Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, le 12 janv 2019. Prokofiev, Korngold, Stravinsky. Les Dissonances / David Grimal

grimal david dissonances opera de dijon concert critique par classiquenewsCompte rendu, concert. Dijon, OpĂ©ra, Auditorium, le 12 janvier 2019. Prokofiev, Korngold, Stravinsky. Les Dissonances / David Grimal. Avant la Philharmonie de Paris, puis Le Havre (Le Volcan), l’OpĂ©ra de Dijon offre Ă  son public ce nouveau programme des Dissonances, avec David Grimal comme dĂ©miurge et soliste du concerto de Korngold. Celui-ci est prĂ©cĂ©dĂ© par la suite op 33 bis de l’Amour des trois oranges, de Prokofiev (1925) et sera suivi de la troisiĂšme suite de l’Oiseau de feu, de Stravinsky. Quand les Dissonances se concentraient sur des Ɠuvres de Mozart, on Ă©tait admiratif, Ă  juste titre. Le fait de confier la direction au violon solo, ou d’en faire l’économie, s’inscrivait dans une sorte de retour aux sources. Lorsque les musiciens de David Grimal se sont appropriĂ© le rĂ©pertoire romantique, de Beethoven Ă  Brahms, l’exploit musical et technique fut saluĂ© Ă  sa juste valeur. Mais quand ce furent Schönberg, Berg, ou maintenant Prokofiev et Stravinsky, cela relĂšve du miracle. Comment une formation aussi nombreuse, dont les pupitres sont souvent divisĂ©s, peut-elle concilier une telle cohĂ©sion, la prĂ©cision des attaques, un Ă©quilibre souverain sans l’activitĂ© d’un chef ? Le travail de chacun, individuellement et par pupitres, l’appropriation par tous de la totalitĂ© des parties, pour mieux assumer sa responsabilitĂ© au sein de la formation forcent l’admiration.

 

 

 
 

 

Un miracle recommencé

 

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La cĂ©lĂ©brissime et redoutable suite de l’Amour des trois oranges rejoint quand elle ne surpasse pas les interprĂ©tations les plus cĂ©lĂšbres. La prĂ©cision, la puissance, la transparence comme les couleurs, c’est un bonheur constant. Chaque pupitre se rĂ©vĂšle au sommet de l’engagement et de l’expression la plus juste, soulignant la magie de chacune des pages. La merveilleuse orchestration est servie avec sĂ©duction comme avec frĂ©nĂ©sie. « Le Prince et la Princesse », numĂ©ro chargĂ© de tendresse, de lyrisme, est jouĂ© par des chambristes de haut vol, quasi ravĂ©liens. « La faute », conclusive est endiablĂ©e Ă  souhait. Quelle jouissance sonore, physique ! On attend l’enregistrement.

AprĂšs la mĂ©trique et le motorisme de Prokofiev, David Grimal nous entraĂźne aux antipodes. Le concerto de Korngold, malgrĂ© Heifetz, son crĂ©ateur, ne s’est pas encore imposĂ© au rĂ©pertoire. A la fois original, par son organisation, comme par son caractĂšre, son lyrisme peut paraĂźtre un peu dĂ©suet, Ă  fleur d’oreille, qui ne renie pas ses attaches Ă  la musique de film, du technicolor, en relief, sur l’écran le plus large. C’est la rĂ©ponse hollywoodienne, ĂŽ combien sĂ©duisante, aux dĂ©tracteurs du bon vieux tonal, qui dĂ©montre ainsi qu’en 1945, il n’a pas encore Ă©puisĂ© toutes ses ressources. Sans Ă©panchement excessif, le moderato mobile, introduit avec lyrisme par le soliste, se dĂ©veloppe pour notre plaisir jusqu’à une brĂšve cadence, diabolique, Ă  laquelle Heifetz ne doit pas ĂȘtre Ă©tranger. Cela respire la libertĂ©, avec une Ă©lĂ©gance naturelle. La romance centrale, chargĂ©e de poĂ©sie, avec les nuances les plus tĂ©nues de vents, mĂ©rite Ă  elle seule d’ĂȘtre davantage connue. Quant Ă  l’allegro vivace jubilatoire, cocasse comme endiablĂ©, sur lequel se ferme ce grand concerto, son tour populaire permet au soliste de dĂ©ployer la panoplie la plus virtuose de son savoir-faire. En ces temps moroses, quel bonheur rafraĂźchissant !

Le public, n’en doutons pas, Ă©tait avant tout venu Ă©couter la troisiĂšme suite de l’Oiseau de feu de Stravinsky, sur laquelle s’achĂšve le concert. Pour l’essentiel semblable Ă  la deuxiĂšme suite (de 1919), la rĂ©vision y intĂšgre trois pantomimes, encadrant un pas de deux (l’oiseau de feu et le tsarĂ©vitch Ivan) et un scherzo (danse des princesses). DĂšs l’introduction, retenue, du pianissimo des basses caressantes, avec sourdines, transparent, d’une douceur singuliĂšre, on croit redĂ©couvrir l’Ɠuvre et sa fĂ©Ă©rie mystĂ©rieuse. L’oiseau de feu, sa danse et ses variations, enchaĂźnĂ©s forte, tous les accents comme la fluiditĂ© sont bien lĂ , subtils, colorĂ©s et lumineux. L’excellence orchestrale est

confirmĂ©e. Le plaisir Ă  jouer des musiciens est contagieux. L’attention est toujours sollicitĂ©e par les modelĂ©s, les phrasĂ©s, exemplaires. Tout respire. Les mots manquent pour dĂ©crire la danse infernale, animĂ©e, puissante, merveilleuse au sens littĂ©ral. Les changements de tempo sont assurĂ©s de façon magistrale, malgrĂ© l’absence de direction. Il faudrait tout souligner, de l’envoĂ»tement des quatre cors Ă  la conduite des progressions. David Grimal, toujours gĂ©nĂ©reux, simple, vrai (il a repris son pupitre de premier violon solo), est un musicien et un homme d’exception, capable de soulever les montagnes, de dompter les forces les plus puissantes comme de nous chuchoter la phrase la plus pure, la plus tĂ©nue. Un magicien. La salle lui fait un triomphe ainsi qu’à tous les musiciens des Dissonances.

 

 
 

 
 

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 12 janvier 2019. Prokofiev, Korngold, Stravinsky. Les Dissonances / David Grimal. Crédit photographique © DR / © G Abegg, Opéra de Dijon 2019

 

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Saint-Pierre-des-Cuisines, le 12-01-2016 ; Franz Schubert (1797-1828) : Trio n°1, D.898, en si bémol majeur ; Trio n°2 ,D.929,en mi bémol majeur ; David Grimal, violon ; Anne Gastinel, violoncelle, Philippe Cassard, piano

philippe_cassardLa salle Bleue de l’Espace Croix- Baragnon de Toulouse s’est dĂ©placĂ©e Ă  l’Auditorium St-Pierre des Cuisines devant le succĂšs attendu. Et c’est effectivement devant une salle comble que s’est produit Philippe Cassard, spĂ©cialiste indiscutĂ© de Schubert, avec ses deux amis. David Grimal, au violon comme Anne Gastinel, au violoncelle sont des instrumentistes invitĂ©s dans le monde entier et ont Ă©tĂ© dirigĂ©s par les plus grands chefs tout en faisant une belle carriĂšre de chambriste. Ils Ă©taient donc tous trois, trĂšs attendus dans les deux Trios de Schubert. La complicitĂ© entre les musiciens a Ă©tĂ© d’emblĂ©e perceptible. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des sonoritĂ©s n’a pas Ă©tĂ© trouvĂ©e immĂ©diatement mais s’est construite rapidement. Si les deux Trios sont beaux et agrĂ©ables, il a Ă©tĂ© sage de dĂ©buter le concert par le Trio en si bĂ©mol. Plus lĂ©ger, plus dansant il a Ă©tĂ© source de jubilation et de belles Ă©nergies.

Mais c’est bien avec le Trio en mi bĂ©mol majeur que l’osmose entre les instrumentistes, l’équilibre entre leurs sonoritĂ©s atteignent des sommets. Cette partition si originale qui dĂ©bute et se termine avec jubilation est proprement prodigieuse. PrivilĂ©giant la prĂ©cision rythmique, l’ampleur des nuances et la variĂ©tĂ© des couleurs, nos trois amis musiciens  insufflent une vivifiante Ă©nergie Ă  chaque instant. La beautĂ© des phrasĂ©s et la dĂ©licatesse des moindres traits ont provoquĂ© le bonheur du public. C’est bien le thĂšme sublime de l’Andante con moto qui a portĂ© le plus haut l’émotion. C’est de cet Andante qu’est tirĂ© le fameux extrait du film Barry Lyndon qui ouvre et ferme l’histoire d’amour de Barry avec la belle Lady Lyndon. Mi mĂ©lancolique mi tendre et avec un charme fou, cette marche dansĂ©e concentre en son ambivalence, tout le gĂ©nie de Schubert. Ce soir le retour du thĂšme tant aimĂ© dans le final avec les arabesques et les volutes du piano a Ă©tĂ© un moment magique.  Le public conquis a fait une belle ovation aux artistes. Le mouvement lent d’un trio de Beethoven a constituĂ© un bis charmant et apaisant aprĂšs ce bain dâ€˜Ă©nergie musicale.

Le public est lĂ  pour de la musique de chambre. Une saison spĂ©cifique pourrait connaĂźtre un grand succĂšs Ă  Toulouse. L’auditorium St-Pierre des Cuisines est un Ă©crin idĂ©al. Le patient travail de commentaire que fait Philippe Cassard avec ses Notes du traducteur y est pour beaucoup. La saison de la salle Croix Baragnon avec son concert du mardi qui l’accueille rĂ©guliĂšrement mĂ©rite d’ĂȘtre suivie. Nous en rendrons compte avec fidĂ©litĂ©.

Compte rendu, concert. Toulouse. Saint-Pierre-des-Cuisines, le 12-01-2016 ; Franz Schubert (1797-1828) : Trio n°1, D.898, en si bémol majeur ; Trio n°2 ,D.929,en mi bémol majeur ; David Grimal, violon ; Anne Gastinel, violoncelle, Philippe Cassard, piano .

Illustration : Philippe Cassard © JB Millot