CD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999)

king-andrew-lawrence-harpe-coffret-DHM-deutsche-harmonia-mundi-andrew-lawrence-kingCD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999). Avant Cristina Pluhar, harpiste et thĂ©orbiste bien connue tout au moins identifiĂ©e avec son ensemble (certes en perte rĂ©cente d’inspiration depuis quelques saisons : L’Arpeggiata), il est depuis longtemps, un autre harpiste passionnĂ© tout autant par l’Ă©loquence des siĂšcles Renaissance et Baroque. Le coffret Ă©ditĂ© par DHM Deutsche Harmonia Mundi Ă©tonne et rend compte d’un travail considĂ©rable dans le domaine riche et fertile, envoĂ»tant sur le plan instrumental, de la harpe ancienne (et mĂ©diĂ©vale), comme Ă©lĂ©ment soliste ou pilier du continuo, selon les programmes. Le harpiste britannique a mĂȘme cofondĂ© un premier collectif dĂ©diĂ© au drame, baroque, Tragicomedia dĂšs 1988 dont les premiĂšres gravures chez Warner / Teldec Ă  l’Ă©poque avaient captivĂ© par un travail imaginatif du continuo et une approche trĂšs investie et profonde de l’action lyrique et dramatique…

 

 

 

Andrew Lawrence-King : la harpe enchanteresse

Connaissez vous ALK ?

 

king-andrew-lawrence-king-cd-coffret-DHM-350-539Par leur originalitĂ© et l’approfondissement supposĂ© pour chaque sujet / thĂ©matique, les 10 cd regroupent et rĂ©capitulent en quelque sorte l’apport de toute une vie de musicien surtout d’instrumentiste, – propre aux annĂ©es 1990-,  soucieux de justesse et de richesse poĂ©tique, Ă  partir de son propre jeu comme harpiste, fondateur lui-mĂȘme (en 1994) de son ensemble sur instruments d’Ă©poque : The Harp consort : Andrew Lawrence-King (56 ans); le chef musicien assure ainsi dans la plupart des cas, et la partie de harpe, et la direction. NĂ© en 1959, ALK (Andrew Lawenre King) joue avec les plus grands dont Hesperion XXI / Jordi Savall assurant souvent des parties d’improvisations Ă©tonnamment justes et inventives dont l’esprit de fantaisie maĂźtrisĂ©e se retrouve ici; les 10 cd du coffret DHM (soit 9 programmes musicaux) donne la mesure d’un tempĂ©rament Ă©clectique, passionnĂ© autant par l’opĂ©ra que les formes plus originales, ou purement instrumentales. ComplĂ©mentaires, relevant d’un tout autre univers instrumental (ou vocal), voici plusieurs cycles conçus comme autant de dramaturgies musicales, intensĂ©ment investies et on l’imagine fruits d’un long travail de recherche musicologique prĂ©paratoire : le drame mĂ©diĂ©val Ludus Danielis (avril 1997); Italian Concerto (1995) ; en particulier les 2 cd de La pĂșrpura de la rosa, le premier opĂ©ra du Nouveau Monde enregistrĂ© en septembre 1997, crĂ©Ă© Ă  Lima au PĂ©rou en 1701, sur le livret de CalderĂłn de la Barca (deux parties : L’amour de VĂ©nus et Adonis, puis La Vengeance de Mars (ou la mort d’Adonis).
Mettant l’accent et toute la lumiĂšre sur ses possibilitĂ©s sonores comme expressives, plusieurs rĂ©cital oĂč la harpe tient le premier rĂŽle : Carolan’s harp (mai 1996) ; The Harp of Luduvico (Spanish & Italian renaissance), La Harpe Royale (musique française baroque : Louis et François Couperin, Robert de VisĂ©e, janvier 1998), His Majesty’s Harper (Dowland, Byrd, Cormacl McDermott, fĂ©vrier 1998)) ; un passionnant The Secret of the Semitones (JS Bach : Fantaisie chromatique, Suite BWV 997, Partita BWV 1004, fĂ©vrier 1999), sans omettre la trĂšs vivante version des Quatre Saisons de Vivaldi, enregistrĂ©e en dĂ©cembre 1996 avec les instrumentistes mĂȘlĂ©s de son ensembre The Harp consort et ceux du Freiburger Barokorchester de Gottfried von der Goltz (ALK y joue double harpe et psaltĂ©rion, indice d’une sensibilitĂ© pour les timbres que peu avec lui dĂ©fendent pour un continuo Ă  la fois riche, colorĂ© et expressif). Dans ces 9 programmes se dessinent quelques uns des jalons les plus passionnants de la rĂ©volution opĂ©rĂ©e par les baroqueux. Seule rĂ©serve : Ă©trangement ne figure pas – quel dommage-, l’excellent recueil intitulĂ© : Luz y Norte.

 

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999 . Référence : 88875090222).

 

 

CD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013). L’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai thĂ©Ăątre lyrique : toute la premiĂšre scĂšne d’ouverture est du pur thĂ©Ăątre) et ici, une trĂšs fine caractĂ©risation des protagonistes (grĂące Ă  des airs qui savent dĂ©velopper l’Ă©nergie psychologique de chaque profil individuel) : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme
 tous dĂ©jĂ  sous sa plume et avant Mozart, impose des tempĂ©raments instrumentalement et vocalement passionnants Ă  suivre du dĂ©but Ă  la fin.

gluck willibald christoph orfeoMaĂźtrise exceptionnelle du genre seria. 10 ans avant de rĂ©former l’opĂ©ra sedia avec son premier Orfeo (Viennois, crĂ©Ă© en 1762), Gluck affirme dans cette ClĂ©mence de Titus de 1752, une maĂźtrise Ă©poustouflante de la forme lyrique noble : le seria, ses rĂšgles strictes, sa dignitĂ© morale, sa nĂ©cessitĂ© vertueuse inspirĂ©e des LumiĂšres, sa conception codifiĂ©e dans l’expression cathartique des passions humaines exacerbĂ©es y trouvent une illustration qui force l’admiration. Le prĂ©sent album nous gratifie d’une connaissance rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e de l’art d’un Gluck rĂ©vĂ©lĂ© en gĂ©nie du drame. Mai pour autant pas, comme chez Mozart (en 1791), de dĂ©roulement dramatique resserrĂ©, d’airs solistiques moins longs, de souffle thĂ©Ăątral irrĂ©sistible comme l’incendie du Capitole dont le divin Wolfgang, Ă  la fin de sa trop courte carriĂšre, fait le premier tableau romantique de l’histoire lyrique au XVIIIĂšme siĂšcle finissant. Pas encore de duos, d’ensembles ou de chƓurs agissant cachĂ©s en coulisses pour une action simultanĂ©e, mais dĂ©jĂ  en 1752, une refonte des airs qui certes longs, savent s’immiscer trĂšs subtilement dans la trame mĂȘme de l’action : le parcours Ă©motionnel de chaque protagoniste fusionne avec l’action proprement dite et les arias da capo paraissent Ă©troitement liĂ©s et interdĂ©pendant des situations scĂ©niques. Tout cela est remarquablement exprimĂ© et compris par Werner Ehrhardrt et son musiciens d’Arte del mondo.

Dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2013, l’équipe des chanteurs et des instrumentistes rĂ©unie par Werner Ehrhardt dĂ©fend avec conviction et subtilitĂ© l’une des partitions mĂ©connues du chevalier Gluck, constellĂ© de pĂ©pites lyriques. Un ouvrage qui remontant Ă  1752 (crĂ©Ă© Ă  Naples) et sur le livret de MĂ©tastase incarne les valeurs humanistes et Ă©clairĂ©es de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionnĂ© de vertus comme de passion, saisit par la volontĂ© de caractĂ©risation de chaque profil : voyez le formidable Sesto Ă  l’allure carnassier et martial par exemple
 On y relĂšve les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck Ă©volue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiĂ©vreux dĂ©miurge se distingue dĂ©jĂ , 20 ans avant sa rĂ©volution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue
 En somme Gluck avant Gluck.
VitalitĂ©, tempĂ©rament et aussi voix caractĂ©risĂ©es prĂȘtes Ă  en dĂ©coudre parfois Ă  la limite de la justesse mais avec quel sens du risque (assumĂ©): Ă©coutez ici l’air CD3 plage 5 oĂč le contre tĂ©nor Flavio Ferri-Benedetti (Publio) ose tout … Ă  l’Ă©gal de sa consƓur, la mezzo Raffaella Milanesi (ardent Sesto de braise et embrasĂ©, aux agilitĂ©s acrobatiques inouĂŻes rĂ©vĂ©lant des aigus nets dans son air plage 11): ce “nouveau” et mĂ©connu Gluck saisit par son audace, sa musicalitĂ© expressive, d’une ĂąpretĂ© qui rappelle les premiers jalons baroques portĂ©s par l’engagement des pionniers. De son cĂŽtĂ©, Valer Sabadus (Annio) n’usurpe pas sa renommĂ©e naissante, aux cĂŽtĂ©s des Franco Fagioli, nouveaux contre tĂ©nors d’un nouveau gabarit : percutants, finement caractĂ©risĂ©s ; son timbre (d’une fragilitĂ© cristalline taillĂ©e pour les lamentos introspectifs et les blessures tĂ©nues), son style fin apportent Ă©galement une couleur humaine trĂšs aboutie Ă  la ciselure Ă©motionnelle dĂ©veloppĂ©e et dĂ©fendue par Gluck (mĂȘme cd, plage 18).

Gluck avant Gluck

Lyre brûlante du Gluck napolitain

CLIC_macaron_2014Voici donc le gĂ©nie dramatique du compositeur Ă  Naples, dĂ©jĂ  maĂźtre du seria en 1752, soit 10 ans avant sa sensationnelle rĂ©forme de l’opĂ©ra opĂ©rĂ©e Ă  Vienne avec Orfeo en 1762… DHM Deutsch Harmonia Mundi a le mĂ©rite de soutenir un tel projet car les productions discographiques d’envergure et ambitieuses comme les rĂ©vĂ©lations lyriques sont de plus en plus rares surtout Ă  ce niveau d’implication. Ici, le premier Gluck, trĂšs italien Ă©videmment, contemporain des premiers chefs d’oeuvres mozartiens s’impose Ă  nous par un sens du drame que les interprĂštes parfaitement menĂ©s par le chef de L’arte del mondo, Werner Ehrhardt, servent en se dĂ©passant unanimement.
Le profil des caractĂšres y gagne un surcroĂźt de relief, qui doublĂ© par un continu et un orchestre bondissants eux aussi Ă  l’Ă©coute des vibrations expressives, articule une musicalitĂ© constamment dĂ©veloppĂ©e dans le sens de l’action. Les 4 cd de cette premiĂšre sur instruments d’Ă©poque montrent toute la science du Gluck “napolitain” des annĂ©es (1752) : efficace, vitaminĂ©, souvent direct dans une langue lyrique qui sert et la tentation virtuose des airs de bravoure et l’allant irrĂ©pressible de l’orchestre qui pousse Ă  la rĂ©solution du drame.

aikin-laura-soprano-vitellia-gluckNous sommes loin cependant du chef d’oeuvre mozartien – sombre, funĂšbre mĂ©lancolique-, mais Gluck ĂągĂ© de 38 ans, sur un livret de Metastase sait relever le dĂ©fi de la dramatisation psychologique et des situations extrĂȘmes rĂ©vĂ©lant les vraies natures. Sans temps morts, tout le CD3 (Acte II) est une sĂ©rie d’airs frĂ©nĂ©tiques  (de coloration martiale – cor omniprĂ©sent) qui dĂ©ploient les pulsions, les dĂ©sirs, les aspirations les plus intimes, jusque lĂ  demeurĂ©es cachĂ©es par biensĂ©ance, pudeur ou calcul. Le chef gagne par un geste prĂ©cis, intĂ©rieur, expressif certes mais subtilement suggestif (plage 9 : la soprano Laura Aikin campe une Vitellia, voix tragique et lugubre, d’une gravitĂ© douloureuse, languissante et nostalgique dont la dĂ©chirante impuissance s’exprime dans son dialogue avec le hautbois : je sens geler mon cƓur : Sento gelarmi il cor…). C’est l’un des instants les plus prenants de l’action. L’emblĂšme d’un style capable de faire jaillir la pudeur la plus juste.

2014 marque le centenaire de Gluck : anniversaire passĂ© sous silence quand Rameau, son rival dans le coeur de Rousseau, occupe lĂ©gitimement le devant de l’affiche. Avec ce remarquable enregistrement, Werner Ehrahrdt poursuit un parcours sans fautes semĂ© d’indiscutables accomplissements (dont Medonte de Myslivecek en 2010) premiĂšre rĂ©vĂ©lation majeure du maestro et de son ensemble, suivi de La Finta Giardiniera d’Anfossi, 1774 (enregistrĂ© en 2011) ; et DHM confirme la justesse de son discernement, combinant dĂ©frichement et cohĂ©rence artistique car ici le plateau vocal et la lecture des instrumentistes se rĂ©vĂšlent plus que convaincants. Superbe dĂ©couverte servie par une rĂ©alisation sans dĂ©fauts.

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 4 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (3 CD Sony classical). Enregistré à Leverkusen, en novembre 2013.

CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblĂ©e la vitalitĂ© brillante et frĂ©nĂ©tique de l’Ă©criture, malgrĂ© son cĂŽtĂ© lumineux, fait quand mĂȘme entendre des formules classiques europĂ©ennes standardisĂ©es ; mais l’Ă©nergie dramatique de Gluck, grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra Ă  Paris dans les annĂ©es 1770, infĂ©odant les options du langage musical Ă  la seule cohĂ©rence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempĂ©rament gĂ©nĂ©ral du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mĂ©sestimĂ© selon nous) signĂ© Mozart sur le mĂȘme sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le prĂ©sent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai thĂ©Ăątre lyrique : toute la premiĂšre scĂšne d’ouverture est du pur thĂ©Ăątre) et ici, une trĂšs fine caractĂ©risation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme… Ă©volution tĂ©nue que Mozart incarne Ă  merveille.

Dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2013, l’Ă©quipe de chanteurs et des instrumentistes rĂ©unie par Werner Ehrhardt dĂ©fend avec conviction et subtilitĂ© l’une des partitions mĂ©connues du chevalier Gluck, constellĂ© de pĂ©pites lyriques. Un ouvrage qui remontant Ă  1752 (crĂ©Ă© Ă  Naples) et sur le livret de MĂ©tastase incarne les valeurs humanistes et Ă©clairĂ©es de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionnĂ© de vertus comme de passion, saisit par la volontĂ© de caractĂ©risation de chaque profil : voyez le formidable Sesto Ă  l’allure carnassier et martial par exemple… On y relĂšve les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck Ă©volue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiĂ©vreux dĂ©miurge se distingue dĂ©jĂ , 20 ans avant sa rĂ©volution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rĂŽle travesti de Sesto, relevant les dĂ©fis acrobatiques d’un caractĂšre trĂšs fort ici), surtout l’Ă©clat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et trĂšs intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblĂ©e la vitalitĂ© brillante et frĂ©nĂ©tique de l’Ă©criture, malgrĂ© son cĂŽtĂ© lumineux, fait quand mĂȘme entendre des formules classiques europĂ©ennes standardisĂ©es ; mais l’Ă©nergie dramatique de Gluck, grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra Ă  Paris dans les annĂ©es 1770, infĂ©odant les options du langage musical Ă  la seule cohĂ©rence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempĂ©rament gĂ©nĂ©ral du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mĂ©sestimĂ© selon nous) signĂ© Mozart sur le mĂȘme sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le prĂ©sent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai thĂ©Ăątre lyrique : toute la premiĂšre scĂšne d’ouverture est du pur thĂ©Ăątre) et ici, une trĂšs fine caractĂ©risation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme… Ă©volution tĂ©nue que Mozart incarne Ă  merveille.

Dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2013, l’Ă©quipe de chanteurs et des instrumentistes rĂ©unie par Werner Ehrhardt dĂ©fend avec conviction et subtilitĂ© l’une des partitions mĂ©connues du chevalier Gluck, constellĂ© de pĂ©pites lyriques. Un ouvrage qui remontant Ă  1752 (crĂ©Ă© Ă  Naples) et sur le livret de MĂ©tastase incarne les valeurs humanistes et Ă©clairĂ©es de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionnĂ© de vertus comme de passion, saisit par la volontĂ© de caractĂ©risation de chaque profil : voyez le formidable Sesto Ă  l’allure carnassier et martial par exemple… On y relĂšve les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck Ă©volue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiĂ©vreux dĂ©miurge se distingue dĂ©jĂ , 20 ans avant sa rĂ©volution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rĂŽle travesti de Sesto, relevant les dĂ©fis acrobatiques d’un caractĂšre trĂšs fort ici), surtout l’Ă©clat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et trĂšs intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012)

provenzale stellidaura vendicante marchi innsbruckCD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012). Il fut un temps, Ă  l’époque du feu label Opus 111, depuis rachetĂ© par NaĂŻve, Provenzale occupait une place non nĂ©gligeable du catalogue discographique grĂące entre autres Ă  l’audace dĂ©fricheuse de l’ex Capella dei Turchini (Antonio Florio, direction) qui s’était fait une spĂ©cialitĂ© de dĂ©fricher l’Ɠuvre prolifique du Napolitain. Un tempĂ©rament taillĂ© pour l’opĂ©ra qui aux cĂŽtĂ©s des perles comiques et des oratorios et drames sacrĂ©s (spesames fervents de Rosalia dans La Colomba ferita), nous offre ici un opĂ©ra tragico hĂ©roĂŻque de 1674, nouveau jalon de l’opĂ©ra partĂ©nopĂ©en du premier baroque (Seicento). S’y agrĂšgent tous les ferments d’un gĂ©nie lyrique et dramatique puissant et terriblement sensuel (Cavalli le sublime vĂ©nitien n’est pas loin) au service d’une action qui met en scĂšne l’indomptable et loyale Stellidaura, femme dĂ©terminĂ©e et courageuse, prĂȘte Ă  tout pour sauver son amant Armidoro, bravant le cynisme barbare de son ennemi, l’inflexible Orismondo : Stellidaura est donc une prĂ©figuration de Leonora et de Tosca, une lionne faite femme.

Stellidaura, la veine pathétique et sensuelle de Provenzale
L’ouvrage est inspirĂ©e de la cantatrice Giulia de Caro, directrice du San Bartolomeo de Naples qui passa commande Ă  Provenzale. ExhumĂ©e en 1997 (Bruxelles, La Monnaie), la partition est ensuite remontĂ©e en 2012 Ă  Innsbruck, sous la tutelle du mĂȘme chef explorateur, Alessandro de Marchi et son ensemble Academia Montis Realis. L’Italien devenu aprĂšs RenĂ© Jacobs, directeur du festival d’Innsbruck, entend reproduire le miracle des reprĂ©sentations passĂ©es, un peu Ă  la façon de La Calisto de Cavalli pour le mĂȘme Jacobs. Las, la distribution est loin d’ĂȘtre Ă  la hauteur de l’ouvrage et les instrumentistes de de Marchi n’ont pas toute le flexibilitĂ© ni la science dynamique
 des Turchini. Ni mĂȘme la verve versatile, entre langueurs sincĂšres et amoureuse du couple hĂ©roĂŻque (Stellidaura et Armidoro) et comique dĂ©jantĂ© voire dĂ©lirant des personnages secondaires (dont Ă©videmment des dĂ©rapages plĂ©bĂ©iens cocasses voire picaresques. ici en dialecte calabrais)

Dans le rĂŽle titre, la mezzo Jennifer Rivera affirme un tempĂ©rament vocal gĂ©nĂ©reux quoique manquant parfois de nuances, son vibrato permanent nuisant aussi Ă  la clartĂ© de l’émission. Face Ă  elle, Carlo Allemano sait en revanche nuancer le rĂŽle du mĂ©chant Orimsondo dont le dĂ©sir et l’activitĂ© de la la jalousie se dĂ©voile, tissant un ĂȘtre de chair et de sang, se rĂ©vĂ©lant plus humain que mĂ©caniquement barbare : un individu et non plus un type. (trĂšs beau lamento amoroso : « TrĂ  pianti e sospiri »). D’un tessiture ample et d’une prĂ©sence continue, le rĂŽle du tĂ©nor amoureux et fervent, coloriste aussi, Armidoro est plus bancal : Adrian Strooper manque de finesse, de clartĂ©, de justesse aussi : schĂ©matisant un personnage qui exige Ă©clat, tendresse, intensitĂ©. Domestique Ă  l’origine tenu par le castrat juvĂ©nile Nicolo Grimaldi (Nicolini alors ĂągĂ© de 12 ans
 qui crĂ©era Rinaldo de Hanedel), Armillo est ici dĂ©fendu par le contre tĂ©nor Hagen Matzeit, loquace, ardent malgrĂ© sa petite voix.
En fosse, chef et instrumentistes peinent Ă  exprimer l’extase amoureuse comme l’ivresse bouffe des situations. Le geste reste Ă©troit, systĂ©matique en un continuo peu caractĂ©risĂ© et lui aussi peu nuancĂ©, qu’un Ottavio Dantone et sa Academia Bizantina (vrai rival dans ce rĂ©pertoire) aurait certainement mieux sculptĂ©. Il y manque un soupçon de dĂ©passement, de transe, de vertiges comme de dĂ©lire
 autant de critĂšres dĂ©terminants qui font les grandes interprĂ©tations au service des grandes Ɠuvres (c’était le cas de La Calisto de Cavalli par Jacobs dans la mise en scĂšne de Wernicke : un must devenu lĂ©gendaire). Avec l’intensitĂ© (et l’épaisseur vibrĂ©e) de Jennifer Rivera, la production d’Innsbruck en avait la promesse
 mais le cast reste bancal et les instrumentistes, trop neutres. Tout est trop poli.

Francesco Provenzale (1624 – 1704) : La Stellidaura Vendicante (Naples, 1674). OpĂ©ra en 3 actes sur un livret d’Andrea Perrucci. Stellidaura : Jenifer Rivera, mezzo-soprano. Orismondo : Carlo Allemano, tĂ©nor. Armidoro : Adrian Strooper, tĂ©nor. Giampetro : Enzo Capuano, basse. Armillo : Hagen Matzeit, contre tĂ©nor. Academia Montis Regalis. Alessandro de Marchi, direction. 2 cd, DHM. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Innsbruck en 2012.

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies (Goltz, 2013)

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). EmployĂ© frustrĂ© de FrĂ©dĂ©ric II Ă  Berlin, puis directeur de la musique de Hambourg (Ă  la succession du trĂšs admirĂ© Telemann son parrain en 1768), le fils le plus douĂ© de Jean-SĂ©bastien honore la rĂ©putation paternelle grĂące Ă  ses partitions versatiles,  audacieuses, caractĂ©risĂ©es, fougueuses, emblĂšmes de l’esthĂ©tique Surm und drang et Empfindsamkeit, toujours d’une Ă©lĂ©gance suprĂȘme (celle qui inspirera tant Haydn et Mozart). Un corpus que l’on dĂ©couvre enfin aujourd’hui… heureuse rĂ©habilitation opportune pour les 300 ans du compositeur nĂ© en 1714, comme Jommelli et Gluck.

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenLes oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, rĂ©putĂ© (Ă  raisons) pour son engagement et l’Ă©nergie de ses lectures trĂ©pidantes, met en lumiĂšre, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révÚlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral.
Le Concerto pour flĂ»te, serti de brillance sombre et grave, couleurs prĂ©romantiques qui en font tout le prix, date de 1747 ; il n’Ă©voque pas la relation de CPE avec le roi flĂ»tiste dont le goĂ»t plutĂŽt conforme et banal ne se serait guĂšre accordĂ© Ă  cette piĂšce si nuancĂ©e et raffinĂ©e; mĂȘme le plus tardif Concerto pour hautbois (1765, deux ans avant la pĂ©riode hambourgeoise) n’Ă©voque en rien le goĂ»t de la Cour berlinoise oĂč rĂšgnent les plus dĂ©coratifs Graun et Quantz. Les deux oeuvres d’une inventivitĂ© remarquable et qui interroge en profondeur l’inclination mĂ©lancolique du sujet, ont peut-ĂȘtre Ă©tĂ© jouĂ©es dans le cercle des musiciens professionnels de Bach. Il s’agit bien de ” mettre le coeur en mouvement ” plutĂŽt que … de plaire Ă  des oreilles banales.
Ici c’est moins le super soliste au clavier l’un des plus grands de son temps qui s’inscrit au panthĂ©on de la musique pour clavecin (et clavicorde) que l’inventeur d’une forme pure, instrumentale, d’un fini inĂ©galĂ©, et d’un accomplissement singulier, Ă  la fois mĂ©lancolique (sa vraie nature), expĂ©rimental et audacieux, libre, fantaisiste, viscĂ©ralement personnel. Avec CPE Bach se prĂ©cise une claire conscience d’une Ă©criture Ă  la fois idĂ©aliste mais aussi commerciale, jouant sur la virtuositĂ© et la profondeur, le contraste et la surprise… En tĂ©moignent les deux Symphonies ici sĂ©lectionnĂ©es parmi les 6 Hambourgeoises Wq 182. CommandĂ©es par le baron Gottfried von Swieten, les oeuvres seront largement diffusĂ©es lors de son retour Ă  Vienne oĂč protecteur de Mozart et de Beethoven, von Swieten les transmet Ă  tous ceux qui reconnaissent et goĂ»te le gĂ©nie qui les frappent : CPE Bach nourrit donc l’inspiration et la maturation de Haydn, Mozart, Beethoven. C’est dire l’immense place qu’occupe le fils Bach dans l’accomplissement du romantisme viennois.
Carl Philipp Emanuel BachToutes en trois parties, les deux Symphonies Ă©tonnent par leur jaillissement spontanĂ©, une impression de naturel et d’audace Ă©nergique qui parlent manifestement au jeu des interprĂštes. Sous le feu ciselĂ© du chef (leader au violon : il joue un Testore de 1690), de ses solistes, le tempĂ©rament collectif souligne sans lourdeur ni artifice toute l’Ă©bullition foisonnante et flamboyante d’un Bach vrai gĂ©nie des enchaĂźnements, des surprises, des dĂ©charges en tout genre. Pourtant malgrĂ© ce festival trĂ©pidant, la gravitĂ©, la profondeur, la sincĂ©ritĂ© ne font pas dĂ©faut. L’humour aussi (dont se souviendra Haydn). Une combinaison palpable qui fait toute la saveur de cette lecture, trĂšs recommandable pour les 300 ans de Carl Philipp Emanuel Bach en 2014.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788): Concertos pour flûte et hautbois, 2 Symphonies Hambourgeoises wq 182. Berlinerbarocksolisten. Gottfreid von der Goltz (violon et direction). 1 cd DHM. Enregistrement réalisé en avril 2013 à Berlin.

DOSSIER Carl Philipp Emanuel Bach, spécial tricentenaire 2014

CD. Myslivecek : Medonte (Ehrhardt, 2010)

Myslivecek: Medonte (Ehrhardt, 2010) 1 cd DHM

Medonte_myslivecekLe choix du visuel de couverture se dĂ©fend. Mars par David correspond Ă  l’esthĂ©tique de Myslivecek: ce nĂ©oclassicisme qui dans le sillon tracĂ© par Gluck rĂ©oriente toutes les dĂ©marches lyriques des annĂ©es 1780. A la rigueur parfois ascĂ©tique du sujet antique rĂ©pond une nouvelle inflexion dramatique qui favorise l’Ă©mergence du sentiment (prĂ©romantique?). A l’Ă©poque de sa dĂ©couverte en 1928, la partition de Medonte fut attribuĂ©e comme un oratorio oubliĂ© de Mozart, Ă  l’instar de l’ouvrage autographe de La Betulia Liberata, oratorio du jeune Wolfgang sur le thĂšme de la geste de Judith; il est vrai que le style nĂ©oclassique, sa coupe nerveuse et dramatique n’est pas sans rappeler Mitridate et Lucio Silla mais Myslivecek appartient bien encore Ă  l’Ă©lĂ©gance haendĂ©lienne et aux derniers feux de l’opĂ©ra seria napolitain tel que fixĂ© par les Jommelli ou Traetta. Ceci n’ĂŽte rien Ă  la valeur de cette premiĂšre mondiale, fruit d’une captation live rĂ©alisĂ©e Ă  Leverkusen, en dĂ©cembre 2010. Gravure heureuse et opportunĂ©ment publiĂ©e par DHM dont l’intĂ©rĂȘt revivifie le catalogue du label dĂ©diĂ© aux perles baroques oubliĂ©es dans le giron de Sony classical.

les amants d’Argos

A l’heure oĂč la France de Marie-Antoinette enchaĂźne au thĂ©Ăątre lyrique les essais tragiques et dramatiques des Italiens (Piccinni puis Sacchini, sans compter d’autres Ă©trangers comme GrĂ©try, Gossec ou mĂȘme Jean-ChrĂ©tien Bach dont Amadis est contemporain de Medonte de 1780), Myslivecek cultive lui aussi le style mesurĂ© nĂ©oclassique du seria italien europĂ©anisĂ© oĂč rien ne compte plus que l’articulation des passions moralisatrices et le verbe Ă©difiant. Voici donc Selene d’Argos amoureuse du prince Arsace de Dodona. Mais surgit l’instrument du destin, Medonte, cruel roi de la province romaine d’Epire qui s’Ă©prend lui aussi de la belle Selene et l’emmĂšne avec lui Ă  Epire. L’opĂ©ra met en scĂšne les amours Ă©prouvĂ©s de Selene et d’Arsace Ă  la cour d’Epire sous le joug barbare d’un Medonte plus tyranique et jaloux que comprĂ©hensif et vertueux. GrĂące Ă  l’aide d’Evandro, capitaine de la garde royale de Medonte et de la Thessalienne Zelinda, les deux cƓurs douloureux parviennent Ă  vaincre Medonte, mais opera seria oblige et esprit des LumiĂšres aigu, Arsace fait montre d’une clĂ©mence exemplaire Ă  l’endroit du cruel Medonte. AprĂšs avoir pardonnĂ© Ă  leur bourreau en Epire, Arsace et Selene se retrouvent heureux, apaisĂ©s Ă  Argos.

Myslivecek, précurseur de Mozart

CrĂ©Ă© lors du carnaval de 1780 au Teatro a Torre Argentina de Rome, Medonte affirme la maĂźtrise d’un Joseph Myslivecek au terme de sa carriĂšre lyrique dont l’Ă©criture ardente, affĂ»tĂ©e dans l’expression des passions (dĂšs le premier air d’Evandro chantĂ© par un castrat ici distribuĂ© Ă  une soprano) influence directement le jeune Mozart lors de ses nombreux voyages Ă  travers l’Europe : leur rencontre remonte dĂšs 1770 Ă  Bologne et produit une amitiĂ© jamais interrompue. Wolfgang se montre en particulier trĂšs curieux et connaisseur des symphonies du compositeur tchĂšque. Il est Ă©vident que par sa plume vivante et palpitante, vocalement virtuose, explicitement frappĂ© par la rĂ©forme de Gluck, douĂ© d’une orchestration fine et contrastĂ©e, Myslivecek a marquĂ© et inspirĂ© les avancĂ©es du jeune Mozart dans l’Ă©criture lyrique (oratorios et opĂ©ras).

La distribution est dominĂ©e par des emplois aigus : soprano (Selene, Evandro), tĂ©nor (Medonte) et mezzo (Arsace). L’interprĂ©tation mĂ©rite le meilleur accueil: voix justes, stylistiquement engagĂ©es, chacune caractĂ©risant avec naturel et parfois nuance, son caractĂšre. Medonte s’inscrit dans le vaste catalogue des 26 opĂ©ras composĂ©s par Myslivecek: depuis Bellerofonte Ă  Venise en 1763 alors commandĂ© par son patron le Comte Vinzenz von Waldstein… jusqu’Ă  Armida (Milan, 1780) et Medonte Ă©crit pour Rome Ă  la mĂȘme pĂ©riode. Ni Armide ni Medonte ne suscitĂšrent l’enthousiasme Ă  leur crĂ©ation. Pourtant de nombreux Ă©pisodes militent en faveur de Myslivecek: l’air en forme de rondo d’Arsace (Luci belli, se piangete) ou surtout le trio Selene, Arsace, Medonte, concluant le II (Stelle tiranne omai…)… Au tempĂ©rament des jeunes chanteurs rĂ©pond le relief jamais rĂ©pĂ©titif de l’orchestre L’arte del mondo sous la direction sanguine de Werner Ehrhardt. Pour une prise live et au regard des risques encourrus s’agissant d’une premiĂšre mondiale, le rĂ©sultat est particuliĂšrement convaincant. RecrĂ©ation et premiĂšre discographique, rĂ©ussies.

Josef Myslivecek (1737–1781) : Medonte (Rome, 1780). premiĂšre mondiale, recrĂ©ation. Juanita Lascarro (Selene), Thomas Michael Allen (Medonte), Susanne Bernhard (Arsace), StĂ©phanie Elliott (Evandro), Lorina Castellano (Zelinda)… L’Arte del Mondo. Werner Erhardt, direction. 2 cd DHM enregistrĂ© en 2010. 8 86978 61242 7.

CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

SubtilitĂ© d’un gĂ©nie europĂ©en

AprĂšs une ouverture finement ciselĂ©e, resplendissant grĂące Ă  l’engagement des interprĂštes en ces teintes haendĂ©liennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral Ă  la fois tendre et plaintif, l’approche dĂšs son dĂ©part convainc par sa grande finesse et son Ă©locution naturelle. Du reste, le dĂ©but de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumiĂšre les talents de la prima donna de la production mais aussi cet Ă©clectisme virtuose d’un compositeur europĂ©en capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistrĂ© en Autriche en aoĂ»t 2010, la rĂ©alisation de L’Orfeo Barockorchester dirigĂ© par Michi Gaigg captive littĂ©ralement par sa justesse Ă©motionnelle, la diversitĂ© des nuances, l’absence de tout systĂ©matisme rĂ©ducteur, si frĂ©quent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’OrphĂ©e resplendit sous la plume d’un Telemann, enivrĂ© et trĂšs inspirĂ© par la lyre du poĂšte de Thrace. Entre l’opĂ©ra premier de Monteverdi et celui aussi rĂ©formateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opĂ©ra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilitĂ© suave et souple dans l’esthĂ©tique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommĂ© directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opĂ©ras pour l’OpĂ©ra GĂ€nsemarkt. En fait partie son OrphĂ©e, vraie rĂ©ussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le tĂ©nor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dĂ©passĂ© par l’Ă©criture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermetĂ© comme de stabilitĂ©; le chanteur sauve les meubles dans les airs mĂ©dians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus rĂ©ussi mais sans guĂšre de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et trĂšs musicale. Le Pluton engagĂ© et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette rĂ©alisation trĂšs attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’OrphĂ©e: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’ĂȘtre les personnages titres (OrphĂ©e et Eurydice): Ă  l’Ă©coute de son air dĂ©veloppĂ© au dĂ©but du III qu’elle introduit Ă  son dĂ©but comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est Ă©poustouflant, Ă  la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, dĂ©clamĂ© sans affĂšterie, sur le souffle, mĂȘme justesse expressive dans le court air introspectif chantĂ© en français et qui a la tendre Ă©loquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” HĂ©las quels soupirs “… . On comprend dĂšs lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la crĂ©ation pour laquelle a composĂ© Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en rĂ©alitĂ© ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affĂ»tĂ©e, colorĂ©e et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractĂšres d’une partition versatile et trĂšs diversifiĂ©e. C’est une sĂ©rie de tableaux, de miniatures mĂȘme qui Ă©clairent chacun dans leur sĂ©quence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs Ă  son Ă©poque avait dĂ©voilĂ© la partition du Germanique, souligner son gĂ©nie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sĂ©cheresse son tempĂ©rament caractĂ©risĂ©; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalitĂ© de la lecture premiĂšre mais en demeurant d’une justesse Ă©motionnelle parfois plus fluide et vivante grĂące Ă  un relief pleinement assumĂ© c’est Ă  dire parfois Ăąpre et mordant de l’orchestre. GrĂące Ă  la suretĂ© de la distribution surtout fĂ©minine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation du disque. RĂ©alisation trĂšs convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)