SAINTES. RĂ©cital d’Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h

ilic-ivan-piano-cage-satie-debussy-vignette-carre-280Saintes. RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h. Dans l’église abbatiale de Saintes (Abbaye aux Dames), le pianiste Ivan Ilic propose un programme idĂ©alement adaptĂ© Ă  l’esprit et Ă  l’acoustique du lieu. C’est un programme intimiste, qui s’inscrit au dĂ©but de la nuit d’étĂ©, retraçant de passionnantes filiations et correspondances entre Scriabine et Debussy, Satie et Cage
 Une secrĂšte et permanente influence française que son programme originel enregistrĂ© sous le titre The Transcendentalist (CLIC de CLASSIQUENEWS, mai 2014) avait Ă  peine exprimer de façon explicite. Or l’originalitĂ© de Satie est bien prĂ©sente, indiscutable et stimulante pour nombre de compositeurs et crĂ©ateurs qui l’ont ou non directement approché 

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Satie & friends …

In a Landscape et Dream de John Cage date de la fin de la premiĂšre pĂ©riode de sa production, soit 1948. Cage Ă©tait alors obsĂ©dĂ© par Erik Satie, assez mĂ©connu en AmĂ©rique Ă  l’époque. Pendant l’étĂ© 1948 Cage a organisĂ© 25 concerts de la musique d’Erik Satie, et il donne une confĂ©rence qui marque l’histoire de la musique, intitulĂ©e “DĂ©fense de Satie” dans laquelle il oppose Satie Ă  Beethoven, et donne raison Ă  Satie. « Cage a Ă©tudiĂ© les carnets de brouillons de Satie, dans lesquels il trouve la structure rythmique de piĂšces Ă  venir. Il comprend ainsi que Satie « compose » le rythme en premier, puis « remplit » les cellules de notes, pour composer ses morceaux, et cette idĂ©e fascine Cage, qui a rĂ©alisĂ© depuis ses Ă©tudes avec Schoenberg qu’il n’avait pas de don pour l’harmonie. Cage y trouve une sortie de son impasse esthĂ©tique, et il explore cette mĂȘme idĂ©e dans ses cĂ©lĂšbres Sonates et Interludes pour piano prĂ©parĂ©, qui date la mĂȘme Ă©poque. Associer les piĂšces mythiques de Satie avec ces piĂšces de Cage est donc une Ă©vidence.», prĂ©cise Ivan Ilic. Outre Cage et Satie, voici tout autant Claude Debussy
 un Debussy certes adulĂ© et cĂ©lĂ©brĂ© mais finalement jaloux du statut particulier, atypique d’un Satie puissant et original, dĂ©finitivement inclassable.

« Debussy admirait toujours le statut de “outsider” de Satie, son indĂ©pendance du milieu musical parisien. Avec leur ambiguĂŻtĂ© expressive, certains prĂ©ludes de Debussy sont proche de l’esprit des miniatures Satie, bien que plus riches sur le plan harmonique, et plus proche de la musique russe (Stravinsky, Scriabine) qui poussait de plus en plus loin une utilisation chromatique de la tonalité » complĂšte Ivan Ilic. A Satie et Debussy, maĂźtres des tonalitĂ©s suspendues, irrĂ©solues et des formes inĂ©dites dans le sillon des GymnopĂ©dies, Ivan Ilic associe aussi Alexandre Scriabine, le compositeur pianiste au mysticisme parfois superfĂ©tatoire dont il offre les derniĂšres pages pour le piano : « On y trouve un mĂ©lange d’extase et de calme spirituel, comme s’il savait qu’il fallait tout donner dans la derniĂšre annĂ©e de vie, qui s’avĂšre trĂšs productive, par ailleurs ».

Le programme d’Ivan Ilic Ă  Saintes rĂ©sonne tel un parcours intĂ©rieur, singulier et original : « On passe d’une musique modale (Cage) Ă  une musique entiĂšrement dĂ©nouĂ©e de drame (Satie) Ă  une harmonie plus complexe et suggestive (Debussy) Ă  l’abstraction de Scriabine, avec un tourbillon d’émotion dans Vers la flamme qui ne cesse de monter et de donner Ă  l’auditeur l’impression de monter vers l’extase », conclut le pianiste.

boutonreservationRĂ©cital du pianiste Ivan Ilic Ă  Saintes
Abbaye aux Dames de Saintes
Samedi 9 juillet 2016, 22h

 

 

ENTRETIEN AVEC IVAN ILIC…  question complĂ©mentaire Ă  Ivan Ilic pour mieux comprendre les enjeux esthĂ©tiques de son rĂ©cital Ă  Saintes 2016.

CLASSIQUENEWS : En quoi le programme diffĂšre t il / reprend t-il le programme et l’esprit des piĂšces du cd de 2014 ?
Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicIvan Ilic : Ce programme est Ă©troitement liĂ© Ă  mon disque Le Transcendantaliste / The Transcendentalist (CD Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS en 2014), qui reliait Scriabine avec Cage et Morton Feldman, notamment. Le journaliste de Forbes, aux Etats-Unis a su identifier que le « saint patron du disque aurait pu ĂȘtre Satie », remarque trĂšs juste, car les oeuvres de Scriabine que j’avais choisies, sont presque sans tension, d’un lyrisme pure, ce qui est relativement atypique dans l’Ɠuvre de Scriabine, qui a plus tendance a exprimĂ© le cĂŽtĂ© tourmentĂ© de l’existence. Le programme du disque Ă©tait donc uniquement russe et amĂ©ricain, mais avec des influences françaises suggĂ©rĂ©es çà et lĂ .
Dans mon programme pour Saintes, le lien avec la musique française devient explicite. En Ă©coutant les piĂšces cĂŽte Ă  cĂŽte, on rĂ©alise les correspondances fortes, notamment entre Cage et Satie d’une part, et le Debussy et le Scriabine, tardifs, de l’autre. Le mot transcendantaliste implique une dĂ©marche intuitive de la composition, sans systĂšmes, et tous les quatre compositeurs tombent dans cette catĂ©gorie.

Je me sens particuliĂšrement proche de cette idĂ©e, car mĂȘme si j’ai fait des Ă©tudes de mathĂ©matiques, et je me considĂšre quelqu’un de plutĂŽt rationnel dans mon quotidien, j’accepte depuis quelques annĂ©es que la vie comporte une grande part de mystĂšre, et que le vrai pouvoir de la musique est justement son cĂŽtĂ© mystĂ©rieux, insaisissable, Ă©phĂ©mĂšre, inexplicable. Le fait de ne pas comprendre ne nous empĂȘche pas de faire ; au contraire, faire en ignorant le pourquoi me semble un acte essentiel, un geste qui tend vers l’infini”.

 

Propos recueillis en juin 2016.

Illustrations : Portrait du pianiste Ivan Ilic (© B Maire)

LIRE aussi notre critique complĂšte du cd The Transcendentalist d’Ivan Ilic, CLIC de CLASSIQUENEWS (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman), Ă©ditĂ© en mai 2014

L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es joue Debussy et Chausson Ă  Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Jeudi 4 fĂ©vrier 2016. Orchestre des Champs ElysĂ©es : Debussy, Chausson, Magnard.... Somptueuse soirĂ©e symphonique au TAP de Poitiers ce soir avec l’Ă©clat poĂ©tique des instruments d’Ă©poque dans un programme de musique romantique française (et post romantique avec le sommet liquide et impressonniste, La mer de Debussy). Sous la conduite du chef Louis LangrĂ©e (applaudi la saison derniĂšre pour PellĂ©as et MĂ©lisande, les instrumentistes si passionnĂ©ment engagĂ©s dans le jeu historiquement informĂ© et toujours soucieux du timbre et du format sonore originel de chaque instrument, s’engagent pour une trilogie de compositeurs dont l’Ă©criture devrait ce soir gagner en mordant expressif, raffinement poĂ©tique, justesse caractĂ©risĂ©e, subtil Ă©quilibre entre lecture analytique et formidable texture sensuelle. Si le propre des auteurs français est souvent prĂ©sentĂ© comme ce scrupule particulier pour la transparence, la couleur, la clartĂ©, l’apport de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es devrait le dĂ©montrer dans ce programme qui associe : Debussy, Chausson et Magnard, particuliĂšrement convaincant. C’est de Chausson Ă  Debussy, une leçon d’Ă©quilibre entre dĂ©tails et souffle dramatique qui attend les spectateurs auditeurs du TAP de Poitiers lors de cette grande soirĂ©e de vertiges symphoniques.

chaussonSi la piĂšce maĂźtresse sur le plan symphonique et orchestral demeure Ă©videmment La Mer de Debussy – sublime triptyque climatique pour grand orchestre, le concert offre un aperçu significatif du wagnĂ©risme personnel d’Ernest Chausson, l’un des symphoniste et poĂšte musicien les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration (il est nĂ© en 1855, et s’Ă©teint fauchĂ© trop tĂŽt avant la fin du siĂšcle en 1899). ComposĂ© entre 1882 et 1890, le cycle est crĂ©Ă© lors de ses 38 ans en 1893 ; Le PoĂšme de l’amour et de la mer opus 19 d’aprĂšs le texte de son exact contemporain et ami, le poĂšte Maurice Bouchor (1855-1929), le PoĂšme comprend deux volets :
I. La Fleur des eaux : « L’air est plein d’une odeur exquise de lilas » – « Et mon cƓur s’est levĂ© par ce matin d’été » – « Quel son lamentable et sauvage »
Interlude
II. La Mort de l’amour : « BientĂŽt l’üle bleue et joyeuse » – « Le vent roulait les feuilles mortes » –  « Le temps des lilas »

Comprenant l’intervention d’une soliste (aujourd’hui soprano ou mezzo, bien que la version de crĂ©ation ait Ă©tĂ© rĂ©aisĂ©e par un tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet), la partition est Ă  la fois cantate, monologue, ample mĂ©lodie pour voix et orchestre oĂč les couleurs et le formidable chant de l’orchestre rivalise d’Ă©clats et de vie intĂ©rieure avec la voix humaine. Le cycle des 6 poĂšmes Ă©tait probablement quasi achevĂ© quand Chausson commence son opĂ©ra Le Roi Arthus, puis aprĂšs la composition de ce dernier, il rĂ©vise en 1893 Le PoĂšme pour lui apporter une parure dĂ©finitive et le faire crĂ©er dans une version piano / chant par le tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet (Bruxelles, le 21 fĂ©vrier 1893). La version orchestrale est assurĂ©e ensuite en avril suivant par la cantatrice ElĂ©onore Blanc.
Musique empoisonnĂ©e, langoureuse et trĂšs fortement mĂ©lancolique, le chant de Chausson qu’il s’agisse Ă  la voix ou dans l’orchestre exprime une extase mortifĂšre et nostalgique d’une incurable torpeur qui semble s’insinuer jusqu’Ă  l’intimitĂ© la plus secrĂȘte, dĂ©veloppant une Ă©criture scintillante et suspendue…. wagnĂ©rienne. Chausson a Ă©videmment Ă©coutĂ© Tristan et Yseult ; il ne cesse de dĂ©clarer son allĂ©geance Ă  l’esprit du maĂźtre de Bayreuth, en particulier dans un motif mĂ©lodique, obsessionnel, qui traverse toutes les mĂ©lodies et surtout se dĂ©veloppe explicitement dans l’interlude qui relie les deux volets du cycle : La Fleur des eaux et La Mort de l’amour.
Musique “proustienne”, d’un Ă©clectisme rentrĂ©, (typique en cela de la IIIĂš RĂ©publique), d’un parfum wagnĂ©rien Ă©vident mais si original et personnel (en cela digne des recommandations de son professeur CĂ©sar Franck, lui aussi partisan d’un wagnĂ©risme original et renouvelĂ©), douĂ©e d’une forte vie intĂ©rieure, l’Ă©criture de Chausson est rĂ©itĂ©ration, connotations, intentions masquĂ©es, plĂ©nitude des souvenirs et des songes enivrĂ©s et embrumĂ©s, l’expression d’une langueur presque dĂ©pressive qui ne cesse de dire son impuissante solitude. C’est en plus de Tristan, le modĂšle de Parsifal de Wagner (Ă©coutĂ© Ă  sa crĂ©ation en 1882 Ă  Bayreuth) qui est rĂ©interprĂ©tĂ©, “recyclĂ©” sous le filtre de la puissante sensibilitĂ© d’un compositeur esthĂšte et poĂšte. Encore scintillante et claire, La Mort de l’amour, cĂšde la place Ă  l’ombre inquiĂšte et l’anĂ©antissement graduel (La Fleur des eaux); les images automnales, crĂ©pusculaires, souvent livides et lĂ©thales dĂ©crivent un monde Ă  l’agonie, perdu, sans rĂ©mission (“le vent roulait les feuilles mortes”… est une marche grave et prenante). Et pour finir, tel une prophĂ©tie terrifiante, la derniĂšre mĂ©lodie, Le temps des Lilas (Ă©crite dĂšs 1886, et souvent chantĂ© comme une mĂ©lodie sĂ©parĂ©e, autonome) confirme qu’aprĂšs cette agonie il n’y aura plus de printemps. Le PoĂšme de l’amour et de la mer est la prĂ©diction d’une apocalypse inĂ©vitable. Il appartient aux interprĂštes d’en restituer et la langueur hynoptique et la magie des couleurs orchestrales d’un scintillement dont le raffinement annonce La Mer de Debussy… Le chef quant Ă  lui doit veiller aux Ă©quilibres, au format orchestre / voix, pour servir l’une des plus belles musique de chambre au souffle symphonique. L’ampleur et la profondeur mais aussi l’exquise lisibilitĂ© mortifĂšre du texte, de ses images d’une sourde et maladive mĂ©lancolie.
MĂȘme s’il fut fils de famille, et d’un train de vie supĂ©rieur Ă  celui de ses confrĂšre compositeur, Chausson, mort stupidement aprĂšs une mauvaise chute de vĂ©lo, savit entretenir autour de lui, l’ambiance d’un foyer artistique et intellectuel ouvert aux tendances les plus avancĂ©es de son temps : son salon de la rue de Courcelles Ă  Paris reçoit ses amis FaurĂ©, Duparc et Debussy, mais aussi MallarmĂ©, Puvis de Chavannes et Monet… A l’Ă©coute de son PoĂšme opus 19, l’auditeur convaincu tirera bĂ©nĂ©fice en poursuivant son exploration de l’univers de Chausson avec Le Roi Arthus (offrande personnelle sur l’autel wagnĂ©rien), Viviane, Symphonie en si bĂ©mol et bien sur, toute sa musique de chambre…

boutonreservationL’Orchestre des Champs-ElysĂ©es au TAP, Poitiers
Jeudi 4 février 2016, 19h30

Albéric Magnard : Hymne à la justice op.14
Ernest Chausson : PoĂšme de l’amour et de la mer op.19
Claude Debussy : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre
Durée du concert : 1h20mn (entracte compris)
Louis Langrée, direction
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano

Louis LangrĂ©e, premier chef invitĂ© de l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es, dĂ©fend la musique française partout dans le monde. La saison passĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique, ils ont crĂ©Ă© ensemble l’un des plus beaux PellĂ©as et MĂ©lisande qu’on ait entendu depuis longtemps, encensĂ© par le public et la critique. C’est justement Debussy qui constitue la piĂšce maĂźtresse de ce concert avec le poĂšme symphonique La Mer, fresque impressionniste oĂč le chatoiement des couleurs devrait ĂȘtre magnifiĂ© par les instruments d’époque. Le PoĂšme de l’amour et de la mer fut composĂ© seulement 20 ans avant mais illustre une esthĂ©tique fort diffĂ©rente, empreinte de l’influence wagnĂ©rienne qui dominait encore en France en cette fin du 19e siĂšcle.

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon)

piano natacha kudritskaya piano cd critique compte rendu debussy ravel Decaux cd critique CLASSIQUENEWS clic de classiquenews novembre 2015 nocturnesrectodef-1024x1024CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon). Mille ivresses et rĂȘves de la nuit
 Sous l’emprise des grands magiciens, Debussy et Ravel, rĂ©vĂ©lant aussi la puissance onirique d’Abel Decaux, la pianiste ukrainienne Natacha Kudritsakya dĂ©croche le CLIC de classiquenews de novembre 2015. En ondine nocturne (pour reprendre le Premier volet du Gaspard ravĂ©lien ici abordĂ© en fin de rĂ©cital), la pianiste nouvellement recrutĂ©e par DG (Deutsche Grammophon), Natacha Kudritskaya enchante littĂ©ralement passant d’un Ă©pisode l’autre avec une subtilitĂ© introspective qui garde malgrĂ© la grande diversitĂ© des rives et paysages explorĂ©s, une cohĂ©sion de ton, une unitĂ© de style trĂšs aboutie… Premier album sous Ă©tiquette DG plutĂŽt rĂ©ussi car outre la performance intimiste trĂšs intĂ©riorisĂ©e de la jeune ukrainienne, ce rĂ©cital intitulĂ© « Nocturnes » sert idĂ©alement son sujet : le choix des partitions, leur enchaĂźnement selon la proximitĂ© des climats et la parentĂ© des tonalitĂ©s enchaĂźnĂ©es, dĂ©signent une sensibilitĂ© pertinente, astucieuse mĂȘme qui fait de son parcours trĂšs personnel, un jardin intĂ©rieur, une sĂ©rie d’humeurs climatiques, poĂ©tiquement justes, et aussi une carte de visite trĂšs investie qui change des « performances » Ă©clectiques habituelles (souvent bĂąclĂ©es, et sous couvert d’une intimitĂ© dĂ©voilĂ©e : saupoudrage plutĂŽt que confessions sincĂšres). Les Nocturnes que compose la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya affichent toutes les nuances expressives de la nuit, climats de berceuse enivrĂ©e, enchantĂ©e… balancements mystĂ©rieux, Ă©nigmatiques et suspendus (GymnopĂ©die n°1 puis Gnossiennes 4 et 3 de Satie); crĂ©pitements plus narratifs  des deux Debussy suivants (Les soirs illuminĂ©s, et surtout Feux d’artifice).

CLIC D'OR macaron 200Les teintes nocturnes qui y figurent, dĂ©ploient des Ă©clats divers, d’une grande richesse de caractĂšre, Ă  la fois tenus, tĂ©nus, d’une dĂ©licatesse suggestive souvent irrĂ©sistible. Debussy, Satie, surtout Ravel et le moins connu mais si prenant Abel Decaux (atonal avant Schoenberg) sont tous ici manifestement inspirĂ©s par l’enchantement, les promesses et les terreurs aussi de la nuit. InterprĂšte ciselĂ© des auteurs français (on lui connaĂźt un prĂ©cĂ©dent cd Rameau, trĂšs articulĂ©), la pianiste dĂ©ploie pour chacun, un jeu souvent intĂ©rieur, en rien dĂ©monstratif ni artificiel, rĂ©solument investi par la souple Ă©toffe sonore qui trouve en particulier chez Ravel, un Ă©quilibre parfait entre narration aiguĂ« et transparence Ă©thĂ©rĂ©e confinant Ă  l’abstraction.

Kiev, puis Paris (CNSM), sont les étapes formatrices de la jeune ukrainienne qui travaille vraiment et sérieusement la musique à 15 ans (grùce à un concours pour lequel elle devait réviser, progresser, convaincre). Une double culture russe et français dont Alain PlanÚs, son professeur à Paris, qui veille au respect des partitions lui a transmis aussi le goût des claviers anciens.

Natacha Kudritskaya comme un livre de confidences secrĂštes nous prĂ©cise (livret Ă  l’appui) sa conception des mondes de la nuit… Nuit enchantĂ©e, romantique et souverainement debussyste… (immersion chantante Ă  la fois Ă©toilĂ©e et argentĂ©e de Clair de lune, emblĂšme poĂ©tique de tout le recueil…)  jusqu’au fantastique ravĂ©lien de Scarbo du formidable recueil ravĂ©lien “Gaspard de la nuit” : plongĂ©e inquiĂ©tante, hypnotique dans une nuit fantastique plus trouble voire angoissante, celle du nabot terrifiant et grimaçant d’une Ă©lectricitĂ© animale (Scarbo) dont le rire final baisse le rideau de cette formidable scĂšne crĂ©pusculaire. Une nuit de rĂ©vĂ©lation et de dĂ©voilement ultime qui d’ailleurs rejoint le Debussy mĂ»r de 1917, soit Ă  quelques mois de sa mort, dans “Les soirs illuminĂ©s par l’ardeur du charbon” : autre facette d’une nuit dĂ©cisive et hallucinĂ©e.

Feux d’artifice (du mĂȘme Debussy) assemblent miroitements et crĂ©pitements ; l’Ă©pisode exige une souplesse trĂšs articulĂ©e de la main droite, en particulier pour exprimer le chant Ă©thĂ©rĂ© de l’onde malgrĂ© l’incessant balayage des arpĂšges en vagues rĂ©guliĂšres, traversant tout le spectre du clavier. MĂȘlant Ă©clairs et sourde tension, le jeu doit ĂȘtre expressif et liquide, puis d’un voluptĂ© irradiante, incandescente, jusque dans le dernier accord qui s’achĂšve comme un songe murmurĂ© : l’esprit d’une nuĂ©e de comĂštes traversant le ciel, illuminant d’un feu fugace la voĂ»te Ă©toilĂ©e. MaĂźtrisant les passages et les Ă©quilibres tĂ©nus, la pianiste affirme un jeu richement dynamique et structurĂ©, d’une grande intensitĂ©. Le livret prĂ©sente en complĂ©ment de la prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale, un choix d’extraits des poĂšmes signĂ©s Verlaine, Baudelaire, Louis de LutĂšce, Aloysius Bertrand (pour son Gaspard de la nuit originel de 1842).

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Les 4 volets d’Abel Decaux (mort en 1943) sont dans le thĂšme et outre leur modernitĂ© envoĂ»tante, d’une importance musicale capitale: datĂ©s entre 1900 et 1907, ils prĂ©figurent l’atonalisme de Schoenberg car son impressionnisme tant Ă  la fragmentation et l’implosion, l’exploration et l’expĂ©rimentation ; rappel Ă©tant fait grĂące Ă  la pertinence et la justesse du programme, que le sĂ©rialisme est une crĂ©ation … française; l’Ă©lĂšve de Dubois, Massenet, organiste prodigieux ressuscite sous les doigts plus qu’inspirĂ©s de la pianiste ukrainienne; sourde inquiĂ©tude et atmosphĂšre du rĂȘve dans le premier Ă©pisode (Minuit passe) qui semble tourner la page du Tristan wagnĂ©rien par sa rĂ©sonance lugubre et magique. La Ruelle approfondit encore la menace et la torpeur grise quand La Mer est de loin le plus impressionnant tableau des quatre : le souffle, l’ampleur des horizons Ă©voquĂ©s, le tumulte et le sentiment d’infini qui frĂŽle l’abstraction en font une piĂšce particuliĂšrement envoĂ»tante. L’expression du rĂȘve (nocturne) d’un compositeur qui se rĂȘvait d’abord marin.

Ceux de FaurĂ© enivrent eux aussi (Nocturnes n°7 et 8), – quoique parfois semblant demeurĂ©s inexorablement sur la rive tonale, prĂ©servĂ©e fermement avec une flamme mĂ©lodique Ă©perdue (deuxiĂšme sĂ©quence du n°7 aprĂšs 4mn), qui s’Ă©mancipe, dĂ©roulant sa fine tresse aĂ©rienne.

 

 

 

 

Pianiste enchanteresse

 

 

paino-natacha-nocturnes-debussy-faure-ravel-abel-decaux-satie-clic-de-classiquenews-cd-critique-classiquenews-cd-critique---kudritskayaEnfin le triptyque de Gaspard de la nuit (trois poĂšme pour piano de 1908) affirment le caractĂšre de trois tableaux sonores et dramatiques qui sont harmoniquement et architecturalement, les plus raffinĂ©s : narratif, allusifs, prodigieux d’Ă©conomie et de scintillements expressifs. Ravel, l’un des plus fins dramaturges du XXĂšme siĂšcle-, y Ă©tincelle de subtilitĂ©, d’intelligence thĂ©Ăątrale : le toucher tout en suggestion emperlĂ©e, – plus rentrĂ© que dĂ©monstratif, affirme une ondine des plus Ă©vanescentes dont le souffle rappelle le PellĂ©as debussyste : Natacha Kudritskaya en retient l’idĂ©e d’un corps ivre de sa voluptĂ©, d’une mĂ©lancolie irrĂ©sistible.

Le Gibet est plus sombre et d’un balancement lancinant, Ă  la façon d’une mĂ©canique intĂ©rieure qui rĂ©vĂšle davantage l’exposition et l’abandon, la tension et la dĂ©tente ; tout y semble prĂ©cipitĂ© dans un lent effondrement … plus marin que nocturne. La pianiste a le talent de faire jaillir ce sourd crĂ©pitement de l’ombre vers l’ombre, en un jaillissement sonore canalisĂ©, serti comme un gemme Ă  l’Ă©clat feutrĂ© qui s’efface comme un songe et meurt dans l’obscuritĂ© d’oĂč il avait jailli.

Scarbo d’une nervositĂ© plus dramatique, expose cependant d’Ă©gales couleurs scintillantes en un feu impressionniste oĂč jaillit peu Ă  peu de façon plus tranchĂ©e mais fugace, les traits du nabot moqueur, mystĂ©rieux, fatal. Le geste souple et scintillant de la pianiste convainc d’un bout Ă  l’autre de ce fabuleux triptyque : le plus enchanteur jamais Ă©crit pour le clavier, n’affectant ni la virtuositĂ© ni les brumes germaniques, mais fondant sur sa trame resserrĂ©e, contrastĂ©e (Ravel n’aime pas s’Ă©pancher), l’exposĂ© prĂ©cis, glaçant de son sujet fantastique, essentiellement poĂ©tique, plus hugolien que shakespearien. LĂ  encore ce jeu de nuances, de subtiles rĂ©fĂ©frences, et d’un crĂ©pitement effectivement nocturne qui surgissant de l’ombre, y revient toujours, dĂ©signe un tempĂ©rament pianistique d’une absolue maturitĂ© ; convaincante, Natacha Kudritskaya privilĂ©gie non sans raison et justesse, l’Ă©pure et le repli, la douceur expressive, plutĂŽt que l’affirmation et la dĂ©monstration que l’on regrette chez ses confrĂšres, y compris les plus grands. De sorte qu’au sortir d’une Ă©coute enchantĂ©e, l’auditeur comprend comme le visuel de couverture le laisse entendre, que Natacha Kudritskaya est un lutin terrestre qui a la tĂȘte dans les Ă©toiles, une musicienne rĂȘveuse qui a le goĂ»t des poĂšmes. Superbes qualitĂ©s. TaillĂ©e pour les correspondances et l’introspection.

 

 

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
) 1 cd Deutsche Grammophon

VOIR le clip vidéo de Natasha Kudritskaya jouant Clair de Lune de Debussy à la Sorbone à Paris, une nuit inspirante

Debussy – « Clair de Lune » (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_DebussyDebussy – « Clair de Lune » (partition interactive pour PIANO). ComposĂ©e Ă  partir de 1890 (Debussy a alors 28 ans), la suite Bergamasque doit son succĂšs immĂ©diat Ă  l’une de ses plus cĂ©lĂšbres piĂšces, Clair de lune, la troisiĂšme sĂ©quence parmi l’ensemble de 4. En rĂ© bĂ©mol majeur, Clair de lune est un chef-d’Ɠuvre de douceur et de tendresse, andante trĂšs expressif, jouĂ© pianissimo. Son titre serait empruntĂ© au poĂšme de Verlaine, Clair de Lune. Tour Ă  tour, alternant effusion Ă©chevelĂ©e et replis intimes distanciĂ©s, c’est un sommet de la littĂ©rature impressionniste. Il est jouĂ© en rĂ© bĂ©mol majeur, Ă  l’exception de son point culminant, en do diĂšse mineur.

La piÚce a été utilisée dans la fameux film musical de Walt Disney, Fantasia (1940).

 

 

 

Andante trĂšs expressif. Debussy exprime un instant d’une plĂ©nitude magique qui va en s’affirmant avec une pudeur rentrĂ©e d’une dĂ©licatesse infinie. C’est une sĂ©rie de sensations Ă©prouvĂ©es avec une plĂ©nitude croissante (un poco mosso) qui rĂ©active lĂ  encore des instants de pure magie intĂ©rieure.

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer Clair de lune de la Suite Bergamasque de Claude Debussy

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de Clair de lune de la Suite Bergamasque de Claude Debussy , éditée par Tombooks

Niveau de difficulté : intermédiaire (4-5)
Type de partition : sans accompagnement 
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Clair de lune de Claude Debussy, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e : 5mn10.

 

 

 

 

Reportage vidéo : le nouveau Pelléas de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing (1/2)

pelleas-melisande-tourcoing-malgoire-schiaretti-avril-2015-clic-de-classiquenewsReportage vidĂ©o PellĂ©as 1. Les 19,21 et 23 avril 2015, Jean-Claude Malgoire relit PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy portant ses fidĂšles Ă©quipes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing et une trĂšs solide distribution dont Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Alain Buet, chacun rĂ©alisant une prise de rĂŽles pour les personnages de MĂ©lisande, PellĂ©as et Golaud. Trio vainqueur dans la mise en scĂšne de Christian Schiaretti. Entretiens avec Jean-Claude Malgoire, Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Christian Schiaretti : retour sur instruments d’Ă©poque ; ce qu’ils apportent ; qui sont PellĂ©as et MĂ©lisande… nĂ©e Ă  midi, cette derniĂšre porte en elle des gĂšnes dĂ©moniaques… RĂ©aliser un PellĂ©as incarnĂ© sur un rythme shakespearien… © CLASSIQUENEWS.TV 2015

VOIR le clip Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing, LIRE aussi notre présentation complÚte de Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire

 

 

 

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Guilluame Andrieux et Sabine Devielhe : Pelléas et Mélisande à Tourcoing sous la direction de Jean-Claude Malgoire © classiquenews 2015

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 11 fĂ©vrier 2015. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay
 Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scĂšne et dĂ©cors.

Debussy Claude PelleasMystĂ©rieuse et Ă©lĂ©gante reprise Ă  l’OpĂ©ra de Paris. L’OpĂ©ra Bastille affiche en reprise la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Bob Wilson, dont la crĂ©ation eut lieu en 1997 au Palais Garnier. Philippe Jordan Ă  la baguette de l’Orchestre de l’OpĂ©ra assure la direction musicale. Nous retrouvons de grands et plutĂŽt convaincants habituĂ©s dans la distribution, notamment le baryton StĂ©phane Degout et la soprano Elena Tsallagova, prĂ©sents dans la reprise prĂ©cĂ©dente en 2012.

« On dirait que la brume s’Ă©lĂšve lentement… »

Chef d’Ɠuvre incontestable du XXĂšme siĂšcle, PellĂ©as et MĂ©lisande voit le jour Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1902. L’histoire est celle de la piĂšce de thĂ©Ăątre symboliste Ă©ponyme de Maurice Maeterlinck. La spĂ©cificitĂ© littĂ©raire et dramaturgique de l’Ɠuvre originelle permet plusieurs lectures de l’opĂ©ra. La puissance Ă©vocatrice du texte est superbement mise en musique par Debussy. Ici, Golaud, prince d’Allemonde, perdu dans une forĂȘt, retrouve une jeune femme belle et Ă©trange, MĂ©lisande, qu’il Ă©pouse. Elle tombera amoureuse de son beau-frĂšre PellĂ©as. Peu d’action et beaucoup de descriptions font de la piĂšce une vĂ©ritable raretĂ©, d’une beautĂ© complexe.

Dans la mise en scĂšne de Bob Wilson, avec ses costumes, ses peintures et ses incroyables lumiĂšres (collaboration avec Heinrich Brunke pour ces derniĂšres) le symbolisme est protagoniste. Peu d’insistance sur les didascalies, des dĂ©cors Ă©purĂ©s, et le systĂšme Wilson mĂ©langeant thĂ©Ăątres orientaux et commedia dell’arte, donnent Ă  l’Ɠuvre un fin voile quelque peu mĂ©taphysique, mais transparent, comme quelques Ă©lĂ©ments des dĂ©cors, et ceci s’accorde brillamment Ă  la nature de l’Ɠuvre. Rien n’est cachĂ©, rien n’est montrĂ©, rien n’est expliquĂ©, et pourtant Wilson met en Ă©vidence certaines strates profondes de signification qu’un grand public n’est pas forcĂ©ment disposĂ© Ă  comprendre ou accepter. Il s’agĂźt bien d’une question de disposition, plus que d’une quelconque capacitĂ© intellectuelle, prĂ©cisĂ©ment Ă  cause du sujet ni Ă©vident ni facile, mais si pertinent (plus de 100 ans aprĂšs!). L’Ă©trange et sublime crĂ©ature qu’est PellĂ©as et MĂ©lisande a tout le potentiel de troubler un auditoire. Dans une Ɠuvre oĂč la brume est l’aspect le plus rĂ©aliste d’un royaume lointain en un Moyen-Age imaginĂ©, avec des mers sauvages, un peuple ravagĂ© par la maladie et la pauvretĂ©, et un sentiment apocalyptique subtile mais omniprĂ©sent, la violence conjugale et le fratricide sont reprĂ©sentĂ©s aussi clairement que le brouillard ; on avance peureusement dans un chemin escarpĂ© oĂč il fait trĂšs sombre, vers une tragĂ©die inattendue mais inĂ©luctable. L’opĂ©ra du divorce ou l’opĂ©ra qui dĂ©range. GrĂące au travail et Ă  l’esthĂ©tique distinguĂ©e de Wilson, l’Ɠuvre vole gracieusement et caresse l’audience plus qu’elle ne la frappe, mĂȘme si elle vole vers le dĂ©sespoir et la mort.

« Je suis heureuse, mais je suis triste »

Une mise en scĂšne de ce style laisse la musique s’exprimer davantage. Dans ce sens, fĂ©licitons d’abord les protagonistes, StĂ©phane Degout et Elena Tsallagova. Lui, dans le rĂŽle de sa vie, faisant preuve d’une prosodie remarquable, d’un art de la diction confirmĂ©, campe un PellĂ©as au grand impact thĂ©Ăątral, un PellĂ©as de transition, le petit demi-frĂšre qui constate que le temps passe et que pour lui rien ne se passe… Un PellĂ©as qui deviendrait Golaud Ă©ventuellement. Il est aussi l’un des chanteurs qui sait remplir l’immensitĂ© de l’OpĂ©ra Bastille avec sa voix, sa projection parfaite, il rĂ©gale l’auditoire avec sa performance mise en orbite autour de l’anxiĂ©tĂ© amoureuse troublante et le frĂ©missement juvĂ©nile incertain. La soprano russe offre une MĂ©lisande au chant aĂ©rien, tout autant nourri d’Ă©motion, tout particuliĂšrement remarquable dans la beautĂ© Ă©trange de l’air de la tour qui ouvre le 3e acte. L’Arkel de Franz-Josef Selig rayonne de musicalitĂ©, et son timbre a la chaleur idĂ©ale. Si nous peinons Ă  l’entendre au premier acte, question d’Ă©quilibre avec l’orchestre, peut-ĂȘtre, il gagne en assurance au cours de actes et termine l’Ɠuvre au sommet. Nous sommes moins certains de la performance de Paul Gay en Golaud. Si nous apprĂ©cions toujours l’art du baryton-basse (qui mĂȘme malade arrive Ă  assurer un excellent Barbe-Bleue par exemple Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux en fĂ©vrier 2014, lire ici notre compte rendu critique du ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bartok), ce soir nous le trouvons un peu en retrait. Sa violence n’est pas trĂšs offensive et son chagrin pas si triste que cela… Il a quand mĂȘme quelque chose de troublant et de touchant dans son jeu, ma non tanto. Solide. Remarquons Ă©galement l’Yniold de la soprano Julie Mathevet, sauterelle attendrissante dans le rĂŽle de l’enfant Ă  la musique si redoutable.

Finalement que dire de Philippe Jordan dirigeant l’orchestre ? Sa lecture insiste sur l’aspect wagnĂ©rien de l’orchestration… Nous avons droit ainsi Ă  des interludes fantastiques, aux cuivres dĂ©licieux et puissants, parfois trop. Une lourdeur ponctuelle qui, dans ce cas, agrĂ©mente le spectacle. Or, nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© qu’il insiste aussi sur l’aspect anti-wagnĂ©rien de la partition (Debussy lui-mĂȘme dĂ©clarait son intention de crĂ©er un opĂ©ra aprĂšs Wagner et non pas d’aprĂšs Wagner). Si une telle lecture peut causer des effets surprenants, l’atmosphĂšre toujours tendue (sans doute l’une des caractĂ©ristiques principales de l’opus) devient seulement remarquable aprĂšs l’impact wagnĂ©rien ici et lĂ , quand elle devrait, Ă  notre avis, ĂȘtre omniprĂ©sente, plus ondulante qu’impĂ©tueuse.
Le chef fait donc preuve de lourdeur et de finesse dans une mĂȘme soirĂ©e, exploitant avec panache les cuivres et les bois, enchanteurs. Une prestation solide d’une Ɠuvre limpide. Un chef d’Ɠuvre absolu de l’histoire de la musique Ă  revisiter dans cette production d’une grande valeur signĂ©e Bob Wilson. Encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 13, 16, 19, 22, 25, et 28 fĂ©vrier 2015.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 11 fĂ©vrier 2015. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay
 Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scĂšne et dĂ©cors.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

malgoire_jean_claudeTourcoing, Atelier Lyrique. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. 19,21,23 avril 2015. CrĂ©ation. Au ThĂ©Ăątre municipal Raymond Devos de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire rĂ©unit sa fine Ă©quipe dont de nouvelles voix dĂ©jĂ  confirmĂ©es qu’il a eu le nez de distinguer et encourager (Sabine Devielhe y chante sa premiĂšre MĂ©lisande ; comme Guillaume Andrieux, son premier PellĂ©as). La nouvelle production lyrique prĂ©sentĂ© par l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing promet d’ĂȘtre un nouveau grand moment local car deux jeunes chanteurs vont y assoir davantage leur immense talent d’interprĂšte.

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

 

Et si PellĂ©as et MĂ©lisande, le seul opĂ©ra intĂ©gralement abouti de Debussy, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1902, soulignait sous la faillite des mots, et l’errance des ĂȘtres qui se dĂ©robent, la souveraine activitĂ© de la musique? Force et Ă©nergie seule capable d’exprimer l’indicible, d’Ă©clairer le psychisme profond des ĂȘtres handicapĂ©s, impuissants, dĂ©munis… Ce que le mot ne peut dire, la musique le porte soudainement au delĂ  des solitudes et des mensonges.
PoĂ©sie, musique: on parle souvent d’une fusion Ă©troite et mystĂ©rieuse qui cisĂšle l’articulation et le phrasĂ© du texte, qui ouvrage comme nul part, la dĂ©clamation du verbe
 La prose de Maeterlinck, dont la portĂ©e symboliste ne cesse d’interroger l’auditeur, offre au compositeur ce qu’il recherche: un tremplin vers l’autre monde, un passage vers l’invisible, l’indicible dont seul le flot musical tĂ©moigne. Qui est MĂ©lisande? D’oĂč vient-elle? Le sait-elle seulement?
Dans une nouvelle production, l’Atelier Lyrique de Tourcoing aborde la fascination et l’action Ă©nigmatique de PellĂ©as et MĂ©lisande, l’opĂ©ra de la modernitĂ©, celui qui d’essence chambriste, acclimate le mode des tonalitĂ©s suspendues et irrĂ©solues, dans le sillon tracĂ© par Richard Wagner dans Tristan et Parsifal. Debussy semble comprendre mieux que personne, les solitudes dĂ©calĂ©es de MĂ©lisande et de PellĂ©as, deux adolescents mus par un amour pur, dans un monde condamnĂ© Ă  l’anĂ©antissement et Ă  la pourriture : Golaud, force aveugle et brutale, mais dĂ©chirante et faible, Ă©pouse MĂ©lisande sans la connaĂźtre : il tue son demi frĂšre, trop jaloux de la grĂące que ces deux enfants produisent malgrĂ© eux.

 

 

 

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Tourcoingboutonreservation
drame lyrique en 5 actes
Livret du compositeur d’aprĂšs Maeterlinck
version originale. Les 19, 21, et 23 avril 2015

Distribution
MĂ©lisande, Sabine Devielhe
GeneviĂšve, GeneviĂšve Levesque
Pelléas, Guillaume Andrieux
Golaud, Alain Buet
Arkel, Renaud Delaigue
Le médecin, Geoffroy BuffiÚre
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction musicale, Jean-Claude Malgoire
Mise en scĂšne et lumiĂšres, Christian Schiaretti

 

 

 PelllĂ©as sur instruments d’Ă©poque et en version originale

Jean-Claude Malgoire : retrouver l’orchestre de Debussy

TOURCOING : le nouveau PellĂ©as et MĂ©lisande de JC MalgoireDĂ©barrassĂ©e des interludes, dans sa version originelle du 30 avril 1902,  la nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande proposĂ©e par Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing mĂ©rite toute l’attention : le chef fondateur de l’Atelier lyrique de Tourcoing revient aux fondamentaux d’un opĂ©ra dont on oublie l’essence innovatrice et scandaleuse : son absence d’airs, la place prĂ©pondĂ©rante de l’orchestre. Le chant symphonique exprime davantage que le texte, de nature symboliste. La matiĂšre et vaporeuse, post wagnĂ©rienne, aux couleurs ocĂ©anes Ă©minemment françaises. La France n’allait pas connaĂźtre de choc aussi brutal et dĂ©cisif que 11 ans plus tard avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky, Ă©galement crĂ©Ă© Ă  Paris. Dans un monde qui est Ă  l’agonie, les instruments font jaillir la source premiĂšre et miraculeuse, rĂ©gĂ©nĂ©ratrice de l’amour, celui qui aimante peu Ă  peu les deux adolescents, PellĂ©as et MĂ©lisande. Tout s’agite et se construit sur leur rencontre, leur reconnaissance, leur fusion et quand meurt PellĂ©as assassinĂ© par Golaud, son demi frĂšre, le monde enchantĂ©, ivre de MĂ©lisande, s’effondre Ă  nouveau : il se renferme dans le mystĂšre auquel demeure totalement Ă©tranger Golaud. Debussy a le choc prĂ©alable du texte thĂ©Ăątral : en le lisant Ă  partir de 1893, le compositeur qui recherche une autre forme lyrique que l’opĂ©ra bourgeois ou rĂ©aliste, est fascinĂ© par la portĂ©e introspective de la langue, une fenĂȘtre vers les profondeurs encore inconnues de l’Ăąme : dĂ©sir, haine, jalousie, mĂ©lancolie collective, dĂ©pression silencieuse…
Pour retrouver le grain et la sonoritĂ© qu’a probablement Ă©coutĂ© Debussy pour la crĂ©ation de son opĂ©ra, Jean-Claude Malgoire resssucite l’orchestre de 1902 : cordes en boyau dont le format sonore s’accorde mieux aux autres pupitres (bois, cuivres) et aux voix. En Ă©tudiant les  matĂ©riels d’orchestres, le chef a redĂ©couvert le jeu d’archet (le poussĂ©, le tirĂ©…) propre au dĂ©but du XXĂš et constatĂ© qu’alors, les instrumentistes ne jouaient pas ensemble. Il en dĂ©coule un son plus lumineux… que le jeune Malgoire avait dĂ©jĂ  remarquĂ© chez son maĂźtre Karajan (qui tenait cette pratique lui-mĂȘme de FurtwĂ€ngler). En privilĂ©giant surtout les cordes et 2 cors, Debussy opte pour un orchestre au format mozartien, approfondissant ainsi une sonoritĂ© suave et transparente… liquide. Plus fluide et dĂ©licat, l’orchestre de Debussy Ă©tait aussi mieux caractĂ©risĂ© : serrĂ©, contrastĂ© et aussi feutrĂ© (les perces des cuivres – le diamĂštre des tuyaux, Ă©tait plus petits : leur sonoritĂ© moins puissante, mais trĂšs typĂ©e et colorĂ©e).

 

 
 

 

Approfondir

VOIR le reportage spécial de la production de Pelléas et Mélisande présentée par Angers Nantes Opéra en 2014 (Emmanuelle Bastet, mise en scÚne)

VOIR les reportages Le Sacre de Stravinsky (1913), La Mer de Debussy par l’orchestre sur instruments d’Ă©poque, Les SiĂšcles, François-Xavier Roth

VOIR Jean Claude Malgoire ressuscite ABEN HAMET, l’opĂ©ra orientlaiste de ThĂ©odre Dubois d’aprĂšs Chateaubriand (mars avril 2014)

 

 
 

 

Un éblouissant Pelléas et Mélisande à Angers, les 11 et 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaOPERA. Angers: PellĂ©as et MĂ©lisande. Les 11 et 13 avril 2014. Avec StĂ©phanie d’Oustrac, Armando Nogera, Jean-François Lapointe… La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et thĂ©Ăątral. Sous la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂŽles principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

CLIC_macaron_2014Extrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

 

Angers Nantes Opéra : le Pelléas éblouissant d'Emmanuelle Bastet (reportage 1/2)

 

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.
VOIR les 2 volets de notre grand reportage PellĂ©as et MĂ©lisande de Claude Debussy, la nouvelle production Ă©vĂ©nement d’Angers Nantes OpĂ©ra :
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 1
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 2

 

 

 

 

 

Reportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande. Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’élĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. 
 qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamné  Lire notre compte rendu critique de PellĂ©as et MĂ©lisande prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra

VIDEO : visionner le reportage 1

Reportage vidĂ©o (1/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidĂ©o (1/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande. Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’élĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. 
 qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamné  Lire notre compte rendu critique de PellĂ©as et MĂ©lisande prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra

VOIR notre reportage Pelléas et Mélisande n°2

Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. Armando Noguera, StĂ©phanie d’Oustrac

pelelas_melisande-ANO_kawkaRadio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h. La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et thĂ©Ăątral. A dĂ©faut de voir la production, les auditeurs de France Musique pourront se dĂ©lecter de la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂŽles principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

logo_francemusiqueExtrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes. ThĂ©Ăątre Graslin, le 27 mars 2014. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera, Jean-François Lapointe… Emmanuelle Bastet, direction. Daniel Kawka, direction

pelelas_melisande-ANO_kawkaCompte rendu, opĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande … Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’Ă©lĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamnĂ©…
A cela s’invite l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e de l’orchestre qui sous la direction souple, Ă©vocatrice,  prĂ©cise de Daniel Kawka diffuse un sensualisme irrĂ©sistible mis au diapason des innombrables images et rĂ©fĂ©rences marines du livret. C’est peu dire que le chef, immense wagnĂ©rien et malhĂ©rien, Ă©lĂ©gantissime, nuancĂ©, aborde la partition avec une Ă©conomie, une mesure boulĂ©zienne,  sachant aussi Ă©clairer avec une clartĂ© exceptionnelle la continuitĂ© organique d’une texture orchestrale finement tressĂ©e (imbrication des thĂšmes, rĂ©vĂ©lĂ©e ; accents instrumentaux, filigranĂ©s : bassons pour Golaud, hautbois et flĂ»tes amoureux pour MĂ©lisande et PellĂ©as…, sans omettre de somptueuses vagues de cordes au coloris parfois tristanesque : un rĂ©gal). Le geste comme les options visuelles rĂ©chauffent un ouvrage qui souvent ailleurs, paraĂźt distanciĂ©, froid, inaccessible. La rĂ©alisation scĂ©nographique perce l’Ă©nigme ciselĂ©e par Debussy en privilĂ©giant la chair et le drame, exaltant salutairement le prodigieux chant de l’orchestre, flamboyant, chambriste, viscĂ©ralement psychique. A Daniel Kawka d’une hypersensibilitĂ© poĂ©tique, toujours magistralement suggestive, revient le mĂ©rite d’inscrire le mystĂšre (si proche musicalement et ce dĂšs l’ouverture, du ChĂąteau de Barbe Bleue de Bartok, – une Ɠuvre qu’il connaĂźt tout aussi profondĂ©ment pour l’avoir dirigĂ©e Ă©galement pour Angers Nantes OpĂ©ra), de rĂ©tablir avec la mĂȘme Ă©vidence musicale, le retour au dĂ©but, comme  une boucle sans fin : les derniers accords renouant avec le climat Ă©nigmatique et suspendu de l’ouverture. PellĂ©as rejoint ainsi le Ring dans l’Ă©noncĂ© d’un recommencement cyclique. L’analyse et la vivacitĂ© qu’apporte le chef se rĂ©vĂšlent essentielles aussi pour la rĂ©ussite de la nouvelle production. On s’incline devant une telle vibration musicale qui sculpte chaque combinaison de timbres dans le respect d’un Debussy qui en plein orchestre, est le gĂ©nie de la couleur et de la transparence.

 

 

 

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Pelléas éblouissant, théùtral, cinématographique

Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Tout au long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.
Mais Emmanuelle Bastet rĂ©tablit Ă©galement la place d’un autre personnage qui semble ailleurs confinĂ© dans un rĂŽle ajoutĂ© par contraste, sans rĂ©elle Ă©paisseur : Yniold (Ă©patante ChloĂ© Briot), le fils de Golaud dont le spectacle fait un observateur permanent du monde des adultes, de l’attirance de plus en plus irrĂ©pressible des adolescents PellĂ©as et Melisande, de la nĂ©vrose criminelle de son “petit” pĂšre Golaud. La jeune Ăąme scrute dans l’ombre la tragĂ©die silencieuse qui se dĂ©roule sous ses yeux… elle en absorbe les tensions implicites, tous les secrets confinĂ©s dans chaque tiroir de l’immense bibliothĂšque qui fait office de cadre unique. Le poids de ce destin familial affecte l’innocence du garçon manipulĂ© malgrĂ© lui par son pĂšre dans l’une des scĂšnes de voyeurisme les plus violentes de l’opĂ©ra. Comment Yniold se sortira d’un tel passif? La clĂ© de son personnage est magistralement exprimĂ©e ainsi dans une vision qui rĂ©tablit aux cĂŽtĂ©s de l’Ă©rotisme et de la folie,  l’innocence d’un enfant certainement traumatisĂ© qui doit dans le temps de l’opĂ©ra, rĂ©ussir malgrĂ© tout, le passage dans le monde inquiĂ©tant et troublant des adultes. Son air des moutons prend alors un sens fulgurant renseignant sur ses terribles angoisses psychiques.  De part en part, la conception nous a fait pensĂ© au superbe film de Losey,  Le messager oĂč il est aussi question d’un enfant pris malgrĂ© lui dans les rets d’une liaison interdite entre deux ĂȘtres dont il est l’observateur et le messager.

pelleas melisande noguera doustrac angers nantes opera stephanie-d-oustrac_Dernier membre de ce quatuor nantais,  le PellĂ©as enivrĂ© d’Armando Noguera dont le chant incarnĂ© (Debussy lui rĂ©serve les airs les plus beaux, souvent d’un esprit trĂšs proche de ses mĂ©lodies) nourrit la claire voluptĂ© de chaque duo avec MĂ©lisande.  Certes le timbre a sonnĂ© plus clair (ici mĂȘme dans La BohĂšme, Le Viol de LucrĂšce, surtout pour La rose blanche
 ), mais la sensualitĂ© parcourt toutes ses apparitions avec toujours, cette prĂ©cision dans l’articulation de la langue, elle, exemplaire. Chaque duo (la fontaine des aveugles, la tour, la grotte) marque un jalon dans l’immersion du rĂȘve et de la fĂ©erie amoureuse,  l’accomplissement se produisant au IV oĂč mĂ»r et dĂ©terminĂ©,  PellĂ©as affronte son destin, dĂ©clare ouvertement son amour quitte Ă  en mourir (sous la dague de Golaud). Ce passage de l’adolescence Ă  l’Ăąge adulte se rĂ©vĂšle passionnant (terrifiant aussi comme on l’a vu pour Yniold,  son neveu). Mais sa mise Ă  mort ne l’aura pas empĂȘcher de se sentir enfin libre, maĂźtre d’un amour qui le dĂ©passe et l’accomplit tout autant.

Pictural (il y a  aussi du Balthus dans les poses alanguies, d’une fĂ©linitĂ© adolescente de la MĂ©lisande animale d’Oustrac), psychologique, cinĂ©matographique, gageons que ce nouveau PellĂ©as restera comme l’Ă©vĂ©nement lyrique de l’annĂ©e 2014. Sa perfection visuelle, sa prĂ©cision thĂ©Ăątrale (vĂ©ritable huit clos sans choeur apparent), la puissance et l’envoĂ»tement de l’orchestre (transfigurĂ© par la direction du chef Daniel Kawka) renouvelle notre approche de l’ouvrage. Un choc Ă  ne pas manquer… Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et Debussy. A l’affiche jusqu’au 13 avril 2014. A Nantes, les 30 mars, 1er avril. A Angers, les 11 et 13 avril 2014.

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

Radio. Diffusion sur France Musique, samedi 5 avril 2014, 19h. 

Illustrations : Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014

Clip vidĂ©o. L’Ă©blouissant PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra (jusqu’au 13 avril 2014)

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453CLIP VIDEO. Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production Ă©blouissante, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet exprime les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique

Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie. Ni abstraite ni symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper (superbe Ă©chappĂ©e prĂ©sente sous la forme d’une immense fenĂȘtre trop rarement ouverte) nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre
 la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme 
 un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

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Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂȘtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂźtre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scĂšne de la chevelure (emblĂšme qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂȘtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂȘtre cependant manipulatrice
 Le mystĂšre qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂč l’écoute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold 
 RĂȘve ou rĂ©alitĂ© ?
pelelas_melisande-ANO_kawkaVisuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particuliĂšrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂȘtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂŽle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son pĂšre Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s
 Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scĂšnes les plus violentes de l’opĂ©ra 
 L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scĂšne d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite Ăąme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement Ă©motionnel qui fait naĂźtre la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-ĂȘtre pas de rĂ©tablir la cohĂ©rence d’une Ɠuvre dans son dĂ©roulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours Ă  cacher ou sans les dire prĂ©cisĂ©ment.
C’est donc un opĂ©ra d’atmosphĂšre oĂč la mĂ©moire et le rĂȘve submergent le rĂ©el, oĂč l’inconscient surgit lĂ  oĂč on ne l’attend pas, oĂč les actes de la psychĂ© se manifestent diffĂ©remment et de façon imprĂ©visible, dont les enjeux et l’activitĂ© souterraine pourront nous ĂȘtre enfin rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  Nantes et Ă  Angers Ă  partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

boutonreservation

Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Le Pelléas de Daniel Kawka, grand entretien

Kawka_daniel 483 profil chef portrait valideNouveau PellĂ©as Ă  Nantes et Ă  Angers. Grand entretien avec Daniel Kawka. A Nantes puis Angers, Ă  partir du 23 mars et jusqu’au 13 avril 2014, le chef d’orchestre Daniel Kawka dirige l’Ɠuvre au noir française, Ă©clat convaincant d’un « aprĂšs Wagner » : PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy (1902). La nouvelle production portĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, associe Ă  une distribution superlative rĂ©unissant StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera et Jean-François Lapointe (MĂ©lisande, PelĂ©as, Golaud) – 3 prises de rĂŽles pour chacun des chanteurs-, l’ardente sensibilitĂ© d’un maestro taillĂ© pour les partition fleuve dont il dĂ©voile en un scintillement nuancĂ©, les facettes psychologiques et les enjeux dramatiques. Entretien avec un immense musicien dont l’humilitĂ© est proportionnelle Ă  sa finesse dĂ©sormais emblĂ©matique, qu’il s’agisse de Wagner dont il vient de diriger le Ring Ă  l’OpĂ©ra de Dijon, de Wagner toujours, pour un Tristan lĂ©gendaire, ou Bartok dont il a prĂ©cĂ©demment dirigĂ© pour Angers Nantes OpĂ©ra, l’envoĂ»tant ChĂąteau de Barbe Bleue : Daniel Kawka nous rappelle trĂšs justement que peut-ĂȘtre, pour les mĂ©lomanes soucieux de cohĂ©rence et d’explication sensĂ©e, MĂ©lisande resurgit au dĂ©but de l’opĂ©ra de Debussy lĂ  oĂč l’opĂ©ra de Dukas (Ariane et Barbe Bleue) l’avait fait disparaĂźtre : l’une des reines prisonniĂšres du souverain avait profitĂ© de son arrestation par les paysans, pour s’échapper dans une forĂȘt, celle lĂ  mĂȘme peut-ĂȘtre oĂč Golaud la dĂ©couvre la toute premiĂšre fois

En fin analyste, surtout en tĂ©moin Ă©veillĂ©, le chef nous dĂ©voile ici plusieurs clĂ©s de lecture sur une partition trouble et lumineuse Ă  la fois dont l’éloquence secrĂšte prĂ©pare Ă  bien des « levers du jour » esthĂ©tiques.

 

 

 

Daniel Kawka dirige Pelléas et Mélisande de Debussy

les grands entretiens de classiquenews.com

 

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WagnĂ©risme. Vous venez de diriger le Ring de Wagner Ă  l’OpĂ©ra de Dijon. On parle souvent de l’ombre wagnĂ©rienne sur Debussy. Qu’en est-il dans PellĂ©as prĂ©cisĂ©ment ?

Daniel Kawka : L’ombre de Wagner y est indĂ©niable bien sĂ»r, Ă©videmment « assimilĂ©e ». On ne peut ignorer ce maillage si fin, si subtil et ouvragĂ© de motifs conducteurs qui posent le dĂ©cor, teintent les lignes vocales, irradient de leur prĂ©sence et maintiennent dans un mĂȘme espace dramaturgique, beautĂ© plastique, sens et mystĂšre, ainsi qu’un principe de cohĂ©rence mĂ©lodique et polyphonique, de fluiditĂ© formelle et expressive, structurateurs entre les actes.
NĂ©anmoins ces motifs ne sont pas des rĂ©fĂ©rences thĂ©matiques immĂ©diates attachĂ©es Ă  un personnage, Ă  un lieu, une situation  etc…. (on sait combien Debussy en critiquait le principe). Elles opĂšrent sur un plan plus subtilement symbolique, s’immiscent dans des espaces poĂ©tiques permettant le prolongement de la pensĂ©e, de l’action… Ainsi le motif de “l’incommunicabilitĂ©” constitue-t-il l’armature mĂ©lodique du dialogue entre MĂ©lisande et Golaud (acte II scĂšne 2), alors que semblent rĂ©gner entre eux dans cet instant marital intime, tendresse et compassion.
Comment ne pas penser Ă  l’introduction du 3Ăšme acte de Tristan par ailleurs aprĂšs la premier choc tensionnel opposant Golaud et MĂ©lisande Ă  la fin de la mĂȘme scĂšne 2 de l’acte II ? ExpressivitĂ© intense, dĂ©solation, Ă  travers la sonoritĂ© expressive et dĂ©chirante des cordes.

Le poĂšme de Maeterlinck, la musique de Debussy. Diriez-vous comme le compositeur l’a laissĂ© sous-entendre que la musique exprime ce que les mots ne peuvent plus dire? En l’occurrence dans PellĂ©as, pouvons-nous constater que le chant de l’orchestre se montre plus explicite que la portĂ©e des dialogues ? Avez-vous un exemple prĂ©cis ?

Daniel Kawka : Oui assurĂ©ment. Les exemples abondent. Nous avons Ă©voquĂ© ce maillage subtil d’une quarantaine de motifs, cellules « idĂ©es symboles » qui parcourent l’oeuvre entiĂšre et constituent ainsi un infra texte musical qui porte le sens au-delĂ  du sens, prolongent et magnifient les situations poĂ©tiques, renforcent le mystĂšre, peignent le dĂ©cor, nouent les situations.
Tous les commentateurs et analystes ont louĂ© la prosodie debussyste si naturelle, si proche de la parole. C’est cette ductilitĂ© mĂȘme qui rend le dialogue si  éminemment vivant et porteur de vraies Ă©motions. Mais il est intĂ©ressant de constater combien Debussy est allĂ© plus loin encore, Ă  travers une distribution rythme/mesure puissamment élaborĂ©e, fluide, structurant les scĂšnes Ă  distance, crĂ©ant Ă  elle seule le mouvement de la parole et les soubresauts des affects tout Ă  la fois, enchĂąssant par exemple les grands dialogues de PellĂ©as et MĂ©lisande dans des mesures Ă  6/4 dans lesquels peuvent s’exprimer librement de scĂšne en scĂšne et dans une lente gradation le dialogue juvĂ©nile, l’Ă©moi irrĂ©pressible, l’accomplissement de l’amour.
Ainsi le chant de l’orchestre constitue-t-il Ă  lui seul l’ensemble de ces composantes, car dans une structure rythmique globale se dĂ©veloppe une infinitĂ© de petits motifs spĂ©cifiques, symboliques ou imagĂ©s, aux couleurs/timbres distincts pouvant signifier une myriade de sens,  la « prĂ©sence du destin », signifiant aussi le bruissement nocturne ou diurne de la nature, etc…
L’omniprĂ©sence de l’eau Ă  travers fontaines, grotte battue par la mer, lacs glauques, etc
, le parcours de la lumiĂšre temporel (de midi Ă  minuit) ou spatial (sortie des souterrains), trouvent une pleine dimension, magnifiĂ©e par les textures de l’orchestre, le jeu assombrissant ou Ă©clairant des modulations, du plus infime bruissement (le battement d’aile des colombes dans la scĂšne de la tour) Ă  la tonitruance souffrante et vengeresse de la passion  (et de la jalousie), comme en tĂ©moigne la scĂšne Golaud/Yniold.

Dans le cas de MĂ©lisande, qu’est-ce qui fonde son mystĂšre et ce caractĂšre Ă©vanescent du personnage selon vous?

Daniel Kawka : Le mystĂšre de sa prĂ©sence : jeune femme seule, dĂ©couverte en pleurs, en peur, au bord d’une fontaine dans une sombre et inquiĂ©tante forĂȘt. Son intuition Ă  “fleur” qui la lie Ă  la fois au monde qu’elle a “Ă©pousĂ©” et l’en distingue fondamentalement, depuis cet Ă©nigmatique “il fera peut ĂȘtre naufrage…” (Ă©voquant le bateau qui l’a conduite Ă  Allemonde et en quitte le port, comme une prĂ©monition d’un naufrage Ă  venir, celui de PellĂ©as, le sien, pressenti), jusqu’Ă  cet Ă©nigmatique “je vois une rose dans les tĂ©nĂšbres”, “rĂ©vĂ©lation absolue”, la rose comme symbole de l’amour pur, du don de soi” (Terrasson).
Sa beautĂ© innocente, incarnĂ©e par sa chevelure, louĂ©e tour Ă  tour par Golaud, PellĂ©as et Arkel ; sa fragilitĂ© enfin qui en fait un ĂȘtre de chair et un “Ă©ternel fĂ©minin” Ă  la fois dont le destin est de s’éteindre avant mĂȘme de se consumer dans la passion charnelle. Un ĂȘtre idĂ©al, insondable, fragile et profond Ă  la fois.
Si l’on pousse quelque peu l’investigation, revenant Ă  Maeterlinck et Ă  son Ariane et barbe bleue, MĂ©lisande, une des femmes captives se serait échappĂ©e, au moment de l’agression de Barbe Bleue par les paysans, la couronne Ă©tant un des bijoux dont les femmes se seraient parĂ©s en captivitĂ©, et avec lequel elle se serait enfui. D’oĂč son effroi, son “amnĂ©sie”, et une relative absence de la parole.  Il est aussi intĂ©ressant de noter que MĂ©lisande s’exprime peu dans la durĂ©e de l’ouvrage, dans cet univers quasiment exclusivement masculin.. . : « Je ne t’ai presque pas entendue » dit PellĂ©as au cours de l’ultime scĂšne amoureuse.

Que représente pour vous la figure de Pelléas, sa trajectoire tragique ?

Daniel Kawka : L’ĂȘtre en devenir qui dĂ©couvre le monde, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui mĂȘme dans une trajectoire  fulgurante et tragique. Celui qui “doit s’en aller”, depuis la premiĂšre scĂšne, leitmotiv verbal, mais ne part pas pour consumer son destin Ă  travers la rĂ©vĂ©lation de l’amour Ă  travers un ultime baiser.

Sur le plan strictement dramaturgie, quels seraient pour vous les temps forts de PellĂ©as, comme on distingue en gĂ©nĂ©ral l’acte II de Tristan ?

La scĂšne 4 de l’acte IV bien sĂ»r. Le climax et le dĂ©nouement en somme. De scĂšne en scĂšne, de rebonds en Ă©clats, ce sont bien sĂ»r trois moments de Golaud qui portent la tension et la conduisent Ă  ce paroxysme ultime que sera le crime, en dehors de l’espace du chĂąteau (Ă©clairĂ©s eux-mĂȘmes par trois moments “ascensionnels” en Ă©cho et croisĂ©s des intimes rencontres de PellĂ©as et MĂ©lisande) : scĂšne du retour de la chasse blessĂ©, premier choc “frontal” et violent entre lui et MĂ©lisande, l’hallucinante scĂšne 4 de l’acte III avec Yniold, et enfin la terrifiante scĂšne d’Absalon, acte IV scĂšne 2.

Parlez-nous de l’orchestre de Debussy dans PellĂ©as ? En quoi la texture et les alliages de timbres se montrent-ils debussystes ?

Daniel Kawka : Tout Debussy est contenu dans PellĂ©as. Ce serait un lieu commun d’en Ă©voquer la transparence, l’infinitude du jeu des timbres, la palette des couleurs doublĂ©e d’une science et d’une intuition spatio temporelle phĂ©nomĂ©nale. Evidemment le timbre orchestral est indissociable du flux dramaturgique et des situations poĂ©tiques qu’il peint, engendre et exprime. DensitĂ©, intensitĂ©, épaisseur, allĂšgement chambriste, dĂ©pendent aussi, et sans dissociation de ces variations infinies de changement de tempi, animĂ©, plus animĂ© en pleine clartĂ©, modĂ©rĂ©, trĂšs modĂ©rĂ©, sans lenteur, retenu, trĂšs retenu, serrez etc… qui influent directement sur le grain orchestral et cette science des motifs qui diffracte l’espace, allĂšge ou densifie la poyphonie. On a évidemment parlé d’impressionnisme sonore Ă  propos de l’orchestre debussyste car il propose un infini dĂ©tail d”articulations, de motifs ciselĂ©s, giratoires, bref, de jeux d’Ă©chos, de dynamiques trĂšs subtiles, de mĂ©lodies de timbres qui ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©es par ailleurs de sa science harmonique. L’expressivitĂ© est confiĂ©e aux cordes certes mais aux mixtures bois aussi, aux cors qui dĂ©peignent la profondeur insondable de l’Ăąme tout comme le dĂ©cor de la nature. Les cuivres avec leur jeux souvent en sourdines ne pĂšsent jamais et sont autant de variations de couleurs, mystĂ©rieuses et expressives.
La sonoritĂ© de trompette doublant par instant les phrases d’Arkel  à l’acte V ou renforçant de son timbre voilĂ© l’ultime comptine enfantine, 6 mesures avant la fin de l’oeuvre est une trouvaille absolue.
Il y a lĂ  une adĂ©quation totale entre lumiĂšre des modulations (qui rĂ©pondent encore Ă  une tradition romantique et postromantique du pouvoir Ă©clairant et assombrissant des tonalitĂ©s, bien que Debussy pratique l’ellipse par des jeux de modulations parallĂšles, de glissement, de suspension, de mixages entre Ă©criture tonale et modale d’une incroyable modernitĂ©) et sa relation pensĂ©e et structurĂ©e aux timbres de l’orchestre. Les nocturnes, La mer, Jeux, y sont dĂ©jĂ  pressentis, Dukas, Ravel, Roussel et bien d’autres encore sont certainement redevables à l’orchestre de Debussy, Ă  celui de PellĂ©as en particulier, et la lumineuse et incandescente sortie des souterrains vers la plein lumiĂšre fĂ»t probablement un modĂšle Ă  bien « des levers du jour ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, mars 2014.

 

 

 

Le nouveau PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra

 

Angers Nantes OpĂ©ra : PellĂ©as idĂ©alAngers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production trĂšs attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastetdevrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique
 Elle a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois PellĂ©as au moment de la mise en scĂšne de l’opĂ©ra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) Ă  Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rĂȘvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son compliceTim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre
 la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme 
 un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux. En lire +

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

 

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande par Emmanuelle Bastet à Angers Nantes Opéra

Angers Nantes OpĂ©ra : PellĂ©as idĂ©alAngers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production trĂšs attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet devrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique
 Elle a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois PellĂ©as au moment de la mise en scĂšne de l’opĂ©ra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) Ă  Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rĂȘvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre… la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme … un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂȘtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂźtre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scĂšne de la chevelure (emblĂšme qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂȘtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂȘtre cependant manipulatrice
 Le mystĂšre qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂč l’Ă©coute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold 
 RĂȘve ou rĂ©alitĂ© ?
Visuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particuliĂšrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂȘtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂŽle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son pĂšre Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s
 Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scĂšnes les plus violentes de l’opĂ©ra … L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scĂšne d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite Ăąme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement Ă©motionnel qui fait naĂźtre la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-ĂȘtre pas de rĂ©tablir la cohĂ©rence d’une Ɠuvre dans son dĂ©roulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours Ă  cacher ou sans les dire prĂ©cisĂ©ment.
C’est donc un opĂ©ra d’atmosphĂšre oĂč la mĂ©moire et le rĂȘve submergent le rĂ©el, oĂč l’inconscient surgit lĂ  oĂč on ne l’attend pas, oĂč les actes de la psychĂ© se manifestent diffĂ©remment et de façon imprĂ©visible, dont les enjeux et l’activitĂ© souterraine pourront nous ĂȘtre enfin rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  Nantes et Ă  Angers Ă  partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Saintes, Abbaye aux Dames : Alain PlanÚs joue Debussy et Franck, mercredi 5 février 2014, 20h30

Saintes, Abbaye aux dames. Alain PlanĂšs, piano. Le 5 fĂ©vrier 2014, 20h30. Amateur de peinture et Ă©rudit, Alain  PlanĂšs met son talent et sa poĂ©sie au service de plusieurs chefs d’Ɠuvre de la musique de chambre française (Debussy et Franck). Avec les solistes de l’Orchestre des Champs Ă©lysĂ©es, le pianiste propose un rĂ©cital hautement chambriste d’autant plus ciselĂ© que les musiciens de l’orchestre fondĂ© par Philippe Herreweghe jouent tous sur instruments anciens. style, goĂ»t, sonoritĂ©s ajustĂ©es sont donc au rendez-vous.

 

 

 

Saintes, Abbaye aux dames, La cité musicale
Alain PlanĂšs, piano

conversation chambriste

 

 

Saintes : RĂ©cital Alain PlanĂšs, piano

 

 

Au programme, chambrisme postromantique français de haut style : Quintette pour piano de CĂ©sar Franck, chef d’oeuvre hexagonal et vraie alternative au wagnĂ©risme global, puis Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flĂ»te et harpe de Claude Debussy, Claude de France. Les interprĂštes rĂ©unis Ă  Saintes sauront-ils exprimer cette Ă©lĂ©gance et cette transparence française qui font la singularitĂ© des Français aux cĂŽtĂ©s des allemands ? RĂ©ponse lors de ce concert Ă©vĂ©nement Ă  Saintes, dans le cadre de la saison musicale de l’Abbaye aux Dames, La citĂ© musicale 2014.

Alain PlanĂšs joue Franck et Debussy Ă  Saintes

 

Mercredi 5 février 2014 à 20h30
Saintes, Abbaye aux dames
La cité musicale

 

Programme
CĂ©sar Franck, ‹Quintette pour piano et cordes
Claude Debussy, ‹Trio pour piano, violon et violoncelle, Sonate pour alto, flĂ»te et harpe
Alain PlanĂšs, piano
et les musiciens de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :‹ Alessandro Moccia et BĂ©nĂ©dicte Trottereau, violons‹. Jean-Philippe Vasseur, alto. ‹Andrea Pettinau, violoncelle‹. Pascale Schmidt, harpe. ‹flĂ»te : nom non communiquĂ©

 

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Compte-rendu : Fontdouce. Abbaye, 20Úme festival estival, le 26 juillet 2013. Concert inaugural. Baptiste Trotignon, Natalie Dessay, Philippe Cassard. Mélodies françaises.

philippe cassard et natalie dessay Ă  fontdouceSaint-Bris des Bois en Charente-Maritime accueille l’inauguration du 20Ăšme Festival de l’Abbaye de Fontdouce. L’endroit magique datant du 12e siĂšcle concentre beautĂ© et mystĂšre. Le concert exceptionnel d’ouverture se dĂ©roule en deux parties Ă  la fois contrastĂ©es et cohĂ©rentes. Il commence de façon tonique avec le pianiste jazz Baptiste Trotignon et se termine avec un duo de choc, la soprano Natalie Dessay et Philippe Cassard au piano !

 

 

Festival de l’Abbaye de Fontdouce,
le secret le mieux gardĂ© de l’Ă©té !

 

SituĂ©e entre Cognac et Saintes, Ă  deux pas de Saint-Sauvant, l’un des plus beaux villages de France, l’ancienne Abbaye Royale obtient le classement de Monument Historique en 1986. Elle fait ainsi partie du riche patrimoine naturel et culturel de la rĂ©gion. Elle en est sans doute l’un de ses bijoux, voire son secret le mieux gardé ! Le maĂźtre du lieu (et prĂ©sident du festival Thibaud Boutinet) a comme mission de partager la beautĂ© et faire connaĂźtre l’histoire et les milles bontĂ©s du site acquis par sa famille il y a presque 200 ans. AprĂšs notre sĂ©jour estival et musical Ă  l’Abbaye de Fontdouce, toute l’Ă©quipe met du coeur Ă  l’ouvrage et le festival est une indĂ©niable rĂ©ussite !

Le Festival comme le site historique acceptent avec plaisir la modernitĂ© et font plaisir aussi aux amateurs des musiques actuelles. L’artiste qui ouvre le concert est un pianiste jazz de formation classique : Baptiste Trotignon rĂ©gale l’audience avec un jeu Ă  l’expressivitĂ© vive, presque brĂ»lante, qui cache pourtant une vĂ©ritable dĂ©marche intellectuelle. Notamment en ce qui concerne sa science du rythme, trĂšs impressionnante. Le pianiste instaure une ambiance d’une gaĂźtĂ© dansante, dĂ©contractĂ©e, contagieuse avec ses propres compositions ; il fait de mĂȘme un clin d’oeil Ă  la musique classique avec ses propres arrangements « dĂ©rangeants » d’aprĂšs deux valses de Chopin. Mais son Chopin transfigurĂ© va trĂšs bien avec son Ă©loquence subtilement jazzy. La musique du romantique  d’une immense libertĂ© formelle, se prĂȘte parfaitement aux aventures euphoriques et drolatiques de Trotignon. Un dĂ©but de concert tout en chaleur et fort stimulant qui prĂ©pare bien pour la suite classique ou l’oĂč explore d’autres sentiments.

L’entracte tonique est l’occasion parfaite pour une promenade de dĂ©couverte, tout en dĂ©gustant les boissons typiques du territoire. Le sensation de beautĂ© paisible au long du grand prĂ©, l’effet saisissant et purement gothique de la salle capitulaire, les couleurs et les saveurs du patrimoine qui font vibrer l’Ăąme… Tout prĂ©pare en douceur pour le rĂ©cital de mĂ©lodies par Natalie Dessay et Philippe Cassard.

Ils ont dĂ©jĂ  collaborĂ© pour le bel album des mĂ©lodies de Debussy « Clair de Lune » paru chez Virgin Classics. Pour ce concert d’exception, les deux artistes proposent Debussy mais aussi Duparc, Poulenc, Chabrier, FaurĂ©, Chausson… Un vĂ©ritable dĂ©lice auditif et poĂ©tique, mais aussi sentimental et thĂ©Ăątral. Natalie Dessay chante avec la vĂ©racitĂ© psychologique et l’engagement Ă©motionnel qui lui sont propres. Un registre grave limitĂ© et un mordant moins Ă©vident qu’auparavant n’enlĂšvent rien Ă  la profondeur du geste vocal. Elle est en effet ravissante sur scĂšne et s’attaque aux mĂ©lodies avec un heureux mĂ©lange d’humour et de caractĂšre. La diva interprĂšte « Le colibri » de Chausson  avec une voix de porcelaine : la douceur tranquille qu’elle dĂ©gage est d’une subtilitĂ© qui caresse l’oreille. Philippe Cassard est complĂštement investi au piano : il s’accorde merveilleusement au chant avec sensibilitĂ© et rigueur. La « Chanson pour Jeanne » de Chabrier, la plus belle chanson jamais Ă©crite selon Debussy, est en effet d’une immense beautĂ©. Les yeux de la cantatrice brillent en l’interprĂ©tant ; nous sommes Ă©blouis et Ă©mus, au point d’avoir des frissons, par la dĂ©licatesse de ses nuances et par la finesse arachnĂ©enne de ses modulations. « Il vole » extrait des Fiançailles pour Rire de Poulenc est tout sauf strictement humoristique. La complicitĂ© entre les vers de Louise de Vilmorin et la musique du compositeur impressionne autant que celle entre le pianiste et la soprano. Sur scĂšne, ils s’Ă©clatent, font des blagues, quelques fausses notes aussi, se plaignent du bruit des appareils photo… ils mettent surtout leurs talents combinĂ©s au service de l’art de la mĂ©lodie française, pour le grand bonheur du public enchantĂ©.

DĂ©couvrir ainsi la magie indescriptible de l’Abbaye de Fontdouce et dĂ©guster sans modĂ©ration les musiques de son festival d’Ă©tĂ© reste une expĂ©rience mĂ©morable !

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Compte-rendu : Toulouse, Halle-aux-grains. 18 juin 2013. Claude Debussy (1862-1918) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Karol Szymanowski (1882-1937) ; Krystian Zimerman, piano

Krystian ZimermanKrystian Zimerman est unique, musicien d’exception, artiste rare, incontournable. Chaque rencontre avec le pianiste polonais est inoubliable. Le souvenir de son rĂ©cital Chopin en 2010 encore prĂ©sent et les regrets liĂ©s Ă  son annulation l’an dernier, sont responsables de l’attente Ă©mue du public toulousain.
DĂšs le grand prix du concours Chopin de Varsovie qu’il a gagnĂ© en 1975, les plus grands chefs et orchestres l’ont rĂ©clamĂ© et avec sagesse, le pianiste prodige a gardĂ© une Ă©thique des plus hautes.  Certains le trouve trop exigeant, soit. Reconnaissons une nouvelle fois que la maniĂšre dont il construit son rĂ©cital et dont il offre au public sa conception de la musique, nous laisse sans voix. Il a la particularitĂ© de se prĂ©senter en scĂšne avec son piano personnel, accordĂ© par ses soins. Il souhaite maitriser tout ce qui peut faire obstacle entre la musique et son public. Le programme de ce soir a Ă©tĂ© changĂ© en derniĂšre minute. Nous avons perdu Beethoven pour … amplifier l’univers de Debussy : chaque partie de concert a dĂ©butĂ© par des  oeuvres de Claude de France.
Avec  Zimerman, le piano de Debussy est large et profond. C’est comme si sous les doigts du pianiste un livre s’ouvrait d’abord classiquement Ă  plat puis dĂ©veloppait la troisiĂšme dimension. Par un son colorĂ©, riche et des nuances d’une souplesse admirable, un voyage dans le pays des rĂȘves s’initie. Ces trois estampes, Ă©crites aprĂšs PellĂ©as sont des tableaux rĂȘvĂ©s. La Chine de « pagodes », l’Espagne de la « soirĂ©e dans Grenade » et  surtout les gouttes d’eau de « jardin sous la pluie » deviennent, avec un interprĂšte si puissamment poĂšte, des voyages dans l’espace et le temps. Impossible d’analyser une telle interprĂ©tation qui relĂšve d’une puissance d’évocation rare, tant les sons et les couleurs se rĂ©pondent.
Il est plus facile d’évoquer les moyens pianistiques immenses dans la  deuxiĂšme Sonate du jeune Brahms, dont la fougue juvĂ©nile exige de recrĂ©er des sonoritĂ©s orchestrales. Krystian Zimerman empoigne la partition Ă  bras le corps, tonne, fulmine et fond de tendresse, dĂ©taille des traits dans un staccato infernal ou chante avec un lĂ©gato de diva romantique. Les couleurs sont d’une richesse inhabituelle et les nuances vont du murmure au grondement de fin du monde. Le camaĂŻeu d’émotions amoureuses variĂ©es contenu dans cette partition, n’a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©vident. Il s’agit bien d’une sonate en forme de dĂ©claration d’amour. Qui doutera aprĂšs une telle interprĂ©tation que Brahms Ă©tait Ă©pris Ă  la folie de Clara Schumann ?
En deuxiĂšme, partie le livre 1 des prĂ©ludes de Debussy a permis de retrouver le piano impressionniste, lyrique et plein d’humour de Krystian Zimerman. L’ampleur sonore de Debussy ainsi interprĂ©tĂ© pourra surprendre. De nouveau, les images se dĂ©veloppent en trois dĂ©mentions pour notre plus grand plaisir ! Impossible de rĂ©sister et le voyage reprend de plus belle avec en apothĂ©ose les profondeurs abyssales de la « cathĂ©drale engloutie ». Les plans sonores se superposent de maniĂšre Ă  crĂ©er un vertige. L’eau, la lumiĂšre, le lointain et le tout proche deviennent palpables. Quelle beautĂ©s dans ces sonoritĂ©s riches osant aller jusqu’à la saturation (quels magnifiques graves !). Debussy est offert en relief et  perspectives  comme rarement.
Karol Szymanowski prendra-t-il la place dans nos concerts comme il le mĂ©rite ? Avec un interprĂšte aussi dĂ©licat et raffinĂ© que Zimerman : certainement. Les PrĂ©ludes du Livre 1 sont des courtes piĂšces fragiles et plus subtiles que virtuoses.  Karol Szymanowski Ă©tait trĂšs jeune lorsqu’il les composa, le 8Ăšme date de ses 14 ans. Mais la grĂące de la jeunesse est parfaitement rendue par le dĂ©licat touchĂ© du pianiste.
Les variations sur un thĂšme populaire polonais sont au contraire une Ɠuvre de la maturitĂ©. TrĂšs abouties elle exigent des moyens pianistiques de grande virtuositĂ©. Avec enthousiasme Krystian Zimerman s’empare de cette page pour en faire une longue sonate. La variĂ©tĂ© de l’inspiration, la richesse chromatique et les audaces demandĂ©es au pianiste dĂ©passent les modĂšles de Liszt et Scriabine. Le panache avec lequel le pianiste termine les variations est spectaculaire. Mais tout du long, la beautĂ© des phrasĂ©s et la richesse des sonoritĂ©s a gardĂ© une poĂ©sie ineffable jusque dans les moments les plus extravertis. Zimerman termine son rĂ©cital sous les bravos nourris du public conquis. Il  ne lui concĂšde aucun bis, il avait tout donnĂ© et nul n’en a Ă©tĂ© déçu. Un artiste de ce format dĂ©passe le cadre d’un simple rĂ©cital. Il apporte bien d’avantage. Il crĂ©e une vraie rencontre.

Toulouse, Halle-aux-grains. 18 juin 2013. Claude Debussy (1862-1918) : Estampes,  Six préludes du livre 1 ; Johannes  Brahms (1833-1897) ; Sonate n°2, en fa diÚse mineur, op. 2 ; Karol Szymanowski (1882-1937) : Préludes n°1, 2 et 8, op. 1 ; Variations sur un thÚme populaire polonais, en si mineur, op. 10. Krystian Zimerman, piano.

Compte-rendu : Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 23 mai 2012. MĂ©lodies de Poulenc, Debussy, Duparc, Aulis Sallinen … Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Karita Mattila SOPRANOToulouse la connaĂźt et l’aime. Il s’agit de son troisiĂšme rĂ©cital dans la ville rose. Il s’est terminĂ© dans une belle complicitĂ©. Karita Mattila est tout simplement l’une des plus belle voix de soprano lyrico-spinto du moment. Mozart puis Verdi, Richard Strauss, TchaĂŻkovski, Lehar, Janacek et Wagner lui doivent des incarnations inoubliables. Son rapport avec le public français est passionnel et Toulouse qui aime tant les belles voix lui voue un amour total. Car la voix est superbe, la femme ravissante et son art thĂ©Ăątral, au plus haut. Le rĂ©cital avec piano dĂ©veloppe ses qualitĂ©s de musicienne mais le cadre semble un peu Ă©troit pour un tempĂ©rament si gĂ©nĂ©reux.

 

 

Katita Matila : Diva ensorcelante

 

DĂšs son entrĂ©e en scĂšne, trĂšs thĂ©ĂątralisĂ©e, nous avons Ă©tĂ© intriguĂ© par une allure intemporelle de Diva avec robe longue et voilages, en tons assortis, nombreux bijoux et visage souriant et lisse : Elisabeth Schwartzkopf ou Victoria de Los Angeles entraient en scĂšne ainsi, crĂ©ant une magie hors du temps et du quotidien. Cette prĂ©sence impressionnante Ă©tait augmentĂ©e par la jeunesse et la passion, un rien prĂ©cieuse, du pianiste finlandais Ville Matvejeff : compositeur, chef d’orchestre et pianiste de haut vol, il est toujours visuellement expressif dans son jeu, parfois un peu trop dĂ©monstratif. Son geste pianistique un peu outrĂ© est assorti Ă  une sonoritĂ© riche, des nuances savantes, un sens du partage de la musique trĂšs amical avec la Diva et son public.

La premiĂšre partie du rĂ©cital est un hommage Ă  la mĂ©lodie française et dĂ©bute par des mĂ©lodies de Poulenc. À vouloir en exprimer le thĂ©Ăątre, Karita Mattila en fait trop et l’articulation n’est pas assez prĂ©cise alors mĂȘme que la cantatrice comprend toutes les subtilitĂ©s des textes. La voix est magnifique, ronde, riche et rĂ©pond Ă  toutes les inflexions et nuances de la musicienne. Mais l’humour français de certaines piĂšces lui Ă©chappe un peu. Ensuite les mĂ©lodies de Debussy sont superbes de timbre, couleurs et nuances, mais il manque la mĂ©lancolie et le doux amer maladif qui leur est si particulier.

La vocalitĂ© est sublimĂ©e par une voix d’une telle ampleur, sachant apprivoiser les plus subtiles nuances, mais une simple diseuse avec des moyens vocaux plus frĂȘles peut y sembler plus idiomatique dans ces poĂšmes de Baudelaire mis en musique par Debussy. Pour finir les mĂ©lodies de Duparc permettent enfin un dĂ©ploiement de la voix et du thĂ©Ăątre plus satisfaisant et le public est bien plus touchĂ© en raison de l’adĂ©quation des moyens vocaux aux partitions plus ouvertement extraverties de Duparc. Cette premiĂšre partie française est un vĂ©ritable hommage qu’il convient d’apprĂ©cier et de chĂ©rir, mais soulignons que seules les mĂ©lodies de Duparc permettent Ă  la Diva d‘offrir tout son talent gĂ©nĂ©reux en pleine libertĂ©.

La deuxiĂšme partie dĂ©bute par un cycle du compositeur finlandais Aulis Sallinen. En demandant de ne pas applaudir entre les mĂ©lodies du cycle NeljĂ€ laulua unesta, Karita Mattila obtient un degrĂ© de concentration du public trĂšs rare. Les sentiments tristes et douloureux, la lumiĂšre mĂ©lancolique de la Finlande, diffusent dans la salle et si Ville Matvejeff avait auparavant jouĂ© de maniĂšre extravertie, ici sa concentration est totale et l’attitude plus simple convient admirablement au travail d’interprĂ©tation conjointe entre le pianiste et la chanteuse exigĂ© par la dĂ©licatesse de la composition.

Ayant changĂ© de tenue, la Diva en robe noire prĂšs du corps, et grand chĂąle abricot s’en entoure pour suggĂ©rer les moments de replis mĂ©lancoliques des poĂšmes. AprĂšs ce trĂšs beau cycle, le public est conscient d’avoir Ă©tĂ© gratifiĂ© d’une interprĂ©tation proche de l’idĂ©al, la voix se dĂ©ployant large et puissante avec d’autres moments mĂ©lancoliques et doux. Mais le public n’était pas au bout de ses surprises avec un cycle allemand de Joseph Marx. La diction trĂšs articulĂ©e est particuliĂšrement sĂ©duisante. Et la voix peut sâ€˜Ă©panouir encore, avec des aigus forte magnifiques. Le parfait Ă©quilibrage et la progression vocale des mĂ©lodies proposĂ©es dans ce rĂ©cital, permettent Ă  Karita Mattila de mĂ©nager sa voix, de lui offrir un parfait avĂšnement, Ă  la maniĂšre sage dont elle gĂšre sa carriĂšre entiĂšre. Comme il est agrĂ©able d’entendre cette voix aimĂ©e comme nous la connaissons, avec un vibrato parfaitement maĂźtrisĂ©, des nuances exquises allant du piano au fortissimo et une palette de couleurs d’une richesse sidĂ©rante.

Les bis sont phĂ©nomĂ©naux : Zeugnung de Strauss est sidĂ©ral et spectaculaire autant qu’émouvant. Quand au tango final, il est vocalement et pianistiquement sensationnel : il permet Ă  la Diva de faire deviner son tempĂ©rament volcanique (celui qui fait de sa SalomĂ© une torche vive). Karita Mattila reviendra, elle nous l’a promis : le public aimant de Toulouse l’attend dĂ©jĂ .

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 23 mai 2012. Mélodies de Francis Poulenc (1899-1963), Claude Debussy (1862-1918), Henri Duparc (1848-1933), Aulis Sallinen (né en 1935), Joseph Marx (1882-1964). Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Nantes et à Angers

Debussy Claude PelleasAngers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande, du 23 mars au 13 avril 2014 … La production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes et Ă  Angers promet d’ĂȘtre un nouvel accomplissement au crĂ©dit de la direction artistique de Jean-Paul Davois auquel nous devons cet Ă©vĂ©nement mĂ©morable du Tristan und Isolde de Wagner dans la mise en scĂšne superlative d’Olivier Py (rien Ă  voir avec ses rĂ©centes lectures parisiennes d’Alceste ou d’AĂŻda, infiniment moins inspirĂ©es et approfondies).
Dans la fosse de ce Wagner anthologique ” sĂ©vissait ” dĂ©jĂ  la baguette dĂ©taillĂ©e et architecturĂ©e, claire, prĂ©cise, transparente de Daniel Kawka qui ici aborde PellĂ©as avec la vitalitĂ© et la ciselure que nous lui connaissons depuis toujours.
Pour rĂ©aliser la scĂ©nographie et le dĂ©ploiement visuel de cette nouvelle production trĂšs attendue, les habituĂ©s d’Angers Nantes OpĂ©ra retrouvent une metteure en scĂšne justement admirĂ©e : Emmanuelle Bastet. Chaque approche gagne en vĂ©ritĂ©, en sensibilitĂ© : dans sa Traviata, le personnage du pĂšre Germont gagnait un relief inexplorĂ© jusque lĂ  ; dans son OrphĂ©e et Eurydice de Gluck (version Berlioz), tout le travail poĂ©tique d’Emmanuelle Bastet rendait tangible et explicite la pudeur, le deuil, l’Ă©paisseur psychologique de chaque protagoniste. Avec une telle Ă©quipe, ce PellĂ©as prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra devrait crĂ©er un nouvel Ă©vĂ©nement de la saison lyrique 2013-2014.

 

 

 

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453Pelléas choc par Angers Nantes Opéra

Claude Debussy
Nouvelle production

7 représentations 

 

Nantes, Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

Angers, Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

 

Pelléas et Mélisande de Debussy
Drame lyrique – en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.‹CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
Direction musicale Daniel Kawka‹Mise en scĂšne Emmanuelle Bastet‹ScĂ©nographie et costumes Tim Northam‹LumiĂšre François Thouret
avec‹Armando Noguera, PellĂ©as‹StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande‹Jean-François Lapointe, Golaud‹Wolfgang Schöne, Arkel‹Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve‹ChloĂ© Briot, Yniold‹FrĂ©dĂ©ric Caton, Le Docteur
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en français avec surtitres]

 

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Le chant de deux amants dans un monde en perdition

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453En son chĂąteau abandonnĂ© dans un monde (Allemonde) Ă  l’agonie oĂč le temps se dilate, suspendu, indĂ©terminĂ©, le vieux roi Arkel rĂ©unit ses petit fils, Golaud  et PellĂ©as. Surgit la jeune et incosnciente MĂ©lisande, elle mĂȘme victime d’un passĂ© refoulĂ© dont elle ne veut ni ne peut se souvenir… Parce qu’elle croise la route de Golaud, MĂ©lisande s’unit Ă  lui sans passion, mais elle vibre toute entiĂšre pour le jeune PellĂ©as qui toujours semble fuir et partir.
Loin d’expliciter et d’Ă©claircir les intrigues et l’action, la musique de Debussy Ă©paissit le mystĂšres, raconte une autre histoire, parallĂšle et complĂ©mentaire Ă  la langue Ă©nigmatique du livret inspirĂ© de la piĂšce de Maeterlinck.
Toute l’activitĂ© de la musique qui Ă©tire le temps comme Wagner le fait dans Tristan et Parsifal (que Debussy connaissait parfaitement), exprime l’Ă©mergence d’un amour impossible dans un monde condamnĂ© Ă  l’anĂ©antissement. C’est le dĂ©sir jamais dit mais prĂ©sent entre PellĂ©as et MĂ©lisande, c’est la sourde et rugissante jalousie de Golaud pour son dĂ©mi-frĂšre qui prĂ©cipite le drame.
” Chercher aprĂšs Wagner et non pas d’aprĂšs Wagner “, voilĂ  un dĂ©fi lancĂ© Ă  l’imagination de Debussy soucieux d’apporter de Nouveau et cet inĂ©dit tant espĂ©rĂ© : pari relevĂ© et dĂ©fi rĂ©ussi pour son unique opĂ©ra qui dĂšs la gĂ©nĂ©rale de 1902, suscite Ă©tonnement, dĂ©testation, scandale. Il n’en fallait pas plus pour inscrire dĂ©finitivement PellĂ©as dans l’histoire d’une modernitĂ© française… Les Demoiselles d’Avignon seront prĂ©sentĂ©es par Picasso en 1907, et Le Sacre du Printemps ne paraĂźtra pas avant 1913. DĂ©cidĂ©ment Claude de France demeure bien avec PellĂ©as, le pionnier de la musique de l’avenir. Quadra, ayant remportĂ© le Prix de Rome en 1884, un souvenir romain dĂ©testĂ©, Debussy a brisĂ© l’idĂ©al de l’AcadĂ©mie en plein vol : il a offert Ă  la musique une toute autre destinĂ©e, plus symboliste que rĂ©aliste, essentiellement Ă©nigmatique, en rien classique ni acadĂ©mique.

Voir aussi notre dossier spécial Pelléas et Mélisande de Debussy

 

 

CD. Stravinsky: Le sacre du printemps (Jordan, 2012)

CD. Philippe Jordan fĂȘte avec voluptĂ© les 100 ans du Sacre de Stravinsky   …   EnregistrĂ© en mai 2012 Ă  l’OpĂ©ra Bastille, ce nouvel album (le 2Ăš dĂ©jĂ ) de Philippe Jordan avec l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris confirme les prĂ©ludes amorcĂ©s entre chef et musiciens : une entente Ă©vidente, un plaisir supĂ©rieur pour vivre la musique ensemble. Depuis leur Symphonie Alpestre de Strauss, montagne philharmonique d’une prodigieuse narration sonore frappĂ©e du sceau de l’imagination climatique, les interprĂštes se retrouvent ici en mai 2012 pour deux autres sommets de la musique symphonique française et spĂ©cifiquement parisienne. Dans l’histoire des Ballets Russes, le PrĂ©lude comme le Sacre du printemps indiquent clairement un point d’accomplissement pour les deux compositeurs : l’ivresse Ă©rotique et l’enchantement semi conscient s’impose Ă  nous dans un PrĂ©lude d’une dĂ©licatese infinie; quant au Sacre, voilĂ  longtemps que l’on n’avait pas Ă©coutĂ© direction aussi parfaite et Ă©quilibrĂ©e entre prĂ©cision lumineuse (dĂ©tachant la tenue caractĂ©risĂ©e et fortement individualisĂ©e de chaque instrument protagoniste) et expressionnisme symboliste !

Le Sacre enchanté de Philippe Jordan

stravinsky_debussy_prelude_faune_sacre_printemps_naive_cd_philippe_jordan_opera_de_parisLa baguette de Philippe Jordan aime ciseler dans la suggestion mais aussi ici, mordre dans l’ivresse libĂ©rĂ©e des timbres associĂ©s d’une infinie inventivitĂ© ; le chef s’appuie sur la maniĂšre et le style supraĂ©lĂ©gant des instrumentistes parisiens dont les prĂ©dĂ©cesseurs en mai 1913 dans la fosse du TCE avaient fait la rĂ©ussite rĂ©volutionnaire de la partition. Jordan ajoute une prĂ©cision Ă©lectrique et incandescente, une vision de poĂšte architecte aussi qui sait unifier, structurer, dĂ©velopper une dramaturgie supĂ©rieurement aboutie… et frappante par son relief, sa vivacitĂ©, comme des teintes plus dĂ©licatement nimbĂ©es et voilĂ©es.
Fureur et ivresse des timbres associĂ©s. ComparĂ©e Ă  tant d’autres versions soit rutilantes, soient sĂšches, soit littĂ©ralement narratives, Philippe Jordan apporte aussi le mystĂšre et l’enchantement, toute la poĂ©sie libre des instruments sollicitĂ©s. Quelle maestria ! Quelle conviction dans la tension progressive… La voluptĂ© de chaque Ă©pisode est nourrie d’un onguent magicien ; l’expĂ©rience lyrique du chef, directeur musical de l’OpĂ©ra, en est peut-ĂȘtre pour beaucoup et l’on se dit que Nicolas Joel n’aura pas tout rater Ă  Paris: nommer le fils du regrettĂ© Armin Jordan, capable de vrais miracles Ă  Paris, Philippe Ă  la tĂȘte de l’orchestre maison aura Ă©tĂ© un acte convaincant qui porte aujourd’hui des fruits Ă©clatants.  Voici du Sacre du printemps et pour le centenaire de l’oeuvre, une nouvelle version de rĂ©fĂ©rence sur instruments modernes. Le champion et pionnier dans le domaine s’agissant de la partition de Stravinsky demeurant Ă©videmment le geste du français François-Xavier Roth, d’une maĂźtrise incomparable sur instruments parisiens d’Ă©poque (1913) et rĂ©vĂ©lateur en ce sens des formats sonores et des timbres instrumentaux originels… aprĂšs la tournĂ©e 2013, le disque devrait sortir fin 2013/printemps 2014.

Sur instruments modernes, le chant des instruments fait tout ici, et renforce la réussite magistrale de cet enregistrement dont on ne saurait trop souligner avec admiration le miracle de la volupté instrumentale.

Inscrire enfin le BolĂ©ro ravĂ©lien aprĂšs les deux chefs d’oeuvre Debussyste et Stravinskien est de la meilleure inspiration : une claire confirmation que l’orchestre et leur chef se montrent trĂšs inspirĂ© par la lyre symphonique française postromantique : Du PrĂ©lude au Sacre en passant par le BolĂ©ro, soit de Debussy, Stravinsky Ă  Ravel se joue ici tout le dĂ©lirant apanage, bruyant et millimĂ©trĂ© du symphonisme français. Lecture rĂ©jouissante.

Debussy: PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune. Stravinsky: le Sacre du printemps. Ravel : BolĂ©ro. Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd NaĂŻve, enregistrĂ© Ă  Paris, OpĂ©ra Bastille en mai 2012. DurĂ©e : 57mn. NaĂŻve V 5332.