Dossier CAMILLE SAINT-SAĂ‹NS. 1921 – 2021 : Centenaire de la mort

saint saens camille portrait pour classiquenews camille-saint-sans-1Dossier CAMILLE SAINT-SAĂ‹NS. 1921 – 2021 : Centenaire de la mort   –   SAINT-SAĂ‹NS, CAMILLE (1835-1921)  -  ElevĂ© par sa mère et sa « grand-tante », Le jeune Camille Saint-SaĂ«ns joue en public dès ses 11 ans (1846). A 13 ans, il entre au Conservatoire de Paris et suit la classe de composition d’HalĂ©vy, ami de  Degas, maĂ®tre incontestĂ© du grand opĂ©ra Ă  la française. PrĂ©coce, sensible, douĂ© d’un raffinement musical unique, le jeune Saint-SaĂ«ns Ă©choue 2 fois au Concours de Rome dont le jury concentre les tenants du conservatisme le plus obtus. Cela n’empĂŞche pas le compositeur d’affirmer un style inimitable, sorte de Brahms et de Schumann français, qui ose apporter une alternative au wagnĂ©risme europĂ©en, rĂ©ussissant dans tous les domaines : Concertos pour piano, symphonies (avec orgue), opĂ©ra (goĂ»t pour le drame historique, en particulier après Meyerbeer, pour la Renaissance) et bien sĂ»r musique de chambre : la fameuse Sonate de Vinteuil de Proust serait un condensĂ© subtil entre Franck et Saint-SaĂ«ns. Dans le sillon creusĂ© par Liszt, Saint-SaĂ«ns renouvelle aussi le genre du poème symphonique (Danse Macabre, 1874). On connaĂ®t moins ses oratorios : L’Oratorio de NoĂ«l (1858), Le DĂ©luge (1875), et The Promised Land (1912-1913) qui en dĂ©pit d’être diffĂ©rents, relève de la mĂŞme conception dramatique. Saint-SaĂ«ns devient immortel en 1881, rejoignant l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts.

saint-saens-VIGNETTE-PETITE-jeune-23_OC2t2L’élève de Benoist (classe d’orgue du Conservatoire) devient un organiste aussi douĂ© qu’il est excellent pianiste. Il est titulaire de la Madeleine (1857 – 1877). Soucieux de crĂ©ations comme de patrimoine, Saint-SaĂ«ns veille Ă  rĂ©habiliter nombre d’Anciens dont Rameau et Gluck. En plein antogonisme francoprussien, il milite pour la dĂ©fense des auteurs français (il fonde la SociĂ©tĂ© National de Musique en 1871  – avec Castillon, Franck, Lao et FaurĂ©-, et en dĂ©missionne en 1886) mais se montre pourtant ouvert Ă  Wagner et Ă  Schumann. Parmi ses Ă©lèves : Gigout, FaurĂ©, Messager… Toujours chez Saint-SaĂ«ns, perce l’esprit classique de la forme, mais aussi l’impertinence gĂ©niale de l’audace. En somme la transcription en musique de l’idĂ©al ingresque : un dessin structurel sublime, des couleurs somptueuses, mais des distorsions expressives inoubliables… En somme, Camille Saint-SaĂ«ns, maĂ®tre du dessin et de la couleur, est un classique (comme Berlioz qui utilise ce vocable pour se dĂ©finir) mais Ă  l’esprit expĂ©rimental, rĂ©volutionnaire, inclassable. Son goĂ»t pour l’orchestration raffinĂ©e se double d’un mĂ©lodisme très subtil et d’une sensualitĂ© mĂ©sestimĂ©e qui innerve toute la partition de ses opĂ©ras, dont Samson et Dalila Ă©videmment.

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On observe depuis quelques annĂ©es, un regain d’intĂ©rĂŞt pour les Ĺ“uvres mĂ©connues de Saint-SaĂ«ns, Ă  cĂ´tĂ© des Samson et Dalila et Carnaval des animaux, rabâchĂ©s… Les dĂ©couvertes rĂ©centes ont rĂ©habilitĂ© des partitions passionnantes telles Le timbre d’Argent ou surtout Ascanio, prolongement du Benvenuto Cellini de Berlioz…

 

 

CATALOGUE

 

 

5 concertos pour piano,
5 symphonies dont une avec orgue,
4 poèmes symphoniques (dont Danse macabre),

Opéras

Samson et Dalila (1877)
Le Timbre d’argent (1877)
Henry VIII (1883)
Proserpine (1887)
Ascanio (1890)
Les Barbares (Opéra de Paris, 1901)

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 LIVRES

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LIVRE événement, compte-rendu critique. Stéphane Leteuré : Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud. MUSIQUE et POLITIQUE.  Voici l’étendue des déplacements et un premier portrait du Saint-Saëns voyageur, en Europe (Allemagne, Angleterre, Italie), dans cet Orient « africain » qu’avant lui Delacroix ou Félicien David ont parcouru (Algérie et Egypte), mais aussi en USA. L’auteur entend nous dévoiler à travers l’expérience du compositeur romantique français, une première analyse inédite celle développée sous le prisme d’une « géopolitique musicale ». A l’heure de la mondialisation artistique, et aux projets esthétiques qui s’expatriant en atteignant une internationalisation standardisée, le cas Saint-Saëns confronté aux convulsions politiques de son époque, met a contrario en avant l’obligation pour l’artiste créateur de prendre parti, selon le mouvement des nationalismes affrontés (en particulier entre France et Allemagne), selon les postures de la diplomatie dont, dans ses propres déplacements, il ne peut écarter les implications. Intéressant d’interroger ainsi la conscience politique d’un compositeur au hasard de ses déplacements… Surtout à notre époque où bien peu (trop peu) de musiciens, artistes ou compositeurs, prennent parti pour tel ou tel combat : ce n’est pourtant pas les causes qui manquent dans notre monde déréglé, perverti, corrompu. Bref. Ici, le monde de Saint-Saëns ne connaît pas l’horreur de nos temps présents.

Actes sud, camille saint saens globe trotter politique et musique CLIC de classiquenews, review critique presentation livres de CLASSIQUENEWS 9782330077464La mission « volontaire » et assumée de Saint-Saëns favorise le rayonnement de la culture française à travers la diffusion de sa musique, c’est bien ainsi que l’auteur entend privilégier cette préférence nationale, cette volonté de suprématie dans le goût international, surtout à partir de 1905, quand il rejoint les membres du Conseil supérieur des Beaux-Arts. D’autant que les deux Amériques, vers cet Ouest « futuriste et résolument moderniste » sont par exemples estimées tels de nouveaux eldorados, – opportunes issues aux compositeurs français qui peinent à se faire entendre et jouer dans leur propre pays. D’ailleurs l’axe France-USA se cristallise encore après la première guerre avec la création du Conservatoire américain de Fontainebleau.
Dans ce concert des nations où Saint-Saëns veut jouer sa propre partition, l’auteur montre par exemple s’agissant des relations avec l’Allemagne, comment le Français renforce peu à peu un combat direct contre le wagnérisme, s’insurgeant contre la divinisation du maître de Bayreuth dont il a été l’un des premiers festivaliers. Après la mort de Wagner, en 1882, et avec l’essor du wagnérisme, Saint-Saëns s’affirme en défenseur de l’art français, oeuvrant pour la création d’un réseau francophile international où des chefs sensibilisés / alliés sont nommés à des postes clés pour favoriser la musique romantique hexagonale, la soutenir, l’encourager, la faire jouer. Comment alors ne pas justement considéré ce goût pour l’orient comme la réponse du Français, au wagnérisme envahissant de son époque ?

 

 

 

 

 

 

CD

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ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parution
CD, événement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crée l’événement en octobre 2018 en dédiant une édition luxueuse à l’opéra oublié de Saint-Saëns, Ascanio, créé en mars 1890 à l’Opéra de Paris. C’est après le grand opéra romantique fixé par Meyerbeer au milieu du siècle, l’offrande de Saint-Saëns au genre historique, et comme les Huguenots de son prédécesseur (actuellement à l’affiche de l’Opéra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit à l’époque de la Renaissance française sous la règne de François Ier, quand le sculpteur et orfèvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-Saëns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maîtrisé de la couleur et de la mélodie : d’autant que, au moment où il fait représenter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sévères, se cherche une nouvelle forme, capable de présenter une véritable alternative au wagnérisme ambiant. Après Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant référence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a précédé et dont lui aussi, la carrière à l’Opéra sera brève.

 

 

saint-saens-timbre-argent-roth-cd-critique-opera-review-opera-classiquenews-les-siecles-FX-RothCD, opéra, événement. SAINT-SAËNS: Le timbre d’argent (Roth, 2 cd P. Bru Zane, 2017). Perle lyrique du Romantisme français : premier opéra de Camille Saint-Saëns, écrit en 1864-65, Le Timbre d’argent renaît ainsi par le disque et mérite la timbale d’or. Tout le mérite en revient au chef et à son orchestre sur timbres d’époque : François-Xavier Roth et ses « Siècles ». Venu tard à l’opéra, Camille compose la même année, Samson et Dalila, son plus grand succès encore actuel, et Le Timbre d’argent, totalement oublié depuis 1914. Entre romantisme et fantastique, l’action relève de Faust et de Pygmalion à l’époque du wagnérisme triomphant. Pourtant Saint-Saëns réinvente l’opéra romantique français avec une verve et un imaginaire inédit, qui se moque des conventions et apporte une alternative exemplaire aux contraintes du temps. Le compositeur use de collages, multiplie les clichés décalés, en orfèvre érudit.

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Saint saens proserpine critique compte rendu sur classiquenews opera veronique gens frederic antoun edicionessingulareses1027CD, critique. SAINT-SAĂ‹NS : PROSERPINE (1887). VĂ©ronique Gens, FrĂ©dĂ©ric Antoun, Andrew Foster-Williams… Ulf Schirmer, direction (2 cd ediciones singulares / Pal. Bru Zane, 2016). En couverture du livre cd, le corset de la courtisane Proserpine, et son prĂ©nom en lettres d’or, inspirant un drame tragique qui crĂ©Ă© en 1887, sans trop de succès malgrĂ© l’estime que lui portait Saint-SaĂ«ns (qui le tenait pour son meilleur opĂ©ra, ou l’un de ses meilleurs), offre un rĂ´le fĂ©minin d’une ampleur aussi accomplie que celle des hĂ©roĂŻnes de Massenet. D’ailleurs, le style parfois ampoulĂ© et souvent pompier du compositeur, se rapproche de l’auteur de Manon (1884) ou de ThaĂŻs (autre pĂŞcheresse repentie magnifique, crĂ©Ă© en 1894)… voire la rare Esclarmonde (OpĂ©ra-Comique Ă©galement, crĂ©Ă© en 1889). RĂŞvant son hĂ©roĂŻne comme Bizet avait conçu Carmen, Saint-SaĂ«ns souhaitait une voix large, puissante, dramatique, … Ă  la Falcon. Mais la rĂ©alitĂ© fut plus sournoise et l’auteur dut faire avec les interprètes Ă  sa disposition ; il sopranisa le rĂ´le. D’emblĂ©e l’intonation et le style de VĂ©ronique Gens (au français impeccable qui affirme toujours la diseuse / cf ses rĂ©cents albums de mĂ©lodies françaises romantiques, dont l’excellent “Néère”), son style altier voire aristocratique (elle n’a pas chantĂ© toutes les hĂ©roĂŻnes mythologiques de Gluck, ou presque, pour rien), la finesse de l’incarnation permettent de facto d’exprimer l’épaisseur du personnage : une courtisane vĂ©nĂ©rĂ©e comme VĂ©nus, qui tombant amoureuse d’un jeune homme, Sabatino…

 

ACTES SUD : Camille Saint-Saëns, compositeur globe-trotter

 

 

 Approfondir 

LIRE notre dossier biographique thĂ©matisĂ© Dossier Camille SAINT-SAĂ‹NS : centenaire SAINT-SAĂ‹NS 2021 : entre libertĂ© et classicisme, patriotisme et Ă©clectisme…

 

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