ARTE. Don Pasquale Ă  l’OpĂ©ra de Hambourg

L'Elisir d'amor de DONIZETTI Ă  l'OpĂ©ra de TOURSARTE, Dim 29 mai 2022, 23h50. DONIZETTI : Don Pasquale. Vieux filou encore vert, Don Pasquale entend dĂ©shĂ©riter son neveu Ernesto et s’entĂȘte Ă  vouloir prendre femme au risque de perdre la paix et l’harmonie. Le barbon ne manque de toupet en prenant la fiancĂ©e de son neveu (Norina), sĂ»r qu’il fait un bon tour
 C’était mal Ă©valuer l’intelligence des jeunes amants qui avec l’aide du Docteur Malatesta, se vengent en retournant la situation Ă  leur avantage ; en fin d’action, Don Pasquale se sĂ©pare de l’incontrĂŽlable Ă©pouse et supplie Ernesto de revenir chez lui. L’opĂ©ra de Hambourg en avril 2022 affiche l’opĂ©ra de Donizetti, sommet romantiquecrĂ©Ă© en 1843, qui renouvelle l’intelligence des comĂ©dies dĂ©jantĂ©es de Rossini.

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OpĂ©ra bouffe en 3 actes – durĂ©e : 2h30)
Livret de Giovanni Ruffini
Orch Philharmonique de Hambourg
David Bösch, mise en scÚne
Matteo Beltrami, direction
Distribution :
Ambrogio Maestri (Don Pasquale)‹  -  Danielle de Niese (Norina)  -  ‹Kartal Karagedik (Dottore Malatesta)  -  ‹Levy Sekgapane (Ernesto)  -  ‹Jóhann Kristinsson (Notario)

Sur ARTE, dim 29 mai 2022, 23h50
EN REPLAY sur ARTEconcert, dĂšs le 29 mai 2022 Ă  18h jusqu’au 28 aoĂ»t 2022, ici :
https://www.arte.tv/en/videos/105456-000-A/gaetano-donizetti-don-pasquale/

 

 

 

 

 

 

Approfondir
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Un vieux barbon rĂȘve de faire ” d’une pierre deux coups ” : dĂ©shĂ©riter son neveu trop rebelle Ă  son goĂ»t et lui ravir sa jeune fiancĂ©e. Mais la belle a plus‹d’un tour dans son sac
 elle se montre mĂȘme d’une violence insupportable‹pour ce vieillard devenu son Ă©poux et qui pensait gouter pour ses vieux‹jours au miel d’une jeune beautĂ© tout Ă  fait soumise. ‹Le trio vocal principal emprunte Ă  la tradition du Buffa italien le plus classique.
L’intrigue puise directement son inspiration dans la commedia dell’arte : Don ‹Pasquale figure ainsi Pantalone, son neveu Ernesto le Pierrot amoureux,‹Malatesta le rusĂ© Scapin et Norina, la douce Colombine.
Donizetti compose l’oeuvre en un temps record, onze jours si l’on en croit sa‹correspondance, non sans mettre Ă  contribution plusieurs de ses ouvrages‹prĂ©cĂ©dents. Le rĂ©sultat est sans conteste l’une des plus Ă©blouissantes‹illustrations du genre bouffe au XIXe siĂšcle.‹ Tous les ingrĂ©dients semblent rassemblĂ©s pour servir au mieux le gĂ©nie de Donizetti.
Sur le sujet remĂąchĂ© de celui qui est pris Ă  son propre piĂšge (comme Falstaff de Verdi, d’aprĂšs Shakespeare), Donizetti revisite Rossini et brosse une exquise galerie de portraits. C’est comme toujours une subtile guerre des classes ou la femme fausse proie facile, se fait puissante dominatrice, sirĂšne manipulatrice prĂȘte Ă  tout pour triompher 
. et vaincre le phalo qui se cache en tout homme: Don Pasquale qui pensait tout connaitre du sexe dit “faible” l’apprend Ă  ses dĂ©pends.
Pourquoi ce Don Pasquale ? Créé au Théùtre des Italiens à Paris en 1843, le Don Pasquale donizettien approfondit plus encore la veine comique de Rossini en brossant un portrait de vieux troublant et magnifique, blessé et bouleversant jamais vu ailleurs, et bientÎt accompli chez le vieux Verdi, celui de Falstaff. Le barbon devient figure de la désolation, ùme crépusculaire impuissante et si naïve, véritable Don quichotte domestique.

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. MONTPELLIER, Opéra, le 20 février 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Taddia, Muzychenko, Greenhalgh
 Spotti / Valentin Schwarz.

L'Elisir d'amor de DONIZETTI Ă  l'OpĂ©ra de TOURSCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, OpĂ©ra, le 20 fĂ©vrier 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Taddia, Muzychenko, Greenhalgh
 Spotti / Valentin Schwarz. L’opĂ©ra bouffe parisien de Donizetti, Don Pasquale, tient l’affiche de l’OpĂ©ra de Montpellier dans la production du laurĂ©at du Ring Award 2017, le jeune autrichien Valentin Schwarz et son Ă©quipe artistique. Jeunesse Ă  la baguette Ă©galement avec le chef italien Michele Spotti qui dirige l’orchestre maison avec une fougue impressionnante laquelle s’exprime aussi dans les performances de la distributions des chanteurs-acteurs. Une crĂ©ation riche en surprises !

 

 
 

 

 

Comédie romantique, mais pas trop

 

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Donizetti, grand improvisateur italien Ă  l’Ă©poque romantique, compose Don Pasquale en 1843 pour le ThĂ©Ăątre-Italien de Paris. Un peu moins sincĂšre que son autre comĂ©die : L’Elixir d’amour, l’opus raconte les mĂ©saventures de Don Pasquale. Il a un neveu, Ernesto, qu’il veut marier afin de le faire hĂ©riter, mais ce dernier est hĂ©las amoureux d’une jeune veuve, Norina. Elle se met d’accord avec Malatesta, le mĂ©decin du Don, et simule de se marier avec le vieux riche
 stratagĂšme et tromperie
 qui finissent heureusement, comme d’habitude, par le mariage des jeunes amoureux contre toute attente, et avec l’ombre pesante de l’humiliation acharnĂ©e, mais bien drĂŽle, de Don Pasquale.

 

 

DON PASQUALE opera montpellier critique opera classiquenews

 

 

La distribution incarne les rĂŽles avec une fraĂźcheur et une panache confondantes. Le jeu d’acteur est un focus de la production. La Norina de la soprano Julia Muzychenko (prise de rĂŽle) est une belle dĂ©couverte : elle est dĂ©capante par la force de son gosier. DĂšs son premier air, la jeune diva fait preuve d’une colorature pyrotechnique qui sied bien Ă  l’aspect plutĂŽt physique de ses contraintes scĂ©niques. Elle est piquante, voire mĂ©chante, Ă  souhait. L’Ernesto du tĂ©nor Edoardo Miletti rayonne d’humanitĂ©, bien qu’il soit une sorte de jeune homme autiste dans la transposition de la mise en scĂšne ; au-delĂ  du grotesque « light » thĂ©Ăątral, il brille par la beautĂ© de son instrument. La bellissime sĂ©rĂ©nade du 3e acte « Com’ù gentil la notte a mezzo april ! », l’air rĂ©signĂ© du 2e acte « Cerchero lontana terra » avec trompette mĂ©lancolique obligĂ©e, sont des vĂ©ritables sommets musicaux.

Le rĂŽle-titre est interprĂ©tĂ© par le doyen de la distribution, le baryton italien Bruno Taddia. Il incarne le rĂŽle avec toutes les qualitĂ©s qui sont les siennes, un style irrĂ©prochable, une prĂ©sence et performance physique presque trop pĂ©tillante et tonique, un vĂ©ritable tour de force comique. S’il a l’air un peu perdu dans la production, – car il doit mĂȘme y voler dans les airs, ceci correspond drĂŽlement Ă  la tragĂ©die lĂ©gĂšre du personnage Ăągé : il est seul avec ses dĂ©sirs, son passĂ©, son argent, tout en Ă©tant entourĂ© de gens trĂšs attentionnĂ©s qui veulent lui prendre quelque chose, quelque part
 Le jeune baryton amĂ©ricain Tobias Greenhalgh en trĂšs bonne forme vocale interprĂšte un Malatesta dĂ©licieusement sournois. Son duo schizophrĂšne avec Don Pasquale au 3e acte est un bijou comique difficile Ă  oublier. Remarquons Ă©galement la performance courte mais solide du baryton-basse Xin Wang en notaire.
Moins convaincant, le chƓur de l’opĂ©ra dirigĂ© par NoĂ«lle GĂ©ny paraĂźt quelque peu en retrait, mais la performance satisfait.

  

 

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Cette production est unique pour diffĂ©rentes raisons. En dehors de la mise en scĂšne de Valentin Schwarz, dans son dĂ©cors unique (excellent « cabinet de curiositĂ©s » d’Andrea Cozzi, scĂ©nographe LaurĂ©at du Ring Award 2017), et jouant beaucoup sur des gags thĂ©Ăątraux plus ou moins typiques, nous avons une premiĂšre en France avec l’inclusion de deux chant-signeurs Ă  la production. DĂ©jĂ  accessible aux malvoyants (le dimanche 24 fĂ©vrier), c’est la premiĂšre fois en France qu’on adapte un opĂ©ra en Langue de Signes Française. Ce sont comme deux spectres sur scĂšne qui ne se contentent pas de juste traduire l’intrigue, mais l’adaptent, l’interprĂštent. Ceci ajoute une qualitĂ© supplĂ©mentaire pour le spectacle, qui est globalement bien accueilli par l’auditoire Ă  la premiĂšre.
La musique instrumentale de Donizetti n’égale pas le naturel de sa musique vocale, mais le chef Michele Spotti rĂ©ussit Ă  trouver la dynamique correcte avec l’orchestre pour que les voix soient toujours privilĂ©giĂ©es, pour que les cordes soient frĂ©missantes Ă  commande, et la performance des percussions et des bois est particuliĂšrement engageante. Une rĂ©ussite globale et une excellente initiative Ă  inscrire au mĂ©rite de la Directrice GĂ©nĂ©rale, ValĂ©rie Chevalier. A voir Ă  l’OpĂ©ra-ComĂ©die de Montpellier encore jusqu’au 26 fĂ©vrier 2019. Illustrations : © Marc Ginot 2019

 

 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, OpĂ©ra, le 20 fĂ©vrier 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Bruno Taddia, Julia Muzychenko, Tobias Greenhalgh
 Orchestre et choeurs de l’opĂ©ra. Michele Spotti, direction. Valentin Schwarz, mise en scĂšne. 

 
 

 

L’Elixir d’amour Ă  l’AĂ©roport de Milan

arte_logo_2013DONIZETTI_Gaetano_Donizetti_1Arte. Jeudi 17 septembre 2015, 20h50. Donizetti : L’Elixir d’amour Ă  l’aĂ©roport de Milan. Pour l’Expo Milano 2015, La Scala s’invite Ă  l’aĂ©roport Malpensa de Milan et y reprĂ©sente devant les camĂ©ras d’Arte (et de la RAI), l’Elisir d’amore de Donizetti crĂ©Ă© en 1832 Ă  Milan mais au Teatro della Canobbiana. L’intrigue est mince mais remaniĂ©e pour les planches lyriques, par l’excellent Romani (le librettiste de Bellini, d’aprĂšs Scribe). Dans un village basque, un jeune paysan timide Nemorino en pince pour l’ardente arrogante Adina. Histoire d’amour teintĂ©e de romantisme dĂ©suet, le garçon n’ose dĂ©clarer sa flamme alors que la jeune fille n’attend que cela. Elle feint d’en aimer un autre, le sergent Belcore qu’elle compte mĂȘme Ă©pouser sans dĂ©lai… pour mieux Ă©prouver le cƓur de Nemorino. Avant le Tristan de Wagner (1865), dĂ©jĂ  ici Nemorino se fait rouler par le charlatan Dulcamara qui lui vend une bouteille de Bordeaux pour un philtre d’amour (l’Elixir) : s’il boit, il deviendra irrĂ©sistible et Adina ne pourra lui rĂ©sister. Mais au II, on prĂ©pare dĂ©jĂ  la noce d’Adina et de Belcore : pour acheter Ă  Dulcamara une autre bouteille d’Elixir (et faire boire Adina), Nemorino s’engage dans la troupe militaire de Belcore… Adina apprend cela, rachĂšte le brevet de son fiancĂ© et l’Ă©pouse, d’autant qu’entre temps, Nemorino a hĂ©ritĂ© de son oncle richissime. Ils seront jeunes, fortunĂ©s et dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbres…

donizetti-687La partition de Donizetti revisite et l’opĂ©ra bouffa napolitain (personnage de Dulcamara pour un baryton dĂ©lirant et burlesque), mais aussi le seria et l’opĂ©ra comique français par la profondeur Ă©motionnelle des protagonistes dont le lunaire et tragique Nemorino (son air Una furtiva lagrima au II exprime avec une exceptionnelle intensitĂ© lunaire, le dĂ©sespoir d’un cƓur abandonnĂ© qui se sent trahi…) ; les duos Ă©blouissent par leur parure expressive, d’un lyrisme Ă©chevelĂ©, Ă©perdu : la musique, raffinĂ©e, mĂ©lodiquement prenante dĂ©passent un simple exercice comique. Et le personnage d’Adina, comme celui de Norina dans Don Pasquale (1843), semble ressusciter les piquantes astucieuses finalement au grand cƓur, une Ă©volution des figures fĂ©minines si mordantes et palpitantes du buffa napolitain depuis Pergolesi (La Serva padrona) et Jommelli (Don Trastullo).

 

Notre avis. Alors qu’a Ă  faire une comĂ©die de Donizetti dans l’aĂ©roport de Milan ? A l’heure du tout sĂ©curitaire, depuis l’attentat dĂ©jouĂ© du Thalys, et quand le renforcement des mesures de sĂ©curitĂ© des avions est le sujet essentiel, ce dispositif filmĂ© par les camĂ©ras de tĂ©lĂ© (Arte et la Rai) frĂŽle l’ineptie surrĂ©aliste : on veut nous mettre de la lĂ©gĂšretĂ© dans un monde qui tourne sur la tĂȘte ; un nouvel effet du dĂ©ni collectif dans lequel nous vivons… D’autant que l’opĂ©ra va trĂšs bien et n’a guĂšre besoin de renouveler ses publics… non, un aĂ©roport est un lieu idĂ©al pour placer camĂ©ras et micros, faire jouer tout un orchestre et des acteurs chanteurs. Et dire que la rĂ©alisatrice de l’opĂ©ration (Grischa Asagaroff) craint des interfĂ©rences provoquant des dĂ©rĂšglements dans la tour de contrĂŽle !  Qu’a Ă  gagner l’opĂ©ra dans cette opĂ©ration technicomĂ©diatique ? L’aĂ©roport Malpensa se refait une image (Ă  l’italienne), mais tous ceux qui auraient pu dĂ©couvrir l’opĂ©ra par un autre biais que la salle du thĂ©Ăątre si Ă©litiste ou impressionnante… attendront leur tour.

Songeons Ă  l’argent investi pour cette opĂ©ration : il aurait Ă©tĂ© mieux dĂ©pensĂ© dans les multiples actions pĂ©dagogiques auprĂšs des scolaires ou d’autres publics. Artistiquement, la production affiche le tĂ©nor italien en vogue : Vittorio Grigolo en Nemrino qui donnera la rĂ©plique Ă  l’Adina de Eleonora Buratto. Cette production tient l’affiche de La Scala du 21 septembre au 17 octobre 2015 ; l’opĂ©ration Malpensa est donc une sorte de gĂ©nĂ©rale avant les soirĂ©es classiques sur la scĂšne scaligĂšne. On se souvient d’une prĂ©cĂ©dente opĂ©ration (La BohĂšme de Puccini en septembre 2009) dans la banlieue de Berne…  action autrement plus bĂ©nĂ©fique pour la dĂ©mocratisation de l’opĂ©ra et pour toucher des spectateurs certainement dĂ©concertĂ©s convaincus par cette confrontation bĂ©nĂ©fique. Les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra Ă©tant pour une bonne part subventionnĂ©s par l’Etat et les collectivitĂ©s, il serait urgent que chaque action profitent surtout Ă  ses principaux financeurs : les contribuables et les population (d’autant que le dispositif avait Ă©tĂ© une rĂ©ussite largement relayĂ©e par classiquenews). Tout cela avait fait sens. L’Elixir Ă  l’aĂ©roport ne serait-il pas qu’une question d’opportunitĂ© marketing et de dĂ©fi technique ? Les artistes, directeurs et scĂ©nographes feraient tout pour qu’on parle d’eux.

Les amateurs de Donizetti et de cette perle lyrique de 1832 seront eux ravis par un dispositif qui renouvellera peut-ĂȘtre la lecture de l’oeuvre…. A voir sur Arte, le 17 septembre 2015, Ă  partir de 20h50.

 

 

 

 

 

Arte. Jeudi 17 septembre 2015, 20h50. Donizetti : L’Elixir d’amour Ă  l’aĂ©roport de Milan.

Voir la page de La Scala L’Elixir d’amour / L’Elisir d’amore de Donizetti

 

Compte-rendu, opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scÚne. Diego Matheuz, direction.

Bien qu’indiquĂ©e comme nouvelle production, ce Don Pasquale au Liceu de Barcelone – signĂ©e par le cĂ©lĂšbre metteur en scĂšne Laurent Pelly (dont on se souvient in loco d’une Fille du rĂ©giment et d’une Cendrillon plutĂŽt rĂ©ussies) – est la reprise d’un spectacle qui a vu le jour l’Ă©tĂ© passĂ© au Festival de Santa Fe. En situant l’intrigue dans les annĂ©es cinquante, Pelly vise Ă  souligner les analogies entre le cinĂ©ma italien de cette pĂ©riode-lĂ  et le chef d’Ɠuvre comique de Donizetti, qui, par certains aspects, pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une comĂ©die Ă  la Monicelli ou Ă  la Risi avant la lettre. L’homme de thĂ©Ăątre français signe un spectacle trĂšs agrĂ©able et amusant en tout cas, avec quelques trouvailles hilarantes, comme le renversement – au sens propre – de la maison de Don Pasquale, au III, aprĂšs que Norina ait dĂ©cidĂ© de transformer la triste demeure du vieillard en un endroit coquet et colorĂ©.

 

 

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Soprano et ténor en verve à Barcelone

2 voix Ă  suivre : Pretty Yende et Juan Francisco Gatell

 

 

C’est la soprano sud africaine Pretty Yende qui interprĂšte le rĂŽle de la jeune dĂ©lurĂ©e. Elle a tout pour sĂ©duire, Ă  commencer par un tempĂ©rament dramatique et un abattage qui auraient dĂ» mettre Don Pasquale sur ses gardes, quant Ă  la prĂ©tendue « naĂŻvetĂ© » de la jeune fille ! Bref, la chanteuse entraĂźne tout le monde dans le tourbillon de sa vitalitĂ©. Sur le plan vocal, les moyens sont incontestables, avec un aigu d’une grande facilitĂ©, soutenus par une technique impeccable.

Dans le rĂŽle-titre, la basse bouffe italienne Roberto de Candia confirme sa totale maĂźtrise d’un emploi qu’il ne tire jamais vers la caricature ni les effets faciles. Sa voix saine nous change de tant de Pasquale aux moyens usĂ©s, l’interprĂšte s’avĂ©rant plus touchant que grotesque, avec une articulation et une projection de la langue de Dante exemplaires. A saluer Ă©galement la performance du baryton polonais Mariusz Kwiecien qui s’impose d’entrĂ©e, dans le rĂŽle de Malatesta, avec un magnifique « Bella siccome un angelo ». La voix est bien conduite, le chanteur gĂ©nĂ©reux, et la prĂ©sence scĂ©nique incontestable.
Mais la vĂ©ritable surprise est venue de du tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell qui, malgrĂ© son jeune Ăąge, campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. Son art de la nuance fait notamment merveille dans le fameux « Com’Ăš gentil », d’abord susurrĂ©, puis couronnĂ© in fine par un aigu Ă©clatant. Une mention Ă©galement pour les chƓurs maisons, auxquels le public rĂ©serve une ovation aprĂšs leur « valzer » du troisiĂšme acte.

liceu-barcelone-pretty-yende-don-pasquale-compte-rendu-critique-clasiquenews1Sous la baguette du jeune chef brĂ©silien Diego Matheuz – nommĂ© rĂ©cemment directeur musical de La Fenice de Venise -, l’Orchestre du Gran Teatre del Liceu rĂ©pond avec beaucoup de concentration au moindre de ses gestes, pour obtenir une exĂ©cution plus qu’honorable. On apprĂ©cie surtout les qualitĂ©s de maestro concertatore de Matheuz qui dirige avec finesse, richesse de coloris et variĂ©tĂ© dans la dynamique, sans jamais sacrifier les voix, ni le nĂ©cessaire Ă©quilibre entre fosse et plateau. Lui fait peut-ĂȘtre dĂ©faut ce zeste de flexibilitĂ© dans le rythme, obtenu par un savant dosage de rubato et de rallentando, que Don Pasquale rĂ©clame, plus que tout autre opĂ©ra de
Donizetti.

 

 

Compte-rendu.Opéra. Barcelone ; Gran Teatre del Liceu, le 27 juin 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Roberto de Candia (Don Pasquale), Pretty Yende (Norina), Juan Francisco Gatell (Ernesto), Mariusz Kwiecien (Malatesta). Laurent Pelly, mise en scÚne. Diego Matheuz, direction.

 

 

Compte-rendu, opéra. Avignon. Opéra-Théùtre, les 25 et 27 janvier 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Simone del Savio, Anna Sohn, Sergueï Romanovsky, Alex Martini, Jean Vedassi. Andrea Cigni, mise en scÚne. Roberto Fores-Veses, direction.

AprĂšs Clermont-Ferrand, Reims, Rouen, Limoges et Saint-Etienne l’an passĂ© – et avant Massy et Vichy le mois prochain, soit en fĂ©vrier 2015 -, c’est dans la huitiĂšme maison coproductrice du spectacle – l’OpĂ©ra Grand Avignon – que cette rĂ©jouissante production de Don Pasquale de Donizetti pose ses valises, le temps de deux reprĂ©sentations. ConfiĂ©e au metteur en scĂšne italien  Andrea Cigni, la proposition scĂ©nique est un cousu-main de grand professionnel, sans aucune faute de goĂ»t, 
 oĂč tout fonctionne impeccablement. L’opposition entre le vieux barbon et le couple d’amoureux qui le bernent – un des ressorts les plus utilisĂ©s du genre opĂ©ra-comique – est ici revivifiĂ©e. Don Pasquale est prĂ©sentĂ© comme un grippe-sous qui entasse ses lingots d’or dans une immense coffre-fort qui prend tout l’espace du plateau avant que Norina ne le vide (des domestiques peu scrupuleux parachevant le pillage…) pour s’acheter des robes de chez Chanel et autres articles de chez Givenchy ! Des nombreuses trouvailles qui Ă©maillent ce spectacle rĂ©ussi de bout en bout – et sans aucun temps mort -, citons Ă©galement l’arrivĂ©e de Norina dans une nacelle au milieu d’un jardin fleuri, dans une ambiance fraĂźche et heureuse, en totale opposition Ă  la maison-caveau, triste et sombre, de Don Pasquale.

 

 

 

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Mise en scÚne réjouissante, distribution convaincante

 

La jeune distribution vocale convainc sans rĂ©serves, elle aussi, par son engagement et son homogĂ©nĂ©itĂ©. Le Don Pasquale de Simone Del Savio n’est en rien un vieux bouffon ridicule, mais plutĂŽt un brave homme affligĂ© des dĂ©fauts que l’on associe souvent au troisiĂšme, voire du quatriĂšme Ăąge. Avare, Ă©goĂŻste, et obstinĂ©, il n’est pas pour autant un archĂ©type, mais un vĂ©ritable ĂȘtre de chair et de sang, humain de bout en bout, tour Ă  tour hilarant et pathĂ©tique, Ă  l’image de cet opĂ©ra, oĂč la mĂ©lancolie et l’amertume alternent sans cesse avec le comique le plus dĂ©bridĂ©. A cette caractĂ©risation en tous points remarquables, le baryton italien ajoute une incarnation vocale trĂšs plausible, avec une belle maĂźtrise du chant sillabato.

Avec un timbre plus riche et corsĂ© que la plupart des titulaires entendues ici ou lĂ , la soprano corĂ©enne Anna Sohnn (Norina) maĂźtrise parfaitement l’Ă©criture belcantiste, qui lui permet notamment d’exĂ©cuter de superbes trilles, et possĂšde un abattage scĂ©nique qui est pour beaucoup dans le succĂšs de la reprĂ©sentation. De son cĂŽtĂ©, SergueĂŻ Romanovsky campe un Ernesto d’une sensibilitĂ© et d’un raffinement dans le phrasĂ© dignes d’admiration. DotĂ© – Ă  l’instar de la soprano – de moyens supĂ©rieurs Ă  ce que l’on entend d’habitude, dans cet emploi confiĂ© gĂ©nĂ©ralement Ă  des tenorini, le jeune tĂ©nor russe offre Ă©galement Ă  nos oreilles un timbre des plus flatteurs, et une technique dĂ©jĂ  aguerrie. Il nous gratifie d’une SĂ©rĂ©nade « Com’Ăš gentil » de haut vol. Enfin, nous adresserons de vifs Ă©loges au Malatesta (Ă  l’excentrique dĂ©froque) d’Alex Martini : timbre plein et phrasĂ© enjĂŽleur, deux qualitĂ©s qui font merveille dans son grand air « Bella siccome un angelo ».

A l’unisson d’une mise en scĂšne inventive et d’une distribution Ă©lectrisante, la direction du chef espagnol Roberto Fores-Veses – directeur musical de l’Orchestre d’Auvergne – fait vivre avec Ă©clat cette partition de pur charme, Ă  la tĂȘte d’un Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence brillant et enjouĂ©. La qualitĂ© du ChƓur maison dans ses brĂšves interventions de l’acte III ajoute au plaisir de cette rĂ©jouissante matinĂ©e.

 

 

 

Don Pasquale3

 

 

 

 

Compte-rendu, opéra. Avignon. Opéra-Théùtre, les 25 & 27 janvier 2015. Gaetano Donizetti : Don Pasquale. Simone Del Savio, Anna Sohn, Sergueï Romanovsky, Alex Martini, Jean Vedassi. Andrea Cigni, mise en scÚne. Roberto Fores-Veses, direction.

Illustrations : © Cédric Delestrade