COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane à Naxos. Fau, Hunhold, Savage. Orch Nat Capitole. E.ROGISTER

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 1er mars 2019. R. STRAUSS: Ariane Ă  Naxos (nouvelle production). Fau, Belugou, Fabing, Hunhold, Savage, Morel, Sutphen. Orch National du Capitole. E.ROGISTER, direction. Donner l’opĂ©ra le plus Ă©lĂ©gant de Richard Strauss et Hugo von Haufmannstahl, le plus exigeant au niveau thĂ©Ăątral avec des voix hors normes, toutes surexposĂ©es, est une vĂ©ritable gageure que Christophe Ghristi, nouveau directeur de l’auguste maison toulousaine, relĂšve avec brio. Il a trouvĂ© en Michel Fau un homme de thĂ©Ăątre respectueux de la musique, capable de donner vie Ă  Ariane Ă  Naxos en un Ă©quilibre parfait entre thĂ©Ăątre et musique, entre le prologue et l’opĂ©ra lui-mĂȘme.
J’ai toujours jusqu’à prĂ©sent trouvĂ© que la partie musicale dĂ©passait le thĂ©Ăątre et que des deux parties l’une dominait l’autre. Au disque la musique sublime de bout en bout de l’opĂ©ra s’écoute en boucle et sans limites, Ă  la recherche de timbres rares et de vocalitĂ©s exactes. A la scĂšne souvent le prologue est trop ceci ou pas assez cela ; et en fait ne convainc pas ; trop souvent l’opĂ©ra peut s’enliser. Pourtant je parle de productions Ă  Aix (avec  l’Ariane de Jessye Norman) ou Paris (avec la Zerbinetta de Natalie Dessay)
 Je dois dire que ce soir le travail extraordinairement intelligent et dĂ©licat de Michel Fau mĂ©riterait une analyse de chaque minute.  L’humour y est d’une subtilitĂ© rare et sur plusieurs plans. La beautĂ© des costumes (David Belugou)  et des maquillages (Pascale Fau)  ajoutent une Ă©lĂ©gance rare Ă  chaque personnage quelque soit son physique.

Ariane Ă  Naxos de Strauss/Hofmansthal
Production géniale à Toulouse

STRAUSS-ariane-capitole-toulouse-opera-critique-annonce-classiquenews-critique-opera-Issachah-Savage-(Bacchus)-et-Catherine-Hunold-(Ariane)---crédit-Cosimo-Mirco-Magliocca

C’est Ă©galement David Belugou qui a rĂ©alisĂ© deux dĂ©cors intelligents et qui Ă©clairĂ©s avec subtilitĂ© par JoĂ«l Fabing, semblent bien plus complexes et profonds qu’ils ne paraissent. Il est rarissime de trouver Ă  l’opĂ©ra travail thĂ©Ăątral si soignĂ© dans un respecte absolu de la musique. Dans la fosse les instrumentistes de l’orchestre du Capitole choisis pour leur excellence jouent comme des dieux sous la baguette inventive et vivante d‘Evan Rogister. Il aborde par exemple le prologue de l’opĂ©ra avec une allure presque expressionniste et sĂšche avant de colorer toute la subtile orchestration de Strauss en son poids exact. N’oublions pas que les 38 instrumentistes demandĂ©s par Strauss sont Ă©videment de parfaites solistes ou chambristes avĂ©rĂ©s, mais ensemble ils sonnent comme un orchestre symphonique complet (dans le final).

Que dire des chanteurs Ă  prĂ©sent ? Ayant chacun les notes incroyables exigĂ©es et des timbres intĂ©ressants, dans un tel contexte, ils n’ont qu’à chanter de leur mieux pour devenir 
divins dans un environnement si favorable. Jusqu’aux plus petites interventions, chacun est merveilleux. L’Ariane de Catherine Hunold est sculpturale, sa prima Donna caricaturale.  En Bachus,  le tĂ©nor Issachah Savage,  est Ă©blouissant de panache vocal avec une quinte aiguĂ« et une longueur de souffle qui tiennent du surnaturel ;  dans le prologue, sa brutalitĂ© pleine de morgue un est vrai rĂ©gal de suffisance, pardonnĂ©e aprĂšs le final. Car la puissance du duo final justement, est historique ; une telle plĂ©nitude sonore dĂ©passe l’entendement. La Zerbinetta d‘Elisabeth Sutphen mĂ©rite des Ă©loges pour un Ă©quilibre thĂ©Ăątre-chant de haut vol, alors qu’il s’agit d’une prise de rĂŽle. Elle passe du moqueur au profond en un clin d’ oeil ; virtuose ou languide, elle peut tout.
Le trio de voix, rondes et nuancĂ©es, qui tiennent compagnie Ă  Ariane sur son rocher sont d’une qualitĂ© inoubliable que ce soit Caroline Jestaedt,  en NaĂŻade, Sarah Laulan en Dryade ou Carolina Ullrich en Echo. Les quatre messieurs qui accompagnent Zerbinetta ne sont pas en reste au niveau vocal mais jouent Ă©galement avec beaucoup de vivacitĂ© et d’énergie (Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche ; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella).  Philippe-Nicolas Martin, en  Arlequin ajoutant une belle touche de vraie-fausse mĂ©lancolie dans son lied.
Dans le Prologue, le compositeur d’AnaĂŻk Morel est trĂšs sympathique ; c’est vraiment Strauss lui-mĂȘme qui se questionne sur la folie d’oser composer des opĂ©ras dans un monde si absurde. La rĂ©ponse est OUI :  la beautĂ©, l’intelligence, la finesse sont le remĂšde Ă  l’absurditĂ© et la bĂȘtise du monde. Aujourd’hui Ă  Toulouse, le flambeau a Ă©tĂ© rallumĂ© avec panache. Oui en une soirĂ©e la beautĂ© peut ragaillardir tout un thĂ©Ăątre et le succĂšs public a Ă©tĂ© retentissant. Les mines rĂ©jouies en quittant la salle du Capitole en disent long sur la nĂ©cessitĂ© de croire, et ce soir de l’avoir vue rĂ©alisĂ©e, en cette alchimie subtile  qui se nomme opĂ©ra. GĂ©nialement, unanimement apprĂ©ciĂ©e, la production capitoline aborde le rivage de la perfection !

 STRAUSS ARIANE A NAXOS capitole critique opera classiquenews mars 2019

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 1er Mars 2019. RICHARD STRAUSS (1864-1949) : ARIANE Ă  NAXOS, Opera  en un acte et un prologue, Livret  de Hugo von Hofmannsthal, CrĂ©ation  le 4 octobre 1916 au Hofoper de Vienne, Nouvelle production du ThĂ©Ăątre du Capitole/OpĂ©ra Orchestre  national  de  Montpellier – Occitanie.  Michel Fau,  mise en scĂšne ; David Belugou,  dĂ©cors et costumes ; JoĂ«l Fabing,  lumiĂšres ; Pascale Fau ,  maquillages.  Avec : Catherine Hunold,  Primadonna / Ariane ; Issachah Savage,  TĂ©nor / Bacchus ; AnaĂŻk Morel,  Le Compositeur ; Elisabeth Sutphen,  Zerbinetta ; Philippe-Nicolas Martin , Arlequin ; Pierre-Emmanuel Roubet,  Scaramouche; Yuri Kissin,  Truffaldino ; Antonio Figueroa,  Brighella ; Caroline Jestaedt,  NaĂŻade ; Sarah Laulan,  Dryade ; Carolina Ullrich,  Echo; Florian Carove,  Le Majordome ; Werner Van Mechelen,  Le MaĂźtre de musique ; Manuel Nuñez Camelino,  Le MaĂźtre Ă  danser; Alexandre Dalezan, Le Perruquier ; Laurent Labarbe,  Un Laquais ; Alfredo Poesina,  L’Officier ; Orchestre national du Capitole ; Evan Rogister :   direction musicale. / Photos: © Cosimo Mirco Magliocca / Capitole de Toulouse 2019

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des CongrĂšs, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,
 Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

lohengrin- vignette 160 ANO-16-18-20-septembre-2016-ano-lohengrin-skryscraper-160-600Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des CongrĂšs, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,
 Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction. Plateau solide et efficace, surtout orchestre dans la puissance et la nuance. … ce Lohengrin made in Nantes, de surcroĂźt en version de concert …. vaut bien des Bayreuth;  inutile de bouder votre plaisir, Jean-Paul Davois, directeur bien inspirĂ© d’Angers Nantes OpĂ©ra, confirme une belle intuition : en programmant sur la scĂšne de la CitĂ© des CongrĂšs de Nantes, ce Wagner sans dĂ©cors ni costumes, le directeur gĂ©nĂ©ral nous offre une immersion dans la grande forge wagnĂ©rienne ; car c’est bien le chef et l’orchestre qui en sont les vedettes;  instruments acteurs, au verbe foisonnant et aux accents millimĂ©trĂ©s, tant la direction du chef Pascal RophĂ© nous satisfait, et mĂȘme nous comble par une sobriĂ©tĂ© soucieuse de couleurs ; habile et ductile dans l’enchaĂźnement des Ă©pisodes dramatiques ; trĂšs convaincante dans l’Ă©quilibre des pupitres, jouant sur le relief  des cuivres omniprĂ©sents  (l’enjeu ici Ă  travers de nombreux passages militaires est bien lĂ  prĂ©servation de l’Empire allemand); jouant tout autant de la rutilante harmonie des bois…  d’un magicien angĂ©lisme quand paraĂźt Ă  chaque fois la trop candide Elsa (flĂ»tes aĂ©riennes, Ă©vanescentes).

davois et maestro rophe lohengrin nantes angers opera critique classiquenewsPascal RophĂ© se saisit du drame wagnĂ©rien oĂč triomphe supĂ©rieur, souverain, le venin haineux d’Ortrud, seule capable de chasser l’unique chevalier venu de Montsalvat pour sauver la jeune ( et si dĂ©munie) duchesse de Brabant, et surtout le succĂšs des armĂ©es impĂ©riales. MalgrĂ© la lumiĂšre que convoque chaque apparition du  chevalier au cygne, Lohengrin, Wagner conçoit un opĂ©ra viscĂ©ralement noir, et sans issue, soulignant combien aimer en confiance est impossible, combien les hommes ne mĂ©ritent pas la chance de salut qui leur est, une fois dans leur vie, accordĂ©. La fĂ©erie mĂ©diĂ©vale est conduite par une vision dĂ©sespĂ©rĂ©e d’un compositeur qui est lui-mĂȘme, Ă  l’époque de la conception de son opĂ©ra, inquiĂ©tĂ©, pourchassĂ©, rendu fugitif en Europe. Photo ci contre : Jean-Paul Davois et le maestro Pascal RophĂ© (DR), nouvelle coopĂ©ration prometteuse, dĂ©jĂ  riche en arguments convaincants grĂące Ă  ce Lohengrin de dĂ©but de saison 2016-2017… 

 

 

 

Angers Nantes OpĂ©ra rĂ©ussit Ă  rĂ©unir chanteurs, chƓurs, orchestre et chef en une production convaincante

Une offre wagnérienne à Nantes et à Angers qui ne se refuse pas


 

 

DĂšs l’ouverture, la direction de Pascal RophĂ© affirme une conception volontaire et trĂšs prĂ©cise du drame ; la clartĂ© du geste saisit ; la construction rĂ©alise ce prodigieux rĂȘve d’Elsa dont l’Ă©clat (premier coup des timbales) marque l’implosion prodigieuse qui se transmet jusqu’au chevalier qui ayant entendu sa priĂšre, descendra du ciel, pour la sauver… Directeur musical de l’Orchestre national des Pays de la Loire depuis 2014, Pascal RophĂ© tout au long de la soirĂ©e se montre un wagnĂ©rien captivant ; on suit le chef sans sourciller, le laissant nous conduire d’un acte Ă  l’autre avec une subtilitĂ© sobre rĂ©ellement habile et trĂšs juste. La coopĂ©ration entre le chef, son orchestre et Angers Nantes OpĂ©ra se rĂ©vĂšle en ce sens positive, et … prometteuse.

 

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HUNOLD catherine-hunold1Vocalement, c’est l’Ortrud magnĂ©tique de Catherine Hunold qui vole la vedette : l’acte II – acte oĂč la sirĂšne manipulatrice sĂšme dans l’esprit d’Elsa le poison du doute, est son acte;  port de magicienne implacable et majestueuse dans la lignĂ©e des MĂ©dĂ©e et des Armide, des opĂ©ras baroques et prĂ©classiques, la mezzo voluptueuse sait injecter sa suffisance impĂ©riale quitte dans un rapport sadique Ă  dominer voire humilier ses proies trop complaisantes : Ă©videmment Telramund le prince accusateur d’Elsa dont elle fait le bras armĂ© de sa vengeance  (trĂšs convaincant Robert Hayward qui façonne et nuance lui aussi son personnage : sa grande aisance scĂ©nique ajoute Ă  sa crĂ©dibilitĂ©); et quand la sorciĂšre noire invoque l’esprit de Wotan et de Freia – claire prĂ©figuration du Ring Ă  venir,  Catherine Hunold fait valoir la souplesse lohengrin angers nantes opera tenor telramund xQwnPoCliLHGVlwXm5aDyhoc_Rwabpz8-z21pnh5zb0jamais forcĂ©e de ses graves vĂ©nĂ©neux en somptueuse dĂ©itĂ© wagnĂ©rienne;  on lui doit cet aplomb convaincant qui avait fait la rĂ©ussite de sa BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (avril 2014) comme la valeur de sa flamboyante SĂ©mĂ©lĂ©, cantate de Dukas Prix de Rome, qui lui doit d’avoir Ă©tĂ© ainsi remarquĂ©e au disque (CLIC de classiquenews, octobre 2015).

kirch daniel ohengrin nantes angersChez les hommes, le roi Henri l’oiseleur de Jean Teitgen, impose une belle ardeur de juge mĂ©diateur malgrĂ© la raideur de son jeu d’acteur : c’est bien le seul qui ne regarde jamais ses partenaires pendant le spectacle ni ne se retourne vers le choeur qui assure pourtant nombre de ses entrĂ©es. Le Lohengrin de Daniel Kirch (photo ci contre) fait valoir les mĂȘmes qualitĂ©s que son Paul dans La Ville Morte de Korngold, somptueuse production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, et pour nous fleuron de sa saison 2015 – 2016 (mars 2015) : le tĂ©nor allemand qui chante depuis longtemps et Lohengrin et Parsifal, possĂšde l’exacte couleur du caractĂšre, mĂȘme si parfois quand se dĂ©ploient les tutti de l’orchestre, la voix couverte devient inaudible. Mais son “In fernem Land“, quand le Chevalier dĂ©voile son identitĂ© divine et miraculeuse, le tĂ©nor sur un tapis orchestral murmurĂ©, se fait diseur, d’une sincĂ©ritĂ© qui touche (saluons dans ce sens, l’intelligence nuancĂ©e du chef). Familier des productions baroques et prĂ©romantiques, de Rameau Ă  Salieri et jusqu’à MĂ©hul, le baryton Philippe-Nicolas Martin rĂ©ussit toutes ses dĂ©clarations dĂ©clamĂ©es en HĂ©raut bien chantant et naturellement puissant. D’abord un peu terne voire trop lisse, l’Elsa de Juliane Banse dont le mĂ©rite est justement de s’ĂȘtre Ă©conomiser depuis le dĂ©but, rĂ©ussit incontestablement sa derniĂšre scĂšne (de jeune Ă©pousĂ©e) dans laquelle celle qui doit tout au Chevalier se dĂ©voile agitĂ©e, en panique, insistant lourdement auprĂšs de Lohengrin, exigeant que son sauveur lui rĂ©vĂšle enfin son nom et d’oĂč il vient. Elle avait pourtant jurĂ© de ne jamais poser la question. En se parjurant ainsi, la pauvre oie blanche perd tout et permet Ă  celle qui l’a manipulĂ©e, de vaincre dĂ©finitivement.

 

pascalrophe-ouestfrance-3La vivacitĂ© dramatique du chef s’avĂšre une grande rĂ©ussite ; l’implication des instrumentistes et des choeurs  (engagĂ©s, nerveux, dans l’action), la prestation globalement convaincante des solistes font toute la  valeur de ce Wagner Ă  voir absolument Ă  Angers le 20 septembre prochain au Centre de CongrĂšs  (19h), ultime reprĂ©sentation. Quand Bayreuth continue de dĂ©cevoir soit par l’absence des grands chanteurs, soit par l’indigence ou l’outrance de mises en scĂšnes trop dĂ©calĂ©es, Angers Nantes Opera vous propose un Wagner de grande classe qui Ă  juste titre place chanteurs et instrumentistes sur le plateau et au devant de la scĂšne
 une invitation en ouverture de sa nouvelle saison 2016 – 2017 qui ne se refuse pas.

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des CongrĂšs, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold, Robert Hayward, Juliane Banse, Jean Teitgen, Philippe Nicolas Martin.., choeurs d’Angers Nantes OpĂ©ra, de l’OpĂ©ra de Montpellier, Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

Illustrations : Catherine Hunold (Ortrud) et Pascal Rophé (DR)

 

 

A Strasbourg, Catherine Hunold chante au pied levé Pénélope

HUNOLD catherine-hunold1Strasbourg, OpĂ©ra. Catherine Hunold chante PĂ©nĂ©lope… Pour la gĂ©nĂ©rale de PĂ©nĂ©lope, opĂ©ra de FaurĂ©, recrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, la soprano Anna Caterina Antonacci a renoncĂ© Ă  chanter le rĂŽle-titre : c’est l’excellente soprano française Catherine Hunold qui l’a remplacĂ©e au pied levĂ©. Hier BĂ©rĂ©nice de Magnard (avril 2014), plus rĂ©cemment au disque  SĂ©mĂ©lĂ© de Paul Dukas, Catherine Hunold saisit par son sens de la phrase, son art de la prosodie, son timbre ample, charnel et cristallin. Elle est l’une des rares cantatrices dont on comprend chaque mot. PĂ©nĂ©lope inattendue et envoĂ»tante. PĂ©nĂ©lope est un ouvrage captivant Ă  dĂ©couvrir sur la scĂšne de l’OpĂ©ra national du Rhin  Ă  Strasbourg les 29, 31 octobre puis 3 novembre 2015, les 20 et 22 novembre 2015 Ă  La Filature de Mulhouse. LIRE aussi notre prĂ©sentation de PĂ©nĂ©lope de Gabriel FaurĂ© Ă  Strasbourg et Ă  Mulhouse

Anna Caterina Antonacci programmĂ© depuis le dĂ©but de la production a bien assurĂ© pour sa part le rĂŽle de PĂ©nĂ©lope dĂšs la PremiĂšre (23 octobre dernier). Catherine Hunold, doublure, a confirmĂ© le temps de la gĂ©nĂ©rale son exceptionnel tempĂ©rament dans l’opĂ©ra romantique français. Diffusion prĂ©vue sur ARTE en mars 2016.

Strasbourg, Opéra. Pénélope de Fauré. Du 23 octobre au 3 novembre 2015.

Antonacci pianoStrasbourg, OpĂ©ra. PĂ©nĂ©lope de FaurĂ©. Du 23 octobre au 3 novembre 2015. Trois noms devraient assurer la rĂ©ussite de cette nouvelle production de PĂ©nĂ©lope de FaurĂ© Ă  l’OpĂ©ra du Rhin : le chef Patrick Davin, le metteur en scĂšne Olivier Py et surtout la cantatrice qui a dĂ©jĂ  chantĂ© le rĂŽle : la soprano Anna Caterina Antonacci.  AprĂšs Strauss et Puccini, compositeurs si inspirĂ©s par la fĂ©minitĂ©, FaurĂ© emboĂźte le pas Ă  Massenet (Esclarmonde, Manon, ThaĂŻs, ClĂ©opĂątre, ThĂ©rĂšse
) et Saint-SaĂ«ns (HĂ©lĂšne, 1904), FaurĂ© aborde le profil mythologique de PĂ©nĂ©lope, Ă©pouse loyale qui attend le retour de son mari Ulysse, parti batailler contre les Troyens. Son retour fut mis en musique par Monteverdi au XVIIĂš ; FaurĂ©, mĂ©lodiste gĂ©nial s’intĂ©resse au profil de la femme fidĂšle que l’attente use peu Ă  peu
 L’ouvrage crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo le 4 mars 1913 pĂątit du livret trĂšs fleuri et sophistiquĂ©, un rien dĂ©suet d’un jeune poĂšte dramaturge RenĂ© Fauchois : le jeune homme comĂ©dien dans la troupe de Sarah Bernhardt, avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă  FaurĂ© par la cantatrice Lucienne BrĂ©val qui souhaitait ainsi chanter un opĂ©ra du MaĂźtre. C’est pour FaurĂ© un dĂ©fi de la maturitĂ© et suivre son tempĂ©rament taillĂ© pour l’élĂ©gance, l’intĂ©rioritĂ©, le raffinement, Ă©prouvĂ© par la nĂ©cessitĂ© du thĂ©Ăątre, reste passionnant. Il ne cesse de rabrouer son jeune librettiste, lui reprochant toujours son “verbiage”. A Monte-carlo, le succĂšs n’est que d’estime ce qui dĂ©sespĂšre l’auteur. Il faut vraiment attendre la reprise parisienne Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 1919 avec Germaine Lubin pour que l’ouvrage suscite une passion publique.

 

 

faure-penelope-opera-du-rhin-octobre-2015-presentation-review-critique-CLASSIQUENEWSRetour de l’Ă©ternelle attente… PĂ©nĂ©lope a trouvĂ© la parade aux prĂ©tendants qui souhaitent l’épouser car il faut redonner Ă  l’üle d’Ithaque, un roi et un nouvel avenir aprĂšs le dĂ©part d’Ulysse. La souveraine dĂ©fait chaque soir l’ouvrage qu’elle a tissĂ© pendant la journĂ©e : elle a fait le voeu en effet d’accepter un nouvel Ă©poux quand son mĂ©tier serait achevĂ©. Pour faire antique, FaurĂ© compose donc une fresque Ă©purĂ©e, sensuelle, colorĂ©e de danses « orientales », soit un cadre vraisemblable et riche pour mettre en avant la cantatrice vedette dont le rĂŽle exige tempĂ©rament, constance, vĂ©ritĂ© et profondeur tragiques. La musique de FaurĂ©, consciemment ou non, interroge la formulation et le sens de l’attente : il faut l’espĂ©rance pour oser prĂ©tendre Ă  l’inespĂ©rĂ©. Mais PĂ©nĂ©lope qui patiente et attend, a-t-elle conscience de son propre avenir qui est Ă  l’extrĂ©mitĂ© de son attente ? Qu’espĂšre-t-elle au demeurant ? Quel enseignement va-t-elle dĂ©couvrir Ă  la fin de son attente ?

 

faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSGabriel FaurĂ© voulait un sujet mythologique pour son opĂ©ra. Les derniers chants de l’OdyssĂ©e inspire un livret resserrĂ© mais HomĂšre est ici rĂ©actualisĂ© dans le Paris de 1907, annĂ©e oĂč FaurĂ© commence sa partition. Olivier Py estime la poĂ©sie du librettiste et rappelle qu’au moment de l’écriture de FaurĂ©, le Titanic a sombrĂ© emportant avec lui toute une Ă©poque, celle de FaurĂ©. justement. Dans PĂ©nĂ©lope, FaurĂ© cible l’abstraction, c’est Ă  dire une action universelle : l’attente de PĂ©nĂ©lope (FaurĂ© concentre son action sur la figure fĂ©minine au point que le personnage de TĂ©lĂ©maque a disparu) dĂ©sire comprendre mais elle reste absente Ă  tout discernement, et demeure aveugle Ă  sa propre actualitĂ© (au point d’ailleurs dans l’opĂ©ra de ne pas reconnaĂźtre Ulysse qui est revenu
) : FaurĂ©, c’est PĂ©nĂ©lope qui ne voit pas venir le marxisme, la Guerre mondiale, ce gouffre terrible qui va surgir. La couronne de TĂ©lĂ©maque et d’Ulysse jetĂ©es dans une flaque d’eau : tel est le dĂ©fi de base proposĂ© par Olivier Py Ă  son responsable des dĂ©cors, Pierre-AndrĂ© Weitz. Il en dĂ©coule un dispositif scĂ©nique continĂ»ment mobile, composĂ© de plateaux tournants, posĂ©s sur une Ă©tendue d’eau… qui fait vaciller l’ensemble du dĂ©cor et de la machinerie : c’est un prodige d’ombres, de formes Ă©vanescentes qui trouble l’entendement du spectateur. De sorte que nous sommes exactement dans cette perte de la conscience qui a peu Ă  peu enseveli la raison de celle qui attend et s’est perdue. La dramaturgie est nourrie d’espĂ©rance déçue, d’attente, de pudeur trĂšs noble (pas de place pour le burlesque et le comique ou l’ironie). Le cadre choisi est celui d’un Ă©ternel retour


HUNOLD catherine-hunold1Une autre voix pour la gĂ©nĂ©rale… DerniĂšre minute : c’est Catherine Hunold (photo ci-contre), sublime diseuse et voix ample et timbrĂ©e qui a assurĂ© finalement le rĂŽle de PĂ©nĂ©lope pour la GĂ©nĂ©rale : la diva française a confirmĂ© ainsi ses affinitĂ©s avec le rĂ©citatif faurĂ©en, subtile prosodie entre chant et parole… Elle poursuit une sĂ©rie de prise de rĂŽles de plus en plus convaincants : BĂ©rĂ©nice Ă  Tours (recrĂ©ation saluĂ©e par CLASSIQUENEWS), et derniĂšrement au disque, SĂ©mĂ©lĂ©, cantate pour le prix de Rome de Paul Dukas prĂ©sentĂ©e malheureusement en 1889 : un coup de gĂ©nie bien peu reconnu par l’Institution.Il existe seulement deux enregistrements : l’un en live par Ingelbrecht  avec RĂ©gine Crespin (1956), l’autre en studio par Charles Dutoit avec Jessye Norman (1980). 

 

 

 

boutonreservationPĂ©nĂ©lope de FaurĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Strasbourg
7 représentations à ne pas manquer
Les 23, 27, 29, 31 octobre puis 3 novembre 2015.
A Mulhouse (La Filature), les 20 puis 22 novembre 2015

Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scĂšne: Olivier Py
Décors et costumes: Pierre-André Weitz
LumiĂšres: Bertrand Killy

 

Pénélope: Anna Caterina Antonacci
Ulysse: Marc Laho
EuryclĂ©e: Élodie MĂ©chain
Cléone: Sarah Laulan
MĂ©lantho: Kristina Bitenc
Phylo: RocĂ­o PĂ©rez
Lydie: Francesca Sorteni
Alcandre: Lamia Beuque
Eumée: Jean-Philippe Lafont
Eurymaque: Edwin Crossley-Mercer
AntinoĂŒs: Martial Defontaine
LĂ©odĂšs: Mark Van Arsdale
Ctésippe: Arnaud Richard
Pisandre: Camille Tresmontant

ChƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin
MaĂźtrise de l’OpĂ©ra national du Rhin – Petits chanteurs de Strasbourg
Orchestre symphonique de Mulhouse
Éditions Heugel

LIRE aussi notre compte rendu du cd  HélÚne de Camille Saint-Saëns (1904) / entretien avec Guillaume Tourniaire

 

 

 

REPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (4,6,8 avril 2014)

BĂ©rĂ©nice de Magnard (1909) ressuscite Ă  l'OpĂ©ra de ToursREPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Jean-Yves Ossonce engage toutes les forces vives de l’OpĂ©ra de Tours pour offrir une nouvelle production de l’opĂ©ra oubliĂ© d’AlbĂ©ric Magnard, BĂ©rĂ©nice, composĂ© en 1909, crĂ©Ă© en 1911 Ă  l’OpĂ©ra Comique. WagnĂ©rien et pourtant d’une inventivitĂ© inĂ©dite, puissante et originale, Magnard renouvelle la figure antique traitĂ©e avant lui par Racine et Corneille : le compositeur rĂ©ussit le portrait du couple amoureux que la politique dĂ©fait malgrĂ© eux. C’est pourtant leur profondeur morale et Ă©motionnelle qui intĂ©resse Magnard : son opĂ©ra est une Ă©pure dramatique et psychologique, conçu comme un huit clos thĂ©Ăątral, qui atteint au sublime Ă  l’Ă©gal des tragĂ©dies raciniennes mais dĂ©sormais enrichi et comme rĂ©chauffĂ© par le flamboiement raffinĂ© de l’orchestre. Grand Reportage vidĂ©o avec Catherine Hunold (BĂ©rĂ©nice), Jean-SĂ©bastien Bou (Titus), Jean-Yves Ossonce (directeur musical de l’OpĂ©ra de Tour), Alain Garichot (mise en scĂšne)…. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2014

CLIP vidĂ©o. BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145CLIP vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  Tours. RecrĂ©ation majeure Ă  l’OpĂ©ra de Tours : la nouvelle production de l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard (1911) crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement les 4,6 et 8 avril 2014. D’une grandeur humaine raffinĂ©e, ciselĂ©e comme une Ă©pure tragique, l’Ă©criture de Magnard assimile et Wagner et Massenet avec une sensibilitĂ© instrumentale et une vitalitĂ© rythmique, originales, souvent inouĂŻes. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce, dĂ©taillĂ©, dramatique, rĂ©unit un plateau idĂ©al : Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou, dans les rĂŽles principaux : BĂ©rĂ©nice et Titus, offrant aux figures antiques, une intensitĂ© poĂ©tique trĂšs convaincante.

Ayant perdu sa mĂšre alors qu’il n’avait que 4 ans, Magnard peint dans le portrait de BĂ©rĂ©nice, une figure de femme admirable, mesurĂ©e, loyale, d’une intĂ©gritĂ© morale exemplaire qui laisse la place peu Ă  peu au renoncement ultime aprĂšs avoir Ă©tĂ© passionnĂ©ment amoureuse. Saisi par Tristan und Isolde de Wagner, dĂ©couvert Ă  Bayreuth en 1886, Magnard se destine Ă  la musique, devenant l’Ă©lĂšve de Dubois, le proche de Ropartz. La pulsation rythmique rappelle Roussel, les raffinements harmoniques, Dubois ; et le caractĂšre langoureux extatique, le Wagner de Tristan et de la Walkyrie. BĂ©rĂ©nice est une Isolde française, un hommage personnel et puissamment original Ă  l’Ɠuvre wagnĂ©rienne.

Nouvelle production événement. CLIP vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM

Lire notre compte rendu critique de BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours avec Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 4 avril 2014. Albéric Magnard : Bérénice. Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou, Nona Javakhidze, Antoine Garcin. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Alain Garichot, mise en scÚne

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145Pour le centenaire de la disparition d’AlbĂ©ric Magnard, l’OpĂ©ra de Tours a eu le nez fin en programmant pour trois soirĂ©es sa rare BĂ©rĂ©nice (4,6, 8 avril 2014), ces reprĂ©sentations n’étant que les secondes depuis la crĂ©ation de l’Ɠuvre en dĂ©cembre 1911. En 2001, l’OpĂ©ra de Marseille avait osĂ© redĂ©couvrir cette tragĂ©die lyrique aprĂšs la lettre, et puis plus rien.
Disciple de Jules Massenet, ThĂ©odore Dubois et Vincent d’Indy, Ă©chaudĂ© par l’échec de ses ouvrages lyriques prĂ©cĂ©dents, Yolande et GuercƓur, et peinant Ă  trouver un nouveau sujet pour la scĂšne, Magnard se voit suggĂ©rer en 1904 la figure de BĂ©rĂ©nice, qui finit par le hanter tout Ă  fait.
PlutĂŽt que mettre en musique les vers de Racine, geste qu’il considĂ©rait comme un affront au gĂ©nie de l’auteur, le compositeur dĂ©cide d’écrire son propre livret en s’inspirant de diverses sources, allant jusqu’à puiser dans une BĂ©rĂ©nice Ă©gyptienne. C’est ainsi que la reine de JudĂ©e se trouve rajeunie, que Titus ne monte sur le trĂŽne de son pĂšre dĂ©funt qu’au deuxiĂšme acte, et que BĂ©rĂ©nice achĂšve l’Ɠuvre en offrant sa chevelure, symbole de sa fĂ©minitĂ©, Ă  la dĂ©esse VĂ©nus, comme un renoncement Ă  ses charmes fermant ainsi pour toujours son cƓur Ă  l’amour.

Racine Ă  l’opĂ©ra

La partition s’ouvre par une introduction respirant le large et les embruns, rĂ©sumant Ă  elle seule les thĂšmes qui seront dĂ©veloppĂ©s durant le drame, servie par une Ă©criture qui rappelle irrĂ©sistiblement Berlioz et son Île inconnue.

 

 

BERENICE Opéra de Tours avril 2014 © François Berthon  6018

         

 

 

Par la suite, le langage utilisé par le compositeur est celui de la déclamation mélodique, couvrant un large ambitus mais toujours au service du texte, sous lequel se tisse une harmonie qui rappelle aussi bien Wagner que Debussy, et préfigurant par instants déjà Poulenc. Racine est bien entendu présent, par la majesté des personnages, en particulier le rÎle-titre, à la fierté impériale, alors que Titus ploie sous les doutes et les tourments. Un ouvrage qui se noue comme un dialogue, les répliques des autres personnages ne venant que conforter les deux protagonistes dans leurs choix et leurs résolutions.
La richesse de l’orchestration met en valeur le travail effectuĂ© par Jean-Yves Ossonce et son Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours, dĂ©bordant de la fosse jusqu’à occuper les loges supĂ©rieures de l’avant-scĂšne. La cohĂ©sion des musiciens se rĂ©vĂšle remarquable, sans faiblesse du dĂ©but Ă  la fin malgrĂ© la densitĂ© de l’écriture musicale et les difficultĂ©s qui en dĂ©coulent. Tout au plus pourrait-on souhaiter encore davantage de subtilitĂ© et de liquiditĂ© dans les accents des cordes, mais la performance de l’ensemble est Ă  saluer bien bas.
Invisibles, les chƓurs servent avec bonheur leurs parties, chansons calomniant BĂ©rĂ©nice autant que voix des marins manƓuvrant les rames du navire emportant la jeune femme loin de Rome.
Tenant les rĂȘnes de cette soirĂ©e, le chef confirme ses affinitĂ©s avec ce rĂ©pertoire, dont il souligne autant les filiations que les particularitĂ©s et qu’il sert avec un bonheur communicatif.
GrĂące Ă  douze annĂ©es passĂ©es Ă  la ComĂ©die Française, Alain Garichot connaĂźt bien ce sujet cĂ©lĂšbre entre tous, et sert son illustration lyrique avec un immense respect. Il imagine une scĂ©nographie dĂ©pouillĂ©e et intemporelle, offrant Ă  voir tantĂŽt une colonne dorique, tantĂŽt une statue, l’ouvrage culminant sur une proue de bateau couronnĂ© de sa voile, reprĂ©sentation simple et efficace du dĂ©part de BĂ©rĂ©nice sur les flots. Des images dont la majestĂ© conviennent admirablement Ă  l’Ɠuvre et qui permettent Ă  la musique de se dĂ©ployer pleinement.
La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, centrĂ©e sur les deux amants dĂ©chirĂ©s par le devoir. BĂ©rĂ©nice demeure toujours altiĂšre, mesurĂ©e dans ses mouvements, retenue jusque dans la colĂšre, les sentiments la dĂ©vorant de l’intĂ©rieur sans qu’elle laisse paraĂźtre son trouble autrement que par ses mots ; contrairement Ă  Titus qui ne cesse de se mouvoir, agitĂ© par son trouble, implorant, Ă  genoux, Ă©tendu aux pieds de sa maĂźtresse, sans parvenir Ă  trouver la paix. Une opposition saisissante, qui fait Ă©cho Ă  la partition, d’une grande justesse.
Entourant le couple central, les seconds rĂŽles remplissent parfaitement leur rĂŽle.
Nona Javakhidze incarne une Lia aussi bien maternelle que sĂ©vĂšre, faisant admirer son beau mezzo rond et ample, mais que davantage de luminositĂ© aurait aidĂ© Ă  servir ce rĂ©pertoire dans toute sa clartĂ©. Mucien au cƓur sec, Antoine Garcin met Ă  profit la profondeur de sa voix de basse pour incarner le devoir, rude et inflexible.
L’ouvrage trouvant sa palpitation au cƓur de la passion qui anime les deux amants, il fallait trouver deux interprĂštes Ă  mĂȘme de rendre justice Ă  cette musique. Aussi dissemblables que complĂ©mentaires, Jean-SĂ©bastien Bou et Catherine Hunold dĂ©livrent une prestation d’une qualitĂ© exceptionnelle.
Lui confirme la place qu’il occupe actuellement dans le paysage lyrique français, grĂące Ă  sa voix de baryton claire et puissante, jamais grossie mais toujours percutante, Ă  l’aise dans l’aigu, ciselant son texte avec la prĂ©cision de ses grands aĂźnĂ©s. Il se donne tout entier dans ce Titus torturĂ© par le devoir, abhorrant le pouvoir avant d’avoir rĂ©gnĂ©, d’une grande vĂ©ritĂ© dramatique dans sa vulnĂ©rabilitĂ©.
Elle dĂ©montre une fois encore qu’elle est bien ce soprano dramatique Ă  la française qu’il nous manquait depuis longtemps. L’instrument se dĂ©ploie peu Ă  peu, paraissant grandir au fur et Ă  mesure que le drame se joue, mais jamais au dĂ©triment des mots, Ă©noncĂ©s Ă  fleur de lĂšvres. Si le bas-mĂ©dium et le grave surprennent par leur peu d’appui – sĂ©curitĂ© pour permettre au registre supĂ©rieur de durer tant en vaillance qu’en longĂ©vité ? – l’aigu Ă©clate, solide et puissant, d’un impact tĂ©tanisant. Parfois un rien tendu dans les sauts d’intervalles, il trouve sa plĂ©nitude dans les longues tenues lorsqu’il est prĂ©parĂ© et dĂ©tendu, ainsi que l’exigent les grandes voix. L’abandon devenant inĂ©luctable, la fureur s’apaise, laissant place Ă  d’ineffables nuances, faisant irradier un « je t’aimerai toujours » suspendu, comme arrĂȘtant le temps, Ă  la sincĂ©ritĂ© bouleversante.
DotĂ©e d’un port de reine et d’un magnĂ©tisme scĂ©nique Ă©vident, elle occupe le plateau par sa seule prĂ©sence, stature d’airain et noblesse jusque dans le sacrifice. Tant de qualitĂ©s qui nous font rĂȘver Ă  une Reine de Saba de Gounod et, dans un tout autre rĂ©pertoire, Ă  une Norma qui augure du meilleur.
Une redĂ©couverte majeure, un pari risquĂ© de la part de l’OpĂ©ra de Tours mais remportĂ© haut la main, qui rĂ©habilite l’originalitĂ© d’AlbĂ©ric Magnard. A quand GuercƓur ?

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 4 avril 2014. AlbĂ©ric Magnard : BĂ©rĂ©nice. Livret du compositeur d’aprĂšs Racine. Avec BĂ©rĂ©nice : Catherine Hunold ; Titus : Jean-SĂ©bastien Bou ; Lia : Nona Javakhidze ; Mucien : Antoine Garcin. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours et ChƓurs SupplĂ©mentaires ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Alain Garichot ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Claude Masson ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre

Illustrations : © François Berthon 2014