POITIERS, TAP. Deshayes, Vitaud
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dépêches

  • gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582

    GSTAAD MENUHIN FESTIVAL : « PARIS » , 18 juil – 6 sept 2019. A l’étĂ© 2019, le Festival Yehudi Menuhin Ă  Gstaad (Gstaad Yehudi Menuhin Festival & Academy) en Suisse (Saanenland) cĂ©lĂšbre la magie romantique et culturelle de la ville lumiĂšre, PARIS. Quel beau symbole qui souligne la prĂ©Ă©minence d’une fascination partagĂ©e sur toute la planĂšte qui se cristallise ainsi cet Ă©tĂ©, dans les villages au charme rustique et campagnard du Festival suisse. Parmi les artistes invitĂ©s Ă  Gstaad : Yuja Wang, Ute Lemper, Bertrand Chamayou, Gautier Capuçon, Hilary Hahn et Manfred Honeck


    Au lendemain d’un voyage passionnant cĂ©lĂ©brant…

  • surrans-2-benedicte-de-vanssay-240x300

    Angers Nantes OpĂ©ra. ENTRETIEN avec ALAIN SURRANS. CLASSIQUENEWS a rencontrĂ© le nouveau directeur gĂ©nĂ©ral d’ANGERS NANTES OPERA, Alain SURRANS, aux goĂ»ts Ă©clectiques, – du baroque au contemporain-, soucieux de dĂ©fendre la crĂ©ation comme toutes les actions innovantes permettant de dĂ©cloisonner le genre lyrique. A partir des temps forts de la programmation 2018 – 2019, – sa premiĂšre saison Ă  proprement parler, Alain SURRANS s’engage plus que jamais Ă  renforcer le lien de l’opĂ©ra avec la sociĂ©tĂ© et les publics
 tous les publics, y compris ceux qui sont Ă©cartĂ©s des centres urbains, culturellement plus favorisĂ©s*. L’expĂ©rience lyrique doit ĂȘtre gĂ©nĂ©rale et…

  • couteau geoffroy portrait piano concert critique par classiquenews

    COMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 dĂ©cembre 2018. RĂ©cital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4). Artiste associĂ© Ă  la CitĂ© musicale de Metz, le jeune pianiste français Geoffroy Couteau se lance un joli dĂ©fi en s’attaquant – Ă  la faveur de quatre concert rĂ©partis sur deux saisons – Ă  l’intĂ©grale pour piano seul de Johannes Brahms – qu’il a cependant dĂ©jĂ  enregistrĂ©e pour le label Dolce Vita il y a deux ans de cela. Il l’a fait de maniĂšre chronologique, parcourant ainsi une pĂ©riode courant de 1851 Ă  1893, annĂ©es pendant lesquelles Brahms confie Ă  son instrument…

  • Mozart sur France Musique

    FRANCE 3, vend 14 dĂ©c 2018, 21h. RĂ©cital Mozart. Le Concert des Ă©toiles rĂ©unit les plus belles voix françaises et Ă©trangĂšres, capables de chanter Mozart : legato souverain, phrasĂ©s nuancĂ©s, finesse et articulation de rĂȘve
 c’est Ă  dire capables de rĂ©aliser ce bal canto / beau chant, expression dans le cas de Mozart, des sentiments les plus profonds et les plus nobles. Tendresse, vertige amoureux, dĂ©sir, langueur, passion et panique
 rien n’a Ă©tĂ© omis ni Ă©cartĂ© par le compositeur qui savait mieux que personne exprimer la texture dĂ©licate des sentiments humains.
    PrĂ©sentation de l’émisison par France 3 : « Wolfgang…

  • poulenc dialogues des carmelites DVD presentation affaire tcherniakov par classiquenews BAC461 cover BD Dialogues CarmĂ©lites

    JUSTICE. La version de l’opĂ©ra de Poulenc Dialogues des CarmĂ©lites version Tcherniakov sera diffusĂ©e et Ă©ditĂ©e en DVD selon le dernier arrĂȘt de la Cour d’appel de Versailles, en date du 30 novembre 2018. Ainsi se termine une pĂ©ripĂ©tie judiciaire et artistique trĂšs passionnante. Le cas de cette production Munichoise du sommet lyrique de Poulenc avait suscitĂ© un vif dĂ©bat : la libertĂ© du metteur en scĂšne peut-elle aller jusqu’à rĂ©Ă©crire la partition et le livret originaux ? Oui dans le cas de Tcherniakov qui avait imaginĂ© une nouvelle fin pour l’opĂ©ra de Poulenc, au risque de porter atteinte Ă …

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    radio

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  • France Musique, vend 14 dĂ©c 2018, 20h. BERLIOZ : L’Enfance du Christ. Les Ă©critures sont muettes sur l’enfance de JĂ©sus, pourtant sa naissance eut le retentissement que l’on sait : une lĂ©gende sacrĂ©e devenue vĂ©ritable mythe fondateur du catholicisme, d’autant mieux porteur au moment de NoĂ«l. La partition finale comprend 3 volets : Le songe d’HĂ©rode (I) : rongĂ© par la terreur de s amort annoncĂ©e, HĂ©rode dĂ©crĂšte la mort de tous les nouveaux nĂ©s Ă  JĂ©rusalem, BethlĂ©em Nazareth
 : « Des riviĂšres de sang vont ĂȘtre rĂ©pandues. Je serai sourd Ă  ces douleurs. La beautĂ©, la grĂące, ni l’ñge…

  • FRANCE MUSIQUE, Mer 5 dĂ©c 18. JARRELL: BĂ©rĂ©nice. Que vaut cette BĂ©rĂ©nice du compositeur genevois Michael Jarrell, prĂ©sentĂ©e ainsi en crĂ©ation mondiale fin septembre 2018 ? AprĂšs Cassandre (monodrame crĂ©Ă© au ChĂątelet en 1994, depuis jouĂ© puis dĂ©fendu par hier Marthe Keller, aujourd’hui Fanny Ardant), GalilĂ©e (GenĂšve, 2006), voici BĂ©rĂ©nice (d’aprĂšs Racine : Titus et BĂ©rĂ©nice de 1670) qui bĂ©nĂ©ficie sur la scĂšne parisienne de chanteurs-acteurs, capables de rĂ©pondre au dĂ©fi surtout physique que leur impose la vision du metteur en scĂšne, direct, Ă©purĂ©e, Claus Guth. Certes le miroitement tĂ©nu, envoĂ»tant parfois de la partition fait son oeuvre (avec des…


    télé

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  • ARTE, le 23 dĂ©c 2018, 22h30. RAYMONDA. Le ThĂ©Ăątre Mariinsky cĂ©lĂšbre dans ce programme le bicentenaire de Marius Petipa (nĂ© le 11 mars 1818) avec l’un de ses derniers grands ballets romantiques, Raymonda (1898) crĂ©Ă© sur la mĂȘme scĂšne du Mariinsky, 120 ans plus tĂŽt. L’ex danseur, nĂ© Ă  Marseille, devenu maĂźtre de ballet aux seins des thĂ©Ăątres impĂ©riaux russes (dĂšs 1869 : BolshoĂŻ Ă  Saint-PĂ©tersbourg, Mariinsky, Ermitage
 ), renouvelle et enrichit considĂ©rablement le ballet romantique : rĂ©Ă©quilibrant cahque partie dĂ©volue aux corps du ballet, aux solistes : d’ailleurs mĂȘme s’il privilĂ©gie la virtuositĂ© de la ballerina, premiĂšre danseuse, Petipa…

  • FRANCE 2, Mardi 1er janvier 2019, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN. C’est dĂ©sormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss pĂšre et fils : une dose irrĂ©sistible de raffinement et d’élĂ©gance (viennoise) pour souligner (et fĂȘter) le passage Ă  la nouvelle annĂ©e. Que nous rĂ©servera 2019 ? Augurons Ă  tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition Ă©cologique, une justice fiscale enfin rĂ©alisĂ©e, moins d’arrogance de nos politiques et de nos Ă©lus sensĂ©s nous reprĂ©senter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester
 et un pouvoir plus humain, proche, rĂ©actif.…


    concerts et opéras

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  • TOURCOING, 3-7 fĂ©vrier 2019. MOZART : La ClĂ©mence de Titus. CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre National de Prague le 6 septembre 1791, sur le livret de Caterino MazzolĂ  d’aprĂšs Pietro Metastasio, l’opĂ©ra « La ClĂ©mence de Titus » est l’ultime « opera seria » de Mozart, commandĂ© l’annĂ©e de sa mort, pour le couronnement de LĂ©opold II sacrĂ© roi de BohĂšme. L’Ɠuvre de circonstance devient par le gĂ©nie mozartien, chef d’oeuvre absolu, encore mĂ©sestimĂ©, et qui illustre l’idĂ©al du politique vertueux, une vision influencĂ©e par l’esprit des LumiĂšres, Leopold, alors qu’il Ă©tait Grand-Duc de Toscane, dĂ©cide la fin des pratiques de torture…

  • ORLÉANS. CONCERTS de NOEL 2018. Les 15 et 16 dĂ©c 2018. Pour cĂ©lĂ©brer le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans et le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans fusionnent leurs forces vives Ă  l’église Saint-Pierre du Martroi et offrent un somptueux Concert de NoĂ«l, une tradition Ă  prĂ©sent pour les OrlĂ©anais soucieux de vivre une grande expĂ©rience pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e.
     
     

     
     
    Marius Stieghorst, le chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, a conçu un programme particuliĂšrement original et Ă©clectique, gĂ©nĂ©reux en styles et accents contrastĂ©s, oĂč perce le timbre Ă©clatant des trompettes (Concerto pour…

  • PARIS, Bastille. BERLIOZ : LES TROYENS. 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production attendue Ă  l’OpĂ©ra Bastille, temps fort de l’annĂ©e BERLIOZ 2019 : 150Ăš anniversaire de sa mort (en 1869). L’ouvrage en 5 actes et 9 tableaux remonte Ă  1863. Il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en morceaux et de façon incomplĂšte du vivant de son auteur, qui le considĂ©rait comme son grand Ɠuvre, et aussi l’objet de son amertume car non rĂ©connu Ă  sa juste mesure, celui qu’admirait Liszt et Wagner, ne connut jamais la gloire espĂ©rĂ©e. D’aprĂšs Virgile, Berlioz rĂ©gĂ©nĂšre la noblesse de la tragĂ©die inspirĂ©e par la…

  • SCEAUX, La Schubertiade, 8 dĂ©c 2018. Quatuor Modigliani / A 17h30, samedi 8 dĂ©cembre 2018, Sceaux vit un nouveau chapitre de sa nouvelle histoire musicale dĂ©diĂ©e Ă  la musique de chambre. Voici donc le 3Ăšme rv Ă  l’HĂŽtel de ville de Sceaux, consacrĂ© Ă  3 rĂ©alisations parmi les plus convaincantes dans le genre du quatuor Ă  cordes. Au programme, le Quatuor Modigliani (formĂ© en 2003) interprĂšte trois quatuors, genre majeur de la musique de chambre, 3 partitions marquantes de la musique au XVIIIĂš et au XIXĂš : le Quatuor K. 465 « Les Dissonances » de Mozart ; le Quartettsatz…

  • ANGERS NANTES OpĂ©ra. MASSENET : Cendrillon. Jusqu’au 18 dĂ©c 2018. CrĂ©Ă© en 1899 Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris, Cendrillon illustre la rĂ©ussite de Massenet dans le genre onirique et “merveilleux”. Le peintre des femmes souvent sublimes et fortes, mais aussi fragiles, ardentes, toujours passionnĂ©es (Manon, ThĂ©rĂšse, Sapho, HĂ©rodiade, ThaĂŻs, Ariane, sans omettre
 Esclarmonde ou ClĂ©opĂątre). Ici Cendrillon affirme un tempĂ©rament aussi volontaire et courageux que son pĂšre (Pandolphe) est
 faible et soumis. Si l’opĂ©ra Notre-Dame de Paris fut Ă©crit uniquement pour des voix masculines, Cendrillon semble offrir un  pendant inversĂ© : Massenet favorise ici une large palette de timbres fĂ©minins.…

  • PARIS, LISBONNE. DSCH Ens / CHOSTAKOVICH Ens. Les 15, 18 dĂ©c 18. IntĂ©grale de la musique de chambre pour piano et cordes de Dmitri CHOSTAKOVITCH. Pour lancer son nouvel enregistrement discographique (coffret CHOSTAKOVITCH 2 CD Ă©ditĂ© par PARATY, le DSCH Ensemble / Ensemble Schostakovitch joue les piĂšces du disque, premiĂšre intĂ©grale de la musique pour cordes et piano de Dmitri Chostakovtich, une somme musicale dont la valeur est indiscutable tant l’implication et le complicitĂ© des solistes rĂ©unis par le pianiste portugais Filipe PINTO-RIBEIRO dĂ©fendent avec conviction et sensibilitĂ©, les mondes expressifs, incandescents voire hallucinĂ©s et Ă©nigmatiques, abstraits et introspectifs
 du…

  • VERSAILLES, OpĂ©ra royal, le 22 nov 18. SALIERI : TARARE, 1787. Rendons Ă  CĂ©sar
. C’est Jean-Claude Malgoire qui le premier – comme souvent, c’est intĂ©ressĂ© Ă  la partition de l’opĂ©ra de Salieri Tarare, conte philosophique et ouvrage le plus imprĂ©gnĂ© de l’idĂ©al des LumiĂšres : le livret il est vrai, est le seul texte pour l’opĂ©ra signĂ© de Beaumarchais. Il existe un remarquable DVD de l’interprĂ©tation du chef hĂ©las dĂ©cĂ©dĂ©, approche Ă©tonnamment rĂ©ussie rĂ©alisĂ© en 
 1988 (et dans le cadre du festival de Schwetzinger). Dans la forme, l’objet est inclassable : Ă  la fois tragĂ©die en musique (restituant la…

  • TOURCOING, 7, 9 dĂ©c 2018. BEETHOVEN : FIDELIO. Tourcoing Ă  l’heure du romantisme allemand
 S’il a composĂ© plusieurs musiques de scĂšne, Fidelio est l’unique opĂ©ra de Beethoven. CĂ©lĂšbre et dĂ©jĂ  estimĂ© comme le prophĂšte de la musique virile et moderne, Ludwig en Ă©crit 3 versions. La premiĂšre en 1805 comportait 3 actes, la deuxiĂšme en 1806 n’en comportait que 2. La troisiĂšme version crĂ©Ă©e le 23 mai 1814 Ă  Vienne, a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e en France, Ă  Paris Ă  l’OdĂ©on en 1825. Beethoven a mis au net ce qui ne lui semblait pas totalement achevĂ© dans les versions prĂ©cĂ©dentes. D’ailleurs, il…

  • TOURS, les 1er, 2 dĂ©c 2018 : MOZART, ARRIAGA. Le chef d’orchestre et directeur de l’OpĂ©ra de Tours, Benjamin Pionnier poursuit le cycle des concerts symphoniques Ă  Tours et propose dĂ©but dĂ©cembre un trĂšs prometteur programme comprenant des Ɠuvres de Mozart (ouverture de Cosi fan tutte le dernier des opĂ©ras de la trilogie Da Ponte), ARRIAGA (jeune prodige mort trop jeune : symphonie en rĂ© majeur). En vedette de ce concert rĂ©jouissant, le violoniste hors normes, vĂ©ritable personnalitĂ© charismatique qui dĂ©cloisonne l’image de la musique classique, par sa dĂ©contraction et sa gĂ©nĂ©rositĂ© vers le public, Gilles Apap (Concerto pour violon…

  • VENDÔME, 8Ăš CONCOURS BELLINI, les 16 et 17 novembre 2018. DĂ©diĂ© Ă  l’art si exigeant du Bel Canto, le CONCOURS INTERNATIONAL VINCENZO BELLINI a lieu cette annĂ©e les 16 et 17 novembre Ă  VendĂŽme (1h de PARIS en TGV).
    Seule compĂ©tition dĂ©diĂ©e exclusivement aux voix et au rĂ©pertoire belcantistes (plein XIXĂš italien et français
), le Concours Bellini (crĂ©Ă© en 2010) dĂ©fend seul, l’art difficile du bel canto quand la majoritĂ© des Concours d’opĂ©ras mĂȘle tous les styles (lieder et mĂ©lodies, mozartien, romantique, vĂ©riste, moderne.)
 Depuis sa crĂ©ation, le CONCOURS BELLINI s’est imposĂ© parmi les compĂ©titions les plus intransigeantes vis Ă …

  • ORLÉANS. CONCERTS de NOEL 2018. Les 15 et 16 dĂ©c 2018. Pour cĂ©lĂ©brer le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans et le ChƓur Symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans fusionnent leurs forces vives Ă  l’église Saint-Pierre du Martroi et offrent un somptueux Concert de NoĂ«l, une tradition Ă  prĂ©sent pour les OrlĂ©anais soucieux de vivre une grande expĂ©rience pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e.

     
     
    Marius Stieghorst, le chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans, a conçu un programme particuliĂšrement original et Ă©clectique, gĂ©nĂ©reux en styles et accents contrastĂ©s, oĂč perce le timbre Ă©clatant des trompettes (Concerto pour 3 trompettes,…

  • LILLE, NORD, les Valses des Strauss, ONL,13 dĂ©c>15 janv 2019. Le pĂšre nĂ© en 1804, le dernier fils mort en 1899
 la famille STRAUSS couvre ainsi tout un siĂšcle, que l’on dit romantique et qui fut aussi marquĂ© par l’essor formidable de l’écriture orchestrale, adaptĂ©e au cadre stimulant de la Valse. La Vienne fin de siĂšcle, semble donner le ton et le diapason de l’élĂ©gance et du raffinement social et mondain.
     
     
     
    Parfum impĂ©rial et fanĂ©, mais terriblement raffinĂ©, comme singuliĂšrement sensuel – malgrĂ© un puritanisme de façade, comme en Angleterre (autre Empire), oĂč le corsetĂ© des robes…

temps forts

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  • EN DIRECT sur internet, le 18 sept 2018, GERVAIS : recrĂ©ation de Hypermnestre, Ă  19h30. En direct sur le site de la salle de spectacle de Budapest, le MUPA (Palace of Arts de Budapest), le chef hongrois György Vashegyi rĂ©alise une premiĂšre mondiale, la premiĂšre reprĂ©sentation de la tragĂ©die lyrique Hypermnestre de Charles-Hubert Gervais (1716), disparue depuis plus de 250 ans. Une probable redĂ©couverte majeure que l’on jugera sur piĂšces.
     
     
    EN DIRECT sur INTERNET : VISIONNER Hypermnestre en direct sur www.mupa.hu
     
     

     
    Avant Les DanaĂŻdes, opĂ©ra nĂ©oclassique, invraisemblable et pompeux de Salieri (1784), le sujet des…

  • CULTUREBOX : Nabucco Ă  Lille, le 26 mai 2018, 18h. Giuseppe Verdi, Nabucco – OpĂ©ra de Lille, 2018 (durĂ©e : 2h30). L’opĂ©ra politique de Verdi prend une rĂ©sonance actuelle dans la mie en scĂšne et la conception de Marie-Eve Signeyrole : l’ivresse du pouvoir qui rend fou, la domination de Babylone sur le peuple hĂ©breu
 suscitent des mouvements de foule, rĂ©fugiĂ©s et apatrides en errance. VoilĂ  une passerelle dĂ©signĂ©e vers notre actualitĂ© oĂč se pose la question des migrants que l’on repoussent partout sans guĂšre rĂ©soudre les causes Ă  leurs sources. Ici deux choeurs relĂšvent le dĂ©fi de la masse…

  • INTERNET, live, ce soir. HAENDEL : Messie, G. Vashegyi, ce soir Ă  19h30. En quelques annĂ©es, grĂące Ă  ses concerts Ă©blouissants dĂ©diĂ©s au Baroque français (Mondonville, Rameau, dont le rĂ©cent NaĂŻs, enregistrĂ© et publiĂ© en mai 2018 est devenue une rĂ©fĂ©rence : lire notre critique de NaĂŻs par G. Vashegyi), le chef hongrois György Vashegyi ne cesse de convaincre pilotant de grands effectifs, choeur et solistes, avec son propre orchestre sur instruments anciens, Orfeo Orchestra. Le sens de l’architecture, le souci de la clartĂ© et de l’intelligibilitĂ©, ce feu ardent qui manque souvent aux chefs français pourtant ici et lĂ …

  • EN DIRECT sur le NET : GYÖRGY VASHEGYI dirige RAMEAU : Les Indes Galantes, dĂšs 19h, depuis le MÜPA, Budapest. Le chef hongrois ne cesse de se dĂ©dier Ă  l’interprĂ©tation du Baroque français du « grand » XVIIIĂš. AprĂšs avoir ressuscitĂ© IsbĂ© de Mondonville dans les mĂȘmes lieux (Concert Hall MÜPA de Budapest, mars 2016), voici ce soir Les Indes Galantes de Rameau : opĂ©ra ballet d’une fantaisie onirique et sentimentale Ă  couper le souffle, auquel le maestro saura apporter comme dans ses rĂ©centes rĂ©alisations, acuitĂ© expressive, finesse et vitalitĂ© rare, attention Ă  l’équilibre sonore comme Ă  l’architecture dramatique des…

  • En direct sur internet, ce soir, 20h : rĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, nouveau signataire chez l’écurie Deutsche Grammphon, aprĂšs son triomphe rĂ©cent au dernier Concours Chopin de Varsovie. Concert en direct depuis Reims. Il a remportĂ© le premier Prix lors du dernier Concours Chopin de Varsovie en octobre 2015 (17Ăšme Concours).
     
    NĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et…


    cinéma

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  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…

  • CINEMA. Sonya Yoncheva chante Norma, lundi 26 septembre 2016, 19h30. En direct du Royal Opera House de Covent Garden, les salles de cinĂ©ma diffusent la prise de rĂŽle Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique europĂ©enne : Norma par la soprano vedette Sonya Yoncheva.
     
     
    A l’affiche du Royal Opera House de Covent Garden Ă  Londres, le sommet belcantiste de Bellini, Norma de 1831, permet actuellement une prise de rĂŽle proche du sublime par la soprano Sonya Yoncheva, – pour classiquenews, l’une des divas assolutas de l’heure, avec sa consoeur Anna Netrebko (dont le rĂ©cent album discographique Verismo a obtenu le…

  • CinĂ©ma. Strauss : ELEKTRA, le 30 avril 2016, 18h45. En direct du Metropolitan opera New York, samedi 30 avril 2016,1845h. RĂŽle incandescent, voix hurlante embrasĂ©e proche de la rupture et du cri primal, animĂ©e par une fureur vengeresse … que seul son frĂšre Oreste saura apaiser (en prenant sa dĂ©fense et l’aidant Ă  rĂ©aliser son projet), Elektra est l’un des rĂŽles pour soprano les plus ambitieux, du fait de l’Ă©criture du chant, du fait a surtout de la prĂ©sence scĂ©nique du personnage quasiment toujours en scĂšne (comme Suzanna dans les Noces de Figaro de Mozart ou Ă  prĂ©sent depuis la…


    expos

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  • NANCY, OpĂ©ra. EXPOSITION «  OpĂ©ra ! », 3 siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy : 9 nov 2018 – 24 fev 2019. Avant les cĂ©lĂ©brations du Centenaire de l’OpĂ©ra de Nancy inaugurĂ© le 14 octobre 1919, l’exposition « OpĂ©ra ! » propose de retracer 310 ans d’histoire artistique au coeur de la citĂ© ducale nancĂ©ienne. 3 salles de spectacle se sont succĂ©dĂ©es Ă  Nancy depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. En 1709, un opĂ©ra est inaugurĂ© Ă  proximitĂ© du palais ducal. Construit pour le duc LĂ©opold de Lorraine, il est rĂ©alisĂ© sur des plans de l’architecte italien, spĂ©cialiste des machineries et des dispositifs…

  • PARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019. RĂ©trospective attendue et totalement enivrante
 AprĂšs l’exposition sur le Second Empire « spectaculaire » (Orsay), voici venu le temps de Venise « éblouissante » : notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e affectionne les superlatifs pour exister et crĂ©er le buzz (?!). Aux plus rĂ©servĂ©s, avouons que cette exposition parisienne prĂ©sentĂ©e au Grand Palais pourrait bien ĂȘtre l’expo phare de cette rentrĂ©e, tant l’art qui y est concentrĂ©, suscite l’admiration par son raffinement et sa joie de vivre. D’autant que la pĂ©riode analysĂ©e (le XVIIIĂš) est peu connue. En effet si l’on…

  • SAINT-GERMAIN : Exposition Debussy Ă  la plage, jusqu’au 15 dĂ©cembre 2018. Un Ă©pisode dans la vie de Debussy
 Saint-Germain en Laye (78), la ville natale de Debussy rend hommage Ă  son gĂ©nie Ă  travers un Ă©clairage inĂ©dit et plutĂŽt surprenant s’agissant d’un compositeur qui de surcroit n’a pas Ă©tĂ© trĂšs bavard sur sa vie privĂ©e (comme Ravel). Le 1er aoĂ»t 1911, Claude Debussy s’installe avec sa famille sur une plage normande. Pendant son sĂ©jour Ă  Houlgate, il n’Ă©crira pas une note de musique. Durant un mois, l’auteur reconnu, Ă  la fois raffinĂ© et rĂ©volutionnaire, qui a Ă©crit l’opĂ©ra singulier « …

  • SAINT-DENIS, Exposition « MARIA CALLAS, inconnue » du 5 au 27 avril 2018. L’universitĂ© PARIS 8 Ă  Saint-Denis accueille un cycle d’évĂ©nements dĂ©diĂ©s Ă  Maria Callas, le 5 avril prochain, suivi d’une exposition MARIA CALLAS, inconnue, ouverte au public du 6 au 27 avril 2018. On pensait tout connaĂźtre de la diva lĂ©gendaire, icĂŽne lyrique mais aussi vedette mĂ©diatique, ambassadrice de la mode, de l’élĂ©gance parisienne propre aux annĂ©es 1950 et 1960. Le cycle d’évĂ©nements et l’exposition d’avril 2018 ont Ă©tĂ© conçus par Jean-Jacques Hanine-Roussel, historien de l’opĂ©ra, biographe et doctorant du LER (Laboratoire d’Etudes Romanes, Paris 8). Jean-Jacques Hanine-Roussel…

  • PARIS. EXPOSITION, CATALOGUE : PATRICE CHÉREAU, METTRE EN SCÈNE L’OPÉRA, dĂšs le 18 novembre 2017. Metteur en scĂšne, cinĂ©aste et comĂ©dien, Patrice ChĂ©reau (1944-2013) a marquĂ© la mise en scĂšne d’opĂ©ra. SimultanĂ©ment Ă  la reprise de De la maison des morts de LeoĆĄ Janáček Ă  l’OpĂ©ra Bastille, l’OpĂ©ra national de Paris et la BibliothĂšque nationale de France prĂ©sentent dans la galerie musĂ©e de l’OpĂ©ra Garnier Ă  Paris, la premiĂšre exposition exclusivement consacrĂ©e au parcours de l’homme de thĂ©Ăątre sur les scĂšnes lyriques. Á travers les onze productions qu’il a rĂ©alisĂ©es, Patrice ChĂ©reau a apportĂ© un nouveau souffle Ă  la mise…


POITIERS, TAP. Deshayes, Vitaud
jouent Debussy, Fauré, Duparc

deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsPOITIERS, TAP, le 11 dĂ©c 2018. Deshayes, Vitaud
 Le TAP / ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers fĂȘte le centenaire Claude Debussy (1862-1918). D’abord par le chant du piano seul avec la Suite bergamasque (amorcĂ©e dĂšs 1890, publiĂ©e en 1905) : Debussy y joue des formes du passĂ© (PrĂ©lude, Menuet, Passepied) et produit un son et des harmonies nouveaux. Le 4Ăšme Ă©pisode, un Clair de lune, vite cĂ©lĂšbre, allie douceur et invention mĂ©lodique.
MĂȘme ivresse sonore et forme planante, inĂ©dite dans  L’AprĂšs-midi d’un faune, d’aprĂšs  le poĂšme de MallarmĂ© oĂč le dĂ©sir et la pulsion Ă©rotique du faune conduisent le dĂ©veloppement, la trajectoire, la forme des harmonies. La sensualitĂ© dĂ©borde dans cette partition crĂ©e le 22 dĂ©cembre 1894, immĂ©diatement saluĂ©e par le si difficile et le trĂšs exigeant Ravel. La transcription pour clavier seul qu’en dĂ©duit le pianiste Jonas Vitaud sait prĂ©server l’Ă©noncĂ© allusif de ce rĂȘve Ă©veillĂ©,  tout en creusant sa part de mystĂšre voire son essence Ă©nigmatique.

PIANO & MELODIES ROMANTIQUES et POST ROMANTIQUES
Le chemins de la modernité

Le programme Ă  Poitiers laisse une part majeure au verbe poĂ©tique en particulier aux poĂšmes mis en musique par Debussy, Duparc (1848-1933), FaurĂ© (1845-1924), tous trois maĂźtres de la mĂ©lodie française… depuis le gĂ©nie d’un Berlioz au dĂ©but du siĂšcle. La trilogie ainsi exposĂ©e Ă  Poitiers met en lumiĂšre ce passage essentiel du romantisme au postromantisme et Ă  la modernitĂ© telle qu’elle s’affirme dans le cas de Debussy.

Cycle majeur de Gabriel FaurĂ© : La Bonne chanson (1894). À l’origine pour tĂ©nor et piano, le recueil des 9 poĂšmes mĂ©lodies s’inspire de Verlaine. Le concert en propose quatre parmi les plus emblĂ©matiques de la facilitĂ© de FaurĂ© dans ce genre qui unit le verbe et le son en une suite de peintures sonores picturales : Puisque l’Aube grandit, La Lune blanche,  N’est-ce pas ? L’Hiver a cessĂ©.

Les 3 chansons de Bilitis d’aprĂšs Pierre LouĂżs sont mises en musique par Debussy en 1897. Il s’agit d’évoquer, mieux d’exprimer le souffle filigranĂ© et sensuel de l’AntiquitĂ© grecque, comme c’Ă©tait l’enjeu et donc la rĂ©ussite du Faune de 1894.

Henri Duparc comme cet autre intransigeant et perfectionniste Paul Dukas, ne laisse Ă  la postĂ©ritĂ© que ces partitions les plus parfaites. En tĂ©moignent les mĂ©lodies jouĂ©es ce soir : La Vie antĂ©rieure, d’aprĂšs Baudelaire (1884) d’un pouvoir incantatoire et mystĂ©rieux irrĂ©sistible ; et  L’Invitation au voyage (1870),  d’aprĂšs Baudelaire aussi, qui envisage des climats musicaux d’une profondeur inĂ©dite.

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deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsDEBUSSY, FAURE, DUPARC
MARDI 11 décembre 2018, 20h30
TAP Poitiers
Durée : 1h30 avec entracte

Karine Deshayes, mezzo-soprano
Jonas Vitaud, piano

> Claude Debussy: Ballade, Suite Bergamasque, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (transcription Jonas Vitaud), Chansons de Bilitis
> Gabriel Fauré : 4 mélodies extraites de La Bonne Chanson op. 61

> Henri Duparc : MĂ©lodies

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

https://www.tap-poitiers.com/spectacle/debussy-faure-duparc/

Le QUATUOR MODIGLIANI Ă  Sceaux

modigliani-quatuor-concert-classiquenews-Modigliani-Quarte copyright droit reserves Marie-StaggatSCEAUX, La Schubertiade, 8 dĂ©c 2018. Quatuor Modigliani / A 17h30, samedi 8 dĂ©cembre 2018, Sceaux vit un nouveau chapitre de sa nouvelle histoire musicale dĂ©diĂ©e Ă  la musique de chambre. Voici donc le 3Ăšme rv Ă  l’HĂŽtel de ville de Sceaux, consacrĂ© Ă  3 rĂ©alisations parmi les plus convaincantes dans le genre du quatuor Ă  cordes. Au programme, le Quatuor Modigliani (formĂ© en 2003) interprĂšte trois quatuors, genre majeur de la musique de chambre, 3 partitions marquantes de la musique au XVIIIĂš et au XIXĂš : le Quatuor K. 465 « Les Dissonances » de Mozart ; le Quartettsatz de Schubert, enfin le seul Quatuor de Debussy, composĂ© en 1892, soit 10 ans avant son opĂ©ra (lui aussi unique : PellĂ©as et MĂ©lisande).

Les Dissonances de Mozart. Composé en 1785, le Quatuor n°19 « Les Dissonances » de Mozart est le dernier quatuor dédié à Joseph Haydn, maßtre pour tous, inventeur du genre et véritable étoile européenne à Vienne. Son écriture permet un riche dialogue entre chacun des quatre instruments, qui tous sont traités à égalité.
Le bouillonnant et nerveux Quartettsatz (1820) manifeste le gĂ©nie de Schubert, en pleine crise compositionnelle. EmblĂ©matique du travail, l’opus est un mouvement de quatuor inachevĂ©.

debussy-2018-centenaire-1918-2018-centenaire-de-la-mort-dossier-debussy-2018-sur-classiquenewsRare Ɠuvre de forme classique dans le catalogue des oeuvres de Claude Debussy, son unique Quatuor Ă  cordes est un bijou mĂ©lodique et rythmique de grande maturitĂ©. Il utilise le principe cyclique (empruntĂ© Ă  CĂ©sar Franck, lequel avait livrĂ© son propre Quatuor quelques mois auparavant en 1890), en reprenant le thĂšme initial dans chaque mouvement. Le Quatuor de Debussy est un sommet du genre, parce qu’il conclut une Ă©poque, empruntant dans sa forme classique, tout ce qui avait Ă©tĂ© produit de meilleur auparavant. 10 ans avant PellĂ©as (1902), ouvrage d’une nouvelle modernitĂ©, Debussy sait aussi considĂ©rablement rĂ©gĂ©nĂ©rer la forme chambriste en enrichissant la matiĂšre musicale par de nombreux emprunts extĂ©rieurs au classique proprement dit, et qui tĂ©moigne de l’éclectisme et de l’ouverture d’une pensĂ©e novatrice, inclassable (sans jamais que l’unitĂ© de l’architecture en pĂątisse) : modes grĂ©goriens, mĂ©lodies tziganes, surtout gamelan javanais (selon sa grande sensibilitĂ© pour le souffle oriental).
L’opus 10 est en 4 mouvements : AnimĂ© et trĂšs dĂ©cidĂ© / Assez vif et bien rythmĂ© (scherzo) / Andantino, doucement expressif (ample nocturne plutĂŽt mĂ©lancolique) / TrĂšs modĂ©rĂ©, trĂšs mouvementĂ© et avec passion.

La sensibilitĂ© Ă©tonnante du Quatuor Modigliani, qui allie profondeur, Ă©nergie, prĂ©cision technicienne, regard poĂ©tique et esprit de synthĂšse, apporte aujourd’hui un regard passionnant : un rv incontournable pour tous les amateurs de musique de chambre.

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Samedi 8 décembre 2018
Sceaux, HĂŽtel de ville Ă  17h30
Quatuors de Mozart, Schubert, Debussy
Quatuor Modigliani

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.schubertiadesceaux.fr/quatuor-modigliani-8-decembre-2018/

 
 

 
 
   
 
 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (Ă©ditions L’Harmattan / nov 2018)

DEBUSSY-trace-ecart-la-trace-et-lecart-livre-evenement-claude-debussy-jean-pierre-armengaud-pierre-albert-castanet-critique-annonce-livreLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (Ă©ditions L’Harmattan / nov 2018). 2 cd, plusieurs articles et contributions complĂ©mentaires font les dĂ©lices du lecteur de ce livre trĂšs opportun sur la question de l’écriture debussyste. Nouvel opus de la collection « Musiques en question(s) » chez L’Harmattan, ce collectif aux regards multiples tourne autour de la question de l’écriture, donc de l’esthĂ©tique de Claude Debussy. En termes trĂšs accessibles (pour une fois), il y est question de l’immatĂ©rialitĂ© de l’écriture, ses caractĂšres, son vocabulaire et sa syntaxe, lesquels ont rĂ©volutionnĂ© la musique du XXù
 Si Debussy n’eut pas d’élĂšve Ă  proprement parler, des compositeurs majeurs se sont ensuite emparĂ© de son oeuvre et de son travail, trouvant dans ce terreau visionnaire, un ADN de la modernitĂ© qui les ont marquĂ©s ou continuent encore de les inspirer : Arthur LouriĂ©, Olivier Messiaen, Giacinto Scelsi, Henri Dutilleux, Toru Takemitsu, Edison Denisov, György Ligeti, JoĂŁo Madureira, Alain LouviĂ©, Thierry PĂ©cou
 autant de compositeurs qui sont d’ailleurs au programme des 2 cd complĂ©mentaires aux textes.
Parmi les thĂ©matiques et sujets dĂ©veloppĂ©s ici, certains nous paraissent trĂšs prometteurs et d’une juste pertinence : Debussy et Dutilleux : « mystĂšres en rĂ©sonance », Debussy spectral, « Debussy selon Boulez ou M. Croche et son double », Debussy et les compositeurs russes du XXĂš, « un air d’eau : le son matiĂšre chez debussy et Sciarrino », « Debussy et la musique portugaise pour piano du XXIÚ », « Le portamento chez Debussy », 
 sans omettre les commentaires de Jean-Pierre Armengaud concernant des enregistrements rĂ©cemment Ă©ditĂ©s dans le cadre du centenaire Debussy 2018 : « Diane au bois » et « La Chute de la maison Usher », deux inĂ©dits qui mĂ©ritent en effet d’ĂȘtre prĂ©sentĂ©s, commentĂ©s, valorisĂ©s en 2018 au moment du Centenaire
 lecture hautement recommandĂ©e.

CLIC D'OR macaron 200PrĂ©sentation de l’ouvrage par l’éditeur, et prĂ©sentation de l’auteur :   « En cette annĂ©e du 100e anniversaire de la mort de Claude Debussy, ce livre accompagnĂ© de 2 CD a l’ambition d’une exploration dans l’univers debussyste sous des angles pluriels, inĂ©dits, originaux ou inattendus parfois, sans exclure quelques Ă©chappĂ©es d’humour faunesque
 faites par une plĂ©iade de grands debussystes, chercheurs, professeurs, compositeurs, interprĂštes. Refusant comme le prĂ©conisait Debussy de « dĂ©monter les oeuvres comme de curieuses montres », ils ont choisi d’investiguer les traces que la musique de Debussy a laissĂ©es chez quelques compositeurs contemporains majeurs.

Pianiste-concertiste et musicologue, Jean-Pierre Armengaud est professeur Ă©mĂ©rite de l’UniversitĂ© d’Evry (Paris-Saclay). Il est l’interprĂšte de plusieurs intĂ©grales discographiques dont celle de Debussy et d’un coffret d’inĂ©dits chez Warner Music. Ancien responsable de la crĂ©ation musicale Ă  Radio France, il est l’auteur de plusieurs publications dont une biographie sur Erik Satie aux Ă©ditions Fayard.‹‹Compositeur et musicologue, Pierre-Albert Castanet est professeur Ă  l’UniversitĂ© de Rouen Normandie et au CNSM de Paris. Membre titulaire de l’AcadĂ©mie des sciences, belles lettres et arts de Rouen, il est l’auteur de nombreux textes et ouvrages portant notamment sur Scelsi et sur les compositeurs historiques de l’ItinĂ©raire (Grisey, Murail, Dufourt, Levinas, Tessier). »

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (Ă©ditions L’Harmattan / novembre 2018)

BrochĂ© – format : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-343-15634-7 ‱ 3 octobre 2018 ‱ 348 pages
EAN13 : 9782343156347
EAN PDF : 9782140101748

CLIC de CLASSIQUENEWS

Toutes les infos sur le site des Ă©ditions L’HARMATTAN
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=61067

Compte-rendu, opéra. Strasbourg. ONR, le 19 oct 2018. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. Lapointe, Gillet, Imbrailo
 Ollu / Kosky.

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 19 octobre 2018. PellĂ©as et MĂ©lisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo
 Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Hommage Ă  Debussy Ă  Strasbourg pour cette annĂ©e du centenaire de sa mort (NDLR : LIRE notre dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018) ; ainsi la production inattendue de PellĂ©as et MĂ©lisande de Barrie Kosky avec une superbe distribution plutĂŽt engagĂ©e ; Anne-Catherine Gillet et Jacques Imbrailo dans les rĂŽles-titres, sous la direction du chef Franck Ollu, pilotant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, en pleine forme.

 
 
 

Pelléas de Debussy à Strasbourg : production choc !

RĂ©cit d’une tragĂ©die de la vie de tous les jours


 
 
 

Debussy-strasbourg-pelleas-absalom-duo-gilet-critique-opera-par-classiquenews-PELLEASetMELISANDE_7380PhotoKlaraBeck

 
 
 

Le chef d’oeuvre de Debussy et Maeterlinck revient Ă  Strasbourg avec cette formidable production grĂące Ă  un concert des circonstances brumeuses 
 comme l’oeuvre elle mĂȘme. La production programmĂ©e au dĂ©part Ă  Ă©tĂ© annulĂ©e abruptement apparemment pour des raisons techniques qui nous Ă©chappent. Heureux mystĂšre qui a permis Ă  la directrice de la maison Eva Kleinitz de faire appel Ă  Barrie Kosky, le metteur en scĂšne australien, Ă  la direction de l’OpĂ©ra Comique de Berlin (que nous avons dĂ©couvert Ă  Lille en 2014 : lire notre compte rendu de CASTOR et POLLUX de Rameau : ” De chair et de sang”, sept 2014)

Pas de levĂ©e de rideau dans une production qui peut paraĂźtre minimaliste au premier abord grĂące Ă  l’absence notoire d’élĂ©ments de dĂ©cors. La piĂšce Ă©ponyme de Maeterlinck est en soi le bijou du mouvement symboliste Ă  la fin du 19e siĂšcle. Le thĂ©Ăątre de l’indicible oĂč l’atmosphĂšre raconte en sourdine ce qui se cache derriĂšre le texte. Un thĂ©Ăątre de l’allusion subtile qui ose parler des tragĂ©dies quotidiennes tout en dĂ©ployant un imaginaire poĂ©tique souvent fantastique. Le parti pris fait fi des didascalies et rĂ©fĂ©rences textuelles. Pour notre plus grand bonheur ! L’histoire de Golaud, prince d’Allemonde qui retrouve MĂ©lisande perdue dans une forĂȘt et qu’il Ă©pouse par la suite. Une fois installĂ©e dans le sombre royaume, elle tombe amoureuse de PellĂ©as, demi-frĂšre cadet de Golaud
 Un demi-frĂšre qu’il aime plus qu’un frĂšre, bien qu’ils ne soient pas nĂ©s du mĂȘme pĂšre. L’opĂ©ra du divorce quelque part, se termine par le meurtre de PellĂ©as, la violence physique contre MĂ©lisande enceinte, et sa propre mort ultime.

Puisqu’il s’agĂźt d’une sorte de thĂ©Ăątre trĂšs spĂ©cifique, – peu d’action, beaucoup de descriptions-, l’opus se prĂȘte Ă  plusieurs lectures et interprĂ©tations. Celle de Barrie Kosky est rare dans sa simplicitĂ© apparente et dans la profondeur qui en dĂ©coule. Nous sommes devant un plateau tournant, oĂč les personnages ne peuvent pas faire de vĂ©ritables entrĂ©es ou sorties de scĂšnes, mais sont comme poussĂ©s malgrĂ© eux par la machine. GrĂące Ă  ce procĂ©dĂ©, le travail d’acteur devient protagoniste.

Quelle fortune d’avoir une distribution dont l’investissement scĂ©nique est palpable, Ă©poustouflant. Le grand baryton Jean-François Lapointe interprĂšte le rĂŽle de Golaud avec les qualitĂ©s qui sont les siennes, un art de la langue impeccable, un chant sein et habitĂ©, et sa prestance sans Ă©gale sur scĂšne. S’il est d’une fragilitĂ© bouleversante dans les scĂšnes avec son fils Yniold (parfaitement chantĂ© par un enfant du Tölzer Knabenchor, Cajetan DeBloch) en cause l’aspect meurtri, blessĂ© du personnage, le baryton canadien se montre tout autant effrayant et surpuissant, et thĂ©Ăątralement et musicalement, notamment dans ses « Absalon ! Absalon ! » au 4e acte, le moment le plus fort et forte de l’ouvrage.

 
 
 

DEBUSSY-strasbourg-opera-critique-compte-rendu-opera-par-classiquenews-gillet-PELLEASetMELISANDE_4887PhotoKlaraBeck
 
 
 
La MĂ©lisande d’Anne-Catherine Gillet est aĂ©rienne dans le chant mais trĂšs incarnĂ©e et captivante dans son jeu d’actrice, tout aussi frappant. Le trouble du personnage mystĂ©rieux se rĂ©vĂšle davantage dans cette production. Le PellĂ©as de Jacques Imbrailo, bien qu’un peu caricatural parfois, est une dĂ©couverte gĂ©niale. Encore le jeu d’acteur fait des merveilles progressivement, mais il y a aussi une gradation au niveau du chant, avec une puretĂ© presque enfantine dans les premier, second et troisiĂšme actes, il devient presque hĂ©roĂŻque au quatriĂšme.

Des compliments pour l’excellente GeneviĂšve de Marie-Ange Todorovitch, redoutable actrice, et aussi pour l’Arkel de Vincent Le Texier, dont les quelques imprĂ©cisions vocales marchent en l’occurrence. L’autre rĂŽle, principal, si ce n’est LE rĂŽle principal, vient Ă  l’orchestre, en pleine forme, presque trop. Si les chanteurs doivent souvent s’élever au dessus de la phalange, nous avons eu la sensation parfois pendant cette premiĂšre qu’il s’agissait d’un vĂ©ritable combat, sans rĂ©els gagnants. Parce que l’exĂ©cution des instrumentistes a Ă©tĂ© trĂšs souvent 
incroyable, notamment lors des interludes sublimes, nous soupçonnons que la direction de Franck Ollu a impliquĂ© des choix qui ne font pas l’unanimitĂ©. Le chef a Ă©tĂ© nĂ©anmoins largement ovationnĂ© aux saluts comme tous les artistes collectivement impliquĂ©s.

 
 
 

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A voir et revoir sans modĂ©ration pour le plaisir musical pour l’annĂ©e du centenaire DEBUSSY 2018, mais aussi et surtout pour dĂ©couvrir l’art de Barrie Kosky et son Ă©quipe (impeccables costumes de Dinah Ehm, dĂ©cors et lumiĂšres hyper efficaces de Klaus GrĂŒnberg notamment), que nous voyons trop rarement en France. A l’affiche Ă  Strasbourg les 21, 23, 25 et 27 octobre, ainsi que les 9 et 11 novembre 2018 Ă  Mulhouse.

 
 
 

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Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 19 octobre 2018. PellĂ©as et MĂ©lisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo
 Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Illustrations : © Klara Beck / OpĂ©ra national du Rhin 2018

 
 
  
 
  
 
 

Centenaire DEBUSSY 2018. Entretien avec RĂ©my Campos, commissaire de l’exposition « DEBUSSY A LA PLAGE

debussy-a-la-plage-exposition-saint-germain-par-classiquenewsDEBUSSY A LA PLAGE
 Entretien avec RĂ©my Campos, commissaire de l’exposition « DEBUSSY A LA PLAGE, archĂ©ologie d’un album photographique », actuellement au Domaine national de Saint-Germain en Laye (78) ; et jusqu’au 15 dĂ©cembre 2018. Qu’a Ă  faire Claude Debussy Ă  l’étĂ© 1911 sur les plages et bords de mer normand, Ă  Houlgate prĂ©cisĂ©ment, appareil photographique Ă  la main, arpentant les lieux de vie, parfois mondains, souvent familiaux, promenades et jetĂ©es, prĂšs du Casino et des cabines de bain ? RĂ©my Campos soulĂšve le voile et rĂ©vĂšle la passion ou plutĂŽt l’Ɠil photographique d’un Debussy viscĂ©ralement sauvage et solitaire, quelques annĂ©es avant la dĂ©claration de guerre


 

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : De tout le corpus photographique que vous avez visualisĂ©, quels dĂ©tails ou facettes – ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s ou dĂ©couverts- de Debussy vous ont surpris, Ă©bloui, enchantĂ© ?

RĂ©my CAMPOS / RC : Il y a d’abord eu la dĂ©couverte de documents inĂ©dits. Pour un historien, c’est Ă©videmment un moment palpitant. Seules quatre ou cinq images du sĂ©jour des Debussy Ă  Houlgate avaient Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement reproduites depuis les annĂ©es 1920. Toutes les images reprĂ©sentant Emma et sa mĂšre avaient jusqu’ici dormi dans les albums de familles conservĂ©s Ă  la BibliothĂšque nationale de France. Ceux-ci contenaient aussi un trĂšs grand nombre de clichĂ©s pris dans le jardin de l’hĂŽtel particulier des Debussy (avenue du Bois – aujourd’hui avenue Foch). Dans ces images intimes, on voit beaucoup Chouchou, la fille du couple, et on dĂ©couvre aussi le quotidien d’une famille bourgeoise avec nurse anglaise, domestiques, visites familiales et rĂ©ception d’amis.
Et puis il y a eu l’aventure documentaire amorcĂ©e par la dĂ©couverte fortuite de photographies que le jeune Jacques Henri Lartigue avait prises de la famille Debussy, sans savoir toujours qui passait devant son objectif. L’enquĂȘte nous a entraĂźnĂ© loin, jusqu’à des trouvailles inattendues comme cette photographie de presse prise aux courses Ă  Longchamp oĂč l’on dĂ©couvre Emma et sa fille parmi les dames Ă©lĂ©gantes prĂ©sentes ce jour-lĂ  au bord des pistes.
De fil en aiguille, les images rassemblĂ©es ont suscitĂ© une rĂ©flexion inattendue sur le rapport des Debussy Ă  l’image photographique.

 

 

 

 

CNC : Quelle est la relation de Debussy à la société, à la plage ou à Paris, ces clichés rassemblés nous révÚlent-ils ?

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsSi on le compare Ă  Gabriel FaurĂ© ou Ă  Igor Stravinsky, pour ne prendre que deux de ses contemporains, Claude Debussy est un crĂ©ateur solitaire, surtout dans la derniĂšre partie de sa carriĂšre. L’accĂšs Ă  l’hĂŽtel particulier de l’avenue du Bois est strictement limitĂ© Ă  la famille des deux Ă©poux et Ă  un cercle trĂšs Ă©troit d’amis. Rares seront les journalistes Ă  pouvoir approcher le compositeur et les importuns sont tenus Ă  distance. Les photographies tĂ©moignent de cet isolement recherchĂ©. Ce sont toujours les mĂȘmes personnes que l’on retrouve dans les images. Aucun clichĂ© ne montre des rĂ©unions mondaines comme il en existe du temps oĂč Debussy frĂ©quentait Ernest Chausson dans les annĂ©es 1890. Les tĂ©moignages de ses proches vont dans le mĂȘme sens. Raoul Bardac, fils du premier mariage d’Emma et Ă©lĂšve en composition de Claude Debussy, tĂ©moigne du goĂ»t de la solitude du musicien.
Le sĂ©jour Ă  Houlgate en aoĂ»t 1911, voulu par sa femme, est par consĂ©quent une terrible Ă©preuve pour Claude Debussy qui se trouve plongĂ© dans la trĂ©pidante vie mondaine que les Parisiens sĂ©journant sur la cĂŽte normande, transportent avec eux le temps d’un Ă©tĂ©. La station est parmi les plus Ă©lĂ©gante de l’époque mais on y trouve tout ce que Claude Debussy dĂ©teste : les musiques faciles des casinos, les clients envahissants d’un Grand-HĂŽtel cosmopolite, l’obsession du paraĂźtre, etc.

 

 

 

CNC :Comment expliquer cette “passion” photographique, de la part de Debussy ?

L’intĂ©rĂȘt de Claude Debussy pour la photographie ne nous est connu qu’en creux. Le musicien n’a jamais Ă©crit un article oĂč il se serait enthousiasmĂ© pour cet art encore jeune, sa correspondance n’y fait allusion que de façon sporadique et il ne semble pas qu’il ait possĂ©dĂ© dans les annĂ©es 1880-1900 le coĂ»teux appareillage nĂ©cessaire aux prises de vues. Pendant sa jeunesse, le musicien a pour plus proche ami Pierre LouĂżs, Ă©crivain ayant la passion de la photographie, qui le mettra en scĂšne dans des images trĂšs soignĂ©es, comme on en produisait alors dans les milieux artistiques (Edgard Degas ou Pierre Bonnard, par exemple, ont consacrĂ© beaucoup de temps Ă  fabriquer des images photographiques qui entendaient dialoguer avec la peinture).
Durant les vingt derniĂšres annĂ©es de sa vie en revanche, Claude Debussy et sa femme Emma ont Ă©tĂ© des photographes amateurs comme il en existait alors des milliers. SĂ©duits par la facilitĂ© d’usage des appareils de type Kodak et de dĂ©veloppement des clichĂ©s que l’on peut alors confier Ă  un dĂ©taillant, la famille Debussy rĂ©alise un trĂšs grand nombre d’images, dont beaucoup sont d’ailleurs mal cadrĂ©es ou peu Ă©clairĂ©es. La photographie est alors une pratique en passe de devenir banale. Les Debussy ne se distinguent pas dans ce domaine de leurs contemporains.

 

 

 

CNC : Savons-nous sur quelles partitions Debussy travaillait-il pendant ses étés à la plage ?

DĂšs les premiĂšres annĂ©es de vie commune, le couple Debussy part tous les Ă©tĂ©s en vacances au bord de la Manche. En 1904 Ă  Pourville oĂč Claude corrige des Ă©preuves d’imprimerie, en 1905 Ă  Eastbourne oĂč il travaille Ă  la premiĂšre sĂ©rie des Images pour piano, en 1906 prĂšs de Dieppe oĂč il emporte ses Images pour orchestre en cours d’écriture et en 1907 de nouveau Ă  Pourville oĂč il songe Ă  un Tristan qui ne verra jamais le jour.
Le voyage Ă  Houlgate qui est au cƓur du livre Debussy Ă  la plage est le seul Ă  avoir lieu entre 1908 et 1914. Pendant ce sĂ©jour en aoĂ»t 1911, Claude Debussy travaille Ă  l’orchestration de la Rhapsodie pour clarinette originellement composĂ©e pour les concours du Conservatoire de Paris avec un accompagnement de piano. Ou plutĂŽt, il promet Ă  son Ă©diteur un arrangement auquel il ne se consacrera que de retour Ă  Paris en septembre. Le moment houlgatais est celui d’un grand dĂ©sarroi artistique.
En pleine guerre, la villĂ©giature Ă  Pourville de juillet Ă  octobre 1915 fait exception. Claude Debussy n’habite pas dans un de ces hĂŽtels internationaux dont il dit tant de mal dans sa correspondance mais dans la villa « Mon coin », Ă©loignĂ©e du rivage et donc des touristes. Dans cette maison prĂȘtĂ©e par des amis, la Manche n’est visible qu’au loin. Parce qu’il n’est pas astreint aux obligations mondaines d’une station balnĂ©aire, Claude Debussy parvient Ă  Ă©crire pendant les quatre mois de ce dernier sĂ©jour normand plusieurs de ses ultimes chefs-d’Ɠuvre : En blanc et noir, les deux livres d’Études pour piano, la Sonate pour flĂ»te, alto et harpes.
Lors des deux vacances maritimes suivantes – au Moulleau, prĂšs d’Arcachon, pendant l’étĂ© 1916 puis Ă  Saint-Jean-de-Luz en 1917 –, Claude Debussy sera gravement malade et n’écrira plus de musique.
MalgrĂ© la vĂ©ritable fascination de Debussy pour la mer, le musicien aura finalement peu Ă©crit prĂšs des rivages. Ultime paradoxe : on sait aujourd’hui que le musicien a commencĂ© la composition de la Mer Ă  Bichain dans l’Yonne pendant les vacances de l’étĂ© 1903


 

 

Propos recueillis en octobre 2018.

 

 

 

 

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SAINT-GERMAIN EN LAYE (78), DEBUSSY A LA PLAGE, Exposition au Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, ville natale de Claude Debussy, du 15 septembre au 15 dĂ©cembre 2018. Commissaire : RĂ©gis Campo. PrĂ©sentation critique du catalogue Ă  venir sur classiquenews. Exposition en plein air, grilles du chĂąteau et de la Mairie de Saint-Germain : photographies en grand format 

 

 

 

 LIRE aussi notre prĂ©sentation du Livre Catalogue “Debussy Ă  la Plage” (Gallimard)

 

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LIVRE événement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard)

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard). Catalogue de l’exposition en plein air au domaine de Saint-Germain en Laye (78), « Debussy Ă  la plage » regroupe un ensemble de photographies uniques dĂ©voilant le compositeur en costume de villĂ©giature, en Normandie principalement, Ă  Houlgate et Prouville, en 1904 ou 1907 et surtout 1911. En couverture, Claude Debussy Ă  la plage, appareil photo en main : tout est dit. Il s’agit de clichĂ©s le reprĂ©sentant lui et sa famille (Emma son Ă©pouse, leur enfant, Chouchou ; avec la fille d’Emma, HĂ©lĂšne), ou photographies dĂ©but du siĂšcle, fixant les lieux oĂč ils ont sĂ©journĂ©, qu’il a saisis lui-mĂȘme Ă  travers son objectif. Debussy comme sujet, Debussy comme Ɠil Ă  l’affĂ»t, curieux de capter une atmosphĂšre, une situation, le visage et la silhouette de ses proches ou de ses amis

Ainsi est dĂ©voilĂ©, un aspect mĂ©connu de la vie de l’auteur de PellĂ©as, le Debussy en vacances, qui comme ses contemporains, tout en se tenant Ă  distance des bondieuseries mondaines, s’adonne au plaisir du bord de mer. Les clichĂ©s ainsi rĂ©unis composent une nouvelle manne scientifique, pilier inestimable d’une nouvelle source documentaire constituant dĂ©sormais une archĂ©ologie par l’image d’une Ă©vidente vĂ©ritĂ©. L’auteur et commissaire RĂ©my Campos restitue un Ă©tĂ© idĂ©al ou une villĂ©giature type des Debussy (Claude, sa compagne Emma, leur fille, la mĂšre de Emma
) pendant l’étĂ© 1911. Debussy est fatiguĂ©, peu disposĂ© Ă  sacrifier au rituel social (le dĂ©filĂ© du promenoir), plutĂŽt un solitaire qui prĂ©fĂšre passĂ© inaperçu en se fondant dans une foule pourtant avide de potins, signes extĂ©rieurs de pouvoir, respectabilitĂ© et convenances en tout genre


 

 

 

Gallimard nous offre pour l’annĂ©e de son Centenaire 2018
un portrait passionnant inédit de Claude Debussy


VISAGES DU DEBUSSY PHOTOGRAPHE

 

 

 

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Les 224 pages de ce catalogues trĂšs illustrĂ©s offrent ainsi pour son Centenaire 2018, un portrait inĂ©dit et vivant de Debussy tel qu’en lui-mĂȘme, (et aussi PAR lui-mĂȘme puisqu’il photographie son entourage et les lieux investis) ; devant l’objectif, – pas toujours trĂšs prĂ©cis (ce qui donne aux images, un caractĂšre Ă©vanescent et pictural), le compositeur paraĂźt face Ă  l’oeil mĂ©canique, distinguĂ© dans ses costumes estivaux, chapeau, gilet, nƓud de papillon
 en sus.
L’auteur ajoute l’apport de tĂ©moignages rĂ©els (inespĂ©rĂ©s) comme celui de Jacques-Henri Lartigue lequel semble reconnaĂźtre sur un clichĂ© pris en 1907, la silhouette typique de Debussy ; ou bien le regard hypothĂ©tique d’un contemporain, Proust qui lui aussi frĂ©quenta les mĂȘmes lieux et aima Ă  la diffĂ©rence de Claude, l’esprit des sites de vacances (Casino et Grand HĂŽtel, digues et plages
), tout ce thĂ©Ăątre social qui suit rĂšgles et tenues loin de la ville, tout en en recomposant les rites et les convenances des mondanitĂ©s les plus Ă©laborĂ©es.

Contrairement Ă  ce qui est prĂ©sentĂ© comme « trivial », ce milieu balnĂ©aire et maritime rĂ©vĂšle la relation de Debussy aux autres, ou plutĂŽt renforce une volontĂ© de se prĂ©server coĂ»te que coĂ»te des banalitĂ©s sociales. Est ainsi Ă©pinglĂ©e, la « mondanité » chose si « triviale » pour Debussy (en effet de son point de vue), lui qui cultive comme compositeur, la suggestion, le mystĂšre, l’indicible.
Rien n’est tenu cachĂ© des intentions des promeneurs, des motivations avouĂ©es ou non des nombreux hommes qui se tiennent debout sur le sable, au moment du bain
 alors que les robes sont longues (voir les toilettes des Ă©lĂ©gantes Ă  Auteuil ou Ă  Longchamps en 1911
) et que les corps des baigneuses sont abondamment couverts d’habits, l’Ɠil s’excite Ă  l’idĂ©e de contempler Ă  travers le vĂȘtement mouillĂ© au sortir de l’onde, des formes que l’on tient ordinairement cachĂ©es.

 

 

 

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DEBUSSY en SON HÔTEL PARTICULIER avec EMMA
 Plus loin dans la partie « citadine » (non balnĂ©aire), Ă  Paris, l’intimitĂ© du clan Debussy dans l’hĂŽtel particulier au Bois de Boulogne, est « traquĂ©e » par un jeune photographe en herbe, Lartigue, leur voisin (habitant rue Leroux, donnant sur l’avenue du Bois, le quartier du compositeur), dont l’appareil capte un formidable clichĂ© (entre autres) mĂ©connu voire inĂ©dit des 3 femmes de Claude en promenade : Chouchou, Emma, et la fille de cette derniĂšre, HĂ©lĂšne (superbe clichĂ© sur le vif, « Avenue des Acacias, mai 1911).
Cette partie sur la vie Ă  Boulogne, « mondaine », plutĂŽt rĂ©servĂ©e Ă  quelques habituĂ©s, est tout aussi passionnante que les tĂ©moignages de l’activitĂ© estivale Ă  la plage. On y repĂšre Ă  travers les clichĂ©s sur le perron du bĂątiment situĂ© prĂšs du chemin de fer, Satie, Bonnard
 et Ă  l’intĂ©rieur de l’HĂŽtel, Stravinsky, 
 et bien sĂ»r Debussy lui-mĂȘme Ă  son bureau, en compositeur « embourgeoisé ».
Le bĂ©nĂ©fice visuel et documentaire de ce corpus ainsi idĂ©alement prĂ©sentĂ© (par thĂ©matiques : La Plage, La Digue-promenoir, Le Casino, Le Grand HĂŽtel; puis, dans l’intimitĂ© de la famille Debussy hors Ă©tĂ© : L’HĂŽtel particulier, Avenue du Bois, Une Biographie en images
) offre un aperçu plus que concret ou anecdotique sur la vie intime du clan Debussy. Du musicien, ailleurs tenu discret, timide, rĂ©servĂ©. Le livre est un formidable Ă©cran, rĂ©vĂ©lant l’homme et le pĂšre de famille en bord de mer et Ă  Paris, en cette annĂ©e clĂ©, 1911.

CLIC D'OR macaron 200CD, BONUS PROFITABLE : l’éditeur ajoute un cd Ă©voquant l’activitĂ© musicale de Debussy en 1911 : partitions crĂ©Ă©es et dirigĂ©es cette annĂ©e par Debussy aux Concerts Sechiari, ou avec l’Orchestre du Cercle Musical ; Ɠuvre inĂ©dite reconstituĂ©e Ă  partir de la partition mentionnĂ©e par le compositeur sur une carte postale dĂ©diĂ©e Ă  Emma pour NoĂ«l 1911: chƓur des marins dont le texte consigne le renoncement de Debussy – selon le voeu d’Emma-, Ă  rejoindre Boston pour y assister Ă  la crĂ©ation de PellĂ©as,.
Edition magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

 

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BEAUX-LIVRES, Ă©vĂ©nement. RÉMY CAMPOS : Debussy Ă  la plage. Hors sĂ©rie Connaissance, Gallimard / Parution : 13 sept 2018. PrĂ©face de Jean-Yves TadiĂ© + 1 cd : activitĂ© musicale de Debussy en 1911. DurĂ©e d’Ă©coute : 74 mn – 224 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 275 x 210 mm, cartonnĂ© – ISBN : 9782072797910 – Gencode : 9782072797910 – Code distributeur : G02130. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

LIRE aussi notre grand dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018 

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SAINTES. RĂ©cital d’Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h

ilic-ivan-piano-cage-satie-debussy-vignette-carre-280Saintes. RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h. Dans l’église abbatiale de Saintes (Abbaye aux Dames), le pianiste Ivan Ilic propose un programme idĂ©alement adaptĂ© Ă  l’esprit et Ă  l’acoustique du lieu. C’est un programme intimiste, qui s’inscrit au dĂ©but de la nuit d’étĂ©, retraçant de passionnantes filiations et correspondances entre Scriabine et Debussy, Satie et Cage
 Une secrĂšte et permanente influence française que son programme originel enregistrĂ© sous le titre The Transcendentalist (CLIC de CLASSIQUENEWS, mai 2014) avait Ă  peine exprimer de façon explicite. Or l’originalitĂ© de Satie est bien prĂ©sente, indiscutable et stimulante pour nombre de compositeurs et crĂ©ateurs qui l’ont ou non directement approché 

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Satie & friends …

In a Landscape et Dream de John Cage date de la fin de la premiĂšre pĂ©riode de sa production, soit 1948. Cage Ă©tait alors obsĂ©dĂ© par Erik Satie, assez mĂ©connu en AmĂ©rique Ă  l’époque. Pendant l’étĂ© 1948 Cage a organisĂ© 25 concerts de la musique d’Erik Satie, et il donne une confĂ©rence qui marque l’histoire de la musique, intitulĂ©e “DĂ©fense de Satie” dans laquelle il oppose Satie Ă  Beethoven, et donne raison Ă  Satie. « Cage a Ă©tudiĂ© les carnets de brouillons de Satie, dans lesquels il trouve la structure rythmique de piĂšces Ă  venir. Il comprend ainsi que Satie « compose » le rythme en premier, puis « remplit » les cellules de notes, pour composer ses morceaux, et cette idĂ©e fascine Cage, qui a rĂ©alisĂ© depuis ses Ă©tudes avec Schoenberg qu’il n’avait pas de don pour l’harmonie. Cage y trouve une sortie de son impasse esthĂ©tique, et il explore cette mĂȘme idĂ©e dans ses cĂ©lĂšbres Sonates et Interludes pour piano prĂ©parĂ©, qui date la mĂȘme Ă©poque. Associer les piĂšces mythiques de Satie avec ces piĂšces de Cage est donc une Ă©vidence.», prĂ©cise Ivan Ilic. Outre Cage et Satie, voici tout autant Claude Debussy
 un Debussy certes adulĂ© et cĂ©lĂ©brĂ© mais finalement jaloux du statut particulier, atypique d’un Satie puissant et original, dĂ©finitivement inclassable.

« Debussy admirait toujours le statut de “outsider” de Satie, son indĂ©pendance du milieu musical parisien. Avec leur ambiguĂŻtĂ© expressive, certains prĂ©ludes de Debussy sont proche de l’esprit des miniatures Satie, bien que plus riches sur le plan harmonique, et plus proche de la musique russe (Stravinsky, Scriabine) qui poussait de plus en plus loin une utilisation chromatique de la tonalité » complĂšte Ivan Ilic. A Satie et Debussy, maĂźtres des tonalitĂ©s suspendues, irrĂ©solues et des formes inĂ©dites dans le sillon des GymnopĂ©dies, Ivan Ilic associe aussi Alexandre Scriabine, le compositeur pianiste au mysticisme parfois superfĂ©tatoire dont il offre les derniĂšres pages pour le piano : « On y trouve un mĂ©lange d’extase et de calme spirituel, comme s’il savait qu’il fallait tout donner dans la derniĂšre annĂ©e de vie, qui s’avĂšre trĂšs productive, par ailleurs ».

Le programme d’Ivan Ilic Ă  Saintes rĂ©sonne tel un parcours intĂ©rieur, singulier et original : « On passe d’une musique modale (Cage) Ă  une musique entiĂšrement dĂ©nouĂ©e de drame (Satie) Ă  une harmonie plus complexe et suggestive (Debussy) Ă  l’abstraction de Scriabine, avec un tourbillon d’émotion dans Vers la flamme qui ne cesse de monter et de donner Ă  l’auditeur l’impression de monter vers l’extase », conclut le pianiste.

boutonreservationRĂ©cital du pianiste Ivan Ilic Ă  Saintes
Abbaye aux Dames de Saintes
Samedi 9 juillet 2016, 22h

 

 

ENTRETIEN AVEC IVAN ILIC…  question complĂ©mentaire Ă  Ivan Ilic pour mieux comprendre les enjeux esthĂ©tiques de son rĂ©cital Ă  Saintes 2016.

CLASSIQUENEWS : En quoi le programme diffĂšre t il / reprend t-il le programme et l’esprit des piĂšces du cd de 2014 ?
Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicIvan Ilic : Ce programme est Ă©troitement liĂ© Ă  mon disque Le Transcendantaliste / The Transcendentalist (CD Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS en 2014), qui reliait Scriabine avec Cage et Morton Feldman, notamment. Le journaliste de Forbes, aux Etats-Unis a su identifier que le « saint patron du disque aurait pu ĂȘtre Satie », remarque trĂšs juste, car les oeuvres de Scriabine que j’avais choisies, sont presque sans tension, d’un lyrisme pure, ce qui est relativement atypique dans l’Ɠuvre de Scriabine, qui a plus tendance a exprimĂ© le cĂŽtĂ© tourmentĂ© de l’existence. Le programme du disque Ă©tait donc uniquement russe et amĂ©ricain, mais avec des influences françaises suggĂ©rĂ©es çà et lĂ .
Dans mon programme pour Saintes, le lien avec la musique française devient explicite. En Ă©coutant les piĂšces cĂŽte Ă  cĂŽte, on rĂ©alise les correspondances fortes, notamment entre Cage et Satie d’une part, et le Debussy et le Scriabine, tardifs, de l’autre. Le mot transcendantaliste implique une dĂ©marche intuitive de la composition, sans systĂšmes, et tous les quatre compositeurs tombent dans cette catĂ©gorie.

Je me sens particuliĂšrement proche de cette idĂ©e, car mĂȘme si j’ai fait des Ă©tudes de mathĂ©matiques, et je me considĂšre quelqu’un de plutĂŽt rationnel dans mon quotidien, j’accepte depuis quelques annĂ©es que la vie comporte une grande part de mystĂšre, et que le vrai pouvoir de la musique est justement son cĂŽtĂ© mystĂ©rieux, insaisissable, Ă©phĂ©mĂšre, inexplicable. Le fait de ne pas comprendre ne nous empĂȘche pas de faire ; au contraire, faire en ignorant le pourquoi me semble un acte essentiel, un geste qui tend vers l’infini”.

 

Propos recueillis en juin 2016.

Illustrations : Portrait du pianiste Ivan Ilic (© B Maire)

LIRE aussi notre critique complĂšte du cd The Transcendentalist d’Ivan Ilic, CLIC de CLASSIQUENEWS (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman), Ă©ditĂ© en mai 2014

L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es joue Debussy et Chausson Ă  Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Jeudi 4 fĂ©vrier 2016. Orchestre des Champs ElysĂ©es : Debussy, Chausson, Magnard.... Somptueuse soirĂ©e symphonique au TAP de Poitiers ce soir avec l’Ă©clat poĂ©tique des instruments d’Ă©poque dans un programme de musique romantique française (et post romantique avec le sommet liquide et impressonniste, La mer de Debussy). Sous la conduite du chef Louis LangrĂ©e (applaudi la saison derniĂšre pour PellĂ©as et MĂ©lisande, les instrumentistes si passionnĂ©ment engagĂ©s dans le jeu historiquement informĂ© et toujours soucieux du timbre et du format sonore originel de chaque instrument, s’engagent pour une trilogie de compositeurs dont l’Ă©criture devrait ce soir gagner en mordant expressif, raffinement poĂ©tique, justesse caractĂ©risĂ©e, subtil Ă©quilibre entre lecture analytique et formidable texture sensuelle. Si le propre des auteurs français est souvent prĂ©sentĂ© comme ce scrupule particulier pour la transparence, la couleur, la clartĂ©, l’apport de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es devrait le dĂ©montrer dans ce programme qui associe : Debussy, Chausson et Magnard, particuliĂšrement convaincant. C’est de Chausson Ă  Debussy, une leçon d’Ă©quilibre entre dĂ©tails et souffle dramatique qui attend les spectateurs auditeurs du TAP de Poitiers lors de cette grande soirĂ©e de vertiges symphoniques.

chaussonSi la piĂšce maĂźtresse sur le plan symphonique et orchestral demeure Ă©videmment La Mer de Debussy – sublime triptyque climatique pour grand orchestre, le concert offre un aperçu significatif du wagnĂ©risme personnel d’Ernest Chausson, l’un des symphoniste et poĂšte musicien les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration (il est nĂ© en 1855, et s’Ă©teint fauchĂ© trop tĂŽt avant la fin du siĂšcle en 1899). ComposĂ© entre 1882 et 1890, le cycle est crĂ©Ă© lors de ses 38 ans en 1893 ; Le PoĂšme de l’amour et de la mer opus 19 d’aprĂšs le texte de son exact contemporain et ami, le poĂšte Maurice Bouchor (1855-1929), le PoĂšme comprend deux volets :
I. La Fleur des eaux : « L’air est plein d’une odeur exquise de lilas » – « Et mon cƓur s’est levĂ© par ce matin d’été » – « Quel son lamentable et sauvage »
Interlude
II. La Mort de l’amour : « BientĂŽt l’üle bleue et joyeuse » – « Le vent roulait les feuilles mortes » –  « Le temps des lilas »

Comprenant l’intervention d’une soliste (aujourd’hui soprano ou mezzo, bien que la version de crĂ©ation ait Ă©tĂ© rĂ©aisĂ©e par un tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet), la partition est Ă  la fois cantate, monologue, ample mĂ©lodie pour voix et orchestre oĂč les couleurs et le formidable chant de l’orchestre rivalise d’Ă©clats et de vie intĂ©rieure avec la voix humaine. Le cycle des 6 poĂšmes Ă©tait probablement quasi achevĂ© quand Chausson commence son opĂ©ra Le Roi Arthus, puis aprĂšs la composition de ce dernier, il rĂ©vise en 1893 Le PoĂšme pour lui apporter une parure dĂ©finitive et le faire crĂ©er dans une version piano / chant par le tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet (Bruxelles, le 21 fĂ©vrier 1893). La version orchestrale est assurĂ©e ensuite en avril suivant par la cantatrice ElĂ©onore Blanc.
Musique empoisonnĂ©e, langoureuse et trĂšs fortement mĂ©lancolique, le chant de Chausson qu’il s’agisse Ă  la voix ou dans l’orchestre exprime une extase mortifĂšre et nostalgique d’une incurable torpeur qui semble s’insinuer jusqu’Ă  l’intimitĂ© la plus secrĂȘte, dĂ©veloppant une Ă©criture scintillante et suspendue…. wagnĂ©rienne. Chausson a Ă©videmment Ă©coutĂ© Tristan et Yseult ; il ne cesse de dĂ©clarer son allĂ©geance Ă  l’esprit du maĂźtre de Bayreuth, en particulier dans un motif mĂ©lodique, obsessionnel, qui traverse toutes les mĂ©lodies et surtout se dĂ©veloppe explicitement dans l’interlude qui relie les deux volets du cycle : La Fleur des eaux et La Mort de l’amour.
Musique “proustienne”, d’un Ă©clectisme rentrĂ©, (typique en cela de la IIIĂš RĂ©publique), d’un parfum wagnĂ©rien Ă©vident mais si original et personnel (en cela digne des recommandations de son professeur CĂ©sar Franck, lui aussi partisan d’un wagnĂ©risme original et renouvelĂ©), douĂ©e d’une forte vie intĂ©rieure, l’Ă©criture de Chausson est rĂ©itĂ©ration, connotations, intentions masquĂ©es, plĂ©nitude des souvenirs et des songes enivrĂ©s et embrumĂ©s, l’expression d’une langueur presque dĂ©pressive qui ne cesse de dire son impuissante solitude. C’est en plus de Tristan, le modĂšle de Parsifal de Wagner (Ă©coutĂ© Ă  sa crĂ©ation en 1882 Ă  Bayreuth) qui est rĂ©interprĂ©tĂ©, “recyclĂ©” sous le filtre de la puissante sensibilitĂ© d’un compositeur esthĂšte et poĂšte. Encore scintillante et claire, La Mort de l’amour, cĂšde la place Ă  l’ombre inquiĂšte et l’anĂ©antissement graduel (La Fleur des eaux); les images automnales, crĂ©pusculaires, souvent livides et lĂ©thales dĂ©crivent un monde Ă  l’agonie, perdu, sans rĂ©mission (“le vent roulait les feuilles mortes”… est une marche grave et prenante). Et pour finir, tel une prophĂ©tie terrifiante, la derniĂšre mĂ©lodie, Le temps des Lilas (Ă©crite dĂšs 1886, et souvent chantĂ© comme une mĂ©lodie sĂ©parĂ©e, autonome) confirme qu’aprĂšs cette agonie il n’y aura plus de printemps. Le PoĂšme de l’amour et de la mer est la prĂ©diction d’une apocalypse inĂ©vitable. Il appartient aux interprĂštes d’en restituer et la langueur hynoptique et la magie des couleurs orchestrales d’un scintillement dont le raffinement annonce La Mer de Debussy… Le chef quant Ă  lui doit veiller aux Ă©quilibres, au format orchestre / voix, pour servir l’une des plus belles musique de chambre au souffle symphonique. L’ampleur et la profondeur mais aussi l’exquise lisibilitĂ© mortifĂšre du texte, de ses images d’une sourde et maladive mĂ©lancolie.
MĂȘme s’il fut fils de famille, et d’un train de vie supĂ©rieur Ă  celui de ses confrĂšre compositeur, Chausson, mort stupidement aprĂšs une mauvaise chute de vĂ©lo, savit entretenir autour de lui, l’ambiance d’un foyer artistique et intellectuel ouvert aux tendances les plus avancĂ©es de son temps : son salon de la rue de Courcelles Ă  Paris reçoit ses amis FaurĂ©, Duparc et Debussy, mais aussi MallarmĂ©, Puvis de Chavannes et Monet… A l’Ă©coute de son PoĂšme opus 19, l’auditeur convaincu tirera bĂ©nĂ©fice en poursuivant son exploration de l’univers de Chausson avec Le Roi Arthus (offrande personnelle sur l’autel wagnĂ©rien), Viviane, Symphonie en si bĂ©mol et bien sur, toute sa musique de chambre…

boutonreservationL’Orchestre des Champs-ElysĂ©es au TAP, Poitiers
Jeudi 4 février 2016, 19h30

Albéric Magnard : Hymne à la justice op.14
Ernest Chausson : PoĂšme de l’amour et de la mer op.19
Claude Debussy : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre
Durée du concert : 1h20mn (entracte compris)
Louis Langrée, direction
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano

Louis LangrĂ©e, premier chef invitĂ© de l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es, dĂ©fend la musique française partout dans le monde. La saison passĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique, ils ont crĂ©Ă© ensemble l’un des plus beaux PellĂ©as et MĂ©lisande qu’on ait entendu depuis longtemps, encensĂ© par le public et la critique. C’est justement Debussy qui constitue la piĂšce maĂźtresse de ce concert avec le poĂšme symphonique La Mer, fresque impressionniste oĂč le chatoiement des couleurs devrait ĂȘtre magnifiĂ© par les instruments d’époque. Le PoĂšme de l’amour et de la mer fut composĂ© seulement 20 ans avant mais illustre une esthĂ©tique fort diffĂ©rente, empreinte de l’influence wagnĂ©rienne qui dominait encore en France en cette fin du 19e siĂšcle.

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon)

piano natacha kudritskaya piano cd critique compte rendu debussy ravel Decaux cd critique CLASSIQUENEWS clic de classiquenews novembre 2015 nocturnesrectodef-1024x1024CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon). Mille ivresses et rĂȘves de la nuit
 Sous l’emprise des grands magiciens, Debussy et Ravel, rĂ©vĂ©lant aussi la puissance onirique d’Abel Decaux, la pianiste ukrainienne Natacha Kudritsakya dĂ©croche le CLIC de classiquenews de novembre 2015. En ondine nocturne (pour reprendre le Premier volet du Gaspard ravĂ©lien ici abordĂ© en fin de rĂ©cital), la pianiste nouvellement recrutĂ©e par DG (Deutsche Grammophon), Natacha Kudritskaya enchante littĂ©ralement passant d’un Ă©pisode l’autre avec une subtilitĂ© introspective qui garde malgrĂ© la grande diversitĂ© des rives et paysages explorĂ©s, une cohĂ©sion de ton, une unitĂ© de style trĂšs aboutie… Premier album sous Ă©tiquette DG plutĂŽt rĂ©ussi car outre la performance intimiste trĂšs intĂ©riorisĂ©e de la jeune ukrainienne, ce rĂ©cital intitulĂ© « Nocturnes » sert idĂ©alement son sujet : le choix des partitions, leur enchaĂźnement selon la proximitĂ© des climats et la parentĂ© des tonalitĂ©s enchaĂźnĂ©es, dĂ©signent une sensibilitĂ© pertinente, astucieuse mĂȘme qui fait de son parcours trĂšs personnel, un jardin intĂ©rieur, une sĂ©rie d’humeurs climatiques, poĂ©tiquement justes, et aussi une carte de visite trĂšs investie qui change des « performances » Ă©clectiques habituelles (souvent bĂąclĂ©es, et sous couvert d’une intimitĂ© dĂ©voilĂ©e : saupoudrage plutĂŽt que confessions sincĂšres). Les Nocturnes que compose la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya affichent toutes les nuances expressives de la nuit, climats de berceuse enivrĂ©e, enchantĂ©e… balancements mystĂ©rieux, Ă©nigmatiques et suspendus (GymnopĂ©die n°1 puis Gnossiennes 4 et 3 de Satie); crĂ©pitements plus narratifs  des deux Debussy suivants (Les soirs illuminĂ©s, et surtout Feux d’artifice).

CLIC D'OR macaron 200Les teintes nocturnes qui y figurent, dĂ©ploient des Ă©clats divers, d’une grande richesse de caractĂšre, Ă  la fois tenus, tĂ©nus, d’une dĂ©licatesse suggestive souvent irrĂ©sistible. Debussy, Satie, surtout Ravel et le moins connu mais si prenant Abel Decaux (atonal avant Schoenberg) sont tous ici manifestement inspirĂ©s par l’enchantement, les promesses et les terreurs aussi de la nuit. InterprĂšte ciselĂ© des auteurs français (on lui connaĂźt un prĂ©cĂ©dent cd Rameau, trĂšs articulĂ©), la pianiste dĂ©ploie pour chacun, un jeu souvent intĂ©rieur, en rien dĂ©monstratif ni artificiel, rĂ©solument investi par la souple Ă©toffe sonore qui trouve en particulier chez Ravel, un Ă©quilibre parfait entre narration aiguĂ« et transparence Ă©thĂ©rĂ©e confinant Ă  l’abstraction.

Kiev, puis Paris (CNSM), sont les étapes formatrices de la jeune ukrainienne qui travaille vraiment et sérieusement la musique à 15 ans (grùce à un concours pour lequel elle devait réviser, progresser, convaincre). Une double culture russe et français dont Alain PlanÚs, son professeur à Paris, qui veille au respect des partitions lui a transmis aussi le goût des claviers anciens.

Natacha Kudritskaya comme un livre de confidences secrĂštes nous prĂ©cise (livret Ă  l’appui) sa conception des mondes de la nuit… Nuit enchantĂ©e, romantique et souverainement debussyste… (immersion chantante Ă  la fois Ă©toilĂ©e et argentĂ©e de Clair de lune, emblĂšme poĂ©tique de tout le recueil…)  jusqu’au fantastique ravĂ©lien de Scarbo du formidable recueil ravĂ©lien “Gaspard de la nuit” : plongĂ©e inquiĂ©tante, hypnotique dans une nuit fantastique plus trouble voire angoissante, celle du nabot terrifiant et grimaçant d’une Ă©lectricitĂ© animale (Scarbo) dont le rire final baisse le rideau de cette formidable scĂšne crĂ©pusculaire. Une nuit de rĂ©vĂ©lation et de dĂ©voilement ultime qui d’ailleurs rejoint le Debussy mĂ»r de 1917, soit Ă  quelques mois de sa mort, dans “Les soirs illuminĂ©s par l’ardeur du charbon” : autre facette d’une nuit dĂ©cisive et hallucinĂ©e.

Feux d’artifice (du mĂȘme Debussy) assemblent miroitements et crĂ©pitements ; l’Ă©pisode exige une souplesse trĂšs articulĂ©e de la main droite, en particulier pour exprimer le chant Ă©thĂ©rĂ© de l’onde malgrĂ© l’incessant balayage des arpĂšges en vagues rĂ©guliĂšres, traversant tout le spectre du clavier. MĂȘlant Ă©clairs et sourde tension, le jeu doit ĂȘtre expressif et liquide, puis d’un voluptĂ© irradiante, incandescente, jusque dans le dernier accord qui s’achĂšve comme un songe murmurĂ© : l’esprit d’une nuĂ©e de comĂštes traversant le ciel, illuminant d’un feu fugace la voĂ»te Ă©toilĂ©e. MaĂźtrisant les passages et les Ă©quilibres tĂ©nus, la pianiste affirme un jeu richement dynamique et structurĂ©, d’une grande intensitĂ©. Le livret prĂ©sente en complĂ©ment de la prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale, un choix d’extraits des poĂšmes signĂ©s Verlaine, Baudelaire, Louis de LutĂšce, Aloysius Bertrand (pour son Gaspard de la nuit originel de 1842).

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Les 4 volets d’Abel Decaux (mort en 1943) sont dans le thĂšme et outre leur modernitĂ© envoĂ»tante, d’une importance musicale capitale: datĂ©s entre 1900 et 1907, ils prĂ©figurent l’atonalisme de Schoenberg car son impressionnisme tant Ă  la fragmentation et l’implosion, l’exploration et l’expĂ©rimentation ; rappel Ă©tant fait grĂące Ă  la pertinence et la justesse du programme, que le sĂ©rialisme est une crĂ©ation … française; l’Ă©lĂšve de Dubois, Massenet, organiste prodigieux ressuscite sous les doigts plus qu’inspirĂ©s de la pianiste ukrainienne; sourde inquiĂ©tude et atmosphĂšre du rĂȘve dans le premier Ă©pisode (Minuit passe) qui semble tourner la page du Tristan wagnĂ©rien par sa rĂ©sonance lugubre et magique. La Ruelle approfondit encore la menace et la torpeur grise quand La Mer est de loin le plus impressionnant tableau des quatre : le souffle, l’ampleur des horizons Ă©voquĂ©s, le tumulte et le sentiment d’infini qui frĂŽle l’abstraction en font une piĂšce particuliĂšrement envoĂ»tante. L’expression du rĂȘve (nocturne) d’un compositeur qui se rĂȘvait d’abord marin.

Ceux de FaurĂ© enivrent eux aussi (Nocturnes n°7 et 8), – quoique parfois semblant demeurĂ©s inexorablement sur la rive tonale, prĂ©servĂ©e fermement avec une flamme mĂ©lodique Ă©perdue (deuxiĂšme sĂ©quence du n°7 aprĂšs 4mn), qui s’Ă©mancipe, dĂ©roulant sa fine tresse aĂ©rienne.

 

 

 

 

Pianiste enchanteresse

 

 

paino-natacha-nocturnes-debussy-faure-ravel-abel-decaux-satie-clic-de-classiquenews-cd-critique-classiquenews-cd-critique---kudritskayaEnfin le triptyque de Gaspard de la nuit (trois poĂšme pour piano de 1908) affirment le caractĂšre de trois tableaux sonores et dramatiques qui sont harmoniquement et architecturalement, les plus raffinĂ©s : narratif, allusifs, prodigieux d’Ă©conomie et de scintillements expressifs. Ravel, l’un des plus fins dramaturges du XXĂšme siĂšcle-, y Ă©tincelle de subtilitĂ©, d’intelligence thĂ©Ăątrale : le toucher tout en suggestion emperlĂ©e, – plus rentrĂ© que dĂ©monstratif, affirme une ondine des plus Ă©vanescentes dont le souffle rappelle le PellĂ©as debussyste : Natacha Kudritskaya en retient l’idĂ©e d’un corps ivre de sa voluptĂ©, d’une mĂ©lancolie irrĂ©sistible.

Le Gibet est plus sombre et d’un balancement lancinant, Ă  la façon d’une mĂ©canique intĂ©rieure qui rĂ©vĂšle davantage l’exposition et l’abandon, la tension et la dĂ©tente ; tout y semble prĂ©cipitĂ© dans un lent effondrement … plus marin que nocturne. La pianiste a le talent de faire jaillir ce sourd crĂ©pitement de l’ombre vers l’ombre, en un jaillissement sonore canalisĂ©, serti comme un gemme Ă  l’Ă©clat feutrĂ© qui s’efface comme un songe et meurt dans l’obscuritĂ© d’oĂč il avait jailli.

Scarbo d’une nervositĂ© plus dramatique, expose cependant d’Ă©gales couleurs scintillantes en un feu impressionniste oĂč jaillit peu Ă  peu de façon plus tranchĂ©e mais fugace, les traits du nabot moqueur, mystĂ©rieux, fatal. Le geste souple et scintillant de la pianiste convainc d’un bout Ă  l’autre de ce fabuleux triptyque : le plus enchanteur jamais Ă©crit pour le clavier, n’affectant ni la virtuositĂ© ni les brumes germaniques, mais fondant sur sa trame resserrĂ©e, contrastĂ©e (Ravel n’aime pas s’Ă©pancher), l’exposĂ© prĂ©cis, glaçant de son sujet fantastique, essentiellement poĂ©tique, plus hugolien que shakespearien. LĂ  encore ce jeu de nuances, de subtiles rĂ©fĂ©frences, et d’un crĂ©pitement effectivement nocturne qui surgissant de l’ombre, y revient toujours, dĂ©signe un tempĂ©rament pianistique d’une absolue maturitĂ© ; convaincante, Natacha Kudritskaya privilĂ©gie non sans raison et justesse, l’Ă©pure et le repli, la douceur expressive, plutĂŽt que l’affirmation et la dĂ©monstration que l’on regrette chez ses confrĂšres, y compris les plus grands. De sorte qu’au sortir d’une Ă©coute enchantĂ©e, l’auditeur comprend comme le visuel de couverture le laisse entendre, que Natacha Kudritskaya est un lutin terrestre qui a la tĂȘte dans les Ă©toiles, une musicienne rĂȘveuse qui a le goĂ»t des poĂšmes. Superbes qualitĂ©s. TaillĂ©e pour les correspondances et l’introspection.

 

 

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
) 1 cd Deutsche Grammophon

VOIR le clip vidéo de Natasha Kudritskaya jouant Clair de Lune de Debussy à la Sorbone à Paris, une nuit inspirante

Debussy – « Clair de Lune » (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_DebussyDebussy – « Clair de Lune » (partition interactive pour PIANO). ComposĂ©e Ă  partir de 1890 (Debussy a alors 28 ans), la suite Bergamasque doit son succĂšs immĂ©diat Ă  l’une de ses plus cĂ©lĂšbres piĂšces, Clair de lune, la troisiĂšme sĂ©quence parmi l’ensemble de 4. En rĂ© bĂ©mol majeur, Clair de lune est un chef-d’Ɠuvre de douceur et de tendresse, andante trĂšs expressif, jouĂ© pianissimo. Son titre serait empruntĂ© au poĂšme de Verlaine, Clair de Lune. Tour Ă  tour, alternant effusion Ă©chevelĂ©e et replis intimes distanciĂ©s, c’est un sommet de la littĂ©rature impressionniste. Il est jouĂ© en rĂ© bĂ©mol majeur, Ă  l’exception de son point culminant, en do diĂšse mineur.

La piÚce a été utilisée dans la fameux film musical de Walt Disney, Fantasia (1940).

 

 

 

Andante trĂšs expressif. Debussy exprime un instant d’une plĂ©nitude magique qui va en s’affirmant avec une pudeur rentrĂ©e d’une dĂ©licatesse infinie. C’est une sĂ©rie de sensations Ă©prouvĂ©es avec une plĂ©nitude croissante (un poco mosso) qui rĂ©active lĂ  encore des instants de pure magie intĂ©rieure.

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer Clair de lune de la Suite Bergamasque de Claude Debussy

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de Clair de lune de la Suite Bergamasque de Claude Debussy , éditée par Tombooks

Niveau de difficulté : intermédiaire (4-5)
Type de partition : sans accompagnement 
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Clair de lune de Claude Debussy, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e : 5mn10.

 

 

 

 

Reportage vidéo : le nouveau Pelléas de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing (1/2)

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Reportage vidĂ©o PellĂ©as 1. Les 19,21 et 23 avril 2015, Jean-Claude Malgoire relit PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy portant ses fidĂšles Ă©quipes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing et une trĂšs solide distribution dont Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Alain Buet, chacun rĂ©alisant une prise de rĂŽles pour les personnages de MĂ©lisande, PellĂ©as et Golaud. Trio vainqueur dans la mise en scĂšne de Christian Schiaretti. Entretiens avec Jean-Claude Malgoire, Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Christian Schiaretti : retour sur instruments d’Ă©poque ; ce qu’ils apportent ; qui sont PellĂ©as et MĂ©lisande… nĂ©e Ă  midi, cette derniĂšre porte en elle des gĂšnes dĂ©moniaques… RĂ©aliser un PellĂ©as incarnĂ© sur un rythme shakespearien… © CLASSIQUENEWS.TV 2015. VOIR directement le reportage PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy par Jean-Claude Malgoire sur VIMEO

VOIR le clip Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing, LIRE aussi notre présentation complÚte de Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire

 

 

 

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Guillaume Andrieux et Sabine Devielhe : Pelléas et Mélisande à Tourcoing sous la direction de Jean-Claude Malgoire © classiquenews 2015

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 11 fĂ©vrier 2015. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay
 Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scĂšne et dĂ©cors.

Debussy Claude PelleasMystĂ©rieuse et Ă©lĂ©gante reprise Ă  l’OpĂ©ra de Paris. L’OpĂ©ra Bastille affiche en reprise la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Bob Wilson, dont la crĂ©ation eut lieu en 1997 au Palais Garnier. Philippe Jordan Ă  la baguette de l’Orchestre de l’OpĂ©ra assure la direction musicale. Nous retrouvons de grands et plutĂŽt convaincants habituĂ©s dans la distribution, notamment le baryton StĂ©phane Degout et la soprano Elena Tsallagova, prĂ©sents dans la reprise prĂ©cĂ©dente en 2012.

« On dirait que la brume s’Ă©lĂšve lentement… »

Chef d’Ɠuvre incontestable du XXĂšme siĂšcle, PellĂ©as et MĂ©lisande voit le jour Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1902. L’histoire est celle de la piĂšce de thĂ©Ăątre symboliste Ă©ponyme de Maurice Maeterlinck. La spĂ©cificitĂ© littĂ©raire et dramaturgique de l’Ɠuvre originelle permet plusieurs lectures de l’opĂ©ra. La puissance Ă©vocatrice du texte est superbement mise en musique par Debussy. Ici, Golaud, prince d’Allemonde, perdu dans une forĂȘt, retrouve une jeune femme belle et Ă©trange, MĂ©lisande, qu’il Ă©pouse. Elle tombera amoureuse de son beau-frĂšre PellĂ©as. Peu d’action et beaucoup de descriptions font de la piĂšce une vĂ©ritable raretĂ©, d’une beautĂ© complexe.

Dans la mise en scĂšne de Bob Wilson, avec ses costumes, ses peintures et ses incroyables lumiĂšres (collaboration avec Heinrich Brunke pour ces derniĂšres) le symbolisme est protagoniste. Peu d’insistance sur les didascalies, des dĂ©cors Ă©purĂ©s, et le systĂšme Wilson mĂ©langeant thĂ©Ăątres orientaux et commedia dell’arte, donnent Ă  l’Ɠuvre un fin voile quelque peu mĂ©taphysique, mais transparent, comme quelques Ă©lĂ©ments des dĂ©cors, et ceci s’accorde brillamment Ă  la nature de l’Ɠuvre. Rien n’est cachĂ©, rien n’est montrĂ©, rien n’est expliquĂ©, et pourtant Wilson met en Ă©vidence certaines strates profondes de signification qu’un grand public n’est pas forcĂ©ment disposĂ© Ă  comprendre ou accepter. Il s’agĂźt bien d’une question de disposition, plus que d’une quelconque capacitĂ© intellectuelle, prĂ©cisĂ©ment Ă  cause du sujet ni Ă©vident ni facile, mais si pertinent (plus de 100 ans aprĂšs!). L’Ă©trange et sublime crĂ©ature qu’est PellĂ©as et MĂ©lisande a tout le potentiel de troubler un auditoire. Dans une Ɠuvre oĂč la brume est l’aspect le plus rĂ©aliste d’un royaume lointain en un Moyen-Age imaginĂ©, avec des mers sauvages, un peuple ravagĂ© par la maladie et la pauvretĂ©, et un sentiment apocalyptique subtile mais omniprĂ©sent, la violence conjugale et le fratricide sont reprĂ©sentĂ©s aussi clairement que le brouillard ; on avance peureusement dans un chemin escarpĂ© oĂč il fait trĂšs sombre, vers une tragĂ©die inattendue mais inĂ©luctable. L’opĂ©ra du divorce ou l’opĂ©ra qui dĂ©range. GrĂące au travail et Ă  l’esthĂ©tique distinguĂ©e de Wilson, l’Ɠuvre vole gracieusement et caresse l’audience plus qu’elle ne la frappe, mĂȘme si elle vole vers le dĂ©sespoir et la mort.

« Je suis heureuse, mais je suis triste »

Une mise en scĂšne de ce style laisse la musique s’exprimer davantage. Dans ce sens, fĂ©licitons d’abord les protagonistes, StĂ©phane Degout et Elena Tsallagova. Lui, dans le rĂŽle de sa vie, faisant preuve d’une prosodie remarquable, d’un art de la diction confirmĂ©, campe un PellĂ©as au grand impact thĂ©Ăątral, un PellĂ©as de transition, le petit demi-frĂšre qui constate que le temps passe et que pour lui rien ne se passe… Un PellĂ©as qui deviendrait Golaud Ă©ventuellement. Il est aussi l’un des chanteurs qui sait remplir l’immensitĂ© de l’OpĂ©ra Bastille avec sa voix, sa projection parfaite, il rĂ©gale l’auditoire avec sa performance mise en orbite autour de l’anxiĂ©tĂ© amoureuse troublante et le frĂ©missement juvĂ©nile incertain. La soprano russe offre une MĂ©lisande au chant aĂ©rien, tout autant nourri d’Ă©motion, tout particuliĂšrement remarquable dans la beautĂ© Ă©trange de l’air de la tour qui ouvre le 3e acte. L’Arkel de Franz-Josef Selig rayonne de musicalitĂ©, et son timbre a la chaleur idĂ©ale. Si nous peinons Ă  l’entendre au premier acte, question d’Ă©quilibre avec l’orchestre, peut-ĂȘtre, il gagne en assurance au cours de actes et termine l’Ɠuvre au sommet. Nous sommes moins certains de la performance de Paul Gay en Golaud. Si nous apprĂ©cions toujours l’art du baryton-basse (qui mĂȘme malade arrive Ă  assurer un excellent Barbe-Bleue par exemple Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux en fĂ©vrier 2014, lire ici notre compte rendu critique du ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bartok), ce soir nous le trouvons un peu en retrait. Sa violence n’est pas trĂšs offensive et son chagrin pas si triste que cela… Il a quand mĂȘme quelque chose de troublant et de touchant dans son jeu, ma non tanto. Solide. Remarquons Ă©galement l’Yniold de la soprano Julie Mathevet, sauterelle attendrissante dans le rĂŽle de l’enfant Ă  la musique si redoutable.

Finalement que dire de Philippe Jordan dirigeant l’orchestre ? Sa lecture insiste sur l’aspect wagnĂ©rien de l’orchestration… Nous avons droit ainsi Ă  des interludes fantastiques, aux cuivres dĂ©licieux et puissants, parfois trop. Une lourdeur ponctuelle qui, dans ce cas, agrĂ©mente le spectacle. Or, nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© qu’il insiste aussi sur l’aspect anti-wagnĂ©rien de la partition (Debussy lui-mĂȘme dĂ©clarait son intention de crĂ©er un opĂ©ra aprĂšs Wagner et non pas d’aprĂšs Wagner). Si une telle lecture peut causer des effets surprenants, l’atmosphĂšre toujours tendue (sans doute l’une des caractĂ©ristiques principales de l’opus) devient seulement remarquable aprĂšs l’impact wagnĂ©rien ici et lĂ , quand elle devrait, Ă  notre avis, ĂȘtre omniprĂ©sente, plus ondulante qu’impĂ©tueuse.
Le chef fait donc preuve de lourdeur et de finesse dans une mĂȘme soirĂ©e, exploitant avec panache les cuivres et les bois, enchanteurs. Une prestation solide d’une Ɠuvre limpide. Un chef d’Ɠuvre absolu de l’histoire de la musique Ă  revisiter dans cette production d’une grande valeur signĂ©e Bob Wilson. Encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 13, 16, 19, 22, 25, et 28 fĂ©vrier 2015.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 11 fĂ©vrier 2015. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay
 Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scĂšne et dĂ©cors.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

malgoire_jean_claudeTourcoing, Atelier Lyrique. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. 19,21,23 avril 2015. CrĂ©ation. Au ThĂ©Ăątre municipal Raymond Devos de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire rĂ©unit sa fine Ă©quipe dont de nouvelles voix dĂ©jĂ  confirmĂ©es qu’il a eu le nez de distinguer et encourager (Sabine Devielhe y chante sa premiĂšre MĂ©lisande ; comme Guillaume Andrieux, son premier PellĂ©as). La nouvelle production lyrique prĂ©sentĂ© par l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing promet d’ĂȘtre un nouveau grand moment local car deux jeunes chanteurs vont y assoir davantage leur immense talent d’interprĂšte.

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

 

Et si PellĂ©as et MĂ©lisande, le seul opĂ©ra intĂ©gralement abouti de Debussy, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1902, soulignait sous la faillite des mots, et l’errance des ĂȘtres qui se dĂ©robent, la souveraine activitĂ© de la musique? Force et Ă©nergie seule capable d’exprimer l’indicible, d’Ă©clairer le psychisme profond des ĂȘtres handicapĂ©s, impuissants, dĂ©munis… Ce que le mot ne peut dire, la musique le porte soudainement au delĂ  des solitudes et des mensonges.
PoĂ©sie, musique: on parle souvent d’une fusion Ă©troite et mystĂ©rieuse qui cisĂšle l’articulation et le phrasĂ© du texte, qui ouvrage comme nul part, la dĂ©clamation du verbe
 La prose de Maeterlinck, dont la portĂ©e symboliste ne cesse d’interroger l’auditeur, offre au compositeur ce qu’il recherche: un tremplin vers l’autre monde, un passage vers l’invisible, l’indicible dont seul le flot musical tĂ©moigne. Qui est MĂ©lisande? D’oĂč vient-elle? Le sait-elle seulement?
Dans une nouvelle production, l’Atelier Lyrique de Tourcoing aborde la fascination et l’action Ă©nigmatique de PellĂ©as et MĂ©lisande, l’opĂ©ra de la modernitĂ©, celui qui d’essence chambriste, acclimate le mode des tonalitĂ©s suspendues et irrĂ©solues, dans le sillon tracĂ© par Richard Wagner dans Tristan et Parsifal. Debussy semble comprendre mieux que personne, les solitudes dĂ©calĂ©es de MĂ©lisande et de PellĂ©as, deux adolescents mus par un amour pur, dans un monde condamnĂ© Ă  l’anĂ©antissement et Ă  la pourriture : Golaud, force aveugle et brutale, mais dĂ©chirante et faible, Ă©pouse MĂ©lisande sans la connaĂźtre : il tue son demi frĂšre, trop jaloux de la grĂące que ces deux enfants produisent malgrĂ© eux.

 

 

 

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Tourcoingboutonreservation
drame lyrique en 5 actes
Livret du compositeur d’aprĂšs Maeterlinck
version originale. Les 19, 21, et 23 avril 2015

Distribution
MĂ©lisande, Sabine Devielhe
GeneviĂšve, GeneviĂšve Levesque
Pelléas, Guillaume Andrieux
Golaud, Alain Buet
Arkel, Renaud Delaigue
Le médecin, Geoffroy BuffiÚre
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction musicale, Jean-Claude Malgoire
Mise en scĂšne et lumiĂšres, Christian Schiaretti

 

 

 PelllĂ©as sur instruments d’Ă©poque et en version originale

Jean-Claude Malgoire : retrouver l’orchestre de Debussy

TOURCOING : le nouveau PellĂ©as et MĂ©lisande de JC MalgoireDĂ©barrassĂ©e des interludes, dans sa version originelle du 30 avril 1902,  la nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande proposĂ©e par Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing mĂ©rite toute l’attention : le chef fondateur de l’Atelier lyrique de Tourcoing revient aux fondamentaux d’un opĂ©ra dont on oublie l’essence innovatrice et scandaleuse : son absence d’airs, la place prĂ©pondĂ©rante de l’orchestre. Le chant symphonique exprime davantage que le texte, de nature symboliste. La matiĂšre et vaporeuse, post wagnĂ©rienne, aux couleurs ocĂ©anes Ă©minemment françaises. La France n’allait pas connaĂźtre de choc aussi brutal et dĂ©cisif que 11 ans plus tard avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky, Ă©galement crĂ©Ă© Ă  Paris. Dans un monde qui est Ă  l’agonie, les instruments font jaillir la source premiĂšre et miraculeuse, rĂ©gĂ©nĂ©ratrice de l’amour, celui qui aimante peu Ă  peu les deux adolescents, PellĂ©as et MĂ©lisande. Tout s’agite et se construit sur leur rencontre, leur reconnaissance, leur fusion et quand meurt PellĂ©as assassinĂ© par Golaud, son demi frĂšre, le monde enchantĂ©, ivre de MĂ©lisande, s’effondre Ă  nouveau : il se renferme dans le mystĂšre auquel demeure totalement Ă©tranger Golaud. Debussy a le choc prĂ©alable du texte thĂ©Ăątral : en le lisant Ă  partir de 1893, le compositeur qui recherche une autre forme lyrique que l’opĂ©ra bourgeois ou rĂ©aliste, est fascinĂ© par la portĂ©e introspective de la langue, une fenĂȘtre vers les profondeurs encore inconnues de l’Ăąme : dĂ©sir, haine, jalousie, mĂ©lancolie collective, dĂ©pression silencieuse…
Pour retrouver le grain et la sonoritĂ© qu’a probablement Ă©coutĂ© Debussy pour la crĂ©ation de son opĂ©ra, Jean-Claude Malgoire resssucite l’orchestre de 1902 : cordes en boyau dont le format sonore s’accorde mieux aux autres pupitres (bois, cuivres) et aux voix. En Ă©tudiant les  matĂ©riels d’orchestres, le chef a redĂ©couvert le jeu d’archet (le poussĂ©, le tirĂ©…) propre au dĂ©but du XXĂš et constatĂ© qu’alors, les instrumentistes ne jouaient pas ensemble. Il en dĂ©coule un son plus lumineux… que le jeune Malgoire avait dĂ©jĂ  remarquĂ© chez son maĂźtre Karajan (qui tenait cette pratique lui-mĂȘme de FurtwĂ€ngler). En privilĂ©giant surtout les cordes et 2 cors, Debussy opte pour un orchestre au format mozartien, approfondissant ainsi une sonoritĂ© suave et transparente… liquide. Plus fluide et dĂ©licat, l’orchestre de Debussy Ă©tait aussi mieux caractĂ©risĂ© : serrĂ©, contrastĂ© et aussi feutrĂ© (les perces des cuivres – le diamĂštre des tuyaux, Ă©tait plus petits : leur sonoritĂ© moins puissante, mais trĂšs typĂ©e et colorĂ©e).

 

 
 

 

Approfondir

VOIR le reportage spécial de la production de Pelléas et Mélisande présentée par Angers Nantes Opéra en 2014 (Emmanuelle Bastet, mise en scÚne)

VOIR les reportages Le Sacre de Stravinsky (1913), La Mer de Debussy par l’orchestre sur instruments d’Ă©poque, Les SiĂšcles, François-Xavier Roth

VOIR Jean Claude Malgoire ressuscite ABEN HAMET, l’opĂ©ra orientlaiste de ThĂ©odre Dubois d’aprĂšs Chateaubriand (mars avril 2014)

 

 
 

 

Un éblouissant Pelléas et Mélisande à Angers, les 11 et 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaOPERA. Angers: PellĂ©as et MĂ©lisande. Les 11 et 13 avril 2014. Avec StĂ©phanie d’Oustrac, Armando Nogera, Jean-François Lapointe… La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et thĂ©Ăątral. Sous la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂŽles principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

CLIC_macaron_2014Extrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

 

Angers Nantes Opéra : le Pelléas éblouissant d'Emmanuelle Bastet (reportage 1/2)

 

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.
VOIR les 2 volets de notre grand reportage PellĂ©as et MĂ©lisande de Claude Debussy, la nouvelle production Ă©vĂ©nement d’Angers Nantes OpĂ©ra :
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 1
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 2

 

 

 

 

 

Reportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande. Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’élĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. 
 qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamné  Lire notre compte rendu critique de PellĂ©as et MĂ©lisande prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra

VIDEO : visionner le reportage 1

Reportage vidĂ©o (1/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidĂ©o (1/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande. Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’élĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. 
 qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamné  Lire notre compte rendu critique de PellĂ©as et MĂ©lisande prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra

VOIR notre reportage Pelléas et Mélisande n°2

Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. Armando Noguera, StĂ©phanie d’Oustrac

pelelas_melisande-ANO_kawkaRadio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h. La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et thĂ©Ăątral. A dĂ©faut de voir la production, les auditeurs de France Musique pourront se dĂ©lecter de la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂŽles principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

logo_francemusiqueExtrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes. ThĂ©Ăątre Graslin, le 27 mars 2014. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera, Jean-François Lapointe… Emmanuelle Bastet, direction. Daniel Kawka, direction

pelelas_melisande-ANO_kawkaCompte rendu, opĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande … Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’Ă©lĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamnĂ©…
A cela s’invite l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e de l’orchestre qui sous la direction souple, Ă©vocatrice,  prĂ©cise de Daniel Kawka diffuse un sensualisme irrĂ©sistible mis au diapason des innombrables images et rĂ©fĂ©rences marines du livret. C’est peu dire que le chef, immense wagnĂ©rien et malhĂ©rien, Ă©lĂ©gantissime, nuancĂ©, aborde la partition avec une Ă©conomie, une mesure boulĂ©zienne,  sachant aussi Ă©clairer avec une clartĂ© exceptionnelle la continuitĂ© organique d’une texture orchestrale finement tressĂ©e (imbrication des thĂšmes, rĂ©vĂ©lĂ©e ; accents instrumentaux, filigranĂ©s : bassons pour Golaud, hautbois et flĂ»tes amoureux pour MĂ©lisande et PellĂ©as…, sans omettre de somptueuses vagues de cordes au coloris parfois tristanesque : un rĂ©gal). Le geste comme les options visuelles rĂ©chauffent un ouvrage qui souvent ailleurs, paraĂźt distanciĂ©, froid, inaccessible. La rĂ©alisation scĂ©nographique perce l’Ă©nigme ciselĂ©e par Debussy en privilĂ©giant la chair et le drame, exaltant salutairement le prodigieux chant de l’orchestre, flamboyant, chambriste, viscĂ©ralement psychique. A Daniel Kawka d’une hypersensibilitĂ© poĂ©tique, toujours magistralement suggestive, revient le mĂ©rite d’inscrire le mystĂšre (si proche musicalement et ce dĂšs l’ouverture, du ChĂąteau de Barbe Bleue de Bartok, – une Ɠuvre qu’il connaĂźt tout aussi profondĂ©ment pour l’avoir dirigĂ©e Ă©galement pour Angers Nantes OpĂ©ra), de rĂ©tablir avec la mĂȘme Ă©vidence musicale, le retour au dĂ©but, comme  une boucle sans fin : les derniers accords renouant avec le climat Ă©nigmatique et suspendu de l’ouverture. PellĂ©as rejoint ainsi le Ring dans l’Ă©noncĂ© d’un recommencement cyclique. L’analyse et la vivacitĂ© qu’apporte le chef se rĂ©vĂšlent essentielles aussi pour la rĂ©ussite de la nouvelle production. On s’incline devant une telle vibration musicale qui sculpte chaque combinaison de timbres dans le respect d’un Debussy qui en plein orchestre, est le gĂ©nie de la couleur et de la transparence.

 

 

 

PELLEAS-ANO-575

 

Pelléas éblouissant, théùtral, cinématographique

Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Tout au long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.
Mais Emmanuelle Bastet rĂ©tablit Ă©galement la place d’un autre personnage qui semble ailleurs confinĂ© dans un rĂŽle ajoutĂ© par contraste, sans rĂ©elle Ă©paisseur : Yniold (Ă©patante ChloĂ© Briot), le fils de Golaud dont le spectacle fait un observateur permanent du monde des adultes, de l’attirance de plus en plus irrĂ©pressible des adolescents PellĂ©as et Melisande, de la nĂ©vrose criminelle de son “petit” pĂšre Golaud. La jeune Ăąme scrute dans l’ombre la tragĂ©die silencieuse qui se dĂ©roule sous ses yeux… elle en absorbe les tensions implicites, tous les secrets confinĂ©s dans chaque tiroir de l’immense bibliothĂšque qui fait office de cadre unique. Le poids de ce destin familial affecte l’innocence du garçon manipulĂ© malgrĂ© lui par son pĂšre dans l’une des scĂšnes de voyeurisme les plus violentes de l’opĂ©ra. Comment Yniold se sortira d’un tel passif? La clĂ© de son personnage est magistralement exprimĂ©e ainsi dans une vision qui rĂ©tablit aux cĂŽtĂ©s de l’Ă©rotisme et de la folie,  l’innocence d’un enfant certainement traumatisĂ© qui doit dans le temps de l’opĂ©ra, rĂ©ussir malgrĂ© tout, le passage dans le monde inquiĂ©tant et troublant des adultes. Son air des moutons prend alors un sens fulgurant renseignant sur ses terribles angoisses psychiques.  De part en part, la conception nous a fait pensĂ© au superbe film de Losey,  Le messager oĂč il est aussi question d’un enfant pris malgrĂ© lui dans les rets d’une liaison interdite entre deux ĂȘtres dont il est l’observateur et le messager.

pelleas melisande noguera doustrac angers nantes opera stephanie-d-oustrac_Dernier membre de ce quatuor nantais,  le PellĂ©as enivrĂ© d’Armando Noguera dont le chant incarnĂ© (Debussy lui rĂ©serve les airs les plus beaux, souvent d’un esprit trĂšs proche de ses mĂ©lodies) nourrit la claire voluptĂ© de chaque duo avec MĂ©lisande.  Certes le timbre a sonnĂ© plus clair (ici mĂȘme dans La BohĂšme, Le Viol de LucrĂšce, surtout pour La rose blanche
 ), mais la sensualitĂ© parcourt toutes ses apparitions avec toujours, cette prĂ©cision dans l’articulation de la langue, elle, exemplaire. Chaque duo (la fontaine des aveugles, la tour, la grotte) marque un jalon dans l’immersion du rĂȘve et de la fĂ©erie amoureuse,  l’accomplissement se produisant au IV oĂč mĂ»r et dĂ©terminĂ©,  PellĂ©as affronte son destin, dĂ©clare ouvertement son amour quitte Ă  en mourir (sous la dague de Golaud). Ce passage de l’adolescence Ă  l’Ăąge adulte se rĂ©vĂšle passionnant (terrifiant aussi comme on l’a vu pour Yniold,  son neveu). Mais sa mise Ă  mort ne l’aura pas empĂȘcher de se sentir enfin libre, maĂźtre d’un amour qui le dĂ©passe et l’accomplit tout autant.

Pictural (il y a  aussi du Balthus dans les poses alanguies, d’une fĂ©linitĂ© adolescente de la MĂ©lisande animale d’Oustrac), psychologique, cinĂ©matographique, gageons que ce nouveau PellĂ©as restera comme l’Ă©vĂ©nement lyrique de l’annĂ©e 2014. Sa perfection visuelle, sa prĂ©cision thĂ©Ăątrale (vĂ©ritable huit clos sans choeur apparent), la puissance et l’envoĂ»tement de l’orchestre (transfigurĂ© par la direction du chef Daniel Kawka) renouvelle notre approche de l’ouvrage. Un choc Ă  ne pas manquer… Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et Debussy. A l’affiche jusqu’au 13 avril 2014. A Nantes, les 30 mars, 1er avril. A Angers, les 11 et 13 avril 2014.

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

Radio. Diffusion sur France Musique, samedi 5 avril 2014, 19h. 

Illustrations : Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014

Clip vidĂ©o. L’Ă©blouissant PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra (jusqu’au 13 avril 2014)

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453CLIP VIDEO. Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production Ă©blouissante, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet exprime les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique

Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie. Ni abstraite ni symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper (superbe Ă©chappĂ©e prĂ©sente sous la forme d’une immense fenĂȘtre trop rarement ouverte) nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre
 la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme 
 un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂȘtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂźtre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scĂšne de la chevelure (emblĂšme qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂȘtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂȘtre cependant manipulatrice
 Le mystĂšre qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂč l’écoute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold 
 RĂȘve ou rĂ©alitĂ© ?
pelelas_melisande-ANO_kawkaVisuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particuliĂšrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂȘtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂŽle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son pĂšre Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s
 Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scĂšnes les plus violentes de l’opĂ©ra 
 L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scĂšne d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite Ăąme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement Ă©motionnel qui fait naĂźtre la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-ĂȘtre pas de rĂ©tablir la cohĂ©rence d’une Ɠuvre dans son dĂ©roulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours Ă  cacher ou sans les dire prĂ©cisĂ©ment.
C’est donc un opĂ©ra d’atmosphĂšre oĂč la mĂ©moire et le rĂȘve submergent le rĂ©el, oĂč l’inconscient surgit lĂ  oĂč on ne l’attend pas, oĂč les actes de la psychĂ© se manifestent diffĂ©remment et de façon imprĂ©visible, dont les enjeux et l’activitĂ© souterraine pourront nous ĂȘtre enfin rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  Nantes et Ă  Angers Ă  partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Le Pelléas de Daniel Kawka, grand entretien

Kawka_daniel 483 profil chef portrait valideNouveau PellĂ©as Ă  Nantes et Ă  Angers. Grand entretien avec Daniel Kawka. A Nantes puis Angers, Ă  partir du 23 mars et jusqu’au 13 avril 2014, le chef d’orchestre Daniel Kawka dirige l’Ɠuvre au noir française, Ă©clat convaincant d’un « aprĂšs Wagner » : PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy (1902). La nouvelle production portĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, associe Ă  une distribution superlative rĂ©unissant StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera et Jean-François Lapointe (MĂ©lisande, PelĂ©as, Golaud) – 3 prises de rĂŽles pour chacun des chanteurs-, l’ardente sensibilitĂ© d’un maestro taillĂ© pour les partition fleuve dont il dĂ©voile en un scintillement nuancĂ©, les facettes psychologiques et les enjeux dramatiques. Entretien avec un immense musicien dont l’humilitĂ© est proportionnelle Ă  sa finesse dĂ©sormais emblĂ©matique, qu’il s’agisse de Wagner dont il vient de diriger le Ring Ă  l’OpĂ©ra de Dijon, de Wagner toujours, pour un Tristan lĂ©gendaire, ou Bartok dont il a prĂ©cĂ©demment dirigĂ© pour Angers Nantes OpĂ©ra, l’envoĂ»tant ChĂąteau de Barbe Bleue : Daniel Kawka nous rappelle trĂšs justement que peut-ĂȘtre, pour les mĂ©lomanes soucieux de cohĂ©rence et d’explication sensĂ©e, MĂ©lisande resurgit au dĂ©but de l’opĂ©ra de Debussy lĂ  oĂč l’opĂ©ra de Dukas (Ariane et Barbe Bleue) l’avait fait disparaĂźtre : l’une des reines prisonniĂšres du souverain avait profitĂ© de son arrestation par les paysans, pour s’échapper dans une forĂȘt, celle lĂ  mĂȘme peut-ĂȘtre oĂč Golaud la dĂ©couvre la toute premiĂšre fois

En fin analyste, surtout en tĂ©moin Ă©veillĂ©, le chef nous dĂ©voile ici plusieurs clĂ©s de lecture sur une partition trouble et lumineuse Ă  la fois dont l’éloquence secrĂšte prĂ©pare Ă  bien des « levers du jour » esthĂ©tiques.

 

 

 

Daniel Kawka dirige Pelléas et Mélisande de Debussy

les grands entretiens de classiquenews.com

 

Kawka_daniel_chef_570

 

WagnĂ©risme. Vous venez de diriger le Ring de Wagner Ă  l’OpĂ©ra de Dijon. On parle souvent de l’ombre wagnĂ©rienne sur Debussy. Qu’en est-il dans PellĂ©as prĂ©cisĂ©ment ?

Daniel Kawka : L’ombre de Wagner y est indĂ©niable bien sĂ»r, Ă©videmment « assimilĂ©e ». On ne peut ignorer ce maillage si fin, si subtil et ouvragĂ© de motifs conducteurs qui posent le dĂ©cor, teintent les lignes vocales, irradient de leur prĂ©sence et maintiennent dans un mĂȘme espace dramaturgique, beautĂ© plastique, sens et mystĂšre, ainsi qu’un principe de cohĂ©rence mĂ©lodique et polyphonique, de fluiditĂ© formelle et expressive, structurateurs entre les actes.
NĂ©anmoins ces motifs ne sont pas des rĂ©fĂ©rences thĂ©matiques immĂ©diates attachĂ©es Ă  un personnage, Ă  un lieu, une situation  etc…. (on sait combien Debussy en critiquait le principe). Elles opĂšrent sur un plan plus subtilement symbolique, s’immiscent dans des espaces poĂ©tiques permettant le prolongement de la pensĂ©e, de l’action… Ainsi le motif de “l’incommunicabilitĂ©” constitue-t-il l’armature mĂ©lodique du dialogue entre MĂ©lisande et Golaud (acte II scĂšne 2), alors que semblent rĂ©gner entre eux dans cet instant marital intime, tendresse et compassion.
Comment ne pas penser Ă  l’introduction du 3Ăšme acte de Tristan par ailleurs aprĂšs la premier choc tensionnel opposant Golaud et MĂ©lisande Ă  la fin de la mĂȘme scĂšne 2 de l’acte II ? ExpressivitĂ© intense, dĂ©solation, Ă  travers la sonoritĂ© expressive et dĂ©chirante des cordes.

Le poĂšme de Maeterlinck, la musique de Debussy. Diriez-vous comme le compositeur l’a laissĂ© sous-entendre que la musique exprime ce que les mots ne peuvent plus dire? En l’occurrence dans PellĂ©as, pouvons-nous constater que le chant de l’orchestre se montre plus explicite que la portĂ©e des dialogues ? Avez-vous un exemple prĂ©cis ?

Daniel Kawka : Oui assurĂ©ment. Les exemples abondent. Nous avons Ă©voquĂ© ce maillage subtil d’une quarantaine de motifs, cellules « idĂ©es symboles » qui parcourent l’oeuvre entiĂšre et constituent ainsi un infra texte musical qui porte le sens au-delĂ  du sens, prolongent et magnifient les situations poĂ©tiques, renforcent le mystĂšre, peignent le dĂ©cor, nouent les situations.
Tous les commentateurs et analystes ont louĂ© la prosodie debussyste si naturelle, si proche de la parole. C’est cette ductilitĂ© mĂȘme qui rend le dialogue si  éminemment vivant et porteur de vraies Ă©motions. Mais il est intĂ©ressant de constater combien Debussy est allĂ© plus loin encore, Ă  travers une distribution rythme/mesure puissamment élaborĂ©e, fluide, structurant les scĂšnes Ă  distance, crĂ©ant Ă  elle seule le mouvement de la parole et les soubresauts des affects tout Ă  la fois, enchĂąssant par exemple les grands dialogues de PellĂ©as et MĂ©lisande dans des mesures Ă  6/4 dans lesquels peuvent s’exprimer librement de scĂšne en scĂšne et dans une lente gradation le dialogue juvĂ©nile, l’Ă©moi irrĂ©pressible, l’accomplissement de l’amour.
Ainsi le chant de l’orchestre constitue-t-il Ă  lui seul l’ensemble de ces composantes, car dans une structure rythmique globale se dĂ©veloppe une infinitĂ© de petits motifs spĂ©cifiques, symboliques ou imagĂ©s, aux couleurs/timbres distincts pouvant signifier une myriade de sens,  la « prĂ©sence du destin », signifiant aussi le bruissement nocturne ou diurne de la nature, etc…
L’omniprĂ©sence de l’eau Ă  travers fontaines, grotte battue par la mer, lacs glauques, etc
, le parcours de la lumiĂšre temporel (de midi Ă  minuit) ou spatial (sortie des souterrains), trouvent une pleine dimension, magnifiĂ©e par les textures de l’orchestre, le jeu assombrissant ou Ă©clairant des modulations, du plus infime bruissement (le battement d’aile des colombes dans la scĂšne de la tour) Ă  la tonitruance souffrante et vengeresse de la passion  (et de la jalousie), comme en tĂ©moigne la scĂšne Golaud/Yniold.

Dans le cas de MĂ©lisande, qu’est-ce qui fonde son mystĂšre et ce caractĂšre Ă©vanescent du personnage selon vous?

Daniel Kawka : Le mystĂšre de sa prĂ©sence : jeune femme seule, dĂ©couverte en pleurs, en peur, au bord d’une fontaine dans une sombre et inquiĂ©tante forĂȘt. Son intuition Ă  “fleur” qui la lie Ă  la fois au monde qu’elle a “Ă©pousĂ©” et l’en distingue fondamentalement, depuis cet Ă©nigmatique “il fera peut ĂȘtre naufrage…” (Ă©voquant le bateau qui l’a conduite Ă  Allemonde et en quitte le port, comme une prĂ©monition d’un naufrage Ă  venir, celui de PellĂ©as, le sien, pressenti), jusqu’Ă  cet Ă©nigmatique “je vois une rose dans les tĂ©nĂšbres”, “rĂ©vĂ©lation absolue”, la rose comme symbole de l’amour pur, du don de soi” (Terrasson).
Sa beautĂ© innocente, incarnĂ©e par sa chevelure, louĂ©e tour Ă  tour par Golaud, PellĂ©as et Arkel ; sa fragilitĂ© enfin qui en fait un ĂȘtre de chair et un “Ă©ternel fĂ©minin” Ă  la fois dont le destin est de s’éteindre avant mĂȘme de se consumer dans la passion charnelle. Un ĂȘtre idĂ©al, insondable, fragile et profond Ă  la fois.
Si l’on pousse quelque peu l’investigation, revenant Ă  Maeterlinck et Ă  son Ariane et barbe bleue, MĂ©lisande, une des femmes captives se serait échappĂ©e, au moment de l’agression de Barbe Bleue par les paysans, la couronne Ă©tant un des bijoux dont les femmes se seraient parĂ©s en captivitĂ©, et avec lequel elle se serait enfui. D’oĂč son effroi, son “amnĂ©sie”, et une relative absence de la parole.  Il est aussi intĂ©ressant de noter que MĂ©lisande s’exprime peu dans la durĂ©e de l’ouvrage, dans cet univers quasiment exclusivement masculin.. . : « Je ne t’ai presque pas entendue » dit PellĂ©as au cours de l’ultime scĂšne amoureuse.

Que représente pour vous la figure de Pelléas, sa trajectoire tragique ?

Daniel Kawka : L’ĂȘtre en devenir qui dĂ©couvre le monde, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui mĂȘme dans une trajectoire  fulgurante et tragique. Celui qui “doit s’en aller”, depuis la premiĂšre scĂšne, leitmotiv verbal, mais ne part pas pour consumer son destin Ă  travers la rĂ©vĂ©lation de l’amour Ă  travers un ultime baiser.

Sur le plan strictement dramaturgie, quels seraient pour vous les temps forts de PellĂ©as, comme on distingue en gĂ©nĂ©ral l’acte II de Tristan ?

La scĂšne 4 de l’acte IV bien sĂ»r. Le climax et le dĂ©nouement en somme. De scĂšne en scĂšne, de rebonds en Ă©clats, ce sont bien sĂ»r trois moments de Golaud qui portent la tension et la conduisent Ă  ce paroxysme ultime que sera le crime, en dehors de l’espace du chĂąteau (Ă©clairĂ©s eux-mĂȘmes par trois moments “ascensionnels” en Ă©cho et croisĂ©s des intimes rencontres de PellĂ©as et MĂ©lisande) : scĂšne du retour de la chasse blessĂ©, premier choc “frontal” et violent entre lui et MĂ©lisande, l’hallucinante scĂšne 4 de l’acte III avec Yniold, et enfin la terrifiante scĂšne d’Absalon, acte IV scĂšne 2.

Parlez-nous de l’orchestre de Debussy dans PellĂ©as ? En quoi la texture et les alliages de timbres se montrent-ils debussystes ?

Daniel Kawka : Tout Debussy est contenu dans PellĂ©as. Ce serait un lieu commun d’en Ă©voquer la transparence, l’infinitude du jeu des timbres, la palette des couleurs doublĂ©e d’une science et d’une intuition spatio temporelle phĂ©nomĂ©nale. Evidemment le timbre orchestral est indissociable du flux dramaturgique et des situations poĂ©tiques qu’il peint, engendre et exprime. DensitĂ©, intensitĂ©, épaisseur, allĂšgement chambriste, dĂ©pendent aussi, et sans dissociation de ces variations infinies de changement de tempi, animĂ©, plus animĂ© en pleine clartĂ©, modĂ©rĂ©, trĂšs modĂ©rĂ©, sans lenteur, retenu, trĂšs retenu, serrez etc… qui influent directement sur le grain orchestral et cette science des motifs qui diffracte l’espace, allĂšge ou densifie la poyphonie. On a évidemment parlé d’impressionnisme sonore Ă  propos de l’orchestre debussyste car il propose un infini dĂ©tail d”articulations, de motifs ciselĂ©s, giratoires, bref, de jeux d’Ă©chos, de dynamiques trĂšs subtiles, de mĂ©lodies de timbres qui ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©es par ailleurs de sa science harmonique. L’expressivitĂ© est confiĂ©e aux cordes certes mais aux mixtures bois aussi, aux cors qui dĂ©peignent la profondeur insondable de l’Ăąme tout comme le dĂ©cor de la nature. Les cuivres avec leur jeux souvent en sourdines ne pĂšsent jamais et sont autant de variations de couleurs, mystĂ©rieuses et expressives.
La sonoritĂ© de trompette doublant par instant les phrases d’Arkel  à l’acte V ou renforçant de son timbre voilĂ© l’ultime comptine enfantine, 6 mesures avant la fin de l’oeuvre est une trouvaille absolue.
Il y a lĂ  une adĂ©quation totale entre lumiĂšre des modulations (qui rĂ©pondent encore Ă  une tradition romantique et postromantique du pouvoir Ă©clairant et assombrissant des tonalitĂ©s, bien que Debussy pratique l’ellipse par des jeux de modulations parallĂšles, de glissement, de suspension, de mixages entre Ă©criture tonale et modale d’une incroyable modernitĂ©) et sa relation pensĂ©e et structurĂ©e aux timbres de l’orchestre. Les nocturnes, La mer, Jeux, y sont dĂ©jĂ  pressentis, Dukas, Ravel, Roussel et bien d’autres encore sont certainement redevables à l’orchestre de Debussy, Ă  celui de PellĂ©as en particulier, et la lumineuse et incandescente sortie des souterrains vers la plein lumiĂšre fĂ»t probablement un modĂšle Ă  bien « des levers du jour ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, mars 2014.

 

 

 

Le nouveau PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra

 

Angers Nantes OpĂ©ra : PellĂ©as idĂ©alAngers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production trĂšs attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastetdevrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique
 Elle a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois PellĂ©as au moment de la mise en scĂšne de l’opĂ©ra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) Ă  Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rĂȘvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son compliceTim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre
 la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme 
 un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux. En lire +

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

 

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande par Emmanuelle Bastet à Angers Nantes Opéra

Angers Nantes OpĂ©ra : PellĂ©as idĂ©alAngers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production trĂšs attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet devrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique
 Elle a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois PellĂ©as au moment de la mise en scĂšne de l’opĂ©ra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) Ă  Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rĂȘvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre… la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme … un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂȘtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂźtre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scĂšne de la chevelure (emblĂšme qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂȘtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂȘtre cependant manipulatrice
 Le mystĂšre qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂč l’Ă©coute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold 
 RĂȘve ou rĂ©alitĂ© ?
Visuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particuliĂšrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂȘtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂŽle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son pĂšre Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s
 Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scĂšnes les plus violentes de l’opĂ©ra … L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scĂšne d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite Ăąme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement Ă©motionnel qui fait naĂźtre la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-ĂȘtre pas de rĂ©tablir la cohĂ©rence d’une Ɠuvre dans son dĂ©roulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours Ă  cacher ou sans les dire prĂ©cisĂ©ment.
C’est donc un opĂ©ra d’atmosphĂšre oĂč la mĂ©moire et le rĂȘve submergent le rĂ©el, oĂč l’inconscient surgit lĂ  oĂč on ne l’attend pas, oĂč les actes de la psychĂ© se manifestent diffĂ©remment et de façon imprĂ©visible, dont les enjeux et l’activitĂ© souterraine pourront nous ĂȘtre enfin rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  Nantes et Ă  Angers Ă  partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Saintes, Abbaye aux Dames : Alain PlanÚs joue Debussy et Franck, mercredi 5 février 2014, 20h30

Saintes, Abbaye aux dames. Alain PlanĂšs, piano. Le 5 fĂ©vrier 2014, 20h30. Amateur de peinture et Ă©rudit, Alain  PlanĂšs met son talent et sa poĂ©sie au service de plusieurs chefs d’Ɠuvre de la musique de chambre française (Debussy et Franck). Avec les solistes de l’Orchestre des Champs Ă©lysĂ©es, le pianiste propose un rĂ©cital hautement chambriste d’autant plus ciselĂ© que les musiciens de l’orchestre fondĂ© par Philippe Herreweghe jouent tous sur instruments anciens. style, goĂ»t, sonoritĂ©s ajustĂ©es sont donc au rendez-vous.

 

 

 

Saintes, Abbaye aux dames, La cité musicale
Alain PlanĂšs, piano

conversation chambriste

 

 

Saintes : RĂ©cital Alain PlanĂšs, piano

 

 

Au programme, chambrisme postromantique français de haut style : Quintette pour piano de CĂ©sar Franck, chef d’oeuvre hexagonal et vraie alternative au wagnĂ©risme global, puis Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flĂ»te et harpe de Claude Debussy, Claude de France. Les interprĂštes rĂ©unis Ă  Saintes sauront-ils exprimer cette Ă©lĂ©gance et cette transparence française qui font la singularitĂ© des Français aux cĂŽtĂ©s des allemands ? RĂ©ponse lors de ce concert Ă©vĂ©nement Ă  Saintes, dans le cadre de la saison musicale de l’Abbaye aux Dames, La citĂ© musicale 2014.

Alain PlanĂšs joue Franck et Debussy Ă  Saintes

 

Mercredi 5 février 2014 à 20h30
Saintes, Abbaye aux dames
La cité musicale

 

Programme
CĂ©sar Franck, ‹Quintette pour piano et cordes
Claude Debussy, ‹Trio pour piano, violon et violoncelle, Sonate pour alto, flĂ»te et harpe
Alain PlanĂšs, piano
et les musiciens de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :‹ Alessandro Moccia et BĂ©nĂ©dicte Trottereau, violons‹. Jean-Philippe Vasseur, alto. ‹Andrea Pettinau, violoncelle‹. Pascale Schmidt, harpe. ‹flĂ»te : nom non communiquĂ©

 

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Compte-rendu : Fontdouce. Abbaye, 20Úme festival estival, le 26 juillet 2013. Concert inaugural. Baptiste Trotignon, Natalie Dessay, Philippe Cassard. Mélodies françaises.

philippe cassard et natalie dessay Ă  fontdouceSaint-Bris des Bois en Charente-Maritime accueille l’inauguration du 20Ăšme Festival de l’Abbaye de Fontdouce. L’endroit magique datant du 12e siĂšcle concentre beautĂ© et mystĂšre. Le concert exceptionnel d’ouverture se dĂ©roule en deux parties Ă  la fois contrastĂ©es et cohĂ©rentes. Il commence de façon tonique avec le pianiste jazz Baptiste Trotignon et se termine avec un duo de choc, la soprano Natalie Dessay et Philippe Cassard au piano !

 

 

Festival de l’Abbaye de Fontdouce,
le secret le mieux gardĂ© de l’Ă©té !

 

SituĂ©e entre Cognac et Saintes, Ă  deux pas de Saint-Sauvant, l’un des plus beaux villages de France, l’ancienne Abbaye Royale obtient le classement de Monument Historique en 1986. Elle fait ainsi partie du riche patrimoine naturel et culturel de la rĂ©gion. Elle en est sans doute l’un de ses bijoux, voire son secret le mieux gardé ! Le maĂźtre du lieu (et prĂ©sident du festival Thibaud Boutinet) a comme mission de partager la beautĂ© et faire connaĂźtre l’histoire et les milles bontĂ©s du site acquis par sa famille il y a presque 200 ans. AprĂšs notre sĂ©jour estival et musical Ă  l’Abbaye de Fontdouce, toute l’Ă©quipe met du coeur Ă  l’ouvrage et le festival est une indĂ©niable rĂ©ussite !

Le Festival comme le site historique acceptent avec plaisir la modernitĂ© et font plaisir aussi aux amateurs des musiques actuelles. L’artiste qui ouvre le concert est un pianiste jazz de formation classique : Baptiste Trotignon rĂ©gale l’audience avec un jeu Ă  l’expressivitĂ© vive, presque brĂ»lante, qui cache pourtant une vĂ©ritable dĂ©marche intellectuelle. Notamment en ce qui concerne sa science du rythme, trĂšs impressionnante. Le pianiste instaure une ambiance d’une gaĂźtĂ© dansante, dĂ©contractĂ©e, contagieuse avec ses propres compositions ; il fait de mĂȘme un clin d’oeil Ă  la musique classique avec ses propres arrangements « dĂ©rangeants » d’aprĂšs deux valses de Chopin. Mais son Chopin transfigurĂ© va trĂšs bien avec son Ă©loquence subtilement jazzy. La musique du romantique  d’une immense libertĂ© formelle, se prĂȘte parfaitement aux aventures euphoriques et drolatiques de Trotignon. Un dĂ©but de concert tout en chaleur et fort stimulant qui prĂ©pare bien pour la suite classique ou l’oĂč explore d’autres sentiments.

L’entracte tonique est l’occasion parfaite pour une promenade de dĂ©couverte, tout en dĂ©gustant les boissons typiques du territoire. Le sensation de beautĂ© paisible au long du grand prĂ©, l’effet saisissant et purement gothique de la salle capitulaire, les couleurs et les saveurs du patrimoine qui font vibrer l’Ăąme… Tout prĂ©pare en douceur pour le rĂ©cital de mĂ©lodies par Natalie Dessay et Philippe Cassard.

Ils ont dĂ©jĂ  collaborĂ© pour le bel album des mĂ©lodies de Debussy « Clair de Lune » paru chez Virgin Classics. Pour ce concert d’exception, les deux artistes proposent Debussy mais aussi Duparc, Poulenc, Chabrier, FaurĂ©, Chausson… Un vĂ©ritable dĂ©lice auditif et poĂ©tique, mais aussi sentimental et thĂ©Ăątral. Natalie Dessay chante avec la vĂ©racitĂ© psychologique et l’engagement Ă©motionnel qui lui sont propres. Un registre grave limitĂ© et un mordant moins Ă©vident qu’auparavant n’enlĂšvent rien Ă  la profondeur du geste vocal. Elle est en effet ravissante sur scĂšne et s’attaque aux mĂ©lodies avec un heureux mĂ©lange d’humour et de caractĂšre. La diva interprĂšte « Le colibri » de Chausson  avec une voix de porcelaine : la douceur tranquille qu’elle dĂ©gage est d’une subtilitĂ© qui caresse l’oreille. Philippe Cassard est complĂštement investi au piano : il s’accorde merveilleusement au chant avec sensibilitĂ© et rigueur. La « Chanson pour Jeanne » de Chabrier, la plus belle chanson jamais Ă©crite selon Debussy, est en effet d’une immense beautĂ©. Les yeux de la cantatrice brillent en l’interprĂ©tant ; nous sommes Ă©blouis et Ă©mus, au point d’avoir des frissons, par la dĂ©licatesse de ses nuances et par la finesse arachnĂ©enne de ses modulations. « Il vole » extrait des Fiançailles pour Rire de Poulenc est tout sauf strictement humoristique. La complicitĂ© entre les vers de Louise de Vilmorin et la musique du compositeur impressionne autant que celle entre le pianiste et la soprano. Sur scĂšne, ils s’Ă©clatent, font des blagues, quelques fausses notes aussi, se plaignent du bruit des appareils photo… ils mettent surtout leurs talents combinĂ©s au service de l’art de la mĂ©lodie française, pour le grand bonheur du public enchantĂ©.

DĂ©couvrir ainsi la magie indescriptible de l’Abbaye de Fontdouce et dĂ©guster sans modĂ©ration les musiques de son festival d’Ă©tĂ© reste une expĂ©rience mĂ©morable !

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Compte-rendu : Toulouse, Halle-aux-grains. 18 juin 2013. Claude Debussy (1862-1918) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Karol Szymanowski (1882-1937) ; Krystian Zimerman, piano

Krystian ZimermanKrystian Zimerman est unique, musicien d’exception, artiste rare, incontournable. Chaque rencontre avec le pianiste polonais est inoubliable. Le souvenir de son rĂ©cital Chopin en 2010 encore prĂ©sent et les regrets liĂ©s Ă  son annulation l’an dernier, sont responsables de l’attente Ă©mue du public toulousain.
DĂšs le grand prix du concours Chopin de Varsovie qu’il a gagnĂ© en 1975, les plus grands chefs et orchestres l’ont rĂ©clamĂ© et avec sagesse, le pianiste prodige a gardĂ© une Ă©thique des plus hautes.  Certains le trouve trop exigeant, soit. Reconnaissons une nouvelle fois que la maniĂšre dont il construit son rĂ©cital et dont il offre au public sa conception de la musique, nous laisse sans voix. Il a la particularitĂ© de se prĂ©senter en scĂšne avec son piano personnel, accordĂ© par ses soins. Il souhaite maitriser tout ce qui peut faire obstacle entre la musique et son public. Le programme de ce soir a Ă©tĂ© changĂ© en derniĂšre minute. Nous avons perdu Beethoven pour … amplifier l’univers de Debussy : chaque partie de concert a dĂ©butĂ© par des  oeuvres de Claude de France.
Avec  Zimerman, le piano de Debussy est large et profond. C’est comme si sous les doigts du pianiste un livre s’ouvrait d’abord classiquement Ă  plat puis dĂ©veloppait la troisiĂšme dimension. Par un son colorĂ©, riche et des nuances d’une souplesse admirable, un voyage dans le pays des rĂȘves s’initie. Ces trois estampes, Ă©crites aprĂšs PellĂ©as sont des tableaux rĂȘvĂ©s. La Chine de « pagodes », l’Espagne de la « soirĂ©e dans Grenade » et  surtout les gouttes d’eau de « jardin sous la pluie » deviennent, avec un interprĂšte si puissamment poĂšte, des voyages dans l’espace et le temps. Impossible d’analyser une telle interprĂ©tation qui relĂšve d’une puissance d’évocation rare, tant les sons et les couleurs se rĂ©pondent.
Il est plus facile d’évoquer les moyens pianistiques immenses dans la  deuxiĂšme Sonate du jeune Brahms, dont la fougue juvĂ©nile exige de recrĂ©er des sonoritĂ©s orchestrales. Krystian Zimerman empoigne la partition Ă  bras le corps, tonne, fulmine et fond de tendresse, dĂ©taille des traits dans un staccato infernal ou chante avec un lĂ©gato de diva romantique. Les couleurs sont d’une richesse inhabituelle et les nuances vont du murmure au grondement de fin du monde. Le camaĂŻeu d’émotions amoureuses variĂ©es contenu dans cette partition, n’a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©vident. Il s’agit bien d’une sonate en forme de dĂ©claration d’amour. Qui doutera aprĂšs une telle interprĂ©tation que Brahms Ă©tait Ă©pris Ă  la folie de Clara Schumann ?
En deuxiĂšme, partie le livre 1 des prĂ©ludes de Debussy a permis de retrouver le piano impressionniste, lyrique et plein d’humour de Krystian Zimerman. L’ampleur sonore de Debussy ainsi interprĂ©tĂ© pourra surprendre. De nouveau, les images se dĂ©veloppent en trois dĂ©mentions pour notre plus grand plaisir ! Impossible de rĂ©sister et le voyage reprend de plus belle avec en apothĂ©ose les profondeurs abyssales de la « cathĂ©drale engloutie ». Les plans sonores se superposent de maniĂšre Ă  crĂ©er un vertige. L’eau, la lumiĂšre, le lointain et le tout proche deviennent palpables. Quelle beautĂ©s dans ces sonoritĂ©s riches osant aller jusqu’à la saturation (quels magnifiques graves !). Debussy est offert en relief et  perspectives  comme rarement.
Karol Szymanowski prendra-t-il la place dans nos concerts comme il le mĂ©rite ? Avec un interprĂšte aussi dĂ©licat et raffinĂ© que Zimerman : certainement. Les PrĂ©ludes du Livre 1 sont des courtes piĂšces fragiles et plus subtiles que virtuoses.  Karol Szymanowski Ă©tait trĂšs jeune lorsqu’il les composa, le 8Ăšme date de ses 14 ans. Mais la grĂące de la jeunesse est parfaitement rendue par le dĂ©licat touchĂ© du pianiste.
Les variations sur un thĂšme populaire polonais sont au contraire une Ɠuvre de la maturitĂ©. TrĂšs abouties elle exigent des moyens pianistiques de grande virtuositĂ©. Avec enthousiasme Krystian Zimerman s’empare de cette page pour en faire une longue sonate. La variĂ©tĂ© de l’inspiration, la richesse chromatique et les audaces demandĂ©es au pianiste dĂ©passent les modĂšles de Liszt et Scriabine. Le panache avec lequel le pianiste termine les variations est spectaculaire. Mais tout du long, la beautĂ© des phrasĂ©s et la richesse des sonoritĂ©s a gardĂ© une poĂ©sie ineffable jusque dans les moments les plus extravertis. Zimerman termine son rĂ©cital sous les bravos nourris du public conquis. Il  ne lui concĂšde aucun bis, il avait tout donnĂ© et nul n’en a Ă©tĂ© déçu. Un artiste de ce format dĂ©passe le cadre d’un simple rĂ©cital. Il apporte bien d’avantage. Il crĂ©e une vraie rencontre.

Toulouse, Halle-aux-grains. 18 juin 2013. Claude Debussy (1862-1918) : Estampes,  Six préludes du livre 1 ; Johannes  Brahms (1833-1897) ; Sonate n°2, en fa diÚse mineur, op. 2 ; Karol Szymanowski (1882-1937) : Préludes n°1, 2 et 8, op. 1 ; Variations sur un thÚme populaire polonais, en si mineur, op. 10. Krystian Zimerman, piano.

Compte-rendu : Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 23 mai 2012. MĂ©lodies de Poulenc, Debussy, Duparc, Aulis Sallinen … Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Karita Mattila SOPRANOToulouse la connaĂźt et l’aime. Il s’agit de son troisiĂšme rĂ©cital dans la ville rose. Il s’est terminĂ© dans une belle complicitĂ©. Karita Mattila est tout simplement l’une des plus belle voix de soprano lyrico-spinto du moment. Mozart puis Verdi, Richard Strauss, TchaĂŻkovski, Lehar, Janacek et Wagner lui doivent des incarnations inoubliables. Son rapport avec le public français est passionnel et Toulouse qui aime tant les belles voix lui voue un amour total. Car la voix est superbe, la femme ravissante et son art thĂ©Ăątral, au plus haut. Le rĂ©cital avec piano dĂ©veloppe ses qualitĂ©s de musicienne mais le cadre semble un peu Ă©troit pour un tempĂ©rament si gĂ©nĂ©reux.

 

 

Katita Matila : Diva ensorcelante

 

DĂšs son entrĂ©e en scĂšne, trĂšs thĂ©ĂątralisĂ©e, nous avons Ă©tĂ© intriguĂ© par une allure intemporelle de Diva avec robe longue et voilages, en tons assortis, nombreux bijoux et visage souriant et lisse : Elisabeth Schwartzkopf ou Victoria de Los Angeles entraient en scĂšne ainsi, crĂ©ant une magie hors du temps et du quotidien. Cette prĂ©sence impressionnante Ă©tait augmentĂ©e par la jeunesse et la passion, un rien prĂ©cieuse, du pianiste finlandais Ville Matvejeff : compositeur, chef d’orchestre et pianiste de haut vol, il est toujours visuellement expressif dans son jeu, parfois un peu trop dĂ©monstratif. Son geste pianistique un peu outrĂ© est assorti Ă  une sonoritĂ© riche, des nuances savantes, un sens du partage de la musique trĂšs amical avec la Diva et son public.

La premiĂšre partie du rĂ©cital est un hommage Ă  la mĂ©lodie française et dĂ©bute par des mĂ©lodies de Poulenc. À vouloir en exprimer le thĂ©Ăątre, Karita Mattila en fait trop et l’articulation n’est pas assez prĂ©cise alors mĂȘme que la cantatrice comprend toutes les subtilitĂ©s des textes. La voix est magnifique, ronde, riche et rĂ©pond Ă  toutes les inflexions et nuances de la musicienne. Mais l’humour français de certaines piĂšces lui Ă©chappe un peu. Ensuite les mĂ©lodies de Debussy sont superbes de timbre, couleurs et nuances, mais il manque la mĂ©lancolie et le doux amer maladif qui leur est si particulier.

La vocalitĂ© est sublimĂ©e par une voix d’une telle ampleur, sachant apprivoiser les plus subtiles nuances, mais une simple diseuse avec des moyens vocaux plus frĂȘles peut y sembler plus idiomatique dans ces poĂšmes de Baudelaire mis en musique par Debussy. Pour finir les mĂ©lodies de Duparc permettent enfin un dĂ©ploiement de la voix et du thĂ©Ăątre plus satisfaisant et le public est bien plus touchĂ© en raison de l’adĂ©quation des moyens vocaux aux partitions plus ouvertement extraverties de Duparc. Cette premiĂšre partie française est un vĂ©ritable hommage qu’il convient d’apprĂ©cier et de chĂ©rir, mais soulignons que seules les mĂ©lodies de Duparc permettent Ă  la Diva d‘offrir tout son talent gĂ©nĂ©reux en pleine libertĂ©.

La deuxiĂšme partie dĂ©bute par un cycle du compositeur finlandais Aulis Sallinen. En demandant de ne pas applaudir entre les mĂ©lodies du cycle NeljĂ€ laulua unesta, Karita Mattila obtient un degrĂ© de concentration du public trĂšs rare. Les sentiments tristes et douloureux, la lumiĂšre mĂ©lancolique de la Finlande, diffusent dans la salle et si Ville Matvejeff avait auparavant jouĂ© de maniĂšre extravertie, ici sa concentration est totale et l’attitude plus simple convient admirablement au travail d’interprĂ©tation conjointe entre le pianiste et la chanteuse exigĂ© par la dĂ©licatesse de la composition.

Ayant changĂ© de tenue, la Diva en robe noire prĂšs du corps, et grand chĂąle abricot s’en entoure pour suggĂ©rer les moments de replis mĂ©lancoliques des poĂšmes. AprĂšs ce trĂšs beau cycle, le public est conscient d’avoir Ă©tĂ© gratifiĂ© d’une interprĂ©tation proche de l’idĂ©al, la voix se dĂ©ployant large et puissante avec d’autres moments mĂ©lancoliques et doux. Mais le public n’était pas au bout de ses surprises avec un cycle allemand de Joseph Marx. La diction trĂšs articulĂ©e est particuliĂšrement sĂ©duisante. Et la voix peut sâ€˜Ă©panouir encore, avec des aigus forte magnifiques. Le parfait Ă©quilibrage et la progression vocale des mĂ©lodies proposĂ©es dans ce rĂ©cital, permettent Ă  Karita Mattila de mĂ©nager sa voix, de lui offrir un parfait avĂšnement, Ă  la maniĂšre sage dont elle gĂšre sa carriĂšre entiĂšre. Comme il est agrĂ©able d’entendre cette voix aimĂ©e comme nous la connaissons, avec un vibrato parfaitement maĂźtrisĂ©, des nuances exquises allant du piano au fortissimo et une palette de couleurs d’une richesse sidĂ©rante.

Les bis sont phĂ©nomĂ©naux : Zeugnung de Strauss est sidĂ©ral et spectaculaire autant qu’émouvant. Quand au tango final, il est vocalement et pianistiquement sensationnel : il permet Ă  la Diva de faire deviner son tempĂ©rament volcanique (celui qui fait de sa SalomĂ© une torche vive). Karita Mattila reviendra, elle nous l’a promis : le public aimant de Toulouse l’attend dĂ©jĂ .

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 23 mai 2012. Mélodies de Francis Poulenc (1899-1963), Claude Debussy (1862-1918), Henri Duparc (1848-1933), Aulis Sallinen (né en 1935), Joseph Marx (1882-1964). Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Nantes et à Angers

Debussy Claude PelleasAngers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande, du 23 mars au 13 avril 2014 … La production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes et Ă  Angers promet d’ĂȘtre un nouvel accomplissement au crĂ©dit de la direction artistique de Jean-Paul Davois auquel nous devons cet Ă©vĂ©nement mĂ©morable du Tristan und Isolde de Wagner dans la mise en scĂšne superlative d’Olivier Py (rien Ă  voir avec ses rĂ©centes lectures parisiennes d’Alceste ou d’AĂŻda, infiniment moins inspirĂ©es et approfondies).
Dans la fosse de ce Wagner anthologique ” sĂ©vissait ” dĂ©jĂ  la baguette dĂ©taillĂ©e et architecturĂ©e, claire, prĂ©cise, transparente de Daniel Kawka qui ici aborde PellĂ©as avec la vitalitĂ© et la ciselure que nous lui connaissons depuis toujours.
Pour rĂ©aliser la scĂ©nographie et le dĂ©ploiement visuel de cette nouvelle production trĂšs attendue, les habituĂ©s d’Angers Nantes OpĂ©ra retrouvent une metteure en scĂšne justement admirĂ©e : Emmanuelle Bastet. Chaque approche gagne en vĂ©ritĂ©, en sensibilitĂ© : dans sa Traviata, le personnage du pĂšre Germont gagnait un relief inexplorĂ© jusque lĂ  ; dans son OrphĂ©e et Eurydice de Gluck (version Berlioz), tout le travail poĂ©tique d’Emmanuelle Bastet rendait tangible et explicite la pudeur, le deuil, l’Ă©paisseur psychologique de chaque protagoniste. Avec une telle Ă©quipe, ce PellĂ©as prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra devrait crĂ©er un nouvel Ă©vĂ©nement de la saison lyrique 2013-2014.

 

 

 

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453Pelléas choc par Angers Nantes Opéra

Claude Debussy
Nouvelle production

7 représentations 

 

Nantes, Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

Angers, Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

 

Pelléas et Mélisande de Debussy
Drame lyrique – en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.‹CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
Direction musicale Daniel Kawka‹Mise en scĂšne Emmanuelle Bastet‹ScĂ©nographie et costumes Tim Northam‹LumiĂšre François Thouret
avec‹Armando Noguera, PellĂ©as‹StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande‹Jean-François Lapointe, Golaud‹Wolfgang Schöne, Arkel‹Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve‹ChloĂ© Briot, Yniold‹FrĂ©dĂ©ric Caton, Le Docteur
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en français avec surtitres]

 

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Le chant de deux amants dans un monde en perdition

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453En son chĂąteau abandonnĂ© dans un monde (Allemonde) Ă  l’agonie oĂč le temps se dilate, suspendu, indĂ©terminĂ©, le vieux roi Arkel rĂ©unit ses petit fils, Golaud  et PellĂ©as. Surgit la jeune et incosnciente MĂ©lisande, elle mĂȘme victime d’un passĂ© refoulĂ© dont elle ne veut ni ne peut se souvenir… Parce qu’elle croise la route de Golaud, MĂ©lisande s’unit Ă  lui sans passion, mais elle vibre toute entiĂšre pour le jeune PellĂ©as qui toujours semble fuir et partir.
Loin d’expliciter et d’Ă©claircir les intrigues et l’action, la musique de Debussy Ă©paissit le mystĂšres, raconte une autre histoire, parallĂšle et complĂ©mentaire Ă  la langue Ă©nigmatique du livret inspirĂ© de la piĂšce de Maeterlinck.
Toute l’activitĂ© de la musique qui Ă©tire le temps comme Wagner le fait dans Tristan et Parsifal (que Debussy connaissait parfaitement), exprime l’Ă©mergence d’un amour impossible dans un monde condamnĂ© Ă  l’anĂ©antissement. C’est le dĂ©sir jamais dit mais prĂ©sent entre PellĂ©as et MĂ©lisande, c’est la sourde et rugissante jalousie de Golaud pour son dĂ©mi-frĂšre qui prĂ©cipite le drame.
” Chercher aprĂšs Wagner et non pas d’aprĂšs Wagner “, voilĂ  un dĂ©fi lancĂ© Ă  l’imagination de Debussy soucieux d’apporter de Nouveau et cet inĂ©dit tant espĂ©rĂ© : pari relevĂ© et dĂ©fi rĂ©ussi pour son unique opĂ©ra qui dĂšs la gĂ©nĂ©rale de 1902, suscite Ă©tonnement, dĂ©testation, scandale. Il n’en fallait pas plus pour inscrire dĂ©finitivement PellĂ©as dans l’histoire d’une modernitĂ© française… Les Demoiselles d’Avignon seront prĂ©sentĂ©es par Picasso en 1907, et Le Sacre du Printemps ne paraĂźtra pas avant 1913. DĂ©cidĂ©ment Claude de France demeure bien avec PellĂ©as, le pionnier de la musique de l’avenir. Quadra, ayant remportĂ© le Prix de Rome en 1884, un souvenir romain dĂ©testĂ©, Debussy a brisĂ© l’idĂ©al de l’AcadĂ©mie en plein vol : il a offert Ă  la musique une toute autre destinĂ©e, plus symboliste que rĂ©aliste, essentiellement Ă©nigmatique, en rien classique ni acadĂ©mique.

Voir aussi notre dossier spécial Pelléas et Mélisande de Debussy

 

 

CD. Stravinsky: Le sacre du printemps (Jordan, 2012)

CD. Philippe Jordan fĂȘte avec voluptĂ© les 100 ans du Sacre de Stravinsky   …   EnregistrĂ© en mai 2012 Ă  l’OpĂ©ra Bastille, ce nouvel album (le 2Ăš dĂ©jĂ ) de Philippe Jordan avec l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris confirme les prĂ©ludes amorcĂ©s entre chef et musiciens : une entente Ă©vidente, un plaisir supĂ©rieur pour vivre la musique ensemble. Depuis leur Symphonie Alpestre de Strauss, montagne philharmonique d’une prodigieuse narration sonore frappĂ©e du sceau de l’imagination climatique, les interprĂštes se retrouvent ici en mai 2012 pour deux autres sommets de la musique symphonique française et spĂ©cifiquement parisienne. Dans l’histoire des Ballets Russes, le PrĂ©lude comme le Sacre du printemps indiquent clairement un point d’accomplissement pour les deux compositeurs : l’ivresse Ă©rotique et l’enchantement semi conscient s’impose Ă  nous dans un PrĂ©lude d’une dĂ©licatese infinie; quant au Sacre, voilĂ  longtemps que l’on n’avait pas Ă©coutĂ© direction aussi parfaite et Ă©quilibrĂ©e entre prĂ©cision lumineuse (dĂ©tachant la tenue caractĂ©risĂ©e et fortement individualisĂ©e de chaque instrument protagoniste) et expressionnisme symboliste !

Le Sacre enchanté de Philippe Jordan

stravinsky_debussy_prelude_faune_sacre_printemps_naive_cd_philippe_jordan_opera_de_parisLa baguette de Philippe Jordan aime ciseler dans la suggestion mais aussi ici, mordre dans l’ivresse libĂ©rĂ©e des timbres associĂ©s d’une infinie inventivitĂ© ; le chef s’appuie sur la maniĂšre et le style supraĂ©lĂ©gant des instrumentistes parisiens dont les prĂ©dĂ©cesseurs en mai 1913 dans la fosse du TCE avaient fait la rĂ©ussite rĂ©volutionnaire de la partition. Jordan ajoute une prĂ©cision Ă©lectrique et incandescente, une vision de poĂšte architecte aussi qui sait unifier, structurer, dĂ©velopper une dramaturgie supĂ©rieurement aboutie… et frappante par son relief, sa vivacitĂ©, comme des teintes plus dĂ©licatement nimbĂ©es et voilĂ©es.
Fureur et ivresse des timbres associĂ©s. ComparĂ©e Ă  tant d’autres versions soit rutilantes, soient sĂšches, soit littĂ©ralement narratives, Philippe Jordan apporte aussi le mystĂšre et l’enchantement, toute la poĂ©sie libre des instruments sollicitĂ©s. Quelle maestria ! Quelle conviction dans la tension progressive… La voluptĂ© de chaque Ă©pisode est nourrie d’un onguent magicien ; l’expĂ©rience lyrique du chef, directeur musical de l’OpĂ©ra, en est peut-ĂȘtre pour beaucoup et l’on se dit que Nicolas Joel n’aura pas tout rater Ă  Paris: nommer le fils du regrettĂ© Armin Jordan, capable de vrais miracles Ă  Paris, Philippe Ă  la tĂȘte de l’orchestre maison aura Ă©tĂ© un acte convaincant qui porte aujourd’hui des fruits Ă©clatants.  Voici du Sacre du printemps et pour le centenaire de l’oeuvre, une nouvelle version de rĂ©fĂ©rence sur instruments modernes. Le champion et pionnier dans le domaine s’agissant de la partition de Stravinsky demeurant Ă©videmment le geste du français François-Xavier Roth, d’une maĂźtrise incomparable sur instruments parisiens d’Ă©poque (1913) et rĂ©vĂ©lateur en ce sens des formats sonores et des timbres instrumentaux originels… aprĂšs la tournĂ©e 2013, le disque devrait sortir fin 2013/printemps 2014.

Sur instruments modernes, le chant des instruments fait tout ici, et renforce la réussite magistrale de cet enregistrement dont on ne saurait trop souligner avec admiration le miracle de la volupté instrumentale.

Inscrire enfin le BolĂ©ro ravĂ©lien aprĂšs les deux chefs d’oeuvre Debussyste et Stravinskien est de la meilleure inspiration : une claire confirmation que l’orchestre et leur chef se montrent trĂšs inspirĂ© par la lyre symphonique française postromantique : Du PrĂ©lude au Sacre en passant par le BolĂ©ro, soit de Debussy, Stravinsky Ă  Ravel se joue ici tout le dĂ©lirant apanage, bruyant et millimĂ©trĂ© du symphonisme français. Lecture rĂ©jouissante.

Debussy: PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune. Stravinsky: le Sacre du printemps. Ravel : BolĂ©ro. Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd NaĂŻve, enregistrĂ© Ă  Paris, OpĂ©ra Bastille en mai 2012. DurĂ©e : 57mn. NaĂŻve V 5332.