Compte-rendu, concert. Montreux, Auditorium Stravinsky. Le 8 septembre 2015. Hector Berlioz : Carnaval Romain. Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 4 en si bémol majeur op. 60. Johannes Brahms : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur op. 83. Jean-Frédéric Neuburger (piano) ; Orchestre Français des Jeunes ; David Zinman (direction)

Depuis soixante-dix ans, le Septembre Musical de Montreux-Vevey est le rendez-vous des mĂ©lomanes sur la Riviera vaudoise, et en premier lieu des amateurs d’orchestre. Après le Russian National Orchestra dirigĂ© par Hartmut Haenchen, l’Orchestre National de France placĂ© sous la baguette d’Emmanuel Krivine et le European Philharmonic of Switzerland sous la direction de John Fiore, la manifestation vaudoise a accueilli l’Orchestre Français des Jeunes dirigĂ© par son nouveau directeur musical, le chef amĂ©ricain David Zinman qui a longtemps prĂ©sidĂ© la destinĂ©e des Orchestres de Rotterdam et de la Tonhalle de ZĂĽrich.

zinman david maestro chef orchestreAprès le tour de chauffe que constitue le fameux Carnaval Romain d’Hector Berlioz, rĂ©alisĂ© avec autant de sensibilitĂ© que de brio, la phalange hexagonale s’attaque Ă  la Quatrième symphonie de Ludwig van Beethoven, opus plutĂ´t discret entre les cĂ©lĂ©brissimes Troisième et Cinquième symphonies. Cette symphonie Ă©voque un peu, par son romantisme dĂ©licat et sa poĂ©sie souriante, le Schubert de la Cinquième symphonie, avec ce mĂŞme sentiment de mystère qui baigne les mesures de l’introduction lente, puis cette impression d’esprits errants dans l’Allegro vivace. Quant Ă  l’Adagio – en rĂ©fĂ©rence aux sentiments amoureux qui auraient inspirĂ© Beethoven Ă  propos de ce thème -, Berlioz avait dit : « ce mouvement surpasse tout ce que l’imagination la plus brĂ»lante pourra jamais rĂŞver de tendresse et de pure volupté ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que David Zinman et l’OFJ rendent parfaitement justice Ă  ces diffĂ©rentes atmosphères… avec un son qui subjugue l’oreille des auditeurs !

En seconde partie, le pianiste Jean-FrĂ©dĂ©ric Neuberger vient faire montre de son talent dans le Concerto pour piano N°2 de Johannes Brahms. Contrairement au Concerto N°1, l’opus 83 associe aussitĂ´t l’orchestre et le pianiste. Neuberger dĂ©ploie d’emblĂ©e un son profond et un phrasĂ© parfaitement Ă©quilibrĂ©. Il fait ensuite preuve de beaucoup de fougue dans l’Allegro appassionato qui suit, s’avĂ©rant parfaitement en phase avec Zinman qui donne Ă  son orchestre des couleurs automnales. L’Andante gĂ©nère lui beaucoup d’Ă©motion grâce Ă  la longueur des phrases, Ă©tirĂ©es jusqu’à l’infini par le pianiste français.L’Allegretto grazioso conclusif est une conversation aussi aimable qu’enlevĂ©e, et si Neuburger fait encore preuve de moments d’Ă©clats, il soigne surtout les transitions, offrant un babillage Ă  la fois serein et optimiste. Après de nombreux rappels, il remercie le public en exĂ©cutant, en bis, une des nombreuses Etudes de Debussy.

En guise de conclusion, signalons au lecteur que Zinman et l’OFJ reprendront ce mĂŞme programme le 18 dĂ©cembre prochain Ă  la Philharmonie de Paris – mais avec Nelson Freire comme soliste dans le Concerto de Brahms…

Compte-rendu, concert. Montreux, Auditorium Stravinsky. Le 8 septembre 2015. Hector Berlioz : Carnaval Romain. Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 4 en si bémol majeur op. 60. Johannes Brahms  : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur op. 83. Jean-Frédéric Neuburger (piano) ; Orchestre Français des Jeunes ; David Zinman (direction).

CD. Wagner in Switzerland (Zinman, 2012)

CD. Wagner in Switzerland (Zinman, 2012). A part Bayreuth, aucune autre ville outre Zurich n’accueillit Wagner aussi longtemps, presque 10 annĂ©es, de 1849 Ă  1858 : annĂ©e violentes et prĂ©cipitĂ©es oĂą entraĂ®nĂ© par le souffle des rĂ©volution, le compositeur dĂ©voile sa passion libertaire et sĂ©ditieuse ; il perd sa position enviable Ă  la cour de Dresde (oĂą il Ă©tait assurĂ© de crĂ©er dans des conditions confortables ses opĂ©ras Ă  partir de Rienzi, que lui avait refusĂ© l’indigne Paris), et doit fuir en fugitif recherchĂ© jusqu’Ă  la Suisse accueillante et donc Zurich… Le crĂ©ateur pourchassĂ© et maltraitĂ©, incompris partout mais jalousĂ© comme personne, suicidaire et de plus en plus inquiet sur son avenir, compose cependant des pages maĂ®tresses. L’âge d’or et le confort viendront après… au dĂ©but des annĂ©es 1860 : en 1864 prĂ©cisĂ©ment quand coup sur coup, il peut compter sur l’aide financière providentielle de Louis II de Bavière et fait mĂ©nage simultanĂ©ment avec Cosima, la fille de son ami et soutien, Franz Liszt.

 

 

SĂ©jour de Wagner Ă  Zurich

 

Wagner en Suisse, wagner in ZwitzerlandAvec l’Ă©chec des rĂ©volutions, Wagner prĂ©cise sa vision politique de la sociĂ©tĂ© industrielle. Il intègre de près le tissu social et donc musical zurichois, Ă©tant mĂŞme nommĂ© membre d’honneur de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale de musique en 1851 après avoir dirigĂ© les Symphonies n°3 et 8 de Beethoven… Nouvelle consĂ©cration en 1852 lorsqu’il peut faire reprĂ©senter son Vaisseau FantĂ´me. L’idĂ©e d’un festival de musique se prĂ©cise en Suisse, portĂ© par la sĂ©rie de concerts que Wagner, chef d’orchestre, rĂ©alise localement (Ă  son programme : Mozart, Gluck, Spontini, Meyerbeer, Rossini…). A Zurich, Wagner solitaire et malheureux en mĂ©nage, rencontre surtout les Ă©poux Wesendonck, riche commerçants et bourgeois aisĂ©s de Zurich qui favorisent son travail : on sait qu’Ă©pris de Mathilde Wesendonck, Wagner inspirĂ©, composera les fameux Wesendonck lieder, surtout la suite de Tristan und Isolde jusqu’Ă  Venise (qui le voit dĂ©pitĂ©, abandonnĂ©, dĂ©muni par cet amour sans avenir : y eut-il liaison consommĂ©e ?)…

A Zurich, Wagner Ă©labore ses principaux dogmes thĂ©oriques sur la musique (et son tristement cĂ©lèbre Ă©cart sur les juifs qu’il souhaiterait Ă©carter dĂ©finitivement de la rĂ©gĂ©nĂ©rescence de l’art musical: ” Le judaĂŻsme dans la musique “); A Zurich, Wagner Ă©chaffaude ce que sera la TĂ©tralogie, crĂ©ant avec Liszt au piano l’acte I de La Walkyrie (22 octobre 1856, chantant mĂŞme les rĂ´les de Siegmund et Hunding !).

La notice du cd (très documentĂ©e : un modèle du genre, dĂ©veloppement en français auquel Sony ne nous avait pas jusque lĂ  habituĂ©s) Ă©claire ce en quoi Zurich, Ă©tape permanente d’un exil recherchĂ©, passage et point de fuite fructueux, permet Ă  Wagner de prĂ©ciser son oeuvre musical, son projet lyrique encore sans port d’attache.
Le programme reflète le concert donnĂ© par la Tonhalle sous la direction de David Zinman Ă  l’occasion des 200 ans de la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale de musique : un programme qui ressuscite celui dirigĂ© par Wagner en mai 1853 pendant le festival Wagner Ă  Zurich: extraits de ses opĂ©ras (ouverture et scènes majeures), Le Vaisseau FantĂ´me (particulièrement applaudi et apprĂ©ciĂ© de son vivant par les Zurichois), l’incontournable Walkyrie esquissĂ©e et Ă©laborĂ©e Ă  Zurich du moins pour le premier acte (les adieux de Wotan, la chevauchĂ©e des Walkyries…).

A la fois flamboyant et luxueux par ses teintes et couleurs Ă©panouies, l’Orchestre de la Tonhalle sous la direction toute en Ă©quilibre et lumière de David Zinman est particulièrement convaincant. Et le soliste invitĂ© (le baryton Egils Silins) ne manque pas d’attrait : parfois lĂ©gère, la voix fait un Wotan de choc et de tendre sensibilitĂ©: il s’agit bien dans ses adieux dĂ©chirants, de l’aveu d’un Ă©chec : le père doit renoncer au seul bien qui lui Ă©tait cher : l’amour de sa fille prĂ©fĂ©rĂ©e, Brunnhilde, qu’il doit sacrifier et Ă©carter sous la contrainte conjugale… Programme rĂ©jouissant et hautement original Ă©clairant le sĂ©jour zurichois des Wagner. D’autant plus recommandable en cette annĂ©e du bicentenaire.

 

Wagner in Switzerland, le sĂ©jour zurichois (1849-1858). Wagner : extraits du Vaisseau FantĂ´me (ouverture), L’Or du Rhin, La Walkyrie, Le CrĂ©puscule des dieux… Orchestre de la Tonhalle de Zurich. David Zinman, direction. DurĂ©e : 1h07mn 1 cd RCA red seal 88725479412 (Sony music). Enregistrement live rĂ©alisĂ© Ă  Zurich en juin 2012.