Cd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016.

Elgar-Barenboim-Stastskapelle-BerlinCd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N°1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016. La symphonie nº 1 en la bémol majeur op. 55 a été écrite par Edward Elgar en 1907. Le compositeur projetait dès 1898 d’écrire une symphonie à programme sur la vie du général victorien Charles Gordon, mais il en abandonna peu à peu l’idée pour écrire une partition purement musicale. Il s’agit de la première de ses trois symphonies (la troisième n’existe qu’à l’état d’amorce et laissée à l’état de fragments). La puissance et le souffle n’écartent pas un réel sens du raffinement en particulier orchestral. Créée le 3 décembre 1908 sous la direction de Hans Richter, avec le Hallé Orchestra à Manchester, la première symphonie de Elgar fut immédiatement applaudie triomphalement, totalisant près de 80 réalisations des la première année. Pour Nikkish,  il s’agissait de la 5ème symphonie de Brahms. A l’époque où règne la sensibilité Belle Époque d’un Proust, qui vient de commencer l’écriture de sa Recherche  (1906…), Elgar exprime simultanément une vision tout autant raffinée, aux resonances multiples, d’une profondeur qui saisit malgré la langue des plus classiques, néo brahmsienne du musicien de l’Empire.

CLIC_macaron_2014La marche d’ouverture du premier mouvement indique clairement l’appartenance d’Elgar à la grande tradition qui le lie à Beethoven et à Brahms mais aussi à une certaine pompe cérémonielle, majestueuse et noble  propre à la grandeur de l’Empire britannique. La langue très classique et instrumentalement, extrêmement raffinée d’Elgar montre combien le compositeur s’inscrit dans la grande écriture philharmonique celle du post wagnérien et si original Franck, du flamboyant Richard Strauss dont l’excellente instrumentation et la grande séduction mélodique ont été idéalement assimilés (la suavite mélodique d’un Puccini est aussi très présente ). Elgar mêle avec une fluidité pleine d’élégance, une précision portée par une belle énergie, et la quête permanente d’une innocence (pourtant à jamais perdue). Maître incomparable des alliages de timbres comme de l’équilibre général, Daniel Barenboim soigne cette alliance subtile de sentiments et d’atmosphères en apparence contradictoires : certitude majestueuse, tendresse nostalgique, entre pompe, circonstance et pudeur plus intime. ..

La rondeur impressionnante des cuivres somptueux, – d’une portée wagnérienne, et l’émergence des mélodies plus légères sont remarquables d’éloquence et d’ intonation car la baguette n’est jamais épaisse mais au contraire détaillée, analytique et finement dramatique, d’une expressivité intérieure et fluide.

Le chef sait aussi mette en lumière l’unité préservée du cycle dans son entier grâce à la réitération cyclique de la mélodie à la flûte dont il sait exprimer cette insouciance enchanteresse spécifique.

Le 2ème mouvement convainc idéalement grâce à l’équilibre souverain des pupitres là encore ; Barenboim convainc par la motricité exemplaire, précise, nuancée, par un allant général jamais lourd, trépidant qui électrise tout le grand corps orchestral mis en dialogue avec des éclats tendres au bois et vents d’une douceur réellement  ineffable; sa direction témoigne d’un art de la direction qui sait cultiver les effets et tout le potentiel d’un grand orchestre pourtant étonnement ciselé et poétique,   avec un sens inouï des détails de la fluidité dramatique (violon solo, harpe, cordes gorgées d’exaltante vitalité); c’est assurément ce mouvement qui combine le mieux allusivement la pompe du début, une innocence mélodieuse, cultivant aussi un souffle irrépressible, avant l’émergence  du superbe Adagio que le chef choisit de déployer dans la continuité enchaînée avec une pudeur et une profondeur impressionnante voire le sentiment d’une  grandeur impériale  (superbes cors). Le chef exprime tout ce que le mouvement contient de la blessure coupable (wagnérienne : alliance cors / timbales, référence à Tristan), – sublime fusion de la noblesse et de la nostalgie.

Daniel Barenboim excelle dans la richesse de ton obtenue avec une précision admirablement sculptée  (sens étonnant du détail : chant des clarinettes, vibrato filigrané des cordes) diffusant un sentiment de détente, de suspension, de plénitude, alors dans la continuité de la Symphonie. En en révélant comme peu avant lui, la profonde unité souterraine qui solidifie sa puissante structure, en sachant ciseler toute la somptueuse parure instrumentale, pointilliste et scintillante, le chef signe une lecture superlative, l’une de ses meilleures réalisations symphoniques de surcroît au service d’un compositeur méconnu, régulièrement absent des salles de concerts. Clic de classiquenews de mai et juin 2016.

Cd, compte rendu critique. ELGAR : SYMPHONIE N°1, 1908. Staatskappelle de Dresde, Daniel Barenboim  (1 cd Decca 2014). CLIC de classiquenews de mai et juin 2016.

 

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