Ainsi au début de la Symphonie n°1, la clarinette, au tragique pastorale, d’une intense dignité, chante les souffrances et l’éternité inatteignable de la Nature. Le chef creuse tout ce qui rend à cette partition princeps, sa profondeur et son introspection.
Cordes exaltées, bois parfois âpre (bassons),tutti tendus, vitalité ardente et portés par une énergie éperdue… Rouvali prend à bras le corps l’activité primitive des éléments qui semblent traverser les pupitres en élans faussement incontrôlés.

Sibelius : le premier Ă©cologiste
Santtu-Matias ROUVALI, chantre de la prière sibélienne

L’écriture est une prière exacerbée face à la Nature dans toute sa sauvagerie ; Sibelius exprime son admiration parfois inquiète, surtout animé par un désir supérieur, une exaltation qui se hisse au diapason de la tempête victorieuse. Sibelius observe et comprend de l’intérieur l’immensité de la Nature (cor et harpes, flûte) : son mystère, son essence miraculeuse. Une connivence s’inscrit et s’enfle au fur et à mesure de l’avancée du premier mouvement qui passe d’Andante non troppo… à Allegro energico.
Ici règne la gravité du dernier Tchaikovski (dernière mesure au contrebasses), avant l’émergence des cimes et des hauteurs plus mélancoliques du second mouvement.

Ainsi l’Andante (ma non troppo lento) est articulé avec une rondeur mordante, une belle sincérité qui vient elle aussi des replis du cœur, telle une chanson ancienne qui fait vibrer le sentiment d’une nature enchantée… en une cantilène instrumentalement détaillée qui montre tout ce que l’éloquence enivrée de Sibelius doit aux… russes. Ce qui est prenant c’est le sentiment d’une tragédie en cours, celle d’une nature sacrifiée et pourtant d’une ineffable beauté. Cette vision, et tragique et épique, prend corps dans les fabuleux arpèges des cordes, bouillonnants, éperdus.

Le Scherzo est abordé pour ce qu’il est : une scansion et une frénésie superbement mécanique, dont la verdeur ici captive. Enfin
le dernier mouvement plus agité, radical, dramatiquement très marqué par Tchaikovski là encore, exprime une inquiétude presque angoissée (lugubre des bassons, romances éperdues des cordes graves…)
Il y met une touche d’humanité, un panthéisme blessé : Sibelius souffre avec la Nature en son sein, et non à l’extérieur, comme en une distanciation asséchante. Au contraire, nous sommes au cœur des éléments. Dans le vortex où se jouent les transformations irréversibles ; comment ne pas inscrire cette vibration et cette conscience affûtée dans le chaos climatique qui est le nôtre, causé par la folie humaine ?

Sous la baguette intense mais nuancée et très détaillée de Rouvali, Sibelius semble réussir là où Tchaikovski nous avait laissés ; les lumières permises par le finnois font espérer une clarté filigranée et très vacillante chez le Russe (Pathétique, n°6) ; l’andante final de Sibelius autorise une issue difficile mais présente. Mais dans la difficulté et la souffrance. La fin est une rémission presque arrachée ; pas une victoire. Une vraie question laissée en suspens.

En saga : orchestration et couleurs se rapprochent plutôt de Moussorgski mais mâtiné d’impressionnisme ravélien. Là encore Sibelius exprime une activité invisible secrète, au souffle prenant. La narration qu’en offre Rouvali saisit par sa précision, et un vrai travail d’orfèvre sur le plan de la texture instrumentale, tout en soignant l’éclat et la vitalité des séquences plus rythmiques.
Moins lyrique que Bersntein peut-être, Rouvali n’oublie pas aux côtés de sa précision, un souffle et une tension qui enflamment chaque tutti, révélant aussi dans cette activité flamboyante, des accents wagnériens. Le chef exprime le mystère sauvage et la force de la nature, la beauté grandiose et fragile, c’est à dire inexprimable de l’animal (un lynx sur un arbre dans le paysage de neige peint sur le même titre par son beau-frère Eero Järnefelt ?).
CLIC D'OR macaron 200En 1893, Sibelius est encore très narratif, mais dans cette très fine et scintillante écriture, à partir de 13’, il sait transmettre le cycle éternel, la transe primitive du miracle naturel. A l’homme de savoir en mesurer l’énergie rédemptrice, matricielle. De toute évidence, dans ce crescendo final, d’une intensité irrépressible, Rouvali l’a bien compris. Le chef fait entendre cette vibration première. Jusque dans le chant conclusif de la clarinette, extinction énigmatique. Superbe lecture et belle compréhension de l’univers symphonique de Sibelius. On souhaite une suite et on rêve d’une intégrale des Symphonies de Sibelius par ce chef et cet orchestre… aux qualités évidentes. Leur sincérité nous touche. Voilà qui préfigure le meilleur ? A suivre…

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Cd, critique. Sibelius : Symphonie n°1, En saga (Gothenburg Symphony, Santtu-Matias ROUVALI, 1 cd Alpha 2018 - Orchestre Symphonique de Gothenburg / Enregistrement réalisé à Gothenburg, en mai 2018.

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COMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 déc 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K Mäkelä.

makela klaus maestro classiquenews concert reviewCOMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 déc 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K Mäkelä. Parmi les chefs invités par l’Orchestre du Capitole, il y en a de toutes sortes. Ce n’est pas fréquent qu’un chef aussi jeune, 23 ans , fasse une impression aussi consensuelle et évidente sur d’autres qualités que la jeunesse. Le très jeune chef finlandais Klaus Mäkelä est déjà un très grand chef. Il est nommé à Oslo l’année prochaine, hélas pour le reste du monde car il sera très pris et a dû renoncer à des engagements (dont deux concerts à Toulouse prévus la saison  prochaine). Les génies de la baguette sont rares et les plus audacieux ont su se l’attacher. Qu’apporte ce chef de si génial ? Une autorité bienveillante et naturelle, des gestes très clairs et dont la souplesse révèle une belle musicalité. Cet artiste est également un violoncelliste de grand talent ! La précision de la mise en place, la clarté des plans sont sidérantes.

 
 
 
 

Klaus Mäkelä, jeune maestro superlatif
Le génie n’attend pas le nombre des années

 
 
 
 

Il encourage l’orchestre et ne le bride pas. Il faut dire que l’Orchestre du Capitole atteint un niveau d’excellence qui permet à un chef musicien d’atteindre de suite des sommets.

La première pièce du concert est une nouveauté pour le public comme pour l’orchestre, une pièce en forme de poème symphonique de Jimmy Lopez. La difficulté est comme un jeu entre le chef et l’orchestre qui dans une véritable flamboyance de chaque instant nous régale. Pourtant le propos du compositeur est polémique car il parle de l’esclavage qui a conduit les victimes à inventer des instruments et un style musical avec les moyens du bord. L’homme est incroyablement créatif dans l’adversité et la souffrance. Ainsi en fine suggestion plusieurs  instruments à percussion ont intégré ceux d’un grand orchestre symphonique gagnant ainsi leurs titres de noblesse. La mâchoire d’âne étant la plus singulière et la plus emblématique de ce génie humain dans le malheur. Magnifique œuvre mettant donc en valeur tous les pupitres de l’orchestre et la technique impeccable des musiciens et du chef. Les rythmes populaires intégrés permettant rubato et swing à l’envie.

 
 

suwanai akiko concert critique classiquenews 2018 2012Soliste invitée,  la violoniste Akiko Suwanai, toute d’élégance féminine bleutée en une robe de ciel étoilé,  a auréolé la salle de son charme. Le violon dont elle joue a appartenu à un prince, un poète du violon, Jascha Heifetz. Elle retrouve les qualités esthétiques faites de pureté de son, de grain noble du timbre et d’un exquis moelleux des lignes,  comme  le maestro et ce fameux  « Dolphin » de 1714. L’interprétation du Concerto pour violon de Korngold est lumineuse, planante et délicatement phrasée. Tout coule et rien ne fait aspérité. Peut être un léger manque de contraste et d’émotion peuvent diminuer l’intense plaisir hédoniste que le jeu de la violoniste offre au public. En bis, la violoniste offre avec une déconcertante facilité, le final de la Sonate pour violon seul d’Ysaÿ  mêlant Bach et le Dies Irae.

 
 
 
 

Après l’entracte, le chef dirige avec un rĂ©el plaisir communicatif la pièce de Stravinski qu’il prĂ©fère, Petrouchka. Il faut reconnaĂ®tre que son interprĂ©tation est marquĂ©e par une confiance absolue et une soliditĂ© remarquable. Rien ne vient ternir une Ă©nergie invincible. L’orchestre du Capitole rĂ©pond comme un seul Ă  cette direction prĂ©cise et le rĂ©sultat est particulièrement lumineux et mĂŞme Ă©clatant. Chaque instrumentiste est parfait. Il manque juste un peu de farce et d’humour Ă  ce ballet facĂ©tieux et mĂŞme mĂ©lancolique en second degrĂ©. Pour l’heure, le chef finlandais est tout Ă  son admiration pour cette partition exubĂ©rante, haute en couleurs, et pour les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole très Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire.
Avec le temps viendront le sens du théâtre et le burlesque que Stravinski a mis dans sa partition qui à l’origine est un ballet.

Un très beau concert qui rĂ©vèle les qualitĂ©s d’un vĂ©ritable gĂ©nie de la baguette et la confirmation de l’exceptionnelle virtuositĂ© de la violoniste nippone. De son cĂ´tĂ©, notre Orchestre du Capitole poursuit son excellence comme partenaire idĂ©al des plus grands musiciens.

 
 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 décembre 2018. Jimmy Lopez (né en 1978) : Peru Negro pour orchestre ; Erich Wolfgang Korngold ( 1897-1957) : concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.45 ; Igor Stravinski (1882-1971) : Petrouchka, scènes burlesques en quatre tableaux ( version de 1947) ; Akiko Suwanai, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Klaus Mäkelä, direction. Illustrations : DR, © Mäkelä by Heikki Tuuli

 
  
 

VISITEZ aussi le site officiel de KLAUS MAKELA :
https://www.klausmakela.com

 
  
 
 
 

makela klaus maestro classiquenews concert review

NDLR / NOTE DE LA REDACTION : KLAUS MĂ„KELÄ… Le jeune maestro travaille avec le Turku Music Festival, le Tapiola Sinfonietta. Il est chef principal invitĂ© du Swedish Radio Symphony Orchestra, et deviendra Ă  partir de la saison 2020 / 2021 (dès septembre 2020) : directeur musical du Philharmonique d’Oslo / Chief Conductor & Artistic Advisor: Oslo Philharmonic Orchestra – une personnalitĂ© dĂ©sormais Ă  suivre, hĂ©ritier d’une dĂ©jĂ  riche tradition de chef finnois. En particulier dans le cycle des symphonies de son compatriote Sibelius, immense gĂ©nie symphoniste encore trop peu joué…

 

Sibelius 2015 : 150ème anniversaire de la naissance

Sibelius_youngDossier Jean Sibelius (1865-1957). Portrait pour le 150 ème anniversaire de sa naissance (le 8 dĂ©cembre 1865), classiquenews honore le gĂ©nie du finlandais Jean Sibelius. L’oeuvre de Sibelius dĂ©passe la stricte recherche formelle d’un crĂ©ateur parmi les plus exigeants. D’autant plus soucieux du dĂ©veloppement qu’après Mahler, il faut nĂ©cessairement poursuivre la recherche et le dĂ©frichement sans la rĂ©pĂ©tition … ni le piĂ©tinement. Sibelius est aussi un compositeur national (non pas nationaliste) dont Ă©videmment le poème Finlandia (1899) incarn e Ă  l’aube du nouveau siècle, et au moment des mouvements pour l’indĂ©pendance de la Finlande vis Ă  vis de la tutelle russe, une manière d’étendard patriotique. Un manifeste esthĂ©tique et politique, et un acte de foi partagĂ© par toute une nation opprimĂ©e. Contemporain de Mahler et de Scriabine, Sibelius fait entendre sa voix symphonique, ivre, lyrique, panthĂ©iste, dĂ©veloppĂ©e Ă  la faveur d’une volontĂ© critique exigeante et pourtant jamais diminuĂ©e. C’est l’un des Symphonistes europĂ©ens les plus puissants et orignaux du dĂ©but du XXème siècle.

 

sibelius portrait jeuneCompositeur officiel de l’Etat finnois (créé en 1917), Jean Sibelius est surtout un défricheur et un expérimentateur. Pour autant, inspirée par les légendes finlandaises ou pas, sa quête de perfection formelle n’échappe pas à d’intenses et régulières crises d’inspiration. Beethoven, Debussy, Bartok, Bruckner sont ses maîtres… Jusqu’à 1929, Sibelius compose quasi sans relâche, puis se referme dans une solitude de plus en plus âpre et sans production à Järvenpää, dans la maison nichée au coeur du motif naturel (Ainola), et qui porte le nom de son épouse, Aino. Si l’on ajoute au corpus symphonique, son oeuvre de jeunesse la Kullervo-Symphonie (1892), Sibelius nous laisse 8 symphonies (la Symphonie n°7 est créée en 1924), portée par une volonté inextinguible, irradiante, lumineuse, d’une activité sans trêve, dont les meilleurs chefs savent exprimer l’unité et la cohérence de l’architecture comme les très subtiles interactions organiques. En plus de nombreux poèmes d’après les légendes de son pays, des non moins musiques de scène, le compositeur a laissé un Concerto pour violon d’autant plus inspiré qu’il était lui-même violoniste. Le principe de croissance thématique, opposé à celui plus traditionnelle de sonate classique, semble marquer les oeuvres sibéliennes. Chaque symphonie est un nouveau défi, une nouvelle interrogation. Et l’écriture se fait d’oeuvre en oeuvre, de moins en moins démonstrative, de plus en plus synthétique, essentielle ; elle ne dit pas la vie, elle l’exprime au cœur de son mystère… Sibelius est un visionnaire et prophète qui habité par le sens de sa propre destinée souhaite l’inscrire dans le tout universel et l’éternelle nature. C’est un humaniste panthéiste.

 

 

 



Sibelius_portraitL’idée musicale : les 7 symphonies de Sibelius. Figure nationale, gratifiée d’une pension allouée par l’Etat finlandais pour qu’il compose sans souci de revenu, le compositeur Jean Sibelius nous laisse un corpus symphonique (7 symphonies) de première importance qui dans le sillon de Beethoven, Bruckner, Tchaïkovski trouve une place légitime. Taxée d’illustration pastorale, et parfois de bavardage un brin anecdotique, qui n’atteint pas au souffle malhérien, à son aspiration spirituelle, l’oeuvre orchestrale de Sibelius dépasse pourtant la seule évocation contemplative et méditative de la nature scandinave. A l’opposé de ses poèmes symphoniques d’inspiration nettement folklorique et légendaires, de Finlandia, l’oeuvre emblématique qui le fait connaître sur la scène européenne, les Symphonies sibériennes interrogent la forme et l’écriture, dévoilent la force d’une génie inquiet, audacieux, analytique, expérimental.
Le cycle global s’étend de 1899 à 1924 (pour ce qui est des dates de création de chacune d’elles), et correspond donc aux événements les plus essentiels de l’histoire finnoise: occupation russe, indépendance à partir de 1917. La musique de Sibelius, à la fois tragique et émerveillée, exprime les contradictions et les élans pluriels d’une jeune nation en quête de reconnaissance, d’identité, d’affirmation, d’émancipation. Bien que reconnu à sa juste mesure dès son vivant, Sibelius reste un loup solitaire, reclus dans sa villa atelier à Järvenpäa où à partir de 1929, le silence total et l’absence de nouvelles partitions, font place désormais à une vie qui fut dédiée à la construction de l’oeuvre. Car sous le masque de la fierté et d’une certaine adulation de la grandeur finlandaise, son oeuvre exprime surtout la quête personnelle d’un homme soucieux, occupé par la forme et l’idée musicale, critique envers lui-même, d’une infatigable exigence sur le sens et la finalité de la musique.

 

 

 

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Jean Sibelius : Les Symphonies n°1 à 7 (1899-1924)

sibelius jeune portraitSymphonie n°1 en mi mineur opus 39 (1899)
. Amorcée en 1898, la partition est contemporaine de la décision du gouvernement finlandais d’allouer au compositeur une rente qui se transformera avec la confirmation de son génie musical comme une pension à vie. A 34 ans, Sibelius élargit la trame classique de superbes éclairs romantiques, contrastes, ruptures, effets saisissants des climats opposés, passant de l’un à l’autre en un choc vertigineux… La partition est créée à Helsinki, le 16 avril 1899 sous la direction du compositeur.
Plan: Adagio-Allegro, Andante, Allegro, Finale. Les recherches de couleurs et d’instrumentation se révèlent puissantes et originales (solo de clarinette, mélancolique et presque glaçant, puis solo de violon, lunaire, dans le premier mouvement, bruissement céleste des harpes dans le dernier mouvement…). L’oeuvre souligne combien Sibelius était fervent admirateur de Debussy, moins de Wagner, recherchant la subtilité des alliages de timbres. Mais en maître de l’économie, voire de l’épure, qui n’aime pas les développements, le compositeur contrarie souvent l’ordre et le fil logique d’une réexposition, pour conclure, comme ici, de façon énergique et brutale.

 

 

Symphonie n°2 en ré majeur opus 43 (1902). 
Composée en février et mars 1901, après son poème symphonique Finlandia, la Deuxième Symphonie est la plus connue, conçue lors d’une séjour en Italie à Rapallo. Les partisans de l’indépendance la considèrent rapidement comme un chant nationaliste, qui sur le plan des caractères et des climats se montre comme la Première Symphonie, résolument romantique.
Plan: Allegretto, andante, vivacissimo, finale. Sibelius ouvre sur une forme flottante, irrésolue, fragmentée, mais étonnament chantante, pleine d’une ivresse nostalgique et pastorale. La vivacité s’exprime avec plus d’évidence encore dans le vivacissimo, qui est un scherzo nerveux et agité. Sans pause, le finale qui est enchaîné, semble organiser la puissance et le flux précédemment développés en une exultation croissante. Avec la Deuxième Symphonie, Sibelius ferme le chapitre des oeuvres “classiques et romantiques ». Les opus suivants révèlent une évolution de l’écriture portée sur l’expérimentation et l’originalité, rompant résolument avec une forme nettement moins
explicite et narrative.

 

 

Sibelius_youngSymphonie n°3 en ut majeur opus 52 (1907)
. Initiée en 1904, le cycle symphonique suivant connaît une longue gestation. D’autant que Sibelius compose aussi, Pelléas et Mélisande, entre autres. Le compositeur en dirige la création le 25
septembre 1907 à Helsinki. L’inspiration n’est ni clairement nationaliste ni romantique. La sobriété voire l’épure et l’introspection sont ses partis pris. Sibelius abandonne une certaine lourdeur et densité de la texture pour plus de transparence, d’élévation. En une vision tournée vers la lumière, il semble mieux structurer l’architecture. Déjà s’y amorce la volonté de résumer, fusionner, synthétiser. Plus que trois mouvements, au lieu des quatre traditionnels.
Plan: Allegretto moderato, Andantino con moto, quasi allegretto, finale. Les cordes portent les espoirs du compositeurs et dialoguent avec les bois avec netteté et tendresse. Le Finale dévoile toute l’invention d’un Sibelius éblouissant dans ses options d’orchestrateur, poète des étagements et des alliages entre cordes, cuivres et groupes des bois et des vents: ici, se superposent l’obstination rythmique beethovénienne et, en seconde eau, une matrice coulante wagnérienne. La partition est un chef-d’oeuvre de subtilité, de disparité contrôlée des timbres et des associations de couleurs, sans dilution. La conclusion suit le même chemin audacieux, hors des schémas classiques: césure nette, voire déconcertante.

 

 

Symphonie n°4 en la mineur opus 63 (1911). 
La partition affirme davantage la volonté de rupture amorcée avec la Troisième Symphonie, et même, elle exprime une crise personnelle et artistique chez Sibelius qui a subi une opération éprouvante, après diagnostic d’un cancer de la gorge (1908). Plus critique que jamais sur son oeuvre et sur le milieu musical contemporain, le compositeur s’inscrit contre la modernité contemporaine, souvent bavarde (Strauss). Contre une conception mahlérienne, universelle voire cosmique, la symphonie sibélienne se concentre sur l’équilibre et la pureté essentielle de la forme et du schéma structurel. Les quatre mouvements confinent à l’épure, la synthèse…, contradictoirement au plan classique et à l’héritage des anciens, à l’implicite, voire à l’indicible. D’ailleurs, trop repliée sur elle même, sans développement prévisible et facilement identifiable, la partition de la Quatrième, trop énigmatique, lors de sa création en 1911 à Helsinki (3 avril) suscite déception, froideur déconcertée. Mais Toscanini convaincu par sa vérité et son éloquente profondeur, en sera un apôtre zélé aux Etats-Unis.
Plan: Tempo molto moderato, quasi adagio: introduction sombre et grave qui convoque les mystères et l’étrange et davantage, la vibration d’un autre monde. L’impression de solitude et d’approfondissement introspectif est porté par le violoncelle solo. Dans le troisième mouvement, Il tempo largo, qui suit l’allegro molto vivace, Sibelius pousse plus loin la peinture en un paysage dévasté, archaïque et même primitif où prime le caractère de l’étrange et du nouveau, non sans
tensions et questions irrésolues. Ce que confirme l’ultime mouvement qui installe le climat de la dissonance, de la gravité voire de l’amertume.

 

 

sibelius vieuxSymphonie n°5 en mi bémol majeur opus 82 (1915)
. Créée dans sa version originale (cinq mouvements), le 8 décembre 1915, jour anniversaire des 50 ans du compositeur, la Cinquième Symphonie est rapidement remaniée, sans que Sibelius trouve une forme pleinement satisfaisante. Finalement, il jugera le manuscrit définitif lors de sa publication en 1919 (en trois mouvements). Contemporaine de la Révolution russe et donc de l’indépendance de la Finlande, la partition souscrit à un lyrisme lumineux, rompant avec les deux Symphonies précédentes (n°3 et n°4, déconcertantes et foncièrement personnelles).
Dès le premier mouvement (Tempo molto moderato) se confirme l’état d’ivresse et de lyrisme conquĂ©rant du hĂ©ros victorieux, affirmant un Ă©quilibre d’autant plus significatif que la Symphonie n°4 semblait l’exclure. L’andante mosso, quasi allegretto brosse les dĂ©tails d’un paysage arcadien oĂą se love l’émerveillement du compositeur sur le motif naturel. (l’exaltation et le sentiment d’ivresse printanière demeurent les caractères principaux de la Symphonie). Le Finale (Allegro molto) est le plus irrĂ©sistible des trois volets de ce tryptique triomphal: les bois mis en avant chantent la beautĂ© hypnotique de la nature et les dernières proclamations des tutti finaux, Ă©noncĂ©s, dĂ©tachĂ©s comme suspendus (6 au total), expriment une dernière nostalgie avant la conclusion. Une fin vĂ©cue en pleine conscience, qui rĂ©sonne comme une dĂ©livrance et un espoir; vivifiĂ© par l’Ă©noncĂ© assumĂ©, rĂ©alisĂ© d’une aube rĂ©gĂ©nĂ©ratrice. Celle ci clairement exprimĂ©e par la voilure des cors cĂ©lestes, le scintillement des cordes, la jubilation / Ă©piphanie des bois (dont surtout les hautbois associĂ©s souvent aux flĂ»tes) annonce les climats tout aussi suspendues de la 7ème ultime offrande sibĂ©lienne. La parentĂ© des deux opus est Ă  approfondir (mise en avant dans l’intĂ©grale Rattle d’ailleurs). Proche de la 7ème, la 5ème offre un art de la transition entre les sĂ©quences d’une efficacitĂ© semblable. L’opus 82 participe Ă  la conception de la Symphonie fusionnĂ©e en un seul mouvement.

 

 

Symphonie n°6 en ré mineur opus 104 (1923)
. Amorcée dès 1919, au moment où Sibelius met au propre la dernière version (tripartite) de sa Cinquième Symphonie, la Sixième est produite sur quatre années, et créée le 19 février 1923 à Helsinki. Retour à l’épure et à la concision d’une “eau pure”, parfaitement modale, dans le souvenir vénéré de Palestrina. Mais sous l’apparente douceur, règne l’imminence des orages sourds. En quatre mouvements, la Sixième est l’une des plus courtes symphonies écrites par Sibelius (moins de 30 minutes).
Plan: après l’Allegro molto moderato (développé sur un seul thème: pas de second sujet comme d’ordinaire dans le plan sonate), Sibelius imagine son deuxième mouvement “allegro moderato”, comme un épisode lunaire, intime, totalement introspectif. Enfin après “Poco vivace” (plutôt bref, moins de trois minutes, d’une nervosité syncopée et tendre), le Finale construit en rondo sur quatre épisodes, est le mouvement le plus libre, avec l’expression d’une hypersensibilité qui semble trouver difficilement le fil de son équilibre. La fin entre transparence et fragilité exprime une inquiétude, le sentiment profond d’une certaine impuissance ? Les ruptures de climats, les fragmentations des rythmes, la science de l’orchestration atteignent un nouveau sommet.

 

 

Sibelius-jean-dossier-special-150-ans-1865-2015Symphonie n°7 en ut majeur (1924). 
Créée à Stockholm dès le 24 mars 1924, la dernière symphonie de Sibelius ne sera entendue du public finlandais qu’en 1927. En un seul mouvement, elle pourrait s’apparenter à une fantaisie symphonique, mais son développement d’une irrépressible croissance organique, traversée par un souffle depuis son début, porte les ultimes recherches du compositeur, qui fusionne tous les mouvements en un seul. Et de façon génial. La hauteur de l’inspiration qui s’y déploie, de façon noble et sereine, a conduit le chef Serge Koussevitsky à nommer Sibelius, de Parsifal Finlandais. Le sentiment de majesté est induit par les trombones, instruments phares de la partition. C’est une élévation progressive, continue qui traverse au-dessus des cimes, nuages, épisodes plus sombres et déséquilibrés, puis se réalise dans la pleine sérénité. Sibelius y conçoit une orchestration des plus fines (flûtes, hautbois, bassons…). Porteuse de visions d’illuminations personnelles, la partition devait être suivie d’une huitième Symphonie. Mais le compositeur détruira les amorces de la nouvelle construction, pour ne laisser en guise de testament musical, que sa septième et dernière Symphonie.

 

 

 

Sibelius_youngLe Concerto pour violon de Sibelius en ré majeur est assurément son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposé naturellement auprès du public. L’opus 46 en ré majeur fut composé en 1903 et, après révision, créé sous la direction de Richard Strauss en 1905 à Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “Aïnola”, à Jarvenpaa, en pleine forêt, à 30km d’Helsinki. Longtemps minimisé en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa néanmoins en raison des difficultés techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuosité exigente, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intériorité, économie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualités qui se sont révélées grâce à la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique néo-romantique, la partition développe une forme libre, rhapsodique, même si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. Même si l’inspiration naturelle, panthéiste, du compositeur s’exprime avec clarté, en particulier d’après le motif naturel des forêts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions méditerranéennes vécues pendant son séjour en Italie.

 

 

discographie 2015

Retrouvez ici les sorties discographiques incontournables parues ou rééditées en 2015 pour les 150 ans de Sibelius

 

 

 

 

 

rattle-simon-birmingham-jean-sibelius-complete-symphonies-integrale-des-symphonies-critique-review-classiquenews-juin-2015-4cd-warner-classicsCLIC D'OR macaron 200Jean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies, Les OcĂ©anides, Opus 55 (Simon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra / 4 cd Warner classics). Formidable travail de Rattle Ă  la fin des annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90, soit en plein boom du compact : les instrumentistes du Symphonique de Birmingham (City of Birmingham symphony Orchestra), manifestement galvanisĂ©s par leur directeur musical, atteignent une cohĂ©rence d’approche, une qualitĂ© et une unitĂ© technique phĂ©nomĂ©nale qui Ă  l’Ă©preuve des climats et atmosphères d’un Sibelius mĂ©ditatif, philosophe, panthĂ©iste permettent d’Ă©galer les meilleures phalanges europĂ©ennes et amĂ©ricaines. Le cd 1 est une immersion sans rĂ©serve ni hĂ©sitation d’aucune sorte dans le grand bain trĂ©pidant de la texture sibĂ©lienne (premier mouvement tellurique et fracassant): cosmogonie orchestrale au diapason de la nature ocĂ©an dont la vitalitĂ©, l’ivresse symphonique est magistralement comprise par le chef. Son irrĂ©pressible urgence, affirmation de la volontĂ© et d’une pulsion viscĂ©rale ancrĂ©e, qui s’expose et se dĂ©veloppe sans retenue mais avec beaucoup de finesse et de rĂ©flexion dans l’Ă©quilibre des pupitre (cordes / cuivres) s’affirme nettement. Le cd 2 est en ce sens des plus emblĂ©matiques d’une comprĂ©hension intuitive et instinctive plus que convaincante, Ă©lectrisante : la Symphonie n°2 est son appel furieusement Ă©nergique Ă  l’hĂ©donisme paien, la 3 qui suit, Ă  la fois plus intĂ©rieure et mahlĂ©rienne, quoique aussi dansante et Ă©chevelĂ©e que sa prĂ©cĂ©dente, suffit Ă  mesurer l’engagement de l’orchestre britannique dont Simon Rattle fait une formidable machine sensible oĂą triomphent l’unisson aĂ©rien des cordes, l’Ă©clat des bois et des vents, la tension colorĂ©e et chaude des cuivres, le tout magnifiquement structurĂ©, dans un Ă©quilibre toujours clair des pupitres. LIRE la critique intĂ©grale du coffret SIBELIUS : complete symphonies by Sir Simon Rattle (intĂ©grale des Symphonies, 4 cd Warner classics)

 

 

 

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CLIC_macaron_2014CD. Coffret Ă©vĂ©nement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef Ă  s’intĂ©resser spĂ©cifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici rĂ©Ă©ditĂ© en version remastĂ©risĂ©e, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, première intĂ©grale enregistrĂ©e au disque par le maestro quadragĂ©naire (Bernstein est nĂ© en 1918).  L’épopĂ©e visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intĂ©grale des Symphonies de Sibelius, en complicitĂ© avec le Philharmonic de New York, remonte Ă  mars 1960 (7ème en Ă©tat d’incandescence instrumentale : certainement le point le plus avancĂ© de sa rĂ©flexion sur la texture et le sens de l’Ă©criture sibĂ©lienne) et jusqu’à mai 1967 (6ème). C’est la première intĂ©grale de l’histoire du disque.

Leonard-bernstein-1960En vérité, la connaissance de Bernstein et son amour pour le Finnois remontent à beaucoup plus loin. Assistant à Tanglewood du même Koussevitzky, le jeune Bernstein des années 1940 apprend auprès de son maître, une maîtrise orchestrale inédite et aussi un goût spécifique pour les symphonistes du XXè. Ecartant Richard Strauss, il s’engage logiquement pour Gustav Mahler (prolongeant l’oeuvre de Bruno Walter) et surtout se passionne avec un zèle d’une juvénile ardeur pour le catalogue sibélien. Les 7 Symphonies de ce coffret en témoignent, de surcroît dans une prise de son remastérisée qui dévoile tout ce travail sur l’équilibrage des pupitres et le choix des tempo, d’un mouvement à l’autre, d’une symphonie à l’autre. Dès 1960, dans la 7ème, Bernstein opte pour une vision élastique et versatile des tempo selon les mouvements : ralentissant volontiers pour mieux accuser la profondeur poétique des atmosphères (comme dans l’Adagio étiré de la 2ème ; introspection étale – trop?-, dans le Finale de la 4ème de 1909), tout en assurant la continuité et le jeu des correspondances organiques d’une séquence à l’autre. Bernstein assure la vision de l’architecte tout en ciselant des détails d’ornementation ou d’orchestration saisissant de finesse. LIRE notre compte rendu critique complet du coffret Bernstein 2015 : remasterised edition / The Symphonies (7 cd SONY classical)

 

sibelius-edition-sibelius-coffret-14-cd-critique-presentation-review-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-4795102_Sibelius_Edition_PackshotCLIC_macaron_2014Coffret Sibelius edition (14 cd Deutsche Grammophon). Le 8 décembre 2015 marque les 150 ans de la naissance du plus grand compositeur finlandais post romantique Jean Sibelius (1865-1957). C’est aussi après Malher, l’artisan de la plus stimulante épopée symphonique du XXème siècle, aux côtés des Français Debussy et Ravel. Auteur d’un catalogue resserré porté par une exigence formelle de plus en plus radicale, le symphoniste fait évoluer le langage musical à l’époque de Mahler et après lui : Deutsche Grammophon édite en un coffret événement, l’héritage musical détenu dans ses archives sonore. Une somme incontournable qui souligne l’accomplissement de l’écriture orchestrale pure (7 Symphonies par Bernstein, Okko Kamu et surtout Karajan qui dirige ici les Symphonies 4,5,6 et 7). C’est aussi l’occasion de mesurer l’ampleur poétique de son cycle pour orchestre, choeur et solistes (soprano et baryton) :  Kullervo opus 7 (version originale par Jorma Panula, Turku Philharmonic orch), tous les poèmes symphoniques (En saga, Rakastava, Finlandia, l’excellente Chevauchée nocturne et aurore opus 55…), évidement le Concerto pour violon par Anne Sophie Mutter et André Prévin, sans omettre les subtiles mélodies pour basse et bartyon (solistes : Kim Borg et Tom Krause) ; le coffret comprend également la musique de chambre (Quatuor Voix intimes / Voces intime opus 56 (Emerson Quartet) et bien sûr les musiques de scène dont la Suite Christian II par Neeme Järvi (Gothenburg Symphony Orch), Pelléas et Mélisande opus 46 par Horst Stein et l’Orchestre de la Suisse romande ; les Scènes historiques I et II (opus 25 et 66), Scaramouche et Le Cygne blanc opus 54, surtout les deux Suites de La Tempête (Jussi Jalas, Hungarian State Symphony Orch). Un festival orchestral varié et affûté au service d’un maître de l’écriture symphonique dans la première moitié du XXème siècle. Les amateurs seront comblés, les curieux non encore convaincus, très intéressés et mis en appétit. Coffret «  Sibelius édition » , 14 cd Deutsche Grammophon, CLIC de classiquenews.com (livret notice en anglais et allemand). LIRE notre présentation et compte rendu critique du coffret Sibelius 2015

 

 

sibelius warner historical recordings 1928 1945 warner box 7 cd coffret critique review compte rendu critique CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique. Jean Sibelius : Historical recordings and rareties 1928 – 1945 (7cd Warner classics). Des gravures “historiques”, – soit les premières dans l’histoire du microsillon, celles par exemple de Robert Kajanus (avec le London Symphony orchestra en juin 1932 (Symphonies 3 et 5, d’une irrĂ©pressible tension complĂ©tĂ©e par un grande subtilitĂ© expressive, en particulier cette Ă©coute de l’urgence intĂ©rieure, cette dĂ©termination lyrique et parfois avant Bernstein, Ă©chevelĂ©e, dĂ©lirante mais si juste, et ce souci du lien organique structurant les parties entre elles), surgit une leçon d’interprĂ©tation qui fait tout l’intĂ©rĂŞt du prĂ©sent coffret de 7cd Ă©ditĂ© par Warner et qui pour la plupart regroupe des chefs travaillant Ă©videmment Ă  Londres et que Sibelus a pu connaĂ®tre, et dont il a pu pour certains, valider leur propre approche. C’est Ă©videmment le cas de Robert Kajanus dĂ©cĂ©dĂ© en 1933 qui est d’autant plus exemplaire parmi les pionniers et dĂ©fenseurs de la première heure sibĂ©lienne, qu’il a crĂ©Ă© nombre de ses Ĺ“uvres, ou les a fait connaĂ®tre en Europe hors de Finlande avec la complicitĂ© du MaĂ®tre. Compositeur lui aussi, Ă©galement auteur d’un Symphonie Kullervo (comme la pièce de Sibelius), Kajanus entre 1890 et jusqu’à sa mort, ne cesse de faire connaĂ®tre les Ĺ“uvres de son compatriote : Kajanus dirige le premier orchestre symphonique d’Helsinki au dĂ©but des annĂ©es 1880 puis joue (entre autres) les oeuvres de Sibelius Ă  Paris pour l’expo Universelle de 1900 (Symphonie n°1, Suite du roi Christian II, Le cygne de Tuonela, Finlandia et Le retour de Lemminkäinen… soit une synthèse de l’univers sibĂ©lien. C’est cependant un Ă©clairage sur son engagement sibĂ©lien des annĂ©es 1930 que Warner met ici en lumière. LIRE la critique complète du coffret Jean Sibelius : historical recordings 1928 – 1945 (7 cd, Warner)

 

 

 

CLIC_macaron_2014Le Concerto pour violon de SibeliusCD, coffret. Compte rendu critique. Sibelius great performances : Collins, Gibson, Rosbaud, Beinoum, Tuxen, Monteux… (11 cd). Le coffret historique signĂ© Decca confirme la justesse des grands sibĂ©liens des annĂ©es 1950 : Tuxen, l’inĂ©galable Collins Ă©videmment ici intĂ©gralement remastĂ©risĂ©, surtout nos deux prĂ©fĂ©rĂ©s : Pierre Monteux et Alexander qui chacun Ă  sa manière, rĂ©gĂ©nère la leçon première de Collins mais avec une touche d’Ă©lĂ©gance analytique supplĂ©mentaire qui s’avère exceptionnelle chez l’un comme chez l’autre. D’emblĂ©e l’affiche promet le meilleur en effet : complĂ©ment au rĂ©cent coffret Warner regroupant les versions historiques propres aux annĂ©es 1930 (Sibelius : Historical recordings : 1928 – 1945 7 cd, CLIC de classiquenews lui aussi) et dĂ©jĂ  en majoritĂ© britanniques (preuve d’un engouement phĂ©nomĂ©nal pour Sibelius chez nos confrères anglo-saxons dès avant la seconde guerre mondiale), voici la preuve que la faveur anglaise pour le Finnois après la guerre ne s’est pas dĂ©mentie, et comme le prouvent ces archives Decca, dans les annĂ©es 1950, a mĂŞme gagnĂ© une flamme exceptionnelle : les Symphonies par Anthony Collins (auteur d’une intĂ©grale londonienne entre 1952 et 1956, ou le Concerto pour violon par l’excellent, ardent, voire incandescent et super Ă©lĂ©gant soliste Ruggiero Ricci (1958) restent des accomplissements lĂ©gendaires. Comme la fièvre millimĂ©trĂ©e d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance (Monteux), d’un dramatisme dĂ©taillĂ© (Gibson), des autres sibĂ©liens qui sur le mĂ©tier symphonique Ă©laborĂ© par un gĂ©nie de l’écriture orchestrale, font preuve d’une Ă©gale implication sidĂ©rante. Aux cĂ´tĂ©s du LSO, le Concertgebouw d’Amsterdam (Beinoum) et le Berliner Philharmoniker (Rosbaud) affirment eux aussi un engagement suprĂŞme au service de partitions captivantes il faut bien le reconnaĂ®tre. Aucun doute, mises en perspective, tant de lectures aussi passionnantes, confirment bien, aux cĂ´tĂ©s de la richesse diverse des interprĂ©tations, l’indiscutable gĂ©nie de Sibelius, le plus grand symphoniste du XXè après Ravel, Mahler, Strauss.

 

 

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collins AnthonyCollins2Les 7 Symphonies, par le chef pionnier et visionnaire Anthony Collins, véritable fleuron inestimable des archives Decca, dévoilent à qui ne le connaissait pas, l’exceptionnel talent de barde prophétique du chef britannique, capable d’insuffler la transe et la fièvre, mais aussi une intensité de braise à son orchestre (LSO), de surcroît ici dans un traitement remastérisé : sens du détail, sens de la construction, élan souverain, surtout fluidité organique d’un geste qui semble s’abreuver du lyrisme sibélien comme une source régénératrice. Bien avant les Bernstein ou les Karajan, visions si divergentes et somme toute complémentaires – le dyonisiaque et l’Appolonien-, voici le premier d’entre eux, redevable de l’ami Kajanus, chef et compositeur, fervent interprète des symphonies de Sibelius hors de Finlande : dans les années 1950, soit 20 ans après Kajanus, Anthony Collins partage la même foi passionnée, cette profondeur et cette énergie éruptive qui fait battre tout l’orchestre au diapason d’un seul cœur, celui de la miraculeuse nature. Collins avait compris combien le langage de Sibélius était génial en tant que dernier grand symphoniste post romantique. Sa lecture de la Symphonie n°7 (1954) est un modèle de précision, d’engagement, à la fois détaillé et ciselé mais aussi intense et dramatique. La houle qu’il y déploie reste inégalée, d’une irrépressible attractivité par sa puissance et sa justesse. Des mouvements enchaînés en un seul, le chef tisse une fresque portée peu à peu à sa température de fusion pour que se libère en fin de cycle (à 16mn, après 19mn), la formule clé : ni répétition, ni redite, ni développement abusif, tout l’art de l’éloquence resserrée de Sibelius se concentre ici dans une direction économe, détaillé, surexpressive et étonnamment juste. LIRE notre critique complète du coffret DECCA : Sibelius, the great performances