Rachmaninov : Symphonie n°2

Rachmaninov, jeune gĂ©nie lyrique !ARTE, dim 10 fĂ©v 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (Ă  18h30, Maestro). En mi mineur opus 21, la 2Ăš Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur Ă  l’écriture, aprĂšs son Ă©chec traumatisant dĂ» aux critiques Ă©mises Ă  la crĂ©ation de sa premiĂšre symphonie. CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en mars 1897, la PremiĂšre Symphonie mal dirigĂ©e par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisĂ©) suscite les vives reproches de CĂ©sar Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) Ă  qui tout semblait sourire
 A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragĂ© par Tchaikovski et qui a Ă  son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opĂ©ra Aleko, 1893) reprend goĂ»t Ă  la crĂ©ation : en dĂ©coulent aprĂšs Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblĂšme d’un Ă©quilibre enfin recouvrĂ©. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempĂ©rament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intĂ©resse Ă  cette Ɠuvre liĂ©e Ă  son histoire. Le chef invitĂ© Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistrĂ© en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0CrĂ©Ă©e en 1908 Ă  Saint-PĂ©tersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une pĂ©riode fĂ©conde qui rĂ©alise aussi le poĂšme orchestral l’üle des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portĂ©e par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrĂ©sistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composĂ©es. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacitĂ© qui infĂ©ode le dĂ©veloppement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthĂšse portĂ©e par la beautĂ© de sa cantilĂšne, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thĂšme principal du premier mouvement) / Allegro vivace

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fĂ©v 2019 Ă  18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durĂ©e : 43 mn.

 

 

 

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LIRE notre dossier spécial les opéras de Rachmaninov
http://www.classiquenews.com/les-operas-de-rachmaninov-alenko-le-chevalier-ladre-dossier-special/

LIRE d’autres articles dĂ©diĂ©s Ă  Rachmaninov sur classiquenews
http://www.classiquenews.com/tag/rachmaninov/

 

 

 

 

 

 

STAATSKAPELLE DE DRESDE : Symphonie n°2 de Rachmaninov

Rachmaninov, jeune gĂ©nie lyrique !ARTE, dim 10 fĂ©v 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (Ă  18h30, Maestro) En mi mineur opus 21, la 2Ăš Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur Ă  l’écriture, aprĂšs son Ă©chec traumatisant dĂ» aux critiques Ă©mises Ă  la crĂ©ation de sa premiĂšre symphonie. CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en mars 1897, la PremiĂšre Symphonie mal dirigĂ©e par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisĂ©) suscite les vives reproches de CĂ©sar Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) Ă  qui tout semblait sourire
 A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragĂ© par Tchaikovski et qui a Ă  son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opĂ©ra Aleko, 1893) reprend goĂ»t Ă  la crĂ©ation : en dĂ©coulent aprĂšs Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblĂšme d’un Ă©quilibre enfin recouvrĂ©. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempĂ©rament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intĂ©resse Ă  cette Ɠuvre liĂ©e Ă  son histoire. Le chef invitĂ© Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistrĂ© en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0CrĂ©Ă©e en 1908 Ă  Saint-PĂ©tersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une pĂ©riode fĂ©conde qui rĂ©alise aussi le poĂšme orchestral l’üle des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portĂ©e par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrĂ©sistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composĂ©es. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacitĂ© qui infĂ©ode le dĂ©veloppement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthĂšse portĂ©e par la beautĂ© de sa cantilĂšne, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thĂšme principal du premier mouvement) / Allegro vivace

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arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fĂ©v 2019 Ă  18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durĂ©e : 43 mn.

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Bayreuth 2015. Le Vaisseau FantĂŽme

RADIO. logo_france_musique_DETOURE Musique. Dimanche 16 aoĂ»t 2015, 19h. Wagner : Le Vaisseau FantĂŽme. Festival de Bayreuth. Axel Kober, direction. Avec Samuel Young, le hollandais; Ricard Merbeth, Senta. Benjamin Bruns, Daland. Tomislav Muzek, Erik. Choeur et orchestre du Festival de Bayreuth. Etrangement, alors que l’Ă©vĂ©nement lyrique Ă  Bayreuth en juillet 2015 Ă©tait la nouvelle production de Tristan und Isolde, (version Katarina Wagner, l’arriĂšre petite fille du compositeur et ici mĂȘme metteure en scĂšne et codirectrice), France Musique prĂ©fĂšre diffuser la reprise du Vaisseau FantĂŽme…

CrĂ©Ă© Ă  Dresde le 2 janvier 1843 (dans le sillon victorieux tracĂ© par l’Ă©clatant Rienzi, crĂ©Ă© dans le mĂȘme lieu Hofoper, en octobre 1842), Le Vaisseau FantĂŽme (Der Fliegende HollĂ€nder) marque la rupture de Wagner avec le grand opĂ©ra romantique traditionnel : avant la tempĂȘte qui ouvre la Walkyrie, ou l’ocĂ©an originel qui enfle les flots naissant du monde Ă  son berceau dans l’Or du Rhin, voici le dĂ©luge primordial, celui des torrents d’eau se dĂ©versant sur le frĂȘle navire emportant le Hollandais maudit en quĂȘte de l’amour pur d’une femme qui pourra le sauver.
L’ardeur du jeune Wagner est intact malgrĂ© ses dĂ©boires Ă  Paris oĂč il dut vendre Ă  l’OpĂ©ra son propre livret pour qu’un obscur Dietsch le mette en musique (!) avec le naufrage que l’on sait. Les français manquaient une occasion unique de soutenir un gĂ©nie Ă  son aurore… Comme ce fut le cas de Mozart au XVIIIĂš, dont les 3 sĂ©jours Ă  Paris furent des Ă©checs retentissants et plusieurs occasions manquĂ©e lĂ  aussi. Effrayante absence de discernement artistique.
Wagner en DVD ...Pour l’heure Ă  Dresde qui cĂ©lĂšbre enfin son gĂ©nie, Wagner Ă©merveille et impressionne l’auditoire grĂące Ă  sujet fantastique et romantique. Comme souvent, le compositeur Ă©crit Ă  rebours de l’intrigue, commençant par la ballade de Senta, le choeur des matelots norvĂ©giens, le chant des fileuses puis concluant avec… l’ouverture. Une idĂ©e rĂ©trospective oĂč ce prologue orchestral semble rĂ©capituler plutĂŽt qu’annoncer le drame qui se joue. Le voyageur errant sur les flots, le maudit magnifique paraĂźt tel un spectre effrayant, un non homme qui doit cependant susciter l’amour de Senta s’il veut ĂȘtre sauvĂ©. Le thĂšme est Ă©minemment wagnĂ©rien : le salut de l’homme rĂ©alisĂ© par l’amour d’une femme, ainsi en sera-t-il de Cosima pour Richard dans la vraie vie. Ici emportĂ© par la fureur d’aimer, par la volontĂ© d’ĂȘtre sauvĂ©, Wagner tisse un nouvel orchestre moteur qui rĂ©alise l’unitĂ© de toute les scĂšnes dĂ©sormais enchaĂźnĂ©es les unes aux autres sans discontinuitĂ©, tel le futur drame sans fin, cyclique qui a lieu dans Parsifal et dans les quatre JournĂ©es du Ring. La justesse des mĂ©lodies, l’expression directe de la houle dĂ©ferlante lui auraient Ă©tĂ© inspirĂ©es par sa traversĂ©es sur la navire la ThĂ©tys, Ă  destination de l’Angleterre, Ă  l’Ă©tĂ© 1839, alors que quittant Riga, le compositeur poursuivi par ses crĂ©anciers, souhaitait rejoindre Paris. Pris dans une tempĂȘte, le navire dut se rĂ©fugier en NorvĂšge… un Ă©pisode de la vie de Wagner dont tĂ©moigne le rĂ©alisme saisissant de son Vaisseau FantĂŽme.

Synopsis

Acte I. Dans une crique norvĂ©gienne au XVIIIĂš, le navigateur marchand Daland ne peut Ă©viter de croiser la course d’un marin mystĂ©rieux le Hollandais, Ăąme maudite qui lui demande de rencontrer sa fille, Senta car seul l’amour d’une jeune fille aimante pourra le dĂ©livrer de la malĂ©diction qui le poursuit.
Acte II. C’est l’acte de Senta qui rĂȘve de rencontrer ce marin maudit qu’elle aimera sans limites. Alors que ses suivantes filent la laine, la jeune femme se destine dĂ©jĂ  au Hollandais qui lui est apparu en rĂȘve : leur rencontre se dĂ©roule sans entraves : le Hollandais et Senta se reconnaissent dĂšs le premier regard.
Acte III. Erik, chasseur Ă©pris de Senta depuis longtemps lui fait sa cour ; la jeune femme le rejette sans violence mais avec suffisamment de douceur pour que le Hollandais se mĂ©prenne sur ses intentions rĂ©elles : amer et pensant qu’il a Ă©tĂ© trahi, le Hollandais remonte sur son bateau et sĂ©loigne des cĂŽtes. De dĂ©pĂźt, Senta se jette dans les flots. Au loin, au dessus de la mer, les deux paraissent unis dans la mort.

CD. Symphonies de Brahms par Christian Thielemann (Staatskapelle de Dresde, 2 cd Deutsche Grammophon)

brahms thieleman deutsche grammophon 3 cd 1 dvd Pollini, Lisa Batiashvili christian Thielemann Conertos Symphonies Ouverture tragique deutsche grammophon cdCD. Brahms : Symphonies n°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction (3 cd Deutsche Grammophon). Avouons notre pleine satisfaction globale pour cette lecture saisie sur le vif des Symphonies de Brahms par Christian Thieleman : parfois pesante, la direction du chef gagne de beaucoup au contact des excellents instrumentistes de la Staatskapelle de Dresde : affĂ»tĂ©s, nerveux, prĂ©cis allĂ©geant la texture, favorisant la transparence et la clartĂ© du propos grĂące Ă  leur expĂ©rience entre autres lyrique… De toute Ă©vidence, voici une lecture dramatiquement vive qui s’avĂšre dans certaines sĂ©quences et mouvements, passionnante. La surprise est de taille et notre enthousiasme inattendu…  La PremiĂšre Symphonie fait valoir les formidables qualitĂ©s de l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde dont Thielemann nommĂ© directeur musical depuis 2012 propose un cycle Brahms d’une profondeur indiscutable : en tĂ©moigne le travail sur la transparence articulĂ©e de la texture surtout aprĂšs un premier mouvement d’une irrĂ©pressible aspiration, un deuxiĂšme mouvement littĂ©ralement Ă  tomber par une expressivitĂ© sensible oĂč le chef sait allĂ©ger la pĂąte instrumentale,  trouve des respirations mozartiennes s’appuyant surtout sur le dialogue clarifiĂ© des cordes (d’une fluiditĂ© toute schumanienne) et des bois Ă©tincelants de tendresse maĂźtrisĂ©e: sont Ă©cartĂ©es les brumes et les langueurs maudites ; ainsi quand surgit le clair rayon solaire du violon solo dans la sĂ©quence finale du mouvement sostenuto,  repris et soutenu en Ă©cho par le cor lointain,  toute idĂ©e de rĂ©signation et de blessure s’est miraculeusement effacĂ©e.  Dissipation totale des tensions : le fait mĂ©rite d’ĂȘtre saluĂ© tant le Brahms de Thielemann s’impose ici par son fini et son Ă©quilibre souverain. Magistrale comprĂ©hension de la partition.

Superbe Brahms de Thielemann

CLIC_macaron_2014MĂȘme profondeur et suprĂȘme Ă©lĂ©gance du geste dans le QuatriĂšme mouvement. Le drame s’y accomplit avec un sens souverain de l’action orchestrale, Ă  chaque Ă©pisode si justement contrastĂ©. On y relĂšve les mĂȘmes qualitĂ©s que prĂ©cĂ©demment : noblesse wagnĂ©rienne des cuivres,  calibrage millimĂ©trĂ© des bois et cordes d’une fluiditĂ© ocĂ©ane… la rĂ©fĂ©rence Ă  la 9Ăšme de Beethoven s’y glisse allusivement rĂ©alisant cet Ă©lan fraternel d’un humanisme Ă©chevelĂ©, tournĂ© irrĂ©versiblement vers le soleil, et la pleine conscience d’une dĂ©termination coĂ»te que coĂ»te, assenĂ©e, triomphante. Tout au long des plus de 18mn de dĂ©veloppement, la direction se distingue par une caractĂ©risation Ă©loquente de chaque section,  dosant trĂšs efficacement la participation de chaque pupitre … si l’on peut parfois regretter le choix de tempo lents au risque de diluer la tension et l’allant global,  reconnaissons le relief et le sens intensĂ©ment dramatique de la direction : cette Symphonie n°1 est une rĂ©ussite totale.

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Que suscite la Symphonie n°2 ? … un mĂȘme bonheur. L’aurore du dĂ©but est magnifiquement brossĂ© avec cette fluiditĂ© solaire et bienheureuse, qui regarde aussi du cĂŽtĂ© de la Pastorale beethovĂ©nienne, en sa coupe franche et puissamment structurĂ©e, Thielemann manie la direction avec une Ă©loquence souveraine. Ici superbement contenu dans la cadre formel instituĂ© dĂšs le dĂ©part, tensions et forces en prĂ©sences sont finement canalisĂ©es : dans le chant des violoncelles, puis dans l’écho des cors lointains. Le dĂ©veloppement suit son cours prĂ©cisĂ©ment balisĂ© pendant plus de 20 mn, le chef ne poussant pas ses effectifs au delĂ  d’un hĂ©donisme heureux d’une rondeur pacifiĂ©e, essentiellement sereine.  Le tendre et si sensible Adagio non troppo marque la mĂȘme rĂ©serve dans le geste trĂšs adouci : qui explore en filigrane les replis d’une intimitĂ© qui demeure toujours Ă  distance comme inaccessible. Le chant des cordes et des violoncelles y trouve un Ă©largissement allusif superlatif, idĂ©alement caressant et nostalgique. PlĂ©nitude, et aussi articulation, le geste de Thielemann et ses musiciens dresdois font mouche dans l’un des adagios les plus aboutis de Brahms.

Une mĂȘme douceur apaisĂ©e et rayonnante qui passe par le chant solaire du hautbois traverse tout l’allĂšgre allegretto grazioso, dont l’Ă©nergie signifie aussi en plus d’un Ă©noncĂ© simple d’un landler, la transe amorcĂ© d’une danse collective 
 aux champs. Le pastoralisme y est exprimĂ© avec une finesse de ton elle aussi passionnante. Enfin la vitalitĂ© nerveuse mozartienne (c’est Ă  dire JupitĂ©rienne) de la conclusion Allegro con spirito s’affirme avec une souplesse caressante et ondulante. La cohĂ©rence de la lecture emporte l’enthousiasme.  Au delĂ  de la structure, de sa puissante assise – contrepoint rigoureux d’une mesure beethovĂ©nienne, Thielemann fait couler un sang palpitant, fluide et dansant, « mozartien » et schumanien.

PlĂ»tot que de relever les qualitĂ©s et les limites de chacune des symphonies qui suivent, – en particulier la 3Ăšme, soulignons ce qui fait sens dans l’ultime : la 4 Ăšme Symphonie. LĂ  aussi, aprĂšs des mouvements prĂ©cĂ©dents en demi teinte, le dernier mouvement, surtout dans sa rĂ©solution finale, s’impose par le tempĂ©rament articulĂ© du chef, superbe et sincĂšre brahmsien.

Christian Thielemann chefD’emblĂ©e, la trĂšs belle cohĂ©sion organique de la direction s’impose. Le copieux premier mouvement allegro non troppo est surtout lissĂ© dans le sens d’une exposition Ă©motionnelle et intĂ©rieure dont Thielemann expose les directions diverses sans prendre partie.  Ce geste de suprĂȘme sĂ©rĂ©nitĂ© qui manque certainement de caractĂ©risation plus fouillĂ©e dans les contrastes se ressent davantage encore dans le second mouvement trĂšs (trop) moderato : c’est d’un fini suprĂȘme Ă  mettre au crĂ©dit de l’orchestre en bien des points superlatif : rondeur allusive des cordes,  harmonie idĂ©alement articulĂ©e, cors lointains scintillants et cuivrĂ©s comme rarement.  Mais comme charmĂ© par un sortilĂšge qui vaut sĂ©datif,  le chef semble bien peu saisi par la force et la violence du volcan Brahms.  Sa vision est compacte et Ă©paisse voire sĂšche dans la rĂ©solution de ce second mouvement. Le 3 Ăšme mouvement vaut par son temps vif lĂ©ger : un vrai dĂ©fi pour le maestro qui peine dans le nerveux tant il garde une baguette 
 lourde. Mais rĂ©capitulation et synthĂšse du pathos et de la subtilitĂ© tragique de Johannes,  le dernier mouvement montre les mĂȘmes limites de la vision : prenante certes mais Ă©paisse et lourde. Pourtant un vrai sentiment d’angoisse tragique enfle et se dĂ©ploie tout au long des presque 10 mn : Thielemann progresse ici par une dĂ©termination qui passe dans la tenue tendue permanente des cordes idĂ©alement furieuses ; et aussi une trĂšs belle couleur d’extĂ©nuation des bois qui en offrent une rĂ©ponse Ă  la fois apaisĂ©e et rĂ©signĂ©e (solo de flute Ă  3mn). Le pessimisme de Brahms revient cependant en force dans la rĂ©solution de ce mouvement final qui s’impose par sa noblesse noire et sombre. Reconnaissons Ă  Thielemann de l’avoir rĂ©ussi au delĂ  de nos attentes Ă  partir de 5mn35 quand explose le ressac orchestral,  expression de la violence tragique qui impose sa loi dĂ©sormais jusqu’à la fin de cet Ă©pisode sans issue.  La lecture de ce dernier mouvement, dans sa section derniĂšre, est de loin la mieux aboutie,  nerveuse,  Ăąpre,  engagĂ©e,  expressive et comme brĂ»lĂ©e. Sans espoir. C’est sans demi mesure et finement Ă©noncĂ© : donc irrĂ©sistible.

Le coffret ajoute en bonus visuel un dvd comprenant d’autres oeuvres de Brahms, les Concerto pour piano par Pollini et le Concerto pour violon par Batiashvili : avouons notre nette prĂ©fĂ©rence pour le violon de Batiashvili : la gĂ©orgienne qui vient de publier un disque Bach avec son compagnon le oboĂŻste François Leleux, irradie par un jeu puissant et raffinĂ© qui laisse entrevoir des failles sensibles d’une profondeur lĂ  aussi trĂšs convaincante. 

Brahms : Symphonies N°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction. 3 cd  + 1 dvd. enregistrement live SemperOper de Dresde, 2011-2012-2013 (Concertos pour piano : Maurizio Pollini, piano. Concerto pour violon : Batiashvili, violon) Deutsche Grammophon

CD. Le Brahms de Thielemann chez Deutsche Grammophon