CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977).

decca-phase-4-stereo-stereo-concert-series-coffret-visuel-carreCD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). Phase 4 stereo ou le son Decca des sixties and seventies… En 1962, Decca lance sa communication sur la technologie d’enregistrement “phase 4 stereo” : en nombre (la console du mixage son dispose Ă  prĂ©sent de 20 canaux diffĂ©rents, tous tout autant individualisĂ©s), les micros multiplient les pistes rĂ©vĂ©lant les dĂ©tails de l’orchestration, une nouvelle conception de l’espace sonore aussi se prĂ©cise, qui permet Ă  l’auditeur de (re)dĂ©couvrir les Ɠuvres avec une richesse d’informations plus fine et plus variĂ©e. Avec le nombre des micros pendant la prise, le nombre des musiciens peut aussi s’accroĂźtre sans Ă©paississement du son global. D’oĂč la surenchĂšre parfois dans le choix de programmes rĂ©solument spectaculaires, c’est Ă  dire sur le plan du marketing, plus prometteurs, donc vendables et juteux (les grandes Ɠuvres symphoniques type 9Ăšme de Beethoven, les thĂ©matiques Ă  grands effets – cf. le 41Ăšme cd “bonus”, intitulĂ© “Battle stereo”…), les pages au symphonisme flamboyant du style Capriccio espagnol de RImsky, Bolero de Ravel, sans omettre les valses populaires singĂ©es Strauss, ou Offenbach… tout cela compose une mĂ©moire musicale qui croisĂ©e avec une technologie audacieuse a trouvĂ© ses publics dans les annĂ©es 1960 et 1970, deux dĂ©cennies miraculeuses pour l’industrie du disque vinyle…. avant l’avĂšnement du compact dans les annĂ©es 1990. Dommage qu’avec une telle volontĂ© de renouvellement, les producteurs n’aient pas trouvĂ© alors les interprĂštes capables de relever les dĂ©fis de partitions complexes et spectaculaire comme les Gurrelieder de Schönberg, la Symphonie n°8 des Mille de Mahler -, … qu’importe la diversitĂ© des oeuvres et des effectifs dont il est question dans cette (premiĂšre?) compilation, remplit aisĂ©ment le contenu du coffret Decca.

 

 

 

Decca phase 4 : le nouveau son des sixties…

 

A partir de 1964, les tests ayant tous Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s, et s’avĂ©rant positifs, le classique investit lui aussi la nouvelle technologie “phase 4″ : l’esthĂ©tique qui en dĂ©coule relĂšve d’un pari oĂč les rĂ©actions suscitĂ©es sont radicalisĂ©es. Trop brillante et sĂ©duisante, trop riche en effets, – Ɠuvre des ingĂ©nieurs du son qui relisent et dĂ©naturent les partitions, plutĂŽt qu’approfondissement de vĂ©ritables musiciens, chaque lecture technologiquement habile et attractive paraĂźt creuse et artificielle pour les puristes. A chacun de juger… De fait, l’oreille capte des dĂ©tails infimes, mais peut ĂȘtre dĂ©concertĂ©e par une sensation spatiale et sonore totalement nouvelle. Tout cela ne change en rien l’esprit et les caractĂšres propres d’une interprĂ©tation : mieux, la technologie plus fine ici dĂ©voile les limites ou les qualitĂ©s de chaque lecture.

N’Ă©coutez par exemple que le cd 23 : la Symphonie n°1 “Titan” de Gustav Mahler par Erich Leinsdorf Ă  la tĂȘte du Royal Philharmonic Orchestra prend un relief rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© oĂč tous les pupitres sont quasiment traitĂ©s Ă  Ă©galitĂ©, avec une prĂ©cision et une dĂ©finition accrues. Un spectre dĂ©taillĂ© qui n’existe pas pour l’auditeur/spectateur dans une salle de concert (enregistrĂ© en avril 1971) : une dĂ©monstration de clartĂ© qui prĂ©sente toutes les ressources de l’orchestre, ses facettes combinĂ©es, comme un acte de pĂ©dagogie instrumentale.

Certainement beaucoup de jeunes et nouveaux mĂ©lomanes sĂ©duits par l’objet vinylique ont Ă©tĂ© attirĂ©s par une technique d’enregistrement plus flatteuse, mais le clinquant parfois dĂ©goulinant – avec des micros qui exacerbent la portĂ©e sonore naturelle des instruments provoquant des distorsions dans le format global peut s’avĂ©rer contreproductif… par exemple Lorin Maazel dans Strauss et surtout TchaĂŻkovsky (Francesca da Rimini cd 22) en rebutera plus d’un… “kitsh”, outrageusement pathĂ©tique voire aguicheur, le geste de certains, – chefs et orchestre- veulent trop en montrer : plus tapageur et bruyant que vraiment ciselĂ©, suggestif…; au coeur de cette esthĂ©tique accessible et sĂ©duisante, Ă©videmment la gĂ©nĂ©rositĂ© du London festival orchestra and chorus sous la direction de Stanley Black (avec le concours de l’inĂ©vitable producteur requis d’office pour de grandes messes orchestrales et populaires : Tony d’Amato…) : le rĂ©cital “Capriccio !”, comprenant le BolĂ©ro de Ravel, les Polovtsiennes de Borodin, et surtout le morceau toujours irrĂ©sistible : Capriccio espagnol de Rimsky (couplĂ© avec l’Italien de … TchaĂŻkovski), dĂšs juin 1964, donc aux origines de l’aventures musicale et technique- ; puis, “Spectacular Dances (Dvorak, Johann Strauss II, Ponchielli : danse des heures de La Gioconda-, Brahms, Falla, Smetana et Berlioz… vĂ©ritable pot pourri de standards valsĂ©s pour orchestre et ici souvent rĂ©Ă©crit pour les besoins de la cause (1966, 1969)… sans omettre le lyrisme sucrĂ© mais trĂšs affinĂ© du Royal Philharmonic orchestra et Eric Rogers dans ” The immortal works of Ketelbey” (et ses sifflements d’oiseaux en veux-tu en voilĂ …), programme symphonique et choral conçu comme un opĂ©ra orchestral… riche lui aussi en guimauve sonore (fĂ©vrier 1969). Les grandes messes symphoniques ont toujours cours dans les annĂ©es 1970, relectures des grands ballets romantiques dont Le lac des cygnes et Casse noisette de Piotr Illiytch : en particulier par le Philharmonique de la Radio nĂ©erlandaise dirigĂ© par Anatole Fistoulari, avec une fiĂšvre nerveuse jamais Ă©teinte (1972-1973).

Beaucoup plus convaincantes les gravures rĂ©alisĂ©es sous la houlette d’Antal Dorati : Ă©quilibre entre prĂ©cision de la prise et Ă©lĂ©gance du chef qui prĂ©serve malgrĂ© la volontĂ© de dĂ©monstration technologique, une parfaite dose de musicalitĂ©, comme de goĂ»t (certains diront trop classique et lisse, mais la lisibilitĂ© s’avĂšre ici une bel argument qui sait profiter des ressources de la technologie) : Symphonie n°9 du Nouveau Monde de Dvorak (1966) ; Pierre et le loup (avec Sean Connery en narrateur) couplĂ© avec The young Person’s Guide to the Orchestra de Britten (1966 Ă©galement) ; Suite de ballet extraite de la Boutique fantasque de Rossini (narrative et humoristique puis fĂ©erique dans le nocturne) couplĂ©e avec la Suite Rossiniana de Respighi (Londres 1976, cd 10) ; mĂȘme date (1976) pour Carmina Burana portĂ© par une trĂšs bonne distribution (Norma Burrowes, John Shirley-Quirk…).

Il est naturel qu’un autre chef soucieux de pĂ©dagogie et d’accessibilitĂ© du rĂ©pertoire au plus grand nombre tel que Leopold Stokowski (et Ă  un Ăąge canonique) se soit engouffrĂ© dans la brĂȘche “Phase 4″, avec une Ă©nergie souvent bouleversante : jamais en panne d’inspiration, le chef hyperactif qui aimait transposer voire rĂ©Ă©crire, a enregistrĂ© selon cette technologie, proposant aux ingĂ©nieurs Decca, des programmes de son cru : on relĂšve ainsi rĂ©alisĂ©s dĂšs 1964 Sheherazade et le Capriccio espagnol de Rimsky, puis en 1966 : la 5Ăšme de Tchaikovski et le Concerto pour violon de Glazounov ; l’Ă©blouissant programme wagnĂ©rien composĂ© Ă  partir de fragments du Ring (ChevauchĂ©e des Walkyries, murmures de la forĂȘt ; entrĂ©e au Walhalla ; voyage de Siegfried sur le Rhin ; Mort de Siegfried)… l’engagement du chef est total : il y exprime un hommage – vĂ©ritable acte de ferveur caractĂ©risĂ© pour le gĂ©nie dramatique de Wagner, par le seul chant finement dĂ©taillĂ© de l’orchestre seul ; une Ă©tonnante et trĂšs articulĂ©e autant que passionnĂ©e Symphonie n°9 de Beethoven, portĂ© par un indiscutable souffle dramatique – du trĂšs grand Stokowski de septembre 1967 (solistes Heather harper, Helen Watts, Donald McIntyre…)- ; les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la transcription du chef, complĂ©tĂ©e par sa propre synthĂšse symphonique d’aprĂšs Boris Godounov… MĂȘme sens du scintillement instrumental pour le programme français comprenant la Fantastique de Berlioz de 1968 et la Suite n°2 de Daphnis et ChloĂ© de Ravel (1970)…

Distinguons aussi les deux volumes dirigĂ©s par l’agile et subtil Charles Munch : le ballet intĂ©gral de La GaietĂ© parisienne de 1965 (dont la facĂ©tie dĂ©taillĂ©e n’a rien Ă  envier aux plus fins standards de Johann Strauss II… sĂ©rie de perles enjouĂ©es que termine la Barcarolle des Contes d’Hoffmann), couplĂ© avec Pins et Fontaines de Rome de Respighi (1967) ; mĂȘme inventivitĂ© fiĂ©vreuse pour les Suites de Carmen et de l’ArlĂ©sienne de janvier 1967.

Dans une prise de son plus globale oĂč perce moins le dĂ©tail de chaque instrument (voir avant Maazel ou Stokowski), les Valses straussiennes (Beau Danube Bleu, Voix de printemps) par le Boston Pops orchestra sous la directon d’Arthur Fiedler en 1975 s’avĂšre un excellent compromis entre la prise trĂšs aĂ©rĂ©e et la tenue “haute couture et frou frou” de l’orchestre et du chef (cd14).

Autre perle, le legs du compositeur pour Hitchcock entre autres, Bernard Hermann auquel Decca dĂ©die 2 cd : Music from the great Hitchcock movie thrillers (Psycho, Marnie, Vertigo… 1968) ; puis ” The fantasy film World of Bernard Herrmann (Voyage au centre de la terre, le 7Ăš voyage de Sindbad, Fahrenheit 451… 1973).

Et ce n’est pas tout : le mĂ©lomane curieux et ouvert prendra plaisir Ă  redĂ©couvrir des artistes alors plĂ©biscitĂ©s par les ingĂ©nieurs et les producteurs Decca : le guitariste Paco Peña (Flamenco pur “live”,aoĂ»t 1971); la pianiste pure icĂŽne des seventies, Ilana Vered (Yellow River Concerto et n°21 de Mozart, 1974)… MĂȘme un rien tapageur voire dĂ©monstratif, la plupart des programmes, actes pĂ©dagogiques actifs, ont sĂ©duit des gĂ©nĂ©rations de nouveaux mĂ©lomanes. Les contributions des chefs Dorati, Munch, Stokowski rehaussent encore la valeur hautement musicale et esthĂ©tique de ce coffret de 40 cd, idĂ©al pour les fĂȘtes (et pour tester aussi les performances en prĂ©cision et dĂ©finition du spectre sonore, de vos appareils hifi…).

 

 

 

CD. Coffret Phase 4 stereo, stereo concert series. Coffret 40 cd Decca (1964-1977). La boĂźte contient aussi un livret important comportant le tĂ©moignage des ingĂ©nieurs du son, des producteurs Decca, des anecdotes variĂ©es sur les sessions d’enregistrements et sur les chefs et artistes qui y ont participĂ© (124 pages, en anglais uniquement).

 

OpĂ©ra, annonce. Siroe de Hasse Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

cencic siroe hasse Max-Emanuel-Cencic-Hasse-Siroe-George-Petrou-Armonia-AteneaVersailles, les 26,28 30 novembre 2014. Max Emanuel Cencic chante SiroĂ© de Hasse sur la scĂšne et au disque (novembre 2014). Fervent interprĂšte des passions baroques, le contre tĂ©nor Max emanuel Cencic offre en premiĂšre française, la recrĂ©ation de l’opĂ©ra seria Siroe d’un contemporain de Haendel et de Rameau, Hasse… Au moment oĂč Rameau rĂ©volutionne de façon scandaleuse la tragĂ©die lyrique française avec son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733), soulignant la spĂ©cificitĂ© gauloise quand toute l’Europe s’entiche pour l’opĂ©ra italien en particulier napolitain, le gĂ©nial Saxon Hasse assure justement l’essor irrĂ©pressible du seria napolitain avec son Siroe que rĂ©vĂšle aujourd’hui le contre tĂ©nor aux graves agiles, Max Emanuel Cencic. Le disque paraĂźt dĂ©but novembre chez Decca et le chanteur met en scĂšne les reprĂ©sentations de novembre 2014 Ă  l’opĂ©ra royal de Versailles. En LIRE +

 

Siroe scena da Siroehasse siroe cencic cd deccaL’histoire de SiroĂ© associe un contexte historique et des intrigues amoureuses croisĂ©es: en 628, le belliqueux Roi des Perses CosroĂ© (ChosroĂšs II), en guerre depuis des annĂ©es, avec l’Empereur ChrĂ©tien HĂ©raclius et lui ayant pris l’Egypte, la Syrie et la Palestine, dĂ©cide de ne pas donner sa succession Ă  son fils aĂźnĂ© SiroĂ©. Celui-ci se rĂ©volte devant cette injustice et fait assassiner son pĂšre. SiroĂ© devient Roi des Perses en 628. Il Ă©crit aussitĂŽt Ă  HĂ©raclius pour signer la paix, permettant Ă  l’Asie Centrale de vivre une pĂ©riode de splendeur et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Tout en brossant le portrait d’un prince Ă©clairĂ© et vrtueux, Hasse exploite l’opposition des chrĂ©tiens et des perses, exacerbe les rivalitĂ©s et multiplie les situations conflictuelles, les confrontations tendues et passionnĂ©es qu’il traite toujours en privilĂ©giant la virtuositĂ© de ses solistes. C’est aussi une claire illustration selon les principes pronĂ©s par MĂ©tastase, de la figure du prince providentiel, tout d’abord victime puis peu Ă  peu puissant mais lumineux,  c’est Ă  dire civilisateur et pacifique.  L’incarnation renouvelĂ©e d’un nouvel Alexandre.

Agenda
Versailles, Opéra royal
Les 26, 28 novembre 2014, 20h
Le 30 novembre, 15h
avec
Max Emanuel Cencic, Siroé
Julia Lezhneva, Laodice
Mary-Ellen Nesi, Medarse
Juan Sancho, Cosroe
Laureen Snouffer, Arasse
Dilyara Idrisova, Emira
Armonia Atenea
George Petrou, direction
Max Emanuel Cencic, mise en scĂšne
DurĂ©e : 3h30 entracte inclus Tarif : de 35 Ă  140 €

CD
Hasse : Siroe, Max Emanuel Cencic. Double cd Decca, réf. 478 6768 : parution le 3 novembre 2014

 

CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA)

wiener-philharmoniker-decca-coffret-the-orchestral-edition-decca-CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA). Depuis 1842, l’Orchestre Philharmonique de Vienne, le Wiener Philharmoniker, crĂ©Ă© par Otto Nicolai, incarne le rĂȘve de tout orchestre : la phalange, vĂ©ritable mythe musical, enchante le monde par ses qualitĂ©s interprĂ©tatives et surtout une sonoritĂ© fluide, voluptueuse, coulante, magistralement onctueuse qui ne cesse de convaincre : chaque Concert du Nouvel retransmis sur toutes les chaĂźnes du monde renouvelle le miracle attendu : on y dĂ©cĂšle l’Ă©loquence oxygĂ©nĂ©e de ses cordes  flexibles, la puissance ronde et chaude de ses cuivres (les cors en particulier), la clartĂ© individuelle de son harmonie (bois)… et l’on se dit Ă  chaque concert, voici indiscutablement le meilleur orchestre au monde. Et pourtant depuis l’essor des orchestres sur instruments d’Ă©poque, notre perception a changĂ© : timbres petits, dĂ©licats caractĂ©risĂ©s contre puissance et cohĂ©rence lisse voire creuse. Or parmi les phalanges sur instruments modernes, le Wiener Philharmoniker se distingue toujours par son Ă©loquence suprĂȘme, majestueuse et raffinĂ©e, une Ă©lĂ©gance superlative (la respiration des cordes, ce matelas sonore transparent et ductile qui s’accorde idĂ©alement Ă  tous les solistes qu’ils soient chanteurs ou instrumentistes…- qui fait le plus souvent les plus grandes expĂ©riences au concert comme Ă  l’ opĂ©ra… VoilĂ  pourquoi l’Orchestre outre ses compĂ©tences symphoniques, excelle dans le ballet et donc le programme de musique lĂ©gĂšre infiniment Ă©lĂ©gante et subtile qui caractĂ©rise essentiellement les valses de Strauss II… Superbement Ă©ditĂ©, le coffret publiĂ© par Decca pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e ravira tous les passionnĂ©s de symphonisme  grande classe, dont les annĂ©es d’enregistrements couvrent au final une pĂ©riode riche en maniĂšres personnelles, celles des grands chefs du XXĂšme siĂšcle , des annĂ©es 1950 aux annĂ©es 1980: c’est donc une mine, une somme passionnante qui constitue aujourd’hui la mĂ©moire vive de l’orchestre viennois. Evidemment pas de romantique français, ni mĂȘme d’impressionisme debussyste ni ravĂ©lien… mais un rĂ©pertoire “viennois” depuis l’aprĂšs guerre centrĂ© sur Haydn, Mozart (Concertos pour piano, clarinette, Symphoies…), Beethoven, quelques Schubert, Bruckner, surtout Brahms… dont les intĂ©grales s’agissant des B (Beethoven, Bruckner, Brahms, constituent les piliers du rĂ©pertoire).

CLIC_macaron_2014Pierre Monteux, Herbert von Karajan (dĂšs 1959), Karl MĂŒnchinger (1967), Leonard Bernstein (1966), Georg Szell (1964), Hans Schmidt-Isserstedt (1966 et dont le fils fut producteur chez Decca), en particulier Erich Kleiber (programme Beethoven de 1954 et  1955 : le pĂšre de Carlos n’a pas usurpĂ© sa rĂ©putation); Solti (1958) et Abbado (1969), Böhm (1953), Mehta et Haitink (1982-1984)… Christoph von Dohnanyi dont sont hautement recommandables : le Mandarin merveilleux de Bartok de 1977 couplĂ© avec le Concerto pour piano de Dvorak (Andras Schiff, piano en 1986)… sans omettre Istvan Kertesz dont Decca garde fortuitement la trace des Ă©vĂ©nements de sa disparition brutale Ă  44 ans en 1973, fixant ses derniers enregistrements (Variations sur un thĂšme de Haydn de Brahms)…

Si l’on analyse le contenu par compositeurs : le classement se prĂ©cise. Par ordre de compositeurs les plus jouĂ© sur la pĂ©riode : Johann Strauss II, Beethoven, Brahms, Bruckner, Mozart, Richard Strauss, Wagner, Mahler puis Schubert, Mendelssohn, Schumann sont reprĂ©sentĂ©s pareillement. Sibelius, Tchaikovski, Verdi y font presque figures d’exception.

nicolai-otto-maestro-chef-wiener-philharmoniker-orchestre-philharmonique-de-vienne-1843Parmi les perles de ce coffret exceptionnel : notons la Symphonie n°3 de Brahms couplĂ©e avec les Quatre dernier lieder de Richard Strauss (Lisa della Casa par Böhm, 1953), les Symphonies n°4 de Brahms et n°5 de Schubert par Istvan KertĂ©sz (1971,1973), les danses hongroises de Brahms couplĂ©es avec Till l’espiĂšgle et Mort et transfiguration de Strauss par Fritz Reiner (1956, 1960), Ma Vlast de Smetana par Rafael Kubelik (1958), la Symphonie n°2 de Bruckner (Ă©dition Haas, 1872) par Horst Stein (1973), les Symphonies n°4 et 7 de Sibelius (l’hĂ©donisme sonore transfigure le souffle tragique et panthĂ©iste de ces deux sommets symphoniques du XXĂš) par Lorin Maazel couplĂ©es avec Tapiola (1966-1969) ; les Suites de Casse-Noisette, du Lac des cygnes par Karajan (1965), toute la musique du ballet Giselle d’Adam par le mĂȘme Karajan (1961), le Requiem de Verdi par Solti de 1968 (avec un plateau inimaginable mais qui porte l’estampille Decca : Sutherland, Horne, Pavarotti, Talvela !), Ă©videment la compilation Wagner par le mĂȘme Solti (1961-1982)… perle des perles les Wesendonck lieder et Kindertotenlieder oĂč Kirsten Flagstad chante et Wagner et Mahler sous la direction de sir Adrian Boult (1956 et 1957)… autres joyaux : la Symphonie n°2 (1962), les extraits des ballets Spartacus et Gayaneh de Khachaturian par le compositeur lui-mĂȘme (1977) ; l’excellent programme Janacek par Mackerras (Sinfonietta, Taras Bulba, Suite orchestral de la Petite renarde rusĂ©e, 1980).

Le rayon Mahler est particuliĂšrement bien documentĂ© et regroupe des gravures lĂ©gendaires Ă  possĂ©der de toute urgence, – pas d’intĂ©grale des Symphonies or Mahler fut directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, mais une contribution marquante de ses cycles pour voix et orchestre : Symphonie n°2 RĂ©ssurection par Zubin Mehta (1975 avec Ileana Cotrubas et Christa Ludwig !) ; Das lied von der Erde par Kathleen Ferrier et Julius Patzak sous la baguette de Bruno Walter (1952 : c’est l’une des plus anciennes bandes du coffret : un must Ă©videmment) ; le mĂȘme Chant de la terre par Bernstein avec un duo masculin Ă  jamais lĂ©gendaire, d’ampleur et de poĂ©sie (Dietrich Fischer-Dieskau et James King sous la direction embrasĂ©e ardente de Leonard bernstein, 1966) …
CĂŽtĂ© Richard Strauss, les Karajan sont prĂ©sents (Also sprach Zarathustra (1959, couplĂ© avec les planĂštes de Holst de 1961) ; mais aussi les lectures d’un proche du compositeur, et par lui validĂ© : Clemens Krauss qui est le coauteur de Capriccio (Don Quixote, Aus Italien de 1953 – Sinfonia Domestica et Le Bourgeois gentilhomme de 1951 et 1962). Ce sont aussi : Ein Heldenleben par Solti, couplĂ© avec les Quatre derniers lieder de Te Kanawa en 1990.

Et le Wiener ne serait pas l’institution qu’il est devenu sans l’effervescence Ă©lĂ©gantissime des programmes Johann Strauss II qui font toujours les dĂ©lices des Concert du Nouvel An : Ă©coutez ainsi pour vous remettre Ă  la page d’une histoire prestigieuse telle qu’elle s’est Ă©crit entre autre sous la direction de l’excellent Willi Boskovsky (programme Strauss II rĂ©unissant des bandes de 1957 Ă  1973), surtout le Concert du Nouvel An 1979. Pas d’Ă©lĂ©gance viennoise sans frou frou, sans ivresse nostalgique dont les instrumentistes autrichiens ont le secret comme l’impeccable sens du brio.

wiener-philharmoniker-box-coffret-the-orchestral-edition-details-booklet-cd-decca-wiener-philharmonikerWiener Philhamroniker, The orchestral edition. 64 cd DECCA ; coffret avec livret booklet de 196 pages (textes en anglais, allemand, japonais – pas de français). Soulignons la qualitĂ© Ă©ditoriale du coffret, en particulier le livret qui accompagne les cd : format Ă  l’italienne, pochettes d’origine toutes reproduites, tĂ©moignages des ingĂ©nieurs du son et des producteurs DECCA sur l’Ă©popĂ©e discographiiue ainsi rĂ©alisĂ©e depuis l’aprĂšs guerre, textes d’introduction sur l’histoire de la collaboration du Wiener Philharmoniker avec Decca depuis le dĂ©but des annĂ©es 1950, le plus vaste projet discographique rĂ©unissant les deux firmes demeurant le Ring de Wagner par Solti en 1958, premier Ring stĂ©rĂ©ophonique de l’histoire de l’enregistrement… CLIC de classiquenews de novembre 2014.

Illustration : Otto Nicolai, le fondateur du Wiener Philharmoniker en 1843.

CD. Renée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca): la nouvelle diva jazz ?

fleming renee soprano decca renee fleming cd deccaRenĂ©e Fleming : Winter in New York (1 cd Decca). NoĂ«l Ă  New York… La nouvelle diva jazz ? Une affiche de partenaires somptueuse. Les chanteurs Kurt Elling, Gregory Porter, Rufus Wainwright, les trompettistes Chris Botti et Wynton Marsalis, le pianiste surdouĂ© et roi de l’impro, Brad Mehldau…. autant dire que pour ce nouveau disque non lyrique, la superdiva amĂ©ricaine RenĂ©e Fleming a su s’entourer de pointures particuliĂšrement aguerries et les plus raffinĂ©es mĂȘme comme les plus originales de la planĂšte jazz … Ils sont tous, chacun dans leur registre, des stars de la scĂšne amĂ©ricaine…  Sous la neige Ă  Central Park (Serenade de la plage 10), Ă  la nuit tombĂ©e ou reprenant certains standards parmi les plus connus du rĂ©pertoire de NoĂ«l, la diva s’accordent plusieurs duos musicalement sertis et ciselĂ©s qui montrent que si la voix lyrique a Ă©voluĂ©, la cantatrice n’a rien perdu de sa musicalitĂ©. Les fans de la diva amĂ©ricaine seront enchantĂ©s de retrouver leur interprĂšte dans des atours glamour, blues, folk, groove d’une nouvelle voix retravaillĂ©e en sirĂšne jazzy au service d’un rĂ©pertoire qu’elle sert avec la finesse,  l’Ă©lĂ©gance,  le style que nous lui connaissons: la straussienne diseuse enchanteresse n’a rien perdu de son Ă©lĂ©gance, ni sa prodigieuse musicalitĂ© que le micro et le format intimiste du studio soulignent avec une subtilitĂ© rĂ©ellement dĂ©lectable ; serait-ce une nouvelle carriĂšre vocale pour celle qui aprĂšs avoir chantĂ© tous les grands rĂŽles de soprano lyrique et mĂȘme dramatique (vĂ©riste), a confirmĂ© prendre se retraite des scĂšnes d’opĂ©ra ?  N’Ă©coutez que pour vous en convaincre la totale rĂ©ussite de Sleigh ride (plage 7) en toute et parfaite complicitĂ© avec le trompettiste Wynston Marsalis une Ă©vidente oeuvre de complicitĂ© collective et si musicale que ne renierons pas les amateurs de jazz: la fĂ©minitĂ© suave un rien facĂ©tieuse de la diva son abattage, son instinct motorique, font mouche accompagnĂ©e par des cuivres d’une finesse de ton irrĂ©sistible. MĂȘme Ă©nergie trĂšs “comĂ©die musicale” mais avec un sens du verbe qui doit Ă  son passĂ© de cantatrice,  ce relief linguistique fruitĂ© trĂšs particulier dans l’excellent portrait du PĂšre NoĂ«l : The man with the bag (plage 11)… Rares, les cantatrices capable d’une “reconversion” musicale. les hommes ont la facultĂ© de changer de tessiture sans perdre la maĂźtrise de leur organe lyrique (voyez le tĂ©nor Placido Domingo, devenu nouveau baryton vaillant) ; RenĂ©e Fleming incarne un autre type de reclassement, plus audacieux car il y faut apprendre de nouveaux codes : et si la diva de l’opĂ©ra rĂ©ussissait son nouveau dĂ©fi comme chanteuse de jazz ?

 

 

 

RenĂ©e Fleming amoureuse enneigĂ©e…

La Nouvelle diva jazz

 

CLIC_macaron_2014Le programme s’ouvre par le premier duo avec le trompettiste Wynton Marsalis (Winter Wonderland), oĂč brillent les superbes accents mordants enjouĂ©s de son instrument bouchĂ©;  RenĂ©e Fleming y redouble de sensualitĂ© narrative,  un medium fourni et charnel dĂ©licieusement lĂ©ger que sublime la complicitĂ© nuancĂ©e et ciselĂ©e des timbres cuivrĂ©s. Puis dans Have yourself a Merry Little Christmas, on aimerait pouvoir bĂ©nĂ©ficier de chanteurs aussi parfaits dans l’insouciance enchantĂ©e pour le temps de NoĂ«l que ce deux lĂ  : ce sont deux voix instrumentales d’une claire et vive entente : Gregory Porter et RenĂ©e Fleming signent le meilleur duo du programme (avec les deux suivants rĂ©alisĂ©s avec Kurt Elling). TrĂšs influencĂ© par la musique soul de Marvin Gaye et le jazz de Nat King Cole, Gregory Porter apporte Ă  lui seul cette couleur fine, elle aussi trĂšs rythmique et corsĂ©e qui s’accorde idĂ©alement Ă  la musicalitĂ© classique de sa complice.
Jazzy, le programme est capable de varier les climats et les associations de timbres comme l’indique clairement le duo fĂ©minin qui suit : Silver Bells comme une ballade de deux folk singers associe le grain median de RenĂ©e Fleming au clair soprano Kelli Ohara – perfection de deux timbres sur le mĂȘme mode tendre,  Ă©pique,  celui d’une confession sereine, enivrĂ©e qui revisite pourant un standard tant de fois repris du temps de NoĂ«l. MĂȘme reprise et plus nuancĂ©e encore, Merry Christmas darling joue la carte d’une berceuse sensualitĂ© aux scintillements instrumentaux avec l’excellent Chris Botti (trompette feutrĂ©e idĂ©alement crĂ©pusculaire murmurĂ©e faisant halo pour la voix d’une amoureuse Ă  NoĂ«l).

PlutĂŽt marquĂ©e “annĂ©es 1990″, Snowbound rĂ©alise le duo amoureux le plus convaincant de l’album : il affirme une sensualitĂ© partagĂ©e avec la voix du chanteur au timbre incroyable Kurt Elling nĂ© en 1967 Ă  Chicago : ballade de deux Ăąmes complices. Dans In the bleak midwinter, saluons tout autant la couleur folk et un nouveau chambrisme feutrĂ© avec voix de tĂ©nor de Rufus Wainwright : la diva y retrouve presque son legato et le registre aigu de son ancien emploi de chanteuse lyrique.  Une immersion tendre qui touche elle aussi par son sens de la nuance et de la subtilitĂ©. .. un modĂšle de duo millimĂ©trĂ© Ă  rebours de la variĂ©tĂ© qui ne s’encombre plus d’une telle maĂźtrise et de tant de dĂ©tails contrĂŽlĂ©s…
Nous l’avons dĂ©jĂ  citĂ© : “The man with the bag…” est une grande rĂ©ussite, clin d’oeil Ă  une instrumentation annĂ©es 1960 oĂč scintillent les grelots du traĂźneau du PĂšre NoĂ«l… (c’est dire le soin des ingĂ©nieurs du son dans leur montage) avec les Marimba, dans une mĂ©lodie plutĂŽt trĂšs chantĂ© : RenĂ©e fait valoir son abattage instrumental,  le veloutĂ© feutrĂ© du timbre d’une voix qui rĂ©sonne surtout dans le mĂ©dium et le semi grave.

Plus introverti, comme une priĂšre presque grave, Love and hard times, fait jaillir aux cĂŽtĂ©s du saxo, le piano en vrai dialogue du complice Brad Mehldau : le claviĂ©riste improvisateur, nĂ© Ă  Jacksonville sur la cĂŽte Est des USA en 1970, a un sens du swing gĂ©nial, idĂ©alement Ă  l’Ă©coute de sa partenaire… Pour RenĂ©e Fleming, la magie de NoĂ«l c’est peut-ĂȘtre moins le PĂšre NoĂ«l et les sapins dĂ©corĂ©s qu’un climat d’effusion, une entente nĂ©e d’une rencontre improbable ; ce que la diva nous rappelle, en guise de conclusion (Still, Still, Still), dernier duo qui fonctionne rĂ©ellement bien avec Kurt Elling, mĂȘme complicitĂ© que dans leur premier duo, plage centrale du disque (Snowbound, qui est aussi le morceau le plus long de l’album). Pour nous la reconversion de RenĂ©e est rĂ©ussie, gageons que ce disque trouvera son public.

Renée Fleming : Winter in New York. Avec Gregory Porter,  Kurt Elling,  Rufus Wainwright,  Wynton Marsalis,  Brad Melhau. .. 1 cd Decca 478 7905. Parution: 17 novembre 2014.

028947879053_Fleming

 

 

CD. Coffret. Lorin Maazel, The Cleveland years, complete recordings (19 cd Decca)

Maazel cleveland years deccaCD. Coffret. Lorin Maazel, The Cleveland years, complete recordings (19 cd Decca). DĂ©cĂ©dĂ© en juillet dernier Ă  84 ans, Lorin Maazel (nĂ© en 1930 Ă  Neuilly sur Seine) laisse un hĂ©ritage important au disque, non pas un catalogue discographique tel que celui de Carlos Kleiber – mince mais essentiel et d’une finesse poĂ©tique rare-, ni comme celui de Karajan, celui d’un esthĂšte qui a pensĂ© le son comme il a pensĂ© l’approche de chaque partition ; en comparaison, Maazel le virtuose et le surdouĂ© de la baguette, impose un profil plus artificiel, celui d’un consommateur frĂ©nĂ©tique, voire compulsif qui a enregistrĂ© … Ă  tout va : opĂ©ras, symphonies, Ɠuvres concertantes avec une ivresse parfois creuse qui n’empĂȘche pas certaines Ă©blouissantes rĂ©alisations comme son Don Giovanni, bande originale du film de Losey en 1979 : alors enregistrĂ© avec la crĂȘme des chanteurs vedettes mozartiens (te Kanawa, Berganza, Moser en tĂȘte, sans omettre Ruggero Raimondi dans le rĂŽle-titre et dans le rĂŽle de sa carriĂšre…).

En liaison avec son dĂ©cĂšs de cet Ă©tĂ©, Decca rĂ©Ă©dite pour lui rendre hommage ses annĂ©es glorieuses Ă  la tĂȘte de l’un des top five amĂ©ricains, le Symphonique de Cleveland dont il fut directeur musical pendant 10 ans, de 1972 Ă  1982, laissant aprĂšs lui pour son successeur Christoph von Dohnanyi, une machine rutilante et souple… sans aucune identitĂ© artistique claire : tout est lĂ  ; Maazel fut un lyrique au geste facile et habile parfois strictement dĂ©coratif Pas de plan sur la comĂšte, mais souvent un opportuniste qui fit feu de chaque instant avec un aplomb inouĂŻ. Ce manque de profondeur comme d’urgence est l’empreinte la plus significative de son style. C’est la dĂ©cennie des engagements internationaux : en 1977, il travaille trĂšs Ă©troitement avec le National de France dont il avait rĂ©ussi de superbes lectures de Ravel et de Debussy. La sensualitĂ© raffinĂ©e française lui va comme un gant : elle exalte mĂȘme ses qualitĂ©s d’orfĂšvre du son. C’est encore l’Ă©poque oĂč il est invitĂ© par le Phiharmonique de Vienne pour y diriger le Concert du nouvel An (1980 Ă  1986) : couronnĂ© par les Viennois, Maazel deviendra directeur musical de l’OpĂ©ra en 1982 ! Les noces seront de courtes durĂ©e cepandant car il restera simplement deux ans. Le charmeur pouvait ĂȘtre aussi arrogant voire mĂ©prisant : trop conscient de sa supĂ©rioritĂ© de musicien quasi parfait. DouĂ© artistiquement, l’homme Ă©tait discutable… il partira ensuite du cĂŽtĂ© du Symphonique de Pittsburgh jusqu’en 1996. Le coup de thĂ©Ăątre d’un esprit trop sĂ»r de lui reste en 1989 ce coup d’Ă©clat fugace, quand certain d’avoir Ă©tĂ© choisi par les instrumentistes du Berliner Philharmoniker pour ĂȘtre leur chef, Maazel convoque dĂ©jĂ  la presse pour les en remercier : gifle spectaculaire qui Ă©pingle son arrogance, l’Orchestre berlinois infirme la nouvelle et Maazel jure de ne plus jamais travailler avec la phalange laissĂ©e vacante Ă  la mort de Karajan… Jusqu’Ă  sa mort, Maazel Ă©tait devenu une icĂŽne sans Ăąge au style dispendieux mais sans Ăąme, au sein de l’Orchestre de Valence en Espagne, depuis 2004 : une dĂ©cennie creuse et prĂ©tentieuse d’oĂč Ă©mergent cependant quelques rĂ©alisations personnelles : son opĂ©ra 1984 d’aprĂšs Orwell montĂ© Ă  Londres au Covent Garden en 2005 en tĂ©moigne…
MĂ©canique et virtuose, Maazel savait cependant mais rarement ĂȘtre soudainement engagĂ© et inspirĂ© en rĂ©pĂ©tition ou en concert (jamais les deux Ă  la fois…).
Parmi les incontournables de ce coffret en 19 cd, on soulignera la valeur et la profondeur d’un chef français de grande classe comme en tĂ©moigne ses Ravel (intĂ©gral du ballet Daphnis et ChloĂ© de 1974, cd 2) et Debussy (La mer, Nocturnes, IbĂ©ria de 1977 et 1978, cd1). Ses gravures russes (Sheherazade de 1978, ou le poĂšme de l’extase de Scriabine de 1979 font briller sa verve colorĂ©e et sensuelle ; notons surtout Ă©galement son Requiem de Berlioz (emphatique, noble, triomphal avec le tĂ©nor Kenneth Riegel de 1979, ce dernier fut Ă©galement engagĂ© pour Don Ottavio dans le Don Giovanni lĂ©gendaire de Losey Ă  la mĂȘme Ă©poque (1979), cd 6 et 7 ; le cd 8 promettait beaucoup sur le papier : L’ArlĂ©sienne, suites 1 et 2 et Jeux d’enfant de Bizet (finalement dĂ©monstratifs et assez creux), mĂȘme la Symphonie en rĂ© mineur de CĂ©sar Franck (1976), sommet du symphonisme français postwagnĂ©rien de 1889, est emmenĂ© sans fiĂšvre (dernier mouvement et ses mĂ©tamorphoses sur tapis de harpe, sans rĂ©elleĂ©lĂ©vation spirituelle).

On note une ĂąpretĂ© presque fiĂ©vreuse et dans un sens, dramatiquement plus approfondie dans son intĂ©grale du ballet de Prokofiev, RomĂ©o et Juliette (cd 9 et 10, 1973) ; Porgy and Bess de Gershwin reste d’une neutralitĂ© lisse sans tensions rĂ©elles, malgrĂ© une belle distribution , avec entre autre Willard White en Porgy…  (cd 11,12,13 de 1975) ; ses Brahms (les quatre Symphonies, 1976-1977) montrent une mise en place parfaite mais sans transe ni prise de risques lĂ  aussi : du Maazel pur jus, prĂ©visible, facile, aisĂ© mais sans implication. Enfin, les ballets de Verdi dĂ©montrent la belle mĂ©canique du Cleveland orchestra ; et mĂȘme avec la violoncelliste Lynn Harrel (Concerto d’Elgar et Variations Rococo de Tchaikovsky, de 1979, cd 19), orchestre et chef demeurent trop neutres lĂ  encore. N’est pas Kleiber fils ni Karajan ou Fricsay qui veut. En bien des points, ces derniers ont autrement plus de choses Ă  nous dire que le virtuose Lorin Maazel, fĂ»t-il prodige mais artistiquement trop correct.

Lorin Maazel. The Cleveland Years (1972-1982). Complete recordings, 19 cd Decca. 478 77 79.

CD événement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013)

hasse siroe cencic cd deccaCD Ă©vĂ©nement. Hasse : Siroe,1763. Max Emanuel Cencic, George Petrou (2 cd Decca 2013). Depuis Faramondo qu’il a portĂ© seul, Cencic a montrĂ© de quelle Ă©nergie il Ă©tait capable dans le registre du dĂ©frichement lyrique. AprĂšs Haendel, voici Hasse : un compositeur emblĂ©matique de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien, auteur de prĂšs de 60 ouvrages lyriques qui lui assurĂšrent une gloire plus grande encore que l’autre Saxon. De Hambourg Ă  Dresde, de Vienne Ă  Venise, Hasse, Ă©poux Ă  la ville de la diva mezzo Faustina Bordoni (adule par Haendel), n’a cessĂ© de faire Ă©voluer l’Ă©criture opĂ©ratique du baroque mĂ»r vers le classicisme naissant, veillant toujours Ă  un juste et subtil Ă©quilibre entre virtuositĂ© du chanteur et cohĂ©rence dramatique. Il partage avec Jommelli, cette facilitĂ© souvent irrĂ©sistible, affirmant toujours une maestriĂ  indiscutable, de style ouvertement napolitain. EnregistrĂ©e en juillet 2014 Ă  AthĂšnes et sur le vif lors de la crĂ©ation de cette production nouvelle qui arrive en France Ă  Versailles en novembre 2014, la lecture s’appuie sur la complicitĂ© superlative d’un orchestre en tout point idĂ©alement articulĂ©, diversement nuancĂ© (dirigĂ© par l’excellent George Petrou) ; la rĂ©alisation rĂ©ussit indiscutablement grĂące aussi au plateau de solistes, marjoritairement remarquables d’engagement et de sensibilitĂ© : Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)…

Hasse, poùte du cƓur

CLIC_macaron_2014Chacune des sopranos exprime les dĂ©sirs, les Ă©preuves de coeurs Ă©prouvĂ©s : Emira travesti en Idapse Ă  la Cour de Cosroe balance entre son amour pour Siroe et sa vengeance contre le roi de Perse qui a fait tuer son propre pĂšre : devoir ou bonheur personnel, tel est l’Ă©ternelle question. La jubilation vocale tout en finesse de son air au II (d’un pastoralisme enchantĂ© et presque badin : Non vi piacque…) s’accorde au raffinement tĂ©nu de la parti orchestrale avec cor, subtilement dirigĂ© par  George Petrou : air d’une rĂȘverie suggestive et en mĂȘme temps d’une justesse remarquable,  profonde et intĂ©rieure comme si le personnage se dĂ©doublait et faisait sa propre autocritique… accordĂ©e Ă  la finesse du chef et des musiciens d’Armonia Atenea, la subtilitĂ© de l’interprĂšte se rĂ©vĂšle irrĂ©sistible.Un accomplissement enivrant. L’Ă©criture de Hasse fait valoir son gĂ©nie de la vocalise dont on comprend parfaitement qu’il ait portĂ© les chanteurs mitraillettes et ports de voix soucieux d’en dĂ©montrer ; mais outre la pure performance, il y a surtout une sensibilitĂ© trĂšs affĂ»tĂ©e Ă  exprimer les caractĂšres et climats Ă©motionnels les plus nuancĂ©s… de quoi rĂ©aliser pour les artistes et interprĂštes les plus fins de vrais portraits supĂ©rieurs et profonds. Une qualitĂ© partagĂ© avec le meilleur Haendel.

Juan Sancho laisse percevoir l’ampleur du rĂŽle du pĂšre Cosroe, Ăąme palpitante elle aussi, marquĂ©e voire dĂ©passĂ©e par le pouvoir et la rivalitĂ© entre ses deux fils (en fin d’action il abdiquera) : le personnage est dĂ©jĂ  mozartien, d’une subtilitĂ© frĂ©missante qui annonce Idomeneo, rien de moins : dans son grand air de 8mn au III, ” Gelido in ogni vena ” : le tĂ©nor Ă  l’aise malgrĂ© les intervalles redoutables de l’air, laisse se prĂ©ciser la vision Ă©mue du pĂšre face Ă  son fils emprisonnĂ© et condamnĂ© Ă  mort (Siroe)… A travers la ligne acrobatique et vertigineuse du chant se glisse le frisson de la terreur et de la compassion : tout Hasse est concentrĂ© dans cet air aux couleurs doubles, aussi virtuose que profond. Et le continuo se montre lui aussi remarquable de relief expressif. L’acmĂ© Ă©motionnel de l’opĂ©ra demeure ce qui suit : l’air funĂšbre (un Florestan avant l’heure) de SiroĂ© dans son cachot abĂźmĂ© dans les pensĂ©es les plus sombres : un air que les interprĂštes empruntent au Tito Vespasiano de Hasse, prĂ©cĂ©dĂ© ici par un recitatif accompagnato du propre Siroe de … Haendel. Cencic, plus grave et sombre que jamais se rĂ©vĂšle d’une intensitĂ© juste, convaincant dans le portrait du fils aĂźnĂ© vertueux, dĂ©criĂ©, solitaire qui finalement triomphe. Contrepoint aussi habitĂ© et furieusement agile, le Medarse de Franco Fagioli, d’une trempe prĂ©cise, tranchante, fulgurante. Dans le rĂŽle du frĂšre cadet jaloux, menteur, ” Mr Bartolo ” enchante littĂ©ralement par la tenue parfaite de ses vocalises Ă  foison, vĂ©ritable mitraillette Ă  cascades vocales toutes nuancĂ©es, caractĂ©risĂ©es, d’une diversitĂ© de ton admirable et projetĂ©es sur un souffle long, idĂ©alement gĂ©rĂ©. Quel acteur et quel chanteur (air final : ” Torrente cresciuto per torbida piena “). Seule rĂ©serve, le soprano pour le coup plus mĂ©canique que les autres, de Julia Lezhneva (Leodice, la maĂźtresse de Cosroe le pĂšre, amoureuse du fils Siroe), certes virtuose mais souvent totalement artificiel (Ă©couter son ultime air, caricature de tunnel de vocalises empruntĂ© au Britannicus de Graun): son absence d’Ă©motivitĂ© et de sensibilitĂ© ardente comme nuancĂ©e paraĂźt un contre sens dans cet arĂ©opage de tempĂ©raments vocaux si finement caractĂ©risĂ©s. En soulignant combien le seria de Hasse est portĂ© par une sincĂ©ritĂ© Ă©motionnelle inscrite dans son Ă©criture, les interprĂštes ne pouvaient mieux faire. Une remarquable rĂ©surrection servie par un chef et un plateau vocal globalement superlatifs. Courrez dĂ©couvrir cet oeuvre palpitante, dĂ©fendue avec sensibilitĂ© et intelligence par les mĂȘmes interprĂštes Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles (et avec mise en scĂšne de Cencic lui-mĂȘme), les 26,28,30 novembre 2014.

Hasse : Siroe (version Dresde II, 1763). Max Emanuel Cencic (Siroe), Franco Fagioli (Medarse), Juan Sancho (Cosroe), Lauren Snouffer (Arasse), Mary-Ellen Nesi (Emira)… Armonia Atenea. George Petrou, direction. 2 cd DECCA. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  AthĂšnes en  juillet 2013.

 

 

 

Argument synopsis

Acte I. Le roi des perses Cosroe convoque ses deux fils, le cadet Medarse apparemment gentil et favori du souverain et Siroe plus inflexible face Ă  l’autoritĂ© paternel. Survient Emira qui aime Siroe mais se cache sous le nom d’Idaspe : elle jeure de venger son pĂšre en tuant Cosroe son assassin. De son cĂŽtĂ© la maĂźtresse de Cosroe, Laodice aime Siroe mais jalouse est prĂȘte Ă  l’accuser de parjure. Devant Cosroe, tous accuse Siroe de trahison (alros que Siroe a Ă©crit une lettre Ă  son pĂšre pour le mettre en garde). A la fin de l’acte, Siroe le vertueux est dĂ©criĂ© par tous.

Acte II. Medarse et Emira complotent contre Siroe et Cosroe. Le premier veut faire tuer sonfrĂšre pour prendre le trĂŽne de son pĂšre ; le seconde mĂȘme si elle aime Siroe, veut tuer Cosroe pour venger la mĂ©moire de son pĂšre… Au comble du travestissement, Emira, toujours vĂȘtu en Idaspe, affirme aimer Loadice…  Siroe est de plus en plus seul et son pĂšre l’exhorte Ă  avouer son crime contre le trĂŽne et dĂ©noncer ses complices.

Acte III. Leodice, Emira, Arasse prennent la dĂ©fense de Siroe vis Ă  vis de Cosroe. A Idaspe/Emira, Medarse rĂ©vĂšle sa volontĂ© de nuire Ă  Siroe pour prendre le trĂŽne… EmprisonnĂ©, Siroe se lamente sur son sort (temps fort de l’opĂ©ra oĂč le fils vertueux dĂ©criĂ© exprime sa souffrance intĂ©rieure) mais il est libĂ©rĂ© par Arasse : tous, – Loedice, Emira/Idaspe, Cosroe souhaite son pardon : il est couronnĂ© Ă  la place de son pĂšre qui abdique. Le final cĂ©lĂšbre les vertus du pardon et de la loyautĂ© morale incarnĂ©e par Siroe.

CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

jonas_kaufmann_coffret so great ariasCD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca). BĂȘte de scĂšne (il l’a confirmĂ© encore par ce chant irradiĂ©, fĂ©lin, sauvage, idĂ©alement dyonisiaque, dans la derniĂšre production d’Ariane Auf Naxos – de surcroĂźt dans sa version originelle de 1912, prĂ©sentĂ©e en 2012 au festival de Salzbourg : un inoubliable Ă©vĂ©nement s’il n’était la direction certes fluide mais dĂ©sincarnĂ©e et peu subtil de Daniel Harding). Mais ce charisme tendu, viril, Ă©rotique qui passe dans le fil d’une voix animale demeure le plus grand apport sur la scĂšne musicale et lyrique au carrefour des deux siĂšcles. Decca rĂ©Ă©dite en un coffret incontournable la quintessence d’un  chant investi, affinĂ©, subtil, celui  d’un immense interprĂšte fin et intense, au timbre cuivrĂ© toujours Ă©poustouflant. VĂ©risme, wagnĂ©risme, chambrisme aussi en diseur schubertien (de premiĂšre classe pour les lieder rĂ©cemment, mais aussi dĂ©jĂ  audacieux pour l’une de ses premiĂšres apparitions sur scĂšne dans Alfonso und Estrella, l’opĂ©ra oubliĂ© de Schubert et que l’OpĂ©ra de Zurich remontait avec justesse
). Sa franchise scĂ©nique, son autoritĂ© vocale, son Ă©loquence nuancĂ©e qui en font un superbe Lohengrin, un Ă©tonnant Parsifal, embrasĂ©, spirituel, fraternel et Ă©loquemment lĂ  encore compatissant chez Wagner, et aussi Ă©videmment, un Ă©tonnant Florestan pour le Fidelio de Beethoven.

CLIC D'OR macaron 200A Zurich, comme Bartoli, Jonas Kaufmann, en artisan, a pu colorer, et ciseler un chant filigranĂ© jamais couvert par le chef : la fosse complice permet ici au chanteur d’articuler plutĂŽt que  de projeter comme un porte voix : le caractĂšre et l’intention plutĂŽt que le volume Ă  tout prix. La largeur et la richesse harmonique naturelle dans le registre mĂ©dian feront de lui certainement comme Placido Domingo, aprĂšs de nouveaux accomplissement en heldentenor, le grand baryton de demain. Mais pour l’heure sachez savourer ce talent dĂ©lectable qui se dĂ©die pour le moment aux grands rĂŽles romantiques et vĂ©ristes, de Verdi Ă  Wagner et passant le temps d’un programme intitulĂ© « verismo arias », par Zandonai, Cilea (Adriana Lecouvreur qu’il a chantĂ© sur scĂšne avec « La Georghiu »), Leoncavallo, surtout Arrigo Boito (superbe Mefistofele) et en particulier Giordano dans un non moins excellent et si ardent Andrea ChĂ©nier.

4 récitals Jonas Kaufmann : JK, le ténor divin

En 2014, Jonas Kaufmann, nĂ© munichois en 1969, a la quarantaine radieuse : son palmarĂšs est remarquablement rĂ©alisĂ©, dont l’intelligence des choix nous touche totalement. Pour se reposer de tant de prises de rĂŽles en particulier verdiens (il nous annonce un prochain Otello Ă©tonnant, crĂ©pusculaire et furieusement shakespearien, dĂ©jĂ  amorcĂ© dans son album Sony classical intitulĂ© sobrement mais intensĂ©ment « Verdi Album »), le grand Jonas qui sait prendre le recul et le temps nĂ©cessaires, approfondit l’univers allusif, Ă©vocateur, murmurĂ© du lied Schubertien avec le pianiste Helmut Deutsch (plusieurs albums sont Ă©galement parus chez Sony classical).

Aujourd’hui passĂ© de Decca / Universal Ă  Sony classical, le divin tĂ©nor joue les oeillades plus lĂ©gĂšres sur le ton du crooner berlinois des annĂ©es 1920 : dĂ©tente, allĂšgement dramatique, cure de dĂ©dramatisation lyrique vers la comĂ©die lĂ©gĂšre non moins investie
 on lui pardonne si c’est pour mieux revenir aux incarnations scĂ©niques dĂ©jĂ  attendues. Le disque vient de sortir Ă  l’automne 2014 sous le titre : Du bist die Welt fĂŒr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) d’aprĂšs Richard Tauber : une dĂ©claration amoureuse personnelle ?

Kaufmann jonas cd sony du bist die weltPour revivre le grand frisson, voici donc en un coffret de 4 cd (avec pochettes d’origines et un livret notice rĂ©Ă©crit commun aux quatre), l’incomparable, l’inĂ©galable « JK » : Romantic arias (cd1, 2007) souligne combien son soleil Ă  lui est noir, d’une incandescente finesse, comme a contrario, celui de Pavarotti Ă©tait lumineux et Ă©tincelant
 Chez Massenet : voici Werther et DesGrieux en force et en grĂące, le suicidaire et fauve JosĂ© (Carmen), et Faust chez Berlioz (invocation Ă  la nature de La Damnation) ; puis en 2008 (cd2), un programme germanique (Mozart, Schubert, Beethoven, Wagner) en des hauteurs orfĂšvres grĂące aussi Ă  la direction scintillante transparente de Claudio Abbado et du Mahler chambre orchestra, entre autre pour son Siegmund de La Walkyrie rĂ©ellement anthologique) ; virage en 2010 en italien avec « Verismo arias » (cd3), qui rĂ©vĂšle et souligne l’intensitĂ© de l’acteur ; enfin  (cd4), figurant en couverture de son rĂ©cital Wagner, tel un bad boy, inspirĂ© par un sombre et romantique dessein, JK Ă©blouit tout autant par un programme d’une cohĂ©rence absolue enchaĂźnant des rĂŽles taillĂ©s pour son mĂ©tal humain, Ăąpre, passionnĂ© ett toujours magnifiquement, supĂ©rieurement articulĂ© : le Schwert monolog de La Walkyrie, Siegfried, Rienzi, TannhaĂŒser, Lohengrin et au sommet d’une musicalitĂ© tendre et enivrĂ©e, les 5 Wesendonck lieder, dont le dernier TraĂŒme plonge dans les langueurs du poison Ă©motionnel conçu par Wagner au delĂ  de nos attentes. ne serait ce que par ces 4 disques lĂ , le gĂ©nie vocal du plus grand tĂ©nor actuel nous est rĂ©vĂ©lĂ©. Coffret lyrique indispensable.

CD, coffret. Jonas Kaufmann : So great arias (4 cd Decca)

CD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca)

decca-rachmaninov-the-complete-works-box-coffret-32-cd-ashkenazy-jarviCD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca). Serge Rachmaninov (1873-1943) a longtemps souffert d’un surplus de pathos miĂšvre et sirupeux que bon nombre de ses interprĂštes au disque comme au concert semblent vouloir toujours et encore nous assĂ©ner… en toute mĂ©connaissance profonde de sa personnalitĂ© comme de sa sensibilitĂ©. Quand certains aiment souligner avec force effets de poignets au clavier ou Ă  la direction, ce romantisme classicisant, sentimental et outrageusement pathĂ©tique, d’autres comme Vladimir Ashkenazy ont cultivĂ©, comme pianiste et comme chef, une voie mĂ©diane, plus dĂ©licate, mais plus juste dĂ©fendant un Rachma, dĂ©finitivement et essentiellement pudique, Ă©lĂ©gant, d’une mesure suggestive, spĂ©cifiquement allusive (en rien dĂ©monstrative).

Tel peut-ĂȘtre l’enseignement de ce coffret somptueux et finalement rĂ©capitulatif qu’Ă©dite Decca, comme un hommage Ă  l’affinitĂ© de l’interprĂšte pour un compositeur qu’il a servi avec une indĂ©fectible Ă©nergie, dĂ©fendant avec la mĂȘme ardeur, l’Ă©clat lunaire, voire mĂ©lancolique et mĂȘme saturnien d’un compositeur russe aussi mĂ©connu que peuvent ĂȘtre mieux servis Ă  l’inverse, ses contemporains, les modernes Stravinsky et Prokofiev.

CLIC_macaron_2014Rachmaninoff_1906Les 32 cd de cette intĂ©grale impressionnante par sa cohĂ©rence artistique et sa grande unitĂ© esthĂ©tique offre une palette complĂšte, le legs d’une recherche interprĂ©tative qui dans le cas de Vladimir Ashkenazy remonte Ă  40 ans, les premiers enregistrements au piano datant du milieu des annĂ©es 1970 (1975 pour le premier cd : les 24 PrĂ©ludes, enregistrĂ©s entre 1974 et 1975) et les plus rĂ©cents remontant Ă  2012 (cd 8 comprenant Morceaux de salon opus 10, 3 Nocturnes, 4 PiĂšces opus 1). Aux cĂŽtĂ©s d’Ashkenazy, le coffret prĂ©sente Ă©galement des alternatives complĂ©mentaires fameuses : ainsi dans le CD3, les variations sur un thĂšme de Chopin par Jorge Bolet (1986), ou la Sonate n°1 en rĂ© mineur opus 28 par Alexis Weissenberg (1987), … Ă©galement entre autres, la complicitĂ© devenue lĂ©gendaire Ă  deux pianos d’Argerich et Freire dans la transcription des Danses Symphoniques opus 45 (2009). SimultanĂ©ment Ă  ses enregistrement des Ɠuvres pour piano seul (septembre 1974), Ashkenazy enregistre les mĂ©lodies avec Elisabeth Sodeström, soit un cycle de 3 cd Ă©blouissants, d’une profondeur et d’une sincĂ©ritĂ© intactes, rĂ©alisĂ©s jusqu’en 1980.

Mais les premiers enregistrements rĂ©alisĂ©s par Ashkenazy chez Decca concerne les Concertos pour piano mis en boĂźte dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1970 : ainsi le n°1 (1970) comme soliste avec le London Symphony Orchestra sous la direction d’AndrĂ© PrĂ©vin, puis l’annĂ©e suivante, en 1971, les n°2,3 et 4. Le coffret comprend aussi les versions originales des n°1 et 4 enregistrĂ©es par Ashkenazy chef d’orchestre (soliste : Alexander Ghindin) avec le Philharmonique d’Helsinki en mars 2001.

Les pages symphoniques suivent l’enregistrement des Concertos pour piano ; Ashkenazy enregistrant les Symphonies 1 et 3 dans les annĂ©es 1980. Et aussi la Symphonie Jeunesse de 1891 en 1983 avec le Concertgebouw Orchestra.  ComplĂ©tant le volet strictement symphonique, la Symphonie n°2 (opus 27) est ici celle dirigĂ©e par Edo de Waart, enregistrĂ©e dĂšs mai 1973. Parmi les fresques orchestrales, les plus rĂ©ussies citons les Danses Symphoniques opus 45 (1983), surtout les sublimes Cloches – Kolokola opus 35 d’aprĂšs Edgar Allan Poe (1984) enregistrĂ© avec le mĂȘme Concertgebouw Orchestra.

sergei-rachmaninov-russian-composer1Les 4 opĂ©ras de Rachmaninov. Les raretĂ©s du coffret concernent surtout les opĂ©ras de Rachmaninov, au symphonisme flamboyant dont on ne comprend pas bien pourquoi ils ne sont pas  plus souvent jouĂ©s car leur dramatisme intense y est souvent conjuguĂ© Ă  un dĂ©veloppement condensĂ©, trĂšs efficace ; ainsi : Aleko (1892, composĂ© par l’Ă©tudiant du Conservatoire de Moscou,  dĂ©jĂ  admirĂ© par Tchaikovski), Le chevalier ladre opus 24 (1904, inspirĂ© comme Aleko de Pouchkine) dont l’ouverture saisit immĂ©diatement par le sens de la couleur, le climat de malĂ©diction sombre auquel rĂ©pond des Ă©clairs scintillants d’espoir (c’est un huit clos entre un pĂšre fortunĂ© mais pingre et son fils)…, surtout l’exceptionnel Francesca da Rimini opus 25 (1905) sur le livret de Modeste Tchaikovski, aux poudroiements crĂ©pusculaires … les 3 ouvrages sont enregistrĂ©s de façon trĂšs convaincantes par Neeme JĂ€rvi Ă  l’Ă©tĂ© 1996. On comprend TchaĂŻkovski dĂ©couvrant Ă  Moscou le feu dramatique du jeune Rachma alors Ă©tudiant prĂ©coce de seulemnt 19 ans… S’il n’avait Ă©tĂ© sĂ©duit par d’autres formes, en particulier celles dĂ©rivĂ©es du piano dont il Ă©tait virtuose, Rachmaninov se rĂ©vĂšle passionnant dramaturge. L’opĂ©ra, plus dĂ©veloppĂ© dans son Ɠuvre, aurait probablement atteint le mĂȘme essor que celui de Piotr Illyitch… le compositeur sait en quelques mesures faire surgir le trĂ©fonds des Ăąmes Ă©prouvĂ©es, exprimer tous les enjeux dramatiques de la situation : n’Ă©coutez que le monologue du baron avare, si dur envers son fils Albert (l’introduction orchestrale Ă©gale La Dame de Pique de TchaĂŻkovski), longue tirade tourmentĂ© Ă  l’Ă©criture prĂ©cise et souterraine qui au dĂ©part Ă©tait destinĂ© Ă  l’immense Chaliapine… Rachmaninov s’y montre parfait assimilateur du Wagner de Bayreuth, un modĂšle qui lui inspire une orchestration riche et transparente. C’est pourquoi les 4 opĂ©ras ici regroupĂ©s sont de premiĂšre importance et d’un plaisir inouĂŻ. Le feu trĂšs articulĂ© de JĂ€rvi toujours soucieux de lisibilitĂ© y compris dans les scĂšnes avec choeur, se rĂ©vĂšle passionnant d’autant qu’il rĂ©unit une distribution luxueuse comptant entre autres : le lĂ©gendaire et passionnĂ© Sergei Larin dans le rĂŽle d’Albert fils du baron avare, l’incandescent et phĂ©nomĂ©nal Sergei Leiferkus, Maria Gulhina (leur duo dans la derniĂšre partie de Francesca est captivant-) … ; mĂȘme dĂ©couverte fructueuse avec Monna Vanna, scĂšne 1,2 3 de l’acte I (1907 : dans l’enregistrement rĂ©alisĂ© en 1991 par Igor Buketoff, direction qui en proposait alors Ă  la demande des descendants, la premiĂšre restitution du seul premier acte : en anglais, la distribution n’a pas l’assise ni l’unitĂ© dramatique des JĂ€rvi ; seul Sherrill Milnes en Guido convainc).

Les fleurons de la musique de chambre ne sont pas Ă©cartĂ©s (intĂ©grale oblige) : les 2 trios Ă©lĂ©giaques par le Beaux Arts Trio (1986) ni les Quatuors Ă  cordes n°1 et n°2 (Goldner string Quartet, 2009)… TrĂšs complet le coffret complĂšte l’apport d’Ashkenazy par la lecture d’autres interprĂštes tout autant convaincants, c’est le cas pour les Concertos pour piano de Sviastoslav Richter (n°2, 1959), Argerich / Chailly (n°3, 1982), Zoltan Kocsis (n°4, 1982). Mais rien ne vaut au final, l’Ă©coute du compositeur lui-mĂȘme grand pianiste cĂ©lĂ©brĂ© de son vivant, grĂące au cd32 qui rĂ©unit les fameux enregistrements de Rachmaninov conservĂ©s sur rouleaux Ampico et rĂ©alisĂ©s entre 1919 et 1929 : le compositeur y joue ses propres oeuvres (Morceaux de fantaisie opus 3, Etudes tableaux opus 39 n°4 et 6…) mais aussi plusieurs transcriptions de son cru d’aprĂšs Moussorgksi, Rimsky (le vol du bourdon), Kreisler… le dernier cd comprend un entretien audio avec Vladimir Ashkenazy Ă  propors du “vrai Rachamaninov” (en anglais).

CD, coffret. Rachmaninov : the complete works, integrale (32 cd Decca)

CD. St Petersburg par Cecilia Bartoli. Feuilleton 2/3 : Araia et Raupach à la Cour impériale de Russie

BartolispCD. St Petersburg par Cecilia Bartoli. Feuilleton 2/3 : Araia et Raupach Ă  la Cour impĂ©riale de Russie. Dans ce nouveau feuillton dĂ©veloppĂ© Ă  l’occasion du nouvel album de Cecilia Bartoli (intitulĂ© St Petersburg, parution le 13 octobre 2014), classiquenews prĂ©cise le sujet du programme musical dĂ©fendu par la diva romaine Bartoli. Nouveau album, nouvelles dĂ©couvertes… AprĂšs avoir Ă©clairer notre connaissance sur les castrats napolitains, en en dĂ©nonçant la pratique historique d’Ă©masculation des jeunes garçons au nom d’un art d’excellence (cf. son album Ă©galement Ă©ditĂ© par Decca, intitulĂ© Ă  juste titre ” Sacrificium “, 2009), voici rĂ©vĂ©lĂ©s l’Ɠuvre et le style des compositeurs napolitains principalement jusqu’en 1750, Ă  la Cour de Russie : Araia puis Raupach, dans les annĂ©es 1730 puis 1740 et 1750, pour les Tsarines Anna et Elisabeth,- donc avant l’avĂšnement du rĂšgne de Catherine la Grande (Tsarine en 1762),  livrent plusieurs joyaux lyriques en rapport avec le goĂ»t europĂ©en des ImpĂ©ratrices Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Contemporains de Vivaldi, Bach, Haendel et Rameau, Aria et Raupach  (contemporain aussi du compositeur Ă©lĂ©gantissime Steffani que la diva a auparavant dĂ©voilĂ© dans son album ” Mission “,  2012) cultivent le style du Baroque tardif dĂ©jĂ  classique et galant, affirmant la suprĂ©matie des Italiens surtout napolitains Ă  la Cour ImpĂ©riale… Classiquenews, dans ce feuilleton 2, (aprĂšs le volet 1 qui offrait une prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du projet St Petersburg par Cecilia Bartoli), souligne la valeur artistique des compositeurs ainsi ressuscitĂ©s, d’autant plus vivaces et captivants qu’ils sont dĂ©fendus par la furiĂ  expressive et ciselĂ©e de la diva, qui la quarantaine rayonnante, s’engage derechef pour un nouveau rĂ©pertoire – certes qu’elle connaĂźt bien, mais qui dans son prolongement jusqu’Ă  Saint-Petersbourg (St Petersburg) prĂ©sente de nouveaux dĂ©fis : vocaux, dramatiques, linguistiques (Bartoli y chante pour la premiĂšre fois en russe). dans ce nouveau feuilleton, CLASSIQUENEWS prĂ©sente 5 airs du rĂ©cital St Petersburg de Cecilia Bartoli qui compte 11 inĂ©dits.

 

 

 

CD. St Petersburg par Cecilia Bartoli (2/3)

Araia et Raupach Ă  la Cour impĂ©riale russe …

 

st-petersburg-versailles-russe-jardin-xviiiSt Petersburg Ă  l’heure napolitaine … Comme dans le reste des Cours Ă©clairĂ©es d’Europe, la Russie “façonnĂ©e” par Pierre Ier se met Ă  la page de la culture moderne, celle bientĂŽt des LumiĂšres oĂč rĂšgne le parler français et le chanter italien. Versailles depuis Louis XIV dicte les maniĂšres et l’art de vivre dĂ©coratif et architectural, mais les italiens rĂšgnent sur l’opĂ©ra : aucune cour ne peut prĂ©tendre Ă  un certain statut prestigieux si elle ne cultive pas son propre opĂ©ra italien : est-ce un hasard si les compositeurs germaniques : Haydn, Mozart et avant eux, Haendel ou Hasse se soient mis Ă  l’italien ? Seule la France prĂ©servant sa singularitĂ© nationale cultive sa propre tradition (qu’incarne alors le savant autant qu’expĂ©rimental Rameau, de 1733 Ă  1764). Dans son album St Petersburg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli s’intĂ©resse Ă  la nombreuse colonie des compositeurs italiens qui ont travaillĂ© pour la Cour impĂ©riale Russe : Galuppi, Paisiello, Cimarosa ou Sarti, et mĂȘme  Giuseppe Verdi, dont La forza deldestino est crĂ©Ă© en 1862 au ThĂ©Ăątre impĂ©rial de Saint-PĂ©tersbourg. La diva remonte encore plus loin dans le temps : en particulier Ă  l’Ăąge des bĂątisseurs, dans ce premier XVIIIĂš baroque et exubĂ©rant qui saisit par sa science expressive et caractĂ©risĂ©e .Si Pierre Ier fonde la grande Russie moderne, c’est surtout Catherine II, “la Grande” qui au temps des LumiĂšres (1762-1796) favorise particuliĂšrement l’opĂ©ra italien. Jusqu’Ă  Glinka et son opĂ©ra national “Une vie pour le Tsar” (1836), l’opĂ©ra en Russie reste surtout italien. Cecilia Bartoli Ă©claire la pĂ©riode de l’histoire russe oĂč au XVIIIĂšme, les compositeurs baroques italiens ont particuliĂšrement comptĂ©.

 

 

3 Tsarines pro europĂ©ennes …
anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740Trois impĂ©ratrices au goĂ»t proche se distinguent alors, dĂ©voilant la faveur d’une sensibilitĂ© occidentale et culturellement europĂ©enne, en particulier italienne : Anna Ivanovna ou Anne IĂšre (1730–1740, portrait ci contre), Élisabeth IĂšre (1741–1761) enfin la plus prestigieuse, Catherine II  dite “la Grande” (1762–1796). Chacune prolongent le grand dessein de Pierre Ier : bĂątir une nation russe puissante et moderne qui favorise aussi un certain art de vivre. Anna a vĂ©cu surtout en Courlande (Lettonie de l’Ouest), se dĂ©sintĂ©ressant de la vie traditionnelle russe. Élisabeth Petrovna, fille de la seconde Ă©pouse de Pierre le Grand, nĂ©e en Courlande, est Ă©duquĂ©e Ă  la française. Catherine quant Ă  elle, nĂ©e en PomĂ©ranie (Stettin) est allemande : elle demeure toute sa vie fortement influencĂ©e par les tendances artistiques venues d’Europe. Le fondateur de Saint-Petersbourg n’a pas le temps d’enraciner une riche vie culturelle locale : c’est l’Ɠuvre des trois impĂ©ratrices qui lui succĂšdent.

     

 

 

Anna Ivanovna  et Francesco Araia

 

anna-ivanovna-tsarine-cecilia-bartoli-st-petersburg-decca-cdA la tsarine Anna Ivanovna revient l’installation d’une troupe italienne d’opĂ©ra Ă  Saint- PĂ©tersbourg. En font partie,  le violoniste et compositeur Domenico Dall’Oglio, Ă©lĂšve probable  de Vivaldi et de Tartini. Dans le courant des annĂ©es 1730, Anna favorise l’essor de la vie musicale Ă  Saint-Petersbourg : en 1732, elle crĂ©Ă©e la premiĂšre AcadĂ©mie de musique en Russie, tout en Ɠuvrant Ă  la professionnalisation de l’orchestre de la Cour. JugĂ©e sĂ©vĂšrement par les historiens, le rĂšgne d’Anna, trop dispendieux voire “dĂ©cadent”, invite le compositeur napolitain Francesco Araia (1709-1770) comme premier compositeur de la cour, aprĂšs le refus de Nicolo Porpora.  AprĂšs sa crĂ©ation milanaise en 1734, l’opĂ©ra La forza dell’amore e dell’odio est reprĂ©sentĂ© en 1736 au ThĂ©Ăątre du Palais d’Hiver : c’est le premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© en Russie. Le livret italien est alors traduit en russe.

BartolispCecilia Bartoli a choisi d’incarner Minerve qui s’adressant Ă  son pĂšre, au bord tragique de la mort, s’Ă©panche dans un air de plus de 7mn (Vado a morir : je vais mourir… ) : contemporain du dernier Vivaldi, l’ouvrage d’Araia dĂ©ploie une somptueuse Ă©toffe instrumentale plutĂŽt sombre et grave, que le chant tendu, Ă©ruptif, souvent incandescent de la mezzo rĂ©inscrit dans la dĂ©ploration digne et blessĂ©e (Plage 1).
Est ce parce qu’elle ne souhaitait pas mettre surtout en avant la pure virtuositĂ©, mais bien en premier choix, la langueur funĂšbre et noire que Cecilia Bartoli a choisi ainsi d’ouvrir son rĂ©cital St Petersburg dans la pudeur affligĂ©e d’un air trĂšs introspectif ? La dĂ©cision est juste. Ceux qui aime leur diva dans les cascades acrobatiques seront nĂ©anmoins satisfaits (et ce dĂšs l’air qui suit : le chant rageur conquĂ©rant d’Hercule aux portes des enfers extraits de l’Alceste de Raupach, devenu dans le livret de l’Ă©crivain russe Alexander Sumarokov : Altsesta, premier opĂ©ra chantĂ© en russe…, plage 2).

Chaque reprĂ©sentation d’un opĂ©ra d’Araia souligne un temps fort du calendrier dynastique : la fĂȘte de la tsarine, le couronnement, puis chaque jour anniversaire de l’intronisation. Entre temps, ballets, oratorios, concerts innombrables donnĂ©s pour grands banquets hebdomadaires et surtout les bals. De nombreux chƓurs sont constituĂ©s Ă  partir de chanteurs venus de toute la Russie.

BartolispEmblĂ©matique de la veine seria, solennel mais aussi tendre et carressant : le style d’Araia transparaĂźt davantage dans l’extrait de Seleuco (livret de Giuseppe Bonecchi) : son Ă©criture trĂšs brillante (avec hautbois obligĂ© dĂšs l’ouverture puis dialoguant avec la voix soliste qu’il ne cesse pendant tout l’air de plus de 10 mn, d’accompagner, de commenter, de doubler…), prĂ©figure les Haydn et Mozart de la gĂ©nĂ©ration suivante. Cecilia Bartoli chante l’air d’apaisement voire d’extase pastorale de DĂ©mĂ©trius (Demetrio) oĂč les sentiments entre crainte et espĂ©rance, d’un berger amoureux perdu dans les bois la nuit venue, s’Ă©veille aux sons de la mystĂ©rieuse et imprĂ©visible nature : prĂ©texte Ă  une sĂ©rie de coloratoure impressionannte, dialoguĂ©e avec le hautbois omniprĂ©sent (Plage 7).

Les reprĂ©sentations d’opĂ©ras sont les moments les plus solennels du calendrier musical officiel : Araia est principalement jouĂ©, ainsi en est il jusqu’aux annĂ©es 1750, exception faite donc de l’opĂ©ra La ClĂ©mence de Titus (hommage aux Politiques Ă©clairĂ©s) de Hasse, reprĂ©sentĂ© donc Ă  Moscou en 1742, pour le couronnement de l’ImpĂ©ratrice Elisabeth et pour lequel Dall’Oglio, musicien faisant partie de la troupe italienne favorisĂ©e par Anna Ivanovna-, et son confrĂšre Luigi Madonis, composent le prologue. En un air avec flĂ»te obligĂ©e, colorant l’Ă©pisode en teintes pastorales, l’air de Rutenia est un appel Ă  la paix intĂ©rieure : “nous sommes fatiguĂ©s de pleurer, nous sommes las de souffrir”…

     

 

 

Elisabeth mĂ©lomane, l’arrivĂ©e de Raupach en 1755…

 

elizabeta-petrovna-elizabeth-1ere-de-Russie-cecilia-bartoli-st-petersburg-cd-deccaTrĂšs diffĂ©rente d’Anna, Elisabeth n’en poursuit pas moins la politique musicale proitalienne, en particulier napolitaine : l’ImpĂ©ratrice succombe comme tous les rois et princes europĂ©ens au culte des castrats, invention proprement napolitaine. Ainsi en 1755, pour la crĂ©ation Ă  Saint-Petersbourg, de l’opĂ©ra Alessandro nell’Indie d’Araia, dĂ©cidĂ©ment trĂšs en faveur, Elisabeth fait venir le castrat Carestini, favori de Haendel dont il chanta tant de rĂŽles majeurs dans ses opĂ©ras serias. La mĂȘme annĂ©e, Elisabeth autorise la crĂ©ation du premier opĂ©ra en langue russe Tsefal i Prokris (“CĂ©phale et Procris”). L’Ɠuvre est dĂ©cisive car son livret est Ă©crit par l’Ă©crivain russe Alexandre Soumarokov… d’inspiration pastorale, l’opĂ©ra est chantĂ© par de jeunes solistes provenant des chƓurs russes fondĂ©s par Anna. En 1755 aussi, arrive de Stralsund, Hermann Friedrich Raupach (1728-1778), comme claveciniste de l’Orchestre de la cour. TrĂšs vite, Raupachest sollicitĂ© comme compositeur : ainsi en 1758, Rapauch livre son nouvel opĂ©ra : Altsesta, Alceste, drame Ă©crit par Soumarokov Ă©galement et chantĂ© lors de sa crĂ©ation dans le palais d’Ă©tĂ© de Peterhof, par des enfants chanteurs issus des chƓurs russes de la Chapelle impĂ©riale. Le succĂšs auprĂšs de l’ImpĂ©ratrice est total : Raupach gagne de nouveaux galons : il succĂšde en 1759 Ă  Araia, congĂ©diĂ© par Elisabeth.

BartolispComme Araia ainsi dĂ©voilĂ©, Raupach occupe une place importante dans le rĂ©cital de Cecilia Bartoli : sa furiĂ  d’agilitĂ©, dramatique frĂ©nĂ©tique (prĂ©gluckiste) s’affirme surtout dans le premier air sĂ©lectionnĂ© extrait de l’Alceste russe de Sumarokov de 1758 : Cecilia Bartoli incarne la stature dĂ©terminĂ©e, conquĂ©tante du hĂ©ros Hercule. Chantant pour la premiĂšre fois en russe, la diva Ă©voque l’entrĂ©e du libĂ©rateur du couple AdmĂšte/Alceste, dans la gueule des enfers : la sĂ©rie d’acrobatie vocale exprime l’ardente Ă©nergie d’un hĂ©ros prĂȘt Ă  en dĂ©coudre (“j’y entrerai et lĂ , tout, je torublerai”). Hercule entend dĂ©fendre l’intĂ©gritĂ© d’Alceste dĂ©cidĂ©e Ă  remplacer son Ă©poux AdmĂšte aux Enfers. La vitalitĂ© des cordes, les accents des trompettes guerriĂšres, convoquant dans cet air de bravoure exacerbĂ©e, le lustre des futurs exploits militaires, composent un air saisissant, exigeant virtuositĂ© et dramatisme, soit un souffle illimitĂ©… que Cecilia Bartoli, soucieuse de caractĂ©risation juste et habitĂ©e, dĂ©fend avec une intensitĂ© rare (plage 2).
BartolispL’opera seria exalte la grandeur morale des protagoniste tout en soignant dans le dĂ©roulement dramatique, l’arche tendue et vive des contrastes : le second extrait sĂ©lectionnĂ© par Cecilia Bartoli, d’aprĂšs le premier opĂ©ra russe, Altsesta, est l’air le plus long du rĂ©cital, lui aussi d’une langueur et d’une gravitĂ© toute napolitaine (courbe ondulante et grave des cordes rappelant PergolĂšse et Scarlatti entre autres) : Ă©cho de l’air de minerve d’Aria lui aussi frappĂ© du sceau de la mort souveraine, l’air d’Alceste : “ Je vais Ă  la mort et je n’ai pas peur … impose le tempĂ©rament vocal d’une hĂ©roĂŻne prĂȘte Ă  l’ultime sacrifice pour sauver son Ă©poux, le Roi AdmĂšte. Ici pas de vent ou bois ou cuivres obligĂ©s mais la seule vague suspendue des cordes, baignant l’air chantĂ© en russe, dans une atmosphĂšre sombre et apaisĂ©e Ă  la fois : Alceste reste sereine dans sa dĂ©cision fatale. Car c’est son amour absolue qui la guide… au delĂ  de toute souffrance, au delĂ  de toute rĂ©volte. Cecilia Bartoli a manifestement choisi cet air pour son amplitude introspective, les qualitĂ©s de caractĂ©risation intĂ©rieures qu’il exige (plage 3).
Le dernier air soulignant la maĂźtrise de Raupach dans le style napolitain seria est extrait de Siroe, re di Persia : d’aprĂšs un livret de MĂ©tastase, Laudice exprime la dignitĂ© de sa posture morale : l’air est de dĂ©termination et de bravoure, exigeant vocalises dĂ©ferlantes, sur un tapis orchestral qui exprime la houle marine soumise aux vissicitudes du vent inconstant. Le dĂ©chainement des Ă©lĂ©ments faisant mĂ©taphore des passions qui animent le cƓur et l’Ăąme de la soliste (plage 4).

st-petersburg-cecilia-bartoli-vue-palais-roseAraia comme Raupach s’illustrent parfaitement dans le modĂšle baroque tardif de l’opĂ©ra seria avec airs da capo. Si la virtuositĂ© vocale est particuliĂšrement exigĂ©e, le chromatisme nouveau annonce dĂ©jĂ  la sensibilitĂ© classique et galante.  Comme dans les cours d’Europe, aprĂšs l’engouement pour les roucoulades virtuoses des castrats, et pour l’opera seria napolitain, la Cour impĂ©riale Russe s’enthousiasme pour les comĂ©dies italiennes, en particulier quand en 1757, la troupe d’opĂ©ra de Giovanni Battista Locatelli joue les commedie italiennes Ă  la Cour (entre autres celles de Galuppi), dans les cercles privĂ©s et les thĂ©Ăątres public… Vincenzo Manfredini, jeune et fringuant kapellmeister de la troupe, est remarquĂ© et entre Ă  la Chapelle impĂ©riale, au moment oĂč Pierre, nouvel hĂ©ritier nommĂ© par Elisabeth, devient Tsar (Pierre III) Ă  la mort de la Tsarine en 1761. Manfredini devient de facto, le nouveau compositeur officiel aprĂšs Raupach. Mais c’est une toute autre histoire qui s’Ă©crit alors… Ă  suivre dans notre prochain feuilleton 3/3 : le goĂ»t et les rĂ©formes de la Grande Catherine, les compositeur Manfredini, Galuppi, Cimarosa.

Lire aussi notre volet 1/3 : présentation générale du nouveau cd de Cecilia Bartoli

Nouveau cd. Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewNouveau cd. Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3. Quels sont les oeuvres ressuscitĂ©es ? Quels en sont les compositeurs et le goĂ»t des impĂ©ratrices qui les ont favorisĂ©s ? CLASSIQUENEWS s’intĂ©resse au nouvel album de Cecilia Bartoli intitulĂ© “ St-Petersburg “. Feuilleton en 3 volets…  Volet 1 : prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du programme St Petersburg. A partir des archives mĂ©connues du ThĂ©Ăątre Marinsky, Cecilia Bartoli a sĂ©lectionnĂ© un corpus lyrique de 11 mĂ©lodies inĂ©dites rĂ©vĂ©lant le statut privilĂ©giĂ© des compositeurs italiens dans le goĂ»t musical de 3 impĂ©ratrices russes et non des moindres. Les perles ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es tĂ©moignent de la forte attraction de l’art occidental dans la Saint-PĂ©tersbourg impĂ©riale au XVIIIĂšme siĂšcle.  La ville crĂ©Ă©e sur les marais par Pierre Ier dĂ©montre l’ambition d’un Russie forte et puissante qui veut s’imposer sur l’échiquier europĂ©en
 A la suite de la politique proeuropĂ©enne de Pierre Ier, les Tsarines Anna Ivanovna (1730–40), Élisabeth Petrovna (Élisabeth IĂšre, 1741–1762) et Catherine II (« la Grande », 1762–1796) se tournent elles aussi vers l’Europe afin d’enrichir la vie culturelle de leur vaste pays : elles y font entendre les musiques les plus applaudies et les plus modernes Ă  leur Ă©poque, preuve d’un goĂ»t raffinĂ© et sĂ»r. Alors que L’Europe des LumiĂšres goĂ»te surtout les idĂ©es des philosophes français (Catherine II Ă©crit en français Ă  Voltaire Ă  la fin du siĂšcle), la musique favorite reste surtout italienne. Les femmes de pouvoir cultivent un goĂ»t audacieux dans la suite du Tsar Pierre Ier, lequel Ă  sa mort en 1725, laisse un empire occidentalisĂ© dont Saint-Petersbourg est l’emblĂšme le plus prestigieux.

 

 

 

3 impĂ©ratrices au goĂ»t europĂ©en et… italien

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaSa niĂšce, Anna, impĂ©ratrice Ă  partir de 1730, dĂ©veloppe les arts Ă  grande Ă©chelle. Elle fait venir Ă  la cour impĂ©riale des musiciens italiens et allemands, et avec eux l’opĂ©ra, l’opĂ©ra-bouffe, le ballet. En 1741, par un coup d’État pacifique, Élisabeth 1Ăšre (fille d’un second mariage de Pierre le Grand) s’empare du pouvoir dĂ©tenu par l’hĂ©ritier dĂ©signĂ© d’Anna, son petit-neveu Ivan, encore nourrisson. Elisabeth 1Ăšre prend la cour de France comme modĂšle, et, grande admiratrice du thĂ©Ăątre français, s’engage Ă©galement en faveur de la musique avec passion. Elle chante dans le chƓur de sa propre chapelle, dĂ©veloppe la musique profane, met sur pied le premier opĂ©ra chantĂ© en russe (La forza dell’amore e dell’odio de Francesco Araia, crĂ©Ă© au Palais d’hiver, en 1736). Le successeur immĂ©diat d’Élisabeth est son neveu Pierre, esprit dĂ©rangĂ© et malingre qui est bientĂŽt Ă©cartĂ© par sa femme, celle-ci accĂšde au anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740pouvoir sous le nom de Catherine II. Durant les trente-quatre annĂ©es de son long rĂšgne (1762-1796), Catherine la Grande (photo ci-contre), interlocutrice de Louis XV et Louis XVI, poursuit le travail de ses prĂ©dĂ©cesseurs (en particulier l’Ɠuvre de Pierre Ier) et fait de l’Empire russe une puissance mondiale de premier ordre.  Au dĂ©but, peu musicienne (dans son enfance elle aurait dit-on, utilisĂ© un clavicorde pour fabriquer un toboggan
 !!), Catherine invite Ă  Saint-PĂ©tersbourg les musiciens de renommĂ©e internationale ; Ă©crit des livrets d’opĂ©ra… les premiers thĂ©Ăątres d’opĂ©ra russes voient le jour durant son rĂšgne.

elisabeth petrovna 1741-1762Elizabeth_of_Russia_by_V.EriksenCherchant Ă  restituer Ă  travers trois portraits d’impĂ©ratrice, selon leur goĂ»t musical propre,  l’évolution de la faveur europĂ©enne, surtout italienne Ă  la Cour de Saint-Petersbourg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli choisit les Ɠuvres les plus emblĂ©matiques de chaque compositeurs invitĂ©s ou jouĂ©s en Russie : Francesco Araia (1735–1759), Hermann Friedrich Raupach (1759–1761), Vincenzo Manfredini (1761–1763) et Domenico Cimarosa (1787–1791).

Aria francescoLe napolitain Francesco Araia est le premier compositeur dont on joua un opĂ©ra en Russie (La forza dell’amore e dell’odio, au Palais d’hiver, en 1736). Il compose surtout le premier opĂ©ra sur un livret russe (Tsefal i Prokris,  – CĂ©phale et Procris-, reprĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois en 1755). Cecilia Bartoli chante deux airs d’Araia, l’un d’eux Ă©tant empruntĂ© Ă  l’ouvrage pionnier La forza dell’amore e dell’odio.  Araia eut pour successeur le claveciniste et compositeur allemand Hermann Friedrich Raupach… qui fut au service de l’impĂ©ratrice pendant deux ans seulement : son style classique n’écarte pas un dramatise trĂšs intense. Malheureusement, la part de ses oeuvres parvenues est bien mince. Cecilia Bartoli a choisi deux airs de son opĂ©ra russe Altsesta, les premiers airs que Cecilia Bartoli chante en russe !

Le jeune Vincenzo Manfredini dont figurent ici trois extraits de l’opĂ©ra Carlo Magno, notamment le chƓur animĂ© et victorieux qui termine le disque, occupe son poste en Russie
 moins de deux ans. NommĂ© par Pierre, le prĂ©dĂ©cesseur Ă©phĂ©mĂšre de Catherine, ne lui rendit sans doute pas service sur le plan professionnel ! C’était pourtant un compositeur de grand talent dont Cecilia Bartoli dĂ©voile le tempĂ©rament taillĂ© lui aussi pour l’expression des passions et le thĂ©Ăątre. Autre rĂ©vĂ©lation du programme conçu par Cecilia Bartoli : La ClĂ©mence de Titus de Johann Adolf Hasse 
 qui prĂ©cĂšde La ClĂ©mence de Mozart datĂ©e de 1791, de prĂšs de cinquante ans. Écrit pour le couronnement de la tsarine Élisabeth, en 1742, le prologue rĂ©unit l’Ă©criture de deux compositeurs italiens actifs en Russie : Domenico Dall’Oglio (probablement un Ă©lĂšve de Vivaldi et de Tartini) et le violoniste Luigi Madonis.

cimarosa domenicoEnfin Domenico Cimarosa, – seul auteur encore connu de nos jours-, passe quatre ans Ă  la cour de Saint-PĂ©tersbourg avant de s’installer Ă  Vienne oĂč il entre au service de l’empereur du Saint-Empire romain germanique, LĂ©opold II. Catherine II avait beau s’intĂ©resser Ă  la littĂ©rature et au thĂ©Ăątre français, Cimarosa qui travaille d’arrache-pied et donne naissance Ă  un flot constant de musique de premier ordre, ne reste pas en Russie. L’air retenu dans le programme, issu de La vergine del sole, comporte un solo de clarinette particuliĂšrement brillant. Catherine avait bel et bien perdu un compositeur de qualité  Le fonds des archives de la bibliothĂšque du ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg est particuliĂšrement riche et comprend une collection mĂ©sestimĂ©e de perles lyriques depuis le XVIIĂšme jusqu’au XIXĂšme
 la partition originale de La Force du destin de Verdi, reprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois Ă  Saint-PĂ©tersbourg en 1862 y figure entre autres. Pour son projet  « St Petersburg », Cecilia Bartoli retrouve Diego Fasolis et son ensemble I Barocchisti, complices prĂ©cĂ©dents pour la redĂ©couverte des opĂ©ras d’Agostino Steffani.

Cecilia Bartoli : St Petersburg. 1 cd Decca, sortie internationale le 13 octobre 2014.

 

 

 

bartoli st petersburg cecilia bartoli saint petersbourg

 

 

 

Tracklisting : programme du cd St-Petersburg :

1. Francesco Domenico Araia (1709-1770): La forza del amore e dell’ odio – ‘Vado a morir’

2. Hermann Raupach (1728-1778): Altsesta – ‘Razverzi pyos gortani, laja’

3. Hermann Raupach: Altsesta – ‘Idu na smert’

4. Hermann Raupach: Siroe, re di Persia – ‘O placido il mare’

5. Domenico Dall’Oglio (1699-1764), Luigi Madonis (1690-1767): prologue to La clemenza di tito (Hasse) – ‘De’ miei figli’

6. Vincenzo Manfredini (1737-1799): Carlo Magno – ‘Fra’ lacci tu mi credi’

7. Francesco Domenico Araia: Seleuco – ‘Pastor che a notte ombrosa’

8. Hermann Raupach: Altsesta – ‘Marcia’

9. Vincenzo Manfredini: Carlo Magno – ‘Non turbar que’ vaghi rai’

10. Domenico Cimarosa (1749-1801): La vergine del sole – ‘Agitata in tante pene’

11. Vincenzo Manfredini: Carlo Magno – ‘A noi vivi, donna eccelsa’

 

 

 

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewBartoli on stage : 13 dates d’une tournĂ©e incontournable, au programme : les 11 airs inĂ©dits de l’album St-Petersburg

I Barocchisti · Diego Fasolis

October 22, 2014 Berlin, Konzerthaus

26 octobre 2014 : Amsterdam, Het Concertgebouw

28 octobre 2014 Cologne, Philharmonie

1er & 7 novembre 2014 Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, 20h

10 novembre 2014 Mannheim, Rosengarten

13 novembre 2014 Brussels, Palais des Beaux-Arts

15 novembre 2014 Baden-Baden, Festspielhaus

17 novembre 2014 Essen, Philharmonie

19 novembre  2014 Hamburg, Laeiszhalle

22 novembre 2014 Regensburg, Audimax der UniversitÀt

24 novembre 2014 Prague, Rudolfinum

26 novembre 2014 Munich, Herkulessaal

28 novembre 2014 Vienna, Konzerthaus

 

Illustrations : Catherine II la Grande, Anna Ivanovna, Elisabeth IĂšre, Araia, Cimarosa … (DR) 

CD. ” St-Petersburg ” : le nouveau cd de Cecilia Bartoli Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewCD. le nouveau cd de Cecilia Bartoli : St Petersburg, – Saint-Petersbourg-, Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014.  Comme une reine de la glace, en impĂ©ratrice des neiges, Cecilia Bartoli 2015, couronnĂ©e de fourrure immaculĂ©e, s’annonce Ă  nouveau dĂ©fricheuse et curieuse, audacieuse et passionnante. Son nouveau cd intitulĂ© ” St Peterburg ” (Saint-Petersbourg) paraĂźtra le 13 octobre 2014. Il s’agit d’un programme inĂ©dit, parcours inĂ©dit Ă  travers l’Empire Russe… Ă  l’Ă©poque oĂč le goĂ»t officiel, celui de 3 impĂ©ratrices pro occidentales se tournent avec curiositĂ© vers l’opĂ©ra italien.  Comment l’opĂ©ra italien est-il arrivĂ© Ă  la Cour de Saint PĂ©tersbourg ? Qui Ă©taient les compositeurs fĂ©tiches des tsarines Anne 1Ăšre, Elisabeth 1Ăšre et Catherine II ? Telles sont quelques unes des questions auxquelles la diva romaine apporte les rĂ©ponses attendues en musique par son chant rayonnant, articulĂ©, ciselĂ©. La ville fondĂ©e par Pierre le Grand, crĂ©Ă©e de toutes piĂšces sur les marais affiche une influence explicitement occidentale et nĂ©oclassique… Soit 11 premiĂšres mondiales en provenance de « Saint Petersburg », – perles mĂ©connues des archives du Mariinsky-, composĂ©es par 5 compositeurs dont les trois pionniers Dall’Oglio, Araia, surtout Raupach, puis Manfredini, aux cĂŽtĂ©s du plus cĂ©lĂšbre Cimarosa saisissent par leur tempĂ©rament et leur engagement dramatique …:

Programme :
1. F. D. Araia (1709-1770 : La forza del amore e dell’ odio – ‘Vado a morir’
2. H. Raupach (1728-1778 : Altsesta – ‘Razverzi pyos gortani, laja’
3. H. Raupach : Altsesta – ‘Idu na smert’
4. H. Raupach : Siroe, re di Persia – ‘O placido il mare’
5. D. Dall’Oglio (1699-1764), L. Madonis (1690-1767 prologue de La clemenza di tito (Hasse) – ‘De’ miei figli’
6. V. Manfredini (1737-1799) :  – ‘Fra lacci tu mi credi’
7. F. D. Araia : Seleuco – ‘Pastore che a notte ombrosa’
8. H. Raupach : Altsesta – ‘Marcia’
9. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘Non turbar que’ vaghi rai’
10. D. Cimarosa (1749-1801 La vergine del sole – ‘Agitata in tante pene’
11. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘A noi vivi, donna eccelsa’

 

 

Cecilia Bartoli Ă  Saint-Petersbourg

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaAprĂšs les compositeurs dĂ©diĂ©s aux castrats napolitains (Sacrificium) puis un excellent programme (Mission) ressuscitant un gĂ©nie musical baroque, Ă©gal oubliĂ© de Handel, Agostino Steffani, Cecilia Bartoli s’intĂ©resse Ă  l’automne 2014, au goĂ»t europĂ©en de trois impĂ©ratrices russes Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, soit au plein XVIIIĂšme siĂšcle.
Pour la premiĂšre fois, Cecilia Bartoli dĂ©voile quelques pĂ©pites de la musique baroque dĂ©fendues par les Tsarines russes du XVIIIĂšme : les impĂ©ratrices Anna, Elizabeth et Catherine la Grande. InspirĂ©es par l’Europe des LumiĂšres, les souveraines ont favorisĂ© plusieurs compositeurs italiens et germaniques, livrant pour la cour impĂ©riale de Saint-Petersbourg, plusieurs ouvrages oubliĂ©s. La diva y chante en italien mais aussi en russe une collection de piĂšces lyriques qu’elle a sĂ©lectionnĂ©es elle-mĂȘme au sein des Archives de la BibliothĂšque Mariinsky de Saint-Petersbourg. Plusieurs d’entre elles n’avaient plus guĂšre Ă©tĂ© relues depuis 200 ans. Dans “Saint-Petersburg”, nouveau programme d’inĂ©dits, la mezzo romaine est accompagnĂ©e par l’ensemble sur instruments anciens  I Barrochisti, dirigĂ© par Diego Fasolis, ses partenaires familiers dĂ©jĂ  prĂ©sents dans son prĂ©cĂ©dent album, Mission, rĂ©vĂ©lant langueur et passion d’Agostino Steffani.

En concert les 1er et 7 novembre 2014 au Théùtre des Champs-Elysées à Paris.

Tentez de gagner un exemplaire du nouvel album de CĂ©cilia Bartoli : Saint-PĂ©tersbourg.

 

Prochaine critique complĂšte de l’album cd Saint-Petersbourg de CĂ©cilia Bartoli Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

bartoli st petersburg cecilia bartoli saint petersbourg

 

 

 

bartoli cecilia st petersburg cd decca

 

 

 
 

 

 

CD. le nouveau cd de Cecilia Bartoli : Saint-Petersburg, Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewCD. le nouveau cd de Cecilia Bartoli : Saint-Petersburg, Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014.  Comme une reine de la glace, en impĂ©ratrice des neiges, Cecilia Bartoli 2015, couverte de fourrure immaculĂ©e, s’annonce Ă  nouveau passionnante. Son nouveau cd intitulĂ© ” St Peterburg” paraĂźtra le 13 octobre 2014. Il s’agit d’un programme inĂ©dit, parcours inĂ©dit Ă  travers l’Empire Russe… Ă  l’Ă©poque oĂč le goĂ»t officiel, lceui de 3 impĂ©ratrices pro occidentales se tournent avec curiositĂ© vers l’opĂ©ra italien.  Comment l’opĂ©ra italien est-il arrivĂ© Ă  la Cour de Saint PĂ©tersbourg ? Qui Ă©taient les compositeurs fĂ©tiches des tsarines Anne IĂšre, Elisabeth IĂšre et Catherine II ? Telles sont quelques unes des questions auxquelles la diva romaine entend apporter des rĂ©ponses. Soit 11 premiĂšres mondiales en provenance de « Saint Petersburg », – perles mĂ©connues des archives du Mariinsky-, composĂ©es par 5 compositeurs dont les trois pionniers Dall’Oglio,  Araia, surtout Raupach, puis Manfredini, aux cĂŽtĂ©s du plus cĂ©lĂšbre Cimarosa…:

Programme :
1. F. D. Araia (1709-1770 : La forza del amore e dell’ odio – ‘Vado a morir’
2. H. Raupach (1728-1778 : Altsesta – ‘Razverzi pyos gortani, laja’
3. H. Raupach : Altsesta – ‘Idu na smert’
4. H. Raupach : Siroe, re di Persia – ‘O placido il mare’
5. D. Dall’Oglio (1699-1764), L. Madonis (1690-1767 prologue de La clemenza di tito (Hasse) – ‘De’ miei figli’
6. V. Manfredini (1737-1799) :  – ‘Fra lacci tu mi credi’
7. F. D. Araia : Seleuco – ‘Pastore che a notte ombrosa’
8. H. Raupach : Altsesta – ‘Marcia’
9. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘Non turbar que’ vaghi rai’
10. D. Cimarosa (1749-1801 La vergine del sole – ‘Agitata in tante pene’
11. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘A noi vivi, donna eccelsa’

 

 

Cecilia Bartoli Ă  Saint-Petersbourg

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaAprĂšs les compositeurs dĂ©diĂ©s aux castrats napolitains (Sacrificium) puis un excellent programme (Mission) ressuscitant un gĂ©nie musical baroque, Ă©gal oulbiĂ© de Handel, Agostino Steffani, Cecilia Bartoli s’intĂ©resse Ă  l’automne 2014, au goĂ»t europĂ©en de trois impĂ©ratrices russes Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, soit au plein XVIIIĂšme siĂšcle.
Pour la premiĂšre fois, Cecilia Bartoli dĂ©voile quelques pĂ©pites de la musique baroque dĂ©fendues par les Tsarines russes du XVIIIĂšme : les impĂ©ratrices Anna, Elizabeth et Catherine la Grande. InspirĂ©es par l’Europe des LumiĂšres, les souveraines ont favorisĂ© plusieurs compositeurs italiens et germaniques, livrant pour la cour impĂ©riale de Saint-Petersbourg, plusieurs ouvrages oubliĂ©s. La diva y chante en italien mais aussi en russe une collection de piĂšces lyriques qu’elle a sĂ©lectionnĂ©es elle-mĂȘme au sein des Archives de la BibliothĂšque Mariinsky de Saint-Petersbourg. Plusieurs d’entre elles n’avaient plus guĂšre Ă©tĂ© relues depuis 200 ans. Dans “Saint-Petersburg”, nouveau programme d’inĂ©dits, la mezzo romaine est accompagnĂ©e par l’ensemble sur instruments anciens  I Barrochisti, dirigĂ© par Diego Fasolis, ses partenaires familiers dĂ©jĂ  prĂ©sents dans son prĂ©cĂ©dent album, Mission, rĂ©vĂ©lant langueur et passion d’Agostino Steffani.

En concert les 1er et 7 novembre 2014 au Théùtre des Champs-Elysées à Paris.

Tentez de gagner un exemplaire du nouvel album de CĂ©cilia Bartoli : Saint-PĂ©tersbourg.

 

Prochaine critique complĂšte de l’album cd Saint-Petersbourg de CĂ©cilia Bartoli Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

 

CD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013)

grosvenor decca cd piano benjamin grosvenor nouveau cd deccaCD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, juillet 2013).  En Ă©voquant cette lettre adressĂ©e par Scriabine Ă  son Ă©lĂšve Egon Petri en 1909 qui lui proposait de construire son prochain rĂ©cital Ă  partir de transcriptions et de compositions originales de danses,  le jeune pianiste britannique dĂ©sormais champion de l’Ă©curie Decca, Benjamin Grosvenor (nĂ© en 1992 : 22 ans en 2014,  a conçu le programme de ce nouveau disque – le 3 Ăšme dĂ©jĂ  chez Universal (son 2Ăšme rĂ©cital soliste). VitalitĂ©, humeurs finement caractĂ©risĂ©es et mĂȘme ductilitĂ© introspective qui soigne toujours la clartĂ© polyphonique autant que l’Ă©lĂ©gance de la ligne mĂ©lodique (volutes idĂ©alement tracĂ©es de l’ultime Gigue), Benjamin Grosvenor affirme aprĂšs ses prĂ©cĂ©dentes gravures, une trĂšs solide personnalitĂ© qui se glisse dans chacune des sĂ©quences d’esprit rĂ©solument chorĂ©graphique.  Son Bach affirme ainsi un tempĂ©rament Ă  la fois racĂ© et subtil. Les Partitas d’ouverture sont d’un galbe assurĂ©, d’une versatilitĂ© aimable, parfois facĂ©tieuse rĂ©vĂ©lant sous les exercices brillantissimes toute la grĂące aĂ©rienne des danses françaises du premier baroque (17Ăšme siĂšcle). L’aimable doit y Ă©pouser le nerf et la vĂ©locitĂ© avec le muscle et le rebond propre aux danses baroques telles que filtrĂ©es par Jean-SĂ©bastien Bach au XVIIIĂšme. Sans omettre, le climat de suspension d’une rĂȘverie ou d’une profondeur nostalgique rĂ©solument distantes de toute dĂ©monstration.

 

 

Jeune piano enchanteur et facétieux

 

CLIC D'OR macaron 200Le Chopin qui suit souligne une faveur pour l’énergie et la gravitĂ© mĂȘlĂ©es ; la tendresse et l’intĂ©rioritĂ© conciliĂ©es.  L’Andante Spianato se rĂ©vĂšle tout d’abord enivrĂ©, rĂ©miniscence nostalgique d’un rĂȘve passĂ© que sa remĂ©moration Ă©vanescente et trop fugace rend Ă  jamais inaccessible s’il n’Ă©tait le pouvoir du chant pianistique…. rien de contraint dans ce jeu intense qui semble se construire Ă  mesure qu’il est rĂ©alisĂ© ; ce qui nous touche ici : l’expression d’une hypersensibilitĂ© qui exigeante et ne laissant rien au hasard, exprime l’intensitĂ© passionnelle sous ses doigts, crĂ©pitante qui ressuscite ensuite dans la Grande Polonaise, un Chopin capable de furieuses caresses, d’une tendresse Ă©perdue, d’un feu incandescent comme des braises ardentes. Cette Polonaise a du cran, plein d’ardeur apporte un autre ton
 : celui du brio, l’expression dune sensibilitĂ© plus dĂ©monstrative et extĂ©rieure ; d’ailleurs la nervositĂ© Ă©noncĂ©e dĂšs son dĂ©but comme une houle presque instable, affirme sous les doigts de Grosvenor, ce Chopin altier, conquĂ©rant d’une rage Ă  peine masquĂ©e y compris dans le panache brillant. CarrĂ© dramatique toujours parfaitement limpide, le jeu du pianiste captive par son agilitĂ© vibratile. Ce qu’indiquent clairement  les mazurkas trĂšs chopiniennes de Scriabine qui suivent leur modĂšle romantique.

Les 8 valses poĂ©tiques de Granados sont aussi rares que remarquablement attachantes entre autres par leur grĂące Ă  la fois facĂ©tieuse (lĂ  encore) et versatile
 exigeant de l’interprĂšte un laisser aller plein de nonchalance naturelle pourtant tĂ©nue et ciselĂ©e sur le plan de la gestion des dynamiques. Ce sont des miniatures qui expriment dĂ©tachement et, -leur titre n’est guĂšre usurpĂ©, un raffinement permanent : en cela le tempo de vals lento est emblĂ©matique de cette suggestivitĂ© filigranĂ©e d’un trĂšs grand intĂ©rĂȘt. Benjamin Grosvenor exalte la tendresse suave, dĂ©licatement Ă©vocatrice de chaque Ă©pisode  conçu comme une Ă©chappĂ©e nostalgique d’une profondeur allusive souvent irrĂ©sistible : d’un feu schumannien, le toucher crĂ©pite, se glisse en d’infinis accents millimĂ©trĂ©s. Liquide, emportĂ©, d’une facilitĂ© volubile, il fait mouche.  Autant d’insouciance finement chaloupĂ©e prĂ©pare idĂ©alement Ă  l’ivresse virtuose du Johann Strauss, surtout trouve comme un Ă©cho fraternel dans le Tango d’Albeniz (plage 25), Andantino tissĂ© dans la mĂȘme Ă©toffe, houle brillante et mĂ©lancolique. Le Boogie-woogie etude de Gould saisit par la sĂ»retĂ© elle aussi magnifiquement articulĂ©e et rythmiquement fulgurante dont fait preuve l’intrĂ©pide et audacieux Grosvenor.

De fait, paraphrase et transcription du Beau Danube Bleu d’aprĂšs Johann Strauss II, composĂ©e par Adolf Schulz-Evler, offre au jeune virtuose un champs d’accomplissement indiscutable : Ă©lĂ©gance, humour, Ă©panchement Ă©lĂ©gantissime, et lĂ  encore subtile facĂ©tie … ; surtout au rubato bien balancĂ©, prĂ©cis aux abandons pleins de panache, ce malgrĂ© une technique extrĂȘmement exigeante (surabondance des ornementations).

Si les deux premiers disques de Benjamin Grosvenor Ă©taient encore marquĂ©s par la volontĂ© d’affirmation et de dĂ©monstration, ce 3Ăšme rĂ©cital discographique confirme le tempĂ©rament d’un artiste attachant dont la virtuositĂ© technique sert surtout l’émergence d’une personnalitĂ© atypique. Les deux albums prĂ©cĂ©dents Ă©taient marquĂ©s aussi par le prĂ©sence de Ravel ; ces « Dances » complĂštent astucieusement le portrait d’un jeune pianiste prodige, sorte de lutin aux vagabondages stimulants
  Ă  suivre indiscutablement.

 

 

grosvenor benjamin piano decca danses photo

 

CD. Dances. Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca, enregistrement réalisé dans le Suffolk, Grande Bretagne, en juillet 2013)

 

 

Approfondir

Lire notre critique du cd Benjamin Grosvenor : Saint-Saëns, Ravel, Gershwin (2012,Decca)

Lire notre critique du cd Benjamin Grosvenor : Chopin, Liszt, Ravel (2011,Decca) 

 

 
 

 

CD. Dvorak : Symphonies et concertos (Jiri Belohlavek, 2012-2013, Decca)

dvorak jiri belohlavek symphonies conertos complete integrale decca 8 cdCD. Dvorak : Symphonies et concertos (Jiri Belohlavek, 2012-2013, Decca). NĂ© Ă  Prague en 1946, Jiri Berohlavek fut assistant de Celibidache (1968) et se distingua lors des Concours des jeunes chef tchĂšques (1970) puis Herbert von Karajan (1971). Il devient directeur musical du Prague Symphony orchestra (1977) puis en 1990, directeur musical de la Philharmonie TchĂšque. En 1994, il fonde la Prague Philharmonia et rĂ©alise ses nombreux engagements comme chef invitĂ© en particulier au sein de l’Orchestre symphonique de la BBC (en particulier pour les Prom’s, 2006-2012). Chef lyrique (Russalka de Dvorak rĂ©cemment dirigĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Vienne en 2014), Belohlavek sait marquer les esprit par son sens de l’architecture, la grande fluiditĂ© de son geste et des tempi volontiers ralentis, avec un sens dĂ©lectable de la sonoritĂ©, Ă  la fois vive, expressive, trĂšs dĂ©taillĂ©e, toujours opulente et gĂ©nĂ©reuse. Ses phrasĂ©s originaux rĂ©vĂšle une imagination fertile au service de l’activitĂ© instrumentale oĂč jaillit l’Ă©clat des bois et des cordes.
Le coffret Decca rĂ©unit un cycle d’enregistrements rĂ©alisĂ©s entre 2012 et 2013, tĂ©moin de la derniĂšre maniĂšre du chef lyrique et symphonique, familier depuis toujours des compositeurs tchĂšques dont Ă©videmment Dvorak, mais aussi Janacek. Les caractĂšres de sa vision Ă©quilibrĂ©e, parfois carrĂ©e et solennelle, mais riche en dĂ©tails et articulation se manifestent surtout dans les Symphonies  opus 88 et opus 95 soit les n°8 de 1889 et n°9 (du Nouveau Monde) : la direction sait ciseler de façon trĂšs vivante les motifs Ă©crits, dĂ©taillant, rendant perceptibles d’infimes dĂ©tails de timbre, le tout dans un cadre parfaitement structurĂ©, – les dĂ©tracteurs diront un rien emplombĂ© parfois, trop attĂ©nuĂ©, d’une retenue qui confine Ă  une distanciation dĂ©sengagĂ©e. C’est Ă©carter l’indiscutable sensibilitĂ© du maestro dans la rĂ©solution des dialogues des pupitres des bois particuliĂšrement, le chant toujours trĂšs investi et de façon organique des seules cordes, la caractĂ©risation rythmique (grazioso de la 8 ; clartĂ© et vivacitĂ© du furiant en phrases dĂ©calĂ©es du Scherzo de la n°6), l’Ă©lĂ©gante personnalitĂ© de ses carrures chorĂ©graphiques qui affirment le tempĂ©rament dansant de ses finals (allegro ma non troppo de la mĂȘme 8 : oĂč rayonne aussi l’Ă©loquence gĂ©nĂ©reuse des cuivres).

Dvorakien de grande classe

La 9Ăšme en son dĂ©but brumeux, volontiers nostalgique fait valoir les mĂȘmes qualitĂ©s : relief instrumental et retenue introspective qui contraste avec l’appel des cuivres d’une Ă©vidente majestĂ© : autant de vagues alternĂ©es et opposĂ©es agencĂ©es en un bain palpitant oĂč s’impose surtout, essentiellement le chant des bois, la danse des cordes, la majestĂ© des cuivres, la solennitĂ© d’un cadre idĂ©alement structurĂ©. Jiri Belohlavek fait tout entendre avec une grande Ă©lĂ©gance de ton, un naturel organique qui en reliant tous les Ă©pisodes assure la grande cohĂ©rence de l’ensemble. Le largo dĂ©veloppe la priĂšre du hautbois sur une extension optimale du tapis des cordes et des bois… L’activitĂ© des instruments et la clartĂ© des plans sonores enrichissent comme peu la noblesse de l’Ă©pisode axial (le plus dĂ©veloppĂ© de la symphonie, soit plus de 12 mn), oĂč Belohlavek fait couler un pur climat d’enchantement – osons dire Parsifalien. La sensibilitĂ© pudique et intĂ©rieur du maestro praguois est saisissante ici. MĂȘme galop de grande classe (articulation et clartĂ© des dialogues de timbres : cordes / cuivres – puis cordes / harmonie dominĂ© par la flĂ»te) dans l’excellent et trĂ©pidant Scherzo. Toute la science millimĂ©trĂ©e du maestro se dĂ©ploie dans l’ample portique de l’Allegro finale, d’une exaltation superlative, gorgĂ© de saine clartĂ© et aussi d’ampleur sereine, de leurs diverses et profondes, humainement investie qui laisse envisager de multiples clĂ©s d’approche et de comprĂ©hension : cette richesse sonore, respectueuse pourtant du flux organique qu’il rend toujours trĂšs clair, porte dĂ©finitivement la marque du chef : attentif, hypersensible, mesurĂ©, clairvoyant, d’une suractivitĂ© Ă  l’Ă©quilibre souverain. A chaque mesure reste perceptible la pensĂ©e et la vision qui les soustend. L’approche est scrupuleuse autant que personnelle : voilĂ  qui rend chaque symphonie et les deux -plus connues et spĂ©cifiquement ambitieuses- littĂ©ralement passionnantes.

On ne peut que constater la maturitĂ© du chef et sa largeur de vue dans un cycle symphonique portĂ© avec passion, scrupule, amour. Le cycle symphonique dans son ensemble est magistralement rĂ©tabli : deux premiĂšres symphonies composĂ©e Ă  24 ans (1865) sous influence schumannienn entre autres, avec quelques couleurs empruntĂ©es Ă  Janacek et Richard Strauss (n°2). Le wagnĂ©risme assumĂ© de la n°3 (1873) avec citation Ă  peine masquĂ© de son opĂ©ra favori d’alors, TannhĂ€user est parfaitement compris. Le chef porte tout autant les n°5, surtout la complexitĂ© dansante de la 6Ăš, composĂ©e en 1880 (hommage Ă  son soutien principal Ă  Vienne Brahms dont il cite la 2Ăšme Symphonie au dĂ©but du Finale), sans omettre l’Ă©loquence sombre et grave de la 7Ăšme Ă©crite en 1885 pour la SociĂ©tĂ© Philharmonique de Londres.

belohlavek-jiri-dvorak-czech-philharmonic-home-cd-350-539Le coffret complĂšte le legs symphonique de Dvorak, soulignant la grande imagination sur le plan des timbres et des couleurs, portĂ©s par une orchestration Ă  la fois coulante, (organique) et riche en dĂ©tails (finement caractĂ©risĂ©e sous la direction affĂ»tĂ©e du chef) : Concerto pour piano Ă©crit en 1876 (contemporain de l’inauguration du premier Ring Ă  Bayreuth, mais surtout dans l’Ă©criture de l’oeuvre de Dvorak de sa 5Ăš Symphonie, du Stabat Mater (miroir des tragĂ©dies intimes, celles du pĂšre endeuillĂ©) ; Concerto pour violon de 1879 (au lyrisme tchĂšque nettement explicitĂ©) dĂ©diĂ© Ă  l’ami de Brahms, le violoniste Joseph Joachim (quoique celui ci refusa toujours de jouer une Ɠuvre trop moderne). Le Concerto pour violoncelle remonte Ă  la derniĂšre annĂ©e du sĂ©jour amĂ©ricain (Ă©crit Ă  l’hiver 1894-1895). CrĂ©Ă© en 1896, Dvorak l’enrichit de thĂšme chĂ©ri par sa belle sƓur Josefina (dont il avait Ă©tĂ© amoureux quelques trente ans auparavant), mĂ©lodie tendre en guise de priĂšre pour un rĂ©tablissement espĂ©rĂ© qui ne se rĂ©alisera pas : l’aimĂ©e malade s’Ă©teint quand Dvorak rejoint sa chĂšre aurĂ©olĂ©e de gloire amĂ©ricaine : l’ĂąpretĂ© parfois trop appuyĂ©e, moins chantante qu’expressive mais d’une ariditĂ© brĂ»lĂ©e de la soliste (ici, Alisa Weilerstein) n’empĂȘche pas la direction fine et ciselĂ©e de Jiri Belohlavek qui prend ce plaisir Ă©lĂ©gantissime Ă  dĂ©tailler et colorer chaque climat du Concerto, l’un des mieux aboutis sur le plan des couleurs et du caractĂšre. L’apport pour Dvorak est somptueux : servi par l’un de ses interprĂštes rĂ©cents les plus personnels, inspirĂ©s, d’une fertile intelligence, d’une imagination juste et remarquablement investie.

Antonin Dvorak (1841-1904) : Intégrale des Symphonies et des Concertos. Alisa Weilerstein (violoncelle), Frank Peter Zimmermann (violon), Garrick Ohlsson (piano).  Cezch Philharmonic. Jiri Belohlavek, direction (6 cd Decca 2012-2013).

Jiri Belohlavek © K.Ridley

CD. Carlo Bergonzi : the Verdi Tenor (17 cd Decca)

decca-carlo-bergonzi-17-cd-90-ans-celebration-carlo-bergonzi-the-Verdi-tenor-CD. Carlo Bergonzi : the Verdi Tenor (17 cd Decca). On parle facilement du baryton Verdi… dont les rĂŽles sur scĂšne offrent des caractĂ©risations pour l’interprĂšte rĂ©ellement stimulantes : Rigoletto, Boccanegra… Mais c’est oublier la place central sur le plan dramatique du tĂ©nor verdien : Rodolfo (Luisa Miller puis Traviata), Il Trovatore avec la comĂšte fulgurante Manrico, Un Ballo in Maschera (Ricardo), Surtout Don Carlo, et Ă©videmment RadamĂšs chez Aida… HĂ©roĂŻsme et grĂące, Ă©lĂ©gance et sanguinitĂ© : le tĂ©nor verdien doit tout maĂźtriser.  Aussi bon Puccinien (son Rodolfo de La BohĂšme reste anthologique) que verdien, Carlo Bergonzi nĂ© en 1924 incarne l’Ă©lĂ©gance et le style dans une arĂšne de tĂ©nors verdiens qui le plus souvent confondent expressivitĂ© et … puissance. Il a commencĂ© Ă  chanter Rossini (comme bayrton dans le rĂŽle de Figaro!), perfectionnant ce bel canto saisissant propre au dĂ©but du XIXĂšme. Son expĂ©rience verdienne, capitale s’en ressent logiquement.  Le sens du texte accordĂ© Ă  un legato (tenue et longueur de phrase sont mirifiques grĂące Ă  un souffle exceptionnel) et un phrasĂ© d’une musicalitĂ© rayonnante font toute le prix d’un chant inspirĂ©, subtil (qui fut aussi bon dans Monteverdi que dans les opĂ©ras postverdiens, vĂ©ristes) : une suavitĂ© souple qui illustre au mieux ce bel canto verdien que d’autres caricaturent tant. En rĂ©alitĂ©, Bergonzi a prĂ©cĂ©dĂ© Pavarotti dont il partage cette couleur solaire et tendre, totalement irrĂ©sistible.

 

 

Pour les 90 ans de Bergonzi

 

Pour ses 90 ans en 2014, Decca rĂ©Ă©dite en un coffret de 17 cd,  les intĂ©grales verdiennes rĂ©vĂ©lant aux cĂŽtĂ©s d’autres trĂšs grands interprĂštes, l’art du chant façon Bergonzi : Aida (avec Tebaldi), Un Ballo in maschera (avec Birgit Nilsson) La Traviata avec la Stupenda (Joan Sutherland), Don Carlo (avec Fischer-Dieskau dont il partage ce souci du verbe Ă©lĂ©gant et clair : il n’est guĂšre Ă©tonnant que les deux chanteurs aient eu plaisir Ă  se retrouver en rĂ©cital, formant un duo lĂ©gendaire : leur duo Carlo/Posa sen ressent ici), Rigoletto (avec Renata Scotto et le mĂȘme Fischer Dieskau : une lecture sidĂ©rante que la direction de Kubelik transcende dramatiquement), enfin Il Trovatore (avec Fiorenza Cossotto, dans une gravure scaligĂšne dirigĂ©e par Tullio Serfain).
Outre ce Rigoletto suprĂȘme de Kubelik (rare enregistrement du chef chez Verdi), deux autres maestros se rĂ©vĂšlent stimulants pour notre tĂ©nor : Karajan (qui signe ici Aida) et surtout Solti dont Un Ballo in Maschera et Don Carlo restent les piliers de la discographie verdienne.
En complĂ©ment, l’Ă©diteur ajoute 4 cd additionnels regroupant les rĂ©citals titre oĂč Carlo Bergonzi aborde diffĂ©rents rĂŽles, Ă©largissant son rĂ©pertoire jusqu’Ă  d’autres opĂ©ras : La Forza del destino, Giovanna d’Arco, I due Foscari, I Vespri Sicilianni, Il Corsaro, naturellement Luisa Miller, Macbeth, et surtout Otello auquel il apporte une couleur rayonnante enivrĂ©e d’une musicalitĂ© absolue…  ; approfondissant aussi ses visions dĂ©jĂ  Ă©clairĂ©es dans les intĂ©grales. Le dernier cd aborde en plus de Verdi: Puccini, Cilea, Giordano, Mayerbeer. Coffret Ă©vĂ©nement donc incontournable pour l’Ă©tĂ© 2014.

 

 

CD. Carlo Bergonzi : the Verdi tenor 17 cd Decca 478 7373. Au programme du coffret Carlo Bergonzi : The Verdi Tenor :

 

Aida (Renata Tebaldi, Carlo Bergonzi, Giulietta Simionato, Wiener Philharmoniker, Herbert von Karajan)
+Un Ballo In Maschera (Birgit Nilsson, Giulietta Simionato, Carlo Bergonzi, Cornell MacNeil, Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Sir Georg Solti)
+La Traviata (Joan Sutherland, Carlo Bergonzi, Robert Merrill, Orchestra del Maggio Musicale Fiorentino, John Pritchard)
+Don Carlos (Renata Tebaldi, Grace Bumbry, Carlo Bergonzi, Dietrich Fischer-Dieskau, Nicolai Ghiaurov, Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden, Sir Georg Solti)
+Rigoletto (Renata Scotto, Carlo Bergonzi, Dietrich Fischer-Dieskau, Orchestra del Teatro alla Scala di Milano, Rafael Kubelik)
+Il Trovatore (Antonietta Stella, Fiorenza Cossotto, Carlo Bergonzi, Ettore Bastianini, Orchestra del Teatro alla Scala di Milano, Tullio Serafin)
+Tenor-Arien aus Oberto, Un giorno di regno, I Lombardi, I due Foscari, Alzira, Macbeth, Giovanna d’Arco, Attila, I Masnadieri, Il Corsardo, Luisa Miller, Simon Boccanegra, I vespri siciliani, Falstaff, Otello, La forza del destino
+Opern-Recital (Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Gianandrea Gavazzeni)

 

 

CD. Gluck : coffret The great operas (Gardiner, Minkowski, McCreesh, 15 cd Decca)

CLIC D'OR macaron 200Gluck Ă  Paris (1774-1779)CD. Aux couleurs acidulĂ©es, le coffret Gluck 2014 par DECCA est un must.  Tout en offrant une pluralitĂ© heureuse des interprĂ©tations, le coffret Gluck du tricentenaire 2014 rend compte de la carriĂšre du Chevalier  Christoph Willibald Gluck sur la scĂšne lyrique, entre Vienne et Paris. Qu’on prĂ©fĂšre comme nous Gardiner, d’une sensualitĂ© poĂ©tique superlative Ă  la hargne finalement parfois outrĂ©e et caricaturale de Minkowski (le geste est souvent mĂ©canique), qu’importe : les 7 opĂ©ras rĂ©unis ici y trouvent d’indĂ©niables dĂ©fenseurs inspirĂ©s, convaincants, chacun, ardent gluckiste, capable d’indĂ©niables arguments. 300 ans aprĂšs, le thĂ©Ăątre de Gluck continue de fasciner et ses Ɠuvres respectives, celles italiennes Ă  Vienne comme leurs reprises françaises Ă  Paris sans compter les nouvelles partitions pour Marie Antoinette, sont loin d’avoir dĂ©voiler tout leurs enseignements. D’une version Ă  l’autre, de Vienne Ă  Paris, se prĂ©cise l’exigence d’un gĂ©nie du drame musical, jalon essentiel aprĂšs Rameau vers le spectacle total de Wagner…
Incroyable jeu des chassĂ©s croisĂ©s… Alors que le Comte Durazzo, intendant des thĂ©Ăątres impĂ©riaux Ă  Vienne appelle et confirme Gluck comme compositeur officiel pour renouveler les opĂ©ras viennois – Gluck s’y affirme peu Ă  peu comme un maĂźtre du genre exotique de l’opĂ©ra comique français (La rencontre imprĂ©vue de 1764 marque le sommet de cette veine française Ă  Vienne), c’est Ă  Paris, adaptant ses opĂ©ras viennois (Orfeo, Alceste…) que le Chevalier se refait une renommĂ©e, important sa conception de la dĂ©clamation solennelle remise en forme en un drame resserrĂ©, Ă©difiant, d’une redoutable efficacitĂ© dramatique. Entre Rameau et Spontini, Gluck rĂ©forme l’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque de Marie-Antoinette.

 

 

 

RĂ©formateur de l’opĂ©ra tragique entre Vienne et Paris
GLUCK coffret cd DECCA Gardiner operas_de_gluck_chez_deccaVoici rĂ©capitulĂ©e, sa carriĂšre entre Vienne (annĂ©es 1760) et Paris (annĂ©es 1770), qui fait de Gluck, Ă  la veille de la RĂ©volution, le champion de l’opĂ©ra seria en Europe. Le coffret Decca est incontournable en ce qu’il offre aussi une synthĂšse des lectures les plus dĂ©cisives pour la comprĂ©hension de sa maniĂšre propre, de l’apport du maĂźtre au genre lyrique Ă  la fin du XVIIIĂš : cette synthĂšse dont il est le seul Ă  dĂ©fendre lĂ©gitimiment les vertus esthĂ©tiques ; son art est europĂ©en avant la lettre, empruntant Ă  l’Italie (mĂ©lodies suaves), au germanisme (le dĂ©veloppement orchestral souvent stupĂ©fiant), Ă  la France (choeurs et ballets, sens des contrastes dramatiques). A sa source, Berlioz s’abreuve directement. Forme Ă©quilibrĂ©e, drame prĂ©servĂ©, passions exacerbĂ©es…  autant de qualitĂ©s que recueillent tous les auteurs de son vivant et aprĂšs lui : Vogel, Sacchini, Piccini, Gossec… Voici donc les enregistrements qui ont fait date, en particulier ceux de Gardiner qui en France aura ƓuvrĂ© de façon dĂ©cisive pour la rĂ©Ă©valuation des opĂ©ras de Gluck : les deux IphigĂ©nies, -IphigĂ©nie en Tauride d’aprĂšs Racine de 1779 (Lyon, fĂ©vrier 1985), IphigĂ©nie en Aulide de 1774 (Lyon, juillet 1987)-, puis Orfeo ed Euridice (Londres, mai 1991), sans omettre la sublime Alceste de 1767, point d’accomplissement du Britannique (Londres, Paris 1999) au service d’un sommet tragique de l’opĂ©ra nouvelle formule, celle gluckiste rompant avec l’idĂ©al des LumiĂšres lĂ©guĂ© par MĂ©tastase : chƓurs tragiques, ballets funĂšbres et poĂ©tiques de Noverre. Le chef et ses Ă©quipes anglosaxonnes trouvent un ton idĂ©al, dramatique et d’une rare Ă©lĂ©gance, proposant une lecture du style “bruyant et gĂ©missant” du Chevalier, claire et racĂ©e, d’une perfection indĂ©niablement”europĂ©enne”. Sa reprise Ă  Paris est un jalon de l’opĂ©ra tragique nĂ©o grec Ă  Paris. C’est la version parisienne de 1776 que Gardiner enregistre ici, dĂ©livrant les bĂ©nĂ©fices de sa comprĂ©hension trĂšs fine et passionnante de Gluck.
 

 

 
Moins abouties et plus brouillonnes que son aĂźnĂ© Gardiner, les lectures de Minkowski (chƓurs instables, chanteurs majoritairement français mais comble dommageable, souvent peu intelligibles!) s’imposent nĂ©anmoins (grĂące Ă  l’engagement de la diva complice mise en avant : Mireille Delunsch) : Armide version parisienne de 1776/1777 d’aprĂšs l’original viennois de 1767 (Paris, 1996), OrphĂ©e et Eurydice (Poissy, 2002)…
Joyau oubliĂ© parce qu’il Ă©choua Ă  Vienne, marquant le dĂ©but de la dĂ©faveur de Gluck en 1770, l’excellent Paride ed Elena, magnifiquement ciselĂ© par Paul McCreesh (avec une distribution fĂ©minine remarquable : Kozena, Gritton, Sampson) Ă©tincelle par sa sensualitĂ© fĂ©minine, traitĂ©e comme un huit clos d’une exquise dĂ©licatesse et d’une subtile caractĂ©risation.
 

 

 
GLUCKImpression gĂ©nĂ©rale. La comparaison avec Minkowski s’avĂšre lĂ  encore parfois peu favorable pour ce dernier : face Ă  l’Ă©lĂ©gance et au raffinement naturel de ses compĂ©titeurs, McCreesh et Gardiner soignent la cohĂ©rence de leurs plateaux vocaux, l’Ă©quilibre orchestre/voix, la sonoritĂ© suave et dansante de l’orchestre-, le geste vif du Français bascule souvent dans la caricature sĂšche et mĂ©canique, un tranchant qui ne manque pas de drame (le duo Armide et son pĂšre Hidraot, en l’exhalaison de leur souffle haineux, ensorcelant et fantastique, – contre Renaud par exemple, sĂ©duit immanquablement) mais finit par le rendre trop incisif. NĂ©anmoins, l’offre aussi diversifiĂ©e  et impliquĂ©e de part en part, offre un panel d’interprĂ©tations d’une irrĂ©pressible attractivitĂ©.
En plus des 7 opĂ©ras majeurs de Gluck, le coffret regroupe plusieurs perles historiques, premiĂšres approches d’un Gluck encore “non historique” (pas encore sur instruments d’Ă©poque), mais pour les interprĂštes concernĂ©s, d’un style articulĂ© qui parfois convainc tout autant car chez Gluck et son style frĂ©nĂ©tique (puissant et raffinĂ©, expressif et noble Ă  la fois), il est question aussi d’engagement Ă©motionnel (Bartoli, Horne, Florez, Baker, Ferrier…). Superbe coffret Gluck qui sĂ©duit autant par le choix des interprĂštes convoquĂ©s que la sĂ©lection des opĂ©ras rĂ©unis.

Christoph Willibald Gluck : the great operas. Orfeo ed Euridice, Paride ed Elena. Alceste. Orphée et Eurydice, Iphigénie en Aulide, Iphigénie en Tauride, Armide. Gardiner, Minkwoski, McCreesh. 15 cd Decca. Coffret pour le tricentenaire Gluck 2014.

DVD. Rossini : Otello (Bartoli, Zurich, 2012)

rossini otello bartoli osborn tang zurich 2012DVD. Rossini : Otello (Bartoli, Tang, Zurich, 2012). Cecilia Bartoli fait toute la valeur de cette production zurichoise enregistrĂ©e ici lors de sa premiĂšre prĂ©sentation en 2012 avant sa reprise rĂ©cente Ă  Paris (TCE, avril/mai 2014). La mezzo est Desdemona, soulignant combien avant Verdi, le profil des protagonistes est finement ciselĂ© sur le plan musical. L’amoureuse victimisĂ©e saisie par la jalousie dĂ©vorante du maure y paraĂźt dans toute l’étendue du mythe romantique. A l’aune du tĂ©nĂ©brisme shakespearien, soulignons comme une arche progressive, l’intensitĂ© d’une voix furieuse au I et II, jusqu’à la priĂšre intĂ©rieure, dĂ©chirante du III. Les contrastes sont Ă©blouissants, l’intelligence dramatique fait feu de tout bois avec un raffinement expressif et vocal, indiscutable. Sa stature tragique s’impose sur scĂšne, Ă  l’écran et de toute Ă©vidence en objet uniquement sonore : sans la rĂ©alisation scĂ©nique et visuelle, sa Desdemona marquerait de la mĂȘme façon les esprits et les oreilles.

Pour Bartoli et rien que pour elle 


A ses cĂŽtĂ©s, l’Otello d’Osborn est honnĂȘte malgrĂ© des aigus plutĂŽt serrĂ©s ; plus vibrant et palpitant, donc libre dramatiquement, le Rodrigo de Camarena. Moins Ă©vident et naturel le Iago de Rocha, plus contraint et poussĂ©. Evidemment, la mĂ©canique seria rossinienne n’échappe pas au chef Muhai Tang mais son manque de « laisser respirer », ses absences de suspensions sur le fil du verbe languissant ou frĂ©nĂ©tique, marque les limites d’une direction pointilleuse, Ă©trangĂšre Ă  tout souffle embrasĂ©. Heureusement les instruments d’époque de La Scintilla (l’orchestre sur instruments anciens de l’OpĂ©ra de Zurich) apporte une couleur spĂ©cifique, trĂšs Ă  propos avec le souci linguistique de l’excellente Bartoli.

Moins inspirĂ© qu’auparavant, le filon jusque lĂ  poĂ©tique Caurier et Leiser dessine un drame vĂ©nitien sans aucune ombre ni finesse : une succession de gags et d’idĂ©es gadgets qui rĂ©trĂ©cisse le mythe romantique et passionnel, en fait divers vĂ©riste, misĂ©rabiliste, d’une austĂ©ritĂ© asphyxiante qui atteint les idĂ©es mĂȘme de l’actualisation. Pas sĂ»r que l’image lolita addicted Ă  la biĂšre de Desdemona renforce ou Ă©claire le jeu de la diva romaine qui n’a pas besoin de tels dĂ©tails anecdotiques pour sortir et dĂ©ployer sa fabuleuse furiĂ  lyrique (on atteint un comble de ridicule quand la chanteuse s’asperge de biĂšre : mais bien sĂ»r pour rafraĂźchir son tempĂ©rament embrasĂ© ??!!)
 L’intelligence eut Ă©tĂ© d’éviter de tels Ă©carts. DĂ©cidĂ©ment, pour Bartoli et rien que pour elle.

Gioachino Rossini (1792-1868): Otello ossia Il Moro di Venezia. Cecilia Bartoli, John Osborn, Peter Kalman, Javier Camarena, Edgardo Rocha, Liliana Nikiteanu, Nicola Pamio, Ilker ArcayĂŒrek. Orchestra La Scintilla. Muhai Tang, direction (1 dvd Decca).

CD. Vladimir Ashkenazy : Rachmaninov. Complete works for piano (11 cd Decca)

Rachmaninov ashkenazy_coffret_decca_complete works for piano Decca piano vladimir ashkenazyCD. Vladimir Ashkenazy : Rachmaninov. Complete works for piano (11 cd Decca). Vladimir Ashkenazy a fĂȘtĂ© les 50 ans de sa collaboration exclusive avec Decca en 2013. Ce coffret Rachmaninov vient souligner en 2014 une vocation personnelle Ă  exprimer les langueurs et tourments de l’expatriĂ© si lyrique et tendre Ă  la fois, – passionnĂ© mais rĂ©solument classique et post romantique – Rachmaninov. ElĂšve de Lev Oborin au Conservatoire Tchaikovsky de Moscou, Vladimir Ashkenazy a remportĂ© le second prix au Concours Chopin de Varsovie en 1955, puis le Premier en 1962 (cofinaliste avec John Ogdon) ; le pianiste se montre souvent puissant mais aussi Ă©loquent, articulĂ©, et d’une carrure plĂ»tot toujours trĂšs Ă©quilibrĂ©e; les 10 cd de ce coffret prĂ©sentant l’intĂ©grale des oeuvres pour piano de Serge Rachmaninov (+ 1 cd ” bonus “) concentrent le mĂ©tier trĂšs sĂ»r d’un interprĂšte visiblement en affinitĂ© avec son sujet et dont les talents reconnus et engagĂ©s de chef d’orchestre apportent aussi leur sens de la structure et certainement une vision approfondie et synthĂ©tique des oeuvres. De quoi nourrir encore le bĂ©nĂ©fice de lectures jamais neutres ni systĂ©matiques.

Le piano roi de Rachma

A l’aune des romantiques Chopin et Tchaikovski, Rachmaninov Ă©difie une arche flamboyante que le lutin Ashkenazy sait Ă©clairer d’un feu original, pĂ©tillant, douĂ© d’une trĂšs belle activitĂ© intĂ©rieure.  Comme Chopin, Rachma fait chanter le clavier : un art du bel canto que le pianiste russe sait Ă©videmment porter sans le schĂ©matiser. Du grand art. La clartĂ© et l’Ă©quilibre deux de ses qualitĂ©s majeures savent aussi revĂȘtir de superbes couleurs intĂ©rieures dans les mouvements plus crĂ©pusculaires et rĂȘveurs (Andante, Largo, Adagio sostenuto, Intermezzo) des Concertos dont le souffle sous la direction de Haitink, atteignent vĂ©ritablement un sommet de plĂ©nitude active, souvent irrĂ©sistible (Concertos pour piano 1-4, avec le Concertgebouw Amsterdam, propres aux annĂ©es 1984-1986). MĂȘme enthousiasme pour la fantaisie concertante menĂ©e avec ivresse et embrasements multiples : Rhapsody sur un thĂšme de Paganini opus 43 (crĂ©pitements dansant de Haitink (1987).
Parmi les opus trĂšs aboutis, les Danses Symphoniques dans leur versions autographes pour deux pianos (ici avec AndrĂ© PrĂ©vin, enregistrĂ© Ă  Londres en 1979); Ă©videmment les PrĂ©ludes (1974-1975), et les Etudes Tableaux opus 39 (l’un des plus anciens enregistrements de 1963… proposĂ© dans le cd ” bonus ” 11). Ici ne paraissent pas les oeuvres chambristes et les mĂ©lodies, le fil conducteur et fĂ©dĂ©rateur restant essentiellement le piano comme instrument soliste. D’un tempĂ©rament sĂ»r, de belle assise comme d’une articulation infiniement moins percussive comme beaucoup de ses successeurs nouveaux champions de l’Ă©cole russe, Vladimir Ashkenazy paraĂźt bien ici tel un interprĂšte incontournable pour Rachmaninov. Son mĂ©tier de chef lui assure dans les concertos par exemple une entente complice, idĂ©alement calibrĂ©e, Ă©quilibrĂ©e avec l’orchestre. Incontournable.

Vladimir Ashkenazy, piano. IntĂ©grale des Ɠuvres pour piano de Serge Rachmaninov. 11 cd Decca. 478 6348. Parution : mars 2014.

CD. Bernard Haitink : The Symphony Edition. Beethoven, Brahms, Schumann, Bruckner, TchaĂŻkovski, Mahler (36 cd Decca)

haitink bernard the symphony edition decca 36cd symphony editionCD. Bernard Haitink : The Symphony Edition (36 cd Decca). Il aura 85 ans le 4 mars 2014. Pour fĂȘter l’anniversaire du maestro, Decca rĂ©Ă©dite dans ce coffret commĂ©moratif incontournable le meilleur de ses enregistrements symphoniques avec le Concertgebouw amstellodamois. De la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Svetlanov ou Boulez, surtout Harnoncourt et Dohnanyi ou l’immense (et regrettĂ©) Carlos Kleiber, Bernard Haitink, nĂ© en 1929 Ă  Amsterdam, a longtemps pĂątit de sa discrĂ©tion et de sa rĂ©serve qui l’ont fait passer pour un tĂącheron de seconde zone. InitiĂ© Ă  la musique symphonique grĂące aux concerts auxquels il assiste au Concertgebouw (il y applaudit les Mengelberg, Walter, Klemperer), il amorce dĂšs 1954 son apprentissage Ă  la direction avec Ferdinand Leitner ; en 1956, il remplace Giulini dans un concert Cherubini, et devient l’annĂ©e suivante, directeur de l’Orchestre de la Radio nĂ©erlandaise. En 1959, Eduard von Beinum, successeur de Mengelberg au Concertgebouw, s’éteint brusquement : Haitink en pleine ascension fait figure de champion de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, il est donc nommĂ© premier chef en 1961. Eugen Jochum est alors nommĂ© directeur musical offrant au jeune chef trentenaire son expĂ©rience trĂšs affĂ»tĂ©e. C’est ainsi que toujours humble, Haitink acquiert peu Ă  peu un mĂ©tier, sa vraie connaissance des rĂ©pertoires, surtout germaniques, en particulier le noyau : Beethoven (la source jamais abandonnĂ©e), puis Brahms et Bruckner, ce dernier le conduisant logiquement vers Mahler dont il reste aprĂšs Bernstein, Solti, Kubelik et Boulez, l’un des plus intĂ©ressants interprĂštes. En 1963, Jochum se retire : Haitink prend les rĂȘnes du Concertgebouw
 jusqu’en 1988, soit pendant 25 ans, marquant dĂ©finitivement l’histoire du prestigieux orchestre nĂ©erlandais.

 

 

une haute conscience symphonique

 

CLIC D'OR macaron 200Le coffret Ă©ditĂ© par Decca, reprend les perles de la discographie de Haitink initialement Ă©ditĂ©e sous Ă©tiquette Philips. Avec le Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink Ă©difie une Ɠuvre pour le studio qui saisit par sa cohĂ©rence et son sens de la continuitĂ© artistique : intĂ©grale symphonique de Beethoven (9 symphonies, ouverture Egmont: enregistrements de 1985-1987)), IntĂ©grale de mĂȘme dĂ©diĂ©e Ă  Johannes Brahms (Symphonies 1-4 mais aussi SĂ©rĂ©nades, Variations Haydn, Ouvertures tragiques et danses hongroises, de 1970 Ă  1980) ; les 9 symphonies de Bruckner (de 1963 Ă  1972); mĂȘme cycle plus convaincant encore chez Schumann (Symphonies 1-4, ouvertures Manfred et Genoveva ; 1981-1984), surtout intĂ©grale Gustav Mahler, enregistrĂ©e de 1962 Ă  1970, dont les opus 2, 6, 7, 8, 9 et 10 sont de toute Ă©vidence des accomplissements majeurs : intensitĂ©, puissance, mais aussi vision organique et sens de la gradation architecturĂ©e de mouvements en mouvements font une exceptionnelle lecture, mĂ»re, personnelle, suractive et aussi hautement spirituelle). Son excursion chez TchaĂŻkvoski (Symphonies 1-6 avec entre autres la «  Symphonie «  non moins captivante Manfred) semble moins aboutie, mais le souffle est souvent de la partie (1963-1979).

 

 

haitink bernard maestro

 

 

Ici rĂšgnent les vertus d’un classicisme forcenĂ© depuis Beethoven et l’appel des gouffres et des aspirations mystiques, Ă  l’échelle du cosmos chez Mahler. Pas de symphonistes français et c’est bien dommage quand on songe Ă  son PellĂ©as fabuleux saisi sur le vif Ă  Paris tardivement (Ă  la tĂȘte du National de France), ou mĂȘme d’incursion hors Allemagne, vers Sibelius ou Dvorak par exemple
 La pensĂ©e symphonique et sa grande culture orchestrale s’imposent ici ; entre musique Ă  programme, confession autobiographique ou Ă©loge/essor de la musique pure, Bernard Haitink synthĂ©tise la flamboyante tradition symphonique nĂ©erlandaise depuis la seconde moitiĂ© du XXĂš. SĂ»retĂ© du geste, intĂ©rioritĂ© de la lecture, et de plus en plus, transparence et lumiĂšre comme ses concerts les plus rĂ©cents l’attestent : serviteur des compositeurs romantiques et postromantiques sur instruments modernes, Haitink n’aurait pas refusĂ© de dĂ©graisser encore et toujours la texture sonore de l’orchestre, grĂące Ă  l’apport des phalanges sur instruments d’époque, selon la pratique affĂ»tĂ©e historiquement informĂ©e

Ayant divorcĂ© avec son orchestre en 1988 (non reconduit par le nouvel administrateur du Concertgebouw), Haitink se tourne surtout vers l’opĂ©ra (dirigeant le festival de Glyndebourne entre autres dĂšs 1978). La distribution de la 9Ăšme de Beethoven (dĂ©cembre 1987) ou dĂ©jĂ , de la 8Ăšme de Mahler (septembre 1971) montre le souci du chef symphoniste pour la voix et le chant. De toute Ă©vidence, voici la somme de l’hĂ©ritage Haitink pour l’histoire du Concertgebouw d’Amsterdam. Une odyssĂ©e impressionnante autant que convaincante par la probitĂ© du geste qu’enrichit progressivement un recul et une mise Ă  distance nĂ©e avec l’acquis des annĂ©es. Et s’il ne fallait Ă©couter qu’une seule symphonie : reportez vous Ă  la 8Ăšme «  des Milles » malhĂ©rienne : la saga d’un souffle wagnĂ©rien rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, imaginĂ©e par Mahler d’aprĂšs le Faust de Goethe y gagne justement cet Ă©lan et ce feu collectif, sans outrance, carrĂ©s et poĂ©tiques, profonds, intĂ©rieurs et puissamment architecturĂ©s qui sont l’insigne d’un trĂšs grand chef, hĂ©las trop absent en France.

Bernard Haitink : The Symphony Edition. Les intégrales symphoniques : Beethoven, Brahms, Bruckner, Schumann, Tchaïkovski, Mahler. Royal Concertgebouw Orchestra, Bernard Haitink. 36 cd Decca 4786360. Coup de coeur de classiquenews en février 2014.

Beethoven:
Symphonies Nos. 1-9
Lucia Popp, Carolyn Watkinson, Peter Schreier, Robert Hall
Netherlands Radio Chorus
Egmont Overture, Op. 84

Brahms:
Symphonies Nos. 1-4

Tragic Overture, Op. 81
Academic Festival Overture, Op. 80
Variations on a theme by Haydn for orchestra, Op. 56a ‘St Anthony Variations’
Hungarian Dance No. 1 in G minor
Hungarian Dance No. 3 in F major
Hungarian Dance No. 10 in F major
Serenade No. 1 in D major, Op. 11
Serenade No. 2 in A Major, Op. 16

Bruckner:
Symphonies 1-9

Mahler:
Symphonies 1-9

Schumann:
Symphonies Nos. 1-4

Genoveva Overture
Manfred Overture, Op. 115

Tchaikovsky:
Symphonies Nos. 1-6
Capriccio italien, Op. 45
1812 Overture, Op. 49
Marche slave, Op. 31
Francesca da Rimini, Op. 32
The Storm Overture (Groza), Op.76
Romeo & Juliet – Fantasy Overture

Royal Concertgebouw Orchestra,
Bernard Haitink, direction

CD. ROKOKO. Arias de Hasse par Max Emanuel Cencic (Decca)

CLIC_macaron_2014CD. Rokoko : arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-tĂ©nor (1 cd Decca). Avec Rokoko, le contre -Ă©nor  croate (nĂ© Ă  Zagreb en 1976) fait une entrĂ©e fracassante chez Decca. Si Cecilia Bartoli ressuscite depuis peu la suavitĂ© haendĂ©lienne d’Agostino Steffani, Max Emanuel Cencic et sa voix d’or, au medium d’une richesse harmonique Ă©blouissante dans ce nouveau programme, cĂ©lĂšbre la passion dramatique d’un autre contemporain de Haendel, et comme lui, vĂ©ritable phare musical europĂ©en au XVIIIĂš : Johann Adolf Hasse (1699-1783).

 

 

 

cd ” coup de coeur de classiquenews.com “
Rokoko : Hasse ressuscité

Max Emanuel Cencic dévoile le génie lyrique de Hasse

CD_CENCIC_max_emanuel_cencic_hasse_opera-arias_DECCA_CD_290_coverROKOKO---copie-1 - copieBurney tĂ©moin voyageur et mĂ©lomane prĂ©cieux pour la pĂ©riode, n’hĂ©site pas Ă  l’appeler ” Apollon “, tout en soulignant ce en quoi le style hautement raffinĂ©, virtuose pourtant jamais dĂ©coratif de Hasse, fut l’un des plus estimĂ©s de son temps, en particulier par les tĂȘtes couronnĂ©es de Dresde Ă  Vienne… Mais c’est surtout la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© de son Ă©criture qui frappent aujourd’hui.
RĂ©vĂ©lant plusieurs airs extraits des opĂ©ras Arminio, Siroe, Tito Vespasiano (deux airs), Tigrane ou La Spartana generosa) sans omettre le superbe air d’ouverture empruntĂ© Ă  son oratorio “Il Cantico de’ Tre Fanciulli), le contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic ne fait pas que ressusciter un compositeur injustement mĂ©connu aujourd’hui : sa voix flexible et suavement timbrĂ©e s’affirme convaincante, d’une fermetĂ© souple et irrĂ©sistible dans ce rĂ©pertoire, dans toute sa plĂ©nitude maĂźtrisĂ©e, avec un medium d’une suavitĂ© dĂ©lectable. RĂ©cital Ă©blouissant, d’autant plus convaincant que chef et instrumentistes (Armonia Atenea. George Petrou, direction) dĂ©veloppent avec le chanteur une superbe complicitĂ© expressive et poĂ©tique. Nouveau cd Ă©lu coup de coeur de classiquenews.com

 

 

Hasse révélé

D’emblĂ©e, c’est un Hasse Ă©clatant et aussi direct qui surprend ici, grĂące Ă  son orchestre d’une finesse instrumentale mĂ©sestimĂ©e (cor, bassons, flĂ»tes…) Ă  laquelle les musiciens apportent un Ă©clairage enthousiasmant.
La voix du soliste saisit par son assurance, tout en explorant plusieurs aspects mĂ©connus du compositeur Saxon : ” Notte amica ” (cantico de ” Tre Fanciulli “, plage 1) berce par sa tendresse mozartienne, avec outre sa douceur suave, un soupçon de gravitĂ© tragique (couleur du basson)… le brio n’empĂȘche pas la profondeur, voilĂ  un cocktail gagnant qui pourrait bien expliquer la rĂ©ussite de Hasse (comme c’est le cas de son compatriote et prĂ©dĂ©cesseur Haendel).
Un bon rĂ©cital sait varier les humeurs et les climats expressifs, soignant les effets stimulants des contrastes ; ainsi le 2 est plus hĂ©roĂŻque et pĂ©taradant faisant valoir l’agilitĂ© triomphale d’Arminio, le hĂ©ros unifcateur des germains contre les romains…
Le débit vocal assumé par Cencic met en lumiÚre cette coupe napolitaine si spécifique, que maßtrise habilement Hasse, et que reprend aussi la vocalità plus artificielle de Jommelli par exemple.
En maĂźtre d’une dramaturgie lyrique Ă©quilibrĂ©e, Cencic alterne ainsi affects alanguis suspendus (plage 3, Siroe : ” la sorte mia tiranna ” d’une dignitĂ© hĂ©roĂŻque pleine d’effusion plus introspective) tout en ciselant surtout l’impact Ă©motionnel des arias plus trĂ©pidants : ainsi ” Opprimete i contumaci ” de Tito Vespasiono (plage 4) frappe par son allant impĂ©tueux d’autant que l’orchestre sert idĂ©alement la cadence Ă  la fois martiale et fruitĂ©e d’une partition trĂšs caractĂ©risĂ©e. MĂȘme tempĂȘte et mĂȘme houle vĂ©ritable, et d’une Ă©nergie vivaldienne (mĂ©lismes accentuĂ©s du basson dialoguant avec les cordes frĂ©nĂ©tiques) dans L’Olimpiade qui suit (plage 5) : ” Siam navi all’onde “… le flot Ă©ruptif est ici dĂ©fendu avec une hargne instrumentale, une onctuositĂ© vocale jamais prise en dĂ©faut.
Ipermestra (plage 6), est plus dĂ©tendue et d’une insouciance quasi absente jusque lĂ  dans le programme : l’aria fait valoir la souveraine flexibilitĂ© du medium d’une caressante ivresse.

 

 

FlexibilitĂ© d’une voix contrastĂ©e

AprĂšs le Concerto pour mandoline (qui repose l’Ă©coute suscitĂ©e par la fougue expressive du contre tĂ©nor), la seconde partie du rĂ©cital est de la mĂȘme veine : souple, caractĂ©risĂ©e, ardente, profonde. Le soliste redouble mĂȘme de gĂ©nĂ©reuse expressivitĂ© dans deux airs sollicitant le souffle et l’agilitĂ©, le soutien comme le style : ” De’folgori di Giove ” d’Il Trionfo di Clelia, plage 10) d’une belle nervositĂ© martiale (cors rugissants trĂšs mis en avant) : le hĂ©ros civilisateur, vainqueur d’une arrogance noble et gĂ©nĂ©reuse s’y prĂ©cise ; comme dans la place suivante (” Se un tenero affetto ” de La Spartana Generosa, plage 11 donc) : fureur vertigineuse et la belle intensitĂ© lĂ  encore s’affirment avec une assurance belliqueuse ; l’abattage est d’une rare autoritĂ© vocale y compris dans les mĂ©lismes et cascades les plus acrobatiques, exigeant surenchĂšre expressive et prĂ©cision rythmique. Du grand art. Dans le second air extrait d’Il trionfo di Clelia : Dei di Roma : la douceur souveraine se fait plus rĂ©confortante (avec une belle instrumention comprenant hautbois, flĂ»te et bassons); le registre et l’ambitus -plus central, sont ici idĂ©alement confortables pour la voix de Max Emanuel Cencic, aux couleurs sombres idĂ©alement claires et mordantes.
Pour conclure ce rĂ©cital en tous points abouti, les musiciens relĂšvent les dĂ©fis des deux derniers airs : ” Solca il mar ” (plage 13, extrait d’Il Tigrane), vĂ©ritable air de bravoure, expression d’une stabilitĂ© et d’une assurance inflexible sur l’ocĂ©an et la houle d’un destin souvent contraire (notez la mĂ©taphore, car le texte parle de tempĂȘte et de naufrage) : la trĂšs belle complicitĂ© des instrumentistes (cors nobles et cordes trĂ©pidantes) sert la belle progression dynamique dont est capable le contre-tĂ©nor.
Enfin en guise de coda et d’adieux, rien ne vaut des accents secs Ă  l’orchestre, ceux d’une coupe frĂ©nĂ©tique : ardeur expressive, agilitĂ©, virtuositĂ© et expressionnisme d’une flamme toute tragique dans Tito Vespasiano, Max Emanuel Cencic se tire avec subtilitĂ© de cet air ample ; il passe de l’orage tragique Ă©perdu Ă  la langueur plus implorante, rĂ©ussissant les passages avec ce moelleux et ce soutien si dĂ©lectables. Saluons l’artiste, l’interprĂšte, l’instinct du musicien, idĂ©alement au diapason des affects d’un Hasse souvent imprĂ©visible, d’une constante rage dramatique.
Au total, en 8 opĂ©ras et 1 oratorio ainsi dĂ©voilĂ©s, le programme sĂ©duit indiscutablement, soulignant et les dons impressionnants du chanteur, et l’art contrastĂ© et raffinĂ© du saxon Hasse.  Bel accomplissement.

 

 

Rokoko. Arias de Hasse. Max Emanuel Cencic, contre-ténor. Orchestre Armonia Atenea. George Petrou, direction. 1 cd Decca. Parution : le 20 janvier 2014.

 

 

Andreas Scholl, portrait (2013)

TĂ©lĂ©, ARTE. Andreas Scholl, contre tĂ©nor, le 19 janvier 2014, 0h10 … Le quadra hautre-contre allemand Andreas Scholl (nĂ© en 1967) a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂ©pertoire baroque (Purcell, Bach, Haendel…) dans les annĂ©es 1985-2010 grĂące Ă  une voix d’une remarquable onctuositĂ© flexible qui l’a distinguĂ© d’entre ses pairs.
Incarnant alors l’idĂ©al vĂ©nĂ©rĂ© des Farinelli ou Senesino et Cafarelli, le timbre aigu du chanteur n’a cessĂ© de fasciner et de troubler. Quoi de plus dĂ©concertant qu’un homme chantant avec des aigus fĂ©minins, jouant sur scĂšne de plusieurs identitĂ©s … ?

 

 

 

portrait du contre ténor Andreas Scholl

l’aventure des castrats
Une voix pour CĂ©sar
Arte, Dimanche 19 janvier 2014, 0h10

 

Andreas SchollRiche d’une expĂ©rience de vingt ans comme chanteur professionnel, Andreas Scholl se livre ici : il explique comment il a conservĂ© sa voix d’enfant malgrĂ© la mue… Mais une technique solide ne suffit pas pour interprĂ©ter : l’art du chanteur doit aussi maĂźtriser les qualitĂ©s d’un acteur. Comme professeur Ă  l’Ă©cole de musique de Mayence, le haute contre qui prend sa retraite peu Ă  peu, commente et explique ce qui fait aujourd’hui les qualitĂ©s d’un bon haute contre…

Documentaire de Manfred Schyko (Allemagne, 2013, 51 mn).

 

 

 

Son dernier album chez Decca remonte à mars 2012 (Cantates de Bach). En voici la critique que rédigeait alors notre collaborateur Camille de Joyeuse :

Scholl Andreas Cantates Bach DeccaLa voix a perdu de son Ă©lasticitĂ©, cette suavitĂ© premiĂšre, naturellement lumineuse et Ă©clatante… En revanche, elle a gagnĂ© en intelligence d’Ă©locution, en justesse et intensitĂ© stylistique : le Bach d’Andreas Scholl est un acte profondĂ©ment investi, aux aspĂ©ritĂ©s nouvelles plus proche du cƓur que d’un hĂ©donisme vocal ailleurs… si lisse et ennuyeux chez bon nombre de ses confrĂšres dont la surprise du timbre passĂ©e, fait place souvent Ă  … un vide sidĂ©ral quant au phrasĂ© et Ă  l’expressivitĂ© ; souvent s’agissant des altos (et sopranos) masculins, l’ennui perce vite, laissant criante une indiffĂ©rence totale Ă  un chant souple et surtout vivant; ici, rien de tel; au contraire, Andreas Scholl incarne une Ă©volution trĂšs intĂ©ressante de sa voix et de sa tessiture, preuve qu’on peut chanter longtemps et bien… parce que les choix de rĂ©pertoire, intelligents et opportuns, ont mĂ©nagĂ© le cƓur du timbre… Prudence et sagesse de l’interprĂšte, plutĂŽt rares chez les chanteurs.

D’emblĂ©e, la cohĂ©rence du programme rĂ©vĂšle un regard rĂ©flĂ©chi et trĂšs personnel: se dessine ainsi un chemin en spiritualitĂ© qui pourrait synthĂ©tiser toute l’expĂ©rience fervente dont Bach laisse un tĂ©moignage parmi les originaux et les plus poignants du baroque sacrĂ©; Il ne s’agit pas seulement de sĂ©lectionner les cantates correspondant au timbre du contre-tĂ©nor; il est aussi question d’ un parcours poĂ©tique et spirituel dont le sens se rĂ©alise grĂące Ă  la trĂšs fine continuitĂ© et correspondance des thĂšmes abordĂ©s dans les textes des cantates ainsi abordĂ©es et combinĂ©es.

 

 

Elévation, spiritualité, ferveur

La blessure de la voix illumine la priĂšre dialoguĂ©e avec le hautbois soliste de l’air du dĂ©but de la BWV 82: Ich Habe genug… (1727: cantate originellement pour basse pour la fĂȘte de la Purification, que le contre-tĂ©nor allemand chante dans la version alternative pour mezzo, cordes et hautbois: climat serein et apaisĂ© qui pourtant grĂące Ă  cette attention aux mots se fait monologue palpitant, subtilement incarnĂ©; caractĂšre intimiste d’une brulante vĂ©ritĂ© dans l’articulation ciselĂ©e du verbe. C’est la certitude du croyant touchĂ© par la grĂące angĂ©lique de l’Enfant ( air central qui est le plus dĂ©veloppĂ©: Schlummert ein, ihr matten Augen…).

Contrepointant le chemin introspectif touchĂ© par le MystĂšre de la 82, la 169 frappe par son climat d’emblĂ©e plus jubilatoire, d’une gaietĂ© d’abord dĂ©licieusement portĂ©e par l’orgue introductif; Andreas Scholl convainc dĂ©s son premier air parfaitement prĂ©parĂ© par l’arioso prĂ©cĂ©dant: certitude Ă  nouveau du croyant dont le cƓur sans jamais dĂ©vier de sa route, se rĂ©serve Ă  Dieu; contre les illusions du monde terrestre dont l’air d’une trĂšs subtile et douce gravitĂ© dĂ©signe la vanitĂ©, la voix ouvre tout un horizon cĂ©leste ; Le parcours de l’Ăąme implorante qui aspire a la fin de dĂ©livrance est enfin accompli dans la sĂ©lection des deux airs finaux: rĂ©citativo accompagnato de la BWV 161, auquel l’air aux cloches de la BWV 53 apporte l’ultime rĂ©ponse en forme de rĂ©solution pour tout le programme.

Si les instruments manquent de subtilitĂ©, le chant expressif, prĂ©cis, naturel et trĂšs juste d’Andreas Scholl prĂ©serve l’approfondissement spirituel dĂ©posĂ© dans le texte: vision de la derniĂšre heure Ă©prouvĂ©e ici comme une bĂ©atitude pacifiante. L’aboutissement de toute quĂȘte spirituelle. La sincĂ©ritĂ© du style, la justesse de l’intonation touchent indiscutablement. Magnifique rĂ©cital. Superbement conçu.

Andreas Scholl, contre-ténor: Jean-Sébastien Bach, Cantates BWV 82, 169, + extraits des BWV 150, 200, 161, 53. Andreas Scholl, contre ténor. Orchestre de chambre de Bùle. 1 cd Decca. Enregistré en janvier 2011 en France. Ref: 478 2733

 

 

En 2008, Radio Classique dĂ©diait un portrait au contre tĂ©nor Andreas Scholl. Voici la notice qu’Ă©crivait alors notre rĂ©dacteur Ernst van Beck :

RĂ©vĂ©lĂ© Ă  partir de 1990, alors qu’il avait Ă  peine dĂ©passĂ© la vingtaine, Andreas Scholl poursuit une carriĂšre sans faute de goĂ»t, imposant son timbre lumineux, souple et angĂ©lique, saisissant par l’Ă©galitĂ© de son Ă©mission et aussi une absence de vibrato expressif… AprĂšs RenĂ© Jacobs, c’est le grand “Bill” (William Christie) qui le repĂ©rant au cours d’une audition, lui offre d’enregistrer la partie d’alto dans le Messie de Haendel (1994). Sa carriĂšre Ă©tait lancĂ©e: Cantates de Bach, Monteverdi, Vivaldi, puis une collaboration long terme avec Philippe Herreweghe, dans les champs Ă©lysĂ©ens composĂ©s par le Cantor de Leipzig (Messe en si, Passion selon Saint-Jean et selon Saint-Matthieu…). Timbre raffinĂ©, diseur des climats plus discrets et allusifs, le contre-tĂ©nor allemand, ĂągĂ© de 40 ans (nĂ© le 10 novembre 1967), sĂ©duit toujours autant en ange, Ă©vangĂ©liste, verbe sacrĂ© incarnĂ©, plutĂŽt que caractĂšre de la scĂšne lyrique.

DVD. Rossini: Matilde di Shabran (Florez, 2012)

Rossini-Matilde-Di-Shabran_Olga-Peretyatko-Mario-Martone-Juan-Diego-Florez,images_big,28,0743816-1DVD. Rossini : Matilde di Shabran (Florez, 2012)   …   Souvenons-nous c’Ă©tait en 1996, ici mĂȘme Ă  Pesaro, lieu des rĂ©vĂ©lations rossiniennes, le jeune Juan Diego Florez faisait Ă  23 ans ses dĂ©buts foudroyants dans le rĂŽle de Corradino de Matilde di Shabran : tĂ©nor en or pour oeuvre mĂ©connue. Normal car il y faut des chanteurs hors pairs, capables sous le masque formatĂ© d’une comĂ©die lĂ©gĂšre, de vrais tempĂ©raments vocaux qui osent prendre des risques. Depuis, le PĂ©ruvien divin a chantĂ© 3 fois ce rĂŽle dĂ©sormais emblĂ©matique de son style comme de sa carriĂšre ; un rĂŽle fĂ©tiche liĂ© Ă  ses dĂ©buts fulgurants, en quelque sorte qui mĂ©ritait bien d’ĂȘtre filmĂ©, ici pour la reprise en 2012 … Le Florez 2012 est plus libre et inventif, fin et nuancĂ© encore qu’Ă  ses dĂ©buts, sans avoir perdu aucun de ses aigus filĂ©s d’une candeur et d’une prĂ©cision inouĂŻes. Le jeu d’acteur a gagnĂ© une imagination qui fait miracle.
Mis en perspective avec sa participation 2013 au mĂȘme festival (Guillaume Tell en version française oĂč il Ă©blouit dans le rĂŽle d’Arnold), Juan Diego Florez affirme bien ses affinitĂ©s inĂ©galĂ©es au bel canto rossinien, tissĂ© dans la clartĂ© solaire et le style le plus raffinĂ© qui soit.

 

 

Florez plus rossinien que jamais

 

Shabran_Juan Diego Florez dvd DeccaDĂ©jĂ  enregistrĂ©e pour le disque en 2006 avec une partenaire mĂ©morable elle aussi, -Annick Massis-, l’oeuvre a donc les faveurs de l’archivage, mais pour le transfert au dvd, le tĂ©nor change de complice pour le rĂŽle titre en la personne de Olga Peretyatko, nouvelle voix rossinienne chez Sony classical, voix ronde et corsĂ©e, d’une musicalitĂ© Ă  la hauteur de son royal partenaire (la diva vient de sortir un premier album dĂ©diĂ© Ă  Mozart, Rossini, Johann Strauss oĂč sa coloratura s’Ă©panouit avec un mordant trĂšs affirmĂ©). En outre, l’exceptionnel Nicola Alaimo, repĂ©rĂ© dans Stiffelio de Verdi (oĂč il jouait Stankar, le pĂšre vengeur avec une justesse vocale et dramatique impeccable) Ă  Monaco derniĂšrement, fait tout le relief du rĂŽle d’Aliprando : subtilitĂ©, simplicitĂ©, flexibilitĂ© : quelle distribution ! AprĂšs Riccardo Frizza, Michele Mariotti dirige l’action avec une vivacitĂ© efficace sans surlignage abusif ni dĂ©monstration pĂąteuse : les finales d’acte dont le quintette du I donnent le vertige et le tournis par leur Ă©vidente prĂ©cision et leur irrĂ©sistible nervositĂ© collective. Dans sa version napolitaine, plus riche et caractĂ©risĂ©e que la crĂ©ation romaine de 1821, cette Matilde di Shabran a certes un livret un rien lĂ©ger, mais ce qu’y rĂ©alisent les interprĂštes, tous Ă  l’avenan, relĂšve d’un miracle rĂ©cent, Ă  inscrire en lettres blanches parmi les redĂ©couvertes les plus extraordinaires de l’histoire rossinienne rĂ©cente. Incontournable.

 

Rossini : Matilde di Shabran. Juan Diego Florez (Corradino). Olga Peretyako (Matilde), Nicola Alaimo (Aliprando)… Orchestra e coro del Teatro comunale di Bologna. Michele Mariotti, direction. Mario Martone, mise en scĂšne. 2 dvd Decca 0743813

 

CD. Verdi : Boccanegra (Hampson, Zanetti, 2013)

CD. Verdi : Simon Boccanegra (Hampson, Zanetti, 2013) … EnregistrĂ© Ă  Vienne (Konzerthaus) en mars 2013, cette nouvelle lecture de Simon Boccanegra (1856) qui prend Ă  son compte toutes les corrections finales entreprises par Verdi avec Boito (1879), saisit immĂ©diatement par son engagement collectif, le souffle dramatique souvent Ă©lectrique permis par les excellents instrumentistes du Wiener Symphoniker (preuve qu’aux cĂŽtĂ©s du Philharmoniker) le ” Symphoniker ” souvent minorĂ© (au profit des Philharmoniker), affirme dans les 2 cd, une santĂ© expressive remarquable, modulĂ©e avec finesse et profondeur psychologique par le chef Massimo Zanetti : la direction jamais dĂ©monstrative recherche la vĂ©ritĂ© souvent tĂ©nue et intĂ©rieure des personnages ; Ă  l’Ă©coute des phrasĂ©s et des multiples accents ciselĂ©s d’un verbe ainsi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, le maestro rĂ©ussit un Verdi surtout thĂ©Ăątral, d’un raffinement de nuances exemplaire. VoilĂ  Ă©videmment une superbe surprise pour l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013.

 

 

 

Hamspon, Zanetti : duo Ă©patant

 

boccanegra_verdi_hampson_deccaLe gĂ©nie diseur de Thomas Hampson fait merveille, dans un tel Ă©crin orchestral. La balance orchestre et voix est mĂȘme idĂ©ale, mettant toujours le sens et les intentions du chant au devant de la scĂšne. Son Boccanegra a l’Ă©toffe des grands acteurs, fabuleux lion solitaire, marquĂ© par ses actes (des choix difficiles qui politiques montrent son Ă©thique valeureuse), assumant pleinement son dĂ©sir de justice sociale : voici et le politique impressionnant et moralement noble, et le pĂšre aimant, comblĂ© mais destinĂ© Ă  la mort… Le baryton exprime tous les gouffres amers d’un ĂȘtre devenu par amour (pour la fille de Fiesco, Maria hĂ©las morte trop tĂŽt), un vĂ©ritable homme d’Ă©tat : politique avisĂ©, grand par son inĂ©luctable humanisme … (le voici le modĂšle tardif de tous les opĂ©ras serias du XVIIIĂš : Boccanegra, doge de GĂȘnes est un prince inspirĂ© par les LumiĂšres, et les plus hautes valeurs morales de fraternitĂ© comme de paix). Sous l’Ă©toffe de cet homme admirable, Hampson laisse percer naturellement les tiraillements de l’homme, amoureux dĂ©possĂ©dĂ©, pourtant pĂšre rĂ©compensĂ© …  le venin qui l’oppresse de façon croissante, offre de façon manifeste cette Ă©treinte insupportable du destin sur un coeur maudit … toute l’esthĂ©tique sublime et tragique de Verdi se concentre lĂ  ; dans ce destin irrĂ©pressible, au moment oĂč devenant doge, Simon comprend qu’il a perdu celle qu’il aime … vertiges du solitaire abandonnĂ© qui est cependant un politique incontournable (comme Philippe II dans Don Carlo : roi redoutĂ©, homme dĂ©truit parce que celle qu’il aime et qu’il a Ă©pousĂ©, Elisabethn ne l’aime pas …).
Aux cĂŽtĂ©s du Boccanegra d’Hampson, aussi fin et vraisemblable que celui contemporain de Domingo), le Paolo de Luca Pisaroni partage un mĂȘme sens du mot, un style mesurĂ© et racĂ© qui place lĂ  encore le texte, rien que le texte et son articulation dramatique au premier rang.  Force noire agissant dans l’ombre, celui qui instille le poison dans la vie de Simon gagne une prestance remarquable.  Le tĂ©nor maltais Joseph  Calleja nous déçoit lĂ©gĂšrement : son abattage textuel n’a pas le mordant comme l’Ă©clat de ses partenaires masculins ; les aigus sont Ă©trangement voilĂ©s et vibrĂ©s ; seule la couleur naturelle et ce style naturellement phrasĂ© ressortent et sauvent un rĂŽle qui n’est peut-ĂȘtre pas rĂ©ellement fait pour lui. L’intensitĂ© juvĂ©nile, sa vaillance, l’hĂ©roĂŻsme du jeune amoureux d’Amelia lui Ă©chappent. Reste la soprano Kristine Opolais : habituĂ©s au style raffinĂ© de Hampson, on cherche en vain Ă  comprendre son texte ; de toute Ă©vidence, malgrĂ© une technique solide (souffle, hauteur assumĂ©e, passages des registres…), la cantatrice affiche un grain de voix trop … vieux pour le rĂŽle : toute la candeur et l’Ă©lĂ©gance princiĂšre de la fille de praticien gĂ©nois Ă©chappent Ă  sa prise de rĂŽle (n’est pas Kiri Te Kanawa qui veut).
Pour l’expression d’une Ăąme tourmentĂ©e qui cherche la paix intĂ©rieure, qui aspire coĂ»te que coĂ»te Ă  la rĂ©concilation politique, cette version portĂ©e par Thomas Hampson atteint l’indiscutable rĂ©ussite de son ainĂ© Placido Domingo : Boccanegra rĂ©cent, depuis son passage de tĂ©nor en baryton. Que le chef et ses instrumentistes suivent le baryton amĂ©ricain dans cette esthĂ©tique de la nuance et de l’intensitĂ© dramatique, fait toute la valeur de cette nouvelle version discographique : on acquiesce sans rĂ©serve Ă  ce dramatisme de haute volĂ©e, oĂč le dernier symphonisme de Verdi (avant Otello composĂ© avec le mĂȘme Boito), la rĂ©Ă©criture de certains passages collectifs (comme la scĂšne du Conseil au I) ou plus introspectifs oĂč l’approche plus psychologique des protagonistes surtout de Simon est davantage fouillĂ©e …  Magistrale. Si l’on rĂ©tablit en complĂ©ment de ce coffret, l’autre rĂ©ussite remarquable signĂ© Jonas Kaufmann dans un rĂ©cital Verdi (chez Sony classical) lui aussi Ă©blouissant, on se dit que contrairement au chant wagnĂ©rien (en pleine dĂ©liquessence – c’est quand mĂȘme le bilan de cette annĂ©e du bicentenaire 2013), les chanteurs verdiens n’ont jamais Ă©tĂ© plus convaincants : Domingo II et Hampson en Boccanegra, Kaufmann en Otello (l’aboutissement le plus bouleversant de son rĂ©cent rĂ©cital Verdi), l’opĂ©ra verdien a encore de beaux jours devant lui.  Coffret incontournable.

 

Verdi : Simon Boccanegra. Thomas Hamspon, Luca Pisaroni, Joseh Calleja, Kristine Opolais … Wiener Symphoniker, Wiener Singakademie. Massimo Zanetti, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vienne en mars 2013.  2 cd D

 

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (Decca)

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (36 cd Decca)

le miracle Solti chez Wagner

Wagner_solti_ring_parsifal_lohengrin_wagnerAttention coffret miraculeux ! La voici enfin cette intĂ©grale qui reste avec celle de Karajan chez DG (Der Ring des Nibelungen), le temple discographique qui contient l’un des messages wagnĂ©riens les plus pertinents du XXĂšme siĂšcle. Aux chefs du XXIĂš de nous Ă©clairer et nous Ă©blouir avec une mĂȘme ardeur contagieuse ! Le Wagner du chef hongrois dĂ©borde de vie, de fureur, de vitalitĂ© enivrante… Orchestralement, la vision est des plus abouties; vocalement, comme toujours, les productions sont diversement pertinentes. Solti, bartokien, straussien, mozartien mais aussi verdien, occupe Decca dans des coffrets non moins indispensables. Mais, s’agissant de Wagner, l’apport est considĂ©rable.

Voici en 35 cd, 10 opĂ©ras parmi les plus connus (non pas les plus anciens , de jeunesse, encore meyerbeeriens et weberiens tels les FĂ©es ou Rienzi): Le Hollandais volant (Chicago, 1976), Lohengrin (Vienne, 1985-1986), Les MaĂźtres Chanteurs (Vienne, 1975), Parsifal (Vienne, 1972), L’or du Rhin (Vienne, 1958), La Walkyrie (Vienne 1965), Siegfried (Vienne 1962), Le CrĂ©puscule des dieux (Vienne 1964), TannhĂ€user (Vienne 1970), Tristan und Isolde (1960). L’Ă©diteur ajoute en bonus, rĂ©pĂ©tition et extraits: une rĂ©vĂ©lation quant Ă  la vivacitĂ© et l’Ă©nergie du chef au pupitre (rĂ©pĂ©tition de Tristan und Isolde avec John Culshaw en narrateur qui fut aussi le producteur entre autres accomplissements du Ring version Solti).

20 ans de studio avec le Wiener Philharmoniker

Le coffret comprend donc tout Wagner par Solti au studio chez Decca: soit une lecture wagnĂ©rienne de 1958 (L’or du Rhin, premier enregistrement de Wagner en stĂ©rĂ©o et Ă  ce titre, archive historique magnifiquement audible Ă  ce jour!) jusqu’au dernier enregistrement: Lohengrin de 1986. Les 10 opĂ©ras ainsi enregistrĂ©s montrent la passion de Solti pour le thĂ©Ăątre de Wagner pendant prĂšs de 20 ans, au moment de l’essor du cd avant la vague du compact disc: l’esthĂ©tique sonore avec effets spatialisĂ©s si tentants dans les mondes imaginĂ©s par Wagner pour le Ring Ă©clate aussi avec plus ou moins de rĂ©ussite (exactement comme la TĂ©tralogie de Wagner par Karajan chez DG): tout le tempĂ©rament volcanique, Ă©lectrique, d’une prĂ©cision exemplaire d’un Solti Ă©merveillĂ© par Wagner s’y rĂ©alise pleinement avec un orchestre dĂ©sormais en vedette pour cette quasi intĂ©grale: le Wiener Philharmoniker. C’est donc outre la valeur d’une interprĂ©tation historique Ă  l’endroit de Wagner, le testament discographique d’un authentique wagnĂ©rien, habile narrateur pour le studio. Karajan avait le Berliner Philharmoniker et sa touche carrĂ©e, impĂ©tueuse; Solti rĂ©ussit Ă  Vienne avec une phalange rĂ©putĂ©e pour la splendeur de ses cordes, cuivres et bois. L’orchestre qui Ă©blouit tant chez Strauss et Mozart, confĂšre Ă  Wagner, de fait, une couleur marquante par son Ă©lĂ©gance et sa fluiditĂ©, son sens des couleurs et peut-ĂȘtre moins son chambrisme si proche du thĂ©Ăątre chez Karajan; Solti convoque surtout la fresque, l’exaltation lumineuse et solaire.

Un Ring de légende

solti_georg_wagner_decca_culshaw_ring_wagner_solti_decca_547

Quand Solti et le producteur John Culshaw proposĂšrent au lĂ©gendaire Walter Legge d’Emi le projet d’une intĂ©grale Wagner au studio, le sollicitĂ© chassa d’un revers de la main l’audacieuse offre, arguant qu’il ne se vendrait pas plus de 50 exemplaires : c’est Decca qui hĂ©rita du projet, portĂ© par le chef hongrois, odyssĂ©e qui reste Ă  ce jour le plus grand succĂšs discographique de tous les temps. Une vision, une cohĂ©rence thĂ©Ăątrale de premier plan avait lancĂ© Culshaw quant il dĂ©couvrait la direction de Solti dans La Walkyrie Ă  Munich en 1950…
ClĂ© de voĂ»te du prĂ©sent coffret Wagner, la TĂ©tralogie s’Ă©coute toujours autant avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt: connaisseurs du profil Ă©volutif de Wotan en cours d’action, les deux concepteurs Solti et Culshaw retiennent d’abord George London pour L’Or du Rhin puis surtout le mĂ©morable Hans Hotter, Wanderer dĂ©fait dans La Walkyrie et Siegfried, dĂ©truit pas Ă  pas rongĂ© par le poids et les consĂ©quences de ses propres lois… Autres incarnations flamboyantes et justes: la Brunnhilde de Birgit Nilsson (qui sera aussi son Isolde en 1960), le Siegfried de Wolfgang Windgassen, l’Ă©blouissante et si bouleversante Sieglinde de RĂ©gine Crespin en 1965, les Hunding et Hagen de Gottlob Frick… c’est Ă  dire les voix les plus solides d’alors pour Wagner.
Celui qui ne brilla jamais Ă  Bayreuth sauf une seule annĂ©e en 1983 (avec Peter Hall pour une nouvelle TĂ©tralogie) et qui dirigea un Ring avortĂ© Ă  Paris en 1976, trouve une Ă©clatante coopĂ©ration premiĂšre Ă  Vienne avec le Philharmoniker… sous la baguette du chef, instrumentistes comme chanteurs s’embrasent littĂ©ralement.
Aux cĂŽtĂ©s du Ring lĂ©gendaire, ajoutons d’autres Ă©loquentes approches: le baryton sud-africain Norman Bailey dans le rĂŽle titre du Hollandais volant, abordĂ© dans la continuitĂ© des 3 actes (ce que souhaitait Wagner et qu’il ne put jamais appliquer); le TannhĂ€user de RenĂ© Kollo; le Lohengrin de Placido Domingo, partenaire de Jessye Norman en Elsa; sans omettre un Parsifal lui aussi Ă©lectrique, au dramatisme trĂ©pidant et intensĂ©ment spirituel, regroupant en 1972, une distribution qui donne le vertige: Kollo (Parsifal), Amfortas (Dietrich Fischer -Dieskau), Christa Ludwig (Kundry), Gottlob Frick (Gurnemanz), Hans Hotter (Titurel)… Immense legs. Acquisition incontournable pour l’annĂ©e Wagner 2013.

Wagner: The operas. Georg Solti. Livret consistant comprenant notice de présentation sur Solti et Wagner: la carriÚre du chef, track listing, synopsis avec repÚres des places concernées pour chacun des 10 ouvrages wagnériens. Decca 36 cd 0289 478 3707 7 3.