COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Vikingur Ólafsson, piano. Rameau, Debussy.

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dépêches

  • daniel LOZAKOVICH tchaikovsky none but the lonely heart cd annonce critique review cd classiquenews critique cd classiquenews 4836086

    CD Ă©vĂ©nement, critique. DANIEL LOZAKOVICH, violon : NONE BUT THE LONELY HEART (1 CD NONE BUT THE LONELY HEART). DG 2
 Legato fluide et aĂ©rien, sonoritĂ© solaire et pourtant investie, miracle d’articulation et d’élĂ©gance stylistique
 c’est peu dire que ce dĂ©jĂ  second album du violoniste suĂ©dois, vĂ©ritable prodige du violon, DANIEL LOZAKOVICH nĂ© en suĂšde en 2001 confirme les qualitĂ©s que nous relevions alors dans son recueil JS BACH (Partitas) Ă©ditĂ© chez DG en juin 2018. La maturitĂ© lui va Ă  ravir dans le choix judicieux, naturel du pourtant trĂšs dĂ©licat Concerto de Tchaikovski, l’opus 35 en rĂ© majeur, oĂč…

  • HAYDN-OSEZ-metz-arsenal-6-9-nov-2019

    METZ, Arsenal. FESTIVAL « OSEZ HAYDN! » 6 – 9 nov 2019. L’Arsenal de METZ propose un festival 100% Joseph HAYDN pendant 4 jours… AprĂšs l’avoir crĂ©Ă© Ă  Paris en octobre 2018, Julien Chauvin et son ensemble, Le Concert de la Loge, sur instruments anciens, spĂ©cialistes du rĂ©pertoire classique et romantique, transfĂšrent le concept du festival HAYDN Ă  METZ, profitant opportunĂ©ment de leur rĂ©sidence Ă  la CitĂ© musicale de Metz (Arsenal)! Il est temps de (re)dĂ©couvrir l’écriture du gĂ©nie viennois, celui de Joseph Haydn, pĂšre du quatuor, de la symphonie classique, trop Ă©touffĂ© par MOZART. Au XVIIIĂš, rien de tel,…

  • acte2Rusalka_PhotoKlaraBECK_RusalkaGnrale2969NPresse-ConvertImage

    Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 20 octobre 2019. Dvoƙák : Rusalka. Antony Hermus / Nicola Raab.
     
     

     
     

     
    Nicola Raab frappe fort en ce dĂ©but de saison en livrant une passionnante relecture de Rusalka, que l’on pensait pourtant connaĂźtre dans ses moindres recoins. TrĂšs exigeante, sa proposition scĂ©nique nĂ©cessite de bien avoir en tĂȘte le livret au prĂ©alable, tant Raab brouille les pistes Ă  l’envi en superposant plusieurs points de vue ; de l’attendu rĂ©cit initiatique de l’ondine, Ă  l’exploration de la confusion mentale du Prince, sans oublier l’ajout des dĂ©chirements violents d’un couple…

  • sibelius-jeune-portrait-classiquenews

    COMPTE-RENDU, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 18 octobre  2019. J. SIBELIUS. Y.E. CHOI. Orch.Nat.TOULOUSE. J. SWENSEN. Il est des idĂ©es convenues qui peuvent se dissiper en un concert. Tous ceux qui Ă©taient ce soir prĂ©sents, sont capables de se faire une idĂ©e personnelle de la valeur des partitions de Sibelius. Il fait bon genre de mĂ©priser le compositeur finlandais, gloire nationale reconnue prĂ©cocement. Certes il a bĂ©nĂ©ficiĂ© dĂšs ses 37 ans d’une pension Ă  vie de son pays mais ce n’est pas une raison pour brocarder son oeuvre. Le Concerto de violon est rĂ©guliĂšrement jouĂ© mais ne bĂ©nĂ©ficie pas du succĂšs…

  • BEETHOVEN-portrait-dossier-beethoven-2020-classiquenews-concerts-festivals-2020-Ludwig-Van-Beethoven-1

    BEETHOVEN 2020, volet 3 : Ludwig Ă©pique (1802 – 1812) – HEILINGENSTATD, 1802 : une nouvelle naissance. FinancĂ© par l’aristocratie viennoise, Beethoven croit un moment qu’il peut prĂ©tendre rejoindre la classe supĂ©rieure ; nenni, musicien, il reste un ĂȘtre infĂ©rieur car il n’est pas noble. BientĂŽt en 1806, le prince Lichnowski qui le dotait d’une rente confortable lui enjoint de jouer pour ses invitĂ©s selon son plaisir : Beethoven se rebiffe ; il n’est pas un serviteur : fiĂšrement, aprĂšs qu’il ait Ă©tĂ© congĂ©diĂ© par son protecteur, le compositeur Ă©crit : « des nobles il y aura toujours ; mais…

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    radio

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  • FRANCE MUSIQUE, Mer 30 oct, 20h. RAVEL : Rapsodie espagnole… AmorcĂ©e dĂšs 1907 par l’Apache Ravel, la Rhapsodie est le premier grand Ɠuvre orchestral qui applique Ă  l’échelle de l’orchestre, la scintillante palette, l’onirisme raffinĂ© du plus grand poĂšte musicien. C’est lĂ©poque oĂč le gĂ©nie orchestrateur a transcrit pour l’orchestre Une barque sur l’ocĂ©an, originellement pour piano, dans le cycle Miroirs dĂ©diĂ© / crĂ©Ă© par Ricardo Viñes, l’ami fidĂšle. La danse, l’Espagne inspire la partition de 4 Ă©pisodes crĂ©Ă©e au ChĂątelet par Edouard Colonne en mars 1908 :
    1 – PrĂ©lude Ă  la nuit : dĂ©veloppe le mystĂšre, le songe,…

  • FRANCE MUSIQUE, sam 12 oct 2019, 20h. VERDI : Falstaff. France Musique diffuse la production londonienne du dernier Verdi, celui gĂ©nial et visionnaire qui sur les traces de Shakespeare, renouvelle le genre comique et tragique Ă  la fois, trouvant dans le personnage de Falstaff, comme un double en miroir de lui-mĂȘme : un ĂȘtre ambivalent, vieux bouffon antisocial mais gĂ©nĂ©reux et mĂȘme enfantin, sainte et miraculeuse rĂ©gression

    Capitaine d’industrie sur le tard, Falstaff est une Ă©pave et un corsaire ; un joueur invĂ©tĂ©rĂ©, un fieffĂ© menteur, sacrĂ© manipulateur affublĂ© de ses deux compĂšres, toujours prĂȘts Ă  le tromper, Bardolfo et…


    télé

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  • FRANCE 2, lun 28 oct 2019, 00h15. GOUNOD : La nonne sanglante. En 1854, Charles Gounod, plus connu pour ses opĂ©ras romantiques et amoureux Ă  venir RomĂ©o et Juliette puis Faust, les plus applaudis Ă  son Ă©poque, se risque dans le genre fantastique et surnaturel, dans l’esprit des romans anglais Ă  fantĂŽmes. FilmĂ© Ă  l’OpĂ©ra Comique en juin 2018, le spectacle marquerait-il une rĂ©estimation de l’écriture de Gounod et de son apport Ă  l’opĂ©ra romantique français ? Il est vrai qu’en 2018, c’était l’annĂ©e du bicentenaire Gounod.

    Présentation
    Sur les 12 opĂ©ras signĂ©s Charles Gounod, 3 restent Ă  l’affiche :…

  • France 2. NoĂ© : Thierry Malandain, lun 21 oct 2019, 00h30. Evidemment Ă  des heures indues, les programmes culturels de France TĂ©lĂ©vision. L’intĂ©rĂȘt du programme est la musique du ballet, l’éblouissante messe de jeunesse de Puccini qui y rĂ©alise la continuitĂ© d’une tradition familiale (Ă©tabli dans la ville toscane de Lucca, berceau du clan Puccini). La chorĂ©graphie de Thierry Malandain qui a crĂ©Ă© sa compagnie en 1998, confirme le choix d’une esthĂ©tique nĂ©oclassique. Le Ballet pour 22 danseurs souligne la figure messianique de NoĂ©, porteur d’un nouvel espoir, d’un nouveau monde, aprĂšs que la premiĂšre crĂ©ation ait Ă©tĂ© submergĂ©e par…


    concerts et opéras

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  • SCEAUX, HDV. Samedi 16 novembre 2019. Muza RubackytĂ©, piano … « Les deux Franz ». Enfant prodige, virtuose internationale, personnalitĂ© engagĂ©e rĂ©compensĂ©e par les plus hautes distinctions dans son pays, directrice artistique du Festival de Vilnius, la pianiste lituanienne MUZA RUBACKYTÉ voue une passion manifeste, communicative au piano mystique lyrique du grand Franz Liszt : soit « Les deux Franz ». La pianiste propose Ă  Sceaux, un programme original rĂ©unissant Schubert et Liszt. Ce dernier consacra plus de la moitiĂ© de ses Ɠuvres Ă  des adaptations ou paraphrases d’autres compositeurs qu’il admirait et notamment la transcription de quelque cinquante-huit lieder…

  • LILLE. Les 6, 7 nov 2019. ONL, JC Casadesus. CHOSTAKOVITCH : symph n°1. L’Orchestre National de Lille et Jean-Claude Casadesus nous offrent dans ce programme riche en contraste deux tempĂ©raments toalement opposĂ©s : la simplicitĂ© solaire d’un Mendelssohn fauchĂ© trop tĂŽt (1845), et la sensibilitĂ© plus ambivalente du jeune Chostakovitch de 1926, inspirĂ© par une ironie de plus en plus caustique voire grinçante. Et pour dĂ©buter la frĂ©nĂ©sie sanguine et mĂ©diterranĂ©enne d’un autre jeune compositeur fougueux, Hector Berlioz Ă  l’époque de son Carnaval Romain (ouverture) : en rĂ©alitĂ©, la partition du Romantique français datĂ©e de 1844, est une ouverture alternative…

  • PARIS, ChĂątelet. MOZART : Requiem, dim 27 oct 2019, 15h. T CURRENTZIS. Chef iconoclaste et iconique de la nouvelle gĂ©nĂ©ration des baroqueux audacieux, le grec Teodor Currentzis s’est imposĂ© par une radicalitĂ© artistique qui prolonge un Harnoncourt. Sa trilogie des opĂ©ras de Mozart / Da Ponte en tĂ©moigne. Comme dans un rĂ©pertoire plus rĂ©cent, sa 6Ăš de Mahler, dĂ©tone autant qu’elle convainc. Chez Mozart, saisit la fulgurance de vagues chorales, le quatuor dramatique, opĂ©ratique des chanteurs solistes et surtout avant l’ùre romantique, le voile de la mort. Il y faut une clartĂ© absolue et aussi la gravitĂ© du lugubre qui…

  • ORLÉANS, Orch Symphonique d’OrlĂ©ans. Les 7 et 8 dĂ©c 2019. CONCERT DE NOËL. Pour le temps de NoĂ«l, l’Orchestre Symphonique d’OrlĂ©ans propose un programme unique faisant dialoguer plusieurs Ă©critures principalement romantiques, toutes inspirĂ©es par NoĂ«l et le thĂšme de l’hiver : d’abord les germaniques, Mendelssohn (extraits de la Symphonie n°13) ; Schubert et Brahms ; puis les TchĂšques Janacek et Kodaly ; avant de conclure par les Français : Dukas, Poulenc, Saint-SaĂ«ns (extraits de son trĂšs rare oratorio de NoĂ«l). C’est un cycle Ă©clectique qui associe les instrumentistes du Symphonique d’OrlĂ©ans et le chƓur symphonique du Conservatoire d’OrlĂ©ans qui est…

  • TOURCOING. LULLY : Les Amants magnifiques. 15, 16 NOV 2019. Les Amants magnifiques de Lully datĂ© de fĂ©vrier 1670 incarnent un premier idĂ©al lyrique et thĂ©Ăątral qui mĂȘle comĂ©die parlĂ©e et entrĂ©es de ballet. L’opĂ©ra français Ă  proprement parler naĂźtra 3 annĂ©es plus tard : mais en 1670, si les deux genres, musical et thĂ©Ăątral n’ont pas encore fusionnĂ©, l’accord entre les deux, complĂ©mentaire et alternĂ©, favorise la forme d’un spectacle nouveau, inĂ©dit Ă  la Cour de France qui en associant les discipline du spectacle s’avĂšre marquant. Lully allait seul, sans MoliĂšre, inventer l’opĂ©ra entiĂšrement chantĂ© et une seule action…

  • TOURS, OpĂ©ra. OFFENBACH, les 16 et 17 nov 2019. Le premier concert symphonique de l’OpĂ©ra de Tours pour sa saison 2019 2020 reste Ă©clectique tout en cĂ©lĂ©brant le gĂ©nie plus subtil qu’on ne le pense, de Jacques Offenbach. En tĂ©moigne la verve raffinĂ©e de son Concerto militaire, auquel succĂšdent, « Hiatus et Turbulences » (2018) de Baptiste Trotignon ; Le voyage dans la lune et La GaitĂ© Parisienne (arrangement de Manuel Rosenthal) du mĂȘme Offenbach…

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    OPERA DE TOURS
    Concert symphonique
    Samedi 16 novembre 2019 – 20h
    Dimanche 17 novembre 2019 – 17h
    RESERVEZ VOTRE PLACE
    http://www.operadetours.fr/offenbach-16-17-nov
    Jacques OFFENBACH
    Grand…

  • POITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂč il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, trĂšs architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1Ăšre symphonie qu’il s’agissait de la 10Ăš du grand Ludwig ?) 

    Le Double Concerto est l’Ɠuvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux…

  • POITIERS, TAP. Jeudi 17 oct 2019. Beethoven, Orch des Champs ElysĂ©es. DĂšs ce mois d’octobre 2019, l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es cĂ©lĂšbre dĂ©jĂ  les 250 ans de Beethoven (prĂ©cisĂ©ment le 16 dĂ©cembre 2020, Beethoven Ă©tant nĂ© Ă  Bonn le 16 dĂ©cembre 1770). Le chef Philippe Herreweghe, fondateur de son orchestre sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, a choisi deux « piĂšces fondatrices, datant de l’aube du 19e siĂšcle, qui baignent toutes les deux dans une lumineuse tonalitĂ© de do majeur ». La symphonie n°1 – achevĂ©e comme le symbole d’une Ăšre nouvelle dĂ©but 1800, est dĂ©diĂ©e Ă  l’aristocrate hollandais van Swieten,…

  • NANCY, les 14 et 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Pour ses 100 ans, l’OpĂ©ra national de Lorraine met Ă  l’affiche Sigurd d’Ernest Reyer, ouvrage choisi pour son inauguration le 14 octobre 1919. Ainsi s’est Ă©crit l’histoire du Palais Hornecker – CrĂ©Ă© d’abord au ThĂ©Ăątre de la Monnaie Ă  Bruxelles en 1884, SIGURD fut une pĂ©pite lyrique totalisant 250 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra de Paris jusque dans les annĂ©es 1930. Comme Wagner et sa TĂ©tralogie, Reyer plonge dans la mythologie nordique – la saga des Nibelungen et les Eddas –, pour narrer les aventures de Sigurd et Brunehilde, entre souffle Ă©pique,…

  • CHINE. OPERA FUOCO : Handel : SERSE, les 17, 19, 20 et 22 oct 2019. Depuis 2003, David STERN ne cesse de travailler pour accomplir les missions de sa compagnie d’opĂ©ra, OPERA FUOCO, une acadĂ©mie permanente qui favorise l’éclosion des jeunes tempĂ©raments lyriques. PortĂ© par le chant lyrique, dĂ©fenseur du texte, soucieux du drame comme de l’élĂ©gance du style musical, le chef et directeur d’Opera Fuoco aborde cet automne, Serse de Haendel, un ouvrage dramatique parmi les plus aboutis du Saxon. Les subtilitĂ©s de la passion haendĂ©lienne sont ainsi Ă  l’honneur en Chine (les 17 Ă  PĂ©kin, les 19 et…

  • POITIERS, TAP. le 10 octobre 2019. OFFENBACH, le Strauss français et le petit Mozart des Champs ElysĂ©es
 Quel regard portez vous sur Jacques Offenbach, l’amuseur du Second Empire, capable de mĂ©lodies envoĂ»tantes et de facĂ©ties trĂšs insolentes ? NĂ© en Allemagne (Ă  Cologne), Jacques Offenbach respire et rĂȘve d’abord auvioloncelle dont il est virtuose (cf ses duos pour deux violoncelles, aussi mĂ©connus que divins) ; mais trĂšs vite, ce gĂ©nie de l’opĂ©ra, excelle et brille dans le genre opĂ©ra comique et opĂ©rette dont il devient le chantre de son siĂšcle.
    DĂ©lices d’Offenbach
    Un Ăąge d’or de l’opĂ©rette romantique en France…

  • METZ, Arsenal. Ven 22 nov 19. LA VALSE de RAVEL. L’Orchestre National de METZ et David Reiland (notre photo, DR) jouent la si dĂ©licate Valse de Ravel, hymne Ă  la danse et aussi orgie progressive de rythmes et de couleurs dans laquelle Maurice le si mesurĂ© et pudique, « ose » faire imploser le tissu symphonique jusqu’à la transe la plus dĂ©bridĂ©e, Ă  l’obsessionnelle ivresse. Auparavant la virtuositĂ©, spĂ©cialitĂ© toute française et parisienne au XVIIIĂš, transporte grĂące Ă  la Symphonie Concertante de Mozart, crĂ©Ă©e Ă  Paris en 1779 oĂč brillent en dialogue avec l’orchestre, deux invitĂ©s attendus, prometteurs : l’alto…

temps forts

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  • ARTE.TV/opera Mardi 15 octobre 2019, 20h, en direct. PUCCINI : TURANDOT en direct du Liceu de Barcelone, mise en scĂšne : Franck ALEU, vidĂ©aste / direction musicale : Josep PONS. 3 énigmes sont rĂ©vĂ©lĂ©es par le prince Calaf pour obtenir la main de la princesse vierge Turandot. 3 personnages sont clĂ©s au centre de ce drame oriental Ă  la fois cruel, barbare et finalement transcendĂ© par l’amour : Calaf donc, le prince Ă©tranger ; Turandot, la vierge hystĂ©rique et frigide ; Liu enfin, celle qui aime en secret Calaf mais se sacrifie volontiers… Elle meurt assassinĂ©e aprĂšs avoir Ă©tĂ© torturĂ©e,…

  • GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & ACADEMY 2019 : LIVESTREAM Ă  15h aujourd’hui : masterclass d’ANDRAS SCHIFF. LIVESTREAM ! Le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL dĂ©veloppe ses contenus digitaux et dĂ©voile des sessions inĂ©dites en exclusivitĂ© sur la toile
 Visionnez aujourd’hui en direct la masterclass de Sir Andras Schiff depuis la plateforme Gstaad Digital Festival Ă  partir de 15h. Cette masterclass fait partie des nombreux ateliers pĂ©dagogiques que propose le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL (7 acadĂ©mies au total dont une exceptionnel acadĂ©mie de direction d’orchestre, – session unique en Europe chaque Ă©tĂ©).
     
     

     
     
    CONNECTEZ-VOUS pour la Master class d’Andras Schiff au GSTAAD…

  • Internet en direct. BALANCHINE : JEWELS, le 11 avril 2019, 19h30. STAATSOPER.TV, Munich, Bayerische Staatsoper. L’opĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich crĂ©Ă© l’évĂ©nement avec la retransmission du Ballet JEWELS de George Balanchine (1967) / Music: Gabriel FaurĂ©, Igor Strawinsky, Peter I. Tschaikowsky / Soloists and ensemble of the Bayerisches Staatsballett. Dans l’ordre, Emeraude, Rubis, Diamants
    LIVE STREAM, JEUDI 11 avril 2019 Ă  19h30 (7.30 pm CEST)
    + d’infos : https://www.staatsoper.de/en/staatsopertv.html?no_cache=1&utm_campaign=advertisement&utm_medium=display&utm_source=bachtrack.com
     
     
     
    L’élĂ©gance Balanchine
     
    Joyaux (Jewels), triptyque chorĂ©graphique conçu par le maĂźtre du ballet nĂ©oclassique, Balanchine est crĂ©Ă© en 1967 Ă  New York et devient l’emblĂšme de la compagnie…

  • MUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : JephtĂ©. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrĂ©e JephtĂ©, chef-d’Ɠuvre de Michel Pignolet de MontĂ©clair, unique exemple de tragĂ©die composĂ©e sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siĂšcles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de MontĂ©clair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du rĂšgne de Louis XIV et l’esprit de la rĂ©gence. C’est le maillon qui manquait Ă  notre connaissance entre la pompe de Lully et le gĂ©nie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair Ă  partir de son…

  • LILLE, Nouveau SiĂšcle : La 2Ăšme Symphonie de Mahler, le 28 fĂ©vrier 2019. Et aussi en direct sur Youtube. 2Ăš volet de l’épopĂ©e orchestrale majeure, portĂ©e par l’ONL Orchestre National de Lille
 AprĂšs une Symphonie n°1, « Titan », mĂ©morable, voici le dĂ©jĂ  2Ăšme volet : la Symphonie n°2 dite « RĂ©surrection » qui sollicite en plus de l’orchestre, le concours du chƓur (adultes et enfants), deus voix fĂ©minines – alto et soprano, afin que se rĂ©alise cette ascension spirituelle du FInale oĂč le salut est enfin promis au hĂ©ros (et donc Ă  l’auditeur). Pas facile de se confronter Ă …


    cinéma

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  • LILLE, ONL. STAR WARS, 14 et 15 fĂ©v 2019. CinĂ©-concert de rĂȘve Ă  Lille
 La saga Star Wars de George Lucas n’aurait jamais eu son retentissement ni sa puissance dramatique sans le chant de l’orchestre qui sert de rĂ©sonateur, d’amplificateur Ă  sa formidable action interstellaire. John Wiliams a composĂ© l’une des musiques de films les plus envoĂ»tantes, inscrites dans le mystĂšre voire la terreur (quand l’infĂąme Dark Vador paraĂźt), mais aussi dans le drame et l’onirisme des Ă©toiles
 L’Orchestre National de Lille joue la carte du grand Ă©cran et de la magie orchestrale en proposant pendant deux soirs, les 14…

  • DON PASQUALE au cinĂ©ma, mardi 19 juin 2018, 19h30. La saison lyrique 2017/2018 s’achĂšve Ă  Paris, avec une Ɠuvre inĂ©dite sur la scĂšne de Bastille : DON PASQUALE, comĂ©die bouffe de Donizetti. CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1843, Ă  la charniĂšre de plusieurs Ă©poques, DON PASQUALE, Ɠuvre composite et variĂ©e, est l’apothĂ©ose du genre buffa. Un clin d’Ɠil de Donizetti au gĂ©nie qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© : le Rossini du Barbier de SĂ©ville. La mise en scĂšne est confiĂ©e Ă  Damiano Michieletto qui inscirt la voie de la sincĂ©ritĂ© et de la profondeur dramatiques au cƓur d’une Ɠuvre en apparence lĂ©gĂšre. Au…

  • CINEMA, le 12 avril 2018. BERLIOZ : Benvenuto Cellini par Terry Gilliam. CrĂ©Ă©e en 2014 en Grande Bretagne (pour l’English National Opera), la production de Benvenuto Cellini de Berlioz – grand opĂ©ra historique Renaissance du Romantique, admirateur de Gluck, a tournĂ© dans les grands thĂ©Ăątres lyriques d’Europe – Madrid, Barcelone et Rome, 
 dans la conception du rĂ©alisateur pĂ©taradant Terry Gilliam (ex Monty Python, concepteur du film lui aussi dĂ©lirant et trĂšs juste Brazil). Pas sĂ»r que l’imagination style « grand bazar » facile au grand Ă©cran, s’accore idĂ©alement au dispositif de la scĂšne lyrique
 Ă  la rĂ©alitĂ© de sa…

  • CINEMA. Le 25 avril 2017, 19h : SNEGOUROTCHKA de Rimsky-Korsakov. En direct de l’OpĂ©ra national de Paris, les salles de cinĂ©ma partenaires diffusent en direct l’opĂ©ra de Rimski-Korsakov trĂšs rarement jouĂ©e en France: SNEGOUROTCHKA ou LA FILLE DE NEIGE. Chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature populaire slave, LA FILLE DE NEIGE dĂ©veloppe un imaginaire fĂ©erique nourri des rigueurs du climat. C’est la nouvelle soprano Ă©gĂ©rie du label Decca, Aida Garifullina, qui prĂȘte sa voix Ă  Snegourotchka, la direction musicale et la mise en scĂšne rĂ©unissant deux autres artistes russes : le jeune chef d’orchestre Mikhail Tatarnikov et le metteur en scĂšne Dmitri…

  • CINEMA. Sonya Yoncheva chante Norma, lundi 26 septembre 2016, 19h30. En direct du Royal Opera House de Covent Garden, les salles de cinĂ©ma diffusent la prise de rĂŽle Ă©vĂ©nement de cette rentrĂ©e lyrique europĂ©enne : Norma par la soprano vedette Sonya Yoncheva.
     
     
    A l’affiche du Royal Opera House de Covent Garden Ă  Londres, le sommet belcantiste de Bellini, Norma de 1831, permet actuellement une prise de rĂŽle proche du sublime par la soprano Sonya Yoncheva, – pour classiquenews, l’une des divas assolutas de l’heure, avec sa consoeur Anna Netrebko (dont le rĂ©cent album discographique Verismo a obtenu le…


    expos

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  • EXPO. PARIS, Palais Garnier, Le grand opĂ©ra 1828-1867 : Le spectacle de l’Histoire, jusqu’au 2 fĂ©vrier 2020. A partir du 24 octobre 2019, le Palais Garnier Ă  Paris (BibliothĂšque musĂ©e de l’opĂ©ra), accueille sa nouvelle exposition intitulĂ©e « Le grand opĂ©ra, 1828-1867, le spectacle de l’Histoire ». L’exposition cĂ©lĂšbre les 350 ans de la naissance de l’Institution de l’OpĂ©ra, ex AcadĂ©mie de musique, royale ou impĂ©riale
 selon les rĂ©gimes. C’est une nouvelle initiative de cĂ©lĂ©bration Ă  laquelle participe aussi l’exposition du MusĂ©e d’Orsay : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Le Palais Garnier expose tableaux, maquettes de dĂ©cors, manuscrits musicaux qui composent une…

  • Exposition. PARIS, « Un air d’Italie », Palais Garnier, BibliothĂšque-MusĂ©e de l’OpĂ©ra : L’OpĂ©ra de Paris de Louis XIV Ă  la RĂ©volution : 28 mai – 1er septembre 2019. OrganisĂ©e par la BnF et l’OpĂ©ra national de Paris, l’exposition souligne le 350e anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris ; elle interroge l’histoire, souvent tumultueuse, de la premiĂšre scĂšne lyrique française, sous un angle inĂ©dit : celui du dialogue continu entre les modĂšles français et italien. De 1669 Ă  1791, l’OpĂ©ra de Paris tente d’incarner sa propre continuitĂ© entre rĂ©fĂ©rence Ă  un modĂšle transalpin et affirmation d’une ambition nationale. 130 piĂšces (manuscrits,…

  • PARIS, MusĂ©e d’Orsay, DEGAS Ă  l’OpĂ©ra : 24 sept 2019-19 janv 2020. Quand il peint les danseuses, Edgar Degas aime les plans originaux, dĂ©calĂ©s, hors scĂšne frontale, dans les coulisses et en dehors de la reprĂ©sentation elle-mĂȘme ; c’est pourquoi, ses vues dĂ©voilent ce qui n’est pas connu ni officialisĂ© : l’arriĂšre de la scĂšne, le foyer, les rĂ©pĂ©titions,
 tout un monde non convenu, jamais attendu dont la libertĂ© se lit dans les poses inĂ©dites. Il peint des corps dĂ©sarticulĂ©s, et comme mĂ©canisĂ©s, c’est Ă  dire dĂ©shumanisĂ©s, mais dont la ligne est saisissante. A l’OpĂ©ra, aux cĂŽtĂ©s des danseuses et…

  • NANCY, OpĂ©ra. EXPOSITION «  OpĂ©ra ! », 3 siĂšcles de crĂ©ation Ă  Nancy : 9 nov 2018 – 24 fev 2019. Avant les cĂ©lĂ©brations du Centenaire de l’OpĂ©ra de Nancy inaugurĂ© le 14 octobre 1919, l’exposition « OpĂ©ra ! » propose de retracer 310 ans d’histoire artistique au coeur de la citĂ© ducale nancĂ©ienne. 3 salles de spectacle se sont succĂ©dĂ©es Ă  Nancy depuis le XVIIIĂšme siĂšcle. En 1709, un opĂ©ra est inaugurĂ© Ă  proximitĂ© du palais ducal. Construit pour le duc LĂ©opold de Lorraine, il est rĂ©alisĂ© sur des plans de l’architecte italien, spĂ©cialiste des machineries et des dispositifs…

  • PARIS, Exposition VENISE Ă©blouissante. Du 26 sept 2018 au 21 janv 2019. RĂ©trospective attendue et totalement enivrante
 AprĂšs l’exposition sur le Second Empire « spectaculaire » (Orsay), voici venu le temps de Venise « éblouissante » : notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e affectionne les superlatifs pour exister et crĂ©er le buzz (?!). Aux plus rĂ©servĂ©s, avouons que cette exposition parisienne prĂ©sentĂ©e au Grand Palais pourrait bien ĂȘtre l’expo phare de cette rentrĂ©e, tant l’art qui y est concentrĂ©, suscite l’admiration par son raffinement et sa joie de vivre. D’autant que la pĂ©riode analysĂ©e (le XVIIIĂš) est peu connue. En effet si l’on…


COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Vikingur Ólafsson, piano. Rameau, Debussy.

COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ. Grand, mince, allure de gendre idĂ©al, lunettes , costume clair, trĂšs classe, le pianiste trentenaire, originaire de Reykjavik, s’avance vers le public, micro Ă  la main et explique, en anglais, qu’il est un heureux papa depuis quatre mois, ce qui a changĂ© sa vie et l’a amenĂ© aussi Ă  modifier quelque peu le programme. On n’entendra donc pas Les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky, initialement prĂ©vus. Deux seuls compositeurs au programme : Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928). Ólafsson prĂ©cise qu’il adore la Provence, la France et qu’il tient dans une trĂšs haute estime ces deux compositeurs majeurs. Il nous annonce un voyage Ă©tonnant en croisant ces deux gĂ©nies, synthĂšse de la musique française, entre baroque et couleurs impressionnistes, si Ă©loignĂ©s et pourtant si proches ! Ólafsson ose prĂ©senter Rameau comme un musicien de la couleur, « futuriste », proche finalement de l’idĂ©al des peintres impressionnistes, malgrĂ© les trĂšs nombreuses compositions pour le clavecin, instrument offrant peu de nuances et Debussy pas si Ă©loignĂ© de l’univers de la musique baroque, par sa libertĂ© et sa conquĂȘte du timbre, des images et des contours! Dans la premiĂšre partie, qu’il veut sans applaudissements, seize piĂšces des deux compositeurs vont s’enchaĂźner !

 

 

L’islandais Vikingur Ólafsson rapproche Rameau et Debussy
dans un Ă©blouissant voyage sensoriel

 

 

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Il y en aura quatorze dans la deuxiĂšme partie, avec cette mĂȘme Ă©coute transversale et ce mĂȘme rituel de silence. Le PrĂ©lude, extrait de La Demoiselle Ă©lue de Claude Debussy est d’entrĂ©e magnifique : clartĂ©, couleurs, alternance de grands arpĂšges et d’arrĂȘts surprenants, d’une extrĂȘme sensibilitĂ©. L’enchaĂźnement avec des extraits de la Suite en mi mineur de Rameau, sonne comme une adhĂ©sion au parti pris du pianiste ; on passera pendant pratiquement deux heures d’un compositeur Ă  l’autre : Rameau / Debussy / Rameau / Debussy…et on s’habituera Ă  cette cohabitation Ă©trange au dĂ©part mais inouĂŻe Ă  la fin du parcours, comme une initiation Ă©vidente. Rameau a composĂ© Trois Livres de PiĂšces pour clavecin: 1706-1724-1728, regroupĂ©s par tonalitĂ©s. C’est l’un des plus grands musiciens français, synthĂšse de la musique baroque et apogĂ©e du classicisme, organiste, claveciniste, violoniste, chef d’orchestre, thĂ©oricien. Une Ɠuvre pour clavecin trĂšs variĂ©e : piĂšces imitatives : Le Rappel des oiseaux, La Poule…, piĂšces de caractĂšre : Les tendres Plaintes, Les Muses…,piĂšces de pure virtuosité qui rappellent Scarlatti : Les Tourbillons, Les Trois Mains…, piĂšces plus savantes, dans le sens des nouvelles recherches thĂ©oriques : L’Enharmonique, Les Cyclopes…La Suite en mi mineur a Ă©tĂ© rendu cĂ©lĂšbre par Le Rappel des oiseaux et Le Tambourin. Dans le Rappel des oiseaux, on retrouve toute la science du compositeur: ornements, figuralismes, croisements des deux mains… Evocation narrative de 2 oiseaux, leurs gazouillis, agitation, dialogue. Ce n’est pas qu’une piĂšce descriptive; c’est aussi une piĂšce complexe qui permet Ă  Rameau de nous offrir toute sa science compositionnelle, le motif des oiseaux servant de prĂ©texte Ă  une partition rigoureuse et « dramatique », toujours thĂ©Ăątrale. Ces oiseaux, comme le Rigaudon et le Tambourin sont certainement une Ă©vocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il Ă©tait organiste Ă  Avignon. Ólafsson imprime Ă  chaque piĂšce l’atmosphĂšre idĂ©ale, soit enjouĂ©e, soit plaintive, jeu clair d’une grande Ă©lĂ©gance. La Tarentelle syrienne est une Ɠuvre de jeunesse de Debussy Ă©ditĂ©e sous le titre « Danse ». Musique ternaire Ă  6/8, trĂšs vive, avec de nombreux contretemps qui donnent une allure de danse cabotine ; jeu brillant du pianiste islandais qui fait admirablement ressortir tous les motifs.
Le concert sera un feu d’artifice entre Rameau et Debussy, princes des couleurs, avides d’espaces et de libertĂ©, malgrĂ© les codes ! Dans les deux piĂšces des Children’s Corner, (« SĂ©rĂ©nade Ă  la poupĂ©e », « la neige danse »), le pianiste trouve la justesse de ces piĂšces dĂ©diĂ©es Ă  Claude-Emma, la fille de Debussy, surnommĂ©e Chouchou et trop tĂŽt disparue (14 ans!). Le compositeur note sur la partition : « A ma trĂšs chĂšre Chouchou, avec les tendres excuses de son pĂšre pour ce qui va suivre ! ». Des comptines simples, mais aussi des passages de grande difficultĂ© que surmonte aisĂ©ment Olafsson. « Les tendres plaintes », de la Suite en rĂ© majeur de Rameau, est d’une incroyable mĂ©lancolie, thĂšme Ă  la main droite avec cet Ă©lan sur la tierce : fa-la pour retomber sur la fondamentale rĂ© et un accompagnement rĂ©gulier en arpĂšges sur la tonalitĂ© de rĂ© mineur : superbe ! Des pas sur la neige (sixiĂšme piĂšce du Premier Livre des PrĂ©ludes) de Debussy, et cette impression de dĂ©solation, de solitude, est aussi dans la tonalitĂ© de rĂ© mineur, clin d’Ɠil du pianiste Ă  la magie des Tendres plaintes de Rameau ? La Suite en sol mineur de Rameau nous offre une Poule trĂšs sautillante avec des notes piquĂ©es, rĂ©pĂ©tĂ©es, le pianiste est survoltĂ©. Et cette danse des Sauvages, puissante, d’une thĂ©ĂątralitĂ© impressionnante, extraite du TroisiĂšme livre de clavecin, que Rameau rĂ©utilisera dans son OpĂ©ra-Ballets : Les Indes Galantes (1735), procĂ©dĂ© baroque courant. Le pianiste s’amuse de ces piĂšces descriptives, par des attaques franches puis des pasages plus relĂąchĂ©s! La fille aux cheveux de lin et Ondine de Debussy, deux extraits des Ier et IIĂšme livres des PrĂ©ludes, avec ces effets de vagues rappellent La Mer (TroisiĂšme esquisse : le dialogue du vent et de la mer ». L’IndiscrĂšte de Rameau assoit la forme Rondo avec cette alternance refrain/couplets que le pianiste distille avec une science Ă©tonnante, on croit entendre le clavecin, le violon, la viole de gambe, la flĂ»te, car il s’agit Ă  l’origine d’une PiĂšce de clavecin en concert ! L’exquise transcription par Ólafsson de « l’EntrĂ©e de Polymnie », des BorĂ©ades de Rameau, tragĂ©die lyrique, avec ces relais permanents en croches rĂ©guliĂšres main gauche-main droite dans un tempo lent, binaire, est magique ! La Suite Pour le piano de Debussy, composĂ© de trois piĂšces : « PrĂ©lude », « Sarabande », « Toccata » est le rĂ©sumĂ© de tout le compositeur : thĂšme puissant du PrĂ©lude, martelĂ©, ligne chromatiques, ondulations impressionnistes, sonoritĂ©s trĂšs « jazzy » qui annoncent Gershwin, croisements, grandes vagues, succession d’accords de quartes vibrants et surprenants, qui noient la tonalitĂ©. Si Debussy a toujours refusĂ© l’appellation d’impressionniste, son Ɠuvre est baignĂ©e d’impressions, d’images, et nombreux sont les titres de ses Ɠuvres qui font rĂ©fĂ©rence Ă  des tableaux de la nature : La Mer , Jardins sous la pluie, Le vent dans la plaine
.Estampes ou Images, rappellent la peinture.
La performance de Vikingur Ólafsson est gigantesque car il semble donner Ă  Debussy une Ɠuvre trĂšs structurĂ©e, d’une grande cohĂ©sion que certains lui reprochent souvent d’oublier et Ă  Rameau la libertĂ©, hors des systĂšmes d’Ă©criture que le compositeur français codifiera, pourtant lui-mĂȘme, dans son fameux TraitĂ© d’Harmonie rĂ©duite Ă  ses principes naturels de 1722 qui fait rĂ©fĂ©rence encore aujourd’hui.
On sort de ce concert Ă©merveillĂ©s et secouĂ©s par tant d’Ă©vidence, d’intelligence. Circonspects au dĂ©but de ce collage qui paraissait osĂ©, on salue, Ă  la fin, l’audace d’un concert si rare dans ses choix de programmation : Rameau Ă©tait un homme sec, rugueux, assez instable, brillant, musicien et savant. La carrure, la thĂ©ĂątralitĂ©, les ornements codĂ©s, l’agencement des formules semblaient si Ă©loignĂ©s de Debussy, talentueux mais d’un esprit rebelle, novateur, moderne, anticonformiste, refusant de se plier aux rĂšgles de l’harmonie classique, rejetant les acadĂ©mismes esthĂ©tiques, et recherchant sans cesse des harmoniques audacieuses, refusant les formules, les cadences traditionnelles quand son Ă©minent confrĂšre posait en 1722 de nouvelles rĂšgles avec son TraitĂ© d’harmonie ! Mais si ses thĂšmes de prĂ©dilection : la mer, l’eau, les nuages… permettaient Ă  Debussy une grande mobilitĂ© et des ondulations chromatismes noyant l’harmonie avec des nuances, des modes de jeux, d’un extrĂȘme raffinement, rappelant la palette des peintres, thĂšmes flottants, imprĂ©vus, comme insaisissables (Claude Monet (Impression, soleil levant,1872), il s’agissait d’une libertĂ© Ă©tait trĂšs structurĂ©e, ce que tente de prouver Vikingur Ólafsson, l’absence de de formules figĂ©es, n’excluant pas une extrĂȘme cohĂ©rence. L’immense pianiste Sviatoslav Richter, ne disait-il pas de Debussy : «  Dans la musique de Debussy, il n’y a pas d’Ă©motions personnelles, il agit sur vous encore plus fortement que la nature. En regardant la mer, vous n’aurez pas de sensations aussi fortes qu’en Ă©coutant La Mer. Debussy, c’est la perfection mĂȘme ! ». Le public, debout, applaudissait, sans relĂąche, le plus français des islandais ! Un des trĂšs forts moments du Festival.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, rĂ©cital de piano. La Roque d’AnthĂ©ron, le 14 aoĂ»t 2019. Festival International de piano de La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyĂ© spĂ©cial YVES BERGÉ

Crédits photos : Christophe Grémiot
Mercredi 14 août 2019.
‱ RĂ©cital de piano : Vikingur Ólafsson
‱ Oeuvres de Jean-Philippe Rameau et de Claude Debussy

 

 

 

 

LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La CoopĂ©rative)

ingelbrecht mouvement contraire editions la cooperative souvenir d'un chef critique annonce livre classiquenews DE Inghelbrecht critique livre classiquenews operLIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La CoopĂ©rative). Dans Mouvement contraire ressuscite le Paris lĂ©gendaire de PellĂ©as, des Ballets Russes de Diaghilev puis des Ballets SuĂ©dois de Rolf de MarĂ©, de la crĂ©ation parisienne jalonnant les deux guerres du XXĂš. Les (trĂšs inspirĂ©es) Ă©ditions de La CoopĂ©rative rĂ©Ă©dite un texte majeur (et jusque lĂ  oubliĂ©) dans l’histoire de la musique Ă  Paris au XXĂš, les souvenirs du chef DĂ©sirĂ©-Émile Inghelbrecht, nĂ© en 1880, mort en 1965 et acteur principal Ă  l’OpĂ©ra-Comique, au TCE, Ă  la salle Pleyel, etc
, fondateur du National de France. Une personnalitĂ© du milieu musical Ă  Paris, proche de Debussy et de Ravel : un dĂ©fenseur zĂ©lĂ© et inspirĂ© de la crĂ©ation musicale dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš siĂšcle, soit pendant la rĂ©volution esthĂ©tique orchestrĂ©e par Ravel et Debussy. Ses souvenirs Ă©ditĂ© Ă  la maturitĂ© et aprĂšs guerre en 1947, jette un regard amusĂ©, dans un style littĂ©raire original, sur les annĂ©es de jeunesse et de formations, les rencontres et les Ɠuvres clĂ©s dĂ©couvertes alors, le milieu des artistes Ă  l’époque d’un « ùge d’or » de la crĂ©ation musicale en France et surtout Ă  Paris. Sa position est privilĂ©giĂ©e : le gendre du peintre des chats Steinlen, et l’époux de la danseuse et chorĂ©graphe suĂ©doise Carina Ari (1897-1970) cĂŽtoie naturellement le tout Paris artistique, la ruche bouillonnante des planches et des salles de concerts. Du prĂ©sent qui le concerne Ă  la parution de l’ouvrage (au mitemps des annĂ©es 1940), Inghelbrecht remonte le fil de son histoire personnelle et artistique jusqu’à l’enfance. C’est une Ă©criture rĂ©trospective, du prĂ©sent aux origines. A rebours.

En 29 chapitres et un essai discographique, le texte rĂ©vĂšle un observateur plein d’humour, d’une perspicacitĂ© honnĂȘte et fidĂšle, un esprit libre Ă  la critique affĂ»tĂ©e, Ă  l’analyse facile et souvent juste sur les histoires humaines et le jeu du goĂ»t, sur les humeurs et les tendances du Paris « branché «  d’alors ; on y goĂ»te en particulier, les citations et commentaires concernant les gĂ©nies approchĂ©s, Debussy et Ravel (dont les Ă©lĂ©ments sur la vie sont des plus rares).

En couverture l’ancien Conservatoire de Musique de Paris, rue BergĂšre, en 1900, longuement Ă©voquĂ© par Inghelbrecht. une quarantaine de document iconographique complĂštent cette riche et indispensable Ă©vocation du Paris musical, vĂ©cu en son coeur artistique.

 
 
 

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LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE / SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La CoopĂ©rative) – ISBN 979-10-95066-26-2 – 320 pages, brochĂ©, sous jaquette illustrĂ©e, 21 €.

PLUS D’INFOS sur le site des Ă©ditions de La CoopĂ©rative :

https://www.editionsdelacooperative.com/découvrez-nos-auteurs/d-e-inghelbrecht/

 
 
 

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CD, critique. DEBUSSY : MĂ©lodies, Sonates… Syntonia (2 cd KARTHE records 2018)

Debussy thon that tiet cd klarthe cd review critique cd par classiquenews couv_low1CD, critique. DEBUSSY par Syntonia (2 cd KARTHE records 2018). Les musiciens du quintette Syntonia explorent le DEBUSSY, poĂšte impressionniste, grand orfĂšvre des mondes intĂ©rieurs
 Somptueux rĂ©cital conçu pour le salon plutĂŽt que la salle de concert : l’intimitĂ© que convoque, l’écoute particularisĂ©e qu’exige la collection de perles musicales ici rĂ©unies, alternant mĂ©lodies et partitions instrumentales, montrent et l’élargissement du rĂ©pertoire de l’ensemble SYNTONIA, mais aussi
 sa maturitĂ©. Dans l’éloquence et la complicitĂ©, les instrumentistes et chanteuse cĂ©lĂšbrent le gĂ©nie d’un Debussy poĂšte.

 

 

 

Debussy poĂšte
Au cƓur du poùme musical

 

 

 

Pour nous la piĂšce maĂźtresse demeure la transcription trĂšs rĂ©ussie de PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un Faune, belle expĂ©rience de conversation instrumentale (arrangement pour quintette de BenoĂźt Menut) oĂč compte surtout l’écoute des autres et donc l’équilibre sonore comme l’articulation de chaque timbre, selon ce souci d’équilibre des dynamiques simultanĂ©es. Un vrai travail d’ajustement qui captive. La lecture sans les vents, souligne en rĂ©alitĂ© l’effusion suave qui excite le dĂ©sir du jeune fauve
 L’articulation est scrupuleuse mais naturelle. PrĂ©cise et d’un fini… globalement coloriste.
BenoĂźt Menut, compositeur qui a Ă©crit par ailleurs pour Syntonia en particulier pour le violoncelle solo Patrick Langot (prochain cd Ă  venir : intitulĂ© « Praeludio », annoncĂ© en mai 2019) respecte le format concentrĂ© et la texture vibratile du poĂšme musical d’aprĂšs MallarmĂ©. La dĂ©fi ici est de soigner la clartĂ© de l’articulation de chaque partie sans rompre l’effet orchestral (originel), cette brume indĂ©finissable, matelas suspendu du climat ouatĂ© et sensuel du poĂšte symboliste : de ce point de vue l’écoute entre chacun des musiciens de Syntonia est idĂ©ale : allusive, elle aussi suspendue, semblant chercher au delĂ  et derniĂšre les notes. Cette couleur sensuelle, d’enlacement permanent, profonde, immatĂ©rielle mais prĂ©sente et continue que Debussy a su dĂ©ployer en respectant le climat de MallarmĂ©, se dĂ©ploie avec une grande musicalitĂ©.

Ce Debussy, allusif et Ă©rotique, entre en dialogue lui-mĂȘme avec la piĂšce contemporaine de TĂŽn-ThĂąt TiĂȘt qui en serait comme la rĂ©sonance en un effet de miroir, Ă  la fois rĂ©flexif et critique
 (ultime sĂ©quence du cd 2).  ” Regards dans la brume ” (2014) pour quatuor Ă  cordes et piano
 regarde avec distance sa source debussyste. La piĂšce contemporaine tisse un Ă©cho lointain, brumeux et a perdu tout idĂ©e du signe moelleux et rassurant. L’écriture exprime un Ă©tat de veille inquiĂšte voire d’urgence panique oĂč la lente mĂ©lopĂ©e au piano redessine encore le climat tendu, fait suspendre le tableau initial. La brĂȘve accalmie (IIĂšme Ă©pisode oĂč les cordes Ă©tirent l’air comme au dĂ©but du PrĂ©lude de Debussy), n’est que de (trop) courte durĂ©e : en une sirĂšne murmurĂ©e affolĂ©e, aux Ă©clats lancinants, tendus, les instruments se crispent. Le mouvement le plus dĂ©veloppĂ© (plus de 8 mn) : Ă©paissit la clameur hallucinĂ©e, en une interrogation qui cible le repli, exprime presque l’élucidation de l’énigme angoissĂ©e qui a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment Ă©noncĂ©, sans vĂ©ritablement Ă©claircir ni rĂ©soudre la question. Le III, creuse encore ce climat d’incertitude et d’intranquillitĂ© qui scintille entre anxiĂ©tĂ©, agitation et 
 folie. Ces « regards » dans la brume nourrissent autant de questions laissĂ©es sans rĂ©ponse, en une nuĂ©e Ă  la fois immatĂ©rielle et Ă©paisse presque insupportable ; ils sont proches d’un cauchemar Ă©veillĂ©.

De son cĂŽtĂ©, trĂšs engagĂ©e Ă  peindre chaque nuance du verbe musical, le doux soprano de Maya Villanueva (dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans un cd prĂ©cĂ©dent Ginastera également Ă©ditĂ© chez KLARTHE) cultive une Ă©mission feutrĂ©e, et mĂȘme suave comme millimĂ©trĂ©e. Les MĂ©lodies sont autant de piĂšces personnelles voire intimes qui tĂ©moignent de la vie amoureuse de Debussy ; certaines Ă©tant de fait, des offrandes hommages Ă  l’ĂȘtre aimĂ©e : Marie Vasnier et Emma Bardac ; toutes deux Ă©taient chanteuses et ont interprĂ©tĂ© les mĂ©lodies de leur compagnon trĂšs Ă©pris.
Dans ce recueil double, la cantatrice sait trouver les inflexions justes et parfois enivrĂ©es dans une succession de perles mĂ©lodiques, d’un Debussy, jeune (Nuits d’étoiles, l’offrande d’unadolescent de quasi
 18 ans en 1880) ; l’idĂ©e de suivre chronologiquement l’inspiration du Debussy mĂ©lodiste est claire, parfaitement explicitĂ©e, musicalement s’entend, quoique aussi musicologique, comme le rĂ©alise le texte trĂšs dĂ©veloppĂ© du livret.
L’attention aux mots, l’évidente curiositĂ© pour exprimer chaque situation du poĂšme offrent une Ă©loquente vision sur l’écriture debussyste : coloriste, atmosphĂ©rique mĂȘme, sans aucun maniĂ©risme ni affĂšterie acadĂ©mique.

CrĂ©Ă©es en 1904 chez madame Edouard Colonne, les mĂ©lodies de FĂȘtes galantes sur des poĂšmes de Verlaine (1869) racontent cette intimitĂ© qui fusionne les deux cƓurs (Emma pour le Livre II
 qui n’est pas abordĂ© ici). En poĂšte musicien, Debussy cultive ce goĂ»t de l’étuve emperlĂ©e, des images enivrĂ©es Ă©nigmatiques ou plus dramatiques. Ainsi le triptyque des FĂȘtes Galantes (Livre I) : « Fantoches » est expressif, narratif, furtif et percutant quand « Clair de lune » (ses « masques et bergamasques ») diffuse un scintillement plus langoureux et Ă©vanescent, son Ă©nonciation portĂ©e par une candeur blessĂ©e et tendre. « Le jet d’eau » d’aprĂšs Baudelaire (arrangement pour soprano et quintette par BenoĂźt Menut) intĂ©resse par ce miroitement instrumental qui enveloppe le chant ; et les interprĂštes rĂ©alisent et rĂ©ussissent l’énigme et le climat de secret enchantĂ© des PoĂšmes d’aprĂšs MallarmĂ©, parfois incertains et sombres mĂȘme en leurs harmonies raffinĂ©es et tendues (« Soupir ») ; ou pures invitations Ă  l’extase (dernier poĂšme du triptyque,  « Eventail »). La fragilitĂ© du timbre bien articulĂ© ressuscite la chair diaphane, sensuelle, souvent murmurĂ©e de la poĂ©tique debussyste.

CLIC D'OR macaron 200MĂȘme grande sincĂ©ritĂ© pour le pianisme rĂ©glĂ© sur le mĂȘme mode intimiste et intĂ©rieur de Romain David (Images) ; auquel le violoncelle souple et trĂšs nuancĂ© de Patrick Langot apporte une rĂ©sonance spĂ©cifiquement grave (Sonate pour violoncelle et piano) propre Ă  la partition conçue pendant la guerre (comme la Sonate pour violon avec la violoniste StĂ©phanie Moraly). Double cd enivrant.

 

 

 

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debussy melodies prelude aprĂšs midi faune ensemble syntonie ton that tient cd klarthe records critiqueCD, DEBUSSY / TĂŽn-that TiĂȘt : MĂ©lodies, Sonate, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un Faune (2 cd Klarthe records) – Claude Debussy (1862-1918) : MĂ©lodies, Sonates pour violon et piano, pour violoncelle et piano. PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (arrangement pour quintette avec piano par Benoit Menut). TĂŽn-ThĂąt TiĂȘt (nĂ© en 1933) : Regards dans la brume pour quatuor Ă  cordes et piano (Trois regards sur le PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune). Maya Villanueva, soprano. Quintette Syntonia. 2 CD Klarthe records. EnregistrĂ© en janvier 2018. DurĂ©e totale : 1h56mn – CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

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CD 1    > Claude DEBUSSY (1862-1918)

    1 :   Nuit d’Ă©toiles (1880)
2  :  La belle au bois dormant (1890)

        Images [oubliées] (1894)
3  :  III. Quelques aspects de «Nous n’irons plus au bois» parce qu’il fait un temps insupportable
4  :  Les angélus (1892)

        Images (DeuxiÚme Série, 1907)
5  :  I. Cloches à travers les feuille
6  :  Minstrels pour violon et piano* (1914)
7  :  Pantomime (1883)
8  :  Scherzo pour violoncelle et piano du «Nocturne et Scherzo» (1882)
9  :  Voici que le printemps (1884)

        Images (DeuxiÚme Série, 1907)
10  :  II. Et la lune descend sur le temple qui fut
11   : Les papillons (1881) – Images (DeuxiĂšme SĂ©rie, 1907)
12  :  III. Poissons d’or
13  :  Romance  «Silence ineffable de l’heure» (1883)
14   : Apparition (1884)

        Sonate pour violon et piano* (1916-17)
15   : I. Allegro vivo
16   : II. IntermÚde. Fantasque et léger
17    :III. Finale. TrÚs animé

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    CD 2    > Claude DEBUSSY 

    1  :  PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (1894) – arr. pour quintette avec piano de BenoĂźt Menut

        FĂȘtes galantes (Premier livre, 1892)
2  : I. En sourdine
3  : II. Fantoches
4  : III. Clair de lune
5  : NoĂ«l des enfants qui n’ont plus de maison (1915) – arr. pour soprano et quintette avec piano de BenoĂźt Menut

        Sonate pour violoncelle et piano (1915)
6  :  I. Prologue. Lent, sostenuto e molto risoluto
7  :  II. Sérénade. Modérément animé
8  :  III. Final. Animé, léger et nerveux

        Cinq poĂšmes de Charles Baudelaire (1889) – arr. pour soprano et quintette avec piano de
BenoĂźt Menut
9  :  II. Le jet d’eau

        Trois poÚmes de Stéphane Mallarmé (1913)
10  :  I. Soupir
11  :  II. Placet futile
12  :  III. Éventail

        > TÔN-THÂT TiĂȘt (nĂ© en 1933)
Regards dans la brume  pour quatuor à cordes et piano (2013-2014)
Trois regards sur le «PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune»

 

 

 

Maya VILLANUEVA,  soprano  /  QUINTETTE SYNTONIA
Stéphanie MORALY* et Thibault NOALLY,  violons / Caroline DONIN,  alto /
Patrick LANGOT,  violoncelle / Romain DAVID,  piano

Couverture  du cd : Vaslav Nijinski dans l’AprĂšs-midi d’un faune. Aquarelle (1912) de LĂ©on Bakst

 

 

 

RĂ©cital de Guillaume COPPOLA Ă  Sceaux

coppola-guillaume-piano-concert-annonce-actualites-infos-musique-classique-classiquenewsSCEAUX (92), sam 16 fĂ©v 2019, 17h30. Guillaume COPPOLA, piano. La Schubertiade de Sceaux invite le pianiste Guillaume Coppola dans un rĂ©pertoire qu’il sait dĂ©fendre avec passion et nuances. Chopin, Debussy, sans omettre son cher Schubert, sujet antĂ©rieur d’un cd en son temps distinguĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS : CD Schubert Valses nobles et sentimentales (sept 2014).
Notre rĂ©dacteur Ernst Van Beck Ă©crivait son enthousiasme pour le jeu filigranĂ©, arachnĂ©en capable de profondeur comme de gravitĂ© :   « Des Sentimentales, si bien nommĂ©es mais sans effusion ni voyeurisme aucun, tout l’art du toucher est lĂ -, on retient la 13Ăšme Ă©videmment pour son rayonnement tendre et caressant, d’une douceur fraternelle si enveloppante
 et comme Ă©ternellement tournante comme un perpetuum mobile
 , mais aussi la 18Ăš et sa cadence racĂ©e pleine de fiertĂ© comme d’élĂ©gance.  C’est une sĂ©rie de sĂ©quences qui frappe par leur nervositĂ© comme leur souplesse mĂ©lodique : acuitĂ©, prĂ©cision, versatilitĂ© dynamique, Guillaume Coppola envisage chaque Ă©pisode comme un mini drame d’une mordante vivacitĂ©. Un appĂ©tit de vivre qui contraste Ă©videmment avec la gravitĂ© des piĂšces complĂ©mentaires  »

A Sceaux, Guillaume Coppola joue deux Valses,qu’il relie lors de ce rĂ©cital, Ă  l’intimisme fougueux de Chopin et l’art des miniatures picturales (et climatiques) du Debussy des PrĂ©ludes (deux extraits : La Puerta del Vino et feux d’artifice). En complĂ©ment, le pianiste propose enfin la matiĂšre du rĂȘve et lla sensualitĂ© amoureuse de Clair de lune
 Ă©pisode aussi aisĂ© techniquement que redoutable sur le plan de l’intonation et de l’articulation. Un programme jalonnĂ© de pĂ©pites et de dĂ©fis


Guillaume Coppola
Programme du récital à Sceaux

FRANZ SCHUBERT
Valses nobles et sentimentales

FREDERIC CHOPIN

Valses opus 64 n°2, opus 70 n°2
Grande Valse brillante op. 18.
Nocturne op. 9 n°1
Sonate n°2

CLAUDE DEBUSSY
Préludes (2Ú Livre) :
La Puerta del Vino
Feux d’artifice

Clair de lune

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SCEAUX, HĂŽtel de Ville (92)
Samedi 16 février 2019, 17h30
Guillaume Coppola, piano

boutonreservationRĂ©servez votre place
sur le site de La Schubertiade de Sceaux
http://www.schubertiadesceaux.fr/guillaume-coppola-16-fevrier-2019/

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APPROFONDIR

coppola guillaume franz schubert cd schubert eloquentiaCD. Schubert : Valses nobles, Sentimentales Sonate D 537 (Guillaume Coppola, 1 cd Eloquentia). En s’attachant principalement aux Ɠuvres mĂ©connues ou moins jouĂ©es de Schubert, Guillaume Coppola souligne la finesse suggestive, onirique, radicale, ce bouillonnment de l’intime qui fait la sĂ©duction irrĂ©sistible des partitions ici choisies
 Valses nobles, Valses sentimentales, le pianiste Guillaume Coppola dĂ©livre le message d’une secrĂšte intĂ©rioritĂ© d’un Schubert qui tout en s’enivrant de ses propres divagations, approfondit en rĂ©alitĂ© une quĂȘte intĂ©rieure, tissĂ©e sur la durĂ©e, dans la pudeur et la suggestivitĂ©. L’arche tendue d’un long parcours qui se lit Ă  travers les deux cycles dansants, soit 12 puis 34 Valses caractĂ©risĂ©es, dessine une perspective dont l’interprĂšte sait restituer la secrĂšte unitĂ© organique. Miniatures – la plus longue est la 3Ăšme des Nobles (plus de 2mn), quand la plupart avoisine, 30, 40 ou 50 secondes, – majoritairement sur le rythme syncopĂ© balançant et donc hypnotique dit  ” anapestique ” (2 croches/ 1 noire)-, il s’agit d’esquisses – bambochades dirions nous en contexte pictural-, d’un trait d’humeur rapidement esquissĂ© qui suscite surtout une part de libertĂ© et de fine lĂ©gĂšretĂ© proche de l’esquisse ou de l’improvisation.

 

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PARCOURIR les autres concerts de LA SCHUBERTIADE DE SCEAUX 2019 :

Schubertiade de Sceaux Logo copiable logo 2018SCEAUX, La Schubertiade, saison 2018-2019. Du 13 octobre 2018 au 30 mars 2019. Sceaux (92 – Hauts de Seine sud), superbe ville accolĂ©e au parc du chĂąteau Ă©ponyme, renoue avec sa riche histoire musicale. DĂ©jĂ  au XVIIĂš, le site est demeurĂ© cĂ©lĂšbre pour le raffinement des cĂ©lĂ©brations baroques qui y Ă©taient donnĂ©es. MĂ©lomane et fastueuse, la Duchesse du Maine, insomniaque, organisait de somptueuses fĂȘtes nocturnes dans son domaine (les fameuses 16 Grandes FĂȘtes de nuit de 1714 et 1715). Les Maine ont incarnĂ© ainsi, au moment oĂč le Roi Soleil s’éteint Ă  Versailles, une maniĂšre de bon goĂ»t, associant l’impertinence et l’excellence : le culte de la nuit affirmant une voie diffĂ©rente voire contraire Ă  la cĂ©lĂ©bration officielle du soleil versaillais. Joyeuse, festive, la duchesse du Maine offrait un tout autre visage artistique et politique, loin des austĂ©ritĂ©s de Versailles au dĂ©but du XVIIIĂš.

SCHUBERT gstaad reportage 2018LA MUSIQUE DE CHAMBRE A SCEAUX
 
Plus de 3 siĂšcles aprĂšs ce premier Ăąge d’or culturel et artistique, la ville situĂ©e au sud des Hauts de Seine, rĂ©active sa riche histoire musicale, et accueille Ă  partir d’octobre 2018 (dĂšs le 13 octobre), une nouvelle saison musicale, plutĂŽt romantique, dĂ©diĂ©e Ă  la musique de chambre et en particulier à Franz Schubert : « La Schubertiade de Sceaux ». Chaque Quatuor, Trio, Quintette de Franz Schubert est un voyage intĂ©rieur d’une puissante poĂ©sie, capable de transporter et de saisir. L’errance schubertienne s’exprime avec cette langueur suspendue jamais rĂ©solue; mĂ©lancolie profonde, nostalgie d’un eden qui n’a peut-ĂȘtre jamais Ă©tĂ© mais qui est ardemment dĂ©sirĂ©, chaque opus de Schubert conduit au-delĂ  des apparences et du texte, vers cet invisible essentiel qui nourrit l’ñme et comble l’esprit. Toute la musique de Schubert est une rĂ©flexion sur le sens de la vie et l’inĂ©luctable mort, la permanence du sentiment, la vanitĂ© terrestre, l’appel au rĂȘve ; elle cultive le rĂ©confort de la tendresse, l’éloquente magie de la musique
 Mais aux cĂŽtĂ©s des partitions schubertiennes, le nouveau cycle de concert Ă  Sceaux propose d’autres compositeurs, de Mozart, Haydn Ă  Beethoven, jusqu’aux auteurs contemporains. EN LIRE PLUS

 

CD critique. DEBUSSY par VĂ©ronique BONNECAZE, piano (1 cd PARATY 2018)

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdCD critique. DEBUSSY par VĂ©ronique BONNECAZE, piano (1 cd PARATY 2018). Somptueuse leçon de piano, le DEBUSSY de VĂ©ronique Bonnecaze captive autant par la rĂ©alisation musicale que la justesse poĂ©tique. Le choix du Bechstein 1900 est pertinent et trĂšs fĂ©cond, rappelant combien la sonoritĂ© est une question de toucher mais aussi de mĂ©canique, l’équilibre entre les deux, rĂ©vĂ©lant Ă©videmment le tempĂ©rament des plus grands. A notre connaissance aucun des plus grands interprĂštes internationaux ne partage avec VĂ©ronique Bonnecaze cette rĂ©flexion (et cette audace) sur le choix de l’instrument, en affinitĂ© avec le rĂ©pertoire et l’esthĂ©tique concernĂ©s. Tous les plus mĂ©diatisĂ©s, d’Argerich Ă  Pollini et Freire, sans omettre les talents de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, de Grosvenor Ă  Trifonov (Malofeev a encore du temps pour polir davantage son propre son), et l’on ne parle pas des lolitas people (telles Yuja Wang ou Alice Sara Ott): tous sans exception jouent sur Steinway ou Yamaha voire Fazioli. Notre Ă©poque est donc au formatage sonore. VoilĂ  donc dans le choix du piano, une approche qui se distingue
 nĂ©e d’un soin spĂ©cifique qui relĂšve d’une approche artisanale. Et elle fonctionne admirablement.
VĂ©ronique Bonnecaze a elle-mĂȘme soulignĂ© combien grĂące au Bechstein, une marque apprĂ©ciĂ©e par Claude Debussy, les mĂ©langes et superpositions des harmonies sont comme « rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es » grĂące au piano d’époque. Cela profite aussi Ă  cette quĂȘte spĂ©cifique du timbre qui ouvre de nouveaux espaces, cultive des sensations inĂ©dites, rĂ©invente l’expĂ©rience de l’auditeur.
La maĂźtrise technique et la hauteur de vue sur le plan poĂ©tique Ă©clatent dĂšs « Clair de lune », extrait de Suite Bergamasque, d’aprĂšs Verlaine et qui est une piĂšce de jeunesse (1890) : techniquement assez aisĂ©e, la sĂ©quence cĂ©lĂšbre en trĂšs peu de notes, l’évasion vers la sensualitĂ© suspendue, porte des imaginaires ; en un jeu intĂ©rieur, c’est un nocturne amoureux, ou un souvenir intime dont la caresse produit une extase toujours renouvelĂ©e. Le jeu de VĂ©ronique Bonnecaze montre tout ce qui compose le gĂ©nie de Debussy : son sens de la construction, son goĂ»t de la couleur, tout infĂ©odĂ©s Ă  l’intensitĂ© du souvenir qui ressuscite ; c’est comme la madeleine de Proust : une sensation qui s’électrise Ă  mesure qu’elle est rĂ©itĂ©rĂ©e. On y retrouve dans les bĂ©mols (5 Ă  la clĂ©), la puissance harmonique des climats de PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune : autre voluptĂ© souveraine. Magnifique entrĂ©e en matiĂšre pour ce programme idĂ©alement conçu.
SĂ©quence plus lumineuse encore, L’Isle joyeuse (1904) s’inscrit pleinement dans le choix du Bechstein : la mĂ©canique maĂźtrisĂ©e exprime cet Ă©lan vers la vie, cet appel fluide et continument ondulant Ă  l’extase
 amoureuse elle aussi car Debussy sur l’üle de Jersey cĂ©lĂšbre alors sa passion pour Emma Bardac, avec laquelle il partage dĂ©sormais sa vie. La matiĂšre sonore s’électrise lĂ  aussi, mais en s’allĂ©geant, immatĂ©rielle et climatique, fusionnant l’image de l’üle et le vent marin qui glisse et s’évade. VĂ©ronique Bonnecaze convoque idĂ©alement ce Debussy poĂšte, ivre de la sensation, collectionneur des climats, grand alchimiste des Ă©lĂ©ments mĂȘlĂ©s et sublimĂ©s.

Avec Images de 1907 (2Ăš sĂ©rie), nous sommes encore dans l’enivrement des sens, servi par une technique de plus en plus allusive, picturale, et 
 quasi abstraite. « Poissons d’or » dĂ©signe les poissons scintillants dans l’onde (les « Goldfishes » des anglais) dont l’écriture exprime l’immatĂ©rialitĂ© active, la sensation fugitive des Ă©cailles et de l’oeil du poisson, en mouvement permanent, que le jeu de la pianiste embrase littĂ©ralement par sa digitalitĂ© lĂ  encore picturale, essentielle, vibratile. PrĂ©cise, la palette des nuances ainsi restituĂ©e renvoie au panneau laquĂ© chinois que possĂ©dait Debussy et qui reprĂ©sentait des poissons de nacre et d’or. Davantage qu’une description, c’est la sensation mĂȘme su sujet ; l’impressionnisme de Debussy cristallise la forme Ă©vanescente du poisson dont le piano exprime la station mobile, le mouvement lui-mĂȘme.
On relĂšve cette mĂȘme qualitĂ© vibratile du toucher dans « Et la lune descend sur le temple qui fut » dont l’orientalisme Ă©grĂšne sa matiĂšre cristalline et presque froide en une Ă©vocation qui suscite lĂ  aussi la vision poĂ©tique et picturale.
La force de l’évocation chez Debussy est de fusionner le temps et l’espace Ă  travers un tissu sonore d’une voluptĂ© harmonique Ă  la fois dense et vaporeuse. VĂ©ronique Bonnecaze nous fait Ă©couter tout cela ; au compositeur poĂšte et peintre, l’interprĂšte dĂ©tecte et rĂ©vĂšle aussi le visionnaire cinĂ©aste, car Debussy compose en images et en mouvement, avec un sens de la composition qui cite immĂ©diatement des cadrages prĂ©cis.

debussy-portrait-dossier-centenaire-2018C’est Ă©videmment le cas des PrĂ©ludes (Premier Livre : 1909-1910), aux titres Ă©vocateurs qui sont autant d’épisodes immĂ©diatement caractĂ©risĂ©s, de vrais tableaux riches en timbres, couleurs, harmonies rares et changeantes, porteuses de nuances sonores jamais conçues jusque lĂ  avec autant de force et de raffinement. Le compositeur stimule notre imaginaire : le vif argentĂ© et foudroyant des Collines d’Anacapri ; le tumulte incisif, puissant et ciselĂ© de Ce qu’a vu le vent d’Ouest (encore un Ă©pisode qui fusionne mouvement et image) ; la respiration allusive flattant l’archaĂŻsme feutrĂ© de la Fille aux cheveux de lin ; les trois derniers PrĂ©ludes enchantent par leur identitĂ© et leur violence maĂźtrisĂ©es. Debussy fait surgir sa CathĂ©drale engloutie au lever du soleil (pour ensuite s’enfoncer dans la mer) : en une sĂ©rie d’arches et de portiques qui gagnent Ă  chaque passage l’épaisseur et le poids du mystĂšre ; l’ampleur du monument jaillit, se dessine Ă  mesure qu’il s’enfonce. Il y a ces deux mouvements simultanĂ©s qui pourtant se rĂ©alisent dans l’immatĂ©rialitĂ© du secret : l’ampleur sonore comme un jeu d’orgue fusionne aussi ici l’air et l’eau.

Puis VĂ©ronique Bonnecaze, synthĂ©tisant la fantaisie illimitĂ©e et libre de Mendelssohn inspirĂ© par Shakespeare (Songe d’une nuit d’étĂ©), exprime l’humeur de Puck, le lutin espiĂšgle et aĂ©rien, Ă  la fois capricieux et fantasque qui avec ObĂ©ron, manipule, trompe, envoĂ»te les amants perdus, Ă©garĂ©s
 En un jeu comme fugace et magistralement esquissĂ©, la pianiste convoque ce monde nocturne enchantĂ© et d’une subtilitĂ© arachnĂ©enne qui s’accomplit dans la derniĂšre phrase telle une ultime esquive Ă  peine perceptible.

Du chien, du caractĂšre et du panache,  l’esprit taquin de Minstrels rĂ©sonne dans sa succession quasi heurtĂ©e et finalement trĂšs jazzy de formules Ă  la Satie. La vitalitĂ© rythmique qui souligne aussi le goĂ»t du jeu, une facĂ©tie quasi enfantine chez Debussy, transparaĂźt clairement dans la lecture de VĂ©ronique Bonnecaze.

CLIC_macaron_2014Fluide, ondulante, La plus que lente (1910) dĂ©ploie ce somptueux abandon mais avec un sens de la retenue et du caprice
 digne de Ravel. LĂ  encore le style est Ă©lĂ©gantissime, et le toucher caressant, amusĂ©. On ne saurait imaginer meilleur rĂ©cital concluant ainsi l’annĂ©e Debussy en France. Magistral rĂ©cital.

 

 

 

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VOIR  le TEASER vidéo du cd DEBUSSY / Bechstein 1900 par Véronique Bonnecaze (1 cd PARATY)

http://www.classiquenews.com/video-teaser-veronique-bonnecaze-joue-debussy-bechstein-1900-1-cd-paraty/

 

 

 

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AGENDA / CONCERT

Dimanche 3 février 2019 // 16h
A la Ferme de Villefavard, Limousin
2, impasse de la Cure de l’Église – 87190 Villefavard

 

 

 

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PROGRAMME DEBUSSY par VĂ©ronique Bonnecaze

1. Clair de lune (1890)
2. L’Isle Joyeuse (1903-1904)
Images, 2e série (1907)
3. Cloches Ă  travers les feuilles
4. Et la lune descend sur le temps qui fut
5. Poissons d’or
Préludes, Livre I (1909-1910)
6. I. Danseuses de Delphes
7.II. Voiles
8. III. Le Vent dans la plaine
9. IV. « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir »
10.V. Les Collines d’Anacapri
11. VI. Des pas sur la neige
12. VII. Ce qu’a vu le vent d’Ouest
13. VIII. La Fille aux cheveux de lin
14. IX. La Sérénade interrompue
15. X. La Cathédrale engloutie
16. XI. La Danse de Puck
17. XII. Minstrels
18. XIII. La plus que lente L.121 (1910)
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Enregistrement réalisé en mars 2018 à la Ferme de Villefavard sur piano C. Bechstein 1900 - Prise de son, montage, mastering : Cyrille Métivier
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LIRE aussi notre présentation du CD DEBUSSY / Bechstein 1900 par Véronique Bonnecaze (1 cd PARATY)

http://www.classiquenews.com/veronique-bonnecaze-joue-debussy/

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-AmĂ©riques, le 14 janvier 2019. VĂ©ronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Il fallait bien attendre la fin de l’annĂ©e Debussy (et donc au delĂ ) pour disposer enfin d’une main sĂ»re, d’une pensĂ©e entiĂšre capable d’en comprendre et la construction rĂ©volutionnaire et l’infini poĂ©tique : si l’annĂ©e Debussy 2018 est bel et bien derriĂšre nous, janvier 2019 nous renvoie Ă  cette (triste car timide) annĂ©e de cĂ©lĂ©bration du centenaire, mais ici revivifiĂ©e avec Ă©clat et pertinence grĂące Ă  l’approche de la pianiste VĂ©ronique Bonnecaze. L’expĂ©rience du concert confirme la rĂ©ussite de son disque dĂ©diĂ© au grand Claude, que fait paraĂźtre le label Paraty, ce 25 janvier 2019. Le cercle France-AmĂ©riques accueille son premier concert de lancement.

 
 
 
 

Pictural, poétique : le Debussy de Véronique Bonnecaze

 
 

Le Debussy enivrĂ©, poĂ©tique de VĂ©ronique BONNECAZE 
 

Pour commencer, il faut chauffer le clavier et affiner la projection sonore du Bechstein dans la salle Ă©crin XVIIIĂš en blanc et or (salon central du premier Ă©tage de l’HĂŽtel le Marois) ; les Ɠuvres de Liszt le permettent (3 extraits des AnnĂ©es de PĂšlerinage – La Suisse) : profondeur mĂ©ditative et intimitĂ© qui s’électrise progressivement de La VallĂ©e d’Obermann ; vitalitĂ© coulante, claire, secrĂȘtement allusive d’au bord d’une source
 la voici cette sensation qui semble vĂ©cue sur le motif naturel et que Debussy explore aprĂšs Franz. Puis c’est la puissance narrative et la force sonore quasi abstraite d’Orage qui fait imploser le cadre linguistique
 LISZT, gĂ©nie Ă©loquent et dramatique dĂ©ploie une dramaturgie mystique, Ă  force de dĂ©tails expressifs, autant d’élĂ©ments qui mettent en condition l’interprĂšte. Et lui permettent de parcourir le clavier, d’éprouver la mĂ©canique


VĂ©ronique Bonnecaze a bien raison de croiser les deux tempĂ©raments. Jouer Liszt puis Debussy nous paraĂźt excellent. Le premier, lyrique et dĂ©monstratif, compose le plus engageant des dĂ©buts de programme ; mais il n’est pas que virtuose : il est aussi poĂšte, et mĂȘme atonal, comme Nuage gris, dans sa matiĂšre flottante, Ă©vocatrice et suspendue, nous le rappelle. C’est en rĂ©alitĂ© une transition idĂ©ale vers le mystĂšre et les tableaux sensoriels d’un Debussy, absolument inclassable. Et Debussy lui-mĂȘme put Ă©couter le MaĂźtre, dĂ©tailler sa fabuleuse technicitĂ©, servante d’une ardeur spirituelle hors normes.

 

C’est tout le mĂ©rite de VĂ©ronique Bonnecaze que de nous livrer, et mieux, nous dĂ©voiler, Claude Debussy Ă  la fois immĂ©diatement proche, et fabuleusement abstrait. La technique est sĂ»re, les mains dans le clavier, et la pensĂ©e dĂ©jĂ  habitĂ©e par la poĂ©sie Ă©vanescente, suggestive du magicien Claude. La pianiste joue quelques piĂšces extraites de son nouvel album Ă  paraĂźtre chez PARATY. Ce sont 5 joyaux qui composent la matiĂšre allusive des PrĂ©ludes. Tous paysages pianistiques d’un fini souverain, aux titres Ă©vocateurs, qui rappellent combien le compositeur fut amateur et connaisseur de poĂ©sie ; poĂšte, Debussy Ă©crit comme un peintre, maniant la couleur, en alchimiste. Liszt demeure Ă  distance de son sujet, comme pour mieux contempler puis nous transmettre la noblesse de l’architecture. En esthĂšte idĂ©aliste, il contemple et cĂ©lĂšbre le grand dessein universel en exprimant l’extase souvent spirituelle voire mystique que cela suscite chez lui ; Ă  l’inverse, en sensuel et d’une modernitĂ© picturale, Debussy, lui, palpite et vibre dans la matiĂšre de l’air, de l’eau ; tout respire chez lui la sensation organique des Ă©lĂ©ments : il est dans le sujet. Mais une matiĂšre aux vapeurs harmoniques qui enchantent, dont VĂ©ronique Bonnecaze rĂ©tablit le chant fluide et continu, les vibrations spĂ©cifiques, la constellation d’éclats nuancĂ©s qui transforme le piano en thĂ©Ăątre naturel, oĂč se lovent amoureusement souvenirs et sensations.

« Le vent dans la plaine » est Ă  la fois chant aĂ©rien et traversĂ©e dans l’espace ; « Les collines d’Anacapri » sont des rires, un appel Ă  l’embarquement oĂč les rythmes crĂ©pitent comme des Ă©clairs finement ciselĂ©s ; le toucher fin et prĂ©cis, le sens des respirations, la justesse du rubato dĂ©taillent toute la magie de l’ensevelissement et du secret dans « Des pas sur la neige », jusqu’à la sensation de la matiĂšre neigeuse elle-mĂȘme
 Impressionniste, Debussy l’est incontestablement ; comme Monet sur le sujet des NymphĂ©as, le compositeur se place dans le motif, en plein air, au cƓur du saisissement sensoriel qui en dĂ©coule.

Puis, aprĂšs la fureur flamboyante de « Ce qu’a vu le vent d’Ouest », (qui clĂŽt pour la soirĂ©e, le cycle extraits des PrĂ©ludes), avouons notre totale adhĂ©sion aux visions et sensations de « Poissons d’or » (extrait d’Images) dont la pianiste des mieux inspirĂ©es exprime jusqu’à la suspension de l’animal aquatique dans l’onde, jouant des transparences et des miroitements de l’écriture. Eau, espace, temps fusionnent ; s’électrisent.

 

Le rĂ©cital s’achĂšve sur la texture aĂ©rienne de « l’Isle joyeuse » et l’infinie tendresse de « Clair de lune ». A-t-on mieux jouĂ©, a-t-on mieux compris la lyre poĂ©tique et Ă©nigmatique de Debussy ? Cette moisson de voluptueuses sensations qui fĂ©condent l’imaginaire confirme les affinitĂ©s de VĂ©ronique Bonnecaze avec les mondes picturaux de Debussy, et son disque Ă  paraĂźtre le 25 janvier chez Paraty s’annonce comme l’évĂ©nement de l’annĂ©e Debussy 2018 en France, son couronnement Ă  un mois prĂšs. A suivre.

 
 
 
 

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques (HÎtel Le Marois, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Extraits du cd Debussy par Véronique Bonnecaze (Bechstein 1900), 1 cd Paraty à paraßtre le 25 janvier 2019.

  
 

LIRE aussi notre présentation du CD DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdEnregistrĂ© Ă  la Ferme de Villefavard en mars 2018 sur un piano Bechstein, le nouveau cd de la pianiste française VĂ©ronique Bonnecaze clĂŽt l’annĂ©e du centenaire Debussy 2018 et crĂ©e l’évĂ©nement en dĂ©but 2019, tant le geste pianistique, le choix des piĂšces et celui du piano (un Bechstein restaurĂ© pour l’occasion) et leur enchaĂźnement suscitent l’admiration. Pianiste et compositeur, Debussy rĂ©invente le langage pianistique au dĂ©but du XXĂš, en Ă©troite connivence avec les mondes poĂ©tiques et littĂ©raires. En ambassadrice inspirĂ©e, VĂ©ronique Bonnecaze dĂ©tecte les allitĂ©rations et connotations allusives de l’écriture d’un Debussy poĂšte…

 

 

 

VOIR le TEASER vidéo DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

 

 debussy-bonnecaze-piano-bechstein-1900-cd-evenement-critique-cd-concert-classiquenews-debussy-2018-2019

  
 
 
 

VIDEO, teaser. VERONIQUE BONNECAZE joue DEBUSSY (Bechstein 1900, 1 cd Paraty)

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdVIDEO, teaser. VERONIQUE BONNECAZE joue DEBUSSY... Pour PARATY, la pianiste VĂ©ronique BONNECAZE joue Debussy sur un piano Bechstein 1900. Parution le 25 janvier 2019. Version française (© studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : PA PHAM) –  EnregistrĂ© Ă  la Ferme de Villefavard en mars 2018 sur un piano Bechstein, le nouveau cd de la pianiste française VĂ©ronique Bonnecaze clĂŽt l’annĂ©e du centenaire Debussy 2018 et crĂ©e l’évĂ©nement en dĂ©but 2019, tant le geste pianistique, le choix des piĂšces et celui du piano (un Bechstein restaurĂ© pour l’occasion) et leur enchaĂźnement suscitent l’admiration. Pianiste et compositeur, Debussy rĂ©invente le langage pianistique au dĂ©but du XXĂš, en Ă©troite connivence avec les mondes poĂ©tiques et littĂ©raires. En ambassadrice inspirĂ©e, VĂ©ronique Bonnecaze dĂ©tecte les allitĂ©rations et connotations allusives de l’écriture d’un Debussy poĂšte ; le choix du Bechstein de 1900 est lĂ©gitime car Debussy travaillait sur ce type de clavier qui permet des recherches et des trouvailles aussi subtiles que spĂ©cifiques en particulier sur les Ă©tagements harmoniques
 : VĂ©ronique BONNECAZE s’affirme ici CLIC_macaron_2014comme une debussyste de premier plan. L’interprĂšte aborde des intemporels sublimes tels Clair de lune, L’Isle joyeuse ; mais aussi les perles d’une ineffable ferveur du Livre I des PrĂ©ludes (1909 – 1910), dont Danseuse de Delphes, Les Collines d’Anacapri, Ce qu’a vu le vent d’ouest, la CathĂ©drale engloutie, la Danse de Puck
 Son album est l’une des plus Ă©blouissantes rĂ©ussites de l’annĂ©e Debussy, Ă©ditĂ© par le label français fondĂ© par Bruno Procopio, PARATY. CD Ă©vĂ©nement et CLIC de classiquenews de janvier 2019.

 
 
 
 

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LIRE ici notre prĂ©sentation “premiĂšres impressions ” du cd DEBUSSY par VĂ©ronique Bonnecaze, prochains concerts de la pianiste au fluide poĂ©tique irrĂ©sistible
http://www.classiquenews.com/veronique-bonnecaze-joue-debussy/

 
 
 
 

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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 décembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy.

modigliani-quatuor-concert-annonce-festival-critique-concert-par-classiquenewsCOMPTE RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 dĂ©cembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy. De toute Ă©vidence, ce qui frappe avant tout chez les Modigliani, c’est la sĂ»retĂ© de leur sonoritĂ©, l’ampleur du geste en particulier dĂ©fendu par le premier violon (Amaury Coeytaux), la volontĂ© d’unir et de fusionner une respiration claire et nuancĂ©e qui emporte et prĂ©cise le caractĂšre de chaque piĂšce. Le programme rentre bien dans la thĂ©matique cultivĂ©e depuis sa premiĂšre session par La Schubertiade de Sceaux : piliers de la musique de chambre (dont surtout la prĂ©sence pour chaque concert du samedi, d’une Ɠuvre clĂ© de Schubert) et horizon stylistique trĂšs Ă©largi, car passer ainsi ce 8 dĂ©cembre, de Schubert Ă  Mozart puis Debussy, exige chez les spectateurs comme de la part des interprĂštes, une capacitĂ© de concentration Ă©gale et mĂȘme progressive, Ă  mesure que l’on passe d’une Ă©criture Ă  l’autre.

Schubert d’abord, incontournable en raison du titre mĂȘme de la saison musicale Ă  Sceaux : rien n’atteint l’appel Ă  la mystĂ©rieuse mĂ©lancolie que l’écriture schubertienne
 PlutĂŽt passionnĂ©, le Quartettsatz D 703 de 1820 est un mouvement de quatuor, sans suite, mais son intensitĂ© justifie amplement qu’il soit jouĂ© en ouverture du concert : comme un portique d’une rare activitĂ© ; les Modigliani, portĂ© par l’activitĂ© mĂ©lodique incessante du premier violon, en expriment et l’urgence et la dĂ©termination.

Quoiqu’on en dise, Ă  chaque audition de l’une de ses oeuvres, Mozart saisit par sa profondeur et sa sincĂ©ritĂ©. Il est classique et dĂ©jĂ  
romantique. Le quatuor K 465 « les dissonances » de 1785 dĂ©passe largement le cadre de son Ă©poque, celui du nĂ©oclaccisime, des LumiĂšres, Ă  quelques mois de la RĂ©volution française. La libertĂ© du geste, la fougue cependant millimĂ©trĂ©e que les Modigliani savent cultiver Ă  travers ses 4 mouvements en disent long sur l’imagination et l’ambition de l’écriture. Mozart plus sĂ»r que jamais, et visionnaire, n’a rien laissĂ© au hasard, surtout pas Ă  l’erreur, comme cela fut avancĂ© par un critique mal intentionĂ© : aucune dissonance en rĂ©alitĂ©. Ce n’est pas parce que le manuscrit comporte des ratures (si rares dans le catalogue de Mozart) qu’elles indiquent une faiblesse dans l’inspiration. Bien au contraire. Les instrumentistes, prĂ©cis, fougueux, mais toujours souples, dĂšs le dĂ©but conçu comme une marche funĂšbre voire lugubre, s’accordent en nuances tĂ©nues : dĂ©livrant immĂ©diatement cette Ă©lĂ©gance viennoise, ce ton de lĂ©gĂšretĂ© profonde, soucieux de clartĂ© comme d’articulation, en particulier dans le jeu des dialogues entre le violon I et l’alto
 L’Andante cantabile foudroie par sa gravitĂ© noire, une sorte de suspension tragique qui redouble de pudeur, comme l’expression d’une intĂ©rioritĂ© secrĂšte. Contrastant avec ce qui prĂ©cĂšde, le Menuetto (allegro) affirme une belle Ă©lasticitĂ© rythmique grĂące Ă  un jeu Ă  la fois enjouĂ© et vif. Enfin le dernier Allegro (molto) confirme l’extrĂȘme agilitĂ© du violon I, sa volubilitĂ© toujours musicale qui entraĂźne ses partenaires, 
 le sourire du violon II, la carrure du violoncelle.

AprĂšs le court entracte, place Ă  la piĂšce maĂźtresse selon nous. Celle que nous attendons. L’Ɠuvre pour laquelle nous nous sommes dĂ©placĂ©s et qui s’inscrit opportunĂ©ment dans le cycle des cĂ©lĂ©brations du centenaire Debussy 2018 : le seul Quatuor de l’auteur de PellĂ©as, une partition de jeunesse, conçue en sol mineur et datĂ©e de 1892. Debussy y fait la synthĂšse Ă  son Ă©poque des recherches les plus avancĂ©es en matiĂšre d’écriture (comme le principe cyclique cher Ă  Franck) mais c’est une offrande premiĂšre, assujettie Ă  sa passionnante et puissante personnalitĂ©, en particulier dans la conception de l’architecture harmonique. Inclassable, porteur et dĂ©fricheur d’horizons nouveaux, l’unique Quatuor de Debussy offre une traversĂ©e sertie de surprenants passages, une constellation de rythmes changeants, un caractĂšre continĂ»ment sinueux et mouvant oĂč se love comme une ondulation toujours prĂ©sente et structurante, l’expression renouvelĂ©e d’une sensualitĂ© souvent irrĂ©sistible voire enivrante qui ne cesse de modifier sa forme au cours des quatre mouvements. Ainsi les Modigliani soulignent la voluptĂ© naturelle du premier « AnimĂ© et trĂšs dĂ©cidé » / telle une danse libĂ©rĂ©e, Ă  l’énoncĂ© trĂšs inventif ; l’acuitĂ© superactive des pizz du second mouvement (« Assez vif et bien rythmé », aux effets dĂ©cuplĂ©s d’une guitare ou d’une harpe) ; la qualitĂ© introspective de l’Andantino, entre retenue sensuelle et tristesse simple, avec en fin d’épisode, une exceptionnelle qualitĂ© pudique, Ă  la fois allusive et mystĂ©rieuse. LĂ  encore le sens des nuances saisit, rappelant dĂ©sormais tout ce en quoi la partition de 1892, annonce dans climats et articulation du flux musical et mĂ©lodique, l’envoĂ»tement futur de son
 lui aussi unique, opĂ©ra : PellĂ©as (1902, soit 20 annĂ©es plus tard). Enfin le dernier et quatriĂšme mouvement ne cesse de captiver par son allant irrĂ©pressible, avec cette notation qui n’appartient qu’à la pensĂ©e d’un Debussy trĂšs amateur de poĂ©sie : « trĂšs modĂ©rĂ© puis trĂšs mouvementĂ© et avec passion » ; le tissu harmonique se densifie, s’exalte en particulier par la voix de l’alto et du violoncelle. Debussy semble y peindre une traversĂ©e hallucinĂ©e Ă  la maniĂšre de la Nuit transfigurĂ©e de Schoenberg, en un souffle Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ©e et Ă©perdu, puis tout s’allĂšge et s’éclaircit comme une flamme qui s’élĂšve. De toute Ă©vidence, Debussy s’affirme dans son Quatuor avec une maĂźtrise et une sĂ»retĂ©, une ivresse sonore que les quatre cordes du Quatuor Modigliani abordent avec caractĂšre, Ă©nergie, passion et voluptĂ©. Passionnant. Encore une session de chambrisme exaltĂ© et subtil Ă  Sceaux. De surcroĂźt dans l’HĂŽtel de ville : une occasion exemplaire de permettre aux citoyens de s’approprier un lieu public, ailleurs, froid et distant. C’est Ă  Sceaux, un samedi par mois, Ă  17h, et nul par ailleurs. Lire ici toute la programmation de La Schubertiade de Sceaux, saison 1 : 2018 – 2019.

 
 
 
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COMPTE-RENDU, concert. SCEAUX, La Schubertiade, le 8 décembre 2018. Quatuor Modigliani : Schubert, Mozart, Debussy. Illustrations : © Perceval Gilles / La Schubertiade de Sceaux 2018

 
 
   
 
 

VĂ©ronique BONNECAZE joue DEBUSSY

bonnecaze vĂ©ronique cd debussy classiquenews annonce critique cdPARIS, lundi 14 janv 2019, 19h30. DEBUSSY par VĂ©ronique Bonnecaze. Centenaire DEBUSSY 2018 : le cd Ă©vĂ©nement par VĂ©ronique BONNECAZE. EnregistrĂ© Ă  la Ferme de Villefavard en mars 2018 sur un piano Bechstein, le nouveau cd de la pianiste française VĂ©ronique Bonnecaze clĂŽt l’annĂ©e du centenaire Debussy 2018 et crĂ©e l’évĂ©nement en dĂ©but 2019, tant le geste pianistique, le choix des piĂšces et celui du piano (un Bechstein restaurĂ© pour l’occasion) et leur enchaĂźnement suscitent l’admiration. Pianiste et compositeur, Debussy rĂ©invente le langage pianistique au dĂ©but du XXĂš, en Ă©troite connivence avec les mondes poĂ©tiques et littĂ©raires. En ambassadrice inspirĂ©e, VĂ©ronique Bonnecaze dĂ©tecte les allitĂ©rations et connotations allusives de l’écriture d’un Debussy poĂšte ; le choix du Bechstein de 1900 est lĂ©gitime car Debussy travaillait sur ce type de clavier qui permet des recherches et des trouvailles aussi subtiles que spĂ©cifiques en particulier sur les Ă©tagements harmoniques
 : VĂ©ronique BONNECAZE s’affirme ici comme une debussyste de premier plan. L’interprĂšte aborde des intemporels sublimes tels Clair de lune, L’Isle joyeuse ; mais aussi les perles d’une ineffable ferveur du LIvre I des PrĂ©ludes (1909 – 1910), dont Danseuse de Delphes, Les Collines d’Anacapri, Ce qu’a vu le vent d’ouest, la CathĂ©drale engloutie, la Danse de Puck
 Son album est l’une des plus Ă©blouissantes rĂ©ussites de l’annĂ©e Debussy, Ă©ditĂ© par le label français fondĂ© par Bruno Procopio, PARATY. CD Ă©vĂ©nement et CLIC de classiquenews de janvier 2019. VĂ©ronique Bonnecaze publie cet album jubilatoire le 25 janvier 2019 et joue des extraits du cycle qu’elle a enregistrĂ© au cours de plusieurs concerts de lancement :

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Les 14 puis 26 janvier, le 3 février 2019
CONCERTS DEBUSSY par VĂ©ronique Bonnecaze
3 concerts de lancement

 
 
 

Lundi 14 janvier 2019 // 19h30
Cercle France-Amériques
9, avenue Franklin D Roosevelt 75008 Paris
Concert suivi d’une rencontre avec l’artiste autour d’un cocktail

 
 
 

Samedi 26 janvier 2019 //
L’Atelier de Peter Wielick
Place de Bronckart, 18-20 – 4000 LiĂšge – Belgique

 
 
 

Dimanche 3 février 2019 // 16h
A la Ferme de Villefavard, Limousin
2, impasse de la Cure de l’Église – 87190 Villefavard

 
 
 

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TOUTES LES INFOS sur le site
www.veroniquebonnecaze.com
https://www.veroniquebonnecaze.com

et aussi sur
PARATY.FR
http://paraty.fr/#

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VOIR LE TEASER DU CD Debussy par VĂ©ronique Bonnecaze (1 cd Paraty / 25 janvier 2019) – Distribution Harmonia Mundi / PIAS

https://youtu.be/MK1_b6oan9Y

 
 
 

bonnecaze véronique cd debussy classiquenews annonce critique cd

 
 
 

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PROGRAMME DEBUSSY par VĂ©ronique Bonnecaze

 
 
 

1. Clair de lune (1890)
2. L’Isle Joyeuse (1903-1904)
Images, 2e série (1907)
3. Cloches Ă  travers les feuilles
4. Et la lune descend sur le temps qui fut
5. Poissons d’or

Préludes, Livre I (1909-1910)
6. I. Danseuses de Delphes
7.II. Voiles
8. III. Le Vent dans la plaine
9. IV. « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir »
10.V. Les Collines d’Anacapri
11. VI. Des pas sur la neige
12. VII. Ce qu’a vu le vent d’Ouest
13. VIII. La Fille aux cheveux de lin
14. IX. La Sérénade interrompue
15. X. La Cathédrale engloutie
16. XI. La Danse de Puck
17. XII. Minstrels
18. XIII. La plus que lente L.121 (1910)

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Enregistrement réalisé en mars 2018 à la Ferme de Villefavard sur piano C. Bechstein 1900 - Prise de son, montage, mastering : Cyrille Métivier

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CENTENAIRE DEBUSSY 2018

 
 
 
EN LIRE PLUS : dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018
, le bilan d’une annĂ©e de cĂ©lĂ©bration bien timide : le cd qui paraĂźt en janvier 2019 chez Paraty, outre l’affirmation du tempĂ©rament de la pianiste VĂ©ronique Bonnecaze, rĂ©tablit avec Ă©clat le gĂ©nie du compositeur pour le piano… Une rĂ©alisation bienvenue qui clĂŽt de façon superlative les cĂ©lĂ©brations Debussy en France.

 
 
 
 
 
 

POITIERS, TAP. Deshayes, Vitaud
jouent Debussy, Fauré, Duparc

deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsPOITIERS, TAP, le 11 dĂ©c 2018. Deshayes, Vitaud
 Le TAP / ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers fĂȘte le centenaire Claude Debussy (1862-1918). D’abord par le chant du piano seul avec la Suite bergamasque (amorcĂ©e dĂšs 1890, publiĂ©e en 1905) : Debussy y joue des formes du passĂ© (PrĂ©lude, Menuet, Passepied) et produit un son et des harmonies nouveaux. Le 4Ăšme Ă©pisode, un Clair de lune, vite cĂ©lĂšbre, allie douceur et invention mĂ©lodique.
MĂȘme ivresse sonore et forme planante, inĂ©dite dans  L’AprĂšs-midi d’un faune, d’aprĂšs  le poĂšme de MallarmĂ© oĂč le dĂ©sir et la pulsion Ă©rotique du faune conduisent le dĂ©veloppement, la trajectoire, la forme des harmonies. La sensualitĂ© dĂ©borde dans cette partition crĂ©e le 22 dĂ©cembre 1894, immĂ©diatement saluĂ©e par le si difficile et le trĂšs exigeant Ravel. La transcription pour clavier seul qu’en dĂ©duit le pianiste Jonas Vitaud sait prĂ©server l’Ă©noncĂ© allusif de ce rĂȘve Ă©veillĂ©,  tout en creusant sa part de mystĂšre voire son essence Ă©nigmatique.

PIANO & MELODIES ROMANTIQUES et POST ROMANTIQUES
Le chemins de la modernité

Le programme Ă  Poitiers laisse une part majeure au verbe poĂ©tique en particulier aux poĂšmes mis en musique par Debussy, Duparc (1848-1933), FaurĂ© (1845-1924), tous trois maĂźtres de la mĂ©lodie française… depuis le gĂ©nie d’un Berlioz au dĂ©but du siĂšcle. La trilogie ainsi exposĂ©e Ă  Poitiers met en lumiĂšre ce passage essentiel du romantisme au postromantisme et Ă  la modernitĂ© telle qu’elle s’affirme dans le cas de Debussy.

Cycle majeur de Gabriel FaurĂ© : La Bonne chanson (1894). À l’origine pour tĂ©nor et piano, le recueil des 9 poĂšmes mĂ©lodies s’inspire de Verlaine. Le concert en propose quatre parmi les plus emblĂ©matiques de la facilitĂ© de FaurĂ© dans ce genre qui unit le verbe et le son en une suite de peintures sonores picturales : Puisque l’Aube grandit, La Lune blanche,  N’est-ce pas ? L’Hiver a cessĂ©.

Les 3 chansons de Bilitis d’aprĂšs Pierre LouĂżs sont mises en musique par Debussy en 1897. Il s’agit d’évoquer, mieux d’exprimer le souffle filigranĂ© et sensuel de l’AntiquitĂ© grecque, comme c’Ă©tait l’enjeu et donc la rĂ©ussite du Faune de 1894.

Henri Duparc comme cet autre intransigeant et perfectionniste Paul Dukas, ne laisse Ă  la postĂ©ritĂ© que ces partitions les plus parfaites. En tĂ©moignent les mĂ©lodies jouĂ©es ce soir : La Vie antĂ©rieure, d’aprĂšs Baudelaire (1884) d’un pouvoir incantatoire et mystĂ©rieux irrĂ©sistible ; et  L’Invitation au voyage (1870),  d’aprĂšs Baudelaire aussi, qui envisage des climats musicaux d’une profondeur inĂ©dite.

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deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsDEBUSSY, FAURE, DUPARC
MARDI 11 décembre 2018, 20h30
TAP Poitiers
Durée : 1h30 avec entracte

Karine Deshayes, mezzo-soprano
Jonas Vitaud, piano

> Claude Debussy: Ballade, Suite Bergamasque, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (transcription Jonas Vitaud), Chansons de Bilitis
> Gabriel Fauré : 4 mélodies extraites de La Bonne Chanson op. 61

> Henri Duparc : MĂ©lodies

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

https://www.tap-poitiers.com/spectacle/debussy-faure-duparc/

Le QUATUOR MODIGLIANI Ă  Sceaux

modigliani-quatuor-concert-classiquenews-Modigliani-Quarte copyright droit reserves Marie-StaggatSCEAUX, La Schubertiade, 8 dĂ©c 2018. Quatuor Modigliani / A 17h30, samedi 8 dĂ©cembre 2018, Sceaux vit un nouveau chapitre de sa nouvelle histoire musicale dĂ©diĂ©e Ă  la musique de chambre. Voici donc le 3Ăšme rv Ă  l’HĂŽtel de ville de Sceaux, consacrĂ© Ă  3 rĂ©alisations parmi les plus convaincantes dans le genre du quatuor Ă  cordes. Au programme, le Quatuor Modigliani (formĂ© en 2003) interprĂšte trois quatuors, genre majeur de la musique de chambre, 3 partitions marquantes de la musique au XVIIIĂš et au XIXĂš : le Quatuor K. 465 « Les Dissonances » de Mozart ; le Quartettsatz de Schubert, enfin le seul Quatuor de Debussy, composĂ© en 1892, soit 10 ans avant son opĂ©ra (lui aussi unique : PellĂ©as et MĂ©lisande).

Les Dissonances de Mozart. Composé en 1785, le Quatuor n°19 « Les Dissonances » de Mozart est le dernier quatuor dédié à Joseph Haydn, maßtre pour tous, inventeur du genre et véritable étoile européenne à Vienne. Son écriture permet un riche dialogue entre chacun des quatre instruments, qui tous sont traités à égalité.
Le bouillonnant et nerveux Quartettsatz (1820) manifeste le gĂ©nie de Schubert, en pleine crise compositionnelle. EmblĂ©matique du travail, l’opus est un mouvement de quatuor inachevĂ©.

debussy-2018-centenaire-1918-2018-centenaire-de-la-mort-dossier-debussy-2018-sur-classiquenewsRare Ɠuvre de forme classique dans le catalogue des oeuvres de Claude Debussy, son unique Quatuor Ă  cordes est un bijou mĂ©lodique et rythmique de grande maturitĂ©. Il utilise le principe cyclique (empruntĂ© Ă  CĂ©sar Franck, lequel avait livrĂ© son propre Quatuor quelques mois auparavant en 1890), en reprenant le thĂšme initial dans chaque mouvement. Le Quatuor de Debussy est un sommet du genre, parce qu’il conclut une Ă©poque, empruntant dans sa forme classique, tout ce qui avait Ă©tĂ© produit de meilleur auparavant. 10 ans avant PellĂ©as (1902), ouvrage d’une nouvelle modernitĂ©, Debussy sait aussi considĂ©rablement rĂ©gĂ©nĂ©rer la forme chambriste en enrichissant la matiĂšre musicale par de nombreux emprunts extĂ©rieurs au classique proprement dit, et qui tĂ©moigne de l’éclectisme et de l’ouverture d’une pensĂ©e novatrice, inclassable (sans jamais que l’unitĂ© de l’architecture en pĂątisse) : modes grĂ©goriens, mĂ©lodies tziganes, surtout gamelan javanais (selon sa grande sensibilitĂ© pour le souffle oriental).
L’opus 10 est en 4 mouvements : AnimĂ© et trĂšs dĂ©cidĂ© / Assez vif et bien rythmĂ© (scherzo) / Andantino, doucement expressif (ample nocturne plutĂŽt mĂ©lancolique) / TrĂšs modĂ©rĂ©, trĂšs mouvementĂ© et avec passion.

La sensibilitĂ© Ă©tonnante du Quatuor Modigliani, qui allie profondeur, Ă©nergie, prĂ©cision technicienne, regard poĂ©tique et esprit de synthĂšse, apporte aujourd’hui un regard passionnant : un rv incontournable pour tous les amateurs de musique de chambre.

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Samedi 8 décembre 2018
Sceaux, HĂŽtel de ville Ă  17h30
Quatuors de Mozart, Schubert, Debussy
Quatuor Modigliani

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.schubertiadesceaux.fr/quatuor-modigliani-8-decembre-2018/

 
 

 
 
   
 
 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (Ă©ditions L’Harmattan / nov 2018)

DEBUSSY-trace-ecart-la-trace-et-lecart-livre-evenement-claude-debussy-jean-pierre-armengaud-pierre-albert-castanet-critique-annonce-livreLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (Ă©ditions L’Harmattan / nov 2018). 2 cd, plusieurs articles et contributions complĂ©mentaires font les dĂ©lices du lecteur de ce livre trĂšs opportun sur la question de l’écriture debussyste. Nouvel opus de la collection « Musiques en question(s) » chez L’Harmattan, ce collectif aux regards multiples tourne autour de la question de l’écriture, donc de l’esthĂ©tique de Claude Debussy. En termes trĂšs accessibles (pour une fois), il y est question de l’immatĂ©rialitĂ© de l’écriture, ses caractĂšres, son vocabulaire et sa syntaxe, lesquels ont rĂ©volutionnĂ© la musique du XXù
 Si Debussy n’eut pas d’élĂšve Ă  proprement parler, des compositeurs majeurs se sont ensuite emparĂ© de son oeuvre et de son travail, trouvant dans ce terreau visionnaire, un ADN de la modernitĂ© qui les ont marquĂ©s ou continuent encore de les inspirer : Arthur LouriĂ©, Olivier Messiaen, Giacinto Scelsi, Henri Dutilleux, Toru Takemitsu, Edison Denisov, György Ligeti, JoĂŁo Madureira, Alain LouviĂ©, Thierry PĂ©cou
 autant de compositeurs qui sont d’ailleurs au programme des 2 cd complĂ©mentaires aux textes.
Parmi les thĂ©matiques et sujets dĂ©veloppĂ©s ici, certains nous paraissent trĂšs prometteurs et d’une juste pertinence : Debussy et Dutilleux : « mystĂšres en rĂ©sonance », Debussy spectral, « Debussy selon Boulez ou M. Croche et son double », Debussy et les compositeurs russes du XXĂš, « un air d’eau : le son matiĂšre chez debussy et Sciarrino », « Debussy et la musique portugaise pour piano du XXIÚ », « Le portamento chez Debussy », 
 sans omettre les commentaires de Jean-Pierre Armengaud concernant des enregistrements rĂ©cemment Ă©ditĂ©s dans le cadre du centenaire Debussy 2018 : « Diane au bois » et « La Chute de la maison Usher », deux inĂ©dits qui mĂ©ritent en effet d’ĂȘtre prĂ©sentĂ©s, commentĂ©s, valorisĂ©s en 2018 au moment du Centenaire
 lecture hautement recommandĂ©e.

CLIC D'OR macaron 200PrĂ©sentation de l’ouvrage par l’éditeur, et prĂ©sentation de l’auteur :   « En cette annĂ©e du 100e anniversaire de la mort de Claude Debussy, ce livre accompagnĂ© de 2 CD a l’ambition d’une exploration dans l’univers debussyste sous des angles pluriels, inĂ©dits, originaux ou inattendus parfois, sans exclure quelques Ă©chappĂ©es d’humour faunesque
 faites par une plĂ©iade de grands debussystes, chercheurs, professeurs, compositeurs, interprĂštes. Refusant comme le prĂ©conisait Debussy de « dĂ©monter les oeuvres comme de curieuses montres », ils ont choisi d’investiguer les traces que la musique de Debussy a laissĂ©es chez quelques compositeurs contemporains majeurs.

Pianiste-concertiste et musicologue, Jean-Pierre Armengaud est professeur Ă©mĂ©rite de l’UniversitĂ© d’Evry (Paris-Saclay). Il est l’interprĂšte de plusieurs intĂ©grales discographiques dont celle de Debussy et d’un coffret d’inĂ©dits chez Warner Music. Ancien responsable de la crĂ©ation musicale Ă  Radio France, il est l’auteur de plusieurs publications dont une biographie sur Erik Satie aux Ă©ditions Fayard.‹‹Compositeur et musicologue, Pierre-Albert Castanet est professeur Ă  l’UniversitĂ© de Rouen Normandie et au CNSM de Paris. Membre titulaire de l’AcadĂ©mie des sciences, belles lettres et arts de Rouen, il est l’auteur de nombreux textes et ouvrages portant notamment sur Scelsi et sur les compositeurs historiques de l’ItinĂ©raire (Grisey, Murail, Dufourt, Levinas, Tessier). »

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LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CLAUDE DEBUSSY : La trace et l’écart (Ă©ditions L’Harmattan / novembre 2018)

BrochĂ© – format : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-343-15634-7 ‱ 3 octobre 2018 ‱ 348 pages
EAN13 : 9782343156347
EAN PDF : 9782140101748

CLIC de CLASSIQUENEWS

Toutes les infos sur le site des Ă©ditions L’HARMATTAN
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=61067

Compte-rendu, opéra. Strasbourg. ONR, le 19 oct 2018. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. Lapointe, Gillet, Imbrailo
 Ollu / Kosky.

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 19 octobre 2018. PellĂ©as et MĂ©lisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo
 Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Hommage Ă  Debussy Ă  Strasbourg pour cette annĂ©e du centenaire de sa mort (NDLR : LIRE notre dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018) ; ainsi la production inattendue de PellĂ©as et MĂ©lisande de Barrie Kosky avec une superbe distribution plutĂŽt engagĂ©e ; Anne-Catherine Gillet et Jacques Imbrailo dans les rĂŽles-titres, sous la direction du chef Franck Ollu, pilotant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, en pleine forme.

 
 
 

Pelléas de Debussy à Strasbourg : production choc !

RĂ©cit d’une tragĂ©die de la vie de tous les jours


 
 
 

Debussy-strasbourg-pelleas-absalom-duo-gilet-critique-opera-par-classiquenews-PELLEASetMELISANDE_7380PhotoKlaraBeck

 
 
 

Le chef d’oeuvre de Debussy et Maeterlinck revient Ă  Strasbourg avec cette formidable production grĂące Ă  un concert des circonstances brumeuses 
 comme l’oeuvre elle mĂȘme. La production programmĂ©e au dĂ©part Ă  Ă©tĂ© annulĂ©e abruptement apparemment pour des raisons techniques qui nous Ă©chappent. Heureux mystĂšre qui a permis Ă  la directrice de la maison Eva Kleinitz de faire appel Ă  Barrie Kosky, le metteur en scĂšne australien, Ă  la direction de l’OpĂ©ra Comique de Berlin (que nous avons dĂ©couvert Ă  Lille en 2014 : lire notre compte rendu de CASTOR et POLLUX de Rameau : ” De chair et de sang”, sept 2014)

Pas de levĂ©e de rideau dans une production qui peut paraĂźtre minimaliste au premier abord grĂące Ă  l’absence notoire d’élĂ©ments de dĂ©cors. La piĂšce Ă©ponyme de Maeterlinck est en soi le bijou du mouvement symboliste Ă  la fin du 19e siĂšcle. Le thĂ©Ăątre de l’indicible oĂč l’atmosphĂšre raconte en sourdine ce qui se cache derriĂšre le texte. Un thĂ©Ăątre de l’allusion subtile qui ose parler des tragĂ©dies quotidiennes tout en dĂ©ployant un imaginaire poĂ©tique souvent fantastique. Le parti pris fait fi des didascalies et rĂ©fĂ©rences textuelles. Pour notre plus grand bonheur ! L’histoire de Golaud, prince d’Allemonde qui retrouve MĂ©lisande perdue dans une forĂȘt et qu’il Ă©pouse par la suite. Une fois installĂ©e dans le sombre royaume, elle tombe amoureuse de PellĂ©as, demi-frĂšre cadet de Golaud
 Un demi-frĂšre qu’il aime plus qu’un frĂšre, bien qu’ils ne soient pas nĂ©s du mĂȘme pĂšre. L’opĂ©ra du divorce quelque part, se termine par le meurtre de PellĂ©as, la violence physique contre MĂ©lisande enceinte, et sa propre mort ultime.

Puisqu’il s’agĂźt d’une sorte de thĂ©Ăątre trĂšs spĂ©cifique, – peu d’action, beaucoup de descriptions-, l’opus se prĂȘte Ă  plusieurs lectures et interprĂ©tations. Celle de Barrie Kosky est rare dans sa simplicitĂ© apparente et dans la profondeur qui en dĂ©coule. Nous sommes devant un plateau tournant, oĂč les personnages ne peuvent pas faire de vĂ©ritables entrĂ©es ou sorties de scĂšnes, mais sont comme poussĂ©s malgrĂ© eux par la machine. GrĂące Ă  ce procĂ©dĂ©, le travail d’acteur devient protagoniste.

Quelle fortune d’avoir une distribution dont l’investissement scĂ©nique est palpable, Ă©poustouflant. Le grand baryton Jean-François Lapointe interprĂšte le rĂŽle de Golaud avec les qualitĂ©s qui sont les siennes, un art de la langue impeccable, un chant sein et habitĂ©, et sa prestance sans Ă©gale sur scĂšne. S’il est d’une fragilitĂ© bouleversante dans les scĂšnes avec son fils Yniold (parfaitement chantĂ© par un enfant du Tölzer Knabenchor, Cajetan DeBloch) en cause l’aspect meurtri, blessĂ© du personnage, le baryton canadien se montre tout autant effrayant et surpuissant, et thĂ©Ăątralement et musicalement, notamment dans ses « Absalon ! Absalon ! » au 4e acte, le moment le plus fort et forte de l’ouvrage.

 
 
 

DEBUSSY-strasbourg-opera-critique-compte-rendu-opera-par-classiquenews-gillet-PELLEASetMELISANDE_4887PhotoKlaraBeck
 
 
 
La MĂ©lisande d’Anne-Catherine Gillet est aĂ©rienne dans le chant mais trĂšs incarnĂ©e et captivante dans son jeu d’actrice, tout aussi frappant. Le trouble du personnage mystĂ©rieux se rĂ©vĂšle davantage dans cette production. Le PellĂ©as de Jacques Imbrailo, bien qu’un peu caricatural parfois, est une dĂ©couverte gĂ©niale. Encore le jeu d’acteur fait des merveilles progressivement, mais il y a aussi une gradation au niveau du chant, avec une puretĂ© presque enfantine dans les premier, second et troisiĂšme actes, il devient presque hĂ©roĂŻque au quatriĂšme.

Des compliments pour l’excellente GeneviĂšve de Marie-Ange Todorovitch, redoutable actrice, et aussi pour l’Arkel de Vincent Le Texier, dont les quelques imprĂ©cisions vocales marchent en l’occurrence. L’autre rĂŽle, principal, si ce n’est LE rĂŽle principal, vient Ă  l’orchestre, en pleine forme, presque trop. Si les chanteurs doivent souvent s’élever au dessus de la phalange, nous avons eu la sensation parfois pendant cette premiĂšre qu’il s’agissait d’un vĂ©ritable combat, sans rĂ©els gagnants. Parce que l’exĂ©cution des instrumentistes a Ă©tĂ© trĂšs souvent 
incroyable, notamment lors des interludes sublimes, nous soupçonnons que la direction de Franck Ollu a impliquĂ© des choix qui ne font pas l’unanimitĂ©. Le chef a Ă©tĂ© nĂ©anmoins largement ovationnĂ© aux saluts comme tous les artistes collectivement impliquĂ©s.

 
 
 

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A voir et revoir sans modĂ©ration pour le plaisir musical pour l’annĂ©e du centenaire DEBUSSY 2018, mais aussi et surtout pour dĂ©couvrir l’art de Barrie Kosky et son Ă©quipe (impeccables costumes de Dinah Ehm, dĂ©cors et lumiĂšres hyper efficaces de Klaus GrĂŒnberg notamment), que nous voyons trop rarement en France. A l’affiche Ă  Strasbourg les 21, 23, 25 et 27 octobre, ainsi que les 9 et 11 novembre 2018 Ă  Mulhouse.

 
 
 

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Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 19 octobre 2018. PellĂ©as et MĂ©lisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo
 Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Illustrations : © Klara Beck / OpĂ©ra national du Rhin 2018

 
 
  
 
  
 
 

Centenaire DEBUSSY 2018. Entretien avec RĂ©my Campos, commissaire de l’exposition « DEBUSSY A LA PLAGE

debussy-a-la-plage-exposition-saint-germain-par-classiquenewsDEBUSSY A LA PLAGE
 Entretien avec RĂ©my Campos, commissaire de l’exposition « DEBUSSY A LA PLAGE, archĂ©ologie d’un album photographique », actuellement au Domaine national de Saint-Germain en Laye (78) ; et jusqu’au 15 dĂ©cembre 2018. Qu’a Ă  faire Claude Debussy Ă  l’étĂ© 1911 sur les plages et bords de mer normand, Ă  Houlgate prĂ©cisĂ©ment, appareil photographique Ă  la main, arpentant les lieux de vie, parfois mondains, souvent familiaux, promenades et jetĂ©es, prĂšs du Casino et des cabines de bain ? RĂ©my Campos soulĂšve le voile et rĂ©vĂšle la passion ou plutĂŽt l’Ɠil photographique d’un Debussy viscĂ©ralement sauvage et solitaire, quelques annĂ©es avant la dĂ©claration de guerre


 

 

 

 

CNC / CLASSIQUENEWS : De tout le corpus photographique que vous avez visualisĂ©, quels dĂ©tails ou facettes – ainsi rĂ©vĂ©lĂ©s ou dĂ©couverts- de Debussy vous ont surpris, Ă©bloui, enchantĂ© ?

RĂ©my CAMPOS / RC : Il y a d’abord eu la dĂ©couverte de documents inĂ©dits. Pour un historien, c’est Ă©videmment un moment palpitant. Seules quatre ou cinq images du sĂ©jour des Debussy Ă  Houlgate avaient Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement reproduites depuis les annĂ©es 1920. Toutes les images reprĂ©sentant Emma et sa mĂšre avaient jusqu’ici dormi dans les albums de familles conservĂ©s Ă  la BibliothĂšque nationale de France. Ceux-ci contenaient aussi un trĂšs grand nombre de clichĂ©s pris dans le jardin de l’hĂŽtel particulier des Debussy (avenue du Bois – aujourd’hui avenue Foch). Dans ces images intimes, on voit beaucoup Chouchou, la fille du couple, et on dĂ©couvre aussi le quotidien d’une famille bourgeoise avec nurse anglaise, domestiques, visites familiales et rĂ©ception d’amis.
Et puis il y a eu l’aventure documentaire amorcĂ©e par la dĂ©couverte fortuite de photographies que le jeune Jacques Henri Lartigue avait prises de la famille Debussy, sans savoir toujours qui passait devant son objectif. L’enquĂȘte nous a entraĂźnĂ© loin, jusqu’à des trouvailles inattendues comme cette photographie de presse prise aux courses Ă  Longchamp oĂč l’on dĂ©couvre Emma et sa fille parmi les dames Ă©lĂ©gantes prĂ©sentes ce jour-lĂ  au bord des pistes.
De fil en aiguille, les images rassemblĂ©es ont suscitĂ© une rĂ©flexion inattendue sur le rapport des Debussy Ă  l’image photographique.

 

 

 

 

CNC : Quelle est la relation de Debussy à la société, à la plage ou à Paris, ces clichés rassemblés nous révÚlent-ils ?

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsSi on le compare Ă  Gabriel FaurĂ© ou Ă  Igor Stravinsky, pour ne prendre que deux de ses contemporains, Claude Debussy est un crĂ©ateur solitaire, surtout dans la derniĂšre partie de sa carriĂšre. L’accĂšs Ă  l’hĂŽtel particulier de l’avenue du Bois est strictement limitĂ© Ă  la famille des deux Ă©poux et Ă  un cercle trĂšs Ă©troit d’amis. Rares seront les journalistes Ă  pouvoir approcher le compositeur et les importuns sont tenus Ă  distance. Les photographies tĂ©moignent de cet isolement recherchĂ©. Ce sont toujours les mĂȘmes personnes que l’on retrouve dans les images. Aucun clichĂ© ne montre des rĂ©unions mondaines comme il en existe du temps oĂč Debussy frĂ©quentait Ernest Chausson dans les annĂ©es 1890. Les tĂ©moignages de ses proches vont dans le mĂȘme sens. Raoul Bardac, fils du premier mariage d’Emma et Ă©lĂšve en composition de Claude Debussy, tĂ©moigne du goĂ»t de la solitude du musicien.
Le sĂ©jour Ă  Houlgate en aoĂ»t 1911, voulu par sa femme, est par consĂ©quent une terrible Ă©preuve pour Claude Debussy qui se trouve plongĂ© dans la trĂ©pidante vie mondaine que les Parisiens sĂ©journant sur la cĂŽte normande, transportent avec eux le temps d’un Ă©tĂ©. La station est parmi les plus Ă©lĂ©gante de l’époque mais on y trouve tout ce que Claude Debussy dĂ©teste : les musiques faciles des casinos, les clients envahissants d’un Grand-HĂŽtel cosmopolite, l’obsession du paraĂźtre, etc.

 

 

 

CNC :Comment expliquer cette “passion” photographique, de la part de Debussy ?

L’intĂ©rĂȘt de Claude Debussy pour la photographie ne nous est connu qu’en creux. Le musicien n’a jamais Ă©crit un article oĂč il se serait enthousiasmĂ© pour cet art encore jeune, sa correspondance n’y fait allusion que de façon sporadique et il ne semble pas qu’il ait possĂ©dĂ© dans les annĂ©es 1880-1900 le coĂ»teux appareillage nĂ©cessaire aux prises de vues. Pendant sa jeunesse, le musicien a pour plus proche ami Pierre LouĂżs, Ă©crivain ayant la passion de la photographie, qui le mettra en scĂšne dans des images trĂšs soignĂ©es, comme on en produisait alors dans les milieux artistiques (Edgard Degas ou Pierre Bonnard, par exemple, ont consacrĂ© beaucoup de temps Ă  fabriquer des images photographiques qui entendaient dialoguer avec la peinture).
Durant les vingt derniĂšres annĂ©es de sa vie en revanche, Claude Debussy et sa femme Emma ont Ă©tĂ© des photographes amateurs comme il en existait alors des milliers. SĂ©duits par la facilitĂ© d’usage des appareils de type Kodak et de dĂ©veloppement des clichĂ©s que l’on peut alors confier Ă  un dĂ©taillant, la famille Debussy rĂ©alise un trĂšs grand nombre d’images, dont beaucoup sont d’ailleurs mal cadrĂ©es ou peu Ă©clairĂ©es. La photographie est alors une pratique en passe de devenir banale. Les Debussy ne se distinguent pas dans ce domaine de leurs contemporains.

 

 

 

CNC : Savons-nous sur quelles partitions Debussy travaillait-il pendant ses étés à la plage ?

DĂšs les premiĂšres annĂ©es de vie commune, le couple Debussy part tous les Ă©tĂ©s en vacances au bord de la Manche. En 1904 Ă  Pourville oĂč Claude corrige des Ă©preuves d’imprimerie, en 1905 Ă  Eastbourne oĂč il travaille Ă  la premiĂšre sĂ©rie des Images pour piano, en 1906 prĂšs de Dieppe oĂč il emporte ses Images pour orchestre en cours d’écriture et en 1907 de nouveau Ă  Pourville oĂč il songe Ă  un Tristan qui ne verra jamais le jour.
Le voyage Ă  Houlgate qui est au cƓur du livre Debussy Ă  la plage est le seul Ă  avoir lieu entre 1908 et 1914. Pendant ce sĂ©jour en aoĂ»t 1911, Claude Debussy travaille Ă  l’orchestration de la Rhapsodie pour clarinette originellement composĂ©e pour les concours du Conservatoire de Paris avec un accompagnement de piano. Ou plutĂŽt, il promet Ă  son Ă©diteur un arrangement auquel il ne se consacrera que de retour Ă  Paris en septembre. Le moment houlgatais est celui d’un grand dĂ©sarroi artistique.
En pleine guerre, la villĂ©giature Ă  Pourville de juillet Ă  octobre 1915 fait exception. Claude Debussy n’habite pas dans un de ces hĂŽtels internationaux dont il dit tant de mal dans sa correspondance mais dans la villa « Mon coin », Ă©loignĂ©e du rivage et donc des touristes. Dans cette maison prĂȘtĂ©e par des amis, la Manche n’est visible qu’au loin. Parce qu’il n’est pas astreint aux obligations mondaines d’une station balnĂ©aire, Claude Debussy parvient Ă  Ă©crire pendant les quatre mois de ce dernier sĂ©jour normand plusieurs de ses ultimes chefs-d’Ɠuvre : En blanc et noir, les deux livres d’Études pour piano, la Sonate pour flĂ»te, alto et harpes.
Lors des deux vacances maritimes suivantes – au Moulleau, prĂšs d’Arcachon, pendant l’étĂ© 1916 puis Ă  Saint-Jean-de-Luz en 1917 –, Claude Debussy sera gravement malade et n’écrira plus de musique.
MalgrĂ© la vĂ©ritable fascination de Debussy pour la mer, le musicien aura finalement peu Ă©crit prĂšs des rivages. Ultime paradoxe : on sait aujourd’hui que le musicien a commencĂ© la composition de la Mer Ă  Bichain dans l’Yonne pendant les vacances de l’étĂ© 1903


 

 

Propos recueillis en octobre 2018.

 

 

 

 

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SAINT-GERMAIN EN LAYE (78), DEBUSSY A LA PLAGE, Exposition au Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, ville natale de Claude Debussy, du 15 septembre au 15 dĂ©cembre 2018. Commissaire : RĂ©gis Campo. PrĂ©sentation critique du catalogue Ă  venir sur classiquenews. Exposition en plein air, grilles du chĂąteau et de la Mairie de Saint-Germain : photographies en grand format 

 

 

 

 LIRE aussi notre prĂ©sentation du Livre Catalogue “Debussy Ă  la Plage” (Gallimard)

 

 debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenews

LIVRE événement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard)

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. DEBUSSY A LA PLAGE (Gallimard). Catalogue de l’exposition en plein air au domaine de Saint-Germain en Laye (78), « Debussy Ă  la plage » regroupe un ensemble de photographies uniques dĂ©voilant le compositeur en costume de villĂ©giature, en Normandie principalement, Ă  Houlgate et Prouville, en 1904 ou 1907 et surtout 1911. En couverture, Claude Debussy Ă  la plage, appareil photo en main : tout est dit. Il s’agit de clichĂ©s le reprĂ©sentant lui et sa famille (Emma son Ă©pouse, leur enfant, Chouchou ; avec la fille d’Emma, HĂ©lĂšne), ou photographies dĂ©but du siĂšcle, fixant les lieux oĂč ils ont sĂ©journĂ©, qu’il a saisis lui-mĂȘme Ă  travers son objectif. Debussy comme sujet, Debussy comme Ɠil Ă  l’affĂ»t, curieux de capter une atmosphĂšre, une situation, le visage et la silhouette de ses proches ou de ses amis

Ainsi est dĂ©voilĂ©, un aspect mĂ©connu de la vie de l’auteur de PellĂ©as, le Debussy en vacances, qui comme ses contemporains, tout en se tenant Ă  distance des bondieuseries mondaines, s’adonne au plaisir du bord de mer. Les clichĂ©s ainsi rĂ©unis composent une nouvelle manne scientifique, pilier inestimable d’une nouvelle source documentaire constituant dĂ©sormais une archĂ©ologie par l’image d’une Ă©vidente vĂ©ritĂ©. L’auteur et commissaire RĂ©my Campos restitue un Ă©tĂ© idĂ©al ou une villĂ©giature type des Debussy (Claude, sa compagne Emma, leur fille, la mĂšre de Emma
) pendant l’étĂ© 1911. Debussy est fatiguĂ©, peu disposĂ© Ă  sacrifier au rituel social (le dĂ©filĂ© du promenoir), plutĂŽt un solitaire qui prĂ©fĂšre passĂ© inaperçu en se fondant dans une foule pourtant avide de potins, signes extĂ©rieurs de pouvoir, respectabilitĂ© et convenances en tout genre


 

 

 

Gallimard nous offre pour l’annĂ©e de son Centenaire 2018
un portrait passionnant inédit de Claude Debussy


VISAGES DU DEBUSSY PHOTOGRAPHE

 

 

 

debussy a la plage catalogue gallimard livre CLIC de classiquenews critique livre par classiquenews

 

 

 

Les 224 pages de ce catalogues trĂšs illustrĂ©s offrent ainsi pour son Centenaire 2018, un portrait inĂ©dit et vivant de Debussy tel qu’en lui-mĂȘme, (et aussi PAR lui-mĂȘme puisqu’il photographie son entourage et les lieux investis) ; devant l’objectif, – pas toujours trĂšs prĂ©cis (ce qui donne aux images, un caractĂšre Ă©vanescent et pictural), le compositeur paraĂźt face Ă  l’oeil mĂ©canique, distinguĂ© dans ses costumes estivaux, chapeau, gilet, nƓud de papillon
 en sus.
L’auteur ajoute l’apport de tĂ©moignages rĂ©els (inespĂ©rĂ©s) comme celui de Jacques-Henri Lartigue lequel semble reconnaĂźtre sur un clichĂ© pris en 1907, la silhouette typique de Debussy ; ou bien le regard hypothĂ©tique d’un contemporain, Proust qui lui aussi frĂ©quenta les mĂȘmes lieux et aima Ă  la diffĂ©rence de Claude, l’esprit des sites de vacances (Casino et Grand HĂŽtel, digues et plages
), tout ce thĂ©Ăątre social qui suit rĂšgles et tenues loin de la ville, tout en en recomposant les rites et les convenances des mondanitĂ©s les plus Ă©laborĂ©es.

Contrairement Ă  ce qui est prĂ©sentĂ© comme « trivial », ce milieu balnĂ©aire et maritime rĂ©vĂšle la relation de Debussy aux autres, ou plutĂŽt renforce une volontĂ© de se prĂ©server coĂ»te que coĂ»te des banalitĂ©s sociales. Est ainsi Ă©pinglĂ©e, la « mondanité » chose si « triviale » pour Debussy (en effet de son point de vue), lui qui cultive comme compositeur, la suggestion, le mystĂšre, l’indicible.
Rien n’est tenu cachĂ© des intentions des promeneurs, des motivations avouĂ©es ou non des nombreux hommes qui se tiennent debout sur le sable, au moment du bain
 alors que les robes sont longues (voir les toilettes des Ă©lĂ©gantes Ă  Auteuil ou Ă  Longchamps en 1911
) et que les corps des baigneuses sont abondamment couverts d’habits, l’Ɠil s’excite Ă  l’idĂ©e de contempler Ă  travers le vĂȘtement mouillĂ© au sortir de l’onde, des formes que l’on tient ordinairement cachĂ©es.

 

 

 

debussy-a-la-plage-emma-devant-le-casino-de-houlgate-critique-livre-par-classiquenews-sept-2018

 

 

 

DEBUSSY en SON HÔTEL PARTICULIER avec EMMA
 Plus loin dans la partie « citadine » (non balnĂ©aire), Ă  Paris, l’intimitĂ© du clan Debussy dans l’hĂŽtel particulier au Bois de Boulogne, est « traquĂ©e » par un jeune photographe en herbe, Lartigue, leur voisin (habitant rue Leroux, donnant sur l’avenue du Bois, le quartier du compositeur), dont l’appareil capte un formidable clichĂ© (entre autres) mĂ©connu voire inĂ©dit des 3 femmes de Claude en promenade : Chouchou, Emma, et la fille de cette derniĂšre, HĂ©lĂšne (superbe clichĂ© sur le vif, « Avenue des Acacias, mai 1911).
Cette partie sur la vie Ă  Boulogne, « mondaine », plutĂŽt rĂ©servĂ©e Ă  quelques habituĂ©s, est tout aussi passionnante que les tĂ©moignages de l’activitĂ© estivale Ă  la plage. On y repĂšre Ă  travers les clichĂ©s sur le perron du bĂątiment situĂ© prĂšs du chemin de fer, Satie, Bonnard
 et Ă  l’intĂ©rieur de l’HĂŽtel, Stravinsky, 
 et bien sĂ»r Debussy lui-mĂȘme Ă  son bureau, en compositeur « embourgeoisé ».
Le bĂ©nĂ©fice visuel et documentaire de ce corpus ainsi idĂ©alement prĂ©sentĂ© (par thĂ©matiques : La Plage, La Digue-promenoir, Le Casino, Le Grand HĂŽtel; puis, dans l’intimitĂ© de la famille Debussy hors Ă©tĂ© : L’HĂŽtel particulier, Avenue du Bois, Une Biographie en images
) offre un aperçu plus que concret ou anecdotique sur la vie intime du clan Debussy. Du musicien, ailleurs tenu discret, timide, rĂ©servĂ©. Le livre est un formidable Ă©cran, rĂ©vĂ©lant l’homme et le pĂšre de famille en bord de mer et Ă  Paris, en cette annĂ©e clĂ©, 1911.

CLIC D'OR macaron 200CD, BONUS PROFITABLE : l’éditeur ajoute un cd Ă©voquant l’activitĂ© musicale de Debussy en 1911 : partitions crĂ©Ă©es et dirigĂ©es cette annĂ©e par Debussy aux Concerts Sechiari, ou avec l’Orchestre du Cercle Musical ; Ɠuvre inĂ©dite reconstituĂ©e Ă  partir de la partition mentionnĂ©e par le compositeur sur une carte postale dĂ©diĂ©e Ă  Emma pour NoĂ«l 1911: chƓur des marins dont le texte consigne le renoncement de Debussy – selon le voeu d’Emma-, Ă  rejoindre Boston pour y assister Ă  la crĂ©ation de PellĂ©as,.
Edition magistrale. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

 

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BEAUX-LIVRES, Ă©vĂ©nement. RÉMY CAMPOS : Debussy Ă  la plage. Hors sĂ©rie Connaissance, Gallimard / Parution : 13 sept 2018. PrĂ©face de Jean-Yves TadiĂ© + 1 cd : activitĂ© musicale de Debussy en 1911. DurĂ©e d’Ă©coute : 74 mn – 224 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 275 x 210 mm, cartonnĂ© – ISBN : 9782072797910 – Gencode : 9782072797910 – Code distributeur : G02130. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

 

 

LIRE aussi notre grand dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018 

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SAINTES. RĂ©cital d’Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h

ilic-ivan-piano-cage-satie-debussy-vignette-carre-280Saintes. RĂ©cital du pianiste Ivan Ilic, samedi 9 juillet 2016, 22h. Dans l’église abbatiale de Saintes (Abbaye aux Dames), le pianiste Ivan Ilic propose un programme idĂ©alement adaptĂ© Ă  l’esprit et Ă  l’acoustique du lieu. C’est un programme intimiste, qui s’inscrit au dĂ©but de la nuit d’étĂ©, retraçant de passionnantes filiations et correspondances entre Scriabine et Debussy, Satie et Cage
 Une secrĂšte et permanente influence française que son programme originel enregistrĂ© sous le titre The Transcendentalist (CLIC de CLASSIQUENEWS, mai 2014) avait Ă  peine exprimer de façon explicite. Or l’originalitĂ© de Satie est bien prĂ©sente, indiscutable et stimulante pour nombre de compositeurs et crĂ©ateurs qui l’ont ou non directement approché 

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Satie & friends …

In a Landscape et Dream de John Cage date de la fin de la premiĂšre pĂ©riode de sa production, soit 1948. Cage Ă©tait alors obsĂ©dĂ© par Erik Satie, assez mĂ©connu en AmĂ©rique Ă  l’époque. Pendant l’étĂ© 1948 Cage a organisĂ© 25 concerts de la musique d’Erik Satie, et il donne une confĂ©rence qui marque l’histoire de la musique, intitulĂ©e “DĂ©fense de Satie” dans laquelle il oppose Satie Ă  Beethoven, et donne raison Ă  Satie. « Cage a Ă©tudiĂ© les carnets de brouillons de Satie, dans lesquels il trouve la structure rythmique de piĂšces Ă  venir. Il comprend ainsi que Satie « compose » le rythme en premier, puis « remplit » les cellules de notes, pour composer ses morceaux, et cette idĂ©e fascine Cage, qui a rĂ©alisĂ© depuis ses Ă©tudes avec Schoenberg qu’il n’avait pas de don pour l’harmonie. Cage y trouve une sortie de son impasse esthĂ©tique, et il explore cette mĂȘme idĂ©e dans ses cĂ©lĂšbres Sonates et Interludes pour piano prĂ©parĂ©, qui date la mĂȘme Ă©poque. Associer les piĂšces mythiques de Satie avec ces piĂšces de Cage est donc une Ă©vidence.», prĂ©cise Ivan Ilic. Outre Cage et Satie, voici tout autant Claude Debussy
 un Debussy certes adulĂ© et cĂ©lĂ©brĂ© mais finalement jaloux du statut particulier, atypique d’un Satie puissant et original, dĂ©finitivement inclassable.

« Debussy admirait toujours le statut de “outsider” de Satie, son indĂ©pendance du milieu musical parisien. Avec leur ambiguĂŻtĂ© expressive, certains prĂ©ludes de Debussy sont proche de l’esprit des miniatures Satie, bien que plus riches sur le plan harmonique, et plus proche de la musique russe (Stravinsky, Scriabine) qui poussait de plus en plus loin une utilisation chromatique de la tonalité » complĂšte Ivan Ilic. A Satie et Debussy, maĂźtres des tonalitĂ©s suspendues, irrĂ©solues et des formes inĂ©dites dans le sillon des GymnopĂ©dies, Ivan Ilic associe aussi Alexandre Scriabine, le compositeur pianiste au mysticisme parfois superfĂ©tatoire dont il offre les derniĂšres pages pour le piano : « On y trouve un mĂ©lange d’extase et de calme spirituel, comme s’il savait qu’il fallait tout donner dans la derniĂšre annĂ©e de vie, qui s’avĂšre trĂšs productive, par ailleurs ».

Le programme d’Ivan Ilic Ă  Saintes rĂ©sonne tel un parcours intĂ©rieur, singulier et original : « On passe d’une musique modale (Cage) Ă  une musique entiĂšrement dĂ©nouĂ©e de drame (Satie) Ă  une harmonie plus complexe et suggestive (Debussy) Ă  l’abstraction de Scriabine, avec un tourbillon d’émotion dans Vers la flamme qui ne cesse de monter et de donner Ă  l’auditeur l’impression de monter vers l’extase », conclut le pianiste.

boutonreservationRĂ©cital du pianiste Ivan Ilic Ă  Saintes
Abbaye aux Dames de Saintes
Samedi 9 juillet 2016, 22h

 

 

ENTRETIEN AVEC IVAN ILIC…  question complĂ©mentaire Ă  Ivan Ilic pour mieux comprendre les enjeux esthĂ©tiques de son rĂ©cital Ă  Saintes 2016.

CLASSIQUENEWS : En quoi le programme diffĂšre t il / reprend t-il le programme et l’esprit des piĂšces du cd de 2014 ?
Transcendance irrĂ©sistible d'Ivan IlicIvan Ilic : Ce programme est Ă©troitement liĂ© Ă  mon disque Le Transcendantaliste / The Transcendentalist (CD Ă©lu CLIC de CLASSIQUENEWS en 2014), qui reliait Scriabine avec Cage et Morton Feldman, notamment. Le journaliste de Forbes, aux Etats-Unis a su identifier que le « saint patron du disque aurait pu ĂȘtre Satie », remarque trĂšs juste, car les oeuvres de Scriabine que j’avais choisies, sont presque sans tension, d’un lyrisme pure, ce qui est relativement atypique dans l’Ɠuvre de Scriabine, qui a plus tendance a exprimĂ© le cĂŽtĂ© tourmentĂ© de l’existence. Le programme du disque Ă©tait donc uniquement russe et amĂ©ricain, mais avec des influences françaises suggĂ©rĂ©es çà et lĂ .
Dans mon programme pour Saintes, le lien avec la musique française devient explicite. En Ă©coutant les piĂšces cĂŽte Ă  cĂŽte, on rĂ©alise les correspondances fortes, notamment entre Cage et Satie d’une part, et le Debussy et le Scriabine, tardifs, de l’autre. Le mot transcendantaliste implique une dĂ©marche intuitive de la composition, sans systĂšmes, et tous les quatre compositeurs tombent dans cette catĂ©gorie.

Je me sens particuliĂšrement proche de cette idĂ©e, car mĂȘme si j’ai fait des Ă©tudes de mathĂ©matiques, et je me considĂšre quelqu’un de plutĂŽt rationnel dans mon quotidien, j’accepte depuis quelques annĂ©es que la vie comporte une grande part de mystĂšre, et que le vrai pouvoir de la musique est justement son cĂŽtĂ© mystĂ©rieux, insaisissable, Ă©phĂ©mĂšre, inexplicable. Le fait de ne pas comprendre ne nous empĂȘche pas de faire ; au contraire, faire en ignorant le pourquoi me semble un acte essentiel, un geste qui tend vers l’infini”.

 

Propos recueillis en juin 2016.

Illustrations : Portrait du pianiste Ivan Ilic (© B Maire)

LIRE aussi notre critique complĂšte du cd The Transcendentalist d’Ivan Ilic, CLIC de CLASSIQUENEWS (Scriabine, Cage, Wollschleger, Feldman), Ă©ditĂ© en mai 2014

L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es joue Debussy et Chausson Ă  Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Jeudi 4 fĂ©vrier 2016. Orchestre des Champs ElysĂ©es : Debussy, Chausson, Magnard.... Somptueuse soirĂ©e symphonique au TAP de Poitiers ce soir avec l’Ă©clat poĂ©tique des instruments d’Ă©poque dans un programme de musique romantique française (et post romantique avec le sommet liquide et impressonniste, La mer de Debussy). Sous la conduite du chef Louis LangrĂ©e (applaudi la saison derniĂšre pour PellĂ©as et MĂ©lisande, les instrumentistes si passionnĂ©ment engagĂ©s dans le jeu historiquement informĂ© et toujours soucieux du timbre et du format sonore originel de chaque instrument, s’engagent pour une trilogie de compositeurs dont l’Ă©criture devrait ce soir gagner en mordant expressif, raffinement poĂ©tique, justesse caractĂ©risĂ©e, subtil Ă©quilibre entre lecture analytique et formidable texture sensuelle. Si le propre des auteurs français est souvent prĂ©sentĂ© comme ce scrupule particulier pour la transparence, la couleur, la clartĂ©, l’apport de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es devrait le dĂ©montrer dans ce programme qui associe : Debussy, Chausson et Magnard, particuliĂšrement convaincant. C’est de Chausson Ă  Debussy, une leçon d’Ă©quilibre entre dĂ©tails et souffle dramatique qui attend les spectateurs auditeurs du TAP de Poitiers lors de cette grande soirĂ©e de vertiges symphoniques.

chaussonSi la piĂšce maĂźtresse sur le plan symphonique et orchestral demeure Ă©videmment La Mer de Debussy – sublime triptyque climatique pour grand orchestre, le concert offre un aperçu significatif du wagnĂ©risme personnel d’Ernest Chausson, l’un des symphoniste et poĂšte musicien les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration (il est nĂ© en 1855, et s’Ă©teint fauchĂ© trop tĂŽt avant la fin du siĂšcle en 1899). ComposĂ© entre 1882 et 1890, le cycle est crĂ©Ă© lors de ses 38 ans en 1893 ; Le PoĂšme de l’amour et de la mer opus 19 d’aprĂšs le texte de son exact contemporain et ami, le poĂšte Maurice Bouchor (1855-1929), le PoĂšme comprend deux volets :
I. La Fleur des eaux : « L’air est plein d’une odeur exquise de lilas » – « Et mon cƓur s’est levĂ© par ce matin d’été » – « Quel son lamentable et sauvage »
Interlude
II. La Mort de l’amour : « BientĂŽt l’üle bleue et joyeuse » – « Le vent roulait les feuilles mortes » –  « Le temps des lilas »

Comprenant l’intervention d’une soliste (aujourd’hui soprano ou mezzo, bien que la version de crĂ©ation ait Ă©tĂ© rĂ©aisĂ©e par un tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet), la partition est Ă  la fois cantate, monologue, ample mĂ©lodie pour voix et orchestre oĂč les couleurs et le formidable chant de l’orchestre rivalise d’Ă©clats et de vie intĂ©rieure avec la voix humaine. Le cycle des 6 poĂšmes Ă©tait probablement quasi achevĂ© quand Chausson commence son opĂ©ra Le Roi Arthus, puis aprĂšs la composition de ce dernier, il rĂ©vise en 1893 Le PoĂšme pour lui apporter une parure dĂ©finitive et le faire crĂ©er dans une version piano / chant par le tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet (Bruxelles, le 21 fĂ©vrier 1893). La version orchestrale est assurĂ©e ensuite en avril suivant par la cantatrice ElĂ©onore Blanc.
Musique empoisonnĂ©e, langoureuse et trĂšs fortement mĂ©lancolique, le chant de Chausson qu’il s’agisse Ă  la voix ou dans l’orchestre exprime une extase mortifĂšre et nostalgique d’une incurable torpeur qui semble s’insinuer jusqu’Ă  l’intimitĂ© la plus secrĂȘte, dĂ©veloppant une Ă©criture scintillante et suspendue…. wagnĂ©rienne. Chausson a Ă©videmment Ă©coutĂ© Tristan et Yseult ; il ne cesse de dĂ©clarer son allĂ©geance Ă  l’esprit du maĂźtre de Bayreuth, en particulier dans un motif mĂ©lodique, obsessionnel, qui traverse toutes les mĂ©lodies et surtout se dĂ©veloppe explicitement dans l’interlude qui relie les deux volets du cycle : La Fleur des eaux et La Mort de l’amour.
Musique “proustienne”, d’un Ă©clectisme rentrĂ©, (typique en cela de la IIIĂš RĂ©publique), d’un parfum wagnĂ©rien Ă©vident mais si original et personnel (en cela digne des recommandations de son professeur CĂ©sar Franck, lui aussi partisan d’un wagnĂ©risme original et renouvelĂ©), douĂ©e d’une forte vie intĂ©rieure, l’Ă©criture de Chausson est rĂ©itĂ©ration, connotations, intentions masquĂ©es, plĂ©nitude des souvenirs et des songes enivrĂ©s et embrumĂ©s, l’expression d’une langueur presque dĂ©pressive qui ne cesse de dire son impuissante solitude. C’est en plus de Tristan, le modĂšle de Parsifal de Wagner (Ă©coutĂ© Ă  sa crĂ©ation en 1882 Ă  Bayreuth) qui est rĂ©interprĂ©tĂ©, “recyclĂ©” sous le filtre de la puissante sensibilitĂ© d’un compositeur esthĂšte et poĂšte. Encore scintillante et claire, La Mort de l’amour, cĂšde la place Ă  l’ombre inquiĂšte et l’anĂ©antissement graduel (La Fleur des eaux); les images automnales, crĂ©pusculaires, souvent livides et lĂ©thales dĂ©crivent un monde Ă  l’agonie, perdu, sans rĂ©mission (“le vent roulait les feuilles mortes”… est une marche grave et prenante). Et pour finir, tel une prophĂ©tie terrifiante, la derniĂšre mĂ©lodie, Le temps des Lilas (Ă©crite dĂšs 1886, et souvent chantĂ© comme une mĂ©lodie sĂ©parĂ©e, autonome) confirme qu’aprĂšs cette agonie il n’y aura plus de printemps. Le PoĂšme de l’amour et de la mer est la prĂ©diction d’une apocalypse inĂ©vitable. Il appartient aux interprĂštes d’en restituer et la langueur hynoptique et la magie des couleurs orchestrales d’un scintillement dont le raffinement annonce La Mer de Debussy… Le chef quant Ă  lui doit veiller aux Ă©quilibres, au format orchestre / voix, pour servir l’une des plus belles musique de chambre au souffle symphonique. L’ampleur et la profondeur mais aussi l’exquise lisibilitĂ© mortifĂšre du texte, de ses images d’une sourde et maladive mĂ©lancolie.
MĂȘme s’il fut fils de famille, et d’un train de vie supĂ©rieur Ă  celui de ses confrĂšre compositeur, Chausson, mort stupidement aprĂšs une mauvaise chute de vĂ©lo, savit entretenir autour de lui, l’ambiance d’un foyer artistique et intellectuel ouvert aux tendances les plus avancĂ©es de son temps : son salon de la rue de Courcelles Ă  Paris reçoit ses amis FaurĂ©, Duparc et Debussy, mais aussi MallarmĂ©, Puvis de Chavannes et Monet… A l’Ă©coute de son PoĂšme opus 19, l’auditeur convaincu tirera bĂ©nĂ©fice en poursuivant son exploration de l’univers de Chausson avec Le Roi Arthus (offrande personnelle sur l’autel wagnĂ©rien), Viviane, Symphonie en si bĂ©mol et bien sur, toute sa musique de chambre…

boutonreservationL’Orchestre des Champs-ElysĂ©es au TAP, Poitiers
Jeudi 4 février 2016, 19h30

Albéric Magnard : Hymne à la justice op.14
Ernest Chausson : PoĂšme de l’amour et de la mer op.19
Claude Debussy : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre
Durée du concert : 1h20mn (entracte compris)
Louis Langrée, direction
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano

Louis LangrĂ©e, premier chef invitĂ© de l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es, dĂ©fend la musique française partout dans le monde. La saison passĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique, ils ont crĂ©Ă© ensemble l’un des plus beaux PellĂ©as et MĂ©lisande qu’on ait entendu depuis longtemps, encensĂ© par le public et la critique. C’est justement Debussy qui constitue la piĂšce maĂźtresse de ce concert avec le poĂšme symphonique La Mer, fresque impressionniste oĂč le chatoiement des couleurs devrait ĂȘtre magnifiĂ© par les instruments d’époque. Le PoĂšme de l’amour et de la mer fut composĂ© seulement 20 ans avant mais illustre une esthĂ©tique fort diffĂ©rente, empreinte de l’influence wagnĂ©rienne qui dominait encore en France en cette fin du 19e siĂšcle.

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon)

piano natacha kudritskaya piano cd critique compte rendu debussy ravel Decaux cd critique CLASSIQUENEWS clic de classiquenews novembre 2015 nocturnesrectodef-1024x1024CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
 1 cd Deutsche Grammophon). Mille ivresses et rĂȘves de la nuit
 Sous l’emprise des grands magiciens, Debussy et Ravel, rĂ©vĂ©lant aussi la puissance onirique d’Abel Decaux, la pianiste ukrainienne Natacha Kudritsakya dĂ©croche le CLIC de classiquenews de novembre 2015. En ondine nocturne (pour reprendre le Premier volet du Gaspard ravĂ©lien ici abordĂ© en fin de rĂ©cital), la pianiste nouvellement recrutĂ©e par DG (Deutsche Grammophon), Natacha Kudritskaya enchante littĂ©ralement passant d’un Ă©pisode l’autre avec une subtilitĂ© introspective qui garde malgrĂ© la grande diversitĂ© des rives et paysages explorĂ©s, une cohĂ©sion de ton, une unitĂ© de style trĂšs aboutie… Premier album sous Ă©tiquette DG plutĂŽt rĂ©ussi car outre la performance intimiste trĂšs intĂ©riorisĂ©e de la jeune ukrainienne, ce rĂ©cital intitulĂ© « Nocturnes » sert idĂ©alement son sujet : le choix des partitions, leur enchaĂźnement selon la proximitĂ© des climats et la parentĂ© des tonalitĂ©s enchaĂźnĂ©es, dĂ©signent une sensibilitĂ© pertinente, astucieuse mĂȘme qui fait de son parcours trĂšs personnel, un jardin intĂ©rieur, une sĂ©rie d’humeurs climatiques, poĂ©tiquement justes, et aussi une carte de visite trĂšs investie qui change des « performances » Ă©clectiques habituelles (souvent bĂąclĂ©es, et sous couvert d’une intimitĂ© dĂ©voilĂ©e : saupoudrage plutĂŽt que confessions sincĂšres). Les Nocturnes que compose la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya affichent toutes les nuances expressives de la nuit, climats de berceuse enivrĂ©e, enchantĂ©e… balancements mystĂ©rieux, Ă©nigmatiques et suspendus (GymnopĂ©die n°1 puis Gnossiennes 4 et 3 de Satie); crĂ©pitements plus narratifs  des deux Debussy suivants (Les soirs illuminĂ©s, et surtout Feux d’artifice).

CLIC D'OR macaron 200Les teintes nocturnes qui y figurent, dĂ©ploient des Ă©clats divers, d’une grande richesse de caractĂšre, Ă  la fois tenus, tĂ©nus, d’une dĂ©licatesse suggestive souvent irrĂ©sistible. Debussy, Satie, surtout Ravel et le moins connu mais si prenant Abel Decaux (atonal avant Schoenberg) sont tous ici manifestement inspirĂ©s par l’enchantement, les promesses et les terreurs aussi de la nuit. InterprĂšte ciselĂ© des auteurs français (on lui connaĂźt un prĂ©cĂ©dent cd Rameau, trĂšs articulĂ©), la pianiste dĂ©ploie pour chacun, un jeu souvent intĂ©rieur, en rien dĂ©monstratif ni artificiel, rĂ©solument investi par la souple Ă©toffe sonore qui trouve en particulier chez Ravel, un Ă©quilibre parfait entre narration aiguĂ« et transparence Ă©thĂ©rĂ©e confinant Ă  l’abstraction.

Kiev, puis Paris (CNSM), sont les étapes formatrices de la jeune ukrainienne qui travaille vraiment et sérieusement la musique à 15 ans (grùce à un concours pour lequel elle devait réviser, progresser, convaincre). Une double culture russe et français dont Alain PlanÚs, son professeur à Paris, qui veille au respect des partitions lui a transmis aussi le goût des claviers anciens.

Natacha Kudritskaya comme un livre de confidences secrĂštes nous prĂ©cise (livret Ă  l’appui) sa conception des mondes de la nuit… Nuit enchantĂ©e, romantique et souverainement debussyste… (immersion chantante Ă  la fois Ă©toilĂ©e et argentĂ©e de Clair de lune, emblĂšme poĂ©tique de tout le recueil…)  jusqu’au fantastique ravĂ©lien de Scarbo du formidable recueil ravĂ©lien “Gaspard de la nuit” : plongĂ©e inquiĂ©tante, hypnotique dans une nuit fantastique plus trouble voire angoissante, celle du nabot terrifiant et grimaçant d’une Ă©lectricitĂ© animale (Scarbo) dont le rire final baisse le rideau de cette formidable scĂšne crĂ©pusculaire. Une nuit de rĂ©vĂ©lation et de dĂ©voilement ultime qui d’ailleurs rejoint le Debussy mĂ»r de 1917, soit Ă  quelques mois de sa mort, dans “Les soirs illuminĂ©s par l’ardeur du charbon” : autre facette d’une nuit dĂ©cisive et hallucinĂ©e.

Feux d’artifice (du mĂȘme Debussy) assemblent miroitements et crĂ©pitements ; l’Ă©pisode exige une souplesse trĂšs articulĂ©e de la main droite, en particulier pour exprimer le chant Ă©thĂ©rĂ© de l’onde malgrĂ© l’incessant balayage des arpĂšges en vagues rĂ©guliĂšres, traversant tout le spectre du clavier. MĂȘlant Ă©clairs et sourde tension, le jeu doit ĂȘtre expressif et liquide, puis d’un voluptĂ© irradiante, incandescente, jusque dans le dernier accord qui s’achĂšve comme un songe murmurĂ© : l’esprit d’une nuĂ©e de comĂštes traversant le ciel, illuminant d’un feu fugace la voĂ»te Ă©toilĂ©e. MaĂźtrisant les passages et les Ă©quilibres tĂ©nus, la pianiste affirme un jeu richement dynamique et structurĂ©, d’une grande intensitĂ©. Le livret prĂ©sente en complĂ©ment de la prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale, un choix d’extraits des poĂšmes signĂ©s Verlaine, Baudelaire, Louis de LutĂšce, Aloysius Bertrand (pour son Gaspard de la nuit originel de 1842).

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Les 4 volets d’Abel Decaux (mort en 1943) sont dans le thĂšme et outre leur modernitĂ© envoĂ»tante, d’une importance musicale capitale: datĂ©s entre 1900 et 1907, ils prĂ©figurent l’atonalisme de Schoenberg car son impressionnisme tant Ă  la fragmentation et l’implosion, l’exploration et l’expĂ©rimentation ; rappel Ă©tant fait grĂące Ă  la pertinence et la justesse du programme, que le sĂ©rialisme est une crĂ©ation … française; l’Ă©lĂšve de Dubois, Massenet, organiste prodigieux ressuscite sous les doigts plus qu’inspirĂ©s de la pianiste ukrainienne; sourde inquiĂ©tude et atmosphĂšre du rĂȘve dans le premier Ă©pisode (Minuit passe) qui semble tourner la page du Tristan wagnĂ©rien par sa rĂ©sonance lugubre et magique. La Ruelle approfondit encore la menace et la torpeur grise quand La Mer est de loin le plus impressionnant tableau des quatre : le souffle, l’ampleur des horizons Ă©voquĂ©s, le tumulte et le sentiment d’infini qui frĂŽle l’abstraction en font une piĂšce particuliĂšrement envoĂ»tante. L’expression du rĂȘve (nocturne) d’un compositeur qui se rĂȘvait d’abord marin.

Ceux de FaurĂ© enivrent eux aussi (Nocturnes n°7 et 8), – quoique parfois semblant demeurĂ©s inexorablement sur la rive tonale, prĂ©servĂ©e fermement avec une flamme mĂ©lodique Ă©perdue (deuxiĂšme sĂ©quence du n°7 aprĂšs 4mn), qui s’Ă©mancipe, dĂ©roulant sa fine tresse aĂ©rienne.

 

 

 

 

Pianiste enchanteresse

 

 

paino-natacha-nocturnes-debussy-faure-ravel-abel-decaux-satie-clic-de-classiquenews-cd-critique-classiquenews-cd-critique---kudritskayaEnfin le triptyque de Gaspard de la nuit (trois poĂšme pour piano de 1908) affirment le caractĂšre de trois tableaux sonores et dramatiques qui sont harmoniquement et architecturalement, les plus raffinĂ©s : narratif, allusifs, prodigieux d’Ă©conomie et de scintillements expressifs. Ravel, l’un des plus fins dramaturges du XXĂšme siĂšcle-, y Ă©tincelle de subtilitĂ©, d’intelligence thĂ©Ăątrale : le toucher tout en suggestion emperlĂ©e, – plus rentrĂ© que dĂ©monstratif, affirme une ondine des plus Ă©vanescentes dont le souffle rappelle le PellĂ©as debussyste : Natacha Kudritskaya en retient l’idĂ©e d’un corps ivre de sa voluptĂ©, d’une mĂ©lancolie irrĂ©sistible.

Le Gibet est plus sombre et d’un balancement lancinant, Ă  la façon d’une mĂ©canique intĂ©rieure qui rĂ©vĂšle davantage l’exposition et l’abandon, la tension et la dĂ©tente ; tout y semble prĂ©cipitĂ© dans un lent effondrement … plus marin que nocturne. La pianiste a le talent de faire jaillir ce sourd crĂ©pitement de l’ombre vers l’ombre, en un jaillissement sonore canalisĂ©, serti comme un gemme Ă  l’Ă©clat feutrĂ© qui s’efface comme un songe et meurt dans l’obscuritĂ© d’oĂč il avait jailli.

Scarbo d’une nervositĂ© plus dramatique, expose cependant d’Ă©gales couleurs scintillantes en un feu impressionniste oĂč jaillit peu Ă  peu de façon plus tranchĂ©e mais fugace, les traits du nabot moqueur, mystĂ©rieux, fatal. Le geste souple et scintillant de la pianiste convainc d’un bout Ă  l’autre de ce fabuleux triptyque : le plus enchanteur jamais Ă©crit pour le clavier, n’affectant ni la virtuositĂ© ni les brumes germaniques, mais fondant sur sa trame resserrĂ©e, contrastĂ©e (Ravel n’aime pas s’Ă©pancher), l’exposĂ© prĂ©cis, glaçant de son sujet fantastique, essentiellement poĂ©tique, plus hugolien que shakespearien. LĂ  encore ce jeu de nuances, de subtiles rĂ©fĂ©frences, et d’un crĂ©pitement effectivement nocturne qui surgissant de l’ombre, y revient toujours, dĂ©signe un tempĂ©rament pianistique d’une absolue maturitĂ© ; convaincante, Natacha Kudritskaya privilĂ©gie non sans raison et justesse, l’Ă©pure et le repli, la douceur expressive, plutĂŽt que l’affirmation et la dĂ©monstration que l’on regrette chez ses confrĂšres, y compris les plus grands. De sorte qu’au sortir d’une Ă©coute enchantĂ©e, l’auditeur comprend comme le visuel de couverture le laisse entendre, que Natacha Kudritskaya est un lutin terrestre qui a la tĂȘte dans les Ă©toiles, une musicienne rĂȘveuse qui a le goĂ»t des poĂšmes. Superbes qualitĂ©s. TaillĂ©e pour les correspondances et l’introspection.

 

 

CD. Nocturnes. Natacha Kudritskaya, piano (Debussy, Ravel
) 1 cd Deutsche Grammophon

VOIR le clip vidéo de Natasha Kudritskaya jouant Clair de Lune de Debussy à la Sorbone à Paris, une nuit inspirante

Debussy – « Clair de Lune » (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_DebussyDebussy – « Clair de Lune » (partition interactive pour PIANO). ComposĂ©e Ă  partir de 1890 (Debussy a alors 28 ans), la suite Bergamasque doit son succĂšs immĂ©diat Ă  l’une de ses plus cĂ©lĂšbres piĂšces, Clair de lune, la troisiĂšme sĂ©quence parmi l’ensemble de 4. En rĂ© bĂ©mol majeur, Clair de lune est un chef-d’Ɠuvre de douceur et de tendresse, andante trĂšs expressif, jouĂ© pianissimo. Son titre serait empruntĂ© au poĂšme de Verlaine, Clair de Lune. Tour Ă  tour, alternant effusion Ă©chevelĂ©e et replis intimes distanciĂ©s, c’est un sommet de la littĂ©rature impressionniste. Il est jouĂ© en rĂ© bĂ©mol majeur, Ă  l’exception de son point culminant, en do diĂšse mineur.

La piÚce a été utilisée dans la fameux film musical de Walt Disney, Fantasia (1940).

 

 

 

Andante trĂšs expressif. Debussy exprime un instant d’une plĂ©nitude magique qui va en s’affirmant avec une pudeur rentrĂ©e d’une dĂ©licatesse infinie. C’est une sĂ©rie de sensations Ă©prouvĂ©es avec une plĂ©nitude croissante (un poco mosso) qui rĂ©active lĂ  encore des instants de pure magie intĂ©rieure.

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer Clair de lune de la Suite Bergamasque de Claude Debussy

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de Clair de lune de la Suite Bergamasque de Claude Debussy , éditée par Tombooks

Niveau de difficulté : intermédiaire (4-5)
Type de partition : sans accompagnement 
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Clair de lune de Claude Debussy, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e : 5mn10.

 

 

 

 

Reportage vidéo : le nouveau Pelléas de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing (1/2)

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Reportage vidĂ©o PellĂ©as 1. Les 19,21 et 23 avril 2015, Jean-Claude Malgoire relit PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy portant ses fidĂšles Ă©quipes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing et une trĂšs solide distribution dont Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Alain Buet, chacun rĂ©alisant une prise de rĂŽles pour les personnages de MĂ©lisande, PellĂ©as et Golaud. Trio vainqueur dans la mise en scĂšne de Christian Schiaretti. Entretiens avec Jean-Claude Malgoire, Sabine Devielhe, Guillaume Andrieux et Christian Schiaretti : retour sur instruments d’Ă©poque ; ce qu’ils apportent ; qui sont PellĂ©as et MĂ©lisande… nĂ©e Ă  midi, cette derniĂšre porte en elle des gĂšnes dĂ©moniaques… RĂ©aliser un PellĂ©as incarnĂ© sur un rythme shakespearien… © CLASSIQUENEWS.TV 2015. VOIR directement le reportage PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy par Jean-Claude Malgoire sur VIMEO

VOIR le clip Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing, LIRE aussi notre présentation complÚte de Pelléas et Mélisande de Debussy à Tourcoing par Jean-Claude Malgoire

 

 

 

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Guillaume Andrieux et Sabine Devielhe : Pelléas et Mélisande à Tourcoing sous la direction de Jean-Claude Malgoire © classiquenews 2015

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 11 fĂ©vrier 2015. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay
 Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scĂšne et dĂ©cors.

Debussy Claude PelleasMystĂ©rieuse et Ă©lĂ©gante reprise Ă  l’OpĂ©ra de Paris. L’OpĂ©ra Bastille affiche en reprise la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Bob Wilson, dont la crĂ©ation eut lieu en 1997 au Palais Garnier. Philippe Jordan Ă  la baguette de l’Orchestre de l’OpĂ©ra assure la direction musicale. Nous retrouvons de grands et plutĂŽt convaincants habituĂ©s dans la distribution, notamment le baryton StĂ©phane Degout et la soprano Elena Tsallagova, prĂ©sents dans la reprise prĂ©cĂ©dente en 2012.

« On dirait que la brume s’Ă©lĂšve lentement… »

Chef d’Ɠuvre incontestable du XXĂšme siĂšcle, PellĂ©as et MĂ©lisande voit le jour Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1902. L’histoire est celle de la piĂšce de thĂ©Ăątre symboliste Ă©ponyme de Maurice Maeterlinck. La spĂ©cificitĂ© littĂ©raire et dramaturgique de l’Ɠuvre originelle permet plusieurs lectures de l’opĂ©ra. La puissance Ă©vocatrice du texte est superbement mise en musique par Debussy. Ici, Golaud, prince d’Allemonde, perdu dans une forĂȘt, retrouve une jeune femme belle et Ă©trange, MĂ©lisande, qu’il Ă©pouse. Elle tombera amoureuse de son beau-frĂšre PellĂ©as. Peu d’action et beaucoup de descriptions font de la piĂšce une vĂ©ritable raretĂ©, d’une beautĂ© complexe.

Dans la mise en scĂšne de Bob Wilson, avec ses costumes, ses peintures et ses incroyables lumiĂšres (collaboration avec Heinrich Brunke pour ces derniĂšres) le symbolisme est protagoniste. Peu d’insistance sur les didascalies, des dĂ©cors Ă©purĂ©s, et le systĂšme Wilson mĂ©langeant thĂ©Ăątres orientaux et commedia dell’arte, donnent Ă  l’Ɠuvre un fin voile quelque peu mĂ©taphysique, mais transparent, comme quelques Ă©lĂ©ments des dĂ©cors, et ceci s’accorde brillamment Ă  la nature de l’Ɠuvre. Rien n’est cachĂ©, rien n’est montrĂ©, rien n’est expliquĂ©, et pourtant Wilson met en Ă©vidence certaines strates profondes de signification qu’un grand public n’est pas forcĂ©ment disposĂ© Ă  comprendre ou accepter. Il s’agĂźt bien d’une question de disposition, plus que d’une quelconque capacitĂ© intellectuelle, prĂ©cisĂ©ment Ă  cause du sujet ni Ă©vident ni facile, mais si pertinent (plus de 100 ans aprĂšs!). L’Ă©trange et sublime crĂ©ature qu’est PellĂ©as et MĂ©lisande a tout le potentiel de troubler un auditoire. Dans une Ɠuvre oĂč la brume est l’aspect le plus rĂ©aliste d’un royaume lointain en un Moyen-Age imaginĂ©, avec des mers sauvages, un peuple ravagĂ© par la maladie et la pauvretĂ©, et un sentiment apocalyptique subtile mais omniprĂ©sent, la violence conjugale et le fratricide sont reprĂ©sentĂ©s aussi clairement que le brouillard ; on avance peureusement dans un chemin escarpĂ© oĂč il fait trĂšs sombre, vers une tragĂ©die inattendue mais inĂ©luctable. L’opĂ©ra du divorce ou l’opĂ©ra qui dĂ©range. GrĂące au travail et Ă  l’esthĂ©tique distinguĂ©e de Wilson, l’Ɠuvre vole gracieusement et caresse l’audience plus qu’elle ne la frappe, mĂȘme si elle vole vers le dĂ©sespoir et la mort.

« Je suis heureuse, mais je suis triste »

Une mise en scĂšne de ce style laisse la musique s’exprimer davantage. Dans ce sens, fĂ©licitons d’abord les protagonistes, StĂ©phane Degout et Elena Tsallagova. Lui, dans le rĂŽle de sa vie, faisant preuve d’une prosodie remarquable, d’un art de la diction confirmĂ©, campe un PellĂ©as au grand impact thĂ©Ăątral, un PellĂ©as de transition, le petit demi-frĂšre qui constate que le temps passe et que pour lui rien ne se passe… Un PellĂ©as qui deviendrait Golaud Ă©ventuellement. Il est aussi l’un des chanteurs qui sait remplir l’immensitĂ© de l’OpĂ©ra Bastille avec sa voix, sa projection parfaite, il rĂ©gale l’auditoire avec sa performance mise en orbite autour de l’anxiĂ©tĂ© amoureuse troublante et le frĂ©missement juvĂ©nile incertain. La soprano russe offre une MĂ©lisande au chant aĂ©rien, tout autant nourri d’Ă©motion, tout particuliĂšrement remarquable dans la beautĂ© Ă©trange de l’air de la tour qui ouvre le 3e acte. L’Arkel de Franz-Josef Selig rayonne de musicalitĂ©, et son timbre a la chaleur idĂ©ale. Si nous peinons Ă  l’entendre au premier acte, question d’Ă©quilibre avec l’orchestre, peut-ĂȘtre, il gagne en assurance au cours de actes et termine l’Ɠuvre au sommet. Nous sommes moins certains de la performance de Paul Gay en Golaud. Si nous apprĂ©cions toujours l’art du baryton-basse (qui mĂȘme malade arrive Ă  assurer un excellent Barbe-Bleue par exemple Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux en fĂ©vrier 2014, lire ici notre compte rendu critique du ChĂąteau de Barbe-Bleue de Bartok), ce soir nous le trouvons un peu en retrait. Sa violence n’est pas trĂšs offensive et son chagrin pas si triste que cela… Il a quand mĂȘme quelque chose de troublant et de touchant dans son jeu, ma non tanto. Solide. Remarquons Ă©galement l’Yniold de la soprano Julie Mathevet, sauterelle attendrissante dans le rĂŽle de l’enfant Ă  la musique si redoutable.

Finalement que dire de Philippe Jordan dirigeant l’orchestre ? Sa lecture insiste sur l’aspect wagnĂ©rien de l’orchestration… Nous avons droit ainsi Ă  des interludes fantastiques, aux cuivres dĂ©licieux et puissants, parfois trop. Une lourdeur ponctuelle qui, dans ce cas, agrĂ©mente le spectacle. Or, nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© qu’il insiste aussi sur l’aspect anti-wagnĂ©rien de la partition (Debussy lui-mĂȘme dĂ©clarait son intention de crĂ©er un opĂ©ra aprĂšs Wagner et non pas d’aprĂšs Wagner). Si une telle lecture peut causer des effets surprenants, l’atmosphĂšre toujours tendue (sans doute l’une des caractĂ©ristiques principales de l’opus) devient seulement remarquable aprĂšs l’impact wagnĂ©rien ici et lĂ , quand elle devrait, Ă  notre avis, ĂȘtre omniprĂ©sente, plus ondulante qu’impĂ©tueuse.
Le chef fait donc preuve de lourdeur et de finesse dans une mĂȘme soirĂ©e, exploitant avec panache les cuivres et les bois, enchanteurs. Une prestation solide d’une Ɠuvre limpide. Un chef d’Ɠuvre absolu de l’histoire de la musique Ă  revisiter dans cette production d’une grande valeur signĂ©e Bob Wilson. Encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 13, 16, 19, 22, 25, et 28 fĂ©vrier 2015.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 11 fĂ©vrier 2015. Claude Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phane Degout, Elena Tsallagova, Paul Gay
 Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Philippe Jordan, direction. Robert Wilson, mise en scĂšne et dĂ©cors.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

malgoire_jean_claudeTourcoing, Atelier Lyrique. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. 19,21,23 avril 2015. CrĂ©ation. Au ThĂ©Ăątre municipal Raymond Devos de Tourcoing, Jean-Claude Malgoire rĂ©unit sa fine Ă©quipe dont de nouvelles voix dĂ©jĂ  confirmĂ©es qu’il a eu le nez de distinguer et encourager (Sabine Devielhe y chante sa premiĂšre MĂ©lisande ; comme Guillaume Andrieux, son premier PellĂ©as). La nouvelle production lyrique prĂ©sentĂ© par l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing promet d’ĂȘtre un nouveau grand moment local car deux jeunes chanteurs vont y assoir davantage leur immense talent d’interprĂšte.

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande à Tourcoing

 

Et si PellĂ©as et MĂ©lisande, le seul opĂ©ra intĂ©gralement abouti de Debussy, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1902, soulignait sous la faillite des mots, et l’errance des ĂȘtres qui se dĂ©robent, la souveraine activitĂ© de la musique? Force et Ă©nergie seule capable d’exprimer l’indicible, d’Ă©clairer le psychisme profond des ĂȘtres handicapĂ©s, impuissants, dĂ©munis… Ce que le mot ne peut dire, la musique le porte soudainement au delĂ  des solitudes et des mensonges.
PoĂ©sie, musique: on parle souvent d’une fusion Ă©troite et mystĂ©rieuse qui cisĂšle l’articulation et le phrasĂ© du texte, qui ouvrage comme nul part, la dĂ©clamation du verbe
 La prose de Maeterlinck, dont la portĂ©e symboliste ne cesse d’interroger l’auditeur, offre au compositeur ce qu’il recherche: un tremplin vers l’autre monde, un passage vers l’invisible, l’indicible dont seul le flot musical tĂ©moigne. Qui est MĂ©lisande? D’oĂč vient-elle? Le sait-elle seulement?
Dans une nouvelle production, l’Atelier Lyrique de Tourcoing aborde la fascination et l’action Ă©nigmatique de PellĂ©as et MĂ©lisande, l’opĂ©ra de la modernitĂ©, celui qui d’essence chambriste, acclimate le mode des tonalitĂ©s suspendues et irrĂ©solues, dans le sillon tracĂ© par Richard Wagner dans Tristan et Parsifal. Debussy semble comprendre mieux que personne, les solitudes dĂ©calĂ©es de MĂ©lisande et de PellĂ©as, deux adolescents mus par un amour pur, dans un monde condamnĂ© Ă  l’anĂ©antissement et Ă  la pourriture : Golaud, force aveugle et brutale, mais dĂ©chirante et faible, Ă©pouse MĂ©lisande sans la connaĂźtre : il tue son demi frĂšre, trop jaloux de la grĂące que ces deux enfants produisent malgrĂ© eux.

 

 

 

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Tourcoingboutonreservation
drame lyrique en 5 actes
Livret du compositeur d’aprĂšs Maeterlinck
version originale. Les 19, 21, et 23 avril 2015

Distribution
MĂ©lisande, Sabine Devielhe
GeneviĂšve, GeneviĂšve Levesque
Pelléas, Guillaume Andrieux
Golaud, Alain Buet
Arkel, Renaud Delaigue
Le médecin, Geoffroy BuffiÚre
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction musicale, Jean-Claude Malgoire
Mise en scĂšne et lumiĂšres, Christian Schiaretti

 

 

 PelllĂ©as sur instruments d’Ă©poque et en version originale

Jean-Claude Malgoire : retrouver l’orchestre de Debussy

TOURCOING : le nouveau PellĂ©as et MĂ©lisande de JC MalgoireDĂ©barrassĂ©e des interludes, dans sa version originelle du 30 avril 1902,  la nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande proposĂ©e par Jean-Claude Malgoire Ă  Tourcoing mĂ©rite toute l’attention : le chef fondateur de l’Atelier lyrique de Tourcoing revient aux fondamentaux d’un opĂ©ra dont on oublie l’essence innovatrice et scandaleuse : son absence d’airs, la place prĂ©pondĂ©rante de l’orchestre. Le chant symphonique exprime davantage que le texte, de nature symboliste. La matiĂšre et vaporeuse, post wagnĂ©rienne, aux couleurs ocĂ©anes Ă©minemment françaises. La France n’allait pas connaĂźtre de choc aussi brutal et dĂ©cisif que 11 ans plus tard avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky, Ă©galement crĂ©Ă© Ă  Paris. Dans un monde qui est Ă  l’agonie, les instruments font jaillir la source premiĂšre et miraculeuse, rĂ©gĂ©nĂ©ratrice de l’amour, celui qui aimante peu Ă  peu les deux adolescents, PellĂ©as et MĂ©lisande. Tout s’agite et se construit sur leur rencontre, leur reconnaissance, leur fusion et quand meurt PellĂ©as assassinĂ© par Golaud, son demi frĂšre, le monde enchantĂ©, ivre de MĂ©lisande, s’effondre Ă  nouveau : il se renferme dans le mystĂšre auquel demeure totalement Ă©tranger Golaud. Debussy a le choc prĂ©alable du texte thĂ©Ăątral : en le lisant Ă  partir de 1893, le compositeur qui recherche une autre forme lyrique que l’opĂ©ra bourgeois ou rĂ©aliste, est fascinĂ© par la portĂ©e introspective de la langue, une fenĂȘtre vers les profondeurs encore inconnues de l’Ăąme : dĂ©sir, haine, jalousie, mĂ©lancolie collective, dĂ©pression silencieuse…
Pour retrouver le grain et la sonoritĂ© qu’a probablement Ă©coutĂ© Debussy pour la crĂ©ation de son opĂ©ra, Jean-Claude Malgoire resssucite l’orchestre de 1902 : cordes en boyau dont le format sonore s’accorde mieux aux autres pupitres (bois, cuivres) et aux voix. En Ă©tudiant les  matĂ©riels d’orchestres, le chef a redĂ©couvert le jeu d’archet (le poussĂ©, le tirĂ©…) propre au dĂ©but du XXĂš et constatĂ© qu’alors, les instrumentistes ne jouaient pas ensemble. Il en dĂ©coule un son plus lumineux… que le jeune Malgoire avait dĂ©jĂ  remarquĂ© chez son maĂźtre Karajan (qui tenait cette pratique lui-mĂȘme de FurtwĂ€ngler). En privilĂ©giant surtout les cordes et 2 cors, Debussy opte pour un orchestre au format mozartien, approfondissant ainsi une sonoritĂ© suave et transparente… liquide. Plus fluide et dĂ©licat, l’orchestre de Debussy Ă©tait aussi mieux caractĂ©risĂ© : serrĂ©, contrastĂ© et aussi feutrĂ© (les perces des cuivres – le diamĂštre des tuyaux, Ă©tait plus petits : leur sonoritĂ© moins puissante, mais trĂšs typĂ©e et colorĂ©e).

 

 
 

 

Approfondir

VOIR le reportage spécial de la production de Pelléas et Mélisande présentée par Angers Nantes Opéra en 2014 (Emmanuelle Bastet, mise en scÚne)

VOIR les reportages Le Sacre de Stravinsky (1913), La Mer de Debussy par l’orchestre sur instruments d’Ă©poque, Les SiĂšcles, François-Xavier Roth

VOIR Jean Claude Malgoire ressuscite ABEN HAMET, l’opĂ©ra orientlaiste de ThĂ©odre Dubois d’aprĂšs Chateaubriand (mars avril 2014)

 

 
 

 

Un éblouissant Pelléas et Mélisande à Angers, les 11 et 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaOPERA. Angers: PellĂ©as et MĂ©lisande. Les 11 et 13 avril 2014. Avec StĂ©phanie d’Oustrac, Armando Nogera, Jean-François Lapointe… La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et thĂ©Ăątral. Sous la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂŽles principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

CLIC_macaron_2014Extrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

 

Angers Nantes Opéra : le Pelléas éblouissant d'Emmanuelle Bastet (reportage 1/2)

 

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.
VOIR les 2 volets de notre grand reportage PellĂ©as et MĂ©lisande de Claude Debussy, la nouvelle production Ă©vĂ©nement d’Angers Nantes OpĂ©ra :
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 1
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy par Angers Nantes Opéra, volet 2

 

 

 

 

 

Reportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidĂ©o (2/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande. Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’élĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. 
 qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamné  Lire notre compte rendu critique de PellĂ©as et MĂ©lisande prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra

VIDEO : visionner le reportage 1

Reportage vidĂ©o (1/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy, jusqu’au 13 avril 2014

pelelas_melisande-ANO_kawkaReportage vidĂ©o (1/2). Angers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande. Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’élĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. 
 qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamné  Lire notre compte rendu critique de PellĂ©as et MĂ©lisande prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra

VOIR notre reportage Pelléas et Mélisande n°2

Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. Armando Noguera, StĂ©phanie d’Oustrac

pelelas_melisande-ANO_kawkaRadio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h. La nouvelle production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra se distingue par son fini visuel et thĂ©Ăątral. A dĂ©faut de voir la production, les auditeurs de France Musique pourront se dĂ©lecter de la direction prĂ©cise et dĂ©taillĂ©e du chef Daniel Kawka et de l’excellente distribution vocale dans les rĂŽles principaux : PellĂ©as (Armando Noguera), StĂ©phanie d’Oustrac (MĂ©lisande), Jean-François Lapointe (Golaud), sans omettre ChloĂ© Briot (Yniold) …

logo_francemusiqueExtrait du compte rendu critique de notre rĂ©dacteur Alexandre Pham Ă  propos de la production de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy Ă  Angers et Ă  Nantes : ” … Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Toutua long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.” En lire +

Radio. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie d’Oustrac. France Musique, le 5 avril 2014. 19h.

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes. ThĂ©Ăątre Graslin, le 27 mars 2014. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera, Jean-François Lapointe… Emmanuelle Bastet, direction. Daniel Kawka, direction

pelelas_melisande-ANO_kawkaCompte rendu, opĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et MĂ©lisande … Contrairement Ă  bien des rĂ©alisations jouant sur le symbolisme ou l’abstraction (voyez l’épure atemporelle imaginĂ©e par Bob Wilson par exemple),  la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet joue a contrario sur le rĂ©alisme d’une intrigue Ă©touffante, au temps psychologique resserrĂ©, aux rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques et picturales, efficaces, esthĂ©tiques. Ce retour du thĂ©Ăątre Ă  l’opĂ©ra qui inscrit situations, confrontations, vagues extatiques dans la rĂ©alitĂ© d’une famille aristocratique Ă  l’agonie apporte aux hĂ©ros de Maeterlinck, une prĂ©sence nouvelle dont la personnalitĂ© se rĂ©vĂšle dans chaque dĂ©tails tĂ©nus : regards, attitude,  mouvements. Autant d’Ă©lĂ©ments qui restituent Ă  la partition sa chair et sa mĂ©moire Ă©motionnelle, d’oĂč jaillit et prend corps chacun des tempĂ©raments humains. A ce travail minutieux sur le direction des acteurs,  oĂč chaque Ă©lĂ©ment du dĂ©cor pĂšse de tout son poids parce qu’il signifie plus qu’il n’occupe l’espace,  rĂ©pond un esthĂ©tisme souvent Ă©blouissant qui emprunte au langage cinĂ©matographique d’un Hitchcok 
 des images poĂ©tiques dont la puissance suggestive rĂ©vise aussi les tableaux de l’amĂ©ricain Edouard Hopper : ainsi l’immense fenĂȘtre,  rideaux dans le vent,  ciel d’azur. … qui fait souffler le grand vent extatique pour le premier duo de PellĂ©as et Melisande (scĂšne de la tour), en un tableau qui restera mĂ©morable ; Ă©chappĂ©e salutaire Ă©galement Ă  la fin de l’action qui signifie pour l’enfant et le jeune nourrisson qu’il porte fĂ©brilement, l’espoir d’un monde condamnĂ©…
A cela s’invite l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e de l’orchestre qui sous la direction souple, Ă©vocatrice,  prĂ©cise de Daniel Kawka diffuse un sensualisme irrĂ©sistible mis au diapason des innombrables images et rĂ©fĂ©rences marines du livret. C’est peu dire que le chef, immense wagnĂ©rien et malhĂ©rien, Ă©lĂ©gantissime, nuancĂ©, aborde la partition avec une Ă©conomie, une mesure boulĂ©zienne,  sachant aussi Ă©clairer avec une clartĂ© exceptionnelle la continuitĂ© organique d’une texture orchestrale finement tressĂ©e (imbrication des thĂšmes, rĂ©vĂ©lĂ©e ; accents instrumentaux, filigranĂ©s : bassons pour Golaud, hautbois et flĂ»tes amoureux pour MĂ©lisande et PellĂ©as…, sans omettre de somptueuses vagues de cordes au coloris parfois tristanesque : un rĂ©gal). Le geste comme les options visuelles rĂ©chauffent un ouvrage qui souvent ailleurs, paraĂźt distanciĂ©, froid, inaccessible. La rĂ©alisation scĂ©nographique perce l’Ă©nigme ciselĂ©e par Debussy en privilĂ©giant la chair et le drame, exaltant salutairement le prodigieux chant de l’orchestre, flamboyant, chambriste, viscĂ©ralement psychique. A Daniel Kawka d’une hypersensibilitĂ© poĂ©tique, toujours magistralement suggestive, revient le mĂ©rite d’inscrire le mystĂšre (si proche musicalement et ce dĂšs l’ouverture, du ChĂąteau de Barbe Bleue de Bartok, – une Ɠuvre qu’il connaĂźt tout aussi profondĂ©ment pour l’avoir dirigĂ©e Ă©galement pour Angers Nantes OpĂ©ra), de rĂ©tablir avec la mĂȘme Ă©vidence musicale, le retour au dĂ©but, comme  une boucle sans fin : les derniers accords renouant avec le climat Ă©nigmatique et suspendu de l’ouverture. PellĂ©as rejoint ainsi le Ring dans l’Ă©noncĂ© d’un recommencement cyclique. L’analyse et la vivacitĂ© qu’apporte le chef se rĂ©vĂšlent essentielles aussi pour la rĂ©ussite de la nouvelle production. On s’incline devant une telle vibration musicale qui sculpte chaque combinaison de timbres dans le respect d’un Debussy qui en plein orchestre, est le gĂ©nie de la couleur et de la transparence.

 

 

 

PELLEAS-ANO-575

 

Pelléas éblouissant, théùtral, cinématographique

Le scintillement perpĂ©tuel accordĂ© au format des voix, le balancement permanent de cette houle instrumentale…. ensorcĂšlent et hypnotisent l’auditeur;  l’orchestre telle une puissante machine  ocĂ©ane semble inĂ©luctablement aspirer les personnages vers le fond… le nocturne angoissant et asphyxiant oĂč Golaud et PellĂ©as s’enfoncent sous la scĂšne par une trappe dĂ©voilĂ©e est en cela emblĂ©matique… Tout au long des cinq actes, se sont 1001 nuances d’un miroitement Ă©clatant dont le principe exprime l’ambiguĂŻtĂ© des personnages,  leur mystĂšre impĂ©nĂ©trable Ă  commencer par la MĂ©lisande fauve et fĂ©line,  voluptueuse et innocente de StĂ©phanie d’Oustrac : vĂ©ritable sirĂšne fantasmatique,  la mezzo rĂ©ussit sa prise de rĂŽle. DĂ©esse innocente et force Ă©rotique,  elle est ce mystĂšre permanent qui dĂ©termine chaque homme croisant son chemin.
A commencer par le Golaud tour Ă  tour amoureux,  protecteur puis dĂ©vastĂ© et violent (scĂšne terrifiante d’Absalon) de Jean François Lapointe;  hier PellĂ©as,  le baryton quĂ©bĂ©cois habite un prince dĂ©possĂ©dĂ© de toute maĂźtrise,  jaloux, hantĂ© jusqu’Ă  la fin par le doute destructeur. La mise en scĂšne souligne l’humanitĂ© saisissante du personnage, son embrasement permanent, sa lente course Ă  l’abĂźme. Sa folie conduit les deux derniers actes : superbe prise de rĂŽle lĂ  aussi.
Mais Emmanuelle Bastet rĂ©tablit Ă©galement la place d’un autre personnage qui semble ailleurs confinĂ© dans un rĂŽle ajoutĂ© par contraste, sans rĂ©elle Ă©paisseur : Yniold (Ă©patante ChloĂ© Briot), le fils de Golaud dont le spectacle fait un observateur permanent du monde des adultes, de l’attirance de plus en plus irrĂ©pressible des adolescents PellĂ©as et Melisande, de la nĂ©vrose criminelle de son “petit” pĂšre Golaud. La jeune Ăąme scrute dans l’ombre la tragĂ©die silencieuse qui se dĂ©roule sous ses yeux… elle en absorbe les tensions implicites, tous les secrets confinĂ©s dans chaque tiroir de l’immense bibliothĂšque qui fait office de cadre unique. Le poids de ce destin familial affecte l’innocence du garçon manipulĂ© malgrĂ© lui par son pĂšre dans l’une des scĂšnes de voyeurisme les plus violentes de l’opĂ©ra. Comment Yniold se sortira d’un tel passif? La clĂ© de son personnage est magistralement exprimĂ©e ainsi dans une vision qui rĂ©tablit aux cĂŽtĂ©s de l’Ă©rotisme et de la folie,  l’innocence d’un enfant certainement traumatisĂ© qui doit dans le temps de l’opĂ©ra, rĂ©ussir malgrĂ© tout, le passage dans le monde inquiĂ©tant et troublant des adultes. Son air des moutons prend alors un sens fulgurant renseignant sur ses terribles angoisses psychiques.  De part en part, la conception nous a fait pensĂ© au superbe film de Losey,  Le messager oĂč il est aussi question d’un enfant pris malgrĂ© lui dans les rets d’une liaison interdite entre deux ĂȘtres dont il est l’observateur et le messager.

pelleas melisande noguera doustrac angers nantes opera stephanie-d-oustrac_Dernier membre de ce quatuor nantais,  le PellĂ©as enivrĂ© d’Armando Noguera dont le chant incarnĂ© (Debussy lui rĂ©serve les airs les plus beaux, souvent d’un esprit trĂšs proche de ses mĂ©lodies) nourrit la claire voluptĂ© de chaque duo avec MĂ©lisande.  Certes le timbre a sonnĂ© plus clair (ici mĂȘme dans La BohĂšme, Le Viol de LucrĂšce, surtout pour La rose blanche
 ), mais la sensualitĂ© parcourt toutes ses apparitions avec toujours, cette prĂ©cision dans l’articulation de la langue, elle, exemplaire. Chaque duo (la fontaine des aveugles, la tour, la grotte) marque un jalon dans l’immersion du rĂȘve et de la fĂ©erie amoureuse,  l’accomplissement se produisant au IV oĂč mĂ»r et dĂ©terminĂ©,  PellĂ©as affronte son destin, dĂ©clare ouvertement son amour quitte Ă  en mourir (sous la dague de Golaud). Ce passage de l’adolescence Ă  l’Ăąge adulte se rĂ©vĂšle passionnant (terrifiant aussi comme on l’a vu pour Yniold,  son neveu). Mais sa mise Ă  mort ne l’aura pas empĂȘcher de se sentir enfin libre, maĂźtre d’un amour qui le dĂ©passe et l’accomplit tout autant.

Pictural (il y a  aussi du Balthus dans les poses alanguies, d’une fĂ©linitĂ© adolescente de la MĂ©lisande animale d’Oustrac), psychologique, cinĂ©matographique, gageons que ce nouveau PellĂ©as restera comme l’Ă©vĂ©nement lyrique de l’annĂ©e 2014. Sa perfection visuelle, sa prĂ©cision thĂ©Ăątrale (vĂ©ritable huit clos sans choeur apparent), la puissance et l’envoĂ»tement de l’orchestre (transfigurĂ© par la direction du chef Daniel Kawka) renouvelle notre approche de l’ouvrage. Un choc Ă  ne pas manquer… Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy : PellĂ©as et Debussy. A l’affiche jusqu’au 13 avril 2014. A Nantes, les 30 mars, 1er avril. A Angers, les 11 et 13 avril 2014.

 

VOIR le clip vidĂ©o de PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy nouvelle crĂ©ation d’Angers Nantes OpĂ©ra.

Radio. Diffusion sur France Musique, samedi 5 avril 2014, 19h. 

Illustrations : Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014

Clip vidĂ©o. L’Ă©blouissant PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra (jusqu’au 13 avril 2014)

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453CLIP VIDEO. Angers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production Ă©blouissante, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet exprime les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique

Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie. Ni abstraite ni symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper (superbe Ă©chappĂ©e prĂ©sente sous la forme d’une immense fenĂȘtre trop rarement ouverte) nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre
 la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme 
 un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

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Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂȘtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂźtre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scĂšne de la chevelure (emblĂšme qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂȘtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂȘtre cependant manipulatrice
 Le mystĂšre qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂč l’écoute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold 
 RĂȘve ou rĂ©alitĂ© ?
pelelas_melisande-ANO_kawkaVisuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particuliĂšrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂȘtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂŽle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son pĂšre Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s
 Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scĂšnes les plus violentes de l’opĂ©ra 
 L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scĂšne d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite Ăąme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement Ă©motionnel qui fait naĂźtre la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-ĂȘtre pas de rĂ©tablir la cohĂ©rence d’une Ɠuvre dans son dĂ©roulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours Ă  cacher ou sans les dire prĂ©cisĂ©ment.
C’est donc un opĂ©ra d’atmosphĂšre oĂč la mĂ©moire et le rĂȘve submergent le rĂ©el, oĂč l’inconscient surgit lĂ  oĂč on ne l’attend pas, oĂč les actes de la psychĂ© se manifestent diffĂ©remment et de façon imprĂ©visible, dont les enjeux et l’activitĂ© souterraine pourront nous ĂȘtre enfin rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  Nantes et Ă  Angers Ă  partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

boutonreservation

Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Le Pelléas de Daniel Kawka, grand entretien

Kawka_daniel 483 profil chef portrait valideNouveau PellĂ©as Ă  Nantes et Ă  Angers. Grand entretien avec Daniel Kawka. A Nantes puis Angers, Ă  partir du 23 mars et jusqu’au 13 avril 2014, le chef d’orchestre Daniel Kawka dirige l’Ɠuvre au noir française, Ă©clat convaincant d’un « aprĂšs Wagner » : PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy (1902). La nouvelle production portĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, associe Ă  une distribution superlative rĂ©unissant StĂ©phanie D’Oustrac, Armando Noguera et Jean-François Lapointe (MĂ©lisande, PelĂ©as, Golaud) – 3 prises de rĂŽles pour chacun des chanteurs-, l’ardente sensibilitĂ© d’un maestro taillĂ© pour les partition fleuve dont il dĂ©voile en un scintillement nuancĂ©, les facettes psychologiques et les enjeux dramatiques. Entretien avec un immense musicien dont l’humilitĂ© est proportionnelle Ă  sa finesse dĂ©sormais emblĂ©matique, qu’il s’agisse de Wagner dont il vient de diriger le Ring Ă  l’OpĂ©ra de Dijon, de Wagner toujours, pour un Tristan lĂ©gendaire, ou Bartok dont il a prĂ©cĂ©demment dirigĂ© pour Angers Nantes OpĂ©ra, l’envoĂ»tant ChĂąteau de Barbe Bleue : Daniel Kawka nous rappelle trĂšs justement que peut-ĂȘtre, pour les mĂ©lomanes soucieux de cohĂ©rence et d’explication sensĂ©e, MĂ©lisande resurgit au dĂ©but de l’opĂ©ra de Debussy lĂ  oĂč l’opĂ©ra de Dukas (Ariane et Barbe Bleue) l’avait fait disparaĂźtre : l’une des reines prisonniĂšres du souverain avait profitĂ© de son arrestation par les paysans, pour s’échapper dans une forĂȘt, celle lĂ  mĂȘme peut-ĂȘtre oĂč Golaud la dĂ©couvre la toute premiĂšre fois

En fin analyste, surtout en tĂ©moin Ă©veillĂ©, le chef nous dĂ©voile ici plusieurs clĂ©s de lecture sur une partition trouble et lumineuse Ă  la fois dont l’éloquence secrĂšte prĂ©pare Ă  bien des « levers du jour » esthĂ©tiques.

 

 

 

Daniel Kawka dirige Pelléas et Mélisande de Debussy

les grands entretiens de classiquenews.com

 

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WagnĂ©risme. Vous venez de diriger le Ring de Wagner Ă  l’OpĂ©ra de Dijon. On parle souvent de l’ombre wagnĂ©rienne sur Debussy. Qu’en est-il dans PellĂ©as prĂ©cisĂ©ment ?

Daniel Kawka : L’ombre de Wagner y est indĂ©niable bien sĂ»r, Ă©videmment « assimilĂ©e ». On ne peut ignorer ce maillage si fin, si subtil et ouvragĂ© de motifs conducteurs qui posent le dĂ©cor, teintent les lignes vocales, irradient de leur prĂ©sence et maintiennent dans un mĂȘme espace dramaturgique, beautĂ© plastique, sens et mystĂšre, ainsi qu’un principe de cohĂ©rence mĂ©lodique et polyphonique, de fluiditĂ© formelle et expressive, structurateurs entre les actes.
NĂ©anmoins ces motifs ne sont pas des rĂ©fĂ©rences thĂ©matiques immĂ©diates attachĂ©es Ă  un personnage, Ă  un lieu, une situation  etc…. (on sait combien Debussy en critiquait le principe). Elles opĂšrent sur un plan plus subtilement symbolique, s’immiscent dans des espaces poĂ©tiques permettant le prolongement de la pensĂ©e, de l’action… Ainsi le motif de “l’incommunicabilitĂ©” constitue-t-il l’armature mĂ©lodique du dialogue entre MĂ©lisande et Golaud (acte II scĂšne 2), alors que semblent rĂ©gner entre eux dans cet instant marital intime, tendresse et compassion.
Comment ne pas penser Ă  l’introduction du 3Ăšme acte de Tristan par ailleurs aprĂšs la premier choc tensionnel opposant Golaud et MĂ©lisande Ă  la fin de la mĂȘme scĂšne 2 de l’acte II ? ExpressivitĂ© intense, dĂ©solation, Ă  travers la sonoritĂ© expressive et dĂ©chirante des cordes.

Le poĂšme de Maeterlinck, la musique de Debussy. Diriez-vous comme le compositeur l’a laissĂ© sous-entendre que la musique exprime ce que les mots ne peuvent plus dire? En l’occurrence dans PellĂ©as, pouvons-nous constater que le chant de l’orchestre se montre plus explicite que la portĂ©e des dialogues ? Avez-vous un exemple prĂ©cis ?

Daniel Kawka : Oui assurĂ©ment. Les exemples abondent. Nous avons Ă©voquĂ© ce maillage subtil d’une quarantaine de motifs, cellules « idĂ©es symboles » qui parcourent l’oeuvre entiĂšre et constituent ainsi un infra texte musical qui porte le sens au-delĂ  du sens, prolongent et magnifient les situations poĂ©tiques, renforcent le mystĂšre, peignent le dĂ©cor, nouent les situations.
Tous les commentateurs et analystes ont louĂ© la prosodie debussyste si naturelle, si proche de la parole. C’est cette ductilitĂ© mĂȘme qui rend le dialogue si  éminemment vivant et porteur de vraies Ă©motions. Mais il est intĂ©ressant de constater combien Debussy est allĂ© plus loin encore, Ă  travers une distribution rythme/mesure puissamment élaborĂ©e, fluide, structurant les scĂšnes Ă  distance, crĂ©ant Ă  elle seule le mouvement de la parole et les soubresauts des affects tout Ă  la fois, enchĂąssant par exemple les grands dialogues de PellĂ©as et MĂ©lisande dans des mesures Ă  6/4 dans lesquels peuvent s’exprimer librement de scĂšne en scĂšne et dans une lente gradation le dialogue juvĂ©nile, l’Ă©moi irrĂ©pressible, l’accomplissement de l’amour.
Ainsi le chant de l’orchestre constitue-t-il Ă  lui seul l’ensemble de ces composantes, car dans une structure rythmique globale se dĂ©veloppe une infinitĂ© de petits motifs spĂ©cifiques, symboliques ou imagĂ©s, aux couleurs/timbres distincts pouvant signifier une myriade de sens,  la « prĂ©sence du destin », signifiant aussi le bruissement nocturne ou diurne de la nature, etc…
L’omniprĂ©sence de l’eau Ă  travers fontaines, grotte battue par la mer, lacs glauques, etc
, le parcours de la lumiĂšre temporel (de midi Ă  minuit) ou spatial (sortie des souterrains), trouvent une pleine dimension, magnifiĂ©e par les textures de l’orchestre, le jeu assombrissant ou Ă©clairant des modulations, du plus infime bruissement (le battement d’aile des colombes dans la scĂšne de la tour) Ă  la tonitruance souffrante et vengeresse de la passion  (et de la jalousie), comme en tĂ©moigne la scĂšne Golaud/Yniold.

Dans le cas de MĂ©lisande, qu’est-ce qui fonde son mystĂšre et ce caractĂšre Ă©vanescent du personnage selon vous?

Daniel Kawka : Le mystĂšre de sa prĂ©sence : jeune femme seule, dĂ©couverte en pleurs, en peur, au bord d’une fontaine dans une sombre et inquiĂ©tante forĂȘt. Son intuition Ă  “fleur” qui la lie Ă  la fois au monde qu’elle a “Ă©pousĂ©” et l’en distingue fondamentalement, depuis cet Ă©nigmatique “il fera peut ĂȘtre naufrage…” (Ă©voquant le bateau qui l’a conduite Ă  Allemonde et en quitte le port, comme une prĂ©monition d’un naufrage Ă  venir, celui de PellĂ©as, le sien, pressenti), jusqu’Ă  cet Ă©nigmatique “je vois une rose dans les tĂ©nĂšbres”, “rĂ©vĂ©lation absolue”, la rose comme symbole de l’amour pur, du don de soi” (Terrasson).
Sa beautĂ© innocente, incarnĂ©e par sa chevelure, louĂ©e tour Ă  tour par Golaud, PellĂ©as et Arkel ; sa fragilitĂ© enfin qui en fait un ĂȘtre de chair et un “Ă©ternel fĂ©minin” Ă  la fois dont le destin est de s’éteindre avant mĂȘme de se consumer dans la passion charnelle. Un ĂȘtre idĂ©al, insondable, fragile et profond Ă  la fois.
Si l’on pousse quelque peu l’investigation, revenant Ă  Maeterlinck et Ă  son Ariane et barbe bleue, MĂ©lisande, une des femmes captives se serait échappĂ©e, au moment de l’agression de Barbe Bleue par les paysans, la couronne Ă©tant un des bijoux dont les femmes se seraient parĂ©s en captivitĂ©, et avec lequel elle se serait enfui. D’oĂč son effroi, son “amnĂ©sie”, et une relative absence de la parole.  Il est aussi intĂ©ressant de noter que MĂ©lisande s’exprime peu dans la durĂ©e de l’ouvrage, dans cet univers quasiment exclusivement masculin.. . : « Je ne t’ai presque pas entendue » dit PellĂ©as au cours de l’ultime scĂšne amoureuse.

Que représente pour vous la figure de Pelléas, sa trajectoire tragique ?

Daniel Kawka : L’ĂȘtre en devenir qui dĂ©couvre le monde, se rĂ©vĂ©lant Ă  lui mĂȘme dans une trajectoire  fulgurante et tragique. Celui qui “doit s’en aller”, depuis la premiĂšre scĂšne, leitmotiv verbal, mais ne part pas pour consumer son destin Ă  travers la rĂ©vĂ©lation de l’amour Ă  travers un ultime baiser.

Sur le plan strictement dramaturgie, quels seraient pour vous les temps forts de PellĂ©as, comme on distingue en gĂ©nĂ©ral l’acte II de Tristan ?

La scĂšne 4 de l’acte IV bien sĂ»r. Le climax et le dĂ©nouement en somme. De scĂšne en scĂšne, de rebonds en Ă©clats, ce sont bien sĂ»r trois moments de Golaud qui portent la tension et la conduisent Ă  ce paroxysme ultime que sera le crime, en dehors de l’espace du chĂąteau (Ă©clairĂ©s eux-mĂȘmes par trois moments “ascensionnels” en Ă©cho et croisĂ©s des intimes rencontres de PellĂ©as et MĂ©lisande) : scĂšne du retour de la chasse blessĂ©, premier choc “frontal” et violent entre lui et MĂ©lisande, l’hallucinante scĂšne 4 de l’acte III avec Yniold, et enfin la terrifiante scĂšne d’Absalon, acte IV scĂšne 2.

Parlez-nous de l’orchestre de Debussy dans PellĂ©as ? En quoi la texture et les alliages de timbres se montrent-ils debussystes ?

Daniel Kawka : Tout Debussy est contenu dans PellĂ©as. Ce serait un lieu commun d’en Ă©voquer la transparence, l’infinitude du jeu des timbres, la palette des couleurs doublĂ©e d’une science et d’une intuition spatio temporelle phĂ©nomĂ©nale. Evidemment le timbre orchestral est indissociable du flux dramaturgique et des situations poĂ©tiques qu’il peint, engendre et exprime. DensitĂ©, intensitĂ©, épaisseur, allĂšgement chambriste, dĂ©pendent aussi, et sans dissociation de ces variations infinies de changement de tempi, animĂ©, plus animĂ© en pleine clartĂ©, modĂ©rĂ©, trĂšs modĂ©rĂ©, sans lenteur, retenu, trĂšs retenu, serrez etc… qui influent directement sur le grain orchestral et cette science des motifs qui diffracte l’espace, allĂšge ou densifie la poyphonie. On a évidemment parlé d’impressionnisme sonore Ă  propos de l’orchestre debussyste car il propose un infini dĂ©tail d”articulations, de motifs ciselĂ©s, giratoires, bref, de jeux d’Ă©chos, de dynamiques trĂšs subtiles, de mĂ©lodies de timbres qui ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©es par ailleurs de sa science harmonique. L’expressivitĂ© est confiĂ©e aux cordes certes mais aux mixtures bois aussi, aux cors qui dĂ©peignent la profondeur insondable de l’Ăąme tout comme le dĂ©cor de la nature. Les cuivres avec leur jeux souvent en sourdines ne pĂšsent jamais et sont autant de variations de couleurs, mystĂ©rieuses et expressives.
La sonoritĂ© de trompette doublant par instant les phrases d’Arkel  à l’acte V ou renforçant de son timbre voilĂ© l’ultime comptine enfantine, 6 mesures avant la fin de l’oeuvre est une trouvaille absolue.
Il y a lĂ  une adĂ©quation totale entre lumiĂšre des modulations (qui rĂ©pondent encore Ă  une tradition romantique et postromantique du pouvoir Ă©clairant et assombrissant des tonalitĂ©s, bien que Debussy pratique l’ellipse par des jeux de modulations parallĂšles, de glissement, de suspension, de mixages entre Ă©criture tonale et modale d’une incroyable modernitĂ©) et sa relation pensĂ©e et structurĂ©e aux timbres de l’orchestre. Les nocturnes, La mer, Jeux, y sont dĂ©jĂ  pressentis, Dukas, Ravel, Roussel et bien d’autres encore sont certainement redevables à l’orchestre de Debussy, Ă  celui de PellĂ©as en particulier, et la lumineuse et incandescente sortie des souterrains vers la plein lumiĂšre fĂ»t probablement un modĂšle Ă  bien « des levers du jour ».

Propos recueillis par Alexandre Pham, mars 2014.

 

 

 

Le nouveau PellĂ©as d’Angers Nantes OpĂ©ra

 

Angers Nantes OpĂ©ra : PellĂ©as idĂ©alAngers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production trĂšs attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastetdevrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique
 Elle a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois PellĂ©as au moment de la mise en scĂšne de l’opĂ©ra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) Ă  Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rĂȘvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son compliceTim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre
 la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme 
 un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux. En lire +

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

 

 

 

Nouveau Pelléas et Mélisande par Emmanuelle Bastet à Angers Nantes Opéra

Angers Nantes OpĂ©ra : PellĂ©as idĂ©alAngers Nantes OpĂ©ra. Debussy: PellĂ©as et MĂ©lisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes OpĂ©ra, PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production trĂšs attendue, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois rĂ©aliste et onirique, la mise en scĂšne d’Emmanuelle Bastet devrait exprimer les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poĂ©tique
 Elle a rencontrĂ© pour la premiĂšre fois PellĂ©as au moment de la mise en scĂšne de l’opĂ©ra par Yannis Kokkos (avec lequel elle travaillait) Ă  Bordeaux et Montpellier en 2002. Depuis Emmanuelle Bastet rĂȘvait de nourrir sa propre conception de l’ouvrage.
Pour ce nouveau PellĂ©as, la metteure en scĂšne retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scĂ©nographie, et avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă  ses cĂŽtĂ©s pour les productions prĂ©cĂ©demment rĂ©alisĂ©es pour Angers Nantes OpĂ©ra : Lucio Silla de Mozart et OrphĂ©e et Eurydice de Gluck. Ni abstraite ni trop symboliste/lique, le PellĂ©as de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rĂȘve amoureux. EsthĂ©tiquement, le spectacle relĂšve le dĂ©fi : les rĂ©fĂ©rences Ă  Hitchcock, aux espaces Ă©nigmatiques et ouverts du peintre amĂ©ricain Edouard Hopper nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions prĂ©sentes mais silencieuses, violence aussi Ă  peine cachĂ©e, omniprĂ©sence nouvelle d’un personnage jusque lĂ  tenu dans l’ombre… la nouvelle production de PellĂ©as prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra permet au thĂ©Ăątre de rĂ©investir la scĂšne, aux chanteurs, d’y paraĂźtre tels les fabuleux acteurs d’un film Ă  suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrĂ©solu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destinĂ© Ă  la mort : PellĂ©as et MĂ©lisande dans Allemonde. Au rĂ©alisme du dĂ©cor (immense bibliothĂšque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale trĂšs prĂ©sente encore avec ses mystĂšres et ses filiations, ses intrigues oubliĂ©es et tues) s’oppose le rĂȘve des deux amants
 A chaque retrouvaille correspond un Ă©panchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte rĂ©aliste. Cette prĂ©sence du rĂȘve et de l’harmonie avait dĂ©jĂ  suscitĂ© dans la mise en scĂšne d’OrphĂ©e et Eurydice des Ă©pisodes rĂ©ussis dont pour le tableau des Champs ÉlysĂ©es, l’évocation de l’enfance des Ă©poux, brĂšve et saisissante Ă©chappĂ©e dans l’innocence
 Ici, la prĂ©sence d’un corps Ă©tranger (MĂ©lisande) dans une famille « bourgeoise « au passĂ© mĂ©moriel prĂ©cipite le drame et rend visible ce qui Ă©tait tenu cachĂ© ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une dĂ©cor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. GenneviĂšve et mĂȘme PellĂ©as qui en part sans ĂȘtre capable de le quitter, restent Ă  demeure dans un chĂąteau pourtant Ă©touffant comme … un cercueil. Comme extĂ©nuĂ©s avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

PELLEAS-ANO-575

 

 

Pour Emmanuelle Bastet, MĂ©lisande reste une Ă©nigme, un ĂȘtre insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naĂźtre la curiositĂ©, surtout le dĂ©sir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour PellĂ©as, avec la fameuse scĂšne de la chevelure (emblĂšme qui fixe l’attraction de PellĂ©as sur le corps de MĂ©lisande). Ce pourrait ĂȘtre une prĂ©figuration de Lulu, victime et bourreau, ingĂ©nue innocente mais aussi provocatrice sans ĂȘtre cependant manipulatrice
 Le mystĂšre qui enveloppe MĂ©lisande comme PellĂ©as, c’est la prĂ©sence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure prĂ©sente oĂč l’Ă©coute et l’attention du spectateur tendent Ă  s’enfoncer : la musique est lĂ  aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold 
 RĂȘve ou rĂ©alitĂ© ?
Visuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particuliĂšrement) dans une rĂ©alisation qui devrait Ă©voquer le climat tendu et vĂ©nĂ©neux des films du cinĂ©aste britannique. Le seul ĂȘtre qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rĂŽle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionnĂ© au lent dĂ©litement de la famille, Ă  la folie de son pĂšre Golaud, Ă  la dĂ©route des amants dĂ©voilĂ©s
 Le drame familial est ainsi reprĂ©sentĂ© Ă  travers ses yeux, ce qui est explicitement indiquĂ© quand Golaud utilise l’enfant pour espionner PellĂ©as et MĂ©lisande dans l’une des scĂšnes les plus violentes de l’opĂ©ra … L’enfance contrepoint et rĂ©vĂ©lateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un Ă©lĂ©ment moteur dans les mises en scĂšne d’Emmanuelle Bastet. En rĂ©alitĂ©, la relation de PellĂ©as et de MĂ©lisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublĂ© par les membres d’une famille qui l’interroge et dĂ©concerte sa petite Ăąme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement Ă©motionnel qui fait naĂźtre la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-ĂȘtre pas de rĂ©tablir la cohĂ©rence d’une Ɠuvre dans son dĂ©roulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours Ă  cacher ou sans les dire prĂ©cisĂ©ment.
C’est donc un opĂ©ra d’atmosphĂšre oĂč la mĂ©moire et le rĂȘve submergent le rĂ©el, oĂč l’inconscient surgit lĂ  oĂč on ne l’attend pas, oĂč les actes de la psychĂ© se manifestent diffĂ©remment et de façon imprĂ©visible, dont les enjeux et l’activitĂ© souterraine pourront nous ĂȘtre enfin rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  Nantes et Ă  Angers Ă  partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
LumiÚre : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

5 à NANTES Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 Ă  ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € Ă  30 € / RĂ©duit : de 50€ Ă  20 € / TrĂšs rĂ©duit : de 30 € Ă  10 €. Places PremiĂšres : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014

Saintes, Abbaye aux Dames : Alain PlanÚs joue Debussy et Franck, mercredi 5 février 2014, 20h30

Saintes, Abbaye aux dames. Alain PlanĂšs, piano. Le 5 fĂ©vrier 2014, 20h30. Amateur de peinture et Ă©rudit, Alain  PlanĂšs met son talent et sa poĂ©sie au service de plusieurs chefs d’Ɠuvre de la musique de chambre française (Debussy et Franck). Avec les solistes de l’Orchestre des Champs Ă©lysĂ©es, le pianiste propose un rĂ©cital hautement chambriste d’autant plus ciselĂ© que les musiciens de l’orchestre fondĂ© par Philippe Herreweghe jouent tous sur instruments anciens. style, goĂ»t, sonoritĂ©s ajustĂ©es sont donc au rendez-vous.

 

 

 

Saintes, Abbaye aux dames, La cité musicale
Alain PlanĂšs, piano

conversation chambriste

 

 

Saintes : RĂ©cital Alain PlanĂšs, piano

 

 

Au programme, chambrisme postromantique français de haut style : Quintette pour piano de CĂ©sar Franck, chef d’oeuvre hexagonal et vraie alternative au wagnĂ©risme global, puis Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flĂ»te et harpe de Claude Debussy, Claude de France. Les interprĂštes rĂ©unis Ă  Saintes sauront-ils exprimer cette Ă©lĂ©gance et cette transparence française qui font la singularitĂ© des Français aux cĂŽtĂ©s des allemands ? RĂ©ponse lors de ce concert Ă©vĂ©nement Ă  Saintes, dans le cadre de la saison musicale de l’Abbaye aux Dames, La citĂ© musicale 2014.

Alain PlanĂšs joue Franck et Debussy Ă  Saintes

 

Mercredi 5 février 2014 à 20h30
Saintes, Abbaye aux dames
La cité musicale

 

Programme
CĂ©sar Franck, ‹Quintette pour piano et cordes
Claude Debussy, ‹Trio pour piano, violon et violoncelle, Sonate pour alto, flĂ»te et harpe
Alain PlanĂšs, piano
et les musiciens de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :‹ Alessandro Moccia et BĂ©nĂ©dicte Trottereau, violons‹. Jean-Philippe Vasseur, alto. ‹Andrea Pettinau, violoncelle‹. Pascale Schmidt, harpe. ‹flĂ»te : nom non communiquĂ©

 

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Compte-rendu : Fontdouce. Abbaye, 20Úme festival estival, le 26 juillet 2013. Concert inaugural. Baptiste Trotignon, Natalie Dessay, Philippe Cassard. Mélodies françaises.

philippe cassard et natalie dessay Ă  fontdouceSaint-Bris des Bois en Charente-Maritime accueille l’inauguration du 20Ăšme Festival de l’Abbaye de Fontdouce. L’endroit magique datant du 12e siĂšcle concentre beautĂ© et mystĂšre. Le concert exceptionnel d’ouverture se dĂ©roule en deux parties Ă  la fois contrastĂ©es et cohĂ©rentes. Il commence de façon tonique avec le pianiste jazz Baptiste Trotignon et se termine avec un duo de choc, la soprano Natalie Dessay et Philippe Cassard au piano !

 

 

Festival de l’Abbaye de Fontdouce,
le secret le mieux gardĂ© de l’Ă©té !

 

SituĂ©e entre Cognac et Saintes, Ă  deux pas de Saint-Sauvant, l’un des plus beaux villages de France, l’ancienne Abbaye Royale obtient le classement de Monument Historique en 1986. Elle fait ainsi partie du riche patrimoine naturel et culturel de la rĂ©gion. Elle en est sans doute l’un de ses bijoux, voire son secret le mieux gardé ! Le maĂźtre du lieu (et prĂ©sident du festival Thibaud Boutinet) a comme mission de partager la beautĂ© et faire connaĂźtre l’histoire et les milles bontĂ©s du site acquis par sa famille il y a presque 200 ans. AprĂšs notre sĂ©jour estival et musical Ă  l’Abbaye de Fontdouce, toute l’Ă©quipe met du coeur Ă  l’ouvrage et le festival est une indĂ©niable rĂ©ussite !

Le Festival comme le site historique acceptent avec plaisir la modernitĂ© et font plaisir aussi aux amateurs des musiques actuelles. L’artiste qui ouvre le concert est un pianiste jazz de formation classique : Baptiste Trotignon rĂ©gale l’audience avec un jeu Ă  l’expressivitĂ© vive, presque brĂ»lante, qui cache pourtant une vĂ©ritable dĂ©marche intellectuelle. Notamment en ce qui concerne sa science du rythme, trĂšs impressionnante. Le pianiste instaure une ambiance d’une gaĂźtĂ© dansante, dĂ©contractĂ©e, contagieuse avec ses propres compositions ; il fait de mĂȘme un clin d’oeil Ă  la musique classique avec ses propres arrangements « dĂ©rangeants » d’aprĂšs deux valses de Chopin. Mais son Chopin transfigurĂ© va trĂšs bien avec son Ă©loquence subtilement jazzy. La musique du romantique  d’une immense libertĂ© formelle, se prĂȘte parfaitement aux aventures euphoriques et drolatiques de Trotignon. Un dĂ©but de concert tout en chaleur et fort stimulant qui prĂ©pare bien pour la suite classique ou l’oĂč explore d’autres sentiments.

L’entracte tonique est l’occasion parfaite pour une promenade de dĂ©couverte, tout en dĂ©gustant les boissons typiques du territoire. Le sensation de beautĂ© paisible au long du grand prĂ©, l’effet saisissant et purement gothique de la salle capitulaire, les couleurs et les saveurs du patrimoine qui font vibrer l’Ăąme… Tout prĂ©pare en douceur pour le rĂ©cital de mĂ©lodies par Natalie Dessay et Philippe Cassard.

Ils ont dĂ©jĂ  collaborĂ© pour le bel album des mĂ©lodies de Debussy « Clair de Lune » paru chez Virgin Classics. Pour ce concert d’exception, les deux artistes proposent Debussy mais aussi Duparc, Poulenc, Chabrier, FaurĂ©, Chausson… Un vĂ©ritable dĂ©lice auditif et poĂ©tique, mais aussi sentimental et thĂ©Ăątral. Natalie Dessay chante avec la vĂ©racitĂ© psychologique et l’engagement Ă©motionnel qui lui sont propres. Un registre grave limitĂ© et un mordant moins Ă©vident qu’auparavant n’enlĂšvent rien Ă  la profondeur du geste vocal. Elle est en effet ravissante sur scĂšne et s’attaque aux mĂ©lodies avec un heureux mĂ©lange d’humour et de caractĂšre. La diva interprĂšte « Le colibri » de Chausson  avec une voix de porcelaine : la douceur tranquille qu’elle dĂ©gage est d’une subtilitĂ© qui caresse l’oreille. Philippe Cassard est complĂštement investi au piano : il s’accorde merveilleusement au chant avec sensibilitĂ© et rigueur. La « Chanson pour Jeanne » de Chabrier, la plus belle chanson jamais Ă©crite selon Debussy, est en effet d’une immense beautĂ©. Les yeux de la cantatrice brillent en l’interprĂ©tant ; nous sommes Ă©blouis et Ă©mus, au point d’avoir des frissons, par la dĂ©licatesse de ses nuances et par la finesse arachnĂ©enne de ses modulations. « Il vole » extrait des Fiançailles pour Rire de Poulenc est tout sauf strictement humoristique. La complicitĂ© entre les vers de Louise de Vilmorin et la musique du compositeur impressionne autant que celle entre le pianiste et la soprano. Sur scĂšne, ils s’Ă©clatent, font des blagues, quelques fausses notes aussi, se plaignent du bruit des appareils photo… ils mettent surtout leurs talents combinĂ©s au service de l’art de la mĂ©lodie française, pour le grand bonheur du public enchantĂ©.

DĂ©couvrir ainsi la magie indescriptible de l’Abbaye de Fontdouce et dĂ©guster sans modĂ©ration les musiques de son festival d’Ă©tĂ© reste une expĂ©rience mĂ©morable !

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Compte-rendu : Toulouse, Halle-aux-grains. 18 juin 2013. Claude Debussy (1862-1918) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Karol Szymanowski (1882-1937) ; Krystian Zimerman, piano

Krystian ZimermanKrystian Zimerman est unique, musicien d’exception, artiste rare, incontournable. Chaque rencontre avec le pianiste polonais est inoubliable. Le souvenir de son rĂ©cital Chopin en 2010 encore prĂ©sent et les regrets liĂ©s Ă  son annulation l’an dernier, sont responsables de l’attente Ă©mue du public toulousain.
DĂšs le grand prix du concours Chopin de Varsovie qu’il a gagnĂ© en 1975, les plus grands chefs et orchestres l’ont rĂ©clamĂ© et avec sagesse, le pianiste prodige a gardĂ© une Ă©thique des plus hautes.  Certains le trouve trop exigeant, soit. Reconnaissons une nouvelle fois que la maniĂšre dont il construit son rĂ©cital et dont il offre au public sa conception de la musique, nous laisse sans voix. Il a la particularitĂ© de se prĂ©senter en scĂšne avec son piano personnel, accordĂ© par ses soins. Il souhaite maitriser tout ce qui peut faire obstacle entre la musique et son public. Le programme de ce soir a Ă©tĂ© changĂ© en derniĂšre minute. Nous avons perdu Beethoven pour … amplifier l’univers de Debussy : chaque partie de concert a dĂ©butĂ© par des  oeuvres de Claude de France.
Avec  Zimerman, le piano de Debussy est large et profond. C’est comme si sous les doigts du pianiste un livre s’ouvrait d’abord classiquement Ă  plat puis dĂ©veloppait la troisiĂšme dimension. Par un son colorĂ©, riche et des nuances d’une souplesse admirable, un voyage dans le pays des rĂȘves s’initie. Ces trois estampes, Ă©crites aprĂšs PellĂ©as sont des tableaux rĂȘvĂ©s. La Chine de « pagodes », l’Espagne de la « soirĂ©e dans Grenade » et  surtout les gouttes d’eau de « jardin sous la pluie » deviennent, avec un interprĂšte si puissamment poĂšte, des voyages dans l’espace et le temps. Impossible d’analyser une telle interprĂ©tation qui relĂšve d’une puissance d’évocation rare, tant les sons et les couleurs se rĂ©pondent.
Il est plus facile d’évoquer les moyens pianistiques immenses dans la  deuxiĂšme Sonate du jeune Brahms, dont la fougue juvĂ©nile exige de recrĂ©er des sonoritĂ©s orchestrales. Krystian Zimerman empoigne la partition Ă  bras le corps, tonne, fulmine et fond de tendresse, dĂ©taille des traits dans un staccato infernal ou chante avec un lĂ©gato de diva romantique. Les couleurs sont d’une richesse inhabituelle et les nuances vont du murmure au grondement de fin du monde. Le camaĂŻeu d’émotions amoureuses variĂ©es contenu dans cette partition, n’a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©vident. Il s’agit bien d’une sonate en forme de dĂ©claration d’amour. Qui doutera aprĂšs une telle interprĂ©tation que Brahms Ă©tait Ă©pris Ă  la folie de Clara Schumann ?
En deuxiĂšme, partie le livre 1 des prĂ©ludes de Debussy a permis de retrouver le piano impressionniste, lyrique et plein d’humour de Krystian Zimerman. L’ampleur sonore de Debussy ainsi interprĂ©tĂ© pourra surprendre. De nouveau, les images se dĂ©veloppent en trois dĂ©mentions pour notre plus grand plaisir ! Impossible de rĂ©sister et le voyage reprend de plus belle avec en apothĂ©ose les profondeurs abyssales de la « cathĂ©drale engloutie ». Les plans sonores se superposent de maniĂšre Ă  crĂ©er un vertige. L’eau, la lumiĂšre, le lointain et le tout proche deviennent palpables. Quelle beautĂ©s dans ces sonoritĂ©s riches osant aller jusqu’à la saturation (quels magnifiques graves !). Debussy est offert en relief et  perspectives  comme rarement.
Karol Szymanowski prendra-t-il la place dans nos concerts comme il le mĂ©rite ? Avec un interprĂšte aussi dĂ©licat et raffinĂ© que Zimerman : certainement. Les PrĂ©ludes du Livre 1 sont des courtes piĂšces fragiles et plus subtiles que virtuoses.  Karol Szymanowski Ă©tait trĂšs jeune lorsqu’il les composa, le 8Ăšme date de ses 14 ans. Mais la grĂące de la jeunesse est parfaitement rendue par le dĂ©licat touchĂ© du pianiste.
Les variations sur un thĂšme populaire polonais sont au contraire une Ɠuvre de la maturitĂ©. TrĂšs abouties elle exigent des moyens pianistiques de grande virtuositĂ©. Avec enthousiasme Krystian Zimerman s’empare de cette page pour en faire une longue sonate. La variĂ©tĂ© de l’inspiration, la richesse chromatique et les audaces demandĂ©es au pianiste dĂ©passent les modĂšles de Liszt et Scriabine. Le panache avec lequel le pianiste termine les variations est spectaculaire. Mais tout du long, la beautĂ© des phrasĂ©s et la richesse des sonoritĂ©s a gardĂ© une poĂ©sie ineffable jusque dans les moments les plus extravertis. Zimerman termine son rĂ©cital sous les bravos nourris du public conquis. Il  ne lui concĂšde aucun bis, il avait tout donnĂ© et nul n’en a Ă©tĂ© déçu. Un artiste de ce format dĂ©passe le cadre d’un simple rĂ©cital. Il apporte bien d’avantage. Il crĂ©e une vraie rencontre.

Toulouse, Halle-aux-grains. 18 juin 2013. Claude Debussy (1862-1918) : Estampes,  Six préludes du livre 1 ; Johannes  Brahms (1833-1897) ; Sonate n°2, en fa diÚse mineur, op. 2 ; Karol Szymanowski (1882-1937) : Préludes n°1, 2 et 8, op. 1 ; Variations sur un thÚme populaire polonais, en si mineur, op. 10. Krystian Zimerman, piano.

Compte-rendu : Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 23 mai 2012. MĂ©lodies de Poulenc, Debussy, Duparc, Aulis Sallinen … Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Karita Mattila SOPRANOToulouse la connaĂźt et l’aime. Il s’agit de son troisiĂšme rĂ©cital dans la ville rose. Il s’est terminĂ© dans une belle complicitĂ©. Karita Mattila est tout simplement l’une des plus belle voix de soprano lyrico-spinto du moment. Mozart puis Verdi, Richard Strauss, TchaĂŻkovski, Lehar, Janacek et Wagner lui doivent des incarnations inoubliables. Son rapport avec le public français est passionnel et Toulouse qui aime tant les belles voix lui voue un amour total. Car la voix est superbe, la femme ravissante et son art thĂ©Ăątral, au plus haut. Le rĂ©cital avec piano dĂ©veloppe ses qualitĂ©s de musicienne mais le cadre semble un peu Ă©troit pour un tempĂ©rament si gĂ©nĂ©reux.

 

 

Katita Matila : Diva ensorcelante

 

DĂšs son entrĂ©e en scĂšne, trĂšs thĂ©ĂątralisĂ©e, nous avons Ă©tĂ© intriguĂ© par une allure intemporelle de Diva avec robe longue et voilages, en tons assortis, nombreux bijoux et visage souriant et lisse : Elisabeth Schwartzkopf ou Victoria de Los Angeles entraient en scĂšne ainsi, crĂ©ant une magie hors du temps et du quotidien. Cette prĂ©sence impressionnante Ă©tait augmentĂ©e par la jeunesse et la passion, un rien prĂ©cieuse, du pianiste finlandais Ville Matvejeff : compositeur, chef d’orchestre et pianiste de haut vol, il est toujours visuellement expressif dans son jeu, parfois un peu trop dĂ©monstratif. Son geste pianistique un peu outrĂ© est assorti Ă  une sonoritĂ© riche, des nuances savantes, un sens du partage de la musique trĂšs amical avec la Diva et son public.

La premiĂšre partie du rĂ©cital est un hommage Ă  la mĂ©lodie française et dĂ©bute par des mĂ©lodies de Poulenc. À vouloir en exprimer le thĂ©Ăątre, Karita Mattila en fait trop et l’articulation n’est pas assez prĂ©cise alors mĂȘme que la cantatrice comprend toutes les subtilitĂ©s des textes. La voix est magnifique, ronde, riche et rĂ©pond Ă  toutes les inflexions et nuances de la musicienne. Mais l’humour français de certaines piĂšces lui Ă©chappe un peu. Ensuite les mĂ©lodies de Debussy sont superbes de timbre, couleurs et nuances, mais il manque la mĂ©lancolie et le doux amer maladif qui leur est si particulier.

La vocalitĂ© est sublimĂ©e par une voix d’une telle ampleur, sachant apprivoiser les plus subtiles nuances, mais une simple diseuse avec des moyens vocaux plus frĂȘles peut y sembler plus idiomatique dans ces poĂšmes de Baudelaire mis en musique par Debussy. Pour finir les mĂ©lodies de Duparc permettent enfin un dĂ©ploiement de la voix et du thĂ©Ăątre plus satisfaisant et le public est bien plus touchĂ© en raison de l’adĂ©quation des moyens vocaux aux partitions plus ouvertement extraverties de Duparc. Cette premiĂšre partie française est un vĂ©ritable hommage qu’il convient d’apprĂ©cier et de chĂ©rir, mais soulignons que seules les mĂ©lodies de Duparc permettent Ă  la Diva d‘offrir tout son talent gĂ©nĂ©reux en pleine libertĂ©.

La deuxiĂšme partie dĂ©bute par un cycle du compositeur finlandais Aulis Sallinen. En demandant de ne pas applaudir entre les mĂ©lodies du cycle NeljĂ€ laulua unesta, Karita Mattila obtient un degrĂ© de concentration du public trĂšs rare. Les sentiments tristes et douloureux, la lumiĂšre mĂ©lancolique de la Finlande, diffusent dans la salle et si Ville Matvejeff avait auparavant jouĂ© de maniĂšre extravertie, ici sa concentration est totale et l’attitude plus simple convient admirablement au travail d’interprĂ©tation conjointe entre le pianiste et la chanteuse exigĂ© par la dĂ©licatesse de la composition.

Ayant changĂ© de tenue, la Diva en robe noire prĂšs du corps, et grand chĂąle abricot s’en entoure pour suggĂ©rer les moments de replis mĂ©lancoliques des poĂšmes. AprĂšs ce trĂšs beau cycle, le public est conscient d’avoir Ă©tĂ© gratifiĂ© d’une interprĂ©tation proche de l’idĂ©al, la voix se dĂ©ployant large et puissante avec d’autres moments mĂ©lancoliques et doux. Mais le public n’était pas au bout de ses surprises avec un cycle allemand de Joseph Marx. La diction trĂšs articulĂ©e est particuliĂšrement sĂ©duisante. Et la voix peut sâ€˜Ă©panouir encore, avec des aigus forte magnifiques. Le parfait Ă©quilibrage et la progression vocale des mĂ©lodies proposĂ©es dans ce rĂ©cital, permettent Ă  Karita Mattila de mĂ©nager sa voix, de lui offrir un parfait avĂšnement, Ă  la maniĂšre sage dont elle gĂšre sa carriĂšre entiĂšre. Comme il est agrĂ©able d’entendre cette voix aimĂ©e comme nous la connaissons, avec un vibrato parfaitement maĂźtrisĂ©, des nuances exquises allant du piano au fortissimo et une palette de couleurs d’une richesse sidĂ©rante.

Les bis sont phĂ©nomĂ©naux : Zeugnung de Strauss est sidĂ©ral et spectaculaire autant qu’émouvant. Quand au tango final, il est vocalement et pianistiquement sensationnel : il permet Ă  la Diva de faire deviner son tempĂ©rament volcanique (celui qui fait de sa SalomĂ© une torche vive). Karita Mattila reviendra, elle nous l’a promis : le public aimant de Toulouse l’attend dĂ©jĂ .

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 23 mai 2012. Mélodies de Francis Poulenc (1899-1963), Claude Debussy (1862-1918), Henri Duparc (1848-1933), Aulis Sallinen (né en 1935), Joseph Marx (1882-1964). Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Nouveau Pelléas et Mélisande à Nantes et à Angers

Debussy Claude PelleasAngers Nantes OpĂ©ra. PellĂ©as et MĂ©lisande, du 23 mars au 13 avril 2014 … La production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes et Ă  Angers promet d’ĂȘtre un nouvel accomplissement au crĂ©dit de la direction artistique de Jean-Paul Davois auquel nous devons cet Ă©vĂ©nement mĂ©morable du Tristan und Isolde de Wagner dans la mise en scĂšne superlative d’Olivier Py (rien Ă  voir avec ses rĂ©centes lectures parisiennes d’Alceste ou d’AĂŻda, infiniment moins inspirĂ©es et approfondies).
Dans la fosse de ce Wagner anthologique ” sĂ©vissait ” dĂ©jĂ  la baguette dĂ©taillĂ©e et architecturĂ©e, claire, prĂ©cise, transparente de Daniel Kawka qui ici aborde PellĂ©as avec la vitalitĂ© et la ciselure que nous lui connaissons depuis toujours.
Pour rĂ©aliser la scĂ©nographie et le dĂ©ploiement visuel de cette nouvelle production trĂšs attendue, les habituĂ©s d’Angers Nantes OpĂ©ra retrouvent une metteure en scĂšne justement admirĂ©e : Emmanuelle Bastet. Chaque approche gagne en vĂ©ritĂ©, en sensibilitĂ© : dans sa Traviata, le personnage du pĂšre Germont gagnait un relief inexplorĂ© jusque lĂ  ; dans son OrphĂ©e et Eurydice de Gluck (version Berlioz), tout le travail poĂ©tique d’Emmanuelle Bastet rendait tangible et explicite la pudeur, le deuil, l’Ă©paisseur psychologique de chaque protagoniste. Avec une telle Ă©quipe, ce PellĂ©as prĂ©sentĂ© par Angers Nantes OpĂ©ra devrait crĂ©er un nouvel Ă©vĂ©nement de la saison lyrique 2013-2014.

 

 

 

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453Pelléas choc par Angers Nantes Opéra

Claude Debussy
Nouvelle production

7 représentations 

 

Nantes, Théùtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

Angers, Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

 

Pelléas et Mélisande de Debussy
Drame lyrique – en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’aprĂšs sa piĂšce Ă©ponyme.‹CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
Direction musicale Daniel Kawka‹Mise en scĂšne Emmanuelle Bastet‹ScĂ©nographie et costumes Tim Northam‹LumiĂšre François Thouret
avec‹Armando Noguera, PellĂ©as‹StĂ©phanie d’Oustrac, MĂ©lisande‹Jean-François Lapointe, Golaud‹Wolfgang Schöne, Arkel‹Cornelia Oncioiu, GeneviĂšve‹ChloĂ© Briot, Yniold‹FrĂ©dĂ©ric Caton, Le Docteur
ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.
[Opéra en français avec surtitres]

 

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Le chant de deux amants dans un monde en perdition

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453En son chĂąteau abandonnĂ© dans un monde (Allemonde) Ă  l’agonie oĂč le temps se dilate, suspendu, indĂ©terminĂ©, le vieux roi Arkel rĂ©unit ses petit fils, Golaud  et PellĂ©as. Surgit la jeune et incosnciente MĂ©lisande, elle mĂȘme victime d’un passĂ© refoulĂ© dont elle ne veut ni ne peut se souvenir… Parce qu’elle croise la route de Golaud, MĂ©lisande s’unit Ă  lui sans passion, mais elle vibre toute entiĂšre pour le jeune PellĂ©as qui toujours semble fuir et partir.
Loin d’expliciter et d’Ă©claircir les intrigues et l’action, la musique de Debussy Ă©paissit le mystĂšres, raconte une autre histoire, parallĂšle et complĂ©mentaire Ă  la langue Ă©nigmatique du livret inspirĂ© de la piĂšce de Maeterlinck.
Toute l’activitĂ© de la musique qui Ă©tire le temps comme Wagner le fait dans Tristan et Parsifal (que Debussy connaissait parfaitement), exprime l’Ă©mergence d’un amour impossible dans un monde condamnĂ© Ă  l’anĂ©antissement. C’est le dĂ©sir jamais dit mais prĂ©sent entre PellĂ©as et MĂ©lisande, c’est la sourde et rugissante jalousie de Golaud pour son dĂ©mi-frĂšre qui prĂ©cipite le drame.
” Chercher aprĂšs Wagner et non pas d’aprĂšs Wagner “, voilĂ  un dĂ©fi lancĂ© Ă  l’imagination de Debussy soucieux d’apporter de Nouveau et cet inĂ©dit tant espĂ©rĂ© : pari relevĂ© et dĂ©fi rĂ©ussi pour son unique opĂ©ra qui dĂšs la gĂ©nĂ©rale de 1902, suscite Ă©tonnement, dĂ©testation, scandale. Il n’en fallait pas plus pour inscrire dĂ©finitivement PellĂ©as dans l’histoire d’une modernitĂ© française… Les Demoiselles d’Avignon seront prĂ©sentĂ©es par Picasso en 1907, et Le Sacre du Printemps ne paraĂźtra pas avant 1913. DĂ©cidĂ©ment Claude de France demeure bien avec PellĂ©as, le pionnier de la musique de l’avenir. Quadra, ayant remportĂ© le Prix de Rome en 1884, un souvenir romain dĂ©testĂ©, Debussy a brisĂ© l’idĂ©al de l’AcadĂ©mie en plein vol : il a offert Ă  la musique une toute autre destinĂ©e, plus symboliste que rĂ©aliste, essentiellement Ă©nigmatique, en rien classique ni acadĂ©mique.

Voir aussi notre dossier spécial Pelléas et Mélisande de Debussy

 

 

CD. Stravinsky: Le sacre du printemps (Jordan, 2012)

CD. Philippe Jordan fĂȘte avec voluptĂ© les 100 ans du Sacre de Stravinsky   …   EnregistrĂ© en mai 2012 Ă  l’OpĂ©ra Bastille, ce nouvel album (le 2Ăš dĂ©jĂ ) de Philippe Jordan avec l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris confirme les prĂ©ludes amorcĂ©s entre chef et musiciens : une entente Ă©vidente, un plaisir supĂ©rieur pour vivre la musique ensemble. Depuis leur Symphonie Alpestre de Strauss, montagne philharmonique d’une prodigieuse narration sonore frappĂ©e du sceau de l’imagination climatique, les interprĂštes se retrouvent ici en mai 2012 pour deux autres sommets de la musique symphonique française et spĂ©cifiquement parisienne. Dans l’histoire des Ballets Russes, le PrĂ©lude comme le Sacre du printemps indiquent clairement un point d’accomplissement pour les deux compositeurs : l’ivresse Ă©rotique et l’enchantement semi conscient s’impose Ă  nous dans un PrĂ©lude d’une dĂ©licatese infinie; quant au Sacre, voilĂ  longtemps que l’on n’avait pas Ă©coutĂ© direction aussi parfaite et Ă©quilibrĂ©e entre prĂ©cision lumineuse (dĂ©tachant la tenue caractĂ©risĂ©e et fortement individualisĂ©e de chaque instrument protagoniste) et expressionnisme symboliste !

Le Sacre enchanté de Philippe Jordan

stravinsky_debussy_prelude_faune_sacre_printemps_naive_cd_philippe_jordan_opera_de_parisLa baguette de Philippe Jordan aime ciseler dans la suggestion mais aussi ici, mordre dans l’ivresse libĂ©rĂ©e des timbres associĂ©s d’une infinie inventivitĂ© ; le chef s’appuie sur la maniĂšre et le style supraĂ©lĂ©gant des instrumentistes parisiens dont les prĂ©dĂ©cesseurs en mai 1913 dans la fosse du TCE avaient fait la rĂ©ussite rĂ©volutionnaire de la partition. Jordan ajoute une prĂ©cision Ă©lectrique et incandescente, une vision de poĂšte architecte aussi qui sait unifier, structurer, dĂ©velopper une dramaturgie supĂ©rieurement aboutie… et frappante par son relief, sa vivacitĂ©, comme des teintes plus dĂ©licatement nimbĂ©es et voilĂ©es.
Fureur et ivresse des timbres associĂ©s. ComparĂ©e Ă  tant d’autres versions soit rutilantes, soient sĂšches, soit littĂ©ralement narratives, Philippe Jordan apporte aussi le mystĂšre et l’enchantement, toute la poĂ©sie libre des instruments sollicitĂ©s. Quelle maestria ! Quelle conviction dans la tension progressive… La voluptĂ© de chaque Ă©pisode est nourrie d’un onguent magicien ; l’expĂ©rience lyrique du chef, directeur musical de l’OpĂ©ra, en est peut-ĂȘtre pour beaucoup et l’on se dit que Nicolas Joel n’aura pas tout rater Ă  Paris: nommer le fils du regrettĂ© Armin Jordan, capable de vrais miracles Ă  Paris, Philippe Ă  la tĂȘte de l’orchestre maison aura Ă©tĂ© un acte convaincant qui porte aujourd’hui des fruits Ă©clatants.  Voici du Sacre du printemps et pour le centenaire de l’oeuvre, une nouvelle version de rĂ©fĂ©rence sur instruments modernes. Le champion et pionnier dans le domaine s’agissant de la partition de Stravinsky demeurant Ă©videmment le geste du français François-Xavier Roth, d’une maĂźtrise incomparable sur instruments parisiens d’Ă©poque (1913) et rĂ©vĂ©lateur en ce sens des formats sonores et des timbres instrumentaux originels… aprĂšs la tournĂ©e 2013, le disque devrait sortir fin 2013/printemps 2014.

Sur instruments modernes, le chant des instruments fait tout ici, et renforce la réussite magistrale de cet enregistrement dont on ne saurait trop souligner avec admiration le miracle de la volupté instrumentale.

Inscrire enfin le BolĂ©ro ravĂ©lien aprĂšs les deux chefs d’oeuvre Debussyste et Stravinskien est de la meilleure inspiration : une claire confirmation que l’orchestre et leur chef se montrent trĂšs inspirĂ© par la lyre symphonique française postromantique : Du PrĂ©lude au Sacre en passant par le BolĂ©ro, soit de Debussy, Stravinsky Ă  Ravel se joue ici tout le dĂ©lirant apanage, bruyant et millimĂ©trĂ© du symphonisme français. Lecture rĂ©jouissante.

Debussy: PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune. Stravinsky: le Sacre du printemps. Ravel : BolĂ©ro. Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris. Philippe Jordan, direction. 1 cd NaĂŻve, enregistrĂ© Ă  Paris, OpĂ©ra Bastille en mai 2012. DurĂ©e : 57mn. NaĂŻve V 5332.