Compte-rendu, concert. Angers, Centre des CongrĂšs, le 19 mai 2016. Mozart,Wagner, Poulenc : La Voix humaine. Vourc’h, Dune, ONPL, Pascal RophĂ©

C’est un programme pour le moins Ă©clectique que dirige le chef français Pascal RophĂ© – Ă  la tĂȘte de l‘Orchestre National des Pays de la Loire qu’il dirige depuis 2014 – avec des Ɠuvres de Mozart, Wagner et Poulenc. D’abord donnĂ© Ă  la CitĂ© de Nantes, c’est au Centre des CongrĂšs d’Angers, Ă  l’acoustique trĂšs satisfaisante, que nous assistons Ă  ce concert donnĂ© en partenariat avec Angers Nantes OpĂ©ra. AprĂšs la mise en bouche que constitue le Divertimento pour cordes K. 136 de W. A. Mozart, jouĂ© avec un allant et une allĂ©gresse bienvenus, chef et orchestre s’attaquent Ă  l’ouvrage symphonique de Wagner intitulĂ© « Siegfried Idyll ». Ensemble, ils abordent cette page extraordinaire avec un souci tout chambriste, fuyant prudemment tout effet de masse, avec des phrasĂ©s chaleureux et sensuels, ainsi qu’un rubato trĂšs expressif. RophĂ© tire des sonoritĂ©s pleines et gĂ©nĂ©reuses de cordes particuliĂšrement moelleuses, qui forment un beau tapis dont Ă©mergent des bois saillants et des cors trĂšs inspirĂ©s.

vourc h soprano catherine dune compte rendu critique spectacle opera CLASSIQUENEWS Karen-Vourch-soprano_14Mais le « plat de rĂ©sistance » de la soirĂ©e est bien cette « Voix humaine » interprĂ©tĂ©e par la soprano française Karen Vourc’h. Le superbe monologue de Jean Cocteau, crĂ©Ă© Ă  la scĂšne par Berthe Bovy, puis mis en musique par Francis Poulenc et crĂ©Ă© par Denise Duval en 1959, impose Ă  son interprĂšte quarante-cinq minutes de lamento solo, Ă  mi-chemin entre la diction et le chant. C’est donc Ă  un exercice sans filet (puisque sans partenaire) que se mesure la cantatrice qui interprĂšte le rĂŽle de la Femme, pour lequel des dons de comĂ©dienne sont tout autant nĂ©cessaires que des qualitĂ©s de chanteuse. Karen Vourc’h se montre ici Ă  la hauteur de nos attentes, rĂ©alisant un trĂšs beau moment de thĂ©Ăątre. Au cours de la soirĂ©e, la chanteuse semble adapter une partition, somme toute mallĂ©able, Ă  sa propre sensibilitĂ©. La voix dĂ©ploie toute une gamme subtile de nuances (les plaintes Ă©pousent le cri de douleur sans jamais ĂȘtre hurlĂ©es, les confidences mezza voce s’avĂšrent d’une exquise suavitĂ©) et offre un chant parfaitement maĂźtrisĂ©. Si quelques mots se perdent dans les moments de douleur, l’émotion est, quant Ă  elle, constamment prĂ©sente, comme surgissant du plus profond d’elle-mĂȘme. La cantatrice campe trĂšs habilement son personnage : une femme sĂ©duisante, jetĂ©e au bord du gouffre par son amant, mais capable de masquer sa souffrance, de faire face avec Ă©lĂ©gance. Ni hystĂ©rie (il faut voir, dans ce registre, Anna Magnani se rouler par terre sous la camĂ©ra de Roberto Rossellini), ni miĂšvrerie (le texte de Cocteau accuse quand mĂȘme de sacrĂ©es rides). Cette femme « rompue » telle que Vourc’h nous la restitue appartient Ă  toutes les Ă©poques, Ă  toutes les douleurs, et symbolise toutes les sĂ©parations.

La soprano Ă©tant seule en scĂšne, il est normal que la rĂ©ussite de la soirĂ©e tienne avant tout de sa prĂ©sence et de son chant. Mais il convient de mentionner Ă©galement la mise en espace de Catherine Dune, qui fait Ă©voluer son hĂ©roĂŻne comme si elle marchait dans un rĂȘve, avec une vraie Ă©conomie de gestes. De son cĂŽtĂ©, Pascal RophĂ© sait trouver les couleurs nĂ©cessaires pour suggĂ©rer la dĂ©tresse insoutenable de la bouleversante partition de Poulenc. Une bien belle soirĂ©e !

Compte-rendu, concert. Angers, Centre des CongrĂšs, le 19 mai 2016. Wolgang Amadeus Mozart : Divertimento pour cordes K. 136 ; Richard Wagner : Siegrfried Idyll ; Francis Poulenc : La Voix humaine. Karen Vourc’h (soprano). Catherine Dune (mise en espace). Orchestre National des Pays de la Loire. Pascal RophĂ© (direction).

VIDEO, reportage : La Voix humaine de Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours

tours-la-voix-humaine-l-heure-espagnole-opera-de-tours-classiquenewsVIDEO, reportage : LA VOIX HUMAINE de Poulenc Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12,14 avril 2015. OpĂ©ra en un acte couplĂ© avec L’Heure espagnole de Ravel. Entretiens avec Catherine Dune (mise en scĂšne) et Anne-Sophie Duprels (Elle). Pas de tĂ©lĂ©phone sur la scĂšne tourangelle, mais une vaste lit criblĂ© de cordes barreaux, emprisonnant Elle, l’unique hĂ©roĂŻne de l’opĂ©ra de Poulenc. Elle exprime les vertiges, tourments et frustration du dĂ©sir fĂ©minin, c’est aussi un chant Ă  la portĂ©e universelle auquel Catherine Dune envisage contrairement Ă  d’autres mises en scĂšne, une fin en forme de libĂ©ration cathartique… Extraits de la production prĂ©sentĂ©e Ă  Tours sous la direction de Jean-Yves Ossonce. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

Voir aussi notre CLIP vidĂ©o de La Voix humaine et de l’Heure Espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 10,12 et 14 avril 2015