Nouveau Cosi fan Tutte Ă  Nice

NICE, OpĂ©ra. Mozart : COSI FAN TUTTE, 17 – 23 janv 2020. Le dernier opĂ©ra de Mozart conçu avec Da Ponte est un dramma giocoso en deux actes ; le livret reprend le thĂšme d’un ouvrage prĂ©cĂ©dent composĂ© par un Salieri trĂšs en verve et vrai rival de Mozart Ă  Vienne : l’école des jaloux / La Scuola degli Gelosi chez Salieri (Venise, 1779) devient l’école des amants chez Mozart et Da Ponte ; la musique de Wolfgang exprime les vertiges du cƓur humain, la puissance du dĂ©sir et des attractions dangereuses. Ici le cynisme et la sagesse lucide, celle de Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur qui connaĂźt le cƓur humain, Ă©veille les consciences des trop naifs jeunes amants, Gugielmo le baryton et Ferrando le tĂ©nor. Alfonso a t il raison de dĂ©clarer les femmes volages et infidĂšles ? Qui sera fidĂšle aux serments passĂ©s ? Il suffit que passent deux beaux orientaux et tout Ă©clate ; les couples du dĂ©but ne seront plus ceux de la fin
 entre temps, les amants auront appris la leçon sans artifice d’un philosophe amoureux trop conscient des lĂąchetĂ©s du cƓur

La production niçoise réunit plusieurs jeunes interprÚtes à suivre. Sous la baguette de Roland Böer, HélÚne Carpentier (lauréate du dernier Concours Voix Nouvelles, ici Despina) ; la pulpeuse et pétillante soprano Anna Kasyan (Fiordiligi) et Carine Séchaye (Dorabella), ainsi que de Roberto Lorenzi (Guglielmo) et Pierre Derhet (Ferrando) et Alessandro Abis (Don Alfonso).

salieri scola degli gelosi opera buffa classiquenews cd review critique cd classiquenewsApprofondir : LIRE notre critique CD La Scuola degli Sposi de Salieri, chef d’oeuvre mĂ©connu de l’Ă©poque des LumiĂšres…  Sous Ă©tiquette DHM, cette « école des jaloux » / Scuola de’Gelosi de Salieri (qui annonce l’école des amants, ou Cosi fan tutte de Mozart plus tardif) mĂ©rite assurĂ©ment le meilleur accueil comme il confirme le talent dĂ©sormais bien installĂ© d’un chef et de son ensemble parmi les nouveaux dĂ©fenseurs des rĂ©pertoires baroques, classiques, prĂ©romantiques
 Voici sans conteste un nouveau joyau lyrique rĂ©vĂ©lĂ© grĂące au chef Werner Ehrhardt et son ensemble L’Arte del Mondo; les musiciens poursuivent ainsi un partenariat discographqiue avec DHM / Sony classical, plutĂŽt bĂ©nĂ©fique. CLASSIQUENEWS avait distinguĂ© d’un CLIC prĂ©cĂ©dent, la Clemenza di Tito (non de Mozart mais de Gluck, enregistrĂ© deux ans auparavant en 2013). On retrouve ici, la mĂȘme pĂ©tillance, la poursuite d’un esprit flexible et enjouĂ© qui s’avĂšre des mieux expressifs sur la scĂšne comique ; Ă  l’acuitĂ© expressive de l’orchestre rĂ©pond la fine caractĂ©risation des solistes, soucieux d’articulation, ambassadeurs d’un rĂ©alisme thĂ©Ăątral qui rĂ©jouit.

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boutonreservation4 dates Ă  l’OpĂ©ra de Nice
17, 19, 21, 23 janvier 2020
RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera-nice.org/fr/evenement/489/cosi-fan-tutte

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Fiordiligi : Anna Kasyan
Dorabella : Carine SĂ©chaye
Guglielmo : Roberto Lorenzi
Ferrando : Pierre Derhet
Despina : HĂ©lĂšne Carpentier
Don Alfonso : Alessandro Abis

Orchestre Philharmonique de Nice
ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice
Direction Musicale : Roland Böer

Mise en scĂšne et lumiĂšres : Daniel Benoin

 

 

 

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PrĂ©sentation par l’OpĂ©ra de Nice / CĂŽte d’Azur :

Opera buffa en deux actes K 588
Livret de Lorenzo Da Ponte
Création au Burgtheater de Vienne le 26 janvier 1790
Chanté en italien, surtitré en français
Nouvelle production en coproduction avec AnthĂ©a ThĂ©Ăątre d’Antibes

« CosĂŹ fan tutte », « Elles font toutes ainsi », prĂ©tend cyniquement Don Alfonso devant ses jeunes amis. Entendons : « Elles nous seront toutes infidĂšles ». Bien sĂ»r, Ferrando et Guglielmo protestent de la constance de leurs compagnes.  L’intrigue s’engage, suivant les conventions thĂ©Ăątrales du temps : ils annonceront leur dĂ©part Ă  la guerre, puis reviendront sous l’apparence de soldats albanais, chacun essayant de sĂ©duire la maĂźtresse de l’autre.

On raconte que l’Empereur Joseph II lui-mĂȘme, amusĂ© par l’histoire de deux officiers qui avaient Ă©changĂ© leurs femmes, souffla le thĂšme de CosĂŹ fan tutte Ă  Mozart et Ă  son librettiste, l’abbĂ© Da Ponte. Mais cet opĂ©ra, Ă  la saveur douce-amĂšre, Ă  la fois lĂ©ger et dĂ©sespĂ©rĂ©, va bien au-delĂ  de l’anecdote qui ne fait guĂšre honneur aux hommes. Les quatre protagonistes passent par l’indignation, la pitiĂ©, le libertinage, la rĂ©signation, les dĂ©chirements du cƓur, la colĂšre, jusqu’à ce que les masques tombent et que les couples se reforment, leurs illusions perdues…
Homme ou femme, qui n’a pas Ă©tĂ© partagĂ© entre sa fidĂ©litĂ©, son sens du devoir et le dĂ©sir, entre l’amour et les appĂ©tits du corps ? C’est le dilemme de cette Scuola degli amanti, cette « Ă©cole de ceux qui aiment ».

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 16 dĂ©c. 2019. MOZART et l’OPERA ! LIBERTA. Pygmalion. R. Pichon.

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 16 dĂ©c. 2019. MOZART et l’OPERA ! LIBERTA. Pygmalion. R. Pichon. RaphaĂ«l Pichon poursuit son exploration des coulisses des grands compositeurs comme il aime Ă  le raconter. AprĂšs Bach et Rameau le voici habitĂ© par la fougue mozartienne. Nous avions admirĂ© son extraordinaire interprĂ©tation du Requiem de Mozart au sein d’un spectacle complet associant d’autres partitions vocales ou instrumentales en un spectacle porteur d’une immense Ă©motion.  Lire notre chronique : Compte-rendu. Concert. Toulouse, le 14 mars 2018. MOZART:Requiem. Pygmalion / Pichon. Ce soir l’intelligence de la construction du programme subjugue. L’énergie musicale partagĂ©e est rare ; l’allĂ©gresse qui gagne le public, un diamant. DĂ©butant le concert sans cĂ©rĂ©monie mais en faisant passer les artistes du statut pose lors d’une rĂ©pĂ©tition Ă  celui du cĂ©rĂ©monial du concert petit Ă  petit. Le canon dĂ©butĂ© par une soprano, puis l’autre puis par la mezzo prĂ©pare l’oreille Ă  la plus grande beautĂ©. Car ce qui est frappant est la qualitĂ© musicale, instrumentale comme vocale de chaque piĂšce du programme. RaphaĂ«l Pichon donne une impulsion dramatique d’une terrible efficacitĂ©.

 

 

 

Viva MOZART ! Viva Pichon !

 

 

 

L’orchestre est le personnage principal du thĂ©Ăątre mozartien et quel orchestre ! L’ensemble Pygmalion sur instruments anciens a des couleurs d’une grande beautĂ© ; il est capable de nuances trĂšs dĂ©licates et surtout sous la direction inspirĂ©e de RaphaĂ«l Pichon, il a des phrasĂ©s toujours d’une absolue Ă©lĂ©gance. Les chanteurs ont tous des voix saines, jeunes,  bien projetĂ©es et un style Ă©lĂ©gant qui convient bien Ă  Mozart. Car le divin Mozart adorait les voix, nous le savons et dans cette pĂ©riode qui prĂ©cĂšde la trilogie Da Ponte, il Ă©crit pour les voix qu’il admire et qu’il aime des airs d’une beautĂ© totale. Peut ĂȘtre bien ses plus beaux airs de concerts.
Les extraits d’opĂ©ras peu connus sont merveilleux, les Canons enrichis par les bassons et les clarinettes sont des moments de grĂące totale. Le public est saisi par le charme de cette organisation musicale. Quelques rĂ©citatifs des oeuvres tardives font lien dans une dramaturgie qu’il est tout Ă  fait facile de suivre.

D’abord il est question des Noces de Figaro, puis de Cosi et enfin de Don Juan. Il est ainsi flagrant de constater combien Mozart portait en lui sa propre idĂ©e des Ă©motions humaines mises en musique depuis longtemps avant de trouver dans les trois livrets de Da Ponte,

le miracle qu’il attendait avec des personnages de chair et de sang qu’il a habillĂ©s de la plus belle musique. Il serait ingrat de dĂ©tailler les chanteurs tous admirables, capables de nuances d’une infinie douceur, et tous acteurs trĂšs engagĂ©s. L’émotion est bien souvent prĂ©sente, la joie, la peine, la nostalgie ou 
 la reconnaissance. Tous beaux, douĂ©s et heureux, les chanteurs diffusent un sentiment de plĂ©nitude, de dĂ©licatesse et d’efficacitĂ© dramatique tout Ă  fait rare mĂȘme sur une scĂšne d’opĂ©ra. Nous sommes trĂšs  intĂ©ressĂ©s par le projet de RaphaĂ«l Pichon qui entend interprĂ©ter les opĂ©ras de la trilogie Da Ponte. Il peaufine ses distributions, dans un vivier  de voix jeunes qui ne peut que faire merveille le temps venu.  Ce programme LIBERTA a Ă©tĂ© enregistrĂ© en deux CD et la distribution est presque Ă  l’identique. Le programme a un peu bougĂ© mais reste trĂšs proche.
RaphaĂ«l Pichon est un immense musicien qui sait s’entourer de grands talents. Il me fait penser Ă  un certain John Eliot Gardiner qui dĂšs ses dĂ©buts, a fait une carriĂšre magnifique et qui n’a jamais dĂ©mĂ©ritĂ© dans quelque rĂ©pertoire que ce soit. Ce concert a Ă©tĂ© un grand moment de musique tout Ă  fait digne des Grands InterprĂštes. La valeur n’attend point le nombre des annĂ©es, nous le savons depuis longtemps
. Le public fait fĂȘte Ă  une telle Ă©quipe soudĂ©e, le succĂšs a Ă©tĂ© retentissant.

 

 

  

 

 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 16 dĂ©cembre 2019. Wofgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Extraits d’opĂ©ra, airs de concerts, Canons. Mari Eriksmoen, Siobhan Stagg :Sopranos ; AdĂšle Charte : mezzo-soprano ; Linard Vrielink : tĂ©nor ; John Chest : baryton ; Nahuel Di Pierro : Basse ; Pygmalion, choeur et orchestre ; RaphaĂ«l Pichon:  direction. 

 

 
 

 

 

COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 B Pionnier / G Bouillon.

COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. TOURS, OpĂ©ra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2019 2020, l’OpĂ©ra de Tours rĂ©affiche COSI FAN TUTTE du divin MOZART, dernier opus de la trilogie conçue avec Da ponte (Vienne, 1790). Ce dernier avait dĂ©jĂ  traitĂ© le sujet de l’infidĂ©litĂ© et de l’inconstance du dĂ©sir dans un prĂ©cĂ©dent livret pour l’opĂ©ra de Salieri, La Scuola degli Gelosi (l’école des jaloux) de 1783. Pour Wolfgang, le propos devient « la scuola degli amanti / l’école des amants, avec pour devise gĂ©nĂ©rique « Cosi fan tutte » : elles font toutes pareil (autrement dit, toutes les femmes sont infidĂšles). La production a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©Ă©e in loco en 2014, sa justesse mĂ©rite absolument d’ĂȘtre reprise. Et puis rien de tel qu’un bon Mozart pour amorcer un nouveau cycle d’opĂ©ras.

Aucune rĂ©fĂ©rence Ă  cette Naples XVIIIĂšme qui souvent continue de marquer les mises en scĂšnes les plus rĂ©centes. L’homme de thĂ©Ăątre (ex directeur du CDN de Tours), Gilles Bouillon, a rĂ©solument inscrit ce Cosi comme une fable contemporaine dans une espace moderne oĂč brille surtout la vivacitĂ© des femmes, grĂące Ă  un excellent trio fĂ©minin rĂ©uni pour cette reprise sur les planches de l’opĂ©ra de Tours. Car la devise qui sert de titre offre en rĂ©alitĂ© un miroir Ă  une sociĂ©tĂ© machiste : au nom de l’inconstance des femmes, Mozart et Da Ponte dĂ©noncent surtout les hommes qui non seulement sont infidĂšles et volages, mais fustigent et condamnent celles qui osent faire de mĂȘme, outrageusement libres, maĂźtresses de leur corps et de leur plaisir.
Au sortir des deux actes de ce dramma giocoso, c’est l’incohĂ©rence et l’hypocrisie des hommes qui sortent ridiculisĂ©es. Avant de juger, certains feraient bien de s’analyser et faire amende honorable.

 

 

Reprise du Cosi de Gilles Bouillon Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Angélique Boudeville,
mozartienne de grande classe

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A Tours, les voix de femmes sont Ă  la fĂȘte, soulignant tout ce que l’ouvrage, son texte, sa divine musique doivent au gĂ©nie mozartien, premier fĂ©ministe avant l’heure.

Petite voix mais volubile et habile en travestissements (en faux mĂ©decin, adepte du mesmerisme, au I ; puis au II, faux notaire Ă  la vois Ă©raillĂ©e, aigrelette), la Despina de DIMA BAWAB souligne la saveur comique de l’action : comĂ©dienne astucieuse et interprĂšte sincĂšre, elle respire l’esprit, la facĂ©tie, le goĂ»t du jeu et une bonne dose de militantisme fĂ©mininiste : c’est elle qui rĂ©Ă©duque les deux jeunes oies trop crĂ©dules. N’hĂ©sitant pas Ă  rudoyer ces jeunes patronnes en les traitant de bouffonnes, et d’Ă©pingler les hommes qui ne valent rien et qui « se valent tous ».
En Fiordiligi et Dorabella, les spectateurs tourangeaux bĂ©nĂ©ficient de deux tempĂ©raments aussi caractĂ©risĂ©s que subtils, aussi puissants que racĂ©s qui relĂšvent les dĂ©fis multiples de leurs duos et solos. Les deux françaises choisies pour ce duo fĂ©minin parmi les plus passionnants du rĂ©pertoire, Ă©blouissent littĂ©ralement chacune dans leurs parties. Dorabella d’abord de marbre puis qui succombe au charme du bel albanais (Ferrando dĂ©guisĂ©), ALIÉNOR FEIX dĂ©ploie de solides attraits ; voix ample et franche, sculptĂ©e en une voluptĂ© de plus en plus manifeste ; un cran au dessus est atteint avec l’impeccable Fiordilgi d’ANGÉLIQUE BOUDEVILLE ; la finesse et la beautĂ© de son diamant clair soutenu par une coloratoure fluide et naturelle et des aigus rayonnants par leur douceur d’attaque, semblent raviver les grandes mozartiennes d’hier, tenantes du rĂŽle : Della casa, CaballĂ©, Te Kanawa… Il y a du miel et une lumineuse candeur qui foudroient, dans cette voix mozartienne naturelle. Si elle soigne encore davantage le sens et la puretĂ© de son legato, les riches nuances de chaque syllabe, son intelligibilitĂ© et la subtilitĂ© des phrases, la jeune diva pourrait prĂ©tendre demain aux plus redoutables emplois belcantistes et aux autres rĂŽles mozartiens remarquables (Suzanna, la Comtesse, Pamina…) ; dans Cosi, ses deux airs solos (Come scoglio au I, puis son Rondo « Per pietà » au II)
 vĂ©ritables airs de concerts exigeants des moyens phĂ©nomĂ©naux, imposent une classe exceptionnelle, soliditĂ© des moyens, intelligence de l’intonation et conception du rĂŽle dans la situation
, Ă  l’avenant. Belle rĂ©vĂ©lation d’un talent Ă  suivre Ă©videmment.

Les hommes ne dĂ©mĂ©ritent pas mais sont d’un niveau en dessous : moins de souplesse comme de nuances, quoique Leonardo Galeazzi campe un Don Alfonso sĂ»r, moqueur, trĂšs au faĂźte de la connaissance humaine, un vrai mentor pour Ă©difier les deux jeunes fiancĂ©s prĂ©tentieux. Ceux ci sont dĂ©fendus avec conviction par le baryton Marc Scoffoni (Guglielmo) et SĂ©bastien Droy (Ferrando) mais comme il leur manque la finesse d’un chant mieux ciselĂ©, c’est Ă  dire mozartien.

 

 

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Dans la fosse, Benjamin pionnier diffuse l’équilibre idĂ©al d’un Mozart Ă  la fois chambriste et d’une infinie tendresse fraternelle pour ses personnages. La souplesse chantante des cordes fait ici les dĂ©lices du trio « soave il vento » (Alfonso / Dorabella / Fiordiligi au I), temps suspendu d’une exceptionnelle sensualitĂ© caressante ; les solos instrumentaux sont impeccablement calibrĂ©s dans ce labyrinthe des cƓurs, oĂč la passion se frotte Ă  l’illusion ; l’amour, aux caprices du dĂ©sir ; les derniĂšres espĂ©rances, Ă  la barbarie de l’amour volage 

Jamais les voix ne sont couvertes mais elles rayonnent toutes distinctement dans les ensembles… (dans les sextuors du II). Du reste, le maestro redoublent de prĂ©cision et de transparence soulignant tout ce que Cosi doit aux deux prĂ©cĂ©dents opĂ©ras de la trilogie Da ponte, Don Giovanni et les Nozze di Figaro ; sans omettre d’autres traits si proches qui annoncent La FlĂ»te EnchantĂ©e (1791) Ă  maints endroits… : le duo Ferrando / Dorabella du II, prĂ©figurant dans les jeux de mots et l’esprit scherzando, l’étreinte facĂ©tieuse du duo Ă  venir, Papageno / Papagena. Tout cela s’entend Ă  Tours dans cette reprise de haute volĂ©e auquel participe aussi la prĂ©cision du chƓur maison, prĂ©parĂ© avec le soin que l’on sait par la cheffe Sandrine Abello. Production incontournable.Encore deux dates, demain, dim 6 oct (15h), puis mardi 8 oct 2019 (20h) : RĂ©servez ici

 

 

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COMPTE RENDU, critique, opéra. TOURS, Opéra, le 4 oct 2019. MOZART : Cosi fan tutte. Boudeville, Feix
 Benjamin Pionnier, direction / Gilles Bouillon, mise en scÚne.

 

 

Opéra de TOURS : COSI FAN TUTTE de MozartCOSI FAN TUTTE de Mozart
Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours
Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi
Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Photos : © Sandra Daveau 2019 pour l’OpĂ©ra de TOURS
Prochaines productions Ă  l’OpĂ©ra de Tours : Le DOCTEUR MIRACLE de Charles Lecocq, les 12, 13 et 14 dĂ©cembre 2019 – version pour piano et pour les juniors (et toutes leurs familles) –  pour NoËL 2019 :  LES P’TITES MICHU d’AndrĂ© Messager : Ch Grapperon / RĂ©my BarchĂ© – les 27, 28, 29 et 31 dĂ©cembre 2019 – informations ici

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de COSI FAN TUTTE, reprise Ă  l’OpĂ©ra de TOURS
http://www.classiquenews.com/nouveau-cosi-fan-tutte-de-mozart-a-lopera-de-tours/

 

 

 

 

TOURS, Opéra. Nouvelle production de COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

Nouveau Cosi fan tutte Ă  Aix

aix-en-provence-logo-2015Aix. Mozart : Cosi fan tutte : 30 juin – 19 juillet 2016. La production Ă©vĂ©nement du festival aixois 2016 est ce nouveau Cosi, dernier opĂ©ra de la trilogie Mozart / Da Ponte dont on ne cesse de mesurer sans l’épuiser, la justesse Ă©motionnelle entre cynisme un rien pervers, et innocence Ă©prouvĂ©e. L’ouvrage crĂ©Ă© le 20 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne est sous titrĂ© surtout : l’école des amants. Car un duo complice d’une exquise drĂŽlerie cynique et ironique Ă©duque deux jeunes couples sur les vertiges et morsures amoureuses.
Il suffit que les fiancĂ©s en titre (Ferrando et Guglielmo) s’absentent pour que leurs amoureuses, jurant pourtant fidĂ©litĂ© et loyautĂ© Ă  leurs aimĂ©s avant leur dĂ©part, ne se laissent sĂ©duire par d’autres plus appĂ©tissants encore : de (faux) nouveaux officiers turcs, frais dĂ©barquĂ©s dans cette Naples, saisie par la torpeur d’un Ă©tĂ© harassant


Mozart portraitXECHIQUIER ET LABYRINTHE AMOUREUX. C’est qu’ici, Don Alfonso, vieil aventurier qui en connaĂźt plus sur le cƓur des femmes que quiconque, a pariĂ© cher que les demoiselles tromperaient serments et voeux prononcĂ©s, 
 un affront pour les fiancĂ©s ainsi trahis qui apprennent le dur et Ăąpre langage amoureux, grĂące aussi Ă  la vivacitĂ© mordante de la servante Despina, vraie nourrice espiĂšgle des deux jeunes femmes : Dorabella et Fiordiligi. L’esprit de Mozart atteint des sommets d’élĂ©gance profonde, de sensualitĂ© mĂ©lancolique, infiniment sensible aux vertiges Ă©prouvĂ©s par ses jeunes protagonistes : Fiordiligi et Dorabella dĂ©sespĂšrent, s’alanguissent puis succombent Ă  la tentation des nouveaux arrivants, tandis que les garçons, trahis, humiliĂ©s, pris dans les rets de leur propre comĂ©die, Ă©prouvent les brĂ»lures de la solitude et de l’abandon (Ferrando).
L’opĂ©ra de 1790 n’a pas pris une ride tant la justesse de la musique et l’exquise expression des sentiments nous parlent aujourd’hui. La nouvelle production aixoise affiche une distribution de chanteurs plutĂŽt inconnus en France, sauf l’excellente soprano Sandrine Piau, mozartienne accomplie qui devrait pĂ©tiller et jubiler dans le rĂŽle de la servante dĂ©jantĂ©e, Ă©mancipĂ©e, complice en diable d’un Alfonso pervers. Sur le plan scĂ©nique, qu’en sera-t-il ? La derniĂšre production de Cosi Ă  Aix qui ait vraiment comptĂ©, demeure celle de Patrice ChĂ©reau, dĂ©ployĂ©e dans les coulisses d’un thĂ©Ăątre
 Pour ceux qui apprĂ©cie un Mozart enlevĂ©, Ă©lĂ©gant, profond, prĂ©fĂ©rez les dates avec l’excellent mozartien JĂ©rĂ©mie Rhorer, rĂ©cent ambassadeur d’un EnlĂšvement au SĂ©rail, du mĂȘme Mozart, saisissant de vĂ©ritĂ© et de vivacitĂ©.

 

 

 

Cosi fan tutte de Mozart au Festival d’Aix en Provence
Aix en Provence, ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©
Les 30 juin, puis 2, 5, 8, 11, 13, 15, 17 et 19 juillet 2016
9 représentations

Fiordiligi : Lenneke Ruiten
Dorabella : Kate Lindsey
Despina : Sandrine Piau
Ferrando : Joel Prieto
Guglielmo : Nahuel di Pierro
Don Alfonso : Rod Gilfry

Freiburger Barockorchester
Louis Langrée / Jérémie Rhorer (17 & 19 juillet), direction musicale
Christophe Honoré, mise en scÚne

 

 

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RADIO, en direct.
Diffusion sur France Musique, mardi 5 juillet 2016, en direct, Ă  21h30

autres diffusions à suivre sur France Musique, au Festival d’Aix en Provence 2016 :

Mercredi 6 juillet, en direct / ThĂ©Ăątre de l’ArchevĂȘchĂ©
22h : Il Trionfo

Jeudi 7 juillet, en direct / Grand Théùtre de Provence
19h30 : Pelléas & Mélisande

 

 

Nouveau Don Giovanni Ă  Nantes et Ă  Angers

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opĂ©ra des femmes ?Angers Nantes OpĂ©ra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue Ă  Nantes puis Ă  Angers. Un Don Giovanni comme condamnĂ©, acculĂ© Ă  expirer, exprime en une course derniĂšre et enivrĂ©e, ses derniĂšres forces vitales, rĂ©solument tournĂ©es sur le dĂ©sir et la sĂ©duction manipulatrice, dominatrice, dĂ©vorante. C’est donc un “tĂ©nĂ©breux” sĂ©ducteur, conscient de la mort et du nĂ©ant, un cynique malgrĂ© lui qui au crĂ©puscule d’une existence creuse et dĂ©jĂ  angoissĂ©e qui surgit sur les planches ; en somme un hĂ©ros dĂ©jĂ  romantique. Chaque tableau met en scĂšne comme une sĂ©rie rĂ©pĂ©titives, la mise Ă  mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilitĂ© : “Il est trop tard pour le fidĂšle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naĂŻve Zerline, Don Juan n’est dĂ©jĂ  plus de ce monde. DĂ©cadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompĂ©s, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse Ă  la roulette du dĂ©sespoir, dĂ©fie encore l’ici et l’au-delĂ . Et croque la mort Ă  belles dents,” comme le prĂ©cise la prĂ©sentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet Ă  ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opĂ©ra de l’effroi

VoilĂ  donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse Ă  dĂ©truire et Ă  manipuler, se dĂ©lectant de l’effroi spĂ©cifique qu’il fait naĂźtre dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naĂŻves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, dĂ©cille notre Ăąme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle rĂ©ellement le sens d’une rĂ©demption ?  L’agent de la clairvoyance est certes chĂątiĂ© car son message Ă©tait trop violent et trop brutal mĂȘme s’il Ă©tait juste et vrai… L’insolence et la libertĂ© de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle Ă  sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchantĂ©/enchanteur, – crĂ©Ă© Ă  Prague avec un phĂ©nomĂ©nal succĂšs en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mĂȘlĂ©s : sĂ©rieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et lĂ©ger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, gĂ©nĂ©reuse et misĂ©ricordieuse pour l’infĂąme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme Ă  chaque fois, Mozart perce le cƓur de chacun des protagonistes, hĂ©ros solitaire de sa propre destinĂ©e qui dans l’opĂ©ra, se rĂ©vĂšle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de rĂ©solution. Car au final, aprĂšs la chute du hĂ©ros dans les enfers, chacun se retrouve face Ă  lui-mĂȘme, confrontĂ© Ă  son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est Ă  la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbĂ©e, jusqu’auboutiste. Face Ă  son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le hĂ©ros tend une main sĂ»re et solide, tout en sachant qu’il en sera pĂ©trifiĂ© / condamnĂ©, foudroyĂ©. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpĂ©tuelle. AprĂšs Tirso de Molina et son Abuseur de SĂ©ville et l’InvitĂ© de pierre (1630), aprĂšs MoliĂšre (fĂ©vrier 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opĂ©ra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poĂ©tiquement dĂ©jĂ  trouble de Giovanni Bertali) comme du dĂ©lire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincĂšre Elvira ? Le bouffon Leporello, double rĂ©aliste du sĂ©ducteur, et son complice en tout, au point de revĂȘtir l’identitĂ© de son maĂźtre pour mieux tromper et sĂ©duire ? La vĂ©ritĂ© est cachĂ©e dans la musique classique et romantique, tragique et lĂ©gĂšre d’un Mozart dĂ©cidĂ©ment universel, intemporel.
La nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Nantes du 4 au 12 mars 2016 crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement, - premiĂšre rĂ©alisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser Ă  Angers et Ă  Nantes (Ă  l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du ThĂ©Ăątre),  est jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posĂ©e par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier sĂ©ducteur Casanova – modĂšle du XVIIIĂšme pour notre hĂ©ros-, car il a effectivement participĂ© Ă  l’Ă©laboration de l’opĂ©ra pour sa crĂ©ation praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 Ă  Angers (Grand ThĂ©Ăątre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart Ă  Nantes et Ă  Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.‹CrĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine Ă  20h, le dimanche Ă  14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra Direction Xavier Ribes ‹Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, rĂ©servations, distribution sur le site d’Angers Nantes OpĂ©ra / Don Giovanni de Mozart

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Mozart. Les Noces de Figaro : partition des LumiÚres, opéra des femmes ?

Mozart / Da Ponte : modernitĂ© des Noces de Figaro. En pleine pĂ©riode dite des LumiĂšres, au moment oĂč Paris et la Cour de Versailles sous l’impulsion de Marie-Antoinette vivent leurs heures artistiques les plus glorieuses, Mozart et Da Ponte conçoivent en 1786, Les Noces de Figaro. Premier volet d’une trilogie exemplaire dans l’histoire de l’opĂ©ra, qui est l’enfant d’une collaboration Ă  quatre mains aux apports irrĂ©sistibles, l’ouvrage poursuit sa carrirĂše sur les scĂšnes du monde entier : c’est que sa musique berce l’Ăąme et son livret, excite l’esprit par leur justesse combinĂ©e, accordĂ©e, idĂ©alement associĂ©e. Un mariage parfait ? Figaro et Suzanne, c’est le couple de l’avenir : celui des hĂ©ros de la rĂ©volution. En eux coule pur, le sang de la justice et de la libertĂ©, les valeurs indĂ©passables de l’esprit des LumiĂšres qui devait produire la dĂ©claration universelle des droits de l’homme. C’est dire. Suivons pas Ă  pas, Ă  travers chaque acte, les thĂšmes que les deux acteurs modernes dĂ©fendent. En somme, voici l’Ɠuvre d’un Mozart libertaire et moderne, soucieux de dĂ©noncer les excĂšs de son Ă©poque pour l’avĂšnement de la sociĂ©tĂ© idĂ©ale : celle des hommes Ă©gaux, justes, responsables, respectueux. Mais oĂč le pouvoir du dĂ©sir ne serait-il pas l’Ă©lĂ©ment le plus dangereux ?

 

 

 

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?

 

 


Le couple des LumiĂšres

Et pourtant, sa claire conscience ne peut empĂȘcher aussi de constater l’oubli des hommes Ă  ce qu’ils doivent ĂȘtre : la folie, le dĂ©sir, l’agitation ont tĂŽt fait de ruiner tout Ă©quilibre, et l’on sent bien qu’au terme de cette aventure lyrique, c’est le dieu thĂ©Ăątre qui triomphe : sa flamme et son flux incontrĂŽlable, sa tentation perpĂ©tuelle du chaos.

 

 

 

Acte I : Les serviteurs se rebiffent. Figaro dĂ©couvre que Le Comte ne cesse de harceler sexuellement sa future Ă©pouse, Suzanne. C’est l’enjeu de la premiĂšre scĂšne et du duo entre les deux serviteurs : Mozart et Da Ponte militent donc pour l’Ă©galitĂ© de tous et dĂ©noncent le droit de cuissage (droit du seigneur sur ses servantes) que veut appliquer le Comte, leur maĂźtre. Contre leur Ă©mancipation et leur union, se dressent ensuite le couple des intrigants : la vieille Marcelline et le docteur Bartolo venus se venger de Figaro… Puis quand surgit Cherubino, c’est Cupidon qui s’invite au banquet social : plus de serviteurs ni de maĂźtres, l’amour vainc tout et rend Ă©gaux tous devant la force du dĂ©sir. Ainsi si le Comte s’Ă©prend de Suzanne, si le jeune Cherubino  dĂ©vore des yeux la Comtesse, c’est dans la fable, pour mieux souligner le pouvoir de l’amour. En espĂ©rant baillonner l’attrait de ce Cupidon dangeureux Ă  sa cour, le Comte l’envoie dans l’un de ses rĂ©giments, sur un autre front, hors des antichambres du chĂąteau.

Acte II : PiĂ©ger le Comte. L’un des airs les plus mĂ©lancoliques et sombres de Mozart (“Porgi amor” : La Comtesse y exprime ses illusions et ses rĂȘves perdus, quand jeune fille, Rosina, elle Ă©tait aimĂ©e du Comte) ouvre le II. Pour se venger du Comte libidineux, Figaro propose de le piĂ©ger, dĂ©noncer son inconstance dĂ©loyale, le surprendre en sĂ©ducteur Ă©hontĂ© de Suzanne. Sommet de ce jeu de dupes, le trio “Susanna or via sortite !”, entre le Comte, la Comtesse et Suzanne), une scĂšne qui exploite au mieux le dĂ©roulement dramatique conçu par Beaumarchais dans sa piĂšce originelle : Ă  son terme, le duo des femmes triomphent car le Comte doit reconnaĂźtre sa violence tyrannique et prĂ©senter ses excuses. Mais rebondissement contre le couple Figaro et Suzanne, le trio des intrigants, Marcelline et Bartolo rejoint par Basilio (sublime rĂŽle de tĂ©nor comico hĂ©roĂŻque) reparaĂźt exigeant que Figaro honore ses promesses (et Ă©pouse la vieille Marcelline!). La confusion qui conclut le II, est une synthĂšse de tous les ensembles buffas d’une trĂ©pidante vitalitĂ©.

Acte III. Le procĂšs de Figaro a lieu. Rebondissement : Marcelline qui devait l’Ă©pouser illico devant le juge Curzio, reconnaĂźt en Figaro son propre fils, qu’elle eut avec…. Bartolo. La Comtesse et Suzanne plus remontĂ©es que jamais, rĂ©dige la lettre dans laquelle Suzanne donne rendez vous le soir mĂȘme au Comte (pour le piĂ©ger et dĂ©noncer sa dĂ©loyautĂ© devant tous). Le Comte rĂ©ceptionne le billet et s’en rĂ©jouit.

L’Acte IV s’ouvre avec un nouveau solo fĂ©minin (Les Noces sont bien l’opĂ©ra des femmes) : sublime air de dĂ©ploration tendre de Barbarina qui pleure de ne pouvoir retrouver l’Ă©pingle qu’elle devait remettre Ă  Suzanne (“L’ho perduta”). Profond et allusivement trĂšs juste, l’opĂ©ra dĂ©voile aussi l’amertume et le dĂ©sarroi de ses hĂ©ros : ainsi Figaro qui mĂȘme s’il sait le piĂšge tendu au Comte, doute un moment de la sincĂ©ritĂ© de Suzanne (superbe rĂ©citatif et l’air qui suit : “Tutto Ăš dispoto”… “Aprite un po’ quegl’occhi…”). L’ouvrage de Mozart est ainsi ponctuĂ© de miroitement psychique d’une infinie vĂ©ritĂ© dont la sincĂ©ritĂ© nous touche particuliĂšrement. La nuit est propice aux travestissements et troubles de toute sorte : chacun croyant voir ce qu’il redoutait, redouble de rage amĂšre Ă  peine voilĂ©e (La Comtesse habillĂ©e en Suzanne est courtisĂ©e par ChĂ©rubin) : Suzanne, dĂ©guisĂ©e en Comtesse est abordĂ©e par Le Comte. Puis Figaro dĂ©masquant Suzanne en Comtesse, la courtise sans mĂ©nagement au grand dam du Comte qui surgit et criant au scandale face Ă  son Ă©pouse indigne, s’agenouille finalement… reconnaissant sous le voile,… Suzanne qu’il venait de courtisĂ©e. La Comtesse obtient alors le pardon du Comte, Ă  dĂ©faut de la promesse de son amour. Car le lendemain, tout ce qui vient d’ĂȘtre rĂ©tabli ne va-t-il pas se dĂ©faire Ă  nouveau ? L’inconstance rĂšgne dans le cƓur des hommes…

Remarque : Rosina, Suzanna, mĂȘme gĂ©nĂ©ration. la tradition hĂ©ritĂ©e du XIXĂš remodĂšle (dĂ©nature) les rapports entre les personnages a contrario des tessitures d’origine. Soulignons dans la partition voulue par Mozart, la gemmĂ©litĂ© des timbres des deux sopranos : la Comtesse et Suzanne. Les deux rĂŽles doivent en rĂ©alitĂ© ĂȘtre chantĂ©s par deux voix claires, peut-ĂȘtre plus sombre pour Suzanne. EpousĂ©e adolescente par Almavivva, Rosina devenue Comtesse est Ă  peine plus ĂągĂ©e que sa camĂ©riste, Suzanne.

 

 

CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013)

CLIC D'OR macaron 200CD. Mozart : Cosi fan tutte (Kassian, Currentzis, 2013). DĂ©capant, enivrĂ© : le Cosi du chef Teodor Currentzis nĂ© grec mais citoyen russe (42 ans). LivrĂ© tout chaud des presse Sony en ce 17 novembre 2014, le Currentzis nouveau vient de sortir : la suite aprĂšs des Noces dĂ©capantes, de la trilogie Mozart Da Ponte. Avant Don Giovanni (Ă  paraĂźtre automne 2015), voici un Cosi supĂ©rieur encore aux Noces de l’an dernier : en Ă©nergie mais ciselĂ©e, en voix mieux homogĂšnes, en finesse et subtilitĂ© (le duo Despina Alfonso fonctionne Ă  merveille), en juvĂ©nilitĂ© ardente, naĂŻve, celle des fiancĂ©s parieurs (Ferrando et Guglielmo) d’un bout Ă  l’autre totalement engagĂ©s, et mĂȘme palpitants. Ces officiers y apprennent l’inconstance et la philosophie d’en accepter le jeu.

mozart cosi fan tutte teodor currentzis cd sony classical kasyan kassian despinaA Perm, capitale culturelle isolĂ©e, Ă  l’extrĂ©mitĂ© orientale de l’Oural, sĂ©vit une baguette embrasĂ©e, celle du directeur artistique de l’OpĂ©ra local, Teodor Currentzis (depuis 2011). Non content d’ĂȘtre reconnus modialement pour leur interprĂ©tation de Casse-noisette de Tchaikvoski grĂące aux Ballet maison qui rivalise avec le Kirov et le Mariinsky, Perm gagne mĂȘme une crĂ©dibilitĂ© mozartienne avec cette odyssĂ©e discographique menĂ©e Ă  vive allure et qui s’avĂšre totalement passionnante malgrĂ© ses options parfois radicales; ni tiĂšde ni complaisante, la direction du chef entend rĂ©gĂ©nĂ©rer fondamentalement notre Ă©coute et notre mĂ©morie sonore de la trilogie mozartienne : le travail sur les tempi, les phrasĂ©s, la dynamique et toutes les nuances hagogiques servant l’explicitation des climats et des situations comme l’articulation du texte d’une comĂ©die dĂ©jantĂ©e restent lĂ  encore saisissants. La farce, l’ivresse d’un temps de folie collective, tous les possibles d’une situation nĂ©e d’un quiproquo Ă©poustouflant, le plus impressionnant de l’histoire de l’opĂ©ra, sont revivifiĂ©s ici avec un tempĂ©rament de feu.

currentzis teodor cosi fan tutte mozart dirige baltasar neumannLa verve dont est capable le frĂ©nĂ©tique Currentzis qui a quittĂ© son AthĂšnes native pour Ă©tudier auprĂšs d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg, dĂšs ses 22 ans, gagne en Ă©loquence et en pĂ©tulance : jamais la scĂšne napolitaine ne fut aussi Ă©lectrisante et Ă©lectrique tant le chef semble radicaliser son geste, mais Ă  juste titre, celui des instrumentistes et des chanteurs pour chaque mesure. L’art des transitions entre rĂ©citatifs accompagnĂ©s au pianoforte et airs orchestraux y est particuliĂšrement soignĂ©, offrant une nouvelle continuitĂ© souple mais trĂšs caractĂ©risĂ©e pour chaque sĂ©quence. Toute la derniĂšre partie, Ă  partir de la dĂ©faite de Fiordiligi dans son duo avec Ferrando dĂ©guisĂ© en faux albanais, le faux mariage en prĂ©sence du faux notaire (Despina hilarante), le finale oĂč tous se dĂ©masquent, relĂšve d’une vitalitĂ© hallucinĂ©e Ă  la morale trĂšs juste, … une prĂ©figuration des comĂ©dies les plus pĂ©tillantes Ă  venir (La Chauve Souris, La vie parisienne…) : Currentzis a un geste percussif et tranchant,  essentiellement et naturellement thĂ©Ăątral, d’une justesse dramatique peu commune : peut-ĂȘtre le fruit de son ancienne collaboration avec l’autre champion du drame incarnĂ©, le metteur en scĂšne tout aussi exacerbĂ© par sa maniĂšre jusqu’auboutiste, Dmitri Cherniakov, Ă  l’opĂ©ra de Novosibirsk dĂšs 2004 ? Currentzis sait capter l’insouciance d’un temps de folie collective, la pulsation qui fait imploser l’ordre apparent de la vie, mĂȘme si tout redevient Ă  un Ă©quilibre final, – comme dans Les Noces de Figaro- la musique ayant superbement dĂ©voilĂ© la psychĂ© trouble et contradictoire de chaque protagoniste et avec quelle finesse, on sent bien que le lendemain tout peut recommencer : Mozart a cette capacitĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler la fragilitĂ© inhĂ©rente des situations oĂč tout nouvel ordre peut Ă  nouveau basculer. Currentzis se fonde sur cette motricitĂ© du dĂ©sordre pour Ă©tablir une approche rĂ©solument vertigineuse.

 

 

 

 

Ivresse, palpitations, délires de Cosi

 

Teodor Currentzis : maestro furioso !Au terme de rĂ©pĂ©titions sans limitation de durĂ©e (clause de son contrat Ă  Perm), en cela accompagnĂ© par de vrais instrumentistes complices qui partagent son mĂȘme perfectionnisme radical (les musiciens de l’ensemble qu’il a fondĂ© Ă  Novossibirsk : MusicAeterna), le chef peut ĂȘtre fier d’avoir atteint un nouveau standard de perfection, dans les attaques, dans l’unisson motorique des cordes ; la prĂ©cision fait loi, toujours au service d’une expressivitĂ© justifiĂ©e. Jamais Cosi n’a semblĂ© si proche de l’Ă©ros et du dĂ©sir troublant ; la violence des fiancĂ©es d’abord rĂ©ticentes Ă  toute approche infidĂšle face aux jeunes orientaux venus les Ă©prouver en l’absence supposĂ©e de leurs fiancĂ©s, paraĂźt suspecte : sous la braise agressive, deux volcans sont prĂȘts Ă  se laisser enflammer… Et le duo Despina qui a tant de froideur enjouĂ©e vis Ă  vis de la gens masculine, avec Alfonco, vieux cynique glaçant achĂšve de boucler un tableau passionnant, rĂ©solument ironique et mordant, d’autant que les jeunes officiers se font prendre Ă  leur propre jeu : l’infidĂ©litĂ© des femmes, la facilitĂ© avec laquelle, dĂ©guisĂ©s, ils les ont retournĂ©es, offrent une leçon de rĂ©alisme sentimental qui n’a rien Ă  envier ni Ă  Marivaux ni Musset ni au Flaubert de l’Education sentimentale ou de Madame Bovary. Mais ce geste Ă©lectrique, embrasĂ© rompt dĂ©finitivement le joug des lectures si nombreuses et si conformes, ternes, tiĂšdes, lisses (celui du Mozart poli et dĂ©coratif). En rĂ©formant l’approche musicale par le souffle et la vie, Currentzis redĂ©finit aussi notre propre place d’auditeur, notre expĂ©rience musicale et aussi le jeu mĂȘme des interprĂštes : certains y souscrivent naturellement, comme aimantĂ©s par tant de vivacitĂ© communicante, d’autres restent de marbre, souvent hors sujet Ă  notre avis, parfois d’une consternante tiĂ©deur : c’est le cas des deux voix fĂ©minines exprimant bien platement l’inconstance des deux soeurs… quant leur servante Despina Ă©blouit par son jeu Ă©tourdissant d’intelligence et de finesse. Autre rĂ©serve, pĂ©chĂ© d’orgueil d’un chef qui pense d’abord par son orchestre : le volume sonore de l’orchestre, beaucoup trop Ă©levĂ© par rapport aux voix ; l’orchestre dĂ©jĂ  stylistiquement survoltĂ© couvre le chant si dĂ©taillĂ© par exemple, de la sublime Despinetta  de la jeune soprano Anna Kassian: or le travail naturel, flexible, ciselĂ© de la jeune cantatrice confirme bien son talent, rĂ©cemment couronnĂ© par le Concours Bellini 2013 -, une voix exceptionnelle Ă  suivre dĂ©sormais.

Globalement, l’enregistrement satisfait notre attente : affirmant une intelligence ivre rĂ©ellement dĂ©lectable qui souligne la folie et les dĂ©lires de cette mascarade nĂ©e d’un dangereux pari : la nature comique, lĂ©gĂšre, dĂ©lirante du sujet y gagne un surcroĂźt de vitalitĂ©. ComparĂ©e Ă  leur anthologie Rameau publiĂ© aussi en novembre 2014 mais rĂ©alisĂ© il y a dĂ©jĂ  deux ans (Rameau : the sound of light, 2012), le style des musiciens nous paraĂźt plus homogĂšne et moins disparate.  C’est donc un CLIC de classiquenews, confirmant le choix de cette version de Cosi tel un excellent cadeau de NoĂ«l.
mozart cosi fan tutte currentzis 3 cd anna kasyanMozart : Cosi fan tutte. Simone Kermes (Fiordiligi), Malena Ernman (Dorabella), Christopher Maltman (Gugielmo), Kenneth Tarver (Ferrando), Anna Kasyan / Kassian (Despina), Kostantin Wolff (Don Alfonso).  MusicAeterna (orchestre et choeur). Teodor Currentzis, direction. 3 cd Sony classical 88765466162. Enregistrement réalisé en janvier 2013 à Perm, Opéra Tchaikovski.

 

 

 

 

 

approfondir


rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012)
. Voici un Rameau qui fait rĂ©agir : lisez d’abord le titre de cette anthologie, The sound of light, le son de la lumiĂšre
 Lumineux et mĂȘme solarisĂ© (serait-ce une rĂ©fĂ©rence indirecte Ă  son appartenance Ă  une loge comme Ă  ses nombreux ouvrages pĂ©nĂ©trĂ©s de symboles et rituels maçonniques : de ZaĂŻs Ă  Zoroastre
?). FrĂ©nĂ©tique, motorique, surexpressive
 la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athĂ©nien formĂ© dans la classe d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Ă  22 ans) qui est passĂ© par l’OpĂ©ra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – oĂč il est directeur artistique, ne laisse pas indiffĂ©rent : sa baguette suractive exaspĂšre comme elle transporte.
Pour le 250Ăšme anniversaire de sa mort, le compositeur vit une annĂ©e 2014 finalement florissante : aux concerts (Le Temple de la gloire, ZaĂŻs
 resteront de grands moments de redĂ©couverte
 Ă  l’OpĂ©ra de Versailles), ou Ă  l’opĂ©ra (Castor et Pollux, Les Indes Galantes, PlatĂ©e…), s’ajoutent plusieurs rĂ©alisations discographiques dont ce programme pourtant enregistrĂ©e dĂ©jĂ  en juin 2012 Ă  Perm (Maison Diaghilev, Oural).  LIRE notre critique complĂšte du cd RAMEAU : The sound of light (1 cd Sony classical, enregistrĂ© en 2012, Ă©ditĂ© en dĂ©cembre 2014)