La Damnation de Faust version 1846, sur instruments d’Ă©poque

berlioz Hector Berlioz_0FRANCE 2, lun 2 dĂ©c 2019, 00h55. BERLIOZ : La damnation de Faust. L’annĂ©e 2019 marque les cĂ©lĂ©brations du 150Ăšme anniversaire de la disparition d’Hector Berlioz. En lien avec la grande exposition sur Louis-Philippe donnĂ©e au ChĂąteau de Versailles, l’OpĂ©ra Royal de Versailles avait anticipĂ© cet Ă©vĂ©nement en programmant sur la saison 2018/2019, un cycle Berlioz, dont ce concert faisait partie.
Il y a  plus de 170 ans, prĂ©cisĂ©ment le dimanche 29 octobre 1848, dans une salle rĂ©novĂ©e et enfin ouverte au grand public, Hector Berlioz dirigeait l’un de ces immenses concerts dont il dĂ©tenait le secret : 400 musiciens sur scĂšne alternant les compositions de Gluck, Beethoven, Rossini, Weber et Berlioz bien entendu (“Grande fĂȘte chez les Capulet” du RomĂ©o et Juliette, “La Marche Hongroise” de La Damnation de Faust). Ce concert marquait avec faste l’avĂšnement de la Seconde RĂ©publique naissante.

François-Xavier Roth est un chef français dont la carriĂšre avec son propre orchestre Les SiĂšcles, mais aussi avec le GĂŒrzenich Orchester Ă  Cologne et le London Symphony Orchestra, connaĂźt un fort dĂ©veloppement. Ancien assistant de Sir John Eliot Gardiner, il cultive comme lui une passion pour Berlioz et la sonoritĂ© si « française » qui en est l’emblĂšme comme l’esprit.
Son interprĂ©tation de La Damnation de Faust en version de concert (comme pour la crĂ©ation de 1846) permet d’entendre cette Ɠuvre avec la force et les audaces du premier Berlioz : un chef-d’Ɠuvre sombre et resplendissant, cosmique aussi par l’ampleur de ses Ă©vocations orchestrales.

Opéra Royal de Versailles, le 6 novembre 2018
Direction musicale : François-Xavier Roth
La Damnation de Faust. Musique de Hector Berlioz (1803-1869)
Livret de Almire GandonniĂšre (1813-1863) et Hector Berlioz (1803-1869)
D’aprĂšs Faust de Goethe (1808)
PremiĂšre reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris le 6 dĂ©cembre 1846
Les SiĂšcles
ChƓur ChƓur Marguerite Louise
Chef des ChƓurs GaĂ«tan Jarry

Mathias Vidal : Faust
Anne Caterina Antonacci : Marguerite
Nicolas Courjal : MéphistophélÚs
Thibault de Damas d’Anlezy : Brander

L’action de situe au Moyen-Age, en Hongrie et en Allemagne. Faust accablĂ© par le dĂ©goĂ»t de la vie, veut  mettre fin Ă  ses jours en absorbant du poison. Les chants de PĂąques l’arrachent Ă  son dĂ©sespoir en lui rendant la foi de son enfance, mais cet Ă©lan mystique suscite l’apparition soudaine du dĂ©mon, MĂ©phistophĂ©lĂšs, qui lui promet tous les plaisirs de l’existence et l’entraĂźne dans une taverne au milieu d’une bruyante assemblĂ©e. Ces plaisirs vulgaires ne parviennent pas Ă  sĂ©duire Faust et MĂ©phistophĂ©lĂšs le transporte sur les bords de l’Elbe oĂč il lui fait dĂ©couvrir la jeune Marguerite dans un rĂȘve enchanteur. DĂšs que Faust et Marguerite se rencontrent, ils se reconnaissent et se jurent un amour rĂ©ciproque. Mais les deux amants doivent se sĂ©parer car MĂ©phistophĂ©lĂšs les avertit qu’ils ont attirĂ© l’attention du voisinage et de la mĂšre de Marguerite. Faust, malgrĂ© sa promesse de revenir dĂšs le lendemain, semble avoir oubliĂ© Marguerite pour s’abĂźmer dans la contemplation de la nature. MĂ©phistophĂ©lĂšs le rejoint pour lui apprendre que la jeune fille est condamnĂ©e Ă  mort pour avoir empoisonnĂ© sa mĂšre. Pour la sauver, il exige de Faust qu’il signe un pacte l’engageant Ă  le servir et il l’entraĂźne avec lui en enfer au terme d’une chevauchĂ©e fantastique. Seule Marguerite est sauvĂ©e et accueillie au ciel par le chƓur des esprits cĂ©lestes.

Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. STRASBOURG, le 25 avril 2019. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato
 Orch Phil Strasbourg, J Nelson. On Ă©tait sorti Ă©bloui du Palais de la Musique de Strasbourg – il y a deux ans- aprĂšs l’exĂ©cution des Troyens de Berlioz donnĂ©s en version de concert dans le cadre d’un enregistrement effectuĂ© pour le label Erato. Deux ans plus tard, aprĂšs l’incroyable succĂšs de l’entreprise (le coffret a obtenu une avalanche de rĂ©compenses discographiques Ă  sa sortie), c’est au tour de La Damnation de Faust d’ĂȘtre gravĂ© en public, dans la mĂȘme salle, avec le mĂȘme chef (John Nelson), le mĂȘme orchestre (le Philharmonique de Strasbourg), et les deux hĂ©ros de la premiĂšre captation : Michael Spyres en Faust et Joyce Di Donato en Marguerite.

 

 

 

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A peine sorti des reprĂ©sentations du Postillon de Lonjumeau Ă  l’OpĂ©ra-Comique (nous y Ă©tions / 30 mars 2019) oĂč il vient de triompher dans le rĂŽle-titre, l’extraordinaire tĂ©nor amĂ©ricain Michael Spyres subjugue Ă  nouveau ce soir, en dĂ©pit d’une fatigue perceptible en fin de soirĂ©e, qui l’empĂȘche de dĂ©livrer le redoutable air « Nature immense » avec le mĂȘme incroyable aplomb que tout le reste. On admire nĂ©anmoins chez lui l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la tessiture, un timbre de toute beautĂ©, la perfection de la diction, la suavitĂ© des accents et sa capacitĂ© Ă  passer de la douceur Ă  l’Ă©clat. Il est et reste – Ă  n’en pas douter – LE tĂ©nor berliozien de sa gĂ©nĂ©ration. Apparaissant sur scĂšne dans une magnifique robe en soie bleue nuit, la grande Joyce Di Donato offre une Marguerite comme on l’attendait : sensuelle, ardente, d’une superbe ampleur, graduant avec soin son abandon dans sa romance du IV. Ses « hĂ©las ! » qui concluent le sublime « D’amour l’ardente flamme » donnent le frisson (et font mĂȘme monter les larmes de certains…), et c’est un triomphe aussi incroyable que mĂ©ritĂ© qu’elle rĂ©colte au moment des saluts. Quant Ă  la formidable basse française Nicolas Courjal, il se hisse au mĂȘme niveau que ses partenaires, en composant un magistral MĂ©phisto. Outre le fait de coller admirablement Ă  la vocalitĂ© grandiose requise par le rĂŽle, l’artiste ravit Ă©galement par sa voix somptueusement et puissamment timbrĂ©e, son phrasĂ© incisif et sa musicalitĂ© impeccable, Ă  la ligne scrupuleusement contrĂŽlĂ©e. Diable extraverti, insinuant, sardonique, inquiĂ©tant, menaçant, Nicolas Courjal possĂšde beaucoup de charisme, comme il vient Ă©galement de le prouver dans sa magnifique incarnation de Bertram dans Robert le Diable de Meyerbeer au Bozar de Bruxelles le mois dernier. Dans la partie de Brander, l’excellent baryton français Alexandre Duhamel n’est pas en reste qui, en vrai chanteur et vrai comĂ©dien qu’il est, renouvelle entiĂšrement ce rĂŽle bref, souvent saccagĂ©es par des voix Ă©puisĂ©es.

 

 

 

SPYRES, DI DONATO, COURJAL
Grand trio berliozien Ă  Strasbourg

 

 

 

BERLIOZ damnation de faust marguerite di donato joyce la diva berliozienne strasbourg nelson critique opera critique concert par classiquenews 362x536Grand chef berliozien devant l’Eternel, l’amĂ©ricain John Nelson dispose avec l’Orchestre Philharmonique se Strasbourg une phalange d’une ductilitĂ© parfaite, avec notamment des cordes d’un incroyable raffinement, des cuivres acĂ©rĂ©s et des harpes Ă©thĂ©rĂ©es, mais surtout un alto et un cor solo capables d’une infinie tendresse lors des interventions de Marguerite, devenant ainsi de vrais protagonistes du drame. De leur cĂŽtĂ©, le ChƓur Gulbenkian (dirigĂ© par Jorge Matta) ainsi que Les Petits chanteurs de Strasbourg et la MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin (dirigĂ©s par Luciano Bibiloni) mĂ©ritent eux aussi des Ă©loges sans rĂ©serves. On retiendra l’humour dont le premier fait preuve dans la fameuse fugue des Ă©tudiants, dĂ©livrant l’ « Amen » avec des sons nasillards et moqueurs, tandis que les seconds, spatialisĂ©s dans la salle pour les derniers accords, font preuve d’une douceur proprement angĂ©lique dans l’envolĂ©e finale.

Comme pour Les Troyens, le dĂ©lire gagne la salle aprĂšs de longues secondes d’un silence absolu qui est une plus belle rĂ©compense encore, et les rappels se multiplieront avant que l’audience ne se dĂ©cide Ă  enfin quitter les lieux
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Compte-Rendu, OPERA. Strasbourg, Palais de la Musique, le 25 avril 2019. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Spyres, Di Donato, Courjal, Duhamel / John Nelson.

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi :

CRITIQUE, CD : Les Troyens de Berlioz par John Nelson (ERATO) - enregistrement live avril 2017

Compte rendu, opĂ©ra. NANTES, le 23 septembre 2017. BERLIOZ : LA DAMNATION DE FAUST. Spyres, Hunold, Alvaro, Bontoux
 RochĂ© – une autre incarnation de Faust par Michale Spyres en sept 2017 Ă  NANTES

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 22 fév 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust. Laho, Relyea
 Tugan Sokhiev.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 22 fĂ©v 2019. BERLIOZ : Damnation de Faust (version de concert). Laho, Koch, Relyea, VĂ©ronĂšse. ChƓur et Orchestre National du Capitole. T SOHIEV. C’est la troisiĂšme fois que Tugan Sokhiev dirige cette Ɠuvre Ă  la Halle-aux-Grains depuis 2010. Il aime la musique de Berlioz et cette Damnation tout particuliĂšrement. Dans le cadre de cette premiĂšre saison des Musicales Franco-Russes et pour en assurer l’ouverture « en grand », il nous Ă©tait promis beaucoup
Et nous devons admettre que le pari fut tenu. Tugan Sokhiev a progressĂ© encore dans sa comprĂ©hension de Berlioz. Il assume la richesse des parties orchestrĂ©es touffues, comme la dĂ©licatesse des moments magiques (les Sylphes).

 

 

 

 ‹Une Damnation grandiose

 

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Le discours dramatique Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ  en 2010 dans un souffle puissant. Il est ce soir plus nuancĂ© et plus subtilement construit. Chaque numĂ©ro conserve une conception dramatique s’articulant prĂ©cisĂ©ment avec le prĂ©cĂ©dent comme le suivant. Le drame avance, l’humour est prĂ©sent rendant plus pathĂ©tique, la mĂ©lancolie de Faust puis le dĂ©sespoir de Marguerite. L’Orchestre du Capitole est royal. Les bois hallucinants de prĂ©sence et de libertĂ© (la flĂ»te de Sandrine Tilly) , les cordes sublimes :  altos ambrĂ©s (et quel solo de Dominique Mujica), violons de lumiĂšre et violoncelles de mĂ©lancolie. Et le cor anglais de Gabrielle Zaneboni, double de l’ñme de Marguerite, ne peut s’oublier. Le ChƓur du Capitole et la MaĂźtrise sont d’une prĂ©sence dramatique parfaite avec une puissance enviable et de trĂšs belles nuances. Juste une diction plus audible aurait Ă©tĂ© apprĂ©ciable. Mais quelle prĂ©sence dans chaque intervention !
La distribution, dĂ©fi redoutable, est absolument parfaite. Marc Laho est un Faust noble et Ă©lĂ©gant (photo ci dessus) d’une ligne vocale princiĂšre. Le timbre est magnifique, rond et chaud. La terrible tessiture (dĂ©passant le contre-ut ) ne se remarque pas, il est Ă  l’aise sur tout son ambitus ! Et le texte est vĂ©cu avec beaucoup d’intensitĂ© ; il est dit avec beaucoup d’intelligence.  MĂ©phistophĂ©lĂšs est un rĂŽle plus complexe encore car il a plusieurs facettes. Le canadien John Relyea a la prĂ©sence attendue, et la voix parfaite. Longue tessiture et timbre riche en harmoniques, sa voix se dĂ©ploie sans effort et sa diction est Ă©galement un rĂ©gal; il campe un diable tour Ă  tour moqueur, sĂ©duisant et inquiĂ©tant. Le rĂŽle trĂšs court de Brander exige pourtant un chanteur-diseur hors pair. Julien VĂ©ronĂšse est parfait lui aussi : voix sonore et texte clair. Sophie Koch que le public a eu le plaisir de retrouver n’était pas prĂ©vue et elle remplace la dĂ©faillance de sa consoeur. Le public toulousain connaĂźt bien et aime Sophie Koch qui a offert nombres de personnages marquants au Capitole dont une Margaret du Roi d’Ys inoubliable, un NĂ©ron Ă©tonnant, un Octavian Ă©lĂ©gant, une Dorabella de rĂȘve. Elle offre ce soir une extraordinaire Marguerite proche de l’idĂ©al. D’abord une prĂ©sence illuminĂ©e de l’intĂ©rieur et une sorte de modestie caractĂ©ristique du personnage. La voix est superbe de timbre, et surtout projetĂ©e avec naturel et Ă©lĂ©gance. La diction est absolument limpide. L’art du chant est dĂ©licat mais sans effets et toujours d’une musicalitĂ© dĂ©licieuse.
Le duo avec Marc Laho est une apothĂ©ose de naturel Ă©lĂ©gant. Son grand air «D’amour l’ardente flamme» est phrasĂ© merveilleusement, habitĂ© jusqu’au bout des phrases et Tugan Sokhiev sait animer avec art comme assouplir la pulsation. Un grand moment de musique comme suspendu hors du temps.
Le final avec cette cavalcade diabolique, ces choeurs incroyablement puissants, est nuancĂ© Ă  souhait avec des contrastes terribles comme Berlioz les a souhaitĂ©s. OrfĂšvre d’une puissance incroyable, Tugan Sokhiev maĂźtrise la construction saisissante en un crescendo que rien ne retient et qui aboutit sur des coups de boutoir. MĂ©phisto constate son Ă©chec avant cette apothĂ©ose cĂ©leste que le chƓur de femmes puis la maĂźtrise du Capitole avec une lumiĂšre dĂ©licate, nous offrent avec bontĂ© et puretĂ©. L’orchestration Ă©thĂ©rĂ©e de Berlioz ainsi rĂ©alisĂ©e tient vraiment du miracle attendu.
Chef inspirĂ©, orchestre somptueux, chƓurs puissants, et solistes aussi bons chanteurs que parfaits diseurs, le sacre de Berlioz promis a bien eu lieu. Quelle Ɠuvre somptueuse ! Vivat Berlioz, Vivat Toulouse, Vivat Sokhiev ! Cette saison Franco-Russe dĂ©bute au firmament ! Et la suite est prometteuse
 sera-t-elle Ă  la hauteur de nos espĂ©rances ? A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. Halle-aux Grains, le 22 fĂ©vrier 2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, lĂ©gende dramatique en 4 parties. Marc Laho, Faust ; Sophie Koch, Marguerite ; John Relyea, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Julien VĂ©ronĂšse, Brander ; ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, chef de chƓur, Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Tugan Sokhiev, direction. Photo : © P.Nin

Playlist Opera de poche #4, Club Deutsche Grammophon

deutsche grammophon opera de poche la damnantion de faust berlioz playlist operadepoche4-200x200Playlist Damnation de Faust. OPERA DE POCHE. Le Club Deutsche Grammophon Ă  l’occasion de la nouvelle production Ă©vĂ©nement de la Damnation de Faust de Berlioz Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris, ajoute une nouvelle playlist Ă  sa collection OpĂ©ra de poche, collection sui suit l’actualitĂ© lyrique : autour de l’opĂ©ra programmĂ©, DG propose une playlist des meilleurs morceaux et par des interprĂštes de choix, Ă  partir de son catalogue musical. Spleen de Faust : Berlioz invente d’aprĂšs Goethe, une nouvelle forme thĂ©Ăątrale et musicale. Lecteur dĂšs 1827 du Faust de Goethe, dans la traduction de Nerval, Berlioz couche en figures musicales le choc des images conçues par la prose de l’écrivain allemand. La Ballade du roi de ThulĂ© mais aussi une bonne partie du matĂ©riel de la Symphonie Fantastique dĂ©coulent de ce flot impĂ©tueux de l’inspiration. Berlioz, possĂ©dĂ© par son sujet, traverse des pĂ©riodes d’éclairs compositionnels.

 

 

 

Opera de Poche #4

La Damnation de Faust de Berlioz

 

C’est l’évĂ©nement lyrique de dĂ©cembre 2015. L’OpĂ©ra de Paris propose depuis le 8 dĂ©cembre une nouvelle production de La Damnation de Faust, chef d’oeuvre atypique et vrai dĂ©fi pour les metteurs en scĂšne, signĂ© Hector Berlioz en 1846.

La nouvelle production parisienne affiche d’indiscutable arguments , dans une prise de rĂŽle attendue, qui vaudra de l’or par sa raucitĂ© expressive et subtile, le tĂ©nor Jonas Kaufmann, mais aussi Bryn Terfel en MĂ©phistophĂ©lĂšs et Sophie Koch en Marguerite.

Pour l’occasion, le Club Deutsche Grammophon a conçu sa  quatriĂšme playlist Opera de Poche consacrĂ©e Ă  La Damnation de Faust de Hector Berlioz rĂ©sumĂ© en une heure de musique avec ses passages les plus cĂ©lĂšbres de la Marche Hongroise Ă  son final Ă©vangĂ©lique. Avec Roberto Alagna, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel, RenĂ© Pape, Elina Garança
 Alors que ce dernier compte bien mettre un terme Ă  sa vie, l’apparition du diable en personne, MĂ©phistophĂ©lĂšs, risque bien de compromettre ses plans. Car il suffira d’une seule apparition, celle de son aimĂ©e Marguerite, pour que Faust change radicalement d’avis. Une seule condition pour cela : donner son Ăąme au Diable. Pour sauver la jeune femme qu’il a menĂ© jusqu’au crime (involontaire), Faust coupable mais pas irresponsable, offre son Ăąme.

Ecoutez la nouvelle playlist Opera de Poche #4 en cliquant sur les liens ci-dessous : découvrir la playlist La Damnation de Faust par Deutsche Grammophon

 

Enjeux et génÚse de La Damnation de Faust
BerliozLes huit scĂšnes de Faust qui sont couchĂ©es sur le papier, seront reprises pour composer la lĂ©gende dramatique, finalement crĂ©Ă©e en 1846, les 6 puis 20 dĂ©cembre, dans une indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale. Le public transi de froid n’est pas venu se dĂ©placer pour applaudir l’ouvrage. Berlioz en ressentira un trĂšs profond dĂ©pit. Etape premiĂšre de ses relations difficiles avec le public parisien
 La forme hĂ©tĂ©roclite de la partition, “construite” en tableaux apparemment sans liens, ajoute Ă  son aspect dĂ©concertant. Pourtant, depuis quelques annĂ©es, la partition “immontable” sur la scĂšne (que l’auteur intitule « opĂ©ra de concert »), est devenue un formidable tremplin excitant l’imaginaire. Le pouvoir de la musique suscitant de vastes horizons que le dĂ©cor seul, s’il est strictement narratif, ne suffit pas Ă  exprimer. Des rivages de l’Elbe aux confins hongrois, des cimes Ă©thĂ©rĂ©es (apothĂ©ose de Marguerite) aux gouffres infernaux (la chute de Faust), l’écart et le contraste des facettes convoquĂ©es, donnent effectivement le tournis. Faust (tĂ©nor) est ici un contemplatif, assez suiveur, entiĂšrement soumis Ă  la volontĂ© provocante et grivoise d’un
MĂ©phistofĂ©lĂšs plus retors que jamais. Le hĂ©ros romantique s’incarne cependant en lui, par ses aspirations grandioses, ses dĂ©sirs de solitude et de renoncement.

En quĂȘte de lui-mĂȘme, il erre comme un damnĂ©, ne sachant rien trouver, cherchant toujours “ce qui manque Ă  sa vie”. Il y a une absence de volontĂ© et d’ambition chez cet ĂȘtre dĂ©fait, dĂ©jĂ  perdu. Nostalgique d’un bonheur inatteignable, qui se dĂ©robe toujours, Faust expire. Les Ă©pisodes de sa vie se succĂšdent comme dans un superbe livre d’histoire, de lĂ©gendes, de fĂ©erie dĂ©moniaque, sans qu’il puisse en ralentir ni interrompre le cours. FrĂšre de RenĂ© de Chateaubriand, plus encore d’Hector lui-mĂȘme, terrassĂ© par l’abĂźme des champs intĂ©rieurs, le hĂ©ros est en crise. Le spleen que porte Faust n’appartient qu’à lui. Heureusement, la morne apathie du jeune homme comme celle du vieillard, trompĂ© par MĂ©phistofĂ©lĂšs, ne dĂ©teint pas sur la musique: Berlioz y a mis tout son coeur. La scĂšne romantique s’exprime furieuse et Ă©ruptive dans l’orchestre. Faust est une lĂ©gende symphonique.