Compte rendu, opéra, Metz, Opéra, le 16 nov 2018. P Bartholomée : Nous sommes éternels (création mondiale). Davin / Goethals

Compte rendu, opéra, Metz, Opéra-Théâtre de Metz-Métropole, le 16 novembre 2018. Pierre Bartholomée : Nous sommes éternels (création mondiale). Patrick Davin /Vincent Goethals, avec Karen Vourc’h et Sébastien Guèze dans les deux rôles principaux. Presque tous sont morts, parents et amis de jadis. L’histoire de « Nous sommes éternels » repose sur la relation interdite entre Estelle et Dan, l’amour absolu de la sœur et du frère. Elle pourrait être scabreuse, elle est émouvante et juste. L’intensité, la violence comme la tendresse et la poésie sont constantes, le plus souvent douloureuses. Maintenant seule, Estelle tente de refaire sa vie avec son compagnon et sa fille, et retrouve la maison de son enfance. Hantée par les spectres de visages familiers, elle nous livre sa quête de la vérité. Nous l’accompagnons dans celle-ci, révélée par bribes au fil des scènes. Pour ce magistral roman, Pierrette Fleutiaux obtint le Prix Femina en 1990.

 
 
 

Secrets de famille

 
 
 
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Le livret, réécrit par l’auteure aidée de Jérôme Fronty, avec la collaboration de Philippe Sireuil, combine les scènes réelles, présentes, aux souvenirs ou aux récits. Nous découvrirons progressivement la personnalité de l’héroïne et le destin de cette famille particulièrement éprouvée. A la virtuosité du livret répond celle de la mise en scène de Vincent Goethals. Une maison bourgeoise, dans ce qu’on suppose un parc, va dévoiler sa façade pour nous révéler l’intimité de la famille de cet avocat de province. « Ne nous oublie pas » ponctue le père à intervalles réguliers. Par la force du souvenir, les cinq membres de cette famille, l’ami, (le Dr Minor), les voisins et leur fils vont ainsi revivre quelques moments forts qui ont jalonné l’existence d’Estelle. A la faveur d’éclairages bienvenus, l’étage, auquel on accède par un escalier en colimaçon, sera le studio de danse du chorégraphe, Alwin, puis un club new-yorkais de rencontres. Les costumes, bien dessinés et réalisés, permettent une identification aisée des personnages, puisque de jeunes chanteurs comédiens vont incarner Dan et Estelle enfants puis adolescents. Trois des personnages sont danseurs : Nicole, la mère, Alwyn, le chorégraphe américain, Dan, le fils. C’est évidemment l’occasion de quelques scènes particulièrement réussies. La direction d’acteur, fouillée, permet une expression juste de chacun. A signaler la projection des titres des grands chapitres, qui renvoie à l’écrit, ainsi qu’une vidéo discrète, appropriée, qui renforce le sens sans distraire.

Après « Œdipe sur la route » et La Lumière Antigone», Pierre Bartholomée, venu tardivement à l’opéra, nous livre son troisième ouvrage. Sa longue expérience, multiforme, l’abondance et la qualité de la production du compositeur octogénaire ne sont plus à rappeler. L’orchestre, enrichi du piano et d’un accordéon, lui permet d’exprimer l’indicible, sans emphase ni pléonasme. « Ne voilà-t-il pas des terrains d’élection pour la musique ? C’est ce qu’il y a en elle de plus intime qui, alors, se manifeste : impression fugaces, entrecroisées, exploration des replis les plus énigmatiques de la mémoire, rythme lent et profond, expression de joies, de désespoirs, prémonitions » nous dit-il. De la stridence tellurique au bruissement, des explosions orchestrales paroxystiques (ainsi, à la mort de Dan) à la plainte la plus ténue, la palette expressive est la plus riche en dynamiques et en couleurs. Qu’il s’agisse du travail des cordes graves, du piano associé aux percussions, des ponctuations de cuivres, de quelques touches d’accordéon, on apprécie chaque moment. Le deuxième acte se déroulant à New York prend une couleur, des harmonies spécifiques, un peu « jazzy ». Les trois actes enchaînés nous valent quelques brefs interludes, suffisants à maintenir ou à annoncer le climat, ménageant la réflexion comme l’émotion de chacun. La prosodie, naturelle, associée aux qualités de diction des interprètes, permet à l’auditeur de faire l’économie du surtitrage.

 
 
 

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Karen Vourc’h, familière du plus large répertoire, est une émouvante Estelle. Pour ce rôle le plus éprouvant qui lui impose plus de deux heures de présence scénique ininterrompue, elle impressionne par un engagement total, vocal et physique. Egal dans toute sa tessiture, puissant mais sachant se livrer à la confidence, pudique comme passionné, son chant nous touche autant que son jeu. Saluons sa prouesse. Dan, le frère cadet, voué à la danse, est Sébastien Guèze. Son chant surprend par son étrangeté. La projection constante, une voix serrée, forcée dans l’aigu traduisent une douleur existentielle, mais aussi interrogent : composition magistrale ou méforme ? Tiresia est une énigme. Joëlle Charlier, beau mezzo à la voix charnue, lui donne une présence poignante. Nicole, la mère, fragile danseuse ratée, est campée par Aline Metzinger. Le père, Helleur, d’une bonté constante est Mathieu Gardon. La voix est solide, sonore et son passage étonne d’autant plus. Les autres rôles sont bien défendus. Il faut souligner la qualité de direction d’acteur qui outrepasse l’ordinaire : les évolutions chorégraphiques de Dan et d’Alwyn sont d’une qualité surprenante pour des chanteurs.

Créer un opéra contemporain représente un acte audacieux de chacun : de l’Opéra Théâtre de Metz Métropole et de son directeur, de toute l’équipe mobilisée pour en permettre la réalisation, de Karen Vourc’h et Patrick Davin au plus humble musicien en fosse, de tous les techniciens anonymes. La réussite récompense cette entreprise et l’on souhaite que « Nous sommes éternels » soit repris sur d’autres scènes : l’ouvrage le mérite pleinement.

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Compte rendu, opéra, Metz, Opéra-Théâtre de Metz-Métropole, le 16 novembre 2018. Pierre Bartholomée : Nous sommes éternels (création mondiale). Patrick Davin /Vincent Goethals, avec Karen Vourc’h, Sébastien Guèze, Mathieu Gardon, Aline Metzinger, Joëlle Charlier, Benjamin Mayenobe, Mikhael Piccone, Thomas Roediger, Tadeusz Szczblewsky, Samy Camps. Crédit photographique © Luc Berteau – Opéra Théâtre de Metz Métropole

 
 
 
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South Pole, création lyrique sur Arte

arte_logo_2013Arte. en direct de Munich: South Pole, création, le 31 janvier 2016,23h15. L’Opéra d’état de Bavière à Munich (Bayerische Staatoper) accueille une création : South Pole qui évoque la rivalité de deux explorateurs au long cours, animés par le même objectif : Robert Scott et Roald Amundsen engagés séparément et simultanément à découvrir le pôle sud, (d’où le titre du nouvel opéra). Ce que chacun réalisera avec les moyens de l’époque 1911, soit à pieds, par voie terrestre. Au total, du 31 janvier au 11 février 2016, 5 représentations. Arte diffuse la première date, soit la création mondiale de l’ouvrage composé par le tchèque Miroslav Srnka.

 

 

 

South pole : création lyrique sur Arte

 

T.-Holloway_M.Srnka-c-W.-Hösl--600x411Courageuse, défricheuse, lyricophile, la chaîne franco-allemande Arte défend la création présentée fin janvier 2016 par l’Opéra bavarois à Munich : la partition illustre cette lutte acharnée entre deux équipes scientifiques rivales menées par l’officier de la oyal navy, le britannique Robert Scott et le norvégien Roald Amundsen pour conquérir et découvrir le pôle sud. Diffusé en léger différé, South pole est un ouvrage commandé par l’Opéra de Munich au compositeur tchèque Miroslav Srnka et à l’écrivain australien Tom Holloway (voir notre photo ci dessus). Outre le défi exceptionnel que se sont imposés les deux hommes et leur équipage (en décembre 1911), l’opéra créé en janvier 2016 souligne aussi les conditions de l’extrême auxquelles les deux explorateurs sont confrontés au coeur d’un continent blanc, aux températures réfrigérantes : l’Antarctique. Réussir ou mourir.

 

 
south pole opera munich creation mondialeEn définitive, c’est Roald Amundsen qui atteint le premier la point convoité, le 14 décembre 1911, quand les britanniques le rejoignent seulement un mois plus tard, le 12 janvier 1912. Malheureusement, sur le chemin du retour, tous les membres de l’expédition anglaise Terra Nova meurent de froid et de faim. Dans la fosse, arbitre et garant de la bonne tenue artistique de cet opéra en première mondiale, le chef Kirill Petrenko. Le baryton américain, grand diseur chez Mahler ou Strauss, Thomas Hampson incarne l’explorateur victorieux de cette course vers l’impossible et l’inatteignable, Roald Amundsen. Et c’est le ténor français Rolando Villazon qui chante la partie de son rival malheureux, l’officier britannique Robert Scott.

 

 

 

Télé, le 31 janvier 2016. Création de l’opéra South Pole, le 31 janvier 2016, sur ARTE
Durée : 2h30
Hans Neuenfels, mise en scène
Kirill Petrenko, direction musicale
Orchestre du Bayerirches Staatsorchester
Le dvd de l’opéra South Pole devrait sortir courant 2017, chez l’éditeur BelAir classiques
En LIRE + sur le site de l’opéra d’état de Bavière, Opéra de Munich