Néron, tyran de Rome ou poète mélomane

neron-empereur-france-3-classiquenewsFRANCE 3, lun 4 janv 2021, 21h05. NĂ©ron, tyran de Rome. Mais empereur artiste voire musicien. C’est lui qui embrasa tout Rome (juillet 64) au motif qu’il s’agissait d’un tableau onirique inspirant le poète qu’il Ă©tait Ă  ses heures intimes… La lĂ©gende prĂ©cise qu’il chanta s’accompagnant de sa lyre depuis le Quirinal, comme excitĂ© par le spectacle des flammes dĂ©vorant la citĂ© impĂ©riale. De fait, l’incendie dura 6 jours. Le magazine Secrets d’histoire, après un rĂ©cent numĂ©ro dĂ©diĂ© Ă  Beethoven (dĂ©cembre dernier pour les 250 ans de la naissance du grand Ludwig), aborde ici une autre figure historique hautement artistique et musicienne, l’empereur NĂ©ron (37 – 68), dĂ©cadent autant que poète. Tel paraĂ®t le dernier souverain de la dynastie julio-claudienne qui règna pendant 14 ans, Ă  partir de 54 Ă  la succession de Claude (qu’Agrippine Ă©pousa). Les sculpteurs ont portraiturĂ© NĂ©ron sans masquer ses traits Ă©patĂ©s, lourds, Ă©pais. Or l’homme Ă©tait sensible, inversement dĂ©licat (jusque dans sa barbarie ordinaire et l’organisation de ses plaisirs et des fĂŞtes, les Neronia), Ă©pris d’art et de culture… Les archĂ©ologues dĂ©couvrent encore les manifestations de son raffinement (dĂ©cor et plans de sa demeure sur le mont Palatin Ă  Rome : la fameuse Domus Aurea Ă©difiĂ©e après l’incendie).

neron-empereur-monteverdi-opera-classiquenews-critique-opera-critique-portrait-sculpturePourtant, érudit, esthète, Néron, disciple de Sénèque, qui s’était appelé imperator, meurt suicidé. L’autre face de l’Empereur artiste, a marqué les esprits par sa noirceur (pourtant en rien contrastant avec ses prédécesseurs) : le pyromane illuminé fait assassiner sa mère Agrippine, pourtant honorée sous le titre d’Augusta (59), congédie son épouse Octavie et épouse la scandaleuse Poppée (dont il précipitera la mort en 65, en lui portant un coup de pied alors qu’elle était enceinte)… Alors qu’il était accusé d’avoir lui-même provoquer l’incendie de Rome, au prétexte qu’il voulait reconstruire Rome dans un style spectaculaire pour édifier son projet de ville exemplaire (Neropolis), Néron accusa plutôt les juifs chrétiens qu’il martyrisa en organisant leur massacre, les condamnant dans les arènes, à se faire dévorer par les lions affamés, crucifier et brûler sur la croix, symbole de leur croyance : voir les tableaux historicistes du peintre Gérôme. Néron fut-il fou ou le feignait-il ? Le mystère demeure.
Néron a contrario des historiens qui en font un despote psychopathe colérique, put aussi être un politique fin, spécialiste en intrigues et manipulations, génie politique qui sut déjouer de nombreux complots contre sa personne. Pourtant après sa tournée artistique comme poète en Grèce en 66, Néron de retour à Rome constate une vague d’opposants dont Galba (ex fidèle gouverneur d’Hispanie / Espagne), Vindex (gouverneur de la Gaule), … surtout le Sénat qui démet l’empereur et maudit sa mémoire (damnation memoriae). Néron acculé au suicide, se donne la mort le 9 juin 68 dans la demeure de Phaon, son fidèle affranchi. Ses cendres sont déposées dans un mausolée sur le Pincio (aujourd’hui dans la Villa Borghèse).

Néron à l’opéra
Monteverdi 2017 claudio monteverdi dossier biographie 2017 510_claudio-monteverdi-peint-par-bernardo-strozzi-vers-1640.jpg.pagespeed.ce.FhMczcVnmyL’individu inspire Ă©videmment les Ă©crivains et les compositeurs dont surtout Monteverdi qui conçoit sur le livret de Busenello, son chef d’oeuvre lyrique, Le Couronnement de PoppĂ©e / L’Incoronazione di Poppea crĂ©Ă© Ă  Venise en 1642. L’ouvrage est un sommet de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIè, modèle de poĂ©sie et de cynisme noir – au diapason de la figure impĂ©riale concernĂ©e. Pour Busenello et Monteverdi, NĂ©ron apparaĂ®t en jeune empereur dĂ©cadent, passionnĂ©, ivre d’amour et de dĂ©sir pour sa nouvelle conquĂŞte PoppĂ©e dont il fera une impĂ©ratrice : l’amour plutĂ´t que la vertu du devoir. MĂŞme SĂ©nèque se suicide dans l’opĂ©ra monteverdien comme s’il s’agissait d’exprimer le pouvoir de l’amour sur tout : Omnia vincit amor / L’amour vainc tout. En rĂ©alitĂ© SĂ©nèque se retira des affaires en 62, annĂ©e dĂ©cisive dans la carrière du NĂ©ron despotique. NANTES : Ă©blouissante PoppĂ©e par le duo Caurier et LeiserLascif, enivrĂ© voire illuminĂ© (ses duos amoureux avec PoppĂ©e), NĂ©ron incarne la possession des politiques par le sentiment amoureux qui noie et dĂ©truit tout discernement. Les deux auteurs lyriques font de NĂ©ron, un ado obsĂ©dĂ©, furieusement Ă©rotisĂ© qui offre l’exemple d’un politique corrompu (effeminato) ayant sacrifiĂ© toute vertu pour la rĂ©alisation de son dĂ©sir. Il s’agit de l’image opposĂ©e au thème du souverain Ă©clairĂ©, politique vertueux des Lumières, tel qu’il paraĂ®tra sur scène dans la deuxième moitiĂ© du XVIIIè. LIRE notre dossier Le Couronnement de PoppĂ©e par Monteverdi  -  VOIR notre reportage vidĂ©o ANGERS NANTES OPERA : MONTEVERI / Le Couronnement de PoppĂ©e – Leiser et Caurier (octobre 2017) © studio CLASSIQUENEWS

Présentation du programme « Néron, un tyran de Rome » par France 3 :
« Néron est synonyme de cruauté, de mégalomanie, de tyrannie depuis presque 2 000 ans. Il passe sa vie entouré de femmes ambitieuses qui le poussent à commettre les assassinats les plus impardonnables, à l’image d’Agrippine la Jeune, sa mère, prête à tout pour installer son fils à la tête du pouvoir. En 54 après Jésus-Christ, à seulement 16 ans, Néron est proclamé empereur et se retrouve à la tête d’un vaste empire. Son image déjà ternie va se dégrader encore plus en 64 après Jésus-Christ, lorsque Rome est ravagée par l’un des pires incendies de son histoire. À l’époque, on l’accuse d’avoir volontairement mis le feu à la capitale. Pour faire taire les rumeurs, Néron aurait désigné pour responsables les chrétiens et ordonné leur persécution.
Personnage complexe, Néron se révèle également sous une facette bien moins connue : celle d’un César éclairé aimé de son peuple, d’un mécène des arts fasciné par la culture grecque et surtout un poète et un chanteur passionné. Féru d’architecture, il fera également édifier l’un des plus beaux palais impériaux de son époque : la Domus Aurea… »

Avec la participation de
Jean-Christian Petitfils (historien),
Claude Aziza (historien),
Jean-Yves Boriaud (historien),
Jean-Christophe Courtil (historien),
Virginie Girod (historienne),
Catherine Salles (historienne),
Christian-Georges Schwentzel (historien),
Philippe SĂ©guy (Ă©crivain),
Alessandro d’Alessio (conservateur en chef de la Domus Aurea et du Parc archéologique du Colisée),
Christophe Beth (directeur du théâtre antique d’Orange),
Christophe Dickès (historien),
Maxence Hermant (conservateur à la Bibliothèque nationale de France),
Nicolas Kirigkhadis (archéologue),
Stanis Perez (historien de la médecine),
Gabriele Romano (archéologue),
Ange Ruiz (reconstitueur de chars),
Éric Teyssier (historien)…