COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

HOMEPAGE-gustav-mahler-BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsLa plus colossale, la plus spectaculaire et pourtant sous les effectifs impressionnants, (plus de 1000 musiciens Ă  la crĂ©ation)
 pĂ©nĂ©trante, bouleversante, humaine. Le propre du chef Alexandre Bloch est de nuancer l’échelle spectaculaire de la symphonie « cosmique » que Mahler compose en quelque mois Ă  l’étĂ© 1909 : le maestro, directeur musical du National de Lille, en exprime l’unitĂ© architecturale et l’irrĂ©pressible Ă©lan salvateur. S’il est bien une symphonie rĂ©demptrice et Ă©lĂ©vatrice, celle ci serait un sommet. Car l’édifice est surtout spirituel, liĂ© Ă  la ferveur personnelle du compositeur : un acte de foi, une expĂ©rience de partage et de fraternitĂ© retrouvĂ©e oĂč l’homme peut ĂȘtre sauvĂ© s’il s’ouvre Ă  l’Amour que lui accorde l’Eternel fĂ©minin. VoilĂ  pour le sens gĂ©nĂ©ral, ascensionnel et de moins en moins terrestre. Sur le plan de la rĂ©alisation, le chef est confrontĂ© Ă  tous les dĂ©fis.

QUE JAILLISSE L’ESPRIT CRÉATEUR
 En latin, l’hymne chrĂ©tien de la PentecĂŽte, « Veni creator », exalte d’abord (premiĂšre partie) toutes les forces d’espĂ©rance, les aspirations des fervents pour que jaillisse l’Esprit CrĂ©ateur. En tant qu’auteur lui-mĂȘme, Mahler devait ĂȘtre plus qu’aucun autre, concernĂ© par le mystĂšre de l’inspiration et de la crĂ©ation ainsi invoquĂ©. EngagĂ© et passionnĂ© par son sujet, le compositeur a souhaitĂ© inventer sa propre Ă©criture en collant au texte ; sans rĂ©fĂ©rence Ă  aucun motif prĂ©alable (ni valses, ni lĂ€ndler ici contrairement Ă  ses symphonies prĂ©cĂ©dentes), il invente littĂ©ralement une nouvelle « prosodie orchestrale » oĂč le chant et la parole des instruments articulent le texte latin. Alexandre Bloch dĂ©taille et explicite ce concept miroitant, autogĂ©nĂ©rateur
  de « variance » (1), oĂč un mĂȘme motif est recyclĂ© en autant de dĂ©clinaisons possibles, produisant en parentĂ© proche et semblable, une multitude d’épisodes divers. Tout est Ă  la fois appareillĂ© mais diffĂ©rent. L’architecture du contrepoint atteint un sommet de complexitĂ© (double fugue) que le chef Ă©claire de l’intĂ©rieur, veillant toujours au sens fraternel global, Ă  la souveraine cohĂ©rence organique que le principe de “variance” prĂ©serve, malgrĂ© le colossal des effectifs rĂ©unis.
Pour se faire, le chƓur britannique Philharmonia Chorus (impliquĂ©, vivant, prĂ©parĂ© par son chef Gavin Carr) relĂšve les dĂ©fis d’une partition qui saisit et mĂȘme foudroie : ici l’incantation du verbe choral « terrasse » mĂȘme ; il assoit la soliditĂ© de l’édifice qui se dĂ©roule et se dĂ©ploie sous nos yeux, occupant un espace de plus en plus large ; idem pour les plus jeunes chanteurs (Jeune ChƓur des Hauts de France, pilotĂ© par Pascale Dieval-Wils), apportant le scintillement vif argent des angelots, surtout des Enfants Bienheureux : dans la partie II, inspirĂ©e par Goethe, chacune de leur intervention y jalonne l’élĂ©vation du corps de Faust, vers son accomplissement spirituel complet, accueilli par Mater Gloriosa.

 

 

 

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La premiĂšre partie est en soi une synthĂšse de toute la musique sacrĂ©e polyphonique depuis la Renaissance, mais avec ce laboratoire instrumental propre Ă  Mahler (juif, lui-mĂȘme converti au catholicisme). On sent bien que ce travail particulier fait Ă©cho Ă  son cheminement personnel, le plus critique comme le plus exigeant.
Avec l’expĂ©rience de toutes les symphonies prĂ©cĂ©dentes, l’Orchestre National de Lille et son chef en mesurent toutes les nuances, chaque aspiration et chaque vertige d’espĂ©rance ou de sidĂ©ration panique, autant de tentatives, de souhaits vĂ©cus par le fervent, confrontĂ© Ă  lui-mĂȘme.

Suite de l'odyssĂ©e MAHLER par l'Orchestre National de LilleLE FAUST TRANSCENDÉ DE MAHLER
 La Seconde partie est assurĂ©ment le seul opĂ©ra que Mahler ait jamais composĂ©. Directeur de l’OpĂ©ra de Vienne pendant une dĂ©cade, le compositeur connaĂźt le rĂ©pertoire lyrique comme peu Ă  son Ă©poque : de Mozart Ă  Beethoven, de Strauss, Debussy Ă  Wagner. Il faut remettre dans la genĂšse de chaque opus symphonique, le travail spĂ©cifique du chef, dirigeant les opĂ©ras des grands maĂźtres. Le second volet de la 8Ăš recycle et Wagner et Strauss, mais dans l’écriture propre Ă  Mahler, avec ces aspĂ©ritĂ©s instrumentales, la diversitĂ© de sĂ©quences qui suivent Ă  la lettre l’enjeu dramatique du sujet, dans le texte de Goethe (ultime scĂšne, Faust II) : la machine orchestrale s’appuyant sur les ressources des choeurs et des 8 solistes expriment cette opĂ©ration mystique qui assure l’élĂ©vation et la rĂ©demption du hĂ©ros ; lĂ  oĂč Schumann et Berlioz ne parlaient que de damnation, ou, dans le cas d’une salvation, ils s’autorisaient Ă  n’évoquer que celle de Marguerite, Mahler embrasse plus large ; rĂ©capitule la tradition romantique faustĂ©enne et « ose » mettre en musique le salut final du hĂ©ros qui avait pourtant pactisĂ© avec le dĂ©mon. Chance lui est offerte d’ĂȘtre sauvĂ© par l’absolu pardon que permet l’Eternel FĂ©minin (quelle soit ici Magna Peccatrix / Magdalena, Samaritana ou Mater Gloriosa) : dĂ©itĂ© souveraine, « reine du ciel » dont ici le docteur Marianus se fait le tĂ©moin, si Ă©mu, et si convaincant (un vĂ©ritable intercesseur).
Alexandre Bloch n’oublie jamais l’échelle de l’humain en dĂ©pit du colossal effectif. Exploitant les facilitĂ©s permises par la salle du Nouveau SiĂšcle, les solistes d’abord dans l’orchestre pour le Veni Creator, car ils sont adorants comme la foule des chƓurs, se prĂ©sentent ensuite comme des acteurs sur le devant de la scĂšne, chacun selon son air soliste et le personnage d’une action lyrique (Pater Ecstaticus, Pater Profundis), puis donc Doctor Marianus, tĂ©moin terrassĂ© ; enfin les 3 femmes, pĂ©nitentes sublimes (trio fĂ©minin). Toujours, il s’agit d’amour et de compassion ; d’appels brĂ»lant Ă  l’amour. Le chef les porte, souligne chaque intervention (d’une activitĂ© wagnĂ©rienne), comme un tĂ©moignage s’adressant directement au public. L’exhortation exclamative du Veni Creator s’immisce insidieusement ainsi dans le texte de Goethe : il lui souffle son urgence, son ardeur embrasĂ©e. Et finalement, on perçoit l’étonnante cohĂ©rence qui respire d’une partie Ă  l’autre.

ACCOMPLISSEMENT A LILLE
 Ecriture picturale d’une invention prodigieuse, ce Faust mahlĂ©rien prolonge par ses couleurs et ses crĂ©pitements fauves, tout ce que les premiers romantiques Berlioz, Schumann, Liszt ont apportĂ© au mythe. Il n’est que d’écouter ici l’ample prĂ©lude introductif qui dĂ©peint la solitude de Faust ermite dans la montagne pour mesurer l’acuitĂ© et la profondeur de Mahler. Sa capacitĂ© Ă  peindre et exprimer le drame du hĂ©ros que la question taraude. On y dĂ©tecte et la profonde insatisfaction de l’homme, et l’ample souffle de la Nature qui se dĂ©robe.
GĂ©nĂ©reux comme Ă  son habitude, engagĂ© et mesurant aussi en dĂ©licats Ă©quilibres, l’impact de chaque pupitre traitĂ© en bloc agissant, dĂ©taillĂ©, articulĂ© (cuivres, cordes, vents et bois), Alexandre Bloch nous offre une superbe leçon d’éloquence orchestrale au service de ce cheminement progressif qui conduit Faust Ă©reintĂ©, des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre ; du terrestre au cĂ©leste, sous la caresse permanente de la Femme protectrice, compassionnelle, gĂ©nĂ©reuse, omnisciente.

Pour assoir encore l’assise chtonienne de la cathĂ©drale, le maestro opte comme Ă  Vienne oĂč a Ă©tĂ© triomphalement crĂ©Ă©e en 1910, la 8Ăš, pour l’alignement des 10 contrebasses sur toute la rangĂ©e du fond de l’orchestre. Outre un son collectif puissant et volontaire, l’Orchestre National de Lille auquel se sont joints plusieurs membres complĂ©mentaires de l’Orchestre de Picardie, en un partenariat judicieux, dĂ©montre son haut niveau d’expertise solistique. Percent, ronds et actifs, clarinettes, flĂ»tes, hautbois ; mais aussi le prodigieux cor solo, le premier violon (Fernand Iaciu), 
 c’est un collectif d’individualitĂ©s qui se dressent, tĂ©moignent, exultent dans le partage, jusqu’à l’accomplissement final (choeur mysticus).

 

 

 

Jalon du cycle Mahler 2019, la symphonie des Mille
confirme l’évidente sĂ©duction de l’Orchestre National de Lille

Du colossal et du spirituel
L’ivresse fraternelle de la 8ù par Alexandre BLOCH

 

 

 

 

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Parmi les solistes, d’une remarquable musicalitĂ©, les voix de Daniela Köhler (sop I : Magna Peccatrix), de Michaela Selinger (Samaritana) se distinguent particuliĂšrement, par leur rondeur naturelle, leur projection Ă©vidente ; comme le Doctor Marianus du tĂ©nor Ric Furman, soucieux du texte. On y retrouve ce sens du relief et de l’incarnation, identique Ă  celui qui inspirait Solti lorsqu’il optait pour des voix wagnĂ©riennes – amples mais articulĂ©es et trĂšs finement caractĂ©risĂ©es.
Chacun dĂ©fend sa partie comme celle d’un opĂ©ra, mais avec le souffle universel que vĂ©hicule le texte de Goethe. Alexandre Bloch n’en oublie pas pour autant audaces et singularitĂ©s saisissantes de l’écriture de Mahler : l’orchestre en plusieurs passages dessinent comme un vortex sonore, aux couleurs et harmonies inĂ©dites dont le chromatisme et l’exacerbation prolongent Wagner et rejoignent aussi son contemporain – autre grand symphoniste et narrateur habile dans les fresques saisissantes : Richard Strauss (prĂ©cisĂ©ment celui de La Femme sans ombre, conçue dans la mĂȘme dĂ©cennie que la 8Ăš).
On attend d’ailleurs Alexandre Bloch dans les Ɠuvres symphoniques de ce dernier. Certainement un chantier complĂ©mentaire, jouant comme un double, en un autre cycle attendu, espĂ©ré  qui pourrait se rĂ©vĂ©ler tout aussi passionnant que celui dĂ©diĂ© cette annĂ©e Ă  Gustav Mahler.
L’ambition du chef, aujourd’hui directeur du National de Lille se confirme ainsi indiscutablement. Alexandre Bloch a ce caractĂšre des grands guides, capable de fĂ©dĂ©rer autour d’un fil ambitieux : chaque jalon du « feuilleton » MAHLER l’a dĂ©montrĂ©. La rĂ©alisation d’une telle Ɠuvre reste exceptionnelle ; elle est aussi redoutable que spectaculaire ; son enjeu spirituel fusionnant avec les effectifs pharaoniques requis pour l’exprimer. Sur chacun de ces plans, chef et musiciens ont offert au Nouveau SiĂšcle de Lille, un indiscutable accomplissement. Mais pour se faire, il a fallu aussi associer les ressources locales et les rendre complĂ©mentaires. De sorte que cette 8Ăš de Mahler est aussi la concrĂ©tisation d’une action exemplaire de concertation et d’implication de diffĂ©rents acteurs sur un mĂȘme territoire : ici orchestres National de Lille, de Picardie, Jeune ChƓur des Hauts de France. Le « terrassement » souhaitĂ© dans sa premiĂšre partie ; le tournoiement des « soleils » et des « planĂštes », Ă©voquĂ©s par Mahler Ă  propos de son Ɠuvre (dans une lettre adressĂ©e au chef Mengelberg), se sont bien rĂ©alisĂ©s Ă  Lille sous la conduite d’Alexandre Boch. Il s’agit bien d’un jalon particuliĂšrement convaincant (avec les 3Ăš et 7Ăš symphonies) de ce cycle dĂ©sormais majeur dans la vie de l’Orchestre.

Prochain rv Mahler Ă  Lille par l’Orchestre National de Lille, dernier Ă©pisode, Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020. Le cd de la 7Ăš symphonie est annoncĂ© au printemps 2020.

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COMPTE-RENDU, critique. LILLE, le 20 nov 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Orch National de Lille, Alexandre Bloch, direction.

Gustav Mahler
Symphonie n°8, dite “Des Mille”
Direction : Alexandre Bloch
Sopranos: Daniela Köhler, Yitian Luan, Elena Gorshunova / ‹Altos: Michaela Selinger, Atala Schöck / ‹TĂ©nor: Ric Furman / ‹Baryton: Zsolt Haja‹ / Basse : Sebastian Pilgrim
Orchestre National de Lille‹  /  Orchestre de Picardie
Philharmonia Chorus‹ / Chef de chƓur : Gavin Carr
Jeune ChƓur des Hauts-de-France
Cheffe de chƓur : Pascale Dieval-Wils
Illustrations : remerciements à © Ugo Ponte / ONL 2019

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Approfondir

 

 

 

La minute du chef : la 8Ăšme Symphonie / l’écriture spĂ©cifique de Gustav Mahler expliquĂ©e par Alexandre Bloch (principe de “variance”, identifiĂ© par Adorno) (1)
https://www.youtube.com/watch?v=dKyM441oMGA

 

 

 

La 8Úme Symphonie dans son intégralité
https://www.facebook.com/france3nordpasdecalais/posts/2861139047264898

 

 

 

LIRE aussi notre annonce de la Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020
http://www.classiquenews.com/symphonies-n8-des-mille-symphonie-n9-de-gustav-mahler-a-lille/

 

 

VIDEO – REPLAY / Revoir aussi (jusqu’en avril 2020), toutes les Symphonies de Gustav Mahler par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch sur le site YOU TUBE de l’ONL Orchestre National de Lille (avec de nombreux modules vidĂ©o des musiciens et de tĂ©moins expliquant leur comprĂ©hension de l’univers malhĂ©rien)

https://www.youtube.com/user/ONLille

 

 

 

 

 

Symphonie des Mille de Mahler par l’ONL Orchestre National de Lille

bloch-alexandre-mahler-symphonie-8-mille-nov-2019-annonce-critique-symphonie-classiquenewsLILLE, ONL. MAHLER : Symph n°8, les 20 et 21 nov 2019. Alexandre Bloch emporte le National de Lille dans son dernier jalon mahlĂ©rien : la 8Ăš, dite des mille par rĂ©fĂ©rence au nombre de musiciens sur le plateau : un Everest pour tout maestro, et une sorte de Nirvana pour l’amateur de sensations symphoniques… Certes Mahler n’a Ă©crit aucun opĂ©ra. Pourtant la seconde partie de sa 8Ăš Symphonie dite des mille concentre tous les styles lyriques, sur un sujet que tous les Romantiques avant lui ont tentĂ© de traiter en musique : Faust. AprĂšs Berlioz et Schumann, Liszt et Gounod, Mahler met en musique en particulier la scĂšne finale du second Faust de Goethe afin d’aborder et d’élucider le mystĂšre et le sens de la vie terrestre.
Le volet exige pas moins de 8 solistes, en plus des deux choeurs adultes, du choeur d’enfants, de l’orchestre aux effectifs ahurissants
 Symphonie opĂ©ra, cantate symphonique, la 8Ăš s’ouvre en premiĂšre partie sur le texte de l’hymne particuliĂšrement dramatique « Veni Creator spiritus », ample priĂšre chantĂ©e en latin, Ă  la gloire de Dieu, oĂč le compositeur se confronte Ă  toutes les ressources du contrepoint.

 

 

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SYMPHONIE COSMOS : planĂštes et soleils en rotation

 

 

mahler_profilLa partition cyclopĂ©enne est conçue en 2 mois et crĂ©Ă©e Ă  Munich, le 12 sept 1910 sous la direction du compositeur. C’est son dernier concert public et son plus grand triomphe en Europe. Elle est constamment chantĂ©e (sauf l’ouverture du second mouvement). La modernitĂ© de l’Ɠuvre tient surtout Ă  son plan, sans Ă©quivalent auparavant, Mahler innovant littĂ©ralement une nouvelle architecture, par sĂ©quences, selon le sens du texte, Ă  la façon d’un roman. A la diffĂ©rence des opus qui ont prĂ©cĂ©dĂ©, la 8Ăš n’a rien de tragique ni de subjectif : aucun doute, aucune angoisse, aucun trouble. PlutĂŽt l’affirmation d’une joie intime et collective Ă  l’échelle du cosmos. Car Mahler Ă©crit lui-mĂȘme au chef Mengelberg en aoĂ»t 1906 : « Imaginez l’univers entier, en train de sonner et de rĂ©sonner. Il ne s’agit plus de voix humaines, mais de planĂštes et de soleils en pleine rotation ».  C’est donc l’aboutissement de tout un cycle orchestral oĂč Mahler s’est battu avec la matiĂšre orchestrale ; s’y impliquant personnellement ; au terme de l’aventure – odyssĂ©e, il rĂ©alise l’Ɠuvre final, total, synthĂšse et miroir d’une conscience aussi accomplie qu’universelle. La 8Ăš symphonie est une symphonie cosmique. Et pour l’auditeur, l’une des expĂ©riences orchestrales les plus marquantes dont il puisse rĂȘver.
Les interprĂštes en expriment le sens et l’ampleur avec d’autant plus de justesse qu’ils se sont jetĂ©s Ă  corps perdus mais maĂźtrise totale et engagement permanent dans la rĂ©alisation des symphonies 1 Ă  8 depuis septembre 2018. Une expĂ©rience et une familiaritĂ© qui enrichissent encore leur approche du dernier vaisseau symphonique de Mahler, le plus impressionnant, le plus saisissant. 2 dates Ă©vĂ©nements Ă  Lille.

 

 

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Mercredi 20 novembre 2019, 20hboutonreservation
Jeudi 21 novembre 2019, 20h
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle

 

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/la-symphonie-des-mille-symphonie-n8/

 

 

Gustav Mahler
Symphonie n°8, dite “Des Mille”
Direction : Alexandre Bloch
Sopranos: Daniela Köhler, Yitian Luan, Elena Gorshunova / ‹Altos: Michaela Selinger, Atala Schöck / ‹TĂ©nor: Ric Furman / ‹Baryton: Zsolt Haja‹ / Basse Sebastian Pilgrim

Orchestre National de Lille‹  /  Orchestre de Picardie

Philharmonia Chorus‹ / Chef de chƓur : Gavin Carr
Jeune ChƓur des Hauts-de-France
Cheffe de chƓur : Pascale Dieval-Wils
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VIDEOS : les symphonies de MAHLER par l’Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH (intĂ©grales et explications par Alexandre Bloch):
Retrouvez toutes les symphonies de Mahler sur la chaĂźne Youtube ONLille ,
jusqu’en avril 2020.

 

 

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PrĂ©sentation par l’Orchestre National de Lille :
Pour la premiĂšre en 1910, il fallut construire une estrade spĂ©ciale dans la salle afin de pouvoir accueillir l’ensemble des musiciens. NĂ©cessitant deux chƓurs d’adultes, un chƓur d’enfants, huit solistes et un immense orchestre symphonique, la Symphonie n°8 dite “Des Mille” est la symphonie la plus dĂ©mesurĂ©e, la plus folle du cycle dans laquelle Mahler nous emporte d’un Veni creator ravageur Ă  une scĂšne faustienne qui mĂ©lange tous les genres musicaux connus. Venez vivre le gigantisme de cette Ɠuvre unique qui rĂ©unira plus de 300 artistes sur scĂšne sous la direction d’Alexandre Bloch. Lors de la premiĂšre Ă  Munich, Thomas Mann et Stefan Zweig, prĂ©sents dans le public, en Ă©taient restĂ©s sidĂ©rĂ©s.

The Symphony of a Thousand
Symphony No. 8, known as “The Symphony of a Thousand”, is the most monumental of Mahler’s symphonies. With its two adult choirs, children’s choir, eight soloists and immense symphony orchestra, this unique work has strucken since its very premiùre in 1910.

 

 

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Autour du concert
Ă  18h45
Rencontre mahlérienne

20 novembre 2019:
Bertrand Dermoncourt, directeur de la musique de Radio Classique et auteur du Retour de Gustav Mahler réunissant deux textes de Stephan Sweig

21 novembre 2019 :
Christian Wasselin auteur de Mahler : La Symphonie-Monde

En partenariat avec la
MĂ©diathĂšque Musicale Mahler
(entrĂ©e libre, muni d’un billet du concert)

 

 

 

 

 

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Symphonie n°8 de Gustav Mahler – PLAN

Du polyphonique saisissant, du dramatique lyrique

Mahler n’a pas composĂ© d’opĂ©ras proprement dit ; mais le directeur de lOpĂ©ra de Vienne qui a connu comme peu le rĂ©pertoire lyrique de Mozart et Beethoven Ă  Wagner et Strauss, a finalement Ă©crit son drame lyrique dans la seconde partie de la 8Ăš, inspirĂ© de la scĂšne finale du Faust de Goethe : vision et action spectaculaire qui imagine le hĂ©ros tant Ă©prouvĂ©, atteindre dĂ©lices et repos des bĂ©atitudes cĂ©lestes. Dans les plus hautes sphĂšres, anges, angelots, enfants bienheureux chantent, favorisent et accompagnent l’élĂ©vation et la mĂ©tamorphose (chrysalide devenue ange sanctifiĂ©) de l’ñme de Faust vers son dernier asile
 alors que les Enfants bienhereux contemple le corps du Faust qui s’élĂšve toujours, Marguerite paraĂźt, implore Marie, d’accueillir cette Ăąme nouvelle, morte et ressuscitĂ©e, Ă©ternellement jeune.

 

AprĂšs le monumental Veni Creator dont la force expressive, la complexitĂ© maĂźtrisĂ©e de l’écriture (ocĂ©an contrapuntique oĂč domine une double fugue) la sonoritĂ© colossale doivent saisir au sens strict selon les mots du compositeur le spectateur auditeur, place Ă  un cycle fraternel et compassionnel, la deuxiĂšme partie de la 8Ăš, Ă©pisode Ă©blouissant sur le plan de l’écriture orchestrale et vocale, dans lequel Mahler rĂ©tablit le lien avec l’humanitĂ©.

 

Pour plus d’unitĂ©, le Faust cite certains thĂšme du Veni Creator qui a prĂ©cĂ©dĂ©. L’architecture en est un triptyque : Andante, Scherzo, Finale, ou introduction, exposition en 3 parties, dĂ©veloppement en 3 sections, Ă©pilogue.

En ouverture (poco adagio), Mahler Ă©voque la solitude de Faust dans la montagne (prĂ©mices du Chant de la terre). Arbres, lions muets, asile d’amour


 

EXPOSITION

Aprùs le chƓur (Waldung, sie schwankt heran),

PATER ECSTATICUS et PATER PROFUNDUS entonnent leur couplet.

EXTATICUS : proie de l’amour Ă©ternel

PROFUNDUS : témoin du miraculeux amour

Le choeur des anges, portant l’essence de Faust, amorcent le 2Ăš Ă©pisode de l’exposition (« celui qui cherche et s’efforce dans la peine, sera sauvé » ;

Puis, se succùdent le chƓur des enfants bienheureux

(trÚs haut dans les cimes : « celui que vous vénérez, vous le verrez »),

le choeur des angelots qui ouvre le SCHERZO

(Jene rosen / les roses des pénitentes
).

Le choeur avec alto solo (Uns bleibt ein Erdenrest)

marque la 3Ăš et derniĂšre sĂ©quence de l’exposition

(le pur et l’impur mĂȘlĂ© dans un cƓur, ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©s

que par l’amour).

 

DEVELOPPEMENT

Le dĂ©veloppement dĂ©bute avec le choeur des angelots (Ich spĂŒre soeben)

Le choeur des enfants bienheureux (Freudig empfangen wir) qui débouche sur

 

1- L’HYMNE A LA VIERGE (Mater dolorosa) du DOCTEUR MARIANUS :

« Hochste Herrscherin der Welt », témoin de la splendeur mariale (splendide et magnifique, la reine du ciel) ;

repris par le choeur (Jungfrau, ren im schönsten Sinne /Vierge pure, sublime  »).

S’épanouit alors le thĂšme de l’Amour, pour violon et harmonium (mi maj),

pour l’entrĂ©e de la Mater dolorosa

 

 

2- Choeur d’hommes (Dir, der UnberĂŒhrbaren)

MATER GLORIOSA : Choeur des PĂ©nitentes (Du Schwebst zu Höhen / Tu vogues vers les hauteurs, si mj), – apothĂ©ose de Marie, auxquelles succĂšdent

MAGNA PECCATRIX : Saint-Luc (Bei der Liebe : elle lave et parfume les pieds du Christ)

MULIER SAMARITANA : Saint-Jean (Bei dem Bronn) : elle abreuve les lĂšvres du Sauveur

MARIA AEGYPTIACA (Bei dem hochgeweithen Orte / Par le lieu saintement consacré)

puis unies en TRIO (Die du grossen SĂŒnderinnen / accordes le pardon Ă  Faust
).

La PĂȘcheresse MARGUERITE implore Marie (Neige, neige, rĂ© maj) : sauve Marie, Faust

Choeur des enfants bienheureux

La PĂȘcheresse implore encore Marie (Vom edlen Geisterchor, si b maj)

avec point culminant (trompette du Veni Creator).

 

3- MATER GLORIOSA (Komm! Hebe dich zu höhern SphÀren, mi bémol)

repris par

DOCTOR MARIANUS (Blicket auf !), repris par le choeur

 

 

Postlude orchestral

 

EPILOGUE / FINALE

AprĂšs un mystĂ©rieux prĂ©lude orchestral, s’affirme le presque imperceptible murmure du choeur mystique (Alles vergĂ€nglische ist nur ein Gleichnis)

Immense et progressif crescendo sur le thĂšme du Veni Creator. LĂ  encore, encensant la Vierge, source de toute misĂ©ricorde et divinitĂ© la plus admirable, « l’imparfait trouve l’achĂšvement ; l’ineffable devient acte ». Et « l’Eternel FĂ©minin » porte toujours plus haut.

 

 

Comme jamais auparavant, Mahler Ă©chafaude une Ă©criture qui lui est propre ; oĂč la forme respecte le sens et les enjeux de chaque situation dramatique. Moins d’effet de masse. Mais une Ă©criture « romanesque » et purement dramatique voire opĂ©ratique qui suit le sens de l’action dramatique, celle du Faust de Goethe ; selon lequel le hĂ©ros moderne (romantique) vit une expĂ©rience spirituelle, dans l’adoration de la Vierge, qui lui permet d’ĂȘtre transcendĂ©.

 

 

Riccardo Chailly dirige la 8Ăšme de Mahler Ă  Lucerne

arte_logo_2013ARTE. Mahler: Symphonie n°8. Dimanche 28 aoĂ»t 2016,17h30. Riccardo Chailly Ă  Lucerne, pilote les effectifs locaux dans la gigantesque et goethĂ©enne symphonie n°8, dite « des Mille », sommet symphonique et choral signĂ© par le grand Gustav en quĂȘte d’absolution. C’est le temps fort du Festival de Lucerne 2016 (Suisse). Comment parcourir les sĂ©quences vertigineuses de cette grande messe symphonique ? La 8Ăšme de Mahler est l’un des plus grands dĂ©fis qui se dressent face Ă  l’orchestre et son chef


Riccardo Chailly dirigeantL’Éternel FĂ©minin / Nous entraĂźne en haut », sur les pas de Wagner, Mahler achĂšve sur ces ultimes mots (extraits du Second Faust de Goethe), sa Symphonie n°8, l’une des plus ambitieuses jamais Ă©crites. Si le dĂ©sir masculin est vorace et sans fin, l’éternel fĂ©minin (incarnĂ© probablement par son Ă©pouse Alma) permet d’atteindre au renoncement et Ă  la paix ultime, tant recherchĂ©s. D’emblĂ©e, l’hymne du dĂ©but, ouvrant la premiĂšre partie de la Symphonie, inscrit la partition comme le parcours d’une quĂȘte surtout spirituelle voire mystique (l’Hymne de la PentecĂŽte Veni Creator Spiritus, invocation du Saint-Esprit y façonne comme au dĂ©but de la Messe en si de JS Bach, un portique d’ouverture aux proportions vertigineuses et colossales). A ceux qui lui reprochait de n’avoir pas composĂ© de cycle sacrĂ©, Mahler arguait que “sa HuitiĂšme Symphonie Ă©tait une messe”
 EnregistrĂ© Ă  Lucerne, les 12 et 13 aoĂ»t 2016.

LUCERNE FESTIVAL ORCHESTRA
ChƓur de la Radio bavaroise
Latvian Radio Choir
OrfeĂłn Donostiarra
ChƓur d’enfants de Tölz
Riccardo Chailly, direction
Ricarda Merbeth, Magna Peccatrix
Christine Goerke, Una poenitentium
Anna Lucia Richter, Mater gloriosa
Sara Mingardo, Mulier Samaritana
Mihoko Fujimura, Maria Aegyptiaca
Andreas Schager, Doctor Marianus
Peter Mattei, Pater ecstaticus
Samuel Youn, Pater profundus

Gustav Mahler (1860–1911) : Symphonie n° 8 en mi bĂ©mol majeur Symphonie des Mille . ARTE, dimanche 28 aoĂ»t 2016, 17h30. LIRE aussi la page dĂ©diĂ©e Ă  la Symphonie n°8 par Riccardo Chailly, les 12 et 13 aoĂ»t 2016 sur le site du Festival de Lucerne 2016