CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729 (3 cd Alpha, Schneebeli, 2014)

campra-tancrede-cd-alpha-olivier-schneebeli-isabelle-druet-critique-du-cd-CLIC-de-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps PrĂ©sents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Travail exceptionnel sur l’articulation du texte, l’un des livrets les plus forts et “viril” du compositeur (signĂ© Antoine Danchet) qui renoue ainsi avec la coupe noble et hĂ©roĂŻque de son aĂ®nĂ© et modèle Lully (aidĂ© du poète Quinault). Tous les chanteurs excellent dans la projection naturelle et souple du français et Olivier Schneebeli ajoute les inflexions dramatiques et sensuels d’un orchestre destinĂ© Ă  exprimer les passions de l’âme, en particulier la passion naissante des deux guerriers opposĂ©s : le chrĂ©tien Tancrède et la Sarrazine Clorinde. Ici l’opĂ©ra français Ă©gale sinon dĂ©passe l’impact expressif du théâtre classique parlĂ© et dĂ©clamĂ© de Racine. S’y glissent et triomphent aussi les divertissements, instants de grâce qui alliant choeurs, ballets, et sĂ©quences portĂ©s par les seconds rĂ´les, apportent ces dĂ©tentes propices, vĂ©ritables temps de pure poĂ©sie entre des tableaux Ă  l’Ă©pure tragique d’une tension irrĂ©sistible. Saluons dans ce sens les deux dessus au verbe ciselĂ© autant qu’au jeu d’une solide justesse (Anne-Marie Beaudette et en particulier Marie Favier au timbre rond et palpitant). Chacune de leur prestation fait mouche, les divertissements gagnent un surcroĂ®t de profondeur. Tout concourt Ă  tisser le lent et inĂ©luctable fil tragique vers la mort de la sublime guerrière, Clorinde.

 

 

 

Olivier Schneebeli réalise un sommet tragique et poétique dans ce Tancrède de 1702

Tristan et Isolde baroque

 

CLIC_macaron_2014Le couple noir et jaloux : Argant / Herminie exalte de pulsations haineuses et pourtant d’une sincĂ©ritĂ© magicienne (Alain Buet et Chantal Santon) : leurs personnages surtout celui d’Herminie s’expose sans Ă©paisseur, avec la mĂŞme finesse prosodique au dĂ©but du III. Pour les rĂ´les de Clorinde et de Tancrède, les deux protagonistes Isabelle Druet et BenoĂ®t Arnould ont la jeunesse, la justesse et la sincĂ©ritĂ© de deux timbres admirablement engagĂ©s. On se dĂ©lecte dans leurs oppositions, confrontations successives, le point d’orgue de leur union pudique admirablement exprimĂ©e sur la scène demeurant le duo d’une Ă©conomie souveraine et d’une grande poĂ©sie du IV (” Gloire inhumaine, hĂ©las ! que tu troubles nos coeurs ” : sommet de la lyre tragique vĂ©cue par les deux 2 coeurs blessĂ©s).
Une rĂ©serve cependant pour la tenue vocale du baryton : s’il a le timbre idĂ©alement sombre et virile, sa ligne vocale manque parfois de justesse comme de simplicitĂ©.
L’acte IV, celui de la haine active (sous le feu d’Herminie et du mage IsmĂ©nor) est aussi surtout celui de la confession amoureuse quand (scène 6), Clorinde avoue son amour pour lui Ă  Tancrède. Quand au V, la gloire toute acquise Ă  Tancrède est le sujet de sa profonde douleur car il y perd Clorinde qui s’Ă©puise et meurt dans ses bras en un duo tristanesque d’un lugubre digne qui est un autre absolu poĂ©tique.
clorinde isabelle druet tancredeC’est fidèle Ă  la poĂ©sie sombre et lugubre du Tasse que Danchet et Campra brossent un portrait noir des amours guerriers : la pompe victorieuse, la gloire qui jaillit et Ă©tincelle sur l’armure de Tancrède sombre immĂ©diatement dans le gouffre de la douleur quand le ChrĂ©tien dĂ©couvre son aimĂ©e Clorinde, touchĂ©e au coeur expirante. La noblesse, le raffinement, la suavitĂ© mesurĂ©e et allusive des divertissements, le chant perpĂ©tuellement soucieux de son intelligibilitĂ© font toute la qualitĂ© de cet enregistrement pris sur le vif Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles, les 6 et 7 mai 2014. VOIR. Les camĂ©ras de classiquenews Ă©taient fort heureusement prĂ©sentes lors de la performance : visionner notre reportage vidĂ©o Tancrède de Campra, recrĂ©ation de la version de 1729.
Voici au disque le meilleur enregistrement de la collection Château de Versailles. CLIC de classiquenews de mai 2015.

CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Avec Benoît Arnould, Tancrède. Isabelle Druet, Clorinde. Chantal Santon, Hermoinie. Alain Buet, Argant. Eric Martin-Bonnet, Isménor. erwin Aros, Anne-Marie Beaudette et Marie Favier (seconds rôles divers). 3 cd Alpha baroque Outhere music 2h46mn. Référence : 3 760014 199585