Compte rendu, concert. Paris. Salle Gaveau, le 14 février 2014. Le mystère Bizet, de et par Eric-Emanuel Schmitt. Avec Karine Deshayes, mezzo soprano. Philippe Do, ténor. Nicolas Stavy, piano.

bizet_mystere_schmitt_theatre_operaCompte-rendu : Le Mystère Bizet … En près de deux heures, Eric-Emanuel Schmitt démêle la carrière d’un génie romantique français : Georges Bizet. Un génie précoce et trop prometteur, puis des aléas et beaucoup de compromis (malheureux ?), enfin l’accomplissement grâce à son dernier opéra (il était temps) : Carmen, coup de génie mais qui demeure de son vivant totalement incompris.
Il y a bien un mystère Bizet qui interroge surtout sa mort et donc réclame des éclaircissements … ce en quoi le déroulement du spectacle nous satisfait.
Georges qui vient de livrer l’Å“uvre de sa vie : Carmen, en 1875, son opéra le plus abouti et aussi le plus autobiographique, ne se remettra jamais d’une mauvaise baignade à Bougival. Il n’avait que 36 ans. Acte suicidaire manqué (à quelques jours de décalage cependant) ou assassinat astucieusement maquillé, nul le saura peut-être jamais, quoiqu’en dernier recours, – à l’extrême fin de la soirée, Eric Emmanuel Schmitt apporte en enquêteur zélé et passionnant, une pièce nouvelle au dossier : pièce maîtresse en vérité qui permet de comprendre le contexte sentimental dans lequel le compositeur a vécu ses derniers instants.

 

le dernier spectacle musical d’Eric-Emanuel Schmitt

Le mystère Bizet : Carmen… c’est moi !

 

Les deux heures de spectacle s’écoulent ainsi comme une évocation théâtrale et musicale plutôt bien rythmée, alternant récit et musique, que le piano de Nicolas Stavy (pas toujours à l’écoute réelle des chanteurs car il joue souvent trop fort) rehausse encore en jouant des Chants du Rhin (1865), L’Aurore et Le Retour… La musique de Bizet commence ici par une baignade pour finir comme un anéantissement liquide, en une évocation magistralement pilotée par l’écrivain comédien, avocat argumenté pour la défense du génial compositeur.
Après avoir été ce symphoniste inouï de 17 ans (Symphonie en ut) capable de dépasser son maître Gounod, Bizet poursuit à l’époque du Second Empire quand règne le comique déjanté d’Offenbach, une carrière parisienne plutôt chaotique, jalonnée d’Å“uvres souvent inégales (évoquées par extraits : Le docteur Mircale de 1857 ; La Jolie fille de Perth de 1867 …), surtout détruites par la compromission d’un esprit qui veut réussir et plaire. Pourtant ce que dévoile la soirée, tel un fil conducteur très bien identifié, c’est la quête d’une sensualité toujours plus immédiate et âpre à laquelle le mezzo velouté et de plus en plus assurée de Karine Deshayes offre son timbre rayonnant, sa présence ensorcelante jusqu’à incarner une Carmen d’une justesse exemplaire. Quelle cantatrice et quelle présence. Sans chichi, d’une sincérité admirable.

Des Adieux de l’hôtesse arabe (sur le poème de Victor Hugo), à Djamileh (1872), se profile et s’impose peu à peu, sur fond d’orientalisme, la figure de la femme libre et audacieuse, furieuse et passionnée, l’égal féminin de Don Giovanni : Carmen. Tout le spectacle prépare à comprendre ce qui fait la modernité et la grandeur philosophique du personnage inspiré de Mérimée… pas moins de cinq extraits (solos et duos) exprime la chair incandescente de cette femme monstrueusement humaine. Généreux dans son enquête, le récitant habité nous immerge même dans l’atelier de Bizet occupé à composer sa fameuse habanera ” l’amour est un enfant rebelle ” : inspiré par une mélodie originelle signée Sebastian Yradier ( El Arreglito), Bizet reprend, réécrit le texte pour accoucher d’un air à jamais universel : les deux versions comparée sont d’un apport éloquent. Bizet est bien comme le peintre Manet, ce passionné d’Espagne, au style franc, immédiat, d’une sensualité directe voire scandaleuse.

Accessible, précis, souvent drôle, le texte écrit par Eric-Emmanuel Schmitt compose le plus bel hommage rendu à Bizet. Son admiration pour Carmen s’expose en un playdoyer très argumenté qui nous fait prendre conscience de la sauvagerie fascinante d’une Å“uvre qui scandalisa par sa crudité. Doué d’une bel empathie, le charismatique écrivain nous fait aimer Carmen… une partition qui aurait pu être composée par Mozart sur un livret de Nietzsche. Et si à l’opéra, le seul véritable héros, digne de tous les éloges était une … femme ? L’art d’apprendre et de se divertir nous est ici révélé. A voir et à écouter de toute urgence. Brillant.

 

Paris. Salle Gaveau, le 14 février 2014. Le mystère Bizet, de et par Eric-Emanuel Schmitt. Avec Karine Deshayes, mezzo soprano. Philippe Do, ténor. Nicolas Stavy, piano.

Le mystère Bizet, Spectacle musical d’Éric-Emmanuel Schmitt

bizet_mystere_schmitt_theatre_operaParis, salle Gaveau. Spectacle musical : Le Mystère Bizet. Le 14 février 2014, 20h30. Dans la mise en scène de Steve Suissa, l’écrivain mélomane Eric-Emmanuel Schmitt évoque lui-même la vie et l’oeuvre du compositeur Georges Bizet, l’éternel auteur de Carmen à l’opéra (1875). Mort prématurément à 36 ans, quelques jours après la création (désastreuse pour lui) de Carmen, Bizet demeure le plus grand génie musical français et sa mort prématurée, une catastrophe insurmontable de l’histoire de la musique. Sur scène, deux chanteurs parmi les plus subtils qui soient, interprètes indiscutables du chant français, la mezzo soprano Karine Deshayes, et le ténor Philippe Do. Le pianiste Nicolas Stavy les accompagne dans plusieurs pages musicales extraites du catalogue de Bizet : Nocturne n°1, L’Aurore, Le Docteur Miracle, Variations Chromatiques, Les Adieux de l’hôtesse arabe, Le Retour, La Jolie Fille de Perth, Djamileh, et bien sûr Carmen.
Karine Deshayes publie en janvier 2014 un cd remarqué dédié aux héroïnes romantiques françaises (Cantates de Cherubini, Boisselot et Hérold : Circé, Velléda, Ariane). la cantatrice chante aussi Charlotte dans Werther de Massenet sur les planches de l’Opéra Bastille, aux côtés de Roberto Alagna, jusqu’au 12 février 2014.

 

 

spectacle musical

Le Mystère Bizet

De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
vendredi 14 février 2014, à 20h30

 

 

schmitt_eric_emmanuel_bizetBizet, Carmen et la mort … Pour Eric-Emmanuel Schmitt, Bizet reste un cas à part dans l’histoire des compositeurs. Génie dès 17 ans (révélé triomphant par sa Symphonie en ut, laquelle dépasse en vérité Gounod pour atteindre le souffle juvénile magnifique de Mozart et de Mendelssohn), Bizet cesse de l’être une bonne partie de sa carrière … car il veut réussir donc séduire, acceptant les compromission voire certaines faiblesses, injures inévitables à son tempérament premier. Mais juste avant de mourir, le compositeur trentenaire retrouve pour son ultime chef d’oeuvre Carmen, l’élan d’une activité entière, déterminée, sans concession.
Eric-Emmanuel Schmitt raconte le Paris difficile et dévorant dans lequel le compositeur d’opéras tente de trouver sa place. L’écrivain relève quelques éclairs dans Les Pêcheurs de Perles, Djamileh, puis surtout Carmen. Si Nietzsche avait composé un opéra, il aurait pu s’agir de Carmen. Comme on le dit de Don Giovanni pour Goethe. Lequel précisait le compositeur auquel il se serait référer : Mozart.

 

bizet_georges_carmenMusique légère d’un génie noir. Mais dans le cas de Carmen, ce sont les mots et la pensée de Nietzsche qui éclaire la modernité et la puissance phénoménale du dernier opéra de Bizet. Amorale mais non immorale, sans dieux ni règles, Carmen est libre… de se soumettre au destin. Figure tragique, noire … la jeune femme déchire l’équilibre illusoire de la société puritaine et bourgeoise, mais sous la plume de Bizet, avec des couleurs légères et claires – méditerranéennes, comme Mozart quand il écrit Don Giovanni dans le style d’une comédie. Carmen est sans mémoire… elle n’a ni passé ni futur et se dépense dans l’instant ; c’est une énergie qui se consume, et qui refuse de lutter contre la nature. La dignité et l’intelligence est d’accepter le destin donc la mort. C’est pourquoi au moment venu, elle se livre sans résistance (sous la lame du couteau de José). On peine encore à mesurer le sens et l’enseignement de cette leçon de force et de liberté. La musique de Bizet offre à l’action et au profil des protagonistes, une vérité saisissante, mais avec une élégance de style totalement irrésistible. Si Don Giovanni pourrait être le surhomme dont parle Nietzsche, Carmen est à coup sûr la surfemme que le philosophe aurait aimer rencontrer… Visionner l’entretien de Eric-Emmanuel Schmitt à propose de Bizet et de Carmen.

 

Pourquoi allez voir le spectacle musical : Le Mystère Bizet ?

 

Pour la présence vocale et le velours dramatique de la mezzo Karine Deshayes
Pour la vision affûtée personnelle d’ Eric-Emmanuel Schmitt
Pour mieux connaître la vie de Bizet dont la carrière si tout semble préparer à l’ultime chef d’oeuvre Carmen, ne se réduit cependant pas à ce seul opéra …

“Connaissez-vous l’histoire de ce garçon qui fut génial à dix-sept
ans, puis qui cessa de l’être ? Vous pensez que je parle
d’Arthur Rimbaud ? Pas du tout…”

spectacle musical

Le Mystère Bizet


De et par ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Salle Gaveau, Paris 8e
VENDREDI 14 FÉVRIER 2014, à 20h30

Salle Gaveau
Paris 8ème ardt
45-47 rue de la Boétie

Réservations : 01 49 53 05 07
www.sallegaveau.com

 

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Illustration : Eric-Emmanuel Schmitt © Corbis, Bizet (DR)

 

 

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