CD événement, critique. PAUL PARAY : Å“uvres pour cordes et piano : Sonate pour violon ; pour violoncelle (Lawson, Magill, Andersen – 1 cd Azur classical 2016)

paul_parayCD événement, critique. PAUL PARAY : Å“uvres pour cordes et piano : Sonate pour violon ; pour violoncelle (Lawson, Magill, Andersen – 1 cd Azur classical 2016). Sur le métier d’une prochaine biographie de Claude Delvincourt (1888-1954), Damien Top, directeur du CIAR et biographe de Roussel, éclaire les liens avec Paul Paray (1886-1979). Condisciples au Conservatoire de Paris, Prix de Rome tous les deux (Paray en 1911 et Delvincourt en 1913), ils ont des attaches sur la Côte d’Albâtre (Le Tréport et Dieppe)… Ce cd majeur dévoile un compositeur que l’on doit absolument faire sortir de l’ombre : PAUL PARAY. Rien de glacé ni d’académique au sens de pompier ici ; mais la vibration d’une écriture sincère que la première guerre enrichira encore d’une profondeur immédiate ; ce qui distingue sa première manière subtilement élégante de la Sonate pour violon, de sa seconde inspiration : plus resserrée, plus âpre aussi, telle qu’elle s’épanouit dans la Sonate pour violoncelle de 1920…

PAUL PARAY, génial compositeur

Le cd dédié à la musique de chambre (cordes et piano) de Paul Paray dévoile un chef d’oeuvre absolu, par la grâce de son inspiration et l’élégance harmonique de l’écriture, la Sonate pour violon et piano, ici défendue par le violoniste bruxellois Eliot Lawson : la flexibilité éloquente et claire de sa ligne, son jeu tout en finesse, sa vocalité libre et naturelle (élément si essentiel chez le compositeur) souligne chez Paray, cette subtilité supérieure acquise ainsi dès 1908, qui désigne déjà le Prix de Rome (obtenu en 1911 avec la cantate Yanitza, après un second prix en 1910) et aussi sa grande culture où une discrète mais évidente filiation le relie à Fauré, Saint-Saëns, Franck, tant la séduction de son style n’écarte jamais la profondeur. Ainsi l’élégance digne d’un Massenet, traverse-t-elle le long Allegro moderato, intense, enivré, architecturalement équilibré ; auquel succède l’Allegro amabile d’un caractère rustique, cadencé, où l’élégance et l’esprit de facétie se rappellent du cake-walk de Debussy (Children’s Corner). Ce qui frappe dans ce second mouvement c’est son épisode central, d’une envoûtante introspection : un appel au rêve et à une mystérieuse sensualité proche de Roussel… Le dernier mouvement Molto vivo caracole telle une tarentelle progressive : s’y entrelacent science de l’écriture et élégance mélodique digne d’un Fauré. La maturité et la musicalité de Paray étonnent, saisissent par leur justesse. Belle révélation.

La Sonate pour violoncelle et piano, plus tardive (créée en janvier 1920, et dédiée au peintre des falaises du Tréport Gérard Hekking) confirme la même qualité d’écriture de Paray, que d’aucun, d’une écoute absente et imparfaite continue de cataloguer dans un postacadémisme bon teint : rien de tel car chez Paray, qui comme un Dubois, touche par sa sincérité et la justesse de sa construction harmonique.
Le violoncelliste Samuel Magill emporte toute la partition par son engagement, sachant fusionner avec le piano souverain de Diane Andersen, partenaire familière des enregistrements révélateurs préparés, édités par Damien Top. La Sonate pour violoncelle est beaucoup plus courte que celle pour violon et à notre avis, moins riche harmoniquement… mais non moins touchante par sa sincérité.
L’Andante quasi allegretto s’impose par son caractère chantant, libre, qui respire et exulte – en une puissance à la Brahms et une architecture très efficace – la partie du soliste est constamment volubile, proche de la parole, change de climats et de caractères : fantaisiste, passionné, ardent ; d’une tendresse complice avec le piano qui accompagne moins qu’il ne chante. L’agitation partagée nourrit une sensualité heureuse qui grandit jusqu’à la plénitude finale.  L’Andante respire encore davantage, s’alanguit, en creusant un questionnement profond voire grave ; c’est une question toujours suspendus qui recherche la résonance presque abstraite, comme celle d’un rêve intime. Le dernier Allegro est bien scherzando, fluide, chantant, presque enivré et sans l’introspection précédente, dans la franchise et la sincérité d’un énoncé presque insouciant, débonnaire, purement joyeux. Il faut infiniment de finesse pour exprimer la sensibilité ténue de chaque pièce. Autant de qualités que révèle l’évidente complicité entre les interprètes. Voilà qui éclaire tout un pan de la vie de Paul Paray comme compositeur, alors que son activité de chef d’orchestre reste dans la mémoire des mélomanes. Pour un bref résumé de la vie de Paul Paray comme chef : lire ci après « approfondir ».

Outre les deux Sonates, la ROMANCE initialement pour piano (1909) est ici adaptée pour violon et violoncelle (par le père Eduard Perrone en 2005) énonce les mêmes qualités d’une écriture juste et enivrée : somptueuses envolées lyriques et mélodiques, sureté et maîtrise de l’architecture qui soutient tout le morceau. La Romance sait fusionner les deux voix du violon / violoncelle avec toute la tendresse et la douceur nostalgique requises.

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. PAUL PARAY : Å“uvres pour cordes et piano : Sonate pour violon ; pour violoncelle (Lawson, Magill, Andersen – 1 cd Azur classical) – Paul Paray (1886-1979) : Sonate pour violon et piano ; Sérénade op. 20 pour violon et piano ; Humoresque, pour violon et piano ; Nocturne pour violoncelle et piano ; Sonate pour violoncelle et piano ; Romance, pour violon, violoncelle et piano. Eliot Lawson, violon. Samuel Magill, violoncelle. Diane Andersen, piano. 1 CD Azur Classical. Enregistré au Studio Récital B (Tihange) en nov et déc 2016. Durée : 1h06 – CLIC de CLASSIQUENEWS

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paul parayPaul Paray
est surtout connu comme chef d’orchestre. Adoptée par la fille de Charles Lamoureux, Marguerite en 1924 (il a 38 ans). Le Prix de Rome 1911 est enrolé pendant la première guerre : fait prisonnier à Darmstadt, il reste profondément marqué par ses 4 années de captivité. Privé d’instrument, il compose par l’esprit, puis écrira après sa libération (son fameux Quatuor publié en 1919, qui deviendra ensuite la Symphonie d’archets). Paray vient à la direction d’orchestre par l’orchestre Lamoureux dont le chef d’alors, Camille Chevillard, époux de Marguerite Lamoureux, le nomme directeur adjoint dès 1920. Paul Paray dirige ensuite l’Orchestre de l’Opéra de Monte-Carlo (1928-1932), le prestigieux Orchestre Colonne (jusqu’à l’Occupation)…l’Orchestre de l’Opéra de Paris (dans des oeuvres de Wagner, selon le goût de Charles Lamoureux). Connu dès l’Occupation aux USA, Paray accepte de diriger le Detroit Symphony Orchestra (oct 1951-1962) réalisant un cycle d’enregistrements mythiques de 1956 à 1963 pour la firme Mercury (dans la technique Living presence, édité en Europe sous étiquette Philips)

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CD
paray-paul-maestro-mercury-living-presence-1960CD,coffret, compte rendu critique : Mercury Living presence 1951-1968 (53 cd). De même l’intuition géniale du défricheur Paul Paray défenseur comme un certain Martinon outre atlantique (à Chicago avec le Symphonique local à peu près dans les mêmes années 1960) d’un certain romantisme français défendu avec une vitalité inouïe et sans instruments d’époque… la sensibilité analytique et fiévreuse étonne encore comme sa science fluide qui sait caractériser chaque épisode, emporte l’adhésion ; le geste est sûr, la tension dramatique palpable, l’articulation claire et précise… : écoutez le cd 30 (ouverture du Roy d’Ys de Lalo, Suite du ballet Namouna exceptionnel et mésestimé, Symphonie de  Chausson. …: qui ose aujourd’hui programmer une telle succession?  Aucune salle parisienne… Paray osait tout  à Detroit en 1956 et 1957). Incroyable audace visionnaire. Comme d’ailleurs Dorati qui en 1959  enregistre le symphonisme virtuose et d’atmosphère de la Giselle d’Adam, cycle achevé  par Fistoulari).
Au sein du corpus Paray, saluons tout autant, la fièvreuse Symphonie n°2 de Sibelius, à la fois ciselée et échevelée, d’une ivresse sensible et précise phénoménale : à l’heure où tant d’audace et de rage nuancée font défaut, la direction de Paray, exaltée, vive, palpitante, déterminée comme poétique et profonde, servie par une prise de son qui en accuse chaque accent, projette chaque pulsion, fait figure de modèle. Quel tempérament et quelle intelligence (cd 28, Detroit Symphony Orchestra, 1959). Paray exalte la matière sonore en un crépitement de plus en plus énergique et lumineux, matière à fusion ou à élévation. La réussite est totale. Même ivresse sonore et dramatisme percutant, incisif dans un formidable programme Wagner de 1956 et 1960, comprenant dans le cd 35 : musique du feu et adieux de Wotan de la Walkyrie, ouverture de Rienzi, Voyage de Siegfried sur le Rhin du Crépuscule des dieux, Siegfried Idyll, prélude de l’acte III de Tristan und Isolde… De sorte que Paray s’inscrit dans la lignée de Charles Lamoureux, wagnérien de la première heure à paris, au début des années 1890…
LIRE l’intégralité de la présentation critique du coffret « Mercury Living presence 1951-1968 (53 cd). :
http://www.classiquenews.com/tag/paul-paray/

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Illustration : Paul PARAY © Bob Martin / 1972