CD événement, critique. VIVALDI : Argippo (Biondi, 2 cd Naïve, 2019)

1092389CD événement, critique. VIVALDI : Argippo (Biondi, 2 cd Naïve). Les plus rétifs souligneront combien la réalisation dont il est question ici, est un patchwork qui émiette sa valeur par son éclectisme puisqu’il s’agit en réalité d’une combinaison d’airs certes de Vivaldi mais aussi de ses contemporains : Pescetti, Galeazzi (qui écrit le grand air d’Argippo à la fin du II : « Da più venti combattuta »), et même les plus connus Hasse et Porpora. Ce à quoi nous rétorquerons qu’a contrario d’être « léger » ou fragile, le document, ainsi intégré dans l’intégrale des opéras vivaldiens, permet de rétablir l’ écriture du Vénitien dans le contexte artistique de son époque, confrontée à ses rivaux dont surtout les napolitains ; car Vivaldi incarne la fureur vénitienne ; une palpitation vibratile et rythmique qui lui est propre et qui s’impose irrésistiblement ici dans ce jeu finalement profitable des comparaisons. L’air du personnage de Zanaida, fille du souverain Tsifaro, au début « Se lento ancora il fulmine » imprime une frénésie volubile emblématique de tout l’ouvrage, défendu alors par la stricte connaissance des possibilités de la chanteuse légendaire Anna Giro, contralto coloratoura, muse, compagne, infirmière du Pretre Rosso ; un défi que relève superbement la française Delphine Galou, sur la crête fragile, ardente d’un cœur furieux d’avoir été trahi puis abandonné ; son air qui suit au II (« Io son rea dell’onor mio ») affirme une autre qualité dans le portrait de cette jeune princesse blessée, souffrante, délirante : l’esprit d’une vengeance acharnée : en implorant chez son père, la férocité du juge, Zanaida entend qu’il assassine le traître dont elle est victime. De même l’air du III de Silvero : « Se la bella tortorella » exige une vocalità d’agilité et de tendresse qu’incarne très bien le seconde contralto de la distribution, l’excellente Marianna Pizzolato. Dans ce labyrinthe de vertiges et ressentiments, l’Osira d’Emöke Baráth, affirme son beau soprano dramatique, tout autant articulé, éclatant et mordant dans la passion paniquée, celle d’une épouse qui ne sait plus si elle peut craindre pour sa vie ni compter sur la fidélité de son mari Argippo (« Un certo no so che… »).
Vivaldi montre ici qu’il sait écrire pour voix de basse, en rien formatée ni standardisée, mais habitée par une pulsion sensible (air de Tsifaro au II : « A piedi miei svenato », plein d’énergie vengeresse au diapason de sa fille qui réclame que le sang soit versé).

A partir des exécutions crées à Vienne et Prague en 1730 (dirigées par Vivaldi alors), puis Darmstadt (sous la conduite de l’impresario Peruzzi), l’opéra vivaldien est alors devenu un « pasticcio » (une compilation d’airs dérivés de plusieurs opéras précédents, écrits par Vivaldi et d’autres compositeurs), le musicologue Reinhard Strohm a recomposé en somme une version « idéale » qui pourrait être celle du spectacle vendu par Vivaldi au producteur Peruzzi, et présenté à Venise début 1732 : le Pretre Rosso y compilait ses propres airs, en complicité avec les compositeurs Pescetti et Galeazzi …
CLIC D'OR macaron 200Dans ce festival d’arias de diverses mains, la cohérence des voix, chacune caractérisant parfaitement profils psychologiques et enjeux de situations, opère en conviction et allant dramatique ; le jeu des instrumentistes, en effectif resserré,- que des cordes (pas de timbres pastoraux ni martiaux : ni bois ni cuivres) offre une superbe voile aérée, toute en motricité fouettée et nerveuse, qui sait aussi nuancer ses effets (la marque de Fabio Biondi depuis sa vision réformatrice des Quatre Saisons). En fin d’impétueuse carrière, Vivaldi qui meurt en 1741 à Vienne, semble toujours aussi furieusement inspiré. Il suit en pleine guerre contre les turcs, le rapprochement économique et culturelle de Venise avec l’Asie et surtout l’Inde, propre aux années 1720 : la figure du Moghol et ici du souverain du Bengale (dans le livret Cingone / Chittagong en désigne la capitale) et de sa cour offrent une source poétique renouvelée (comme en témoigne aussi son Concerto pour violon dit le Il Grosso Mogul RV 208). Voilà pourquoi ce nouveau jalon de l’intégrale Vivaldi chez Naïve, s’impose tout autant que les précédents opus. C’est même au regard de son format court (3 actes en 2 cd), une excellente entrée en matière pour explorer la riche édition Vivaldi opérée par l’éditeur Naïve.

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. VIVALDI : Argippo RV Anh.137. Baráth, Galou, Pizzolato… Europa Galante, Fabio Biondi – enregistrĂ© en Italie en oct 2019 / Vivaldi edition volume 64 / CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

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LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du coffret 2 cd VIVALDI : Argippo / Fabio Biondi / Vivaldi edition 64…

CD événement, annonce. VIVALDI : Argippo (Biondi, 2 cd Naïve)

1092389CD événement, annonce. VIVALDI : Argippo (2 cd Naïve). Grand retour de Fabio Biondi dans l’intégrale des opéras de Vivaldi que poursuit l’éditeur courageux Naïve. Enregistré en Italie il y a quasi 1 an (octobre 2019), voici Argippo de 1730 : un ouvrage tardif, créé à Prague (Théâtre Sporck) et à Vienne, sur le livret de l’excellent Domenico Lalli. A la fois impétueux et expressif, Fabio Biondi apporte ce qui le caractérise et garantit sa pleine réussite chez Vivaldi : un furià poétique qui sait être mordante et grave, active et profonde. Rien de mieux pour réhabiliter le dramatisme lyrique de Vivaldi que d’aucun ont tôt fait de réduire à un geste mécanique, répétitif sans âme. C’est tout l’enjeu de l’intégrale Vivaldi éditée par Naïve : dévoiler le génie du Vivaldi lyrique.
PASSIONS INDIENNES... Dans ce coffret de 2 cd, le geste du chef italien fait merveille : nerveux et nuancé, grâce à un continuo allégé où la souplesse des cordes articule la passion du théâtre vivaldien. D’autant que les personnages sont idéalement caractérisés ici grâce au choix des chanteurs, tous convaincants et particulièrement agiles, soignant autant la puissance émotionnelle des airs que l’articulation dramatique des récitatifs. Voilà qui démontre le niveau atteint par les solistes italiens dans l’interprétation vivaldienne actuelle. Dans une Inde de prétexte, les protagonistes malgré la dignité de leur rang souffrent chacun comme individu : on y retrouve depuis les opéras de Vivaldi inspirés de l’Arioste, ce goût particulier pour les tourments amoureux et les solitudes impuissantes.

CLIC D'OR macaron 200Le père Tisifaro (superbe emploi de basse tragique et noble), sa fille Zanaida, comme le rôle central du roi de Cingone, Argippo et de son épouse Osira, expriment chacun, gouffres et vertiges d’individualités en souffrance. Reconstitué à partir de fragments lyriques et d’un pasticcio, Argippo de Vivaldi est enfin révélé. Prochaine critique complète dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

CD Ă©vĂ©nement, annonce. VIVALDI : Argippo (Biondi, Baráth, Galou, Pizzolato… 2 cd NaĂŻve) – CLIC de classiquenews hiver 2020.

Stabat Mater de Pergolesi

Stabat Mater de PergolesiArte. Dimanche 22 mars 2015, 18h30. Pergolesi : Stabat Mater. Divin poème de la douleur, selon Bellini, le Stabat mater de Pergolèsi est son chant du cygne, tout juste achevé en 1736, à Pozzuoli dans le monastère des pauvres Capucins, (et légué à son maître Francesco Feo) avant qu’il ne meurt de tuberculose ou de la  maladie pulmonaire qui le rongeait depuis son enfance … à 26 ans. La partition est une commande de la Confraternité de Saint-Louis du Palais. Le duo initial en fa mineur impose la profonde et grave prière à deux voix : c’est ensuite une alternance entre solos (Quae maerebat, Eja mater, Fac ut portem, pour contralto ; Vidit suum pour soprano), et duos plus ou moins développés dont l’ample et long Fac ut ardent cor meum, la séquence la plus brillante. D’une durée de 25 mn, les deux solistes vocalisent, se répondent, fusionnent, témoins de la douleur de la Mère accablée au pied de la croix sur laquelle meurt le Fils crucifié.

Arte diffuse le concert filmé dans la Chapelle de la Trinité de Fontainebleau, joyau architectural du XVIIè. L’excellente et rayonnante soprano hongroise Emoke Barath donne la réplique à Philippe Jarousski sous la baguette de la contralto devenue chef d’orchestre, Nathalie Stutzmann.

arte_logo_2013Arte. Stabat Mater de Pergolesi, 1736. Philippe Jarousski, EMoke Barath. Orfeo 55. Nathalie Stutzmann, direction. Dimanche 22 mars 2015, 18h30. Enregistré en 2014, 41 mn.

 

 

 

Approfondir : VOIR la soprano Emoke Barath dans le rĂ©cent enregistrement des FĂŞtes de Polymnie de Rameau, reportage exclusif classiquenews © 2015. La cantatrice y chante le rĂ´le de Polymnie avec une fraĂ®cheur rayonnante… L’air de Polymnie par Emöke Barath est Ă  5’55 prĂ©cisĂ©ment.

Illustration : La Vierge par Pontormo (DR)