COMPTE-RENDU, critique, opéra. SAINT- ÉTIENNE, Opéra. Le 5 mai 2019. ISOUARD : Cendrillon. Orch.et chœur de l’Opéra de St-Étienne, Julien Chauvin.

ISOUARD-cendrillon-saint-etienne-opera-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-critique-compte-rendu-concerts-agenda-spectacles-operas-festivalsCOMPTE-RENDU, critique, opéra. SAINT- ÉTIENNE, Opéra. Le 5 mai 2019. ISOUARD : Cendrillon. Orchestre et chœur de l’opéra de Saint-Étienne, Julien Chauvin. Un petit bijou du XVIIIe siècle renaît de ses cendres grâce à l’opéra de Saint-Étienne, dans une mise en scène simple mais très efficace. Un casting quasi superlatif orchestré par de très jeunes musiciens sous la baguette experte de Julien Chauvin. Une magnifique redécouverte.

 

 

MAGNIFIQUE REDECOUVERTE
Une Cendrillon impériale

 

 

Représenté en 1810 au théâtre Feydeau, la Cendrillon de Nicolas Isouard précède de près de quatre-vingt-dix ans celle de Massenet et de sept ans celle, plus célèbre, de Rossini. On ne connaissait l’œuvre que grâce à un vieil enregistrement de Richard Bonynge qu’il convenait de dépoussiérer. Sans posséder l’ampleur et la richesse de ces deux illustres aînées, la version d’Isouard est loin de démériter. Les pages brillantes et séduisantes abondent, et l’opéra tout entier (malgré quelques coupures, notamment des chœurs) est superbement écrit. On est d’emblée enchanté par le duo des deux sœurs (« Arrangeons ces dentelles »), par la diction éloquente du précepteur (« La charité »), par l’irrésistible boléro du second acte de Clorinde (« Couronnons-nous de fleurs nouvelles »), l’air de bravoure de Tisbé du 3e acte, et surtout par la superbe romance de Cendrillon du premier acte (« Je suis modeste et soumise »), proprement envoûtante.

La mise en scène de Marc Pacquien est très réussie. Une simple maison bleu-gris construite autour d’un double escalier, laisse apparaître tour à tour le château du baron ou le palais du prince, quelques effets d’illusion (un balai qui bouge tout seul, une citrouille qui vole dans les airs, une canne qui apparaît comme par magie), les costumes ravissants et colorés de Claire Risterucci, et une direction d’acteur efficace contribuent à la grande réussite du spectacle.

La distribution est d’un très haut niveau, à commencer, par le rôle-titre. Anaïs Constans possède une voix souple et sonore, magnifiquement projetée, tandis que Jeanne Crousaud et Mercedes Arcuri jouent à merveille leur rôle espiègle avec un abattage vocal – les passages virtuoses abondent (duo : « Ah, quel plaisir, ah, quel beau jeu ») – qui force le respect. Jérôme Boutiller est toujours aussi impeccable : son chant d’une grande noblesse d’élocution fait mouche dans les passages d’une simplicité apparente (« Ayez pitié de ma misère »). Dans le rôle du faux prince, Riccardo Romeo ne démérite pas, même si sa diction laisse parfois à désirer, mais sa très belle présence scénique compense quelques (rares) défaillances vocales. La prestance de l’écuyer – qui se révèlera être le vrai prince – est l’un des atouts de Christophe Vandevelde : voix solidement charpentée, voce spinta d’un très grand naturel doublée d’un très beau jeu d’acteur, qualité qu’il partage d’ailleurs avec tous ses partenaires (les dialogues parlés sont très vivants et fort bien déclamés) ; une mention spéciale pour le formidable numéro du baron de Montefiascone, bellement incarné par Jean-Paul Muel, acteur extraordinaire qui porte pour une grande part le dynamisme communicatif de toute la partition.

Dans la fosse, la baguette expérimentée de Julien Chauvin défend avec conviction et justesse ces pages injustement oubliées en dirigeant une phalange d’une insolente jeunesse : l’orchestre est constitué des membres de l’Académie du C.C.R. de Saint-Étienne, qui révèlent avec bonheur leur très haut niveau d’exécution (on pardonnera quelques couacs des cors). Bonne nouvelle : des reprises de ce superbe opéra-féérie sont prévues prochainement avec l’orchestre « historiquement informé » de Julien Chauvin. À ne pas manquer.

 

 

 

 

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Compte-rendu. Saint-Étienne, Opéra de Saint-Étienne, Isouard, Cendrillon, 05 mai 2019. Anaïs Constans (Cendrillon), Jeanne Crousaud (Clorinde), Mercedes Arcuri (Tisbé), Riccardo Romeo (Le Prince Ramir), Jérôme Boutiller (Le précepteur Alidor), Christophe Vandevelde (L’écuyer Dandini), Jean-Paul Muel (Le baron de Montefiascone), Marc Paquien (Mise en scène), Julie Pouillon (Assistante à la mise en scène), Emmanuel Clolus (Décors), Claire Risterucci (Costumes), Dominique Brughière (Lumières), Thomas Tacquet (Chef de chant), Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Saint-Étienne, Julien Chauvin (direction).

 

 

OPERA de SAINT-ETIENNE : Cendrillon de Niccolo ISOUARD

ISOUARD-opera-creation-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-Nicolas_Isouard_par_DucarmeSAINT-ETIENNE, Opéra. Isouard : Cendrillon : 3, 5 mai 2019. Après Dante, recréation majeure de 2019, qui ressuscite le génie oublié, mésestimé du compositeur romantique Benjamin Godard, récemment remis à l’honneur, voici une autre pépite lyrique que dévoile l’Opéra de Saint-Etienne : Cendrillon du Français romantique mort en 1818, à 44 ans, NICOLAS ISOUARD (1773 – 1818). On lui doit un Barbier de Séville dès 1796 (d’après Beaumarchais) dont la verve et le raffinement mélodique marquera Rossini : formé à Malte et à Naples, Isouard est un auteur qui maîtrise la virtuosité vocale allié à un sens réel du drame. Proche de Kreutzer à Paris, dès 1799 : Isouard fonde une maison d’édition avec ce dernier ; il comprend que pour les parisiens mélomanes, si volages, l’Italie signifie génie : devenu « NICOLÓ », il réussit sur la scène parisienne avec Michel-Ange (1802) et L’Intrigue aux fenêtres (1805). Il rivalise avec Boieldieu et profitant du séjour de ce dernier en Russie, illumine par son génie raffiné la scène de l’Opéra-Comique où il présente avec grand succès Les Rendez-vous bourgeois (1807), Cendrillon (1810) d’après Charles Perrault, La Joconde (1814), Aladin ou la Lampe merveilleuse1 (1822, opus posthume). Son intelligence apporte une vision personnelle sur le thème de Perrault : Isouard cultive la veine onirique et même féerique, apportant une conception du drame lyrique, à la fois puissante et poétique.

SYNOPSIS et PRESENTATION :
ISOUARD-cendrillon-saint-etienne-opera-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-critique-compte-rendu-concerts-agenda-spectacles-operas-festivalsClorinde et Tisbé, cruelles demi-soeurs de Cendrillon, la traitent comme une servante. Quand Alidor, travesti en mendiant, implorant la charité, suscite la gentillesse d’une seule : Cendrillon. Ce geste généreux lui permet d’accéder au bal donné par le Prince, … puis de devenir l’élue de son cœur, la princesse qu’il recherchait désespérément. L’opéra féerie d’une grande originalité onirique, restera à l’affiche plusieurs décennies. La chanteuse vedette Mme Saint-Aubin dans le rôle-titre interprétait avec délice ses airs célèbres dont « Je suis fidèle et soumise » (repris comme un tube dans tous les salons parisiens) ; même accueil enthousiastes face aux airs acrobatiques des deux demi-sœurs jalouses et sadiques : Mmes Duret et Regnault y excellaient. Et les hommes, le baron de Montefiascone et l’écuyer Dandini redoublent de boursouflures comiques et délirantes. Entre comique de situation, parfois pré offenbachien, et onirisme féerique, la Cendrillon d’Isoaurd sait marquer les esprits et les auditeurs, grâce à sa finesse dramatique; Isouard épingle la fatuité bruyante, la vanité burlesque et cocasse qui contrastent avec la figure plus discrête de Cendrillon. L’œuvre fut louée par sa subtilité par Berlioe dans le Journal des Débats en 1845.

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Cendrillon de Nicolas ISOUARD
GRAND THÉÂTRE MASSENET
Opéra féerie en 3 actes, créé en février 1810 à l’Opéra-Comique
Livret de Charles-Guillaume Étienne, d’après le conte de Charles Perrault.

2 représentations publiques
VENDREDI 03 MAI 2019 : 20hboutonreservation
DIMANCHE 05 MAI 2019: 15h

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/cendrillon/s-496/

Opéra de Saint-Étienne
Réservations : +33 4 77 47 83 40
opera.saint-etienne.fr
Tarifs de 10 à 36,70 euros

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TARIF F • DE 10 € À 36,70 €
DURÉE 1H30 ENVIRON, SANS ENTRACTE
LANGUE EN FRANÇAIS, SURTITRÉ EN FRANÇAIS

PROPOS D’AVANT-SPECTACLE
PAR CÉDRIC GARDE, PROFESSEUR AGRÉGÉ DE MUSIQUE,
UNE HEURE AVANT CHAQUE REPRÉSENTATION.
GRATUIT SUR PRÉSENTATION DU BILLET DU JOUR.

 ORCHESTRE SYMPHONIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

Julien Chauvin, direction musicale
Marc Paquien, mise en scène
assisté de Julie Pouillon
Emmanuel Clolus, décors
Claire Risterucci, costumes
Nathy Polak, maquillages et coiffures
Dominique Bruguière, lumières
Pierre Gaillardot, assistant lumières
et directeur technique
Abdul Alafrez, effets spéciaux


Cendrillon, Anaïs Constans
Clorinde, Jeanne Crousaud
Tisbé, Mercedes Arcuri
Ramir, prince de Salerne, Manuel Nuñez Camelino
Alidor, son précepteur, Jérôme Boutillier
Dandini, écuyer du prince, Christophe Vandevelde
Le Baron de Montefiascone, Jean-Paul Muel

SAInt-AUbin-diva-opera-romantique-francais-cendrillon-1810-isouard-classiquenews-opera-annonce-opera-critique

Illustrations :

Mme Saint-Aubin dans l’acte II de Cendrillon (DR)
Kasimir Malevich, The Wedding, 1903, Museum Ludwig, Cologne © RheinischesBildarchiv (DR)

L’Opéra de Saint-Etienne ressucite la Cendrillon de “Nicolo” (Isouard)

ISOUARD-opera-creation-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-Nicolas_Isouard_par_DucarmeSAINT-ETIENNE, Opéra. Isouard : Cendrillon : 3, 5 mai 2019. Après Dante, recréation majeure de 2019, qui ressuscite le génie oublié, mésestimé du compositeur romantique Benjamin Godard, récemment remis à l’honneur, voici une autre pépite lyrique que dévoile l’Opéra de Saint-Etienne : Cendrillon du Français romantique mort en 1818, à 44 ans, NICOLAS ISOUARD (1773 – 1818). On lui doit un Barbier de Séville dès 1796 (d’après Beaumarchais) dont la verve et le raffinement mélodique marquera Rossini : formé à Malte et à Naples, Isouard est un auteur qui maîtrise la virtuosité vocale allié à un sens réel du drame. Proche de Kreutzer à Paris, dès 1799 : Isouard fonde une maison d’édition avec ce dernier ; il comprend que pour les parisiens mélomanes, si volages, l’Italie signifie génie : devenu « NICOLÓ », il réussit sur la scène parisienne avec Michel-Ange (1802) et L’Intrigue aux fenêtres (1805). Il rivalise avec Boieldieu et profitant du séjour de ce dernier en Russie, illumine par son génie raffiné la scène de l’Opéra-Comique où il présente avec grand succès Les Rendez-vous bourgeois (1807), Cendrillon (1810) d’après Charles Perrault, La Joconde (1814), Aladin ou la Lampe merveilleuse1 (1822, opus posthume). Son intelligence apporte une vision personnelle sur le thème de Perrault : Isouard cultive la veine onirique et même féerique, apportant une conception du drame lyrique, à la fois puissante et poétique.

 
 
 

SYNOPSIS et PRESENTATION :
ISOUARD-cendrillon-saint-etienne-opera-critique-opera-critique-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-critique-compte-rendu-concerts-agenda-spectacles-operas-festivalsClorinde et Tisbé, cruelles demi-soeurs de Cendrillon, la traitent comme une servante. Quand Alidor, travesti en mendiant, implorant la charité, suscite la gentillesse d’une seule : Cendrillon. Ce geste généreux lui permet d’accéder au bal donné par le Prince, … puis de devenir l’élue de son cœur, la princesse qu’il recherchait désespérément. L’opéra féerie d’une grande originalité onirique, restera à l’affiche plusieurs décennies. La chanteuse vedette Mme Saint-Aubin dans le rôle-titre interprétait avec délice ses airs célèbres dont « Je suis fidèle et soumise » (repris comme un tube dans tous les salons parisiens) ; même accueil enthousiastes face aux airs acrobatiques des deux demi-sœurs jalouses et sadiques : Mmes Duret et Regnault y excellaient. Et les hommes, le baron de Montefiascone et l’écuyer Dandini redoublent de boursouflures comiques et délirantes. Entre comique de situation, parfois pré offenbachien, et onirisme féerique, la Cendrillon d’Isoaurd sait marquer les esprits et les auditeurs, grâce à sa finesse dramatique; Isouard épingle la fatuité bruyante, la vanité burlesque et cocasse qui contrastent avec la figure plus discrête de Cendrillon. L’œuvre fut louée par sa subtilité par Berlioe dans le Journal des Débats en 1845.

 
 
 

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Cendrillon de Nicolas ISOUARD
GRAND THÉÂTRE MASSENET
Opéra féerie en 3 actes, créé en février 1810 à l’Opéra-Comique
Livret de Charles-Guillaume Étienne, d’après le conte de Charles Perrault.

2 représentations publiques
VENDREDI 03 MAI 2019 : 20hboutonreservation
DIMANCHE 05 MAI 2019: 15h

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/cendrillon/s-496/

Opéra de Saint-Étienne
Réservations : +33 4 77 47 83 40
opera.saint-etienne.fr
Tarifs de 10 à 36,70 euros

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DURÉE 1H30 ENVIRON, SANS ENTRACTE
LANGUE EN FRANÇAIS, SURTITRÉ EN FRANÇAIS

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UNE HEURE AVANT CHAQUE REPRÉSENTATION.
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 ORCHESTRE SYMPHONIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

Julien Chauvin, direction musicale
Marc Paquien, mise en scène
assisté de Julie Pouillon
Emmanuel Clolus, décors
Claire Risterucci, costumes
Nathy Polak, maquillages et coiffures
Dominique Bruguière, lumières
Pierre Gaillardot, assistant lumières
et directeur technique
Abdul Alafrez, effets spéciaux


Cendrillon, Anaïs Constans
Clorinde, Jeanne Crousaud
Tisbé, Mercedes Arcuri
Ramir, prince de Salerne, Manuel Nuñez Camelino
Alidor, son précepteur, Jérôme Boutillier
Dandini, écuyer du prince, Christophe Vandevelde
Le Baron de Montefiascone, Jean-Paul Muel

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Illustrations :

Mme Saint-Aubin dans l’acte II de Cendrillon (DR)
Kasimir Malevich, The Wedding, 1903, Museum Ludwig, Cologne © RheinischesBildarchiv (DR)

 
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, Théâtre Graslin, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous présente Angers Nantes Opéra en ce mois de décembre 2018 : une manière élégante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet méconnu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son âme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poésie du rêve… ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scène, dans son récit d’ouverture comme préalable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rêve. Massenet ajoute aussi l’élan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fée, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment à deux reprises un trio réellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – épris même-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la célèbre créatrice de Carmen, Emma Calvé, au départ pressentie pour le rôle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversé par un désir ardent, juvénile, d’une irrépressible aspiration, témoignage autobiographique de cette passion qui électrise Massenet lui-même en 1899.

 
 
 

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ROI STATUE ET PRINCE DEPRESSIF… Si le tableau d’ouverture est un peu sage voire confus : on ne comprend pas bien ce qu’est cette « chose » en fil de fer rose (???) au début du spectacle… (qui traverse l’ensemble du décor comme si elle en découpait la paroi blanche), l’immersion dans le rêve néanmoins se réalise très vite affirmant son univers onirique parfois surréaliste… ainsi le tableau où paraît le prince, juché sur un chapiteau corinthien inversé, emblème de son déséquilibre intérieur manifeste : il ne veut rien faire, surtout pas participer au défilé des filles de la noblesse que son père a décidé pour qu’il trouve épouse. Parlons du roi justement : il appartient au monde des légendes, caricatural et déjanté : une icône statufiée, débout / assis, tout amidonnée dans son ample manteau royal : truculent Olivier Naveau.
Concernant le Prince mélancolique voire dépressif… il faut bien toute la couleur du timbre grave de Julie Robard-Gendre pour exprimer un mal-être certain, ce moelleux maladif. Jusqu’à ce que paraisse  Lucette / Cendrille dans sa robe blanche (de style Empire). Et les sens du jeune homme se réveillent soudainement (Massenet tout enamouré de sa belle et jeune Julia ?).


CENDRILLON ENIVRÉE… Dans le rôle-titre Rinat Shahan ici même écoutée en Octavia tragique et désespérée (Le Couronnement de Poppée de Monteverdi), incarne une jeune femme angélique et volontaire, dont la couleur vocale fait tout le charme d’un chant simple, fluide, lumineux. Un angélisme ardent et sincère qui certes ne maîtrise pas encore parfaitement l’intelligibilité de notre langue mais reste toujours très juste ; il n’y a guère que le baryton emblématique François Le Roux qui réussisse parfaitement l’exercice : son élocution est exemplaire avec ce ton inspiré, halluciné, des grands diseurs. Le chanteur donne du corps à ce Pandolphe, vraie pantoufle domestique, passive et soumise… qui finit même par agacer tant il demeure attaché à sa nouvelle femme, la comtesse de La Haltière (la britannique Rosalind Plowright, dragon rageur et haineux, qui a presque 70 ans, déploie une présence scénique totale, dramatique et … sonore, vraie marâtre détestable).

On sait Alain Surrans très soucieux de cohésion dramatique, y compris dans la défense des Å“uvres méconnues ; le nouveau directeur d’Angers Nantes Opéra apprécie particulièrement les contes, précisément leur force poétique capable de nous parler encore aujourd’hui, dévoilant des thèmes qui font écho à notre actualité.
C’est assurément le cas de Cendrillon de Massenet dont la figure courageuse de Lucette / Cendrille rappelle combien la désobéissance et la volonté de croire à ses sentiments sont majeurs pour toute émancipation.

 
 
  
 
 

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On émettra quelques réserves néanmoins dans cette nouvelle production. Bien des aspects de la partition surtout son livret, restent marqués par cette mièvrerie fleurie, typique de l’extrême fin du XIXème ; les références à la nature, le sujet de cet « avril printanier » évoqués à plusieurs reprises, par Lucette et son père (et jusqu’au couple que le père évoque avec sa fille comme celui « d’amoureux » en promenade…) laissent un rien perplexe. On en regretterait les bienfaits de l’actualisation. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle ce soir à Nantes : pas sûr que la majorité adhère à un art ainsi démodé voire affecté par des tournures d’un autre temps qui réduisent aujourd’hui la force de l’action. Assurément quelques coupures eussent été bénéfiques.

ESSOR ONIRIQUE… Quoiqu’il en soit, ne boudons pas notre plaisir. Le spectacle réalise en maints endroits la volonté onirique de Massenet. Son invitation à retrouver notre âme d’enfant prend forme et se réalise. Les deux tableaux où paraît la fée (suave et agile Marianne Lambert malgré les redoutables arches coloratoure de sa partie), la première fois dans sa baignoire / nacelle, permettant à Lucette d’aller au bal ; quand elle trône enfin, en déesse sylvestre, parmi les chênes, … sont très convaincants.

Parmi les séquences les plus marquantes, ce sont bien les duos entre Cendrille et le Prince qui sont les plus inspirés (moins le couple du père et de sa fille : Pandolphe / Lucette). L’union des nouveaux amants, en particulier dans le tableau du bal (première rencontre) puis dans celui de leurs retrouvailles au pied du chêne des fées, illustre ce Massenet inspiré, – dans la lignée de Gounod, éperdu et tendre, – entre dévotion partagée et profondeur émotionnelle ; quand par exemple dans leur premier émoi, Cendrille avoue sa dévotion immédiate et totale à l’être tout juste rencontré … On est proche de ce ravissement dont Massenet a déjà élaboré l’expression dans Manon évidemment (référence à « la main presse »), composée 5 ans auparavant (1884).

 
 
 

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Manon est finalement une source maintes fois citée ou exploitée ici, ne serait ce que dans le parfum néo baroque, propre à ce “classicisme XIXème », de l’ouverture ; également dans l’esprit Grand Siècle des ballets qui citent toujours Manon (cf. le tableau de l’Opéra dans l’opéra). Saluons enfin danseurs et membres du Choeur d’Angers Nantes Opéra ; souvent très drôle, la transposition que réalise le noyau des 5 danseurs du Centre Chorégraphique national de Nantes, dans la chorégraphie d’Ambra Senatore : ils emmènent avec eux les choristes maison dont le talent et la volonté du jeu se révèlent et s’affirment bel et bien, de production en production, avec chez certains, une claire référence à Charlie Chaplin.
Enfin en fosse, l’ONPL, dirigé par Claude Schnitzler, s’il sonne dur et court en début de spectacle, se déploie plus onctueux et suggestif à mesure que l’action réalise ce passage du réel au rêve. Et vice versa. Convaincant.

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COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler - Encore à l’affiche au Grand Théâtre d’Angers, pour 3 représentations incontournables, les 14, 16 et 18 décembre 2018.

http://www.angers-nantes-opera.com/la-programmation-1819/cendrillon

LIRE aussi notre présentation annonce de la nouvelle Cendrillon présentée par Angers Nantes Opéra en décembre 2018
http://www.classiquenews.com/nouvelle-cendrillon-de-massenet-a-nantes-et-a-angers/

 
 
 

PROCHAINES productions à ne pas manquer à NANTES : Un Bal masqué de Verdi (13 mars – 6 avril 2019)
A Nantes puis Angers : Le Vaisseau Fant̫me de Wagner, 3 mai Р13 juin 2019

 
 
 
Illustration : Marianne Lambert (la fée) apparaît à Lucette / Cendrille (DR – Angers Nantes Opéra – JM Jagu 2018  
 
   
 
 

Nouvelle Cendrillon de Massenet à Nantes et à Angers

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitANGERS NANTES Opéra. MASSENET : Cendrillon. Jusqu’au 18 déc 2018. Créé en 1899 à l’Opéra Comique à Paris, Cendrillon illustre la réussite de Massenet dans le genre onirique et “merveilleux”. Le peintre des femmes souvent sublimes et fortes, mais aussi fragiles, ardentes, toujours passionnées (Manon, Thérèse, Sapho, Hérodiade, Thaïs, Ariane, sans omettre… Esclarmonde ou Cléopâtre). Ici Cendrillon affirme un tempérament aussi volontaire et courageux que son père (Pandolphe) est… faible et soumis. Si l’opéra Notre-Dame de Paris fut écrit uniquement pour des voix masculines, Cendrillon semble offrir un  pendant inversé : Massenet favorise ici une large palette de timbres féminins. Même le prince est un rôle travesti, confié à un mezzo-soprano, charnel et large (dont la gravitas cependant sensuelle et amoureuse exprime au début l’âme mélancolique d’un garçon qui s’ennuie ferme).
Massenet exploite du sujet, son prétexte onirique : il y est question de rêve et de songe, d’où sa couleur majoritairement merveilleuse (quand les deux amoureux, le prince et Cendrillon s’endorment au pied du chêne des fées à l’acte III). Pour se faire, les ballets prolongent l’atmosphère enivrée de l’action, mais sans les tutus règlementaires : le compositeur avait exprimé sa préférence pour cette touche de « modernité ».
Le romanesque amoureux évite l’artifice : Massenet trouve le ton et les mélodies justes. Dans la jeune cantatrice Julia Giraudon, qui remplace la célèbre créatrice de Carmen (Emma Calvé, au départ choisie pour la création), le compositeur a trouvé son interprète idéale pour Cendrillon : n’est-il pas lui aussi amoureux de sa nouvelle conquête ? Les qualités de cet opéra méconnu de Massenet, sauront-elles séduire les spectateurs nantais et angevins de 2018 ? En décembre 1900, pour sa création nantaise, si le public avait répondu présent (aux 17 représentations), les critiques restèrent de glace devant une « oeuvre industrielle », « au néant complet absolu ». Au moins, il y a plus de cent ans, on ne mâchait pas ses mots…

 

 

En dépit de sa marâtre, la Haltière (comtesse aussi sotte que vaniteuse comme ses filles, Noémis et Dorothée), la souillon, Lucette, dite Cendrillon ou Cendrille, grâce à la complicité de la fée sa marraine, se présente dans une robe somptueuse au bal (acte I) qu’offre le roi pour permettre à son fils, le prince charmant de trouver femme. Cendrillon fascine le prince (acte II) mais elle doit partir avant minuit, sans qu’il sache son nom : seul le soulier de vair que le jeune fille a laissé dans son départ précipité, peut l’aider à la retrouver.
Dans le logis, après le bal, Cendrillon est à nouveau humiliée par La Haltière et ses filles ; les deux amoureux peuvent néanmoins se retrouver au chêne des fées : ils s’endorment unis (acte III).
Entre rêve et réalité, Cendrillon s’interroge sur ce qu’elle a vécu : est ce réel ou un rêve ? On annonce bientôt que le prince convoque toutes les jeunes femmes du royaume pour retrouver sa belle inconnue… Dans la cour d’honneur du palais, Cendrillon retrouve le prince qui l’a reconnaît aussitôt. La Haltière s’en émeut (acte IV).

 

 

 

 

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NANTES THÉÂTRE GRASLIN
Novembre 2018
dimanche 25 à 16h
mardi 27 à 20h
jeudi 29 à 20h
Décembre 2018
dimanche 2 à 16h
mardi 4 à 20h

ANGERS GRAND THÉÂTRE
Décembre 2018
vendredi 14 à 20h
dimanche 16 à 16h
mardi 18 à 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE 

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Opéra en 4 actes et 6 tableaux sur un livret d’Henri Cain et Paul Collin
Créé le 24 mai en 1899 à l’Opéra-Comique à Paris

En famille à partir de 10 ans
Opéra en français avec surtitres
Durée estimée : 2h40 avec entracte

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
Coproduction Angers Nantes Opéra, Opéra de Limoges, Opéra de Trèves

Cendrillon : Rinat Shaham
Le Prince : Julie Robard-Gendre
Pandolphe : François Le Roux
Madame de la Haltière : Rosalind Plowright
La Fée : Marianne Lambert
Noémie : Marie-Bénédicte Souquet
Dorothée : Agathe de Courcy
Le Doyen de la faculté : Vincent Ordonneau
Le Roi : Olivier Naveau

 

 

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Nos commentaires sur les chanteurs : la distribution est un argument de poids pour la réussite de cette nouvelle production. Saluons les solistes Rinat Shahan qui fut sur les mêmes planches une OCTAVIA sulfureuse et tragique dans le Couronnement de Poppée de Monteverdi ; Julie Robard-Gendre qui incarnait Orphée de Gluck version Berlioz sur les mêmes lieux, et dans la rôle de la bonne fée, la suave et diseuse inspirée, Marianne Lambert, québécoise de charme et de subtilité que nous avions remarquée lors du Concours de chant de Clermont-Ferrand en 2017.

Direction musicale : Claude Schnitzler
Mise en scène, décors, costumes et lumières : Ezio Toffolutti
Chorégraphie : Ambra Senatore

 

 

 

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NOTRE CRITIQUE DU SPECTACLE

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. NANTES, Théâtre Graslin, le 4 déc 2018. MASSENET : Cendrillon. Shaham, Le Roux… Toffolutti / Schnitzler. C’est une nouvelle (et belle) production que nous présente Angers Nantes Opéra en ce mois de décembre 2018 : une manière élégante et vocalement solide de souligner la veine merveilleuse d’un Massenet méconnu, qui souhaite dans les faits, « Bercer » par la fable, retrouver son âme d’enfant, diffuser l’onirisme du songe, la poésie du rêve… ainsi que nous le dit Pandolphe en bord de scène, dans son récit d’ouverture comme préalable au spectacle.

Mais il n’y est pas uniquement question du rêve. Massenet ajoute aussi l’élan amoureux, cette passion sensuelle naissante qui colore effectivement chaque duo entre Lucette / Cendrille et son prince, sous le regard complice et protecteur de la bonne fée, marraine de la jeune femme ; d’ailleurs les trois forment à deux reprises un trio réellement enchanteur. On ne cesse de penser au compositeur alors saisi par le charme, – épris même-, de la soprano Julia Giraudon, qui remplace la célèbre créatrice de Carmen, Emma Calvé, au départ pressentie pour le rôle-titre. Chaque duo Cendrille / Le Prince est ainsi traversé par un désir ardent, juvénile, d’une irrépressible aspiration, témoignage autobiographique de cette passion qui électrise Massenet lui-même en 1899. EN LIRE PLUS

 

 

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CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical)

von stade frederica the complete columbia recital albums coffret cd review  critique cd classiquenews 18 cd coffret box 51AiKLG6r5L._SY300_QL70_CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical). SOMBRE VELOURS D’UNE DISEUSE FRANCOPHILE. Mezzo irradiée – ce qui la destine aux emplois sombres et tragiques, la jeune musicienne fait son voyage à Paris où alors qu’elle échouait à devenir pianiste, elle éprouve comme une sidération inexplicable, le choc du chant et de la voix en assistant à un récital de la soprano allemande Elisabeth Schwarzkopf alors diseuse hors paires dans les lieder de Hugo Wolf. Il y a chez Von Stade qui a beaucoup douté de ses capacités artistiques réelles, une ardeur intérieure, une hypersensibilité jaillissante qui a rappelé dès ses premiers grands rôles, les brûlures tragiques et graves d’une Janet Baker.

CLIC_macaron_2014AU DEBUT DES 70′S… Jeune tempérament à affiner et à ajuster aux contraintes et exigences de la scène, Frederica Von Stade est engagée dans la troupe du Met de New York par Rudolf Bing (1970) : elle n’est pas encore trentenaire ; très vite, elle prend son envol comme soliste, avec l’essor augural des opéras baroques  (elle chante Penelope de l’Ulysse monteverdien). Mais la diva est une diseuse qui se taille une très solide réputation chez Mozart  (Cherubino qui sera son rôle fétiche, et Idamante) et Rossini dont elle maîtrise la virtuosité élégante et racée grâce à des vocalises précises et des phrasés ciselés  (Tancredi, Rosina, la donna del lago: surtout le chant noble mais désespéré de Desdemona dans Otello…). La Von Stade est aussi une bel cantiste à la sûreté musicale impressionnante.
Le timbre sombre, essentiellement tragique colore une suavité qui est aussi pudeur et articulation : la mezzo s’affirme de la même façon chez Massenet  (Charlotte de Werther, Chérubin là encore et aussi Cendrillon. ..), et Marguerite embrasée par un éros  qui déborde (La Damnantion de Faust), et Béatrice (Beatrice et Benedicte d’après Shakespeare) chez Berlioz dont elle chante aussi évidemment les Nuits d’été (de surcroît dans ce coffret, sous la direction de Ozawa lire ci après).

 

 

 

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COFFRET MIRACULEUX… Qu’apporte le coffret de 18 cd réédités par Sony classical ? Pas d’opéras intégraux, mais plusieurs récitals thématiques où scintille la voix ample, cuivrée, chaude d’un mezzo dramatique et suave, plus clair que celui de Janet Baker, aussi somptueux et soucieux d’articulation et de couleurs que Susan Graham (sa continuatrice en quelque sorte)… C’est dire l’immense talent interprétatif et la richesse vocale de la mezzo américaine Frederica von Stade née un 1er juin 1945, qui donc va souffler en ce début juin 2016, ses 81 ans. Le coffret Columbia (the complete Columbia recital albums) souligne la diversité des choix, l’ouverture d’un répertoire qui a souvent favorisé la musique romantique française, la fine caractérisation dramatique pour chaque style, une facilité expressive, une élasticité vocale, – dotée d’un souffle qui semblait illimité car imperceptible, et toujours une pudeur presque évanescente qui fait le beauté de ses rôles graves et profonds. Les 18 cd couvrent de nombreuses années, en particulier celles de toutes les promesses, et de la maturité, comme de l’approfondissement des partitions, soit de 1975 (CD où règne la blessure et le poison saignant de la Chanson perpétuelle de Chausson, déjà l’ivresse ahurissante de son Cherubino mozartien, ce goût pour la mélodie française : très rare Le bonheur est chose légère de Saint-Saëns, ou la question sans réponse de Liszt d’après Hugo : “Oh! quand je dors S 282, récital de 1977, cd3) ; jusqu’aux songs de 1999 et même 2000 (Elegies de Richard Danielpour, né en 1956, avec Thomas Hampson).

 

 

 

Dans les années 1970 et 1980, la mezzo Frederica von Stade chante Mozart, Massenet, Ravel avec une gravité enivrée

VELOURS TRAGIQUE

 

 

frederica von stade woolfe2-von_stade_frederica_eric_melear_0Salut à la France… La mesure, le style, une certaine distanciation lui valurent des critiques sur sa neutralité, un manque d’engagement (certaines chansons de ses Canteloube)… Vision réductrice tant la chanteuse sut dans l’opéra français exprimer l’extase échevelée par un timbre à la fois intense, clair d’une intelligence rare, à la couleur précieuse, à la fois blessée, éperdue, brûlée : un exemple ? Prenez le cd 2 : French opera arias (de 1976 sous la direction de John Pritchard) ; sa Cavatine du page des Huguenots de Meyerbeer ; sa Charlotte du Werther de Massenet (noblesse blessée de “Va, Laisse couler mes larmes”), l’ample lamento grave de sa Marguerite berlozienne (superbe D’amour l’ardente flamme, au souffle vertigineux), ne doivent pas diminuer l’éclat particulier de la comédienne plus amusée, piquante, délurée chez Offenbach (Périchole grise ; Gerolstein en amoureuse déchirée : voyez le récital totalement consacré à la verve du Mozart des boulevards : Offenbach : arias and Overtures, 1994, cd14), d’un naturel insouciant et douée de couleurs exceptionnellement raffinées pour le Cendrillon de Massenet, surtout Mignon d’Ambroise Thomas, notre Verdi français. La pure et fine comédie, la gravité romantique, le raffinement allusif : tout est là dans un récital maîtrisé d’une trentenaire américaine capable de chanter l’opéra français romantique avec un style mesuré, particulièrement soucieuse du texte.

 

 

von stade frederica concert 1024x1024Italianisme. Bel cantiste par la longueur de son legato et un souffle naturellement soutenu, aux phrasés fins et finement ciselés, Von Stade fut aussi une interprète affichant son tempérament tragique et sombre, d’une activité mesurée toujours, chez Pénélope de Monteverdi (Le Retour d’Ulysse dans sa patrie), chez Rossini où sa distinction profonde fait miracle dans Tancredi et Semiramide (airs et aussi récitatifs merveilleusement articulés / déclamés, cd4, 1977)… Evidemment son métal sombre et lugubre va parfaitement aux lieder bouleversants de Mahler (cd5, 1978 : Lieder eines Fahrenden gesellen, Rückert lieder) ; mais la passion vocale et l’étendue de son velours maudit, comme blessé mais si digne et d’une pudeur intacte ne se peuvent concevoir sans ses prodigieux accomplissements dans le répertoire romantique et post romantiques français : Chants de Canteloube avec Antonio de Almeida (2 albums, de 1982 et 1985, où l’ivresse mélodique s’accompagne d’une volupté comme empoisonnée à la Chausson… le timbre enivré de la mezzo américaine s’impose par sa volupté claire et son intensité charnelle ; exprimant tout ce que cette expérience terrestre tend à l’évanouissement spirituel,… une Thaïs en somme : charnelle en quête d’extase purement divine). Ces deux recueils sont des must, indémodables (même si pour beaucoup sa partenaire et contemporaine Kiri te Kanawa a mieux chanté Canteloube, sans “s’enliser”).

 

 

Berliozienne et Ravélienne, Von Stade a exprimé son amour à la France. Même style irréprochable dans ses Nuits d’été de Berlioz d’après Gautier de 1983 sous la direction de Ozawa ; et aussi Shéhérazade, Mélodies et Chansons de Ravel à Boston avec Ozawa toujours en 1979…
Avec son complice au piano, Martin Katz, la divina s’expose sans fards, voix seule et clavier dans plusieurs récitals qui ne déforment pas son sens de la justesse et de la musicalité allusive d’une finesse toujours secrètement blessée : deux cycles sont ici des absolus eux aussi, le récital de 1977 comprend Dowland, Purcell, Debussy Canteloube dont il faut écouter Quand je dors S 282 de Liszt sur le poème d’Hugo : maîtrise totale du souffle et du legato avec une articulation souveraine : quel modèle pour les générations de mezzos à venir. Plus aucune n’ose aujourd’hui s’exposer ainsi en concert. Puis le récital de 1981 se dédie aux Italiens, de Vivaldi, Marcello, Scarlatti à Rossini sans omettre évidemment Ravel et Canteloube

 

 

stade von stade frederica coffret complete columbia recital albums sony classical cd review 1024x1024Sur le tard, Stade, appelée affectueusement “Flicka“, sait aussi se réinventer et goûte selon l’évolution de sa voix, d’autres répertoires, d’autres défis dramatiques : comme le montrent les derniers recueils du coffret Columbia : après celui dédié à la comédie encanaillée mais subtile d’Offenbach (Offenbach arias & Overtures, Antonio de Almeida,1994), les cd 15 (Elegies et Sonnets to Orpheus de Richard Danielpour), cd 18 (Paper Wings et Songs to the moon… de Jake Heggie) soulignent la justesse des récitals (de 1998 et 1999) : celle d’une voix mûre qui a perdu son agilité mais pas sa profondeur ni sa justesse expressive… CONCLUSION. Pour nous, française de coeur, Frederica Von Stade laisse un souvenir impérissable dans deux rôles chez Massenet qu’elle a incarné avec intensité et profondeur : Cendrillon (cd16, 1978) et Cherubin (cd17, 1991), sans omettre son Mignon de Thomas (Connais tu le Pays, cd2, 1976). Bel hommage. Coffret événement CLIC de mai 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Frederica von Stade : the complete Columbia recital albums (18 cd, 19975-2000). Extraits d’opéras, mélodies, songs, lieder de Massenet, Thomas, Ravel, Mahler, Schuebrt, Berlioz, Bernstein… CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.