COMPTE-RENDU, opéra. MONTPELLIER, Opéra, le 20 février 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Taddia, Muzychenko, Greenhalgh… Spotti / Valentin Schwarz.

L'Elisir d'amor de DONIZETTI Ă  l'OpĂ©ra de TOURSCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, OpĂ©ra, le 20 fĂ©vrier 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Taddia, Muzychenko, Greenhalgh… Spotti / Valentin Schwarz. L’opĂ©ra bouffe parisien de Donizetti, Don Pasquale, tient l’affiche de l’OpĂ©ra de Montpellier dans la production du laurĂ©at du Ring Award 2017, le jeune autrichien Valentin Schwarz et son Ă©quipe artistique. Jeunesse Ă  la baguette Ă©galement avec le chef italien Michele Spotti qui dirige l’orchestre maison avec une fougue impressionnante laquelle s’exprime aussi dans les performances de la distributions des chanteurs-acteurs. Une crĂ©ation riche en surprises !

 

 
 

 

 

Comédie romantique, mais pas trop

 

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Donizetti, grand improvisateur italien Ă  l’Ă©poque romantique, compose Don Pasquale en 1843 pour le Théâtre-Italien de Paris. Un peu moins sincère que son autre comĂ©die : L’Elixir d’amour, l’opus raconte les mĂ©saventures de Don Pasquale. Il a un neveu, Ernesto, qu’il veut marier afin de le faire hĂ©riter, mais ce dernier est hĂ©las amoureux d’une jeune veuve, Norina. Elle se met d’accord avec Malatesta, le mĂ©decin du Don, et simule de se marier avec le vieux riche… stratagème et tromperie… qui finissent heureusement, comme d’habitude, par le mariage des jeunes amoureux contre toute attente, et avec l’ombre pesante de l’humiliation acharnĂ©e, mais bien drĂ´le, de Don Pasquale.

 

 

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La distribution incarne les rôles avec une fraîcheur et une panache confondantes. Le jeu d’acteur est un focus de la production. La Norina de la soprano Julia Muzychenko (prise de rôle) est une belle découverte : elle est décapante par la force de son gosier. Dès son premier air, la jeune diva fait preuve d’une colorature pyrotechnique qui sied bien à l’aspect plutôt physique de ses contraintes scéniques. Elle est piquante, voire méchante, à souhait. L’Ernesto du ténor Edoardo Miletti rayonne d’humanité, bien qu’il soit une sorte de jeune homme autiste dans la transposition de la mise en scène ; au-delà du grotesque « light » théâtral, il brille par la beauté de son instrument. La bellissime sérénade du 3e acte « Com’è gentil la notte a mezzo april ! », l’air résigné du 2e acte « Cerchero lontana terra » avec trompette mélancolique obligée, sont des véritables sommets musicaux.

Le rĂ´le-titre est interprĂ©tĂ© par le doyen de la distribution, le baryton italien Bruno Taddia. Il incarne le rĂ´le avec toutes les qualitĂ©s qui sont les siennes, un style irrĂ©prochable, une prĂ©sence et performance physique presque trop pĂ©tillante et tonique, un vĂ©ritable tour de force comique. S’il a l’air un peu perdu dans la production, – car il doit mĂŞme y voler dans les airs, ceci correspond drĂ´lement Ă  la tragĂ©die lĂ©gère du personnage âgé : il est seul avec ses dĂ©sirs, son passĂ©, son argent, tout en Ă©tant entourĂ© de gens très attentionnĂ©s qui veulent lui prendre quelque chose, quelque part… Le jeune baryton amĂ©ricain Tobias Greenhalgh en très bonne forme vocale interprète un Malatesta dĂ©licieusement sournois. Son duo schizophrène avec Don Pasquale au 3e acte est un bijou comique difficile Ă  oublier. Remarquons Ă©galement la performance courte mais solide du baryton-basse Xin Wang en notaire.
Moins convaincant, le chœur de l’opéra dirigé par Noëlle Gény paraît quelque peu en retrait, mais la performance satisfait.

  

 

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Cette production est unique pour différentes raisons. En dehors de la mise en scène de Valentin Schwarz, dans son décors unique (excellent « cabinet de curiosités » d’Andrea Cozzi, scénographe Lauréat du Ring Award 2017), et jouant beaucoup sur des gags théâtraux plus ou moins typiques, nous avons une première en France avec l’inclusion de deux chant-signeurs à la production. Déjà accessible aux malvoyants (le dimanche 24 février), c’est la première fois en France qu’on adapte un opéra en Langue de Signes Française. Ce sont comme deux spectres sur scène qui ne se contentent pas de juste traduire l’intrigue, mais l’adaptent, l’interprètent. Ceci ajoute une qualité supplémentaire pour le spectacle, qui est globalement bien accueilli par l’auditoire à la première.
La musique instrumentale de Donizetti n’égale pas le naturel de sa musique vocale, mais le chef Michele Spotti réussit à trouver la dynamique correcte avec l’orchestre pour que les voix soient toujours privilégiées, pour que les cordes soient frémissantes à commande, et la performance des percussions et des bois est particulièrement engageante. Une réussite globale et une excellente initiative à inscrire au mérite de la Directrice Générale, Valérie Chevalier. A voir à l’Opéra-Comédie de Montpellier encore jusqu’au 26 février 2019. Illustrations : © Marc Ginot 2019

 

 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, OpĂ©ra, le 20 fĂ©vrier 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Bruno Taddia, Julia Muzychenko, Tobias Greenhalgh… Orchestre et choeurs de l’opĂ©ra. Michele Spotti, direction. Valentin Schwarz, mise en scène. 

 
 

 

L’Elixir d’amour Ă  l’AĂ©roport de Milan

arte_logo_2013DONIZETTI_Gaetano_Donizetti_1Arte. Jeudi 17 septembre 2015, 20h50. Donizetti : L’Elixir d’amour Ă  l’aĂ©roport de Milan. Pour l’Expo Milano 2015, La Scala s’invite Ă  l’aĂ©roport Malpensa de Milan et y reprĂ©sente devant les camĂ©ras d’Arte (et de la RAI), l’Elisir d’amore de Donizetti crĂ©Ă© en 1832 Ă  Milan mais au Teatro della Canobbiana. L’intrigue est mince mais remaniĂ©e pour les planches lyriques, par l’excellent Romani (le librettiste de Bellini, d’après Scribe). Dans un village basque, un jeune paysan timide Nemorino en pince pour l’ardente arrogante Adina. Histoire d’amour teintĂ©e de romantisme dĂ©suet, le garçon n’ose dĂ©clarer sa flamme alors que la jeune fille n’attend que cela. Elle feint d’en aimer un autre, le sergent Belcore qu’elle compte mĂŞme Ă©pouser sans dĂ©lai… pour mieux Ă©prouver le cĹ“ur de Nemorino. Avant le Tristan de Wagner (1865), dĂ©jĂ  ici Nemorino se fait rouler par le charlatan Dulcamara qui lui vend une bouteille de Bordeaux pour un philtre d’amour (l’Elixir) : s’il boit, il deviendra irrĂ©sistible et Adina ne pourra lui rĂ©sister. Mais au II, on prĂ©pare dĂ©jĂ  la noce d’Adina et de Belcore : pour acheter Ă  Dulcamara une autre bouteille d’Elixir (et faire boire Adina), Nemorino s’engage dans la troupe militaire de Belcore… Adina apprend cela, rachète le brevet de son fiancĂ© et l’Ă©pouse, d’autant qu’entre temps, Nemorino a hĂ©ritĂ© de son oncle richissime. Ils seront jeunes, fortunĂ©s et dĂ©jĂ  cĂ©lèbres…

donizetti-687La partition de Donizetti revisite et l’opĂ©ra bouffa napolitain (personnage de Dulcamara pour un baryton dĂ©lirant et burlesque), mais aussi le seria et l’opĂ©ra comique français par la profondeur Ă©motionnelle des protagonistes dont le lunaire et tragique Nemorino (son air Una furtiva lagrima au II exprime avec une exceptionnelle intensitĂ© lunaire, le dĂ©sespoir d’un cĹ“ur abandonnĂ© qui se sent trahi…) ; les duos Ă©blouissent par leur parure expressive, d’un lyrisme Ă©chevelĂ©, Ă©perdu : la musique, raffinĂ©e, mĂ©lodiquement prenante dĂ©passent un simple exercice comique. Et le personnage d’Adina, comme celui de Norina dans Don Pasquale (1843), semble ressusciter les piquantes astucieuses finalement au grand cĹ“ur, une Ă©volution des figures fĂ©minines si mordantes et palpitantes du buffa napolitain depuis Pergolesi (La Serva padrona) et Jommelli (Don Trastullo).

 

Notre avis. Alors qu’a Ă  faire une comĂ©die de Donizetti dans l’aĂ©roport de Milan ? A l’heure du tout sĂ©curitaire, depuis l’attentat dĂ©jouĂ© du Thalys, et quand le renforcement des mesures de sĂ©curitĂ© des avions est le sujet essentiel, ce dispositif filmĂ© par les camĂ©ras de tĂ©lĂ© (Arte et la Rai) frĂ´le l’ineptie surrĂ©aliste : on veut nous mettre de la lĂ©gèretĂ© dans un monde qui tourne sur la tĂŞte ; un nouvel effet du dĂ©ni collectif dans lequel nous vivons… D’autant que l’opĂ©ra va très bien et n’a guère besoin de renouveler ses publics… non, un aĂ©roport est un lieu idĂ©al pour placer camĂ©ras et micros, faire jouer tout un orchestre et des acteurs chanteurs. Et dire que la rĂ©alisatrice de l’opĂ©ration (Grischa Asagaroff) craint des interfĂ©rences provoquant des dĂ©règlements dans la tour de contrĂ´le !  Qu’a Ă  gagner l’opĂ©ra dans cette opĂ©ration technicomĂ©diatique ? L’aĂ©roport Malpensa se refait une image (Ă  l’italienne), mais tous ceux qui auraient pu dĂ©couvrir l’opĂ©ra par un autre biais que la salle du théâtre si Ă©litiste ou impressionnante… attendront leur tour.

Songeons Ă  l’argent investi pour cette opĂ©ration : il aurait Ă©tĂ© mieux dĂ©pensĂ© dans les multiples actions pĂ©dagogiques auprès des scolaires ou d’autres publics. Artistiquement, la production affiche le tĂ©nor italien en vogue : Vittorio Grigolo en Nemrino qui donnera la rĂ©plique Ă  l’Adina de Eleonora Buratto. Cette production tient l’affiche de La Scala du 21 septembre au 17 octobre 2015 ; l’opĂ©ration Malpensa est donc une sorte de gĂ©nĂ©rale avant les soirĂ©es classiques sur la scène scaligène. On se souvient d’une prĂ©cĂ©dente opĂ©ration (La Bohème de Puccini en septembre 2009) dans la banlieue de Berne…  action autrement plus bĂ©nĂ©fique pour la dĂ©mocratisation de l’opĂ©ra et pour toucher des spectateurs certainement dĂ©concertĂ©s convaincus par cette confrontation bĂ©nĂ©fique. Les théâtres d’opĂ©ra Ă©tant pour une bonne part subventionnĂ©s par l’Etat et les collectivitĂ©s, il serait urgent que chaque action profitent surtout Ă  ses principaux financeurs : les contribuables et les population (d’autant que le dispositif avait Ă©tĂ© une rĂ©ussite largement relayĂ©e par classiquenews). Tout cela avait fait sens. L’Elixir Ă  l’aĂ©roport ne serait-il pas qu’une question d’opportunitĂ© marketing et de dĂ©fi technique ? Les artistes, directeurs et scĂ©nographes feraient tout pour qu’on parle d’eux.

Les amateurs de Donizetti et de cette perle lyrique de 1832 seront eux ravis par un dispositif qui renouvellera peut-ĂŞtre la lecture de l’oeuvre…. A voir sur Arte, le 17 septembre 2015, Ă  partir de 20h50.

 

 

 

 

 

Arte. Jeudi 17 septembre 2015, 20h50. Donizetti : L’Elixir d’amour Ă  l’aĂ©roport de Milan.

Voir la page de La Scala L’Elixir d’amour / L’Elisir d’amore de Donizetti

 

Compte-rendu, opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scène. Diego Matheuz, direction.

Bien qu’indiquĂ©e comme nouvelle production, ce Don Pasquale au Liceu de Barcelone – signĂ©e par le cĂ©lèbre metteur en scène Laurent Pelly (dont on se souvient in loco d’une Fille du rĂ©giment et d’une Cendrillon plutĂ´t rĂ©ussies) – est la reprise d’un spectacle qui a vu le jour l’Ă©tĂ© passĂ© au Festival de Santa Fe. En situant l’intrigue dans les annĂ©es cinquante, Pelly vise Ă  souligner les analogies entre le cinĂ©ma italien de cette pĂ©riode-lĂ  et le chef d’Ĺ“uvre comique de Donizetti, qui, par certains aspects, pourrait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une comĂ©die Ă  la Monicelli ou Ă  la Risi avant la lettre. L’homme de théâtre français signe un spectacle très agrĂ©able et amusant en tout cas, avec quelques trouvailles hilarantes, comme le renversement – au sens propre – de la maison de Don Pasquale, au III, après que Norina ait dĂ©cidĂ© de transformer la triste demeure du vieillard en un endroit coquet et colorĂ©.

 

 

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Soprano et ténor en verve à Barcelone

2 voix Ă  suivre : Pretty Yende et Juan Francisco Gatell

 

 

C’est la soprano sud africaine Pretty Yende qui interprète le rĂ´le de la jeune dĂ©lurĂ©e. Elle a tout pour sĂ©duire, Ă  commencer par un tempĂ©rament dramatique et un abattage qui auraient dĂ» mettre Don Pasquale sur ses gardes, quant Ă  la prĂ©tendue « naĂŻvetĂ© » de la jeune fille ! Bref, la chanteuse entraĂ®ne tout le monde dans le tourbillon de sa vitalitĂ©. Sur le plan vocal, les moyens sont incontestables, avec un aigu d’une grande facilitĂ©, soutenus par une technique impeccable.

Dans le rĂ´le-titre, la basse bouffe italienne Roberto de Candia confirme sa totale maĂ®trise d’un emploi qu’il ne tire jamais vers la caricature ni les effets faciles. Sa voix saine nous change de tant de Pasquale aux moyens usĂ©s, l’interprète s’avĂ©rant plus touchant que grotesque, avec une articulation et une projection de la langue de Dante exemplaires. A saluer Ă©galement la performance du baryton polonais Mariusz Kwiecien qui s’impose d’entrĂ©e, dans le rĂ´le de Malatesta, avec un magnifique « Bella siccome un angelo ». La voix est bien conduite, le chanteur gĂ©nĂ©reux, et la prĂ©sence scĂ©nique incontestable.
Mais la vĂ©ritable surprise est venue de du tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell qui, malgrĂ© son jeune âge, campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. Son art de la nuance fait notamment merveille dans le fameux « Com’è gentil », d’abord susurrĂ©, puis couronnĂ© in fine par un aigu Ă©clatant. Une mention Ă©galement pour les chĹ“urs maisons, auxquels le public rĂ©serve une ovation après leur « valzer » du troisième acte.

liceu-barcelone-pretty-yende-don-pasquale-compte-rendu-critique-clasiquenews1Sous la baguette du jeune chef brĂ©silien Diego Matheuz – nommĂ© rĂ©cemment directeur musical de La Fenice de Venise -, l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu rĂ©pond avec beaucoup de concentration au moindre de ses gestes, pour obtenir une exĂ©cution plus qu’honorable. On apprĂ©cie surtout les qualitĂ©s de maestro concertatore de Matheuz qui dirige avec finesse, richesse de coloris et variĂ©tĂ© dans la dynamique, sans jamais sacrifier les voix, ni le nĂ©cessaire Ă©quilibre entre fosse et plateau. Lui fait peut-ĂŞtre dĂ©faut ce zeste de flexibilitĂ© dans le rythme, obtenu par un savant dosage de rubato et de rallentando, que Don Pasquale rĂ©clame, plus que tout autre opĂ©ra de
Donizetti.

 

 

Compte-rendu.Opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scène. Diego Matheuz, direction.

 

 

Compte-rendu, opéra. Avignon. Opéra-Théâtre, les 25 et 27 janvier 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Simone del Savio, Anna Sohn, Sergueï Romanovsky, Alex Martini, Jean Vedassi. Andrea Cigni, mise en scène. Roberto Fores-Veses, direction.

Après Clermont-Ferrand, Reims, Rouen, Limoges et Saint-Etienne l’an passĂ© – et avant Massy et Vichy le mois prochain, soit en fĂ©vrier 2015 -, c’est dans la huitième maison coproductrice du spectacle – l’OpĂ©ra Grand Avignon – que cette rĂ©jouissante production de Don Pasquale de Donizetti pose ses valises, le temps de deux reprĂ©sentations. ConfiĂ©e au metteur en scène italien  Andrea Cigni, la proposition scĂ©nique est un cousu-main de grand professionnel, sans aucune faute de goĂ»t, … oĂą tout fonctionne impeccablement. L’opposition entre le vieux barbon et le couple d’amoureux qui le bernent – un des ressorts les plus utilisĂ©s du genre opĂ©ra-comique – est ici revivifiĂ©e. Don Pasquale est prĂ©sentĂ© comme un grippe-sous qui entasse ses lingots d’or dans une immense coffre-fort qui prend tout l’espace du plateau avant que Norina ne le vide (des domestiques peu scrupuleux parachevant le pillage…) pour s’acheter des robes de chez Chanel et autres articles de chez Givenchy ! Des nombreuses trouvailles qui Ă©maillent ce spectacle rĂ©ussi de bout en bout – et sans aucun temps mort -, citons Ă©galement l’arrivĂ©e de Norina dans une nacelle au milieu d’un jardin fleuri, dans une ambiance fraĂ®che et heureuse, en totale opposition Ă  la maison-caveau, triste et sombre, de Don Pasquale.

 

 

 

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Mise en scène réjouissante, distribution convaincante

 

La jeune distribution vocale convainc sans rĂ©serves, elle aussi, par son engagement et son homogĂ©nĂ©itĂ©. Le Don Pasquale de Simone Del Savio n’est en rien un vieux bouffon ridicule, mais plutĂ´t un brave homme affligĂ© des dĂ©fauts que l’on associe souvent au troisième, voire du quatrième âge. Avare, Ă©goĂŻste, et obstinĂ©, il n’est pas pour autant un archĂ©type, mais un vĂ©ritable ĂŞtre de chair et de sang, humain de bout en bout, tour Ă  tour hilarant et pathĂ©tique, Ă  l’image de cet opĂ©ra, oĂą la mĂ©lancolie et l’amertume alternent sans cesse avec le comique le plus dĂ©bridĂ©. A cette caractĂ©risation en tous points remarquables, le baryton italien ajoute une incarnation vocale très plausible, avec une belle maĂ®trise du chant sillabato.

Avec un timbre plus riche et corsĂ© que la plupart des titulaires entendues ici ou lĂ , la soprano corĂ©enne Anna Sohnn (Norina) maĂ®trise parfaitement l’Ă©criture belcantiste, qui lui permet notamment d’exĂ©cuter de superbes trilles, et possède un abattage scĂ©nique qui est pour beaucoup dans le succès de la reprĂ©sentation. De son cĂ´tĂ©, SergueĂŻ Romanovsky campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. DotĂ© – Ă  l’instar de la soprano – de moyens supĂ©rieurs Ă  ce que l’on entend d’habitude, dans cet emploi confiĂ© gĂ©nĂ©ralement Ă  des tenorini, le jeune tĂ©nor russe offre Ă©galement Ă  nos oreilles un timbre des plus flatteurs, et une technique dĂ©jĂ  aguerrie. Il nous gratifie d’une SĂ©rĂ©nade « Com’è gentil » de haut vol. Enfin, nous adresserons de vifs Ă©loges au Malatesta (Ă  l’excentrique dĂ©froque) d’Alex Martini : timbre plein et phrasĂ© enjĂ´leur, deux qualitĂ©s qui font merveille dans son grand air « Bella siccome un angelo ».

A l’unisson d’une mise en scène inventive et d’une distribution Ă©lectrisante, la direction du chef espagnol Roberto Fores-Veses – directeur musical de l’Orchestre d’Auvergne – fait vivre avec Ă©clat cette partition de pur charme, Ă  la tĂŞte d’un Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence brillant et enjouĂ©. La qualitĂ© du ChĹ“ur maison dans ses brèves interventions de l’acte III ajoute au plaisir de cette rĂ©jouissante matinĂ©e.

 

 

 

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Compte-rendu, opéra. Avignon. Opéra-Théâtre, les 25 & 27 janvier 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Simone Del Savio, Anna Sohn, Sergueï Romanovsky, Alex Martini, Jean Vedassi. Andrea Cigni, mise en scène. Roberto Fores-Veses, direction.

Illustrations : © Cédric Delestrade