Compte-rendu critique opéra (streaming). Dijon, le 11 déc 2020. Luigi ROSSI : Il Palazzo incantato / Le palais enchanté. Murgia / Alarcon

ROSSI-PALAIS-ENCHANTE-opera-dijon-streaming-live-critique-opera-chez-soi-on-line-critique-classiquenewsCompte-rendu critique opéra (streaming). Dijon, le 11 déc 2020. Luigi ROSSI : Il Palazzo incantato / Le palais enchanté. Murgia / Alarcon. L’Opéra de Dijon marque le départ de son directeur Laurent Joyeux avec cette recréation de l’opéra de Luigi Rossi, Le Palais enchanté (Il Palazzo incantato), retransmis sur internet en huis clos du 11 au 31 décembre 2020 (accès gratuit). L’ouvrage est un bon repère dans l’histoire de l’opéra romain baroque sous le pontificat fastueux d’Urbain VIII : créé en février 1642, au Palais Barberini, l’année de l’Incoronazione di Poppea du Vénitien Monteverdi… L’année est donc celle d’une maturité inédite et inouïe du théâtre lyrique italien. Quand la France ne produira son premier opéra national que… 30 ans plus tard (Lully, Cadmus et Hermione, 1673).

 

Palais labyrinthe
de la guerre amoureuse

 

 

 

Le Cardinal Giulio Rospigliosi (futur Clément X) écrit le livret inspiré du labyrinthe amoureux de l’Arioste (Roland Furieux). En décrivant vertiges et égarements des amoureux, proies de l’Amour cruel et acide, le texte sanctifie a contrario les délices de l’amour sacré et spirituel.
Ici le chef LG Alarcon souligne sans emphase toute l’invention d’un Rossi favorisé par la cour pontificale romaine : une séduction fastueuse qui allait aboutir à son Orfeo, créé à Paris en 1647. 16 solistes permettent une libre combinaison vocale où le choeur est aussi sollicité. Les instrumentistes de La Cappella Mediterranea cultive l’étonnante suavité de l’écriture rossienne, en phase avec le decorum de la Rome des Papes baroques.
Le metteur en scène Fabrice Murgia, par ailleurs directeur du Théâtre national Wallonie-Bruxelles, troque l’architecture romaine baroque contre des lieux contemporains d’une inhumanité froide, désincarnée, à l’image du désarroi intérieur de chaque personnage : prison, aéroport, hôtel standardisé… tandis que le grand écran au dessus de la scène, scrute l’action, les mouvements des chanteurs et focuse sur leur visage, fixant leur trait démultiplié comme pour mieux dévoiler le désarroi qui les anime, la souffrance qui les éreinte. L’étouffement et l’impuissance collective dominent, jusqu’au déroulement de l’acte III quand point la blancheur d’un rideau de salvation : l’amour peut être heureux. Mais pour aimer, il faut combattre.

Dans cette arène des possessions et des emprises passionnelles, donc douloureuses, les chanteurs sont de jeunes tempéraments qui séduisent et convainquent. Deanna Breiwick et Fabio Trumpy incarnent Bradamante et Ruggiero, deux personnalités ardentes et vocalement très investies. D’une manière générale, tous les rôles sont bien caractérisés ; certains chanteurs assurant même plusieurs parties, comme c’est le cas de Mariana Flores, soprano plastique et mordante tour à tour Magie au Prologue, Marfisa confidente de Bradamante, Doralice). Distinguons entre autres, le mage assuré, expressif de Mark Milhofer ; l’Angelica piquante et charmante d’Ariana Venditelli ; l’Orlando toute en noblesse virile( et aussi en vertiges intérieurs) de l’excellent baryton Victor Sicard ; l’Astolfo de Valerio Contaldo, sans omettre le nain ambivalent, messager parfois inquiétant du contre-ténor Kacper Szelazek. Le chœur de Namur inspire au choristes dijonais une classe irrésistible. Brillant écho aux chants solistes qui exprime aussi le cheminement souvent incertain d’une humanité en marche et soumise à des lois qui la dépasse et l’inféode. Production riche en rebonds et événements de cette guerre d’amour si fascinante sous la plume d’un Rossi manifestement saisi par les soubresauts que produit Amour malicieux ; reprises (si la covid le permet) à Nancy et Versailles. A noter des problèmes de son et de synchronisation (image vidéo et son) qui affaiblissent l’expérience digitale.

Le Palais enchantĂ© mis en scène par Fabrice Murgia (© Gilles Abegg – OpĂ©ra de Dijon)

 

 

 

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VOIR l’opéra chez soi
ROSSI : Le Palais enchanté à l’Opéra de Dijon / en REPLAY jusqu’au 31 décembre 2020 :
https://opera-dijon.fr/fr/au-programme/calendrier/saison-20-21/le-palais-enchante/