Cd, critique. SILENT NIGHT (Hirondo Maris / Arianna Savall, 2018, 1 cd DHM)

cd critique cd review sur classiquenews arianna_savall_petter_udland_johansen__hirundo_maris-silent_night_-_early_christmas_music_and_carols_aCd, critique. SILENT NIGHT (Hirondo Maris / Arianna Savall, 2018, 1 cd DHM) – Fondé en 2009, il y a donc 10 ans, l’ensemble Hirundo Maris / hirondelle de mer, porté par la harpiste et soprano Arianna Savall édite ici l’un de ses meilleurs programmes, où le thème du recueillement pour Noël, se fait source d’un enchantement poétique d’une indiscutable séduction. La cantatrice catalane poursuit avec beaucoup de finesse l’héritage paternel (Jordi, qui en outre a orchestré certaines pièces du programme), d’autant qu’elle bénéficie de la complicité du ténor et altiste norvégien Petter Udland Johansen. Musique du nord et de Méditerranéen, du Moyen-Age au Baroque, le répertoire ressuscite avec une élégance de ton qui convainc, immersion enchantée (extase collective et latine et méridionale de l’entêtant « Ay que me abraso, ay ! » de Zéspedes, XVIIè) et délicatement ciselée de l’Avent à Noël, révélant souvent dans la magie des timbres associés (dont les harpes d’Arianna, triple baroque, Renaissance…) une richesse musicale et textuelle inouïe. Carols, musique traditionnelle recréent un monde de ferveur, où l’exaltation des sens converge vers la méditation bienheureuse. L’onirisme de Noël regroupe ainsi dans cette sélection choisie, les inusables mélodies de la période qui célèbre la naissance de l’Enfant : O silent night (Allemagne, joué en fin de cycle et d’une excellente facture à deux voix, instrumentarium étincelant à l’envi), Mitt hjrete alltid vanker (Norvège), Nuit brillante (Provence française), El cant dels ocells (Catalogne espagnole)…

Pour servir la grâce poétique des évocations produites par la collection de chansons, les instrumentistes savent varier en conséquence l’instrumentarium : cornemuse (dès le premier air : « El noi de la mare “), dialoguant avec les deux voix solistes : harpes déjà citées et présentes en permanence, cornet (en ses accents jazzy), mandoline, guitare… et les percussions de l’excellent Pedro Estevan (transfuge du père et de son ensemble Hespérion XXI). Arrangé par Jordi Savall, le catalan « El cant dels ocells » redouble de trouble émerveillé, énoncé par la harpe magicienne : certainement le meilleur titre du programme avec le Zéspedes que nous avons précédemment distingué, sans omettre La Salve, prière à Marie miséricordieuse dont Arianna Savall fait un solo là encore, très inspiré, suspendu, en extase. Envoûtante réalisation où la voix cristalline et fragile d’Arianna Savall, en sirène enivrée et sensuelle, sa harpe éloquente et articulée, ressuscitent le charme éternel des cantatrices voyageuses, figures majeures de l’histoire musicale médiévale et baroque. Enivrant.

 

 

 

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CD, critique. SILENT NIGHT. ARIANNA SAVALL & PETTER UDLAND JOHANSEN / HIRUNDO MARIS – «  Silent night, EARLY CHRISTMAS MUSIC AND CAROLS ». 1 cd DHM, Sony / Juin 2018.

 

 

 

 

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999)

king-andrew-lawrence-harpe-coffret-DHM-deutsche-harmonia-mundi-andrew-lawrence-kingCD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999). Avant Cristina Pluhar, harpiste et théorbiste bien connue tout au moins identifiée avec son ensemble (certes en perte récente d’inspiration depuis quelques saisons : L’Arpeggiata), il est depuis longtemps, un autre harpiste passionné tout autant par l’éloquence des siècles Renaissance et Baroque. Le coffret édité par DHM Deutsche Harmonia Mundi étonne et rend compte d’un travail considérable dans le domaine riche et fertile, envoûtant sur le plan instrumental, de la harpe ancienne (et médiévale), comme élément soliste ou pilier du continuo, selon les programmes. Le harpiste britannique a même cofondé un premier collectif dédié au drame, baroque, Tragicomedia dès 1988 dont les premières gravures chez Warner / Teldec à l’époque avaient captivé par un travail imaginatif du continuo et une approche très investie et profonde de l’action lyrique et dramatique…

 

 

 

Andrew Lawrence-King : la harpe enchanteresse

Connaissez vous ALK ?

 

king-andrew-lawrence-king-cd-coffret-DHM-350-539Par leur originalité et l’approfondissement supposé pour chaque sujet / thématique, les 10 cd regroupent et récapitulent en quelque sorte l’apport de toute une vie de musicien surtout d’instrumentiste, – propre aux années 1990-,  soucieux de justesse et de richesse poétique, à partir de son propre jeu comme harpiste, fondateur lui-même (en 1994) de son ensemble sur instruments d’époque : The Harp consort : Andrew Lawrence-King (56 ans); le chef musicien assure ainsi dans la plupart des cas, et la partie de harpe, et la direction. Né en 1959, ALK (Andrew Lawenre King) joue avec les plus grands dont Hesperion XXI / Jordi Savall assurant souvent des parties d’improvisations étonnamment justes et inventives dont l’esprit de fantaisie maîtrisée se retrouve ici; les 10 cd du coffret DHM (soit 9 programmes musicaux) donne la mesure d’un tempérament éclectique, passionné autant par l’opéra que les formes plus originales, ou purement instrumentales. Complémentaires, relevant d’un tout autre univers instrumental (ou vocal), voici plusieurs cycles conçus comme autant de dramaturgies musicales, intensément investies et on l’imagine fruits d’un long travail de recherche musicologique préparatoire : le drame médiéval Ludus Danielis (avril 1997); Italian Concerto (1995) ; en particulier les 2 cd de La púrpura de la rosa, le premier opéra du Nouveau Monde enregistré en septembre 1997, créé à Lima au Pérou en 1701, sur le livret de Calderón de la Barca (deux parties : L’amour de Vénus et Adonis, puis La Vengeance de Mars (ou la mort d’Adonis).
Mettant l’accent et toute la lumière sur ses possibilités sonores comme expressives, plusieurs récital où la harpe tient le premier rôle : Carolan’s harp (mai 1996) ; The Harp of Luduvico (Spanish & Italian renaissance), La Harpe Royale (musique française baroque : Louis et François Couperin, Robert de Visée, janvier 1998), His Majesty’s Harper (Dowland, Byrd, Cormacl McDermott, février 1998)) ; un passionnant The Secret of the Semitones (JS Bach : Fantaisie chromatique, Suite BWV 997, Partita BWV 1004, février 1999), sans omettre la très vivante version des Quatre Saisons de Vivaldi, enregistrée en décembre 1996 avec les instrumentistes mêlés de son ensembre The Harp consort et ceux du Freiburger Barokorchester de Gottfried von der Goltz (ALK y joue double harpe et psaltérion, indice d’une sensibilité pour les timbres que peu avec lui défendent pour un continuo à la fois riche, coloré et expressif). Dans ces 9 programmes se dessinent quelques uns des jalons les plus passionnants de la révolution opérée par les baroqueux. Seule réserve : étrangement ne figure pas – quel dommage-, l’excellent recueil intitulé : Luz y Norte.

 

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999 . Référence : 88875090222).

 

 

CD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013). L’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses récitatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractérisation des protagonistes (grâce à des airs qui savent développer l’énergie psychologique de chaque profil individuel) : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est à dire le  quatuor embrasé des amours éprouvées, en souffrance dont la couleur spécifique fait passer du classicisme au préromantisme… tous déjà sous sa plume et avant Mozart, impose des tempéraments instrumentalement et vocalement passionnants à suivre du début à la fin.

gluck willibald christoph orfeoMaîtrise exceptionnelle du genre seria. 10 ans avant de réformer l’opéra sedia avec son premier Orfeo (Viennois, créé en 1762), Gluck affirme dans cette Clémence de Titus de 1752, une maîtrise époustouflante de la forme lyrique noble : le seria, ses règles strictes, sa dignité morale, sa nécessité vertueuse inspirée des Lumières, sa conception codifiée dans l’expression cathartique des passions humaines exacerbées y trouvent une illustration qui force l’admiration. Le présent album nous gratifie d’une connaissance régénérée de l’art d’un Gluck révélé en génie du drame. Mai pour autant pas, comme chez Mozart (en 1791), de déroulement dramatique resserré, d’airs solistiques moins longs, de souffle théâtral irrésistible comme l’incendie du Capitole dont le divin Wolfgang, à la fin de sa trop courte carrière, fait le premier tableau romantique de l’histoire lyrique au XVIIIème siècle finissant. Pas encore de duos, d’ensembles ou de chœurs agissant cachés en coulisses pour une action simultanée, mais déjà en 1752, une refonte des airs qui certes longs, savent s’immiscer très subtilement dans la trame même de l’action : le parcours émotionnel de chaque protagoniste fusionne avec l’action proprement dite et les arias da capo paraissent étroitement liés et interdépendant des situations scéniques. Tout cela est remarquablement exprimé et compris par Werner Ehrhardrt et son musiciens d’Arte del mondo.

Dans cet enregistrement réalisé en novembre 2013, l’équipe des chanteurs et des instrumentistes réunie par Werner Ehrhardt défend avec conviction et subtilité l’une des partitions méconnues du chevalier Gluck, constellé de pépites lyriques. Un ouvrage qui remontant à 1752 (créé à Naples) et sur le livret de Métastase incarne les valeurs humanistes et éclairées de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionné de vertus comme de passion, saisit par la volonté de caractérisation de chaque profil : voyez le formidable Sesto à l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck évolue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiévreux démiurge se distingue déjà, 20 ans avant sa révolution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck.
Vitalité, tempérament et aussi voix caractérisées prêtes à en découdre parfois à la limite de la justesse mais avec quel sens du risque (assumé): écoutez ici l’air CD3 plage 5 où le contre ténor Flavio Ferri-Benedetti (Publio) ose tout … à l’égal de sa consÅ“ur, la mezzo Raffaella Milanesi (ardent Sesto de braise et embrasé, aux agilités acrobatiques inouïes révélant des aigus nets dans son air plage 11): ce “nouveau” et méconnu Gluck saisit par son audace, sa musicalité expressive, d’une âpreté qui rappelle les premiers jalons baroques portés par l’engagement des pionniers. De son côté, Valer Sabadus (Annio) n’usurpe pas sa renommée naissante, aux côtés des Franco Fagioli, nouveaux contre ténors d’un nouveau gabarit : percutants, finement caractérisés ; son timbre (d’une fragilité cristalline taillée pour les lamentos introspectifs et les blessures ténues), son style fin apportent également une couleur humaine très aboutie à la ciselure émotionnelle développée et défendue par Gluck (même cd, plage 18).

Gluck avant Gluck

Lyre brûlante du Gluck napolitain

CLIC_macaron_2014Voici donc le génie dramatique du compositeur à Naples, déjà maître du seria en 1752, soit 10 ans avant sa sensationnelle réforme de l’opéra opérée à Vienne avec Orfeo en 1762… DHM Deutsch Harmonia Mundi a le mérite de soutenir un tel projet car les productions discographiques d’envergure et ambitieuses comme les révélations lyriques sont de plus en plus rares surtout à ce niveau d’implication. Ici, le premier Gluck, très italien évidemment, contemporain des premiers chefs d’oeuvres mozartiens s’impose à nous par un sens du drame que les interprètes parfaitement menés par le chef de L’arte del mondo, Werner Ehrhardt, servent en se dépassant unanimement.
Le profil des caractères y gagne un surcroît de relief, qui doublé par un continu et un orchestre bondissants eux aussi à l’écoute des vibrations expressives, articule une musicalité constamment développée dans le sens de l’action. Les 4 cd de cette première sur instruments d’époque montrent toute la science du Gluck “napolitain” des années (1752) : efficace, vitaminé, souvent direct dans une langue lyrique qui sert et la tentation virtuose des airs de bravoure et l’allant irrépressible de l’orchestre qui pousse à la résolution du drame.

aikin-laura-soprano-vitellia-gluckNous sommes loin cependant du chef d’oeuvre mozartien – sombre, funèbre mélancolique-, mais Gluck âgé de 38 ans, sur un livret de Metastase sait relever le défi de la dramatisation psychologique et des situations extrêmes révélant les vraies natures. Sans temps morts, tout le CD3 (Acte II) est une série d’airs frénétiques  (de coloration martiale – cor omniprésent) qui déploient les pulsions, les désirs, les aspirations les plus intimes, jusque là demeurées cachées par bienséance, pudeur ou calcul. Le chef gagne par un geste précis, intérieur, expressif certes mais subtilement suggestif (plage 9 : la soprano Laura Aikin campe une Vitellia, voix tragique et lugubre, d’une gravité douloureuse, languissante et nostalgique dont la déchirante impuissance s’exprime dans son dialogue avec le hautbois : je sens geler mon cÅ“ur : Sento gelarmi il cor…). C’est l’un des instants les plus prenants de l’action. L’emblème d’un style capable de faire jaillir la pudeur la plus juste.

2014 marque le centenaire de Gluck : anniversaire passé sous silence quand Rameau, son rival dans le coeur de Rousseau, occupe légitimement le devant de l’affiche. Avec ce remarquable enregistrement, Werner Ehrahrdt poursuit un parcours sans fautes semé d’indiscutables accomplissements (dont Medonte de Myslivecek en 2010) première révélation majeure du maestro et de son ensemble, suivi de La Finta Giardiniera d’Anfossi, 1774 (enregistré en 2011) ; et DHM confirme la justesse de son discernement, combinant défrichement et cohérence artistique car ici le plateau vocal et la lecture des instrumentistes se révèlent plus que convaincants. Superbe découverte servie par une réalisation sans défauts.

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 4 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (3 CD Sony classical). Enregistré à Leverkusen, en novembre 2013.

CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblée la vitalité brillante et frénétique de l’écriture, malgré son côté lumineux, fait quand même entendre des formules classiques européennes standardisées ; mais l’énergie dramatique de Gluck, grand réformateur de l’opéra à Paris dans les années 1770, inféodant les options du langage musical à la seule cohérence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempérament général du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, élégance et expressivité. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mésestimé selon nous) signé Mozart sur le même sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le présent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses récitatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractérisation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est à dire le  quatuor embrasé des amours éprouvées, en souffrance dont la couleur spécifique fait passer du classicisme au préromantisme… évolution ténue que Mozart incarne à merveille.

Dans cet enregistrement réalisé en novembre 2013, l’équipe de chanteurs et des instrumentistes réunie par Werner Ehrhardt défend avec conviction et subtilité l’une des partitions méconnues du chevalier Gluck, constellé de pépites lyriques. Un ouvrage qui remontant à 1752 (créé à Naples) et sur le livret de Métastase incarne les valeurs humanistes et éclairées de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionné de vertus comme de passion, saisit par la volonté de caractérisation de chaque profil : voyez le formidable Sesto à l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck évolue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiévreux démiurge se distingue déjà, 20 ans avant sa révolution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rôle travesti de Sesto, relevant les défis acrobatiques d’un caractère très fort ici), surtout l’éclat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et très intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblée la vitalité brillante et frénétique de l’écriture, malgré son côté lumineux, fait quand même entendre des formules classiques européennes standardisées ; mais l’énergie dramatique de Gluck, grand réformateur de l’opéra à Paris dans les années 1770, inféodant les options du langage musical à la seule cohérence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempérament général du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, élégance et expressivité. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mésestimé selon nous) signé Mozart sur le même sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le présent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses récitatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractérisation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est à dire le  quatuor embrasé des amours éprouvées, en souffrance dont la couleur spécifique fait passer du classicisme au préromantisme… évolution ténue que Mozart incarne à merveille.

Dans cet enregistrement réalisé en novembre 2013, l’équipe de chanteurs et des instrumentistes réunie par Werner Ehrhardt défend avec conviction et subtilité l’une des partitions méconnues du chevalier Gluck, constellé de pépites lyriques. Un ouvrage qui remontant à 1752 (créé à Naples) et sur le livret de Métastase incarne les valeurs humanistes et éclairées de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionné de vertus comme de passion, saisit par la volonté de caractérisation de chaque profil : voyez le formidable Sesto à l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck évolue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiévreux démiurge se distingue déjà, 20 ans avant sa révolution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rôle travesti de Sesto, relevant les défis acrobatiques d’un caractère très fort ici), surtout l’éclat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et très intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012)

provenzale stellidaura vendicante marchi innsbruckCD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012). Il fut un temps, à l’époque du feu label Opus 111, depuis racheté par Naïve, Provenzale occupait une place non négligeable du catalogue discographique grâce entre autres à l’audace défricheuse de l’ex Capella dei Turchini (Antonio Florio, direction) qui s’était fait une spécialité de défricher l’œuvre prolifique du Napolitain. Un tempérament taillé pour l’opéra qui aux côtés des perles comiques et des oratorios et drames sacrés (spesames fervents de Rosalia dans La Colomba ferita), nous offre ici un opéra tragico héroïque de 1674, nouveau jalon de l’opéra parténopéen du premier baroque (Seicento). S’y agrègent tous les ferments d’un génie lyrique et dramatique puissant et terriblement sensuel (Cavalli le sublime vénitien n’est pas loin) au service d’une action qui met en scène l’indomptable et loyale Stellidaura, femme déterminée et courageuse, prête à tout pour sauver son amant Armidoro, bravant le cynisme barbare de son ennemi, l’inflexible Orismondo : Stellidaura est donc une préfiguration de Leonora et de Tosca, une lionne faite femme.

Stellidaura, la veine pathétique et sensuelle de Provenzale
L’ouvrage est inspirée de la cantatrice Giulia de Caro, directrice du San Bartolomeo de Naples qui passa commande à Provenzale. Exhumée en 1997 (Bruxelles, La Monnaie), la partition est ensuite remontée en 2012 à Innsbruck, sous la tutelle du même chef explorateur, Alessandro de Marchi et son ensemble Academia Montis Realis. L’Italien devenu après René Jacobs, directeur du festival d’Innsbruck, entend reproduire le miracle des représentations passées, un peu à la façon de La Calisto de Cavalli pour le même Jacobs. Las, la distribution est loin d’être à la hauteur de l’ouvrage et les instrumentistes de de Marchi n’ont pas toute le flexibilité ni la science dynamique… des Turchini. Ni même la verve versatile, entre langueurs sincères et amoureuse du couple héroïque (Stellidaura et Armidoro) et comique déjanté voire délirant des personnages secondaires (dont évidemment des dérapages plébéiens cocasses voire picaresques. ici en dialecte calabrais)…
Dans le rôle titre, la mezzo Jennifer Rivera affirme un tempérament vocal généreux quoique manquant parfois de nuances, son vibrato permanent nuisant aussi à la clarté de l’émission. Face à elle, Carlo Allemano sait en revanche nuancer le rôle du méchant Orimsondo dont le désir et l’activité de la la jalousie se dévoile, tissant un être de chair et de sang, se révélant plus humain que mécaniquement barbare : un individu et non plus un type. (très beau lamento amoroso : « Trà pianti e sospiri »). D’un tessiture ample et d’une présence continue, le rôle du ténor amoureux et fervent, coloriste aussi, Armidoro est plus bancal : Adrian Strooper manque de finesse, de clarté, de justesse aussi : schématisant un personnage qui exige éclat, tendresse, intensité. Domestique à l’origine tenu par le castrat juvénile Nicolo Grimaldi (Nicolini alors âgé de 12 ans… qui créera Rinaldo de Hanedel), Armillo est ici défendu par le contre ténor Hagen Matzeit, loquace, ardent malgré sa petite voix.
En fosse, chef et instrumentistes peinent à exprimer l’extase amoureuse comme l’ivresse bouffe des situations. Le geste reste étroit, systématique en un continuo peu caractérisé et lui aussi peu nuancé, qu’un Ottavio Dantone et sa Academia Bizantina (vrai rival dans ce répertoire) aurait certainement mieux sculpté. Il y manque un soupçon de dépassement, de transe, de vertiges comme de délire… autant de critères déterminants qui font les grandes interprétations au service des grandes œuvres (c’était le cas de La Calisto de Cavalli par Jacobs dans la mise en scène de Wernicke : un must devenu légendaire). Avec l’intensité (et l’épaisseur vibrée) de Jennifer Rivera, la production d’Innsbruck en avait la promesse… mais le cast reste bancal et les instrumentistes, trop neutres. Tout est trop poli.

Francesco Provenzale (1624 – 1704) : La Stellidaura Vendicante (Naples, 1674). Opéra en 3 actes sur un livret d’Andrea Perrucci. Stellidaura : Jenifer Rivera, mezzo-soprano. Orismondo : Carlo Allemano, ténor. Armidoro : Adrian Strooper, ténor. Giampetro : Enzo Capuano, basse. Armillo : Hagen Matzeit, contre ténor. Academia Montis Regalis. Alessandro de Marchi, direction. 2 cd, DHM. Enregistrement réalisé à Innsbruck en 2012.

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies (Goltz, 2013)

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). Employé frustré de Frédéric II à Berlin, puis directeur de la musique de Hambourg (à la succession du très admiré Telemann son parrain en 1768), le fils le plus doué de Jean-Sébastien honore la réputation paternelle grâce à ses partitions versatiles,  audacieuses, caractérisées, fougueuses, emblèmes de l’esthétique Surm und drang et Empfindsamkeit, toujours d’une élégance suprême (celle qui inspirera tant Haydn et Mozart). Un corpus que l’on découvre enfin aujourd’hui… heureuse réhabilitation opportune pour les 300 ans du compositeur né en 1714, comme Jommelli et Gluck.

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenLes oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, réputé (à raisons) pour son engagement et l’énergie de ses lectures trépidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral.
Le Concerto pour flûte, serti de brillance sombre et grave, couleurs préromantiques qui en font tout le prix, date de 1747 ; il n’évoque pas la relation de CPE avec le roi flûtiste dont le goût plutôt conforme et banal ne se serait guère accordé à cette pièce si nuancée et raffinée; même le plus tardif Concerto pour hautbois (1765, deux ans avant la période hambourgeoise) n’évoque en rien le goût de la Cour berlinoise où règnent les plus décoratifs Graun et Quantz. Les deux oeuvres d’une inventivité remarquable et qui interroge en profondeur l’inclination mélancolique du sujet, ont peut-être été jouées dans le cercle des musiciens professionnels de Bach. Il s’agit bien de ” mettre le coeur en mouvement ” plutôt que … de plaire à des oreilles banales.
Ici c’est moins le super soliste au clavier l’un des plus grands de son temps qui s’inscrit au panthéon de la musique pour clavecin (et clavicorde) que l’inventeur d’une forme pure, instrumentale, d’un fini inégalé, et d’un accomplissement singulier, à la fois mélancolique (sa vraie nature), expérimental et audacieux, libre, fantaisiste, viscéralement personnel. Avec CPE Bach se précise une claire conscience d’une écriture à la fois idéaliste mais aussi commerciale, jouant sur la virtuosité et la profondeur, le contraste et la surprise… En témoignent les deux Symphonies ici sélectionnées parmi les 6 Hambourgeoises Wq 182. Commandées par le baron Gottfried von Swieten, les oeuvres seront largement diffusées lors de son retour à Vienne où protecteur de Mozart et de Beethoven, von Swieten les transmet à tous ceux qui reconnaissent et goûte le génie qui les frappent : CPE Bach nourrit donc l’inspiration et la maturation de Haydn, Mozart, Beethoven. C’est dire l’immense place qu’occupe le fils Bach dans l’accomplissement du romantisme viennois.
Carl Philipp Emanuel BachToutes en trois parties, les deux Symphonies étonnent par leur jaillissement spontané, une impression de naturel et d’audace énergique qui parlent manifestement au jeu des interprètes. Sous le feu ciselé du chef (leader au violon : il joue un Testore de 1690), de ses solistes, le tempérament collectif souligne sans lourdeur ni artifice toute l’ébullition foisonnante et flamboyante d’un Bach vrai génie des enchaînements, des surprises, des décharges en tout genre. Pourtant malgré ce festival trépidant, la gravité, la profondeur, la sincérité ne font pas défaut. L’humour aussi (dont se souviendra Haydn). Une combinaison palpable qui fait toute la saveur de cette lecture, très recommandable pour les 300 ans de Carl Philipp Emanuel Bach en 2014.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788): Concertos pour flûte et hautbois, 2 Symphonies Hambourgeoises wq 182. Berlinerbarocksolisten. Gottfreid von der Goltz (violon et direction). 1 cd DHM. Enregistrement réalisé en avril 2013 à Berlin.

DOSSIER Carl Philipp Emanuel Bach, spécial tricentenaire 2014

CD. Myslivecek : Medonte (Ehrhardt, 2010)

Myslivecek: Medonte (Ehrhardt, 2010) 1 cd DHM

Medonte_myslivecekLe choix du visuel de couverture se défend. Mars par David correspond à l’esthétique de Myslivecek: ce néoclassicisme qui dans le sillon tracé par Gluck réoriente toutes les démarches lyriques des années 1780. A la rigueur parfois ascétique du sujet antique répond une nouvelle inflexion dramatique qui favorise l’émergence du sentiment (préromantique?). A l’époque de sa découverte en 1928, la partition de Medonte fut attribuée comme un oratorio oublié de Mozart, à l’instar de l’ouvrage autographe de La Betulia Liberata, oratorio du jeune Wolfgang sur le thème de la geste de Judith; il est vrai que le style néoclassique, sa coupe nerveuse et dramatique n’est pas sans rappeler Mitridate et Lucio Silla mais Myslivecek appartient bien encore à l’élégance haendélienne et aux derniers feux de l’opéra seria napolitain tel que fixé par les Jommelli ou Traetta. Ceci n’ôte rien à la valeur de cette première mondiale, fruit d’une captation live réalisée à Leverkusen, en décembre 2010. Gravure heureuse et opportunément publiée par DHM dont l’intérêt revivifie le catalogue du label dédié aux perles baroques oubliées dans le giron de Sony classical.

les amants d’Argos

A l’heure où la France de Marie-Antoinette enchaîne au théâtre lyrique les essais tragiques et dramatiques des Italiens (Piccinni puis Sacchini, sans compter d’autres étrangers comme Grétry, Gossec ou même Jean-Chrétien Bach dont Amadis est contemporain de Medonte de 1780), Myslivecek cultive lui aussi le style mesuré néoclassique du seria italien européanisé où rien ne compte plus que l’articulation des passions moralisatrices et le verbe édifiant. Voici donc Selene d’Argos amoureuse du prince Arsace de Dodona. Mais surgit l’instrument du destin, Medonte, cruel roi de la province romaine d’Epire qui s’éprend lui aussi de la belle Selene et l’emmène avec lui à Epire. L’opéra met en scène les amours éprouvés de Selene et d’Arsace à la cour d’Epire sous le joug barbare d’un Medonte plus tyranique et jaloux que compréhensif et vertueux. Grâce à l’aide d’Evandro, capitaine de la garde royale de Medonte et de la Thessalienne Zelinda, les deux cÅ“urs douloureux parviennent à vaincre Medonte, mais opera seria oblige et esprit des Lumières aigu, Arsace fait montre d’une clémence exemplaire à l’endroit du cruel Medonte. Après avoir pardonné à leur bourreau en Epire, Arsace et Selene se retrouvent heureux, apaisés à Argos.

Myslivecek, précurseur de Mozart

Créé lors du carnaval de 1780 au Teatro a Torre Argentina de Rome, Medonte affirme la maîtrise d’un Joseph Myslivecek au terme de sa carrière lyrique dont l’écriture ardente, affûtée dans l’expression des passions (dès le premier air d’Evandro chanté par un castrat ici distribué à une soprano) influence directement le jeune Mozart lors de ses nombreux voyages à travers l’Europe : leur rencontre remonte dès 1770 à Bologne et produit une amitié jamais interrompue. Wolfgang se montre en particulier très curieux et connaisseur des symphonies du compositeur tchèque. Il est évident que par sa plume vivante et palpitante, vocalement virtuose, explicitement frappé par la réforme de Gluck, doué d’une orchestration fine et contrastée, Myslivecek a marqué et inspiré les avancées du jeune Mozart dans l’écriture lyrique (oratorios et opéras).

La distribution est dominée par des emplois aigus : soprano (Selene, Evandro), ténor (Medonte) et mezzo (Arsace). L’interprétation mérite le meilleur accueil: voix justes, stylistiquement engagées, chacune caractérisant avec naturel et parfois nuance, son caractère. Medonte s’inscrit dans le vaste catalogue des 26 opéras composés par Myslivecek: depuis Bellerofonte à Venise en 1763 alors commandé par son patron le Comte Vinzenz von Waldstein… jusqu’à Armida (Milan, 1780) et Medonte écrit pour Rome à la même période. Ni Armide ni Medonte ne suscitèrent l’enthousiasme à leur création. Pourtant de nombreux épisodes militent en faveur de Myslivecek: l’air en forme de rondo d’Arsace (Luci belli, se piangete) ou surtout le trio Selene, Arsace, Medonte, concluant le II (Stelle tiranne omai…)… Au tempérament des jeunes chanteurs répond le relief jamais répétitif de l’orchestre L’arte del mondo sous la direction sanguine de Werner Ehrhardt. Pour une prise live et au regard des risques encourrus s’agissant d’une première mondiale, le résultat est particulièrement convaincant. Recréation et première discographique, réussies.

Josef Myslivecek (1737–1781) : Medonte (Rome, 1780). première mondiale, recréation. Juanita Lascarro (Selene), Thomas Michael Allen (Medonte), Susanne Bernhard (Arsace), Stéphanie Elliott (Evandro), Lorina Castellano (Zelinda)… L’Arte del Mondo. Werner Erhardt, direction. 2 cd DHM enregistré en 2010. 8 86978 61242 7.

CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

Subtilité d’un génie européen

Après une ouverture finement ciselée, resplendissant grâce à l’engagement des interprètes en ces teintes haendéliennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral à la fois tendre et plaintif, l’approche dès son départ convainc par sa grande finesse et son élocution naturelle. Du reste, le début de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumière les talents de la prima donna de la production mais aussi cet éclectisme virtuose d’un compositeur européen capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistré en Autriche en août 2010, la réalisation de L’Orfeo Barockorchester dirigé par Michi Gaigg captive littéralement par sa justesse émotionnelle, la diversité des nuances, l’absence de tout systématisme réducteur, si fréquent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’Orphée resplendit sous la plume d’un Telemann, enivré et très inspiré par la lyre du poète de Thrace. Entre l’opéra premier de Monteverdi et celui aussi réformateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opéra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilité suave et souple dans l’esthétique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommé directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opéras pour l’Opéra Gänsemarkt. En fait partie son Orphée, vraie réussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le ténor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dépassé par l’écriture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermeté comme de stabilité; le chanteur sauve les meubles dans les airs médians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus réussi mais sans guère de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et très musicale. Le Pluton engagé et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette réalisation très attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’Orphée: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’être les personnages titres (Orphée et Eurydice): à l’écoute de son air développé au début du III qu’elle introduit à son début comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est époustouflant, à la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, déclamé sans affèterie, sur le souffle, même justesse expressive dans le court air introspectif chanté en français et qui a la tendre éloquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” Hélas quels soupirs “… . On comprend dès lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la création pour laquelle a composé Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en réalité ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affûtée, colorée et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractères d’une partition versatile et très diversifiée. C’est une série de tableaux, de miniatures même qui éclairent chacun dans leur séquence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs à son époque avait dévoilé la partition du Germanique, souligner son génie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sécheresse son tempérament caractérisé; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalité de la lecture première mais en demeurant d’une justesse émotionnelle parfois plus fluide et vivante grâce à un relief pleinement assumé c’est à dire parfois âpre et mordant de l’orchestre. Grâce à la sureté de la distribution surtout féminine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, véritable révélation du disque. Réalisation très convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. Enregistré en août 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)