COMPTE RENDU, concert. DIJON, église Notre-Dame, le 10 mars 2019. DVORAK : Stabat Mater. Chœur de l’opéra de Dijon. Anass Ismat.

dvorak antoninCOMPTE-RENDU, concert. DIJON, église Notre-Dame, le 10 mars 2019. DVORAK : Stabat Mater. Chœur de l’opéra de Dijon. Anass Ismat. Grande œuvre chorale de Dvorak, au même titre que son Requiem, ce Stabat Mater n’avait pas été donné à Dijon depuis le passage, en 2015, de Philippe Herreweghe et de son Collegium Vocale, dont on conserve un souvenir mitigé, lié au parti pris du chef : le recueillement, une approche toute intériorisée, lisse, d’où étaient amoindries, voire bannies, les indications dynamiques explicites de la partition.  Aujourd’hui, malgré le retour à la première version avec piano, le flamboiement nous renvoie davantage à la vision de Rafael Kubelik. Des dix numéros du Stabat Mater, sept furent écrits pour soli, chœur mixte et piano, avant que la disparition brutale d’un, puis de deux autres de ses enfants conduise le compositeur à compléter la partition (numéros 5 à 7) et à l’orchestrer. Dvorak prend ses distances par rapport à la fonction liturgique de la pièce en en modifiant le texte pour mieux traduire sa profonde douleur. Cette version originale, qui ne semble pas avoir été exécutée du vivant du compositeur, dut attendre 2004 pour être publiée.

  
   

Rafraîchissant retour aux sources

 

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Outre son intérêt documentaire, cette composition originale présente l’avantage de contenir l’accompagnement à sa fonction première : constituer un écrin propre à valoriser les solistes et le chœur dans l’expression du texte et de l’émotion qu’il recèle. Une grande fresque va se dérouler au travers des sept numéros de la partition, tour à tour accablée, résignée, lyrique, chargée d’espérance, tendre, puis jubilatoire, avec un spectaculaire Amen.
Chaque numéro mériterait un commentaire. Retenons déjà les nombreuses interventions chorales, chœur seul, avec des pupitres parfois divisés, chœur et quatuor de solistes, chœur accompagnant la basse. Homogène, équilibré, ductile, il se prête aux contrastes accentués comme à la confidence. Les couleurs sont remarquables, particulièrement celles de ténors, fréquemment exposés. Le magistral et virtuose Amen final, complexe, est manifestement le point d’aboutissement que voulait le compositeur. La progression du dialogue entre solistes et chœur nous empoigne, jubilatoire. Des solistes retenons une très grande soprano, Anna Piroli, familière du répertoire contemporain comme du baroque. Voix puissante et égale, au souffle long, son duo avec le ténor, Stefano Ferrari ,« Fac ut portem Christi », est un moment de lyrisme contenu. On souhaiterait écouter davantage cette voix sonore et séduisante (il se voit privé de son air « fac me vere » (n°6), ajouté ensuite par le compositeur). La belle basse, Jonas Yagure, nous vaut un fort remarquable dialogue avec le chœur (« Fac, ut ardeat cor meum »). L’andante maestoso de l’alto est pris trop allant par cette dernière, dont les graves manquent de consistance. Pour autant, le quatuor est toujours équilibré, seul ou lors de ses interventions avec le chœur.

La direction d’Anass Ismat, privé ponctuellement de l’usage du bras droit, est un modèle de sobriété, de précision et d’efficacité. Qu’il dirige deux motets de Bruckner en introduction (Locus iste, et Ave Maria) ou ce monumental Stabat Mater, il communique une énergie singulière à ses interprètes et rejoint les plus grands chefs de chœur contemporains dans le fini, la conduite des phrasés et des progressions, illustrés magistralement.
Seul (petit) regret : outre une grossière erreur (l’indication des dix mouvements de Dvorak, au lieu des sept de la version retenue), le programme de salle pêche une fois de plus par son indigence : le texte chanté (modifié par le compositeur) et sa traduction, ignorés de la majeure partie du public, sont passés sous silence.

   

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COMPTE-RENDU, concert. DIJON, église Notre-Dame, le 10 mars 2019. DVORAK : Stabat Mater. Chœur de l’opéra de Dijon. Anass Ismat.Illustration : © Albert Dacheux Dijon 2019.

   

Compte rendu, opĂ©ra. PARIS, le 29 janv 2019. Dvorak : Rusalka. KF Vogt, Mattila,  Nylund…Mälkki / Carsen

dvorak antoninCompte rendu, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Garnier, le 29 janvier 2019. Dvorak : Rusalka. Klaus Florian Vogt, Karita Mattila, Camilla Nylund… Choeurs et Orchestre de l’OpĂ©ra. Susanna Mälkki, direction. Robert Carsen, mise en scène. Le Dvorak lyrique de retour Ă  l’OpĂ©ra avec la reprise de la production de Robert Carsen du conte Rusalka, d’après la mythique crĂ©ature aquatique des cultures grecques et nordiques. La direction musicale du drame moderne et fantastique est assurĂ©e par la cheffe Susanna Mälkki, et une distribution de qualitĂ© mais quelque peu inĂ©gale en cette première d’hiver.

 

 

 

Rusalka : la magie de l’eau glacée

 

L’histoire de la nymphe d’eau douce, immortelle mais sans âme, qui rêve de devenir humaine pour connaître l’amour, souffrir, mourir et… renaître (!) est inspirée principalement de l’Ondine de La Motte-Fouqué et de la Petite Sirène d’Andersen. Créé au début du 20e siècle, l’œuvre peut être considérée comme l’apothéose des talents multiples du compositeur tchèque. Il ajoute à sa fougue rythmique, un lyrisme énergique. Il utilise tous ses moyens stylistiques pour caractériser les deux mondes opposés : celui des créatures fantastiques, dépourvues d’âme, mais non de compassion; celui des êtres doués d’âmes mais aux émotions instables. Un heureux mélange de formes classiques redevables au Mozart lyrique et proches des audaces lisztiennes et wagneriennes. Parfois il utilise des procédés impressionnistes, et parfois il anticipe l’expressionnisme lyrique.

UNE FROIDEUR LYRIQUE QUI PEINE A SE CHAUFFER… Les nymphes de bois qui ouvrent l’œuvre sont un délicieux trio parfois émouvant parfois piquant, interprété par Andrea Soare, Emanuela Pascu et Elodie Méchain. Leur prestation au dernier acte relève et de Mozart et de Wagner sous forme de danse traditionnelle. La Rusalka de la soprano finnoise Camilla Nylund prend un certain temps à prendre ses aises. Son archicélèbre air à la lune du premier acte déchire les coeurs de l’auditoire par une interprétation bouleversante d’humanité et de tendresse. C’est dans le finale de l’opéra surtout, lors du duo d’amour et de mort qui clôt l’ouvrage, qu’elle saisit l’audience par la force de son expression musicale. Son partenaire le ténor Klaus Florian Vogt prend également un certain temps à se chauffer. A la fin du premier acte, il conquit avec son air de chasse, qui est aussi la rencontre avec Rusalka devenue humaine. La prestation est instable et perfectible : il paraît un peu tendu, voire coincé sur scène. Il semble avoir des difficultés avec des notes ; est parfois en décalage, mais il essaie de détendre sa voix dans les limites du possible, et sa performance brille toujours par la beauté lumineuse et incomparable du timbre comme la maîtrise de la ligne de chant. Le duo final est l’apothéose de sa performance.
La Princesse étrangère de Karita Mattila est délicieuse et méprisante au deuxième acte, sans doute l’une des performances les plus intéressantes et équilibrées de la soirée. La sorcière de la mezzo-soprano Michelle DeYoung est un cas non dépourvu d’intérêt. Théâtralement superbe au cours des trois actes, nous trouvons que c’est surtout au dernier qu’elle déploie pleinement ses qualités musicales. Remarquons le duo comique et folklorique chanté avec brio et candeur par Tomasz Kumiega en Garde Forestier et Jeanne Ireland en garçon de cuisine, …peureux, superstitieux, drolatiques à souhait. La performance de Thomas Johannes Mayer en Esprit du Lac a été déchirante, par la beauté du texte et du leitmotiv associé, mais comme beaucoup d’autres interprètes à cette première, son chant s’est souvent vu noyé par l’orchestre.

LES VOIX SONT COUVERTES PAR L’ORCHESTRE… L’orchestre de la maison sous la baguette fiévreuse de Susanna Mälkki est conscient des timbres et des couleurs. L’instrumentation de Dvorak offre de nombreuses occasions aux vents de rayonner, et nous n’avons pas manqué de les entendre et de les apprécier. La précision des cordes également est tout à fait méritoire. Or, la question fondamentale de l’équilibre entre fosse et orchestre, notamment dans l’immensité de l’Opéra Bastille, paraît peu ou mal traitée par la chef. La question s’améliore au cours des actes, et nous pouvons bien entendre et l’orchestre et les chanteurs au dernier. Un bon effort.
Sinon que dire de la mise en scène élégante, raffinée et si musicale de Robert Carsen ? Jeune de 17 ans, elle conserve ses qualités dues à un travail de lumières exquis (signé Peter van Praet et Carsen lui-même), qui captive visuellement l’auditoire. Le dispositif scénique est une boîte où un jeu de symétries opère en permanence, comme le jeu des doublures des chanteurs par des acteurs. D’une grande poésie, la transposition sage du canadien ne choque personne, malgré un numéro de danse sensuelle au deuxième acte qui représente la consommation de l’infidélité du Prince, ou encore l’instabilité et la frivolité violente des hommes. Si le jeu d’acteur est précis, de nombreux décalages sont présents dans l’exécution et la réalisation de la production. Une première d’hiver qui se chauffe progressivement… pour un résultat final qui enchante.

 

 

 

A voir à l’Opéra Bastille encore les 1er, 4, 7, 10 et 13 février 2019. Incontournable.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLEANS : Ă  la ConquĂŞte de l’Ouest

orleans-orchestre-symphonique-concert-conquete-ouest-marius-stieghorst-annonce-critique-concert-par-classiquenews-infos-actualites-musique-classique-concerts-operas-festivalsORLÉANS, 9 et 10 fév 2019 : A la conquête de l’Ouest. Grand concert symphonique à Orléans sous la direction du directeur musical de l’Orchestre Symphonique, Marius Stieghorst. Le programme affiche le cap vers le grand ouest, éclectique, énergisant mais surtout cohérent. Tout d’abord, mosaïque d’écritures et de sensibilités diverses inspirées par l’horizon américain, de Ives à Gershwin, de Schulhoff à Stravinsky… autant de mises en bouches qui exigent une forte caractérisation instrumentale, pour le plat de consistance, sommet de l’inspiration américaine de Dvorak : la Symphonie n°9 du Nouveau Monde.

 
 
 

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SAMEDI 9 FÉVRIER 2019 à 20h30boutonreservation
DIMANCHE 10 FÉVRIER 2019 à 16h00
Théâtre d’ORLEANS
SALLE TOUCHARD

ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
Marius STIEGHORST, direction
Saxophoniste soliste : Vincent DAVID

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PrĂ©sentation du concert  
 
 
« À LA CONQUÊTE DE L’OUEST »

CHARLES IVES – The Unanswered Question (La Question sans rĂ©ponse)
Conçue en 1908, révisée entre 1930 et 1935, The Unanswered Question suit le travail et les interrogations de Charles Ives concernant la relation des hommes au cosmos. A l’immensité de l’Univers, en son mystère impénétrable, Ives inscrit la question du sens de la vie humaine : pourquoi l’être et le néant ? Que vaut et où va la destinée humaine ?

 
 
 

GEORGE GERSHWIN – Lullaby
Originellement pour quatuor à cordes, Lullaby connaît un nouveau souffle dans sa version pour orchestre à cordes. En orchestrateur des mieux inspirés, Gershwin sait calibrer l’ivresse irrépressible du blues naissant, occurrence spécifiquement américaine, selon la subtilité et l’art de la suggestion propres aux impressionnistes français, Ravel et Debussy qu’il admire particulièrement.

 
 
 

ERWIN SCHULHOFF – Hot-Sonate, pour saxophone alto et orchestre
Schulhoff affirme un tempérament très original et personnel dans l’utilisation entre autres du saxophone alto, instrument soliste concertant qui semble imposer face à l’orchestre, le chant déterminant du jazz, autant dans l’autorité des rythmes, la séduction des harmonies, que des effets singuliers produits par la technique propre à l’instrument ainsi mis en avant (glissandi, …) / VINCENT DAVID, saxophoniste soliste.

 
 
 

IGOR STRAVINSKY – Circus Polka
Ce pourrait être le portrait d’un éléphant, potache, burlesque, plus caricatural que compatissant pour l’animal : à la demande du chorégraphe George Balanchine pour un numéro d’éléphants du cirque Barnum, Circus Polka est élaborée pendant le seconde guerre mondiale en 1942. C’est une page musicale conçue à des fins expressives essentiellement sur un ton caustique, facétieux dont les pointes sarcastiques sont réservées au trio déluré, déjanté en diable : clarinette, cor et trombone.

 
 
   
 
 

ANTON DVORAK – Symphonie n°9 en mi mineur, op.95, B178, dite « Du Nouveau Monde » ComposĂ©e en 1893, crĂ©e le 15 dĂ©cembre de la mĂŞme annĂ©e au Carnegie Hall de New York par l’Orchestre philharmonique de New York sous la direction d’Anton Seidl, la 9è Symphonie de Dvorak tĂ©moigne de l’enthousiasme de Dvorak pendant son sĂ©jour aux States.

 
 
 

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RESERVATIONS / INFORMATIONS PRATIQUES
• Lieu : Salle Touchard – Théâtre d’OrlĂ©ans
• Tarifs : Cat.1 : 28/25€ ; Cat. 2 : 25/23/13€
RĂ©servations : Théâtre d’OrlĂ©ans : 02 38 62 75 30, du mardi au samedi de 13h Ă  19h, Ă  partir de 14h ou
sur le site HelloAsso :
https://www.helloasso.com/associations/orleans-concerts
• Site Web : www.orchestre-orleans.com

 
 
 

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Portrait du maestro et directeur musical de l’OSO, Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans : MARIUS STIEGHORST (© T. Thoresen)

 
 
 

LILLE, ONL. Les 8, 9 nov 2018 : JC Casadesus dirige Rimsky, Dvorak

LILLE, ONL. Les 8, 9 nov 2018 : JC Casadesus dirige Rimsky, Dvorak. Fièvre russe à Lille pour un programme exaltant et ambitieux intitulé « MILLE ET UNE NUITS », en référence au conte oriental qu’a mis en musique l’excellent Rimsky-Korsakov (Sheherazade).

casadesus_jean_claude_portrait_290Pour sa première série de la saison 2018-2019, le chef fondateur de l’ONL Orchestre National de Lille invite le jeune soliste français Victor Julien-Laferrière dans le Concerto pour violoncelle de DVORAK; Victor Julien-Laferrière, a été récemment récompensé de la Victoire de la musique classique de l’année. Il a aussi remporté le Concours Reine Elisabeth 2017.

Le Concerto pour violoncelle op.104 de Dvořák est l’un des piliers du répertoire du violoncelle ; comme la Symphonie du Nouveau Monde, le Concerto remonte à l’année 1894 quand Dvorak dirigeait le Conservatoire de New-York. Que la tonalité affirmée de si mineur ait été inspirée par le son des chutes du … Niagara, ou pas, il ne manque pas de souffle et de grandeur dans un Concerto qui place clairement le violoncelle au centre d’un drame passionné, à la mesure de déflagrations aquatiques amples et suggestives. Dvorak écrit une pièce majeure qui ne cite pas ou très peu le nouveau continent, mais plutôt sa terre natale (mouvement lent, et finale du dernier) : rien ne résiste à l’appel de la Bohème originelle.

7 années auparavant, Rimsky-Korsakov démontre une inspiration éblouissante dans sa mise en musique de la légende orientale, « les Mille et une Nuits », source littéraire et onirique puissante, à la mode en Russie au cours du XIXe siècle. Que rehausse encore le génie du compositeur russe, comme orchestrateur : de fait, son écriture partage cet orientalisme fièvreux et très coloré, avec le peintre français Gérôme, inventeur de l’orientalisme pictural, et qui éblouit spécifiquement par son sens d’un chromatisme d’une sensualité irrésistible.

REPORT D’UNE MISE A MORT PROGRAMMÉ… Rimski-Korsakov explicite lui-même le programme de son poème symphonique ainsi : « Le sultan Shahriar, persuadé de la perfidie et de l’infidélité des femmes, jura de faire mettre à mort chacune de ses épouses après la première nuit. Mais la sultane Shéhérazade réussit à sauver sa vie en le captivant par des histoires qu’elle lui raconta pendant mille et une nuits. Pris par la curiosité, le sultan remettait de jour en jour l’exécution de son épouse et finit par y renoncer définitivement. Shéhérazade lui conta bien des merveilles, en citant les vers des poètes et les textes des chansons, et en imbriquant les histoires les unes dans les autres.» Comme son héroïne multiplie les épisodes et enrichit sa narrations de milles rebondissements imprévus, Rimsky, qui orchestre simultanément l’opéra « Le Prince Igor » de son compatriote Borodine, s’ingénie à développer 1001 nuances et couleurs instrumentales, osant des combinaisons de timbres, des mélanges à foison. S’il cite de façon répétitive, un même motif, Rimsky s’écarte du principe du leitmotiv wagnérien, car jamais un même air n’est attaché à la même idée : de fait, le même motif mélodique évoque tour à tour, le sultan magnifique, l’océan sur lequel navigue le marin Sindbad… rien n’est figé, tout se métamorphose… comme l’écriture de Rimsky qui atteint un raffinement proche des futurs impressionnistes. Dans cette houle mouvante et enivrée, perce le violon solo sublime de Shéhérazade qui lui incarne toujours la figure de la princesse au génie poétique et narratif central.

LAFERRIERE violoncelleVictor Julien-Laferriere © Lyodoh KanekoAGENDA : ne manquer aussi le 9 novembre 2018, 12h30…
A noter que le violoncelliste aura sa « carte blanche » à Lille, à l’Auditorium le vend 9 nov 2018, 12h30. Au programme de ce récital de la mi journée : JS BACH (Suite pour violoncelle n°1) et KODALY (Sonate pour violoncelle seul).

LILLE, Auditorium le Nouveau Siècle
Les 8 et 9 novembre 2018
Jean-Claude CASADESUS (chef fondateur) dirige l’ONL ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE dans  DVORAK et RIMSKY-KORSAKOV
RESERVEZ VOTRE PLACE ICI

DVORAK : Symphonie n°8 Tchékoslovaque


FRANCE MUSIQUE. Jeudi 18 octobre 2018, 20h. Direct. DVORAK : Symphonie n°8 « Tcheskoslovaque». Emmanuel Krivine / ONF. Maison de la Radio, Auditorium / Moussorgski, Rachmaninov, Dvorák / Lugansky, ONF, Krivine – Concert donnĂ© en direct de l’Auditorium de la Maison de la Radio Ă  Paris.
dvorak antonin8ème Symphonie de DVORAK. La Symphonie n°8 est composée en 1889 en Bohème, pour l’intégration de Dvorak au sein de l’Académie des Arts de Bohème. Elle est dédicacée à l’Empreur François Joseph. Le compositeur dirige lui-même la première à Prague le 2 février 1890. Voici l’une des rares symphonies, la plus courte aussi (environ 35 mn) lumineuse et joyeuse qui s’appuie en majorité sur les motifs et thèmes du folklore populaire bohémien que Dvorak développe sans limite, avec des changements constants de rythmes, ce qui rend la texture et son énoncé, proches d’une improvisation. Enjouée voire enivré, toute la symphonie (sauf la valse parfois mélancolique du 3è mouvement) appelle à la libération de l’énergie et comme le rappelle le chef Kubelik dans une répétition demeurée célèbre, en Bohème, la trompette ne célèbre pas la bataille mais la danse… Parmi les instruments mis en avant, le piccolo et le cor anglais cisèle une orchestration parmi les plus pastorales de Dvorak (le cor anglais réalisant le chant de l’oiseau dans la réexposition du thème dans le premier mouvement).

Les quatre mouvements sont :

I Allegro con brio
II Adagio
III Allegretto grazioso — Molto vivace
IV Allegro ma non troppo

Orchestre National de France / Direction : Emmanuel Krivine

Programme

Modest Petrovitch Moussorgski
La Khovanchtchina, ouverture

Serge Rachmaninov
Concerto pour piano et orchestre n°2 en do mineur op. 18
Moderato
Adagio sostenuto
Allegro scherzando
NikolaĂŻ Lugansky, piano

Antonin Dvorak
Symphonie n°8 en sol Majeur op. 88 B.163 “Tchecoslovaque”
Allegro con brio – Un poco meno mosso – Poco meno mosso
Adagio – Poco piĂą animato
Allegretto grazioso – Molto vivace
Finale : Allegro ma non troppo

Stabat Mater de Dvorak

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, Dvorak : Stabat mater. Le 24 juin 2015, 20h. Dvorak atteint une rare vérité dans ce Stabat mater qui est malheureusement dans sa propre vie, le Requiem de ses propres enfants disparus tragiquemen t; dans le cas d’une partition si investie (autobiographique), la musique transcende la peine et la souffrance exprimée ; elle apporte délivrance voire libération. Dvorak mêle ici la noble tendresse d’un Schumann, la profondeur d’un Bruckner, la vérité désarmante de Brahms.
Révélée dès 1880 puis surtout à Londres (Albert Hall) en mars 1883, la cantate sur un texte latin enchante et transporte littéralement le public britannique: Dvorak immédiatement fêté, est donc invité à diriger son oeuvre l’année suivante en mars 1884 pour un tournée… triomphale : de fait la partition reste la plus populaire du compositeur en terre anglaise.
Marqué par la mort de leurs 3 jeunes enfants (sur les neuf de la famille Dvorak) entre 1875 et 1877, le compositeur ne trouve la paix intérieure que dans le travail et le secours de la religion. Ainsi s’éteignent Josefa, Ruzena (d’un empoisonnement au phosphore, alors familier dans les foyers car utilisé pour la fabrication des allumettes!), puis Otokar, de la variole, le jour de l’anniversaire de son père (8 septembre 1877).
Organiste actif dès 1874 à Saint-Adalbert de Prague, Dvorak se passionne pour le texte de Jacopo di Todi sur les souffrances de la Mère face au spectacle du Fils sacrifié.
Herreweghe nous laisse écouter l’humanité intense des accents qui en font une oeuvre surtout profane (ce qui choquait tant le pieux Hanslick), mais aussi il éclaire cette âpreté mordante du style dans laquelle le compositeur a entendu l’appel à la réforme liturgique et casser le moule traditionnel palestrinien prônée par la confrérie religieuse qu’il fréquentait alors à Prague.

Stabat profane
Dvorak-portrait-grand-format-classiquenews-juin-2015-stabat-mater-de-dvorak-dossier-critique-presentationLe message si humble voire souvent austère, jusqu’à la contrition la plus tĂ©nue, comme repliĂ©e, qui s’exprime par le choeur initial puis le quatuor vocal (tĂ©nor, soprano, basse, mezzo), convoque le sentiment des vanitĂ©s terrestres : grandeur inaccessible et impĂ©nĂ©trable du divin, fragilitĂ© et souffrance de la condition humaine. Dès le mouvement premier, ample de 17 mn, la musique exprime la profonde et grave prière des humanitĂ©s dĂ©munies, impuissantes. C’est l’acte d’une ferveur dĂ©truite, saisie par un deuil quasi insoutenable.
Le sublime quatuor vocal qui suit (Quis est homo, qui non fleret) suit la mĂŞme simplicitĂ© naturelle, ce recueillement qui Ă©carte toute enflure, toute théâtralitĂ© pathĂ©tique Ă©noncĂ©e dès l’intervention de la soprano, au chant si magnifiquement mesurĂ©e.
Contre l’avis du critique souvent mensonger et toujours abusivement partisan (en tout cas antiwagnérien), Hanslick, les admirateurs de Dvorak ont immédiatement constaté la sincérité du compositeur et la grande vérité de son oeuvre ; chacun défend l’humilité désarmante de la prière solistique ou collective, non pas outrageusement sensuelle comme le pensait l’ignoble Hanslick, mais sincère et tendre. C’est d’ailleurs du côté des croyants, de l’assemblée populaire et individuelle que nous saisissons la ferveur généreuse de l’ouvrage ; les interprètes ont bien raison de souligné ce chambrisme étal, sublimement partagé par le choeur et les solistes.

Antonin Dvorak : 
Stabat Mater op 58
France Musique, le 24 juin 2015, 20h. Inva Mula, Soprano. 
Sara Mingardo, Contralto. 
Maximilian Schmitt, Ténor
. Robert Gleadow, Baryton-basse.  
Choeur Accentus 
. Orchestre de Chambre de Paris .
Laurence Equilbey, direction. Concert donné le 6 juin 2015 à la grande Salle de la Philharmonie 1 à Paris.

Dvorak : Russalka Ă  l’OpĂ©ra Bastille

dvorak antoninParis, OpĂ©ra Bastille. Russalka de Dvorak (1901)… 3>26 avril 2015. Sommet de l’opĂ©ra tchèque, et Ă  ce titre manifeste le plus Ă©clatant d’une conscience nationale et culturelle tchèque, la fable fĂ©erique composĂ©e par Dvorak, Russalka est bien connue grâce entre autres Ă  l’un de ses tableaux d’une irrĂ©sistible magie : l’invocation Ă  la lune (acte I, oĂą l’hĂ©roĂŻne avoue son dessein mortel Ă  l’astre ami). L’avant dernier opĂ©ra de Dvorak, composĂ© en 1900, crĂ©Ă© en 1901, est quasi contemporain de Jenufa (1903), d’un Janacek, davantage inscrit dans une modernitĂ© qui ne cache plus son visage.

L’amour se réalise dans les eaux de mort
Même romantique, Russalka attend 2002 pour entrer au répertoire de l’Opéra de Paris ! En comparaison, Russalka qui baigne dans le folklore traditionnel (alors qu’au départ Dvorak adapte une légende venue de l’Europe occidentale, empruntée à La petite sirène, à l’Ondine de La Motte-Fouqué et la Cloche engloutie de Hauptmann-, réinventant aussi d’une certaine façon le fonds des légendes nationales), serait-il le dernier opéra romantique signé Dvorak ? Wagnérien, le compositeur sait aussi s’inspirer de la vibration délicate impressionniste qui confère à son orchestration un parfum et des allures toutes debussystes. La liquidité de la partition se rapproche de la fine texture océane de Pelléas. De son ambiguité aussi : à la fois miroitante et fascinante jusqu’à l’hypnose, mais aussi absorbante et mystérieuse, celle qui engloutit pour anéantir. Dvorak le cartésien solide s’engage dans le surnaturel fantastique et glissant de Russalka, légende des eaux inquiétantes. Avec l’échec de Russalka, âme amoureuse qui n’empêche pas la catastrophe malgré sa sincérité désarmante, s’écroule aussi tout un monde. Les eaux de Russalka portent en elle la mort d’un cycle à l’agonie. Cette couleur mortifère est l’une des rares exploration de Dvorak dans le monde létal des eaux fatales.
Le librettiste parnassien Jaroslav Kvapil fournit à Dvorak la matière littéraire du mythe. Aux côtés de l’ondine trahie, se précise surtout l’esprit du lac, être habitant des eaux, qui aime collectionner les âmes des noyés qu’il précipite dans l’abime liquide : à la fin de l’action, les deux amants s’enfonceront dans l’encre de son royaume souverain.

Dvorak a précédemment traité musicalement la figure de cet être à la fois maléfique et fraternel (poème symphonique intitulé : Vodnik, c’est à dire l’ondin). Dans Russalka, l’ondin âgé est une sorte de père affectueux et réconfortant pour la pauvre nymphe des eaux. Face à celle qui veut être mortelle pour aimer, être aimée (et surtout être trahie), le vieux philosophe ne peut rien empêcher.

waterhouse ondine russalka dvorakVoilĂ  donc notre ondine prĂŞte Ă  prendre corps et âme mortels, mais pour rĂ©ussir pleinement sa mutation, elle doit se faire aimer d’un mortel, d’un amour total. Or avant de gagner cet amour, la crĂ©ature transitoire ne peut parler qu’après l’énoncĂ© du serment dĂ©finitif : celui par lequel l’homme sĂ©duit dĂ©clare sa flamme totale. Mais quand les amants se retrouvent, le prince bien qu’attirĂ© trouve Ă©trange ce corps froid et liquide qui ne parle pas. Il prend peur face Ă  cette cĂ©lĂ©bration du lac dont les eaux noires et profondes le menacent d’engloutissement. Ainsi l’acte III brosse le portrait d’une Russalka abandonnĂ©e perdue, au plus sombre des sentiments : une immersion dans les eaux de la mort qui Ă©gale lĂ  encore le Wagner de Tristan (magie vaporeuse et irrĂ©elle de l’acte II avec le duo fameux de Tristan et Isolde). Et quand le prince se dĂ©tourne d’elle pour une belle Ă©trangère, Russalka semble perdue entre le monde terrestre et aquatique. C’est alors que le prince se baigne Ă  nouveau dans les eaux de leur rencontre et l’embrasse malgrĂ© sa peur primordiale : les deux ĂŞtres qui s’étaient condamnĂ©s sans le savoir, se retrouvent enfin : ils s’abĂ®ment dans les profondeurs d’un espace inconnu. Et leur amour fusionel s’inscrit dans l’Ă©ternitĂ© de la mort.

boutonreservationRussalka à Paris, Opéra Bastille
Les 3,7,10,13,16,18,23,26 avril 2015
Jakub Hrusa, direction
Robert Carsen, mise en scène
Avec Olga Guryakova (Russalka), Khachatur Badalyan (Le Prince), Alisa Kolosova (la Princesse Ă©trangère), Dimitry Ivashchenko (L’esprit du lac), Larissa Diadkova (Jezibaba)…
ChĹ“ur et orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris

Illustration : Waterhouse, Hylas et les Nymphes, 1896 (DR)

Jean-Yves Ossonce dirige la 7ème Symphonie de Dvorak

ossonce jean yves osrct symphonique toursTours, Grand Théâtre. Dvorak : Symphonie n°7. J.-Y. Ossonce, les 24,25 janvier 2015. Suite de la saison symphonique de l’OpĂ©ra de Tours sous la baguette du chef et directeur des lieux : Jean-Yves Ossonce. Puissante, brucknĂ©rienne par ses cuivres impressionnants entre autres, mais aussi (surtout) Brahmsienne et wagnĂ©rienne soit d’un germanisme assumĂ©, la “grande Symphonie” en rĂ© mineur opus 70,  est crĂ©Ă©e Ă  Londres sous la direction de Dvorak en avril 1885. Membre d’honneur de la Royal Philharmonic Society de Londres, Dvorak devait ainsi honorer une commande passĂ©e par l’institution musicale londonienne : par ses couleurs tendres (bois) et sa palpitation atmosphĂ©rique, convoquant les grandes frissons de la nature, qui plonge aussi dans une introspection plus personnelle (cors combinĂ©s souvent aux cordes), Dvorak entend Ă©galer son ami Brahms dont la 3ème Symphonie venait alors d’ĂŞtre crĂ©Ă©e. Dvorak très inspirĂ© ajoute aussi des rĂ©fĂ©rences wagnĂ©riennes manifestes dans le second mouvement d’une tendresse voluptueuse et mĂŞme amoureuse (Poco Adagio).

 

 

 

 

Maturité du Dvorak londonien

Egaler Brahms, assimiler Bruckner et Wagner…

 

dvorak antoninAu germanisme brahmso-wagnĂ©rien du 2ème mouvement, Dvorak impose dans le 3ème mouvement, un rythme et une mĂ©lodie envoĂ»tante (combinaison basson / cordes) rĂ©solument tchèques (annonciatrice d’ailleurs de sa sublime 8ème, noble et intĂ©rieure Ă  la fois) ; c’est un Scherzo-vivace que beaucoup de chefs s’obstinent Ă  aborder sans le caractère rythmique nonchalant mais caractĂ©risĂ© voulu par l’auteur. Le dernier mouvement (Allegro) aussi majestueux et impĂ©tueux que le premier (Allegro maestoso) fait rugir l’intensitĂ© rhapsodique, de caractère tzigane de l’Ă©criture : c’est un nouvel Ă©pisode qui frappe par la prĂ©cision de son orchestration et surtout le souffle de son Ă©criture ; il rĂ©clame un orchestre Ă©toffĂ© mais d’une transparence colorĂ©e et finement caractĂ©risĂ©e : le germanisme brahmsien et wagnĂ©rien comme la sensibilitĂ© tchèque des mĂ©lodies, et cette vitalitĂ© rythmique propre Ă  Dvorak doivent ici trouver un juste Ă©quilibre. MaĂ®tre de la grande forme, Dvorak conclue le cycle dans un tierce picarde, emblème d’un optimisme souverain et majestueux (noblesse des cors de la fin).

 

 

 

Programme de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours

La 7ème Symphonie de Dvorak est couplée avec le Concerto en sol majeur pour piano de Maurice Ravel (Vanessa Wagner, piano) et La Fête polonaise extraite du Roi malgré lui de Chabrier. Les 24 janvier à 20h et 25 janvier 2015 à 16h.

RĂ©server votre place sur le site de l’OpĂ©ra de Tours.

 

 

 

 

 

 

 

Prochains grands rvs de la saison symphonique Ă  l’OpĂ©ra de Tours :

 

Jeux d’enfants opus 22 de Georges Bizet puis Symphonie concertante pour violoncelle (Xavier Phillips, violoncelle) et extraits de RomĂ©o et Juliette de Prokofiev, les 21 et 22 mars 2015.

 

Concet n°1 pour violon de Prokofiev (Alexandra Soumm, violon) et Symphonie n°2 de Robert Schumann (Ariane Matiakh, direction), les 18 et 19 avril 2015

Anna Kassian chante Rusalka à l’Opéra de Rome

dvorak antoninRome, Opéra. Anna Kassian, Rusalka, les 12 et 14 décembre 2014. Rusalka, opéra en trois actes reste l’un des plus connus du répertoire lyrique tchèque : il met en scène le monde poétique et symbolique, fantastique et surnaturel du milieu aquatique et des sortilèges. Dès sa création en 1901 au Théâtre National de Prague (l’année de la création de Tosca de Puccini), Antonín Dvořák constate l’immense succès de son ouvrage. Rusalka, aux côtés d’Ondine ou de la Petite Sirène d’Andersen, est une nymphe des eaux. Inspiré par le monde des esprits, Dvorak nourrit une écriture orchestrale extrêmement raffinée qui réutilise le principe du leitmotiv wagnérien, emprunte aussi au lied et à l’aria en une langue continue. La mélodie la plus connue en est le Chant à la lune de Rusalka (I), prière et aspiration ardente de la nymphe désireuse de prendre apparence humaine pour être aimé d’un prince qu’elle a rencontré et qui se baigne dans le lac… celui ci sera-t-il digne de l’amour qu’il a suscité. En traitant le thème de l’amour absolu, de la femme sacrifiée et des forces mystérieuses de la nature, Dvorak signe surtout un opéra élevé au rang de mythe symboliste, fantastique, essentiellement onirique. Ici la tendresse éperdue de Rusalka attriste son père Vodnik, roi du lac mais suscite la terrible machination de la sorcière Jezibaba qui exploite jusqu’à sa mort, la crédulité de la nymphe, trop optimiste quant à la loyauté des hommes… la dernière image est l’une des plus belles du théâtre lyrique : le prince qui avait trahi Rusalka revient au bord du lac et se laisse inanimé entrainer dans les profondeurs dans les bras de la nymphe…

 

 

 

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Couronnée au  Concours Bellini 2013, la soprano Anna Kassian qui a participé aussi dans l’enregistrement de Cosi fan tutte de Mozart dirigé par Teodor Currentzis (Despina piquante et touchante) incarne la nymphe amoureuse Rusalka sur la scène de l’Opéra de Rome sous la direction de Eivind Gulberg Jensen, les 12 et 14 décembre prochains. Une prise de rôle à suivre absolument. Rusalka de Dvorak à l’Opéra de Rome du 27 novembre au 14 décembre 2014 (8 représentations).

VISITER la distribution sur le site de l’Opéra de Rome

 

 

 

VOIR notre reportage vidéo LE CONCOURS international de Bel canto Vincenzo Bellini 2013 avec Anna Kassian, soprano (Premier Prix 2013) 

 

 

 

Saintes, Abbatiale. Concert Sibelius, Dvorak. Tedi Papavrami, le 12 octobre 2014, 15h30.

ONPL-400x266Saintes, Abbatiale. Concert Sibelius, Dvorak. Tedi Papavrami, le 12 octobre 2014, 15h30. Saintes : nouvelle expĂ©rience symphonique ? Peu Ă  peu, au fil d’une programmation musicale qui investit le lieu tout au long de l’annĂ©e, l’Abbatiale de l’Abbaye aux Dames Ă  Saintes confirme son rayonnement comme place symphonique : la voĂ»te sacrĂ©e se fait temple de l’expĂ©rience orchestrale ; quand il ne s’agit pas des formations sur instruments d’Ă©poque (Symphonies des Lumières, Orchestre des Champs ElysĂ©es…), la CitĂ© musicale accueille aussi des orchestres reconnus pour leur approche approfondie du rĂ©pertoire. En tĂ©moigne ce nouveau rv dimanche 12 octobre 2014 Ă  15h30, dĂ©diĂ© Ă  Smetana, Sibelius et Dvorak, intitulĂ© “Symphonie Slave”, bien que Sibelius incarne tel un pur joyau nordique, la vitalitĂ© de l’Ă©criture finnoise en matière de symphonisme ardent, original, irrĂ©sistible : son Concerto pour violon, chef d’oeuvre du genre par son introspection expressive et sa puretĂ© d’inspiration (qui confine Ă  l’Ă©pure) est ici dĂ©fendu par l’excellent violoniste Tedi Papavrami. Il est accompagnĂ© par l’Orchestre national des Pays de la Loire qui fait sa première entrĂ©e sous la voĂ»te de l’Abbaye aux Dames.

L’ouverture de La FiancĂ©e vendue de Smetana est un vrai dĂ©fi pour l’interprète ; on se souvient avec quel souci de l’expressivitĂ© raffinĂ©e et trĂ©pidante, un Karel Ancerl ou un Carlos Kleiber dirigeaient ce morceau symphonique aussi riche que tout un opĂ©ra, dĂ©voilant chacun des trĂ©sors d’invention suggestive. CrĂ©Ă© en mai 1886 Ă  Prague, l’opĂ©ra confirme le tempĂ©rament lyrique de l’auteur ; annonçant l’esprit lĂ©ger d’une comĂ©die irrĂ©sistible, l’ouverture, dĂ©veloppĂ©e dans l’esprit d’une vĂ©ritable kermesse tchèque, redouble de nervositĂ© villageoise, fourmille en accents et surenchère rythmique qui en font un morceau de choix pour tout orchestre. Ce n’est pas un lever de rideau mais bien un poème symphonique d’une profondeur inouĂŻe, rĂ©clamant de tous les musiciens, une maĂ®trise absolue des dynamiques comme de la vitalitĂ© rythmique. Nerf, Ă©lĂ©gance et profondeur : le cocktail requis n’est pas Ă©vident ; il rĂ©vèle de toute Ă©vidence les qualitĂ©s (ou les limites) de toute formation…

Le Concerto pour violon de Sibelius
Sibelius_portraitEn rĂ© majeur, le Concerto pour violon de Jean Sibelius est assurĂ©ment son oeuvre phare. Etant devenu l’un des sommets de l’écriture violonistique, retenu par les plus grands concertistes, il s’est imposĂ© naturellement auprès du public. L’opus 46 en rĂ© majeur fut composĂ© en 1903 et, après rĂ©vision, crĂ©Ă© sous la direction de Richard Strauss en 1905 Ă  Berlin. L’oeuvre est contemporaine de l’installation du compositeur dans la villa “AĂŻnola”, Ă  Jarvenpaa, en pleine forĂŞt, Ă  30km d’Helsinki. Fidèle Ă  son Ă©crtiure et son inspiration de plus en plus exigeante, Sibeliu s’y laisse pĂ©nĂ©trĂ© par le mystère de la Nature, sublimĂ© en une rĂ©flexion perpĂ©tuelle sur la forme. Longtemps minimisĂ© en raison d’une apparente et “creuse” rigueur, le Concerto s’imposa nĂ©anmoins en raison des difficultĂ©s techniques qu’il exige du soliste. Mais en plus de sa virtuositĂ© exigente, le Concert de Sibelius demande tout autant, concentration, intĂ©rioritĂ©, Ă©conomie, justesse de la ligne musicale. Autant de qualitĂ©s qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es grâce Ă  la lecture des plus grands violonistes dont il est devenu le cheval de bataille. D’une incontestable inspiration lyrique nĂ©o-romantique, la partition dĂ©veloppe une forme libre, rhapsodique, mĂŞme si elle respecte la traditionnelle tripartition classique en trois mouvements: allegro moderato, adagio di molto, finale. MĂŞme si l’inspiration naturelle, panthĂ©iste, du compositeur s’exprime avec clartĂ©, en particulier d’après le motif naturel des forĂŞts de sa Finlande natale, les souvenirs enrichissent aussi une imagination personnelle et intime. A ce titre, le deuxième mouvement pourrait convoquer les impressions mĂ©diterranĂ©ennes vĂ©cues pendant son sĂ©jour en Italie. A la sublime sensation du motif forestier, Sibelius ajoute la chaleur parfois brĂ»lante du clair soleil mĂ©diterranĂ©en.

Dvorak : Symphonie n°7
En rĂ© mineur comme la 4ème, mais d’un tout autre format, – d’oĂą son appellation de “grande symphonie en rĂ©”, la 7ème de Dvorak est le fruit d’une promesse du compositeur faite Ă  la Royal Philharmonic Society de Londres au moment oĂą il en avait Ă©tĂ© nommĂ© membre d’honneur. Ecrite en 4 mois Ă  partir de dĂ©cembre 1884, la 7ème affirme le gĂ©nie du symphoniste alors très influencĂ© par Wagner et par son ami Brahms dont la 3ème Symphonie venait d’ĂŞtre triomphalement crĂ©Ă©e. C’est Hans von Bulow qui en assura l’interprĂ©tation la plus convaincante, enthousiasmant Dvorak au comble de la satisfaction : il Ă©crit sur le manuscrit un hommage sensible Ă  l’adresse du chef d’orchestre : “Gloire! Tu as donnĂ© vie Ă  cette Ĺ“uvre”. De fait avant la fameuse 8èùe Nouveau Monde”, la 7ème impose l’ampleur et la maturitĂ© du gĂ©nie symphonique de Dvorak en particulier dans la succession des deux premiers mouvements.

dvorak antoninDès l’Allegro maestoso d’ouverture, l’auditeur y retrouve tout ce qui fonde l’intense expressivitĂ© de l’Ă©criture dvorakienne : lugubre et profonde introduction (qui valut Ă  l’auteur plusieurs rĂ©Ă©critures) puis fougue irrĂ©sistible : la vitalitĂ© de Dvorak s’exprime aussi par une Ă©tonnante et saisissante fluiditĂ© entre les mĂ©lodies exposĂ©es dont celle introduite par flĂ»tes et clarinettes, citation Ă  peine voilĂ©e de Brahms (Concerto pour piano n°2). Le 2è mouvement (Poco Adagio) est le sommet de la partition par son Ă©lĂ©vation spirituelle (choral d’ouverture exposĂ© par les bois), son recueillement et ses langueurs suggestives très proches cette fois de l’esprit tristanesque dĂ©fendu par Wagner. Dvorak mĂŞle très habilement rĂ©fĂ©rences brahmsiennes et wagnĂ©riennes.

Saintes, Abbatiale
dimanche 12 octobre 2014, 15h30

Bedrich Smetana
 : Ouverture de La fiancée vendue
Jean Sibelius : 
Concerto pour violon
Anton Dvořak : 
Symphonie n°7

Tedi Papavrami, violon (Stradivarius Le Reynier)
Orchestre national des Pays de la Loire
Vassilis Christopoulos, direction

Tarifs : de 8 à 32 €
Durée du concert : 1h15

Informations et achat en ligne

 

saintes clocher

CD. Dvorak : Symphonies et concertos (Jiri Belohlavek, 2012-2013, Decca)

dvorak jiri belohlavek symphonies conertos complete integrale decca 8 cdCD. Dvorak : Symphonies et concertos (Jiri Belohlavek, 2012-2013, Decca). NĂ© Ă  Prague en 1946, Jiri Berohlavek fut assistant de Celibidache (1968) et se distingua lors des Concours des jeunes chef tchèques (1970) puis Herbert von Karajan (1971). Il devient directeur musical du Prague Symphony orchestra (1977) puis en 1990, directeur musical de la Philharmonie Tchèque. En 1994, il fonde la Prague Philharmonia et rĂ©alise ses nombreux engagements comme chef invitĂ© en particulier au sein de l’Orchestre symphonique de la BBC (en particulier pour les Prom’s, 2006-2012). Chef lyrique (Russalka de Dvorak rĂ©cemment dirigĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Vienne en 2014), Belohlavek sait marquer les esprit par son sens de l’architecture, la grande fluiditĂ© de son geste et des tempi volontiers ralentis, avec un sens dĂ©lectable de la sonoritĂ©, Ă  la fois vive, expressive, très dĂ©taillĂ©e, toujours opulente et gĂ©nĂ©reuse. Ses phrasĂ©s originaux rĂ©vèle une imagination fertile au service de l’activitĂ© instrumentale oĂą jaillit l’Ă©clat des bois et des cordes.
Le coffret Decca rĂ©unit un cycle d’enregistrements rĂ©alisĂ©s entre 2012 et 2013, tĂ©moin de la dernière manière du chef lyrique et symphonique, familier depuis toujours des compositeurs tchèques dont Ă©videmment Dvorak, mais aussi Janacek. Les caractères de sa vision Ă©quilibrĂ©e, parfois carrĂ©e et solennelle, mais riche en dĂ©tails et articulation se manifestent surtout dans les Symphonies  opus 88 et opus 95 soit les n°8 de 1889 et n°9 (du Nouveau Monde) : la direction sait ciseler de façon très vivante les motifs Ă©crits, dĂ©taillant, rendant perceptibles d’infimes dĂ©tails de timbre, le tout dans un cadre parfaitement structurĂ©, – les dĂ©tracteurs diront un rien emplombĂ© parfois, trop attĂ©nuĂ©, d’une retenue qui confine Ă  une distanciation dĂ©sengagĂ©e. C’est Ă©carter l’indiscutable sensibilitĂ© du maestro dans la rĂ©solution des dialogues des pupitres des bois particulièrement, le chant toujours très investi et de façon organique des seules cordes, la caractĂ©risation rythmique (grazioso de la 8 ; clartĂ© et vivacitĂ© du furiant en phrases dĂ©calĂ©es du Scherzo de la n°6), l’Ă©lĂ©gante personnalitĂ© de ses carrures chorĂ©graphiques qui affirment le tempĂ©rament dansant de ses finals (allegro ma non troppo de la mĂŞme 8 : oĂą rayonne aussi l’Ă©loquence gĂ©nĂ©reuse des cuivres).

Dvorakien de grande classe

La 9ème en son dĂ©but brumeux, volontiers nostalgique fait valoir les mĂŞmes qualitĂ©s : relief instrumental et retenue introspective qui contraste avec l’appel des cuivres d’une Ă©vidente majestĂ© : autant de vagues alternĂ©es et opposĂ©es agencĂ©es en un bain palpitant oĂą s’impose surtout, essentiellement le chant des bois, la danse des cordes, la majestĂ© des cuivres, la solennitĂ© d’un cadre idĂ©alement structurĂ©. Jiri Belohlavek fait tout entendre avec une grande Ă©lĂ©gance de ton, un naturel organique qui en reliant tous les Ă©pisodes assure la grande cohĂ©rence de l’ensemble. Le largo dĂ©veloppe la prière du hautbois sur une extension optimale du tapis des cordes et des bois… L’activitĂ© des instruments et la clartĂ© des plans sonores enrichissent comme peu la noblesse de l’Ă©pisode axial (le plus dĂ©veloppĂ© de la symphonie, soit plus de 12 mn), oĂą Belohlavek fait couler un pur climat d’enchantement – osons dire Parsifalien. La sensibilitĂ© pudique et intĂ©rieur du maestro praguois est saisissante ici. MĂŞme galop de grande classe (articulation et clartĂ© des dialogues de timbres : cordes / cuivres – puis cordes / harmonie dominĂ© par la flĂ»te) dans l’excellent et trĂ©pidant Scherzo. Toute la science millimĂ©trĂ©e du maestro se dĂ©ploie dans l’ample portique de l’Allegro finale, d’une exaltation superlative, gorgĂ© de saine clartĂ© et aussi d’ampleur sereine, de leurs diverses et profondes, humainement investie qui laisse envisager de multiples clĂ©s d’approche et de comprĂ©hension : cette richesse sonore, respectueuse pourtant du flux organique qu’il rend toujours très clair, porte dĂ©finitivement la marque du chef : attentif, hypersensible, mesurĂ©, clairvoyant, d’une suractivitĂ© Ă  l’Ă©quilibre souverain. A chaque mesure reste perceptible la pensĂ©e et la vision qui les soustend. L’approche est scrupuleuse autant que personnelle : voilĂ  qui rend chaque symphonie et les deux -plus connues et spĂ©cifiquement ambitieuses- littĂ©ralement passionnantes.

On ne peut que constater la maturitĂ© du chef et sa largeur de vue dans un cycle symphonique portĂ© avec passion, scrupule, amour. Le cycle symphonique dans son ensemble est magistralement rĂ©tabli : deux premières symphonies composĂ©e Ă  24 ans (1865) sous influence schumannienn entre autres, avec quelques couleurs empruntĂ©es Ă  Janacek et Richard Strauss (n°2). Le wagnĂ©risme assumĂ© de la n°3 (1873) avec citation Ă  peine masquĂ© de son opĂ©ra favori d’alors, Tannhäuser est parfaitement compris. Le chef porte tout autant les n°5, surtout la complexitĂ© dansante de la 6è, composĂ©e en 1880 (hommage Ă  son soutien principal Ă  Vienne Brahms dont il cite la 2ème Symphonie au dĂ©but du Finale), sans omettre l’Ă©loquence sombre et grave de la 7ème Ă©crite en 1885 pour la SociĂ©tĂ© Philharmonique de Londres.

belohlavek-jiri-dvorak-czech-philharmonic-home-cd-350-539Le coffret complète le legs symphonique de Dvorak, soulignant la grande imagination sur le plan des timbres et des couleurs, portĂ©s par une orchestration Ă  la fois coulante, (organique) et riche en dĂ©tails (finement caractĂ©risĂ©e sous la direction affĂ»tĂ©e du chef) : Concerto pour piano Ă©crit en 1876 (contemporain de l’inauguration du premier Ring Ă  Bayreuth, mais surtout dans l’Ă©criture de l’oeuvre de Dvorak de sa 5è Symphonie, du Stabat Mater (miroir des tragĂ©dies intimes, celles du père endeuillĂ©) ; Concerto pour violon de 1879 (au lyrisme tchèque nettement explicitĂ©) dĂ©diĂ© Ă  l’ami de Brahms, le violoniste Joseph Joachim (quoique celui ci refusa toujours de jouer une Ĺ“uvre trop moderne). Le Concerto pour violoncelle remonte Ă  la dernière annĂ©e du sĂ©jour amĂ©ricain (Ă©crit Ă  l’hiver 1894-1895). CrĂ©Ă© en 1896, Dvorak l’enrichit de thème chĂ©ri par sa belle sĹ“ur Josefina (dont il avait Ă©tĂ© amoureux quelques trente ans auparavant), mĂ©lodie tendre en guise de prière pour un rĂ©tablissement espĂ©rĂ© qui ne se rĂ©alisera pas : l’aimĂ©e malade s’Ă©teint quand Dvorak rejoint sa chère aurĂ©olĂ©e de gloire amĂ©ricaine : l’âpretĂ© parfois trop appuyĂ©e, moins chantante qu’expressive mais d’une ariditĂ© brĂ»lĂ©e de la soliste (ici, Alisa Weilerstein) n’empĂŞche pas la direction fine et ciselĂ©e de Jiri Belohlavek qui prend ce plaisir Ă©lĂ©gantissime Ă  dĂ©tailler et colorer chaque climat du Concerto, l’un des mieux aboutis sur le plan des couleurs et du caractère. L’apport pour Dvorak est somptueux : servi par l’un de ses interprètes rĂ©cents les plus personnels, inspirĂ©s, d’une fertile intelligence, d’une imagination juste et remarquablement investie.

Antonin Dvorak (1841-1904) : Intégrale des Symphonies et des Concertos. Alisa Weilerstein (violoncelle), Frank Peter Zimmermann (violon), Garrick Ohlsson (piano).  Cezch Philharmonic. Jiri Belohlavek, direction (6 cd Decca 2012-2013).

Jiri Belohlavek © K.Ridley

Stabat Mater de Dvorak

dvorak antoninlogo_francemusiqueFrance Musique, le 13 juin 2014, 20h : Stabat Mater de Dvorak. A 36 ans, Anton Dvorak, né en 1841, compose son Stabat Mater dans des circonstances personnelles tragiques. L’oeuvre qui dure près d’une heure trente, est liée à une série de deuils familiaux. La partition est écrite au moment du décès de sa fille, Josepha, en 1876. Mais le père allait être à nouveau frappé par le destin quand survint à quelques mois d’intervalles, le décès de sa seconde fille, Ruzena, lors d’un accident domestique, puis celui de son fils, Potakar, victime de la variole. L’ouvrage qui est une réflexion sur la mort (en cela proche des Kindertotenlieder de Mahler, plus tardif, cycle composé entre 1901 et 1904), permet au compositeur d’exprimer l’intensité insupportable de la perte, celle des enfants ; puis l’horreur et le renoncement, depuis son début désespéré jusqu’à la sublimation atteinte par le développement cathartique et spirituel de l’ample méditation. Dvorak aborde l’ensemble du texte sacré de Jacopo di Todi, moine ombrien du XIV ème siècle.

 

 

 

Requiem des enfants morts

 

La partition est conçue pour choeur mixte, pouvant compter jusqu’à 100 exécutants, quatre solistes et orchestre symphonique. Elle date de l’époque où Dvorak côtoie Brahms, lequel a créé à la même époque (mars 1877) son Requiem Allemand. Brahms n’a jamais caché son admiration pour son confrère Tchèque dont il avait souhaité la présence à Vienne. L’oeuvre qui sera jouée en mars 1884 au Royal Albert Hall, puis en septembre 1884, lors du Festival de Worcester à Londres (couplée avec la Symphonie n°6, sous la direction de l’auteur) contribua dans une large part à la reconnaissance du compositeur, à l’échelle européenne.

Dvorak : Stabat Mater

en direct de la Basilique Saint-Denis

Angela Denoke, soprano

Varduhi Abrahamyan, mezzo

Steve Davislim, ténor

Alexander Vinogradov, basse

Chœur Philharmonique de Prague

Philharmonique de Radio France

Jakub Hrusa, direction

Russalka de Dvorak (1901)

logo_francemusiqueFrance Musique, samedi 8 mars 2014, 19h. Russalka de Dvorak. Sommet de l’opéra tchèque, et à ce titre manifeste le plus éclatant d’une conscience nationale et culturelle tchèque, la fable féerique composée par Dvorak, Russalka est bien connue grâce entre autres à l’un de ses tableaux d’une irrésistible magie : l’invocation à la lune (acte I, où l’héroïne avoue son dessein mortel à l’astre ami). L’avant dernier opéra de Dvorak, composé en 1900, créé en 1901, est quasi contemporain de Jenufa (1903) d’un Janacek, davantage inscrit dans une modernité qui ne cache plus son visage. 

L’amour se réalise dans les eaux de mort

Waterhouse ondine russalka Une_na_ade_ou_Hylas_avec_une_nymphe_par_John_William_Waterhouse_1893Même romantique, Russalka attend 2002 pour entrer au répertoire de l’Opéra de Paris ! En comparaison, Russalka qui baigne dans le folklore traditionnel (alors qu’au départ Dvorak adapte une légende venue de l’Europe occidentale, empruntée à La petite sirène, à l’Ondine de La Motte-Fouqué et la Cloche engloutie de Hauptmann-, réinventant aussi d’une certaine façon le fonds des légendes nationales, serait-il le dernier opéra romantique signé Dvorak ? Wagnérien, le compositeur sait aussi s’inspirer de la vibration délicate impressionniste qui confère à son orchestration un parfum et des allures toutes debussystes. La liquidité de la partition se rapproche de la fine texture océane de Pelléas. De son ambiguité aussi : à la fois miroitante et fascinante jusqu’à l’hypnose, mais aussi absorbante et mystérieuse, celle qui engloutit pour anéantir. Dvorak le cartésien solide s’engage dans le surnaturel fantastique et glissant de Russalka, légende des eaux inquiétantes. Avec l’échec de Russalka, âme amoureuse qui n’empêche pas la catastrophe malgré sa sincérité désarmante, s’écroule aussi tout un monde. Les eaux de Russalka portent en elle la mort d’un cycle à l’agonie. Cette couleur mortifère est l’une des rares exploration de Dvorak dans le monde létal des eaux fatales.

Le librettiste parnassien Jaroslav Kvapil fournit à Dvorak la matière littéraire du mythe. Aux côtés de l’ondine trahie, se précise surtout l’esprit du lac, être habitant des eaux, qui aime collectionner les âmes des noyés qu’il précipite dans l’abime liquide : à la fin de l’action, les deux amants s’enfonceront dans l’encre de son royaume souverain. Dvorak a précédemment traité musicalement la figure de cet être à la fois maléfique et fraternel (poème symphonique intitulé : Vodnik c’est à dire l’ondin). Dans Russalka, l’ondin âgé est une sorte de père affectueux et réconfortant pour la pauvre nymphe des eaux. Face à celle qui veut être mortelle pour aimer, être aimée (et surtout être trahie), le vieux philosophe ne peut rien empêcher.

Voilà donc notre ondine prête à prendre corps et âme mortels, mais pour réussir pleinement sa mutation, elle doit se faire aimer d’un mortel, d’un amour total. Or avant de gagner cet amour, la créature transitoire ne peut parler qu’après l’énoncé du serment définitif : celui par lequel l’homme séduit déclare sa flamme totale. Mais quand les amants se retrouvent, le prince bien qu’attiré trouve étrange ce corps froid et liquide qui ne parle pas. Il prend peur face à cette célébration du lac dont les eaux noires et profondes le menacent d’engloutissement. Ainsi l’acte III brosse le portrait d’une Russalka abandonnée perdue, au plus sombre des sentiments : une immersion dans les eaux de la mort qui égale là encore le Wagner de Tristan. Et quand le prince se détourne d’elle pour une belle étrangère, Russalka semble perdue entre le monde terrestre et aquatique. C’est alors que le prince se baigne à nouveau dans les eaux de leur rencontre et l’embrasse malgré sa peur primordiale : les deux êtres qui s’étaient condamnés sans le savoir, se retrouvent et s’abiment dans les profondeurs d’un espace inconnu.

waterhouse ondine russalka dvorak

Opéra en 3 actes de Antonín Dvořák (1841-1904).
Sur un livret en tchèque de Jaroslav Kvapil.
Créé le 31 mars 1901 à Prague, Tchécoslovaquie.

Renée Fleming, Rusalka
Emily Magee, la princesse étrangère
Dolora Zajick, la sorcière Ježibaba
Piotr Beczala, le prince
John Relyea, VodnĂ­k, l’esprit du lac

Choeur et Orchestre du Metropolitan Opera
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, samedi 8 mars 2014, 19h. Russalka de Dvorak.

Tours, Grand Théâtre. Concert Saint-Saëns, Franck, OSRCT. 15, 16 février 2014

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand Théâtre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermède de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxième Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidèle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂą s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre très rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succès; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂŞme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9è de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matière de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante règne la douce et mĂ©lancolique rĂŞverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cède un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dès 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrètement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂŞme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchèque, tout en cultivant la très forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une âme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

Antonín Dvorák
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Concert Franck, Saint-SaĂ«ns, Dvorak Ă  l’OpĂ©ra de Tours

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand Théâtre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermède de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxième Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidèle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂą s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre très rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succès; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂŞme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9è de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matière de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante règne la douce et mĂ©lancolique rĂŞverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cède un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dès 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrètement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂŞme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchèque, tout en cultivant la très forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une âme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

Antonín Dvorák
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite