CRITIQUE, CD. A ROOM OF MIRRORS (1 cd Gemelli factory, enregistré en janv 2021)

room of mirrors wilder gonzalez toro bel canto cd gemelli factory classiquenews critique reviewCRITIQUE, CD. A ROOM OF MIRRORS (1 cd Gemelli factory, enregistrĂ© en janv 2021) – Avec son ensemble I Gemelli crĂ©Ă© depuis 2018, Emiliano Gonzalez Toro exprime ici les passions et vertiges Ă©motionnels du bel canto italien, ce premier Ăąge d’or du chant monodique, ouvrant l’ùre du premier baroque. La collection d’airs rĂ©unis, pour voix seule ou en duo, rĂ©capitule un foisonnement de genres et de formes auxquels puise un genre Ă  venir : l’opĂ©ra. Le thĂšme du miroir apporte un unitĂ© esthĂ©tique et artistique qui fait la cohĂ©rence : la surface rĂ©flĂ©chissante est l’eau des illusions oĂč l’ñme se perd ; c’est l’image Ă©loquente d’une inquiĂ©tude et d’une intranquillitĂ© propre Ă  la fin du XVIĂš (« Dove ten’vai » de Turini regrette le dĂ©part de l’aimĂ©(e) ; la priĂšre amoureuse, exhorte, insinue une interrogation presque panique voire hallucinĂ©e dont les 2 voix dramatiques, extatiques, expriment une passion exacerbĂ©e, dĂ©terminĂ©e, trĂšs proche de Monteverdi. C’est l’un des sommets irrĂ©sistibles du programme avec l’autre duo de voix imbriquĂ©es, graves, murmurĂ©es : « Intenerite voi » d’Angelo Notari.

Premier ñge d’or du Bel canto italien
l’opĂ©ra avant l’opĂ©ra


Les interprĂštes n’ont pas ratĂ© la sĂ©lection des ariettes choisies. La palette des sentiments y Ă©gale la scĂšne lyrique : la langueur insatisfaite voisine l’élan moqueur et satirique, comme le montre « La vecchia innamorata » de Biagio Marini oĂč le galant prĂ©fĂšre mourir dans la douleur que lui inflige une belle adorĂ©e mais dĂ©daigneuse, plutĂŽt que vivre pour une vieille peinturlurĂ©e et mĂ©prisable ; la charge pleine de vĂ©ritĂ© aigre est idĂ©alement articulĂ©e, vĂ©cue par le tĂ©nor Zachary Wilder qui n’hĂ©site pas Ă  travestir sa voix pour suggĂ©rer les divers registres du texte. L’emprise des amants comme prisonniers ou possĂ©dĂ©s par qui les subjugue, s’exprime en un duo Ă  2 voix enlacĂ©es chez Gregori (« Mai non disciolgasi ») qui semble se dĂ©lecter d’ĂȘtre ainsi enchaĂźnĂ©es
 tandis que la douleur du solitaire inconsolable fait toute la valeur de « Piangono al pianger mio », paysage lacrymal qui accompagne la priĂšre de l’amant perdu, envoĂ»tĂ©, dĂ©muni : ainsi s’affirme l’écriture doloriste, sombre, extatique du dolent Sigismondo d’India dont sont aussi rĂ©vĂ©lĂ©es deux autres piĂšces (« Langue al vostro languir », « Giunto ala tomba », ce dernier inspirĂ© ainsi par les plus grands poĂštes, respectivement Rinuccini, Garini, Torquato Tasso
 un labyrinthe de l’amour blessĂ©, dĂ©fait, en sa grandeur solitaire et vaincue ; dans le dernier air, Emiliano Gonzalez Toro retrouve la couleur de son Orfeo montĂ©verdien : justesse, articulation, prĂ©cision des mĂ©lismes, sincĂ©ritĂ© dĂ©pouillĂ©e du verbe agissant.
Cette possession qui envoĂ»te littĂ©ralement les cƓurs se manifeste aussi en superbes interludes purement instrumentaux : fascination hypnotique de La Folia de Falconieri ; sĂ©rĂ©nitĂ© tendre de la Sonata Quarta de Dario Castello

L’engagement des deux chanteurs comme des instrumentistes est totale. Dans cette chambre des miroirs, les illusions de l’insondable amour emportent les cƓurs, et l’auditeur dans le mĂȘme temps. IrrĂ©sistible.

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CLIC D'OR macaron 200CRITIQUE, CD. A ROOM OF MIRRORS (1 cd Gemelli factory, enregistrĂ© en janv 2021) : Calestani, Sigismondo d’India, Turini, Marini, Frescobaldi, Gregori, Notari, Castaldi, Sabbatini. Ensemble I Gemelli – 1 cd gemelli FACTORY) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022. VOIR le TEASER vidĂ©o sur la chaĂźne youtube d’I Gemelli : https://www.youtube.com/user/boblepongesuperman/featured

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AGENDA

I Gemelli en concert : programme «  A room of mirrors » / I Gemelli, PARIS, salle GAVEAU, jeudi 24 mars 2022, 20h.
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de la salle GAVEAU :
https://www.sallegaveau.com/spectacles/a-room-of-mirrors

CRITIQUE, opĂ©ra. GenĂšve, Victoria Hall, le 26 octobre 2021. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulisse dans sa patrie. I Gemelli

CRITIQUE, opĂ©ra. GenĂšve, Victoria Hall, le 26 octobre 2021. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulisse dans sa patrie. Le tĂ©nor suisso-chilien Emiliano Gonzalez Toro et son ensemble I Gemelli composent dĂ©sormais une formidable troupe qui insuffle Ă  l’action d’Ulisse (Venise, 1641), sa verve et sa force morale tout en ne gommant rien de ses sĂ©quences tragiques et langoureuses, bouffes et amoureuses ; le collectif propose une conception de l’action conçue par Monteverdi et son librettiste Badoaro
 impliquĂ©e, cohĂ©rente, Ă  l’opposĂ© de l’image jusque lĂ  dĂ©fendue, qui en faisait un drame sombre et pessimiste. ProtĂ©gĂ© de Minerve, Ulysse quittĂ© par les PhĂ©aciens, dĂ©barque enfin sur les cĂŽtes de son royaume sans le reconnaĂźtre ; Minerve astucieuse et travestie lui inculque le sens du dĂ©guisement et de l’astuce raisonnĂ©e ; et sous l’aile de la dĂ©esse crĂ©ative, le hĂ©ros rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, qui a permis de vaincre les Troyens (grĂące au cheval qui est son idĂ©e), apprend l’observation critique, les dĂ©lices de la transformation, l’intelligence facĂ©tieuse ; Emiliano Gonzalez Toro construit son personnage et son action avec Ă©nergie et finesse qui lui permettent de conquĂ©rir ce qui lui est dĂ» : son royaume, son statut, son fils et surtout son Ă©pouse, la belle Penelope.
Minerve pilote tout cela et Monteverdi fait d’Ulysse, un hĂ©ros non pas dĂ©fait et fatiguĂ© mais espiĂšgle, qui brille par sa constance, sa tĂ©nacité  sa formidable rĂ©silience, son art de la vengeance crĂ©ative ; en somme un hĂ©ros moderne. VoilĂ  ce qui saisit ce soir et fonde la valeur de la production.

 

 

Emiliano Gonzalez Toro chante Ulisse
Un HĂ©ros lumineux

 

 

 

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Rien ne manque ici sur le plan du drame : sensualitĂ© et langueur mais aussi insolente franchise (Melanto) ; arrogance (les 3 prĂ©tendants), tendresse bienveillante (TĂ©lĂ©maque ou d’EumĂ©e)
 Sans omettre le personnage bouffe et dĂ©lirant du glouton Iro, emblĂšme de l’opĂ©ra vĂ©nitien qui aime mĂȘler les genres. On s’est interrogĂ© sur le sens de ce rĂŽle : n’incarne-t-il pas la suffisance des souverains prĂ©tendants [du reste ne dĂ©pend-t-il pas totalement d'eux ?] D’oĂč son dĂ©sarroi quand il comprend que plus personne ne pourra le nourrir aprĂšs qu’Ulysse ait tuĂ© tous ses protecteurs ? Iro reprĂ©sente aussi tout ce qui oppose le monde des bergers amoureux, cĂ©lĂ©brant l’harmonie de la nature [Eumete] et les intrigants politiques Ă©trangers Ă  toute poĂ©sie : Iro ne voit dans la nature que des bĂȘtes Ă  dĂ©vorer.
Monteverdi s’interroge ici sur la destinĂ©e humaine Ă  travers le parcours d’Ulysse d’oĂč le personnage de la fragilitĂ© humaine au prologue. Mais alors que la tradition homĂ©rique tendrait Ă  toujours faire dĂ©pendre le sort des hommes Ă  l’humeur des dieux [en l'occurrence celle de Neptune... franc opposant au hĂ©ros] Badoaro et Monteverdi osent composer un hĂ©ros dĂ©terminĂ© et insoumis, prĂȘt Ă  suivre la dĂ©itĂ© qui lui insuffle astuce et rĂ©sistance.
En somme les auteurs façonnent ici un hĂ©ros qui a conquis par sa volontĂ© son propre destin. Le message est clair. Ulysse est l’Ă©clair qui sidĂšre jusqu’Ă  Penelope laquelle immergĂ©e dans son deuil a perdu tout espoir, soumise Ă  son Ă©tat de veuve inconsolable. Ulysse est ici un hĂ©ros solaire qui reprend possession de ce qu’il pensait avoir perdu.

Le rĂŽle titre est un dĂ©fi pour tout chanteur acteur : il renouvelle mĂȘme la typologie du hĂ©ros montĂ©verdien depuis son prĂ©cĂ©dent Orfeo, composĂ© 35 ans auparavant. Entre temps l’auteur a livrĂ© son VIIIĂš livre de madrigaux (dramatiques), source gĂ©niale Ă  laquelle Ulisse puise directement (cf le stile concitato rĂ©servĂ© aux prĂ©tendants par exemple).

Incroyable pensĂ©e montĂ©verdienne qui produira dans son opĂ©ra Ă  suivre l’exact opposĂ© d’Ulysse : NĂ©ron, adolescent effĂ©minĂ©, qui ne contrĂŽle pas ses passions et, incapable de tout raisonnement stratĂ©gique, s’abĂźme dans les vertiges lascifs que lui inspire la coquette et ambitieuse PoppĂ©e (L’Incoronazione di Poppea, 1643).
Au moment oĂč est publiĂ© Orfeo par la brĂ»lante troupe, l’intelligence de cet Ulisse convainc et l’on pense dĂ©jĂ  au Couronnement de PoppĂ©e, ultime ouvrage montĂ©verdien qui ferme la trilogie des opĂ©ras parvenus. Un tel plateau ne devrait pas s’arrĂȘter lĂ  : il devra nĂ©cessairement aborder Poppea


D’autant que la rĂ©ussite de cet Ulisse, tient d’abord Ă  l’éclat continu du continuum instrumental, souple, articulĂ©, prĂ©cis sous la direction de Violaine Cochard, qui veille constamment Ă  l’équilibre voix / instruments.

MaĂźtre de la distribution vocale, Emiliano Gonzalez Toro nous offre une collection rares de solistes Ă  la fois techniquement solides et habilement caractĂ©risĂ©s. Disposant d’une parure vocale aussi ciselĂ©e, l’auditeur peut se dĂ©lecter des nuances que chacun apporte Ă  la conception de son personnage. « Osons » Ă©crire qu’ici l’absence de mise en scĂšne n’ĂŽte rien Ă  la splendide cohĂ©rence de ce qui est surtout une expĂ©rience artistique collective soudĂ©e par l’esprit de troupe. Ce qui manque majoritairement Ă  beaucoup de production.

 

 

Ulisse par I Gemelli

L’esprit d’équipe

 

 

À GenĂšve dans l’Ă©crin acoustique du Victoria hall, les mille nuances conçues par Monteverdi alors au sommet de son gĂ©nie thĂ©Ăątral, se rĂ©vĂšlent.
Humain, tendre, fraternel, le tĂ©nor Philippe Talbot incarne le berger Eumete, transfuge du pastoralisme d’Orfeo, mais avec une Ă©criture pleinement baroque, riche en ariosos, agile, mĂ©lismatique que l’intelligence du soliste par son naturel, sa fluiditĂ© aĂ©rienne, ses phrasĂ©s enivrĂ©s rend juste voire bouleversante ; sa cĂ©lĂ©bration de la nature, sa rencontre et sa complicitĂ© avec Ulysse / vieillard, sont remarquables en crĂ©dibilitĂ©.

OpĂ©ra de tĂ©nors, le drame est une arĂšne ardente ou s’expose les timbres de chaque chanteurs, chacun comme on la dit, selon son sens de la caractĂ©risation : hĂ©roĂŻque et percutant, le TĂ©lĂ©maque de Zachary Wilder ; ductile, lascif, arrogant, le Pisandro d’Anders Dahlin ose en mesure le pari [gagnant] du dĂ©lire vocal comme scĂ©nique ; mĂȘme morgue infatuĂ©e doublĂ©e d’un beau souci du texte pour Anthony Leon [Jupiter et Anfinomo] ;

Deux autres solistes se distinguent idĂ©alement Ă  un niveau tout aussi excellent l’Iro glouton de Fulvio Bettini, prĂ©sence bouffonne impeccable qui sait lui aussi doser l’esprit de la farce grotesque et de la satire habilement troussĂ©e par les auteurs. C’est un double satirique contrastant avec l’humanitĂ© si noble d’Ulysse.

MĂȘme crĂ©dibilitĂ© totale pour Nicolas Brooymans : la basse flexible aussi bien timbrĂ©e qu’articulĂ©e, caractĂ©rise le prĂ©tendant Antinoo, avec grande classe.

CĂŽtĂ© chanteuse, le soprano ourlĂ©, expressif, d’une onctuositĂ© bien articulĂ©e d’Emöke BarĂĄth, Minerve souveraine, enivre Ă  chaque sĂ©quence : la cantatrice, actuelle Ă©toile du chant baroque, sait aussi se rĂ©inventer quand elle paraĂźt en dĂ©but d’action, sous les traits d’un jeune berger d’Ithaque… La performance reste mĂ©morable.

Silhouette plus frĂȘle mais elle aussi touchĂ©e par l’intelligence de l’espiĂšglerie, le Melanto de Mathilde Etienne (qui signe aussi la mise en espace, plutĂŽt efficace) souligne ici la sĂ©duction d’un astucieux moqueur ; elle tente bien en vain d’inflĂ©chir le deuil de Penelope.
Justement la reine d’Ithaque, Ă©plorĂ©e inconsolable trouve une prĂ©sence tragique intelligemment articulĂ©e dans le mĂ©dium chaud et onctueux de la mezzo Riab Chaieb : pas facile de colorer et Ă©clairer de l’intĂ©rieur ce rĂŽle gris, endeuillĂ© pour lequel Monteverdi a Ă©crit l’un de ses plus beaux lamenti, prĂ©figurant celui Ă  venir de l’inconsolable Octavie dans l’opĂ©ra qui suit L’incoronazione di Poppea. Le personnage reste dans la mĂȘme veine du dĂ©but Ă  la fin, s’interdisant dĂ©finitivement tout idĂ©e de remariage jusqu’au concours final dont l’idĂ©e lui est soufflĂ©e par Minerve.
MĂȘme Ă  la fin, malgrĂ© l’insistance d’Eumete, Telemaque, EuryclĂ©e, la reine peine Ă  effacer le dĂ©ni et la peine qui l’aveuglent ; mĂȘme l’Ulysse archer victorieux n’Ă©veille en elle aucune prise de conscience quant le fils Telemaque et Eumete ont immĂ©diatement reconnu le hĂ©ros vainqueur des Troyens.
À propos d’articulation du texte, de relief du rĂ©citatif, l’EuryclĂ©e d’Angelica Monje Torrez affirme une remarquable vĂ©ritĂ© dramatique, une prĂ©sence humaine qui touche par son bon sens et sa tendresse [pour la reine] ; aprĂšs des scrupules qui forcent sa raison [« toute vĂ©ritĂ© n'est pas bonne Ă  dire »], la suivante outrepasse sa nature et “ose” donner raison Ă  Telemaque et Eumete, en tĂ©moignant qu’Ulysse est bien de retour.

Enfin, porteur du projet, soliste fĂ©dĂ©rateur, Emiliano Gonzalez Toro alors qu’il chante aussi Orfeo, propose une conception trĂšs incarnĂ©e d’Ulysse, dĂšs la premiĂšre scĂšne oĂč il s’Ă©veille Ă  la vie comme tirĂ© d’un songe, du guerrier extĂ©nuĂ©, cependant dĂ©terminĂ© Ă  reconquĂ©rir son statut, son royaume et contre les prĂ©tendants, son Ă©pouse. Le souci du texte, l’articulation des ariosos, la cohĂ©rence du chant, son esprit astucieux et raisonnĂ©, patient et prĂ©parĂ©, sonnent justes.

Tous les autres chanteurs ne manquent pas d’engagement.

VoilĂ  qui modifie la comprĂ©hension habituelle d’un drame qui depuis la lecture Harnoncourt / Ponnelle plutĂŽt sombre et cynique, bascule vers une formidable leçon de courage et de volontĂ© humaine. VoilĂ  aussi qui rĂ©pare l’oubli actuel dans lequel s’Ă©teint la partition : Ulisse est l’un des rĂŽles les plus importants de l’opĂ©ra baroque italien. Et EG Toro nous le rappelle avec force argumentation.
On suivra pas Ă  pas les Ă©tapes qui prolongent les reprĂ©sentations d’Ulisse par I Gemelli de ce mois d’octobre : le disque est annoncĂ© dans un an, Ă  l’automne 2022.

LIRE aussi notre prĂ©sentation d’Ulisse par I Gemelli.
http://www.classiquenews.com/geneve-emiliano-gonzalez-toro-chante-ulisse/

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. GenĂšve, Victoria Hall, le 26 octobre 2021. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulisse dans sa patrie.

Distribution :
Emiliano Gonzalez Toro | Ulisse, direction
Rihab Chaieb | Penelope
EmƑke Baráth | Minerva / Amore
Carlo Vistoli | Humana FragilitĂ 
Zachary Wilder | Telemaco
JĂ©rĂŽme Varnier | Nettuno / Tempo
Philippe Talbot | Eumete
Fulvio Bettini | Iro
Álvaro Zambrano | Eurimaco
Mathilde Etienne | Melanto
Anthony LeĂłn | Giove / Anfinomo
Lauranne Oliva | Giunone / Fortuna
Angelica Monje Torrez | Ericlea
Anders Dahlin | Pisandro
Nicolas Brooymans | Antinoo

Ensemble I Gemelli

 

 

GENEVE : Emiliano Gonzalez Toro chante Ulisse

gonzalez-toro-emiliano-tenor-monteverdi-opera-critique-ulisse-classiquenewsGENEVE. MONTEVERDI : ULISSE, mar 26 oct 2021.  Volet central de la trilogie montĂ©verdienne (avec Orfeo puis Poppea), Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (crĂ©Ă© pour le carnaval de Venise en 1640 sur le livret de Badoaro) est donnĂ© en version concert au Victoria Hall de GenĂšve (aprĂšs Metz et Paris). La production regroupe pas moins de 8 tĂ©nors (dont les meilleurs chanteurs baroques du moment) et des instruments historiques spĂ©cialement fabriquĂ©s pour le spectacle genevois (dont une « tomba marina ») sous la conduite du tĂ©nor  Emiliano Gonzalez Toro, fondateur de son propre ensemble sur instruments d’époque, I Gemelli, et ici interprĂšte du rĂŽle central d’Ulisse. Si le scepticisme cynique de Claudio Monteverdi, crĂ©ateur de l’opĂ©ra italien (avec Orfeo crĂ©Ă© Ă  Mantoue en 1607), s’impose dans la partition de Poppea (L’incoronazione di Poppea de 1643), Ulisse rĂ©vĂšle un tout autre visage du compositeur : un auteur sĂ©duit par la veine comique, inspirĂ© par son propre hĂ©ros, qui se joue du dĂ©guisement et des astuces humaines dont Ulisse est un champion hors catĂ©gorie ; protĂ©gĂ© par Minerve laquelle aime aussi Ă  se travestir (en jeune garçon quand le hĂ©ros dĂ©barque sur Ithaque), Ulisse endosse plusieurs identitĂ©s, transforme jusqu’Ă  son chant selon son interlocuteur…. pour reprendre le pouvoir comme roi. C’est donc une comĂ©die qui regorge de situations truculentes oĂč le rire feint est aussi une terrible arme pour tuer l’ennemi. Alors aidĂ© de Badoaro, Monteverdi applique comme le rappelle Emiliano Gonzalez Toro, tous les styles et effets dramatiques exposĂ©s dans son Livre VIII de madrigaux : une rĂ©serve insondable de procĂ©dĂ©s vocaux et dramatiques saisissants de vĂ©ritĂ©.

InspirĂ© de l’OdyssĂ©e d’HomĂšre, Monteverdi Ă©voque ainsi le retour d’Ulysse dans sa patrie, Itaque, aprĂšs la Guerre de Troie, que les Grecs ont remportĂ©e (aprĂšs 10 annĂ©es de chaos et d’incertitude) grĂące Ă  l’intelligence d’Ulysse : l’idĂ©e du cheval colossal est de lui. Mais Ulysse le capitaine de son armĂ©e est la proie de la haine de Neptune, dieu des ocĂ©ans
 son errance sur mer dure encore 
 10 annĂ©es.
Minerve / AthĂ©na est Ă  ses cĂŽtĂ©s, protectrice pour que son hĂ©ros retrouve sain et sauf sa chĂšre Ă©pouse PĂ©nĂ©lope
 et son fils TĂ©lĂ©maque. Mais le retour du grec chez lui est parsemĂ© de nouvelles Ă©preuves qui Ă©prouve le destin du souverain pourtant extĂ©nuĂ©. L’opĂ©ra Ă©voque la fragilitĂ© et la duretĂ© d’une vie terrestre ; mĂȘme les preux de la valeur d’Ulysse n’échappent pas Ă  leur destin
 Gageons que le tĂ©nor et chef Emiliano Gonzalez Toro exposera les milles accents d’un personnage aussi riche et complexe voire bouleversant qu’Orfeo. La FragilitĂ© humaine (incarnĂ©e dĂšs le prologue) est la clĂ© de cet ouvrage saisissant par sa tendresse, sa profondeur, son rĂ©alisme. Et aussi sa vivacitĂ© drĂŽlatique… arme de sĂ©duction totale que rĂ©vĂšle le tĂ©nor fondateur d’I Gemelli.
« L’histoire s’ouvre sur un prologue rĂ©unissant les ennemis de la FragilitĂ© Humaine : le Temps, l’Amour et la Fortune. RĂ©gnant, invisibles, au-dessus de personnages Ă©mouvants (la fidĂšle PĂ©nĂ©lope et le doux berger EumĂ©e), grotesques (le bouffon Irus), ou malĂ©fiques (les PrĂ©tendants), ce sont les dieux qui tirent les ficelles : la rivalitĂ© entre Minerve et Neptune dĂ©chire l’Olympe et dĂ©finit le destin d’Ulysse, qui culmine dans une scĂšne de massacre d’anthologie, inouĂŻe sur une scĂšne d’opĂ©ra! » – On pensait tout connaĂźtre de l’avant dernier opĂ©ra de Monteverdi : toute une nouvelle gĂ©nĂ©ration de jeunes tempĂ©raments, rĂ©unis, Ă©lectrisĂ©s autour du tĂ©nor Emiliano Gonzalez Toro, dĂ©voile aujourd’hui, le vrai visage d’Ulysse : un aventurier astucieux, champion du travestissement. Et l’opĂ©ra que l’on pensait sombre et pessimiste, est ici une nouvelle Ă©popĂ©e humaine, touchante par son intelligence et sa verve salvatrice. A travers le rĂŽle d’Ulisse, se joue le destin de tous les hommes : leur facultĂ© Ă  transcender une situation bloquĂ©e et tragique, en rĂ©servoir comique, oĂč l’humour et la facĂ©tie font gagner le hĂ©ros. En somme selon Emiliano GT, les principes de la Commedia dell’arte appliquĂ©e Ă  l’histoire homĂ©rique. Non seulement les scĂšnes bouffonnes sont multiples, mais Monteverdi prend en compte aussi la place du spectateur pendant le drame : nombre de personnages s’adressent aux auditeurs (en particulier la suivante de PenĂ©lope, Ericlea)… Nouvelle production incontournable.  Photos (DR)

 

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MONTEVERDI : Il ritorno d’Ulisse in Patriaboutonreservation
Opéra en un prologue et trois actes / version de concert
Livret de Giacomo Badoaro
Mardi 26 octobre 2021, 19h30
GENEVE, Victoria Hall

CASTING / distribution :
Emiliano Gonzalez Toro | Ulisse, direction
Rihab Chaieb | Penelope
EmƑke Baráth | Minerva / Amore
Carlo Vistoli | Humana Fragilità
Zachary Wilder | Telemaco
JérÎme Varnier | Nettuno / Tempo
Philippe Talbot | Eumete
Fulvio Bettini | Iro
Álvaro Zambrano | Eurimaco
Mathilde Etienne | Melanto
Anthony León | Giove / Anfinomo
Lauranne Oliva | Giunone / Fortuna
Angelica Monje Torrez | Ericlea
Anders Dahlin | Pisandro
Nicolas Brooymans | Antinoo

Ensemble I Gemelli
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Billetterie :      https://artisticamente.ch/il-ritorno-dulisse-in-patria/
INFORMATIONS : https://ulysse-leretour.com/

Le disque de cette production est annoncé en 2023.

 

 

 

Avant GENEVE, METZ (le 21 octobre) et Paris (TCE, le 23 oct) accueillent la production lyrique portée par Emiliano Gonzalez Toro.

 

 MONTEVERDI : l'ULISSE historique d'Emiliano Gonzalez Toro