Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 12 février 2016.Ravel, Adams, Holst. Nicholas Collon.

Si d’aucun se plaignent d’une programmation sans originalitĂ©, ce concert vient en contre pied nous surprendre. Le chef d’orchestre Nicholas Collon est inclassable tant il est dĂ©jĂ  en possession d’un rĂ©pertoire immense. Il a crĂ©Ă© l’ Aurora Orchestra Ă  Londres et bĂ©nĂ©ficie d’une aura intrigante. Son rĂ©pertoire est vaste et va de Bach aux compositeurs du XXI ème siècle. Lui confier la direction de ce programme coule donc de source. Lui adjoindre le plus jeune et le plus talentueux violoniste amĂ©ricain se comprend aisĂ©ment. Et leur confier le terrible Concerto de John Adams relève d’une idĂ©e gĂ©niale.

 

hoops chad violon

 

 

INTERSIDERAL, UN CONCERT QUI A DECOLLE….  Nous avons en effet pu bĂ©nĂ©ficier d’une interprĂ©tation passionnante de cette oeuvre encore bien rare. Le Concerto  a Ă©tĂ© composĂ©e en 1993 et crĂ©e par Gidon Kremer. Le jeune Chad Hoops,  âgĂ© de 21 ans est un interprète incroyablement sĂ»r de lui, mature dans son abord de l’instrument. La soliditĂ© de son jeu, la sĂ»retĂ© de ses phrasĂ©s, l’autoritĂ© de sa virtuositĂ© sont inimaginables. Le son est rond, puissant sans violence. Il maĂ®trise car comprend parfaitement cette partition complexe. Si le premier mouvement est orchestralement un peu trop envahissant jamais une cadence finale n’aura Ă©tĂ© si bienvenue. Enfin le violon a pu chanter Ă  sa guise.  Le mouvement central est le plus lyrique, le plus mĂ©lancolique aussi. ApparentĂ© Ă  une chaconne, le mouvement permet au violon de planer et chanter dĂ©licatement. Le final est d’une virtuositĂ© diabolique ; Chad Hoopes ne semble pas frĂ©mir et s’engage dans la bataille dont il sortira vainqueur. Tout au long de l ’oeuvre,  la riche orchestration laisse toujours la première place au violon. L’habiletĂ© de l’écriture est de ce point de vue tout Ă  fait remarquable. En bis, le violoniste Ă  l’incroyable suretĂ© technique et la musicalitĂ© royale a jouĂ© un extrait apaisant de la Fantaisie n° 9 de Georg Philipp Telemann.

Le programme avait débuté par les Valse nobles et sentimentales de Ravel. L’orchestre du Capitole en a donné une interprétation riche et contrastée. La modernité de l’écriture, la profondeur des nuances et l’implacabilité du rythme ont été magnifiquement mises en valeur par la direction de Nicholas Collon. Très souple, toujours souriant, il a un plaisir communicable à davantage jouer avec l’orchestre que le diriger. Ce jeune chef a une manière d’être à la tête de l’orchestre qui fait penser à ceux qui font de la musique avec les instrumentistes plus qu’il ne sont  « chef » . L’entente avec le soliste a semblé idéale comme avec chaque instrumentiste de l’orchestre.

La deuxième partie du concert a Ă©tĂ© consacrĂ©e aux Planètes de Gustav Holst. Au corps dĂ©fendant du compositeur, qui a finit par ĂŞtre irritĂ© du succès de cette oeuvre, admettons qu’elle fait toujours un grand effet sur le public. Oubliant certaines longueurs, le public de la Halle-aux-Grains a fait un triomphe aux interprètes; il faut bien reconnaitre que le dĂ©but par Mars dans une ambiance d’apocalypse fait un effet fulgurant. La « psychologisation » de chaque planète avec un titre spĂ©cifique, fait ensuite son effet. Il ne s’agit pas d’une musique Ă  programme habituelle car personne ne peut connaitre vraiment les planètes de notre système solaire et seules les reprĂ©sentations imaginaires sont permises. D’ailleurs lors de la composition Pluton n’avait pas Ă©tĂ© dĂ©couverte et Holst ombrageux du seule succès de cette oeuvre au dĂ©triment du reste de ses compostions, refusa de composer la moindre note pour la nouvelle planète. Que pouvait il rajouter? Les effets orchestraux sont subtilement entremĂŞlĂ©s, rythmes, harmonies complexes, utilisation inhabituelle des instruments. Tout permet Ă  l’imaginaire de fonctionner Ă  fond et sans besoin de prise de substances toxiques!  Les couleurs, les nuances, la complexitĂ© des empilements ont richement Ă©tĂ© mis en lumière par la direction inspirĂ©e de Nicholas Collon. Les interventions magiques du choeur de femmes invisibles a Ă©tĂ© un moment d’Ă©motion indicible (Choeurs du Capitole, admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani).  Un grand concert en forme de voyage intersidĂ©ral abouti qui a amenĂ© le public heureux au seuil de ses plus beaux beaux rĂŞves. Valses, courses, vols terriens, puis voyage extraterrestre vers le soleil… en toute liberté… Que de beautĂ©s!

 

 

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 12 février 2016 ; Maurice Ravel ( 1875-1937) : Valses nobles et sentimentales ; John Adams ( né en 1947) : Concerto pour violon et orchestre ; Gustave Holst (1874-1934): Les planètes; Chad Hoopes, violon ; Choeurs du Capitole (chef de choeur ; Alfonso Caiani) ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction: Nicholas Collon.