COMPTE-RENDU, opéra. Paris, Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Hanus / Tcherniakov.

Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 13 mai 2019. TchaĂŻkovski : Iolanta / Casse-Noisette. TomĂĄĆĄ Hanus / Dmitri Tcherniakov. On connait l’histoire : composĂ©s par TchaĂŻkovski pour ĂȘtre donnĂ©s en une seule et mĂȘme soirĂ©e, son ultime ballet Casse-Noisette et son dernier opĂ©ra Iolanta ont rapidement vu leurs trajectoires se sĂ©parer, et ce compte tenu des critiques plus favorables Ă©mises pour le ballet dĂšs la crĂ©ation en 1892. VoilĂ  trois ans (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier14-mars-2016-tchaikovski-iolanta-casse-noisette-sonia-yoncheva-dmitri-tcherniakov), l’OpĂ©ra de Paris a choisi de rĂ©unir les deux ouvrages pour la premiĂšre fois ici, ce qui permet dans le mĂȘme temps Ă  Iolanta de faire son entrĂ©e au rĂ©pertoire de la grande maison : un regain d’intĂ©rĂȘt confirmĂ© pour cet ouvrage concis (1h30 environ), souvent couplĂ© avec un autre du mĂȘme calibre (rĂ©cemment encore avec Mozart et Salieri Ă  Tours http://www.classiquenews.com/iolanta-a-lopera-de-tours/ ou avec Aleko Ă  Nantes http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-angers-nantes-opera-le-7-octobre-2018-aleko-iolanta-bolshoi-minsk/).

 
 
 

Iolanta / Marie
et la 
 METEORITE DE FIN DU MONDE

 
  

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ConfiĂ©e aux bons soins de l’imprĂ©visible trublion Dmitri Tcherniakov, la mise en scĂšne a la bonne idĂ©e de lier les deux ouvrages en donnant tout d’abord une lecture assez fidĂšle de Iolanta, dont l’action est transposĂ©e dans un intĂ©rieur bourgeois cossu typique des obsessions du metteur en scĂšne russe – observateur critique des moindres petitesses d’esprit des possĂ©dants, comme ont pu le constater les parisiens dĂšs 2008 (https://www.classiquenews.com/piotr-illyitch-tchakovski-eugne-onguine-mauvais-texte). La seule modification apportĂ©e au livret consiste Ă  ajouter d’emblĂ©e le personnage muet de Marie, qui obtient pour cadeau d’anniversaire la reprĂ©sentation scĂ©nique de Iolanta. DĂšs lors, on comprend trĂšs vite que la jeune fille sera le personnage principal du ballet Casse-Noisette, dont l’histoire a Ă©tĂ© entiĂšrement rĂ©Ă©crite par Tcherniakov pour prolonger le conte initiatique Ă  l’Ɠuvre dans Iolanta.

A la peur du monde adulte symbolisĂ©e par l’aveuglement de Iolanta succĂšde ainsi trois tableaux admirablement diffĂ©renciĂ©s, qui nous permettent de plonger au cƓur des craintes et dĂ©sirs de l’adolescente, entre fantasme onirique et rĂ©alitĂ© dĂ©formĂ©e. On se rĂ©gale des joutes mondaines qui dynamitent le dĂ©but de Casse-Noisette en un ballet virevoltant, tout en rendant hommage aux jeux bon enfant d’antan, le tout chorĂ©graphiĂ© par un Arthur Pita inspirĂ© : Ă  minuit passĂ©, la mĂȘme jeunesse dorĂ©e revient hanter Marie avec des mouvements saccadĂ©s inquiĂ©tants, avant qu’elle ne dĂ©couvre la mort de son cher VaudĂ©mont.

Tcherniakov mĂȘle avec finesse la crainte de la perte de l’ĂȘtre aimĂ©, l’expĂ©rience de la solitude dans une forĂȘt sinistre, puis la rĂ©vĂ©lation de la misĂšre humaine et de ses inĂ©galitĂ©s. Il revient cette fois Ă  Edouard Lock et Sidi Larbi Cherkaoui de chorĂ©graphier ces parties saisissantes de rĂ©alisme, qui s’enchainent Ă  un rythme sans temps mort. Faut-il expliquer le dĂ©lire de Marie par sa capacitĂ© Ă  pressentir la fin du monde proche ? C’est ce que semble suggĂ©rer la mĂ©tĂ©orite qui envahit tout l’écran en arriĂšre-scĂšne peu avant la fin, rappelant en cela le propos de l’excellent film Melancholia (2011) de Lars von Trier.

Au regard de cette richesse d’invention qui semble inĂ©puisable, qui peut encore douter du gĂ©nie de Tcherniakov ? On conclura en mentionnant la parfaite rĂ©alisation au niveau visuel qui donne un Ă©crin millimĂ©trĂ© aux protagonistes, et ce dans les diffĂ©rents univers dĂ©voilĂ©s. Si les deux danseurs principaux, Marine Ganio (Marie) et JĂ©rĂ©my-Loup Quer (VaudĂ©mont), brillent d’une grĂące vivement applaudie par le public en fin de reprĂ©sentation, le plateau vocal de Iolanta (entiĂšrement revu depuis 2016, Ă  l’exception des rĂŽles de Bertrand et Marthe) se montre d’un bon niveau, sans Ă©blouir pour autant. Le chant bien conduit et articulĂ© de Krzysztof Bączyk (RenĂ©) lui permet de s’épanouir dans un rĂŽle de caractĂšre, en phase avec ses qualitĂ©s dramatiques, tandis que la petite voix de Valentina Naforniƣă donne Ă  Iolanta la fragilitĂ© attendue pour son rĂŽle, le tout en une Ă©mission ronde et souple. Dmytro Popov (VaudĂ©mont) rencontre les mĂȘmes difficultĂ©s de projection, essentiellement dans le mĂ©dium, ce qui est d’autant plus regrettable que le timbre est sĂ©duisant dans toute la tessiture. Deux petits rĂŽles se distinguent admirablement par leur Ă©clat et leur ligne de chant d’une noblesse Ă©loquente, les superlatifs Robert d’Artur RuciƄski et Bertrand de Gennady Bezzubenkov.

Enfin, le geste Ă©quilibrĂ© de TomĂĄĆĄ Hanus, ancien Ă©lĂšve du regrettĂ© Jiƙi BělohlĂĄvek, n’en oublie jamais l’élan nĂ©cessaire Ă  la narration d’ensemble, tout en demandant Ă  ses pupitres des interventions bien diffĂ©renciĂ©es. On a lĂ  une direction solide et sĂ»re, trĂšs fidĂšle Ă  l’esprit des deux ouvrages. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris jusqu’au 24 mai 2019.

 
 
 
 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 13 mai 2019. TchaĂŻkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Iolanta : Krzysztof Bączyk (RenĂ©), Valentina Naforniƣă (Iolanta), Dmytro Popov (VaudĂ©mont), Artur RuciƄski (Robert), Johannes Martin KrĂ€nzle (Ibn Hakia), Vasily Efimov (AlmĂ©ric), Gennady Bezzubenkov (Bertrand), Elena Zaremba (Marthe), Adriana Gonzalez (Brigitte), Emanuela Pascu (Laure), Casse-Noisette : Marine Ganio (Marie), JĂ©rĂ©my-Loup Quer (VaudĂ©mont), Émilie Cozette (La MĂšre), Samuel Murez (Le PĂšre), Francesco Vantaggio (Drosselmeyer), Jean-Baptiste Chavignier (Robert), Jennifer Visocchi (La SƓur), Les Etoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris, ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Paris, MaĂźtrise des Hauts-de-Seine/ChƓur d’enfants de l’OpĂ©ra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des chƓurs), Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris, TomĂĄĆĄ Hanus, direction musicale / mise en scĂšne Dmitri Tcherniakov. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris jusqu’au 24 mai 2019. Photos : Julien Benhamou – OnP

DANSE. Opéra bastille, le 31 décembre 2018. Les Adieux de Karl Paquette, danseur étoile.

paquette-karl-danseur-etoile-opera-de-paris-adieux-de-karl-paquette-concert-critique-compte-rendu-sur-classiquenewsDANSE. OpĂ©ra bastille, le 31 dĂ©cembre 2018. Les Adieux de Karl Paquette, danseur Ă©toile. Le lundi 31 dĂ©cembre 2018 Ă  19h30 Ă  l’OpĂ©ra Bastille, le danseur Étoile Karl Paquette (42 ans) fait ses adieux sur la scĂšne de la maison parisienne dans le rĂŽle de l’Acteur-vedette dans le ballet Cendrillon (rĂŽle-titre tenu par Valentine Colasante ; chorĂ©graphie de Rudolf Noureev, musique de Prokofiev). Le danseur Ă©toile tire ainsi sa rĂ©vĂ©rence ce soir, aprĂšs avoir Ă©bloui le corps de ballet de l’OpĂ©ra de Paris depuis 32 ans, 25 ans comme « étoile » (il obitnet ce titre suprĂȘme Ă  l’issue de la reprĂ©sentation de Casse-Noisette / chorĂ©graphie de Rudolf Noureev, le 31 dĂ©cembre 2009. L’Acteur-vedette est l’un de ses rĂŽles fĂ©tiches, aux cĂŽtĂ©s de Iñigo (Paquita) / chorĂ©graphie de Pierre Lacotte ; DĂ©mĂ©trius et Bottom dans Le Songe d’une nuit d’étĂ© (John Neumeier) ; Abderam et Jean de Brienne dans Raymonda, Benvolio et RomĂ©o dans RomĂ©o et Juliette ; L’Esclave, L’Idole dorĂ©e et Solor dans La BayadĂšre ; Le Gitan et Basilio dans Don Quichotte ; Rothbart et Siegfried dans Le Lac des cygnes ; Drosselmeyer-Le Prince dans Casse-Noisette (Rudolf Noureev) ; Phoebus dans Notre-Dame de Paris ; Le FrĂšre de Marie dans Clavigo (Roland Petit) ; Afternoon of a Faun, le DeuxiĂšme homme dans The Cage, En Sol, In The Night (Jerome Robbins)
 L’éclectisme du rĂ©petoire dĂ©fendu, incarnĂ© par Karl Paquette souligne la diversitĂ© des genres et des styles portĂ©s par l’OpĂ©ra de Paris, mais aussi la facilitĂ© et l’inspiration que le danseur Ă©toile a su en dĂ©duire.

Karl Paquette a Ă©tĂ© formĂ© dans le studio de danse de Max Bozzoni oĂč il a cotoyĂ©, au moment oĂč la star des planches s’appelait Patrick Dupond : AgnĂšs Letestu, Nicolas Le Riche, AurĂ©lie Dupont
 avec ses derniers, la danseur a appris l’importance de la discipline et de la tĂ©nacitĂ©. Du plaisir aussi, malgrĂ© l’effort requis. Chez Bozzoni, Karl Paquette a prĂ©parĂ© puis rĂ©ussi l’examen d’entrĂ©e Ă  l’Ecole de danse de l’OpĂ©ra de Paris (1987). Il devait rejoindre le corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris Ă  17 ans (1994).

VISITER le site de l’OpĂ©ra Bastille / OpĂ©ra national de Paris, soirĂ©e des adieux de Karl Paquette / Cendrillon de Prokofiev / Noureev

https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/ballet/cendrillon

DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte)

CLIC D'OR macaron 200DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte). Coffret Ă©vĂ©nement qui complĂšte l’offre Ă©galement en dvd rĂ©capitulatif Ă©ditĂ© ce NoĂ«l par BelAirclassiques et dĂ©diĂ© Ă  l’école russe du Bolshoï
 Quoiqu’on en dise, Tchaikovski aura permi aux chorĂ©graphes et danseurs internationaux de perfectionner leur art, qu’il s’agisse de l’acrobatie virtuose et un rien froide, ou de l’élĂ©gance racĂ©e sublimement incarnĂ©e
 Voici 3 ballets qui restent 
 inaltĂ©rables.

ROYAL BALLET tchaikovsky the ballets 3 dvd set sleeping beauty ntucracker swan lake annonce critique dvd review classiquenews decembre cadeau de NOEL 2018Parlons d’abord du LAC DES CYGNES / Swan Lake version Osipova / Golding / Gruzin. EnregistrĂ© en mars 2015 au Royal Opera House, Covent Garden, et retransmise dans les cinĂ©mas du monde entier, le ballet fĂ©erique de Piotr Illiytch rĂ©unit deux tĂȘtes d’affiche du Royal Ballet, l’étoile russe Natalia Osipova (originaire du Bolshoi) et le canadien, Matthew Golding, nouveau duo pour ce lac attendu. La conception d’Anthony Dowell, qui date de 1987, s’inspire de l’originale de 1895 (Petipa / Ivanov), souhaite aussi rĂ©actualiser le propos en incluant des inserts venus de diffĂ©rents chorĂ©graphes plus contemporains, emblĂ©matiques Ă  Londres : en particulier Frederick Ashton. Sans omettre des citations de l’époque de Tchaikovski. Il en rĂ©sulte un mĂ©lange parfois confus, qui affecte le trĂšs haut niveau du Corps de Ballet londonien, pourtant au meilleur de sa forme, autant dans la rĂ©alisation synchronisĂ©e des ensembles, que dans le soutien au solos virtuoses (superbe Rothbart de Gary Avis). Technicienne, Natalia Osipova n’est pas une actrice affĂ»tĂ©e, ce qui altĂšre son double emploi : Odette, le cygne blanc, et Odile, le cygne noir. Expressive en Odette, elle manque de relief et de profondeur, mais aussi de prĂ©cision dans la noirceur d’Odile. RacĂ© certes mais uniforme dans sa posture disciplinaire, Matthew Golding fait finalement un prince Siegfried plus hautain qu’humain, ce qui nuit Ă  la finesse Ă©motionnelle de ses duos avec Odile / Odette. Evidemment, l’ampleur de ses portĂ©s est magistrale. LĂ  encore, une approche mĂ©canique, virtuose
 mais froide et distanciĂ©e qui ignore totalement l’empathie et la connexion avec sa partenaire. Dans la fosse, Boris Gruzin fait feu de tout bois, rĂ©alisant de la matiĂšre et soie tchaikovskienne, un scintillement orchestral continu. Trop technique et glaçante, la lecture ne dĂ©trĂŽne pas l’excellent duo Svetlana Zakharova / Roberto Bolle Ă  Milan en 2004
 Oui on nous dira nostalgie, nosltalgie, et « goood old times »  mais quand mĂȘme.

LA BELLE AU BOIS DORMANT version Nuñez, Muntagirov. Tout autre est la conception, elle aussi éclectique mais mieux assemblée et conçue de Monica Mason et Christopher Newton : à partir de la chorégraphie de Marius Petipa, ils conservent les ajouts signés Ashton, Wheeldon, Dowell, tout en redessinant la volupté onirique du conte originel français (Perrault)
grĂące aux costumes et dĂ©cors signĂ©s par Olivier Messel. Il en rĂ©sulte une lecture Ă  la fois majestueuse et trĂšs fine sur le plan de la caractĂ©risation psychologique des personnages. On prĂ©fĂšre souvent grossir et Ă©paissir le ballet de Tchaikovski en faisant ronfler les rĂ©fĂ©rences Ă  la solennitĂ© Grand SiĂšcle, au risque d’écarter tout ce qui relĂšve du drame : rien de tel ici. Car rayonne en un trio irrĂ©sistible trois danseurs-acteurs prodigieux littĂ©ralement : Marianela Nunez (Princesse Aurora, Ă  la fois proche et Ă©nigmatique), Kristen McNally (sidĂ©rante Carabosse par laquelle surgit la catastrophe et l’emprise des tĂ©nĂšbres, mais avec quelle Ă©conomie gestuelle : sa pantomime est du trĂšs grand art), enfin le Prince de Vladimir Muntagirov trouve le ton juste et la balance parfaite entre puissance athlĂ©tique et prĂ©sence affĂ»tĂ©e, sans omettre une excellente interaction avec ses partenaires, dans toutes les situations. VoilĂ  qui nous change du « rien que technique et virtuositĂ© solistique » du Lac des cygnes prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©. Le geste souple et habitĂ© de Koen Kessels rend service Ă  une partition colorĂ©e et raffinĂ©e dont il sait retirer toute boursouflure. Magistral.

casse-noisette_royal-ballet_4CASSE NOISETTE, 2016 : les 90 ans de Peter Wright. Le Royal Ballet fĂȘte ainsi les 90 ans du metteur en scĂšne et producteur Peter Wright, dans l’une de ses rĂ©alisations les plus emblĂ©matiques (et applaudies). CrĂ©Ă©e en 1984, la conception enchante en respectant l’empire du rĂȘve qui montre comment le magicien Drosselmeyer emmĂšne la jeune Clara jusqu’au monde enneigĂ© de la FĂ©e DragĂ©e, et au royaume des bonbons. Les aventures qui s’en suivent saisissent par leurs pĂ©ripĂ©ties contrastĂ©es voire martiales : le casse-noisette Hans-Peter se transforme en prince
 Mais Wright offre Ă  partir de la nouvelle onirique d’Hoffmann (Casse noisette et le roi des souris, 1816), une rĂ©flexion trĂšs fine de la magie de NoĂ«l, sachant et questionner le sens de la fĂ©erie et l’expĂ©rience morale qu’en tirent les jeunes protagonistes. Saluons l’excellent Gary AVIS, magicien dĂ©miurge, d’une prĂ©sence convaincante, entre autoritĂ© et mystĂšre. Il accompagne Clara dans son rite qui est aussi l’issue heureuse d’un envoĂ»tement diabolique, car son neveu Hans-Peter a Ă©tĂ© transformĂ© par le roi des souris, en casse-noisette, or seul l’amour d’une jeune fille pourra l’en libĂ©rer.
casse-noisette_royal-ballet_3Au premier acte, confrontĂ©e Ă  un immense sapin (qui ne cesse de grandir Ă  mesure que le songe devient rĂ©el), Clara rayonne par son angĂ©lisme jamais miĂšvre (trĂšs juste Francesca Hayward). Le Casse-noisette devient prince (seyant et habile Federico Bonelli)
 Au pays de la FĂ©e DragĂ©e, les danses de caractĂšres se succĂšdent avec variĂ©tĂ© et virtuositĂ©. Jusqu’au suprĂȘme pas de deux de la FĂ©e DragĂ©e, auquel l’étoile Lauren Cuthbertson rĂ©serve son Ă©lĂ©gance mĂ»re d’une sublime souplesse : face Ă  la Clara attendrie et naĂŻve de Hayward, Cuthbertson Ă©blouit par sa grĂące adulte. Le charme de la production, dĂ©fendu par des solistes de premier plan, semble atemporel. IrrĂ©sistible.

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DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte).

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Palais Garnier, le 14 mars 2016.TchaĂŻkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Sonia Yoncheva… Dmitri Tcherniakov

SoirĂ©e de choc trĂšs attendue Ă  l’OpĂ©ra National de Paris ! AprĂšs une premiĂšre avortĂ©e Ă  cause des mouvements syndicaux, nous sommes au Palais Garnier pour Iolanta et Casse-Noisette de TchaĂŻkovski, sous le prisme unificateur (ma non troppo), du metteur en scĂšne russe Dmitri Tcherniakov lequel a eu la tĂąche d’assurer la direction non seulement de l’opĂ©ra mais aussi du ballet. Une occasion rare de voir aussi 3 chorĂ©graphes contemporains s’attaquer Ă  l’un des ballets les plus cĂ©lĂšbres du rĂ©pertoire. Le tout dans la mĂȘme soirĂ©e, avec la direction musicale d’un Alain Altinoglu plutĂŽt sage et la prĂ©sence inoubliable de la soprano Sonia Yoncheva dans le rĂŽle-titre. Une proposition d’une grande originalitĂ© avec beaucoup d’aspects remarquables, pourtant non sans dĂ©faut.

 iolanta casse noisette iolantha opera de paris

 

 

 

Iolanta, hymne Ă  la vie

yoncheva_sonya_recital_parisSonia Yoncheva est annoncĂ©e souffrante avant le dĂ©but de la reprĂ©sentation et tout le Palais Garnier soupire en consĂ©quence. Or, surprise, la cantatrice bulgare dĂ©cide quand mĂȘme d’assurer la prestation… pour notre plus grand bonheur ! Iolanta est le dernier opĂ©ra de Tchaikovsky et il raconte l’histoire de Iolanta, princesse aveugle qui regagne la vue par l’amour, histoire tirĂ©e de la piĂšce du danois Henrik Hertz « La fille du Roi RenĂ© ». Ici, le Roi RenĂ© occulte la cĂ©citĂ© de sa fille pour lui Ă©viter toute souffrance. Elle vit dans un monde aseptisĂ© mais soupçonne qu’on lui cache quelque chose. Elle a un certain malheur mais elle ne sait pas ce que c’est. C’est sa rencontre avec VaudĂ©mont, ami de Robert de Bourgogne Ă  qui elle est promise dĂšs sa naissance, qui crĂ©e en elle le dĂ©sir de regagner la vue ; elle y arrive. Une histoire simple mais d’une beautĂ© bouleversante, et ce dans plusieurs strates.

Nous sommes rapidement Ă©mus par la beautĂ© de la musique de Tchaikovsky, dĂšs la premiĂšre scĂšne introductrice, et jusqu’Ă  la fin de l’opĂ©ra. Ici le maĂźtre russe montre la plus belle synthĂšse de charme charnel, et sensoriel, et de profondeur philosophique et spirituelle. L’Ɠuvre commence par un arioso de Iolanta suivi des choeurs dĂ©licieux Ă  l’effet immĂ©diat. Sonia Yoncheva, mĂȘme souffrante, se rĂ©vĂšle superlative dans ce rĂ©pertoire et nous sommes complĂštement sĂ©duits par son chant rayonnant et glorieux (de quoi souffrait-elle ce soir-lĂ , nous nous le demandons). Son arioso initial qui sert de prĂ©sentation a une force dramatique et poĂ©tique qu’il nous sera difficile d’oublier. Le rĂŽle souvent incompris de VaudĂ©mont est interprĂ©tĂ© par le tĂ©nor Arnold Rutkowski brillamment mais avec un certain recul (il s’agĂźt de ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra National de Paris). Au niveau vocal et dramatique il est excellent, et nous sommes de l’avis que l’apparente rĂ©serve du personnage est voulue par les crĂ©ateurs, les frĂšres TchaĂŻkovski (Modest en a Ă©crit le livret). Ce rĂŽle est dans ce sens une vrai opportunitĂ© pour les tĂ©nors de se dĂ©barrasser du clichĂ© du hĂ©ros passionnĂ©ment musclĂ© et souvent sottement hyper-sexuĂ©. Curieusement, nous sommes tout autant sensibles au charme viril du jeune baryton Andrei Jilihovschi faisant Ă©galement ses dĂ©buts Ă  l’opĂ©ra dans le rĂŽle de Robert de Bourgogne. Il est tout panache et rayonne d’un je ne sais quoi de juvĂ©nile qui sied bien au personnage. Si la musique d’Ibn Hakia, le mĂ©decin maure interprĂ©tĂ© par Vito Priante est dĂ©licieusement orientalisĂ©e, sa performance paraĂźtrait aussi, bien que solide, quelque peu effacĂ©e. Le Roi RenĂ© de la basse Alexander Tsymbalyk a une voix large et pĂ©nĂ©trante, et se montre complĂštement investi dans la mise en scĂšne. S’il demeure peut-ĂȘtre trop beau et trop jeune pour ĂȘtre le vieux Roi, il campe une performance musicale sans dĂ©faut. Remarquons Ă©galement les choeurs, des plus rĂ©ussis dans toute l’histoire de la musique russe !

Casse-Noisette 2016 ou fracasse-cerneaux, protéiforme et hasardeux

Si la lecture de Tcherniakov pour Iolanta, dans un salon (lieu unique) issu de l’imaginaire tchekhovien, est d’une grande efficacitĂ©, l’idĂ©e d’intĂ©grer Casse-Noisette dans l’histoire de Iolante (ou vice-versa), nous laisse mitigĂ©s. Il paraĂźtrait que Tcherniakov s’est donnĂ© le dĂ©fit de faire une soirĂ©e cohĂ©rente dramatiquement, en faisant de l’opĂ©ra partie du ballet. C’est-Ă -dire, Ă  la fin de Iolanta, les dĂ©cors s’Ă©largissent et nous apprenons qu’il s’agissait d’une reprĂ©sentation de Iolanta pour Marie, protagoniste du Casse-Noisette. Si les beaucoup trop nombreuses coutures d’un tel essai sont de surcroĂźt Ă©videntes, elles ne sont pas insupportables. Dans ce sens, fĂ©licitons l’effort du metteur en scĂšne.

Son Casse-Noisette rejette ouvertement Petipa, E.T.A Hoffmann, Dumas, et mĂȘme TchaĂŻkovski diront certains. Il s’agĂźt d’une histoire quelque peu tirĂ© des cheveux, oĂč Marie cĂ©lĂšbre son anniversaire avec sa famille et invitĂ©s, et aprĂšs avoir « regardĂ© » Iolanta, ils s’Ă©clatent dans une « stupid dance » signĂ© Arthur Pita, oĂč nous pouvons voir les fantastiques danseurs du Ballet carrĂ©ment s’Ă©clater sur scĂšne avec les mouvements les plus drolatiques, populaires et insensĂ©s, elle tombe amoureuse de VaudĂ©mont (oui oui, le VaudĂ©mont de l’opĂ©ra qui est tout sauf passionnĂ© et qui finit amoureux de Iolanta, cherchez l’incongruitĂ©). Mais puisque l’amour c’est mal, devant un baiser passionnĂ© de couple, les gens deviennent trĂšs violents, autant que la belle maison tchekhovienne tombe en ruines. On ne sait pas si c’est un tremblement de terre ou plutĂŽt la modestie des bases intellectuelles de cette conception qui fait que tout s’Ă©croule. Ensuite nous avons droit Ă  l’hiver sibĂ©rien et des sdf dansant sur la neige et les dĂ©gĂąts, puis il y a tout un brouhaha multimedia impressionnant et complĂštement inintĂ©ressant, mĂ©langeant cauchemar, hallucination, fantasme, caricature, grotesque, etc. Heureusement qu’il y a TchaĂŻkovski dans tout ça, et que les interprĂštes se donnent Ă  fond. C’est grĂące Ă  eux que le jeu se maintient mais tout est d’une fragilitĂ© qui touche l’ennui tellement la proposition rejette toute rĂ©fĂ©rence Ă  la beautĂ© des ballets classiques et romantiques.

Enfin, parlons des danses et des danseurs. AprĂšs l’introduction signĂ©e Arthur Pita, faisant aussi ses dĂ©buts dans la maison en tant que chorĂ©graphe invitĂ©, vient la chorĂ©graphie d’un Edouard Lock dont nous remarquons l’inspiration stylistique Modern Danse, Ă  la Cunningham, avec un peu de la Bausch des dĂ©buts. L’effet est plutĂŽt Ă©trange, mais il demeure trĂšs intĂ©ressant de voir nos danseurs parisiens faire des mouvements gĂ©omĂ©triques saccadĂ©s et rĂ©pĂ©titifs Ă  un rythme endiablĂ©, sur la musique romantique de TchaĂŻkovski. Il signe Ă©galement les divertissements nationaux toujours dans le mĂȘme style pseudo-Cunningham. Si les danseurs y excellent, et se montrent tout Ă  fait investis et sĂ©rieux malgrĂ© tout, la danse en elle mĂȘme Ă  un vrai effet de remplissage, elle n’est ni abstraite ni narrative, et Ă  la diffĂ©rence des versions classiques ou romantiques, le beau est loin d’ĂȘtre une prĂ©occupation. Autant prĂ©senter les chefs-d’oeuvres abstraits de Merce Cunningham, non ?

La Valse des Fleurs et le Pas de deux final, signĂ©s Cherkaoui, sauvent l’affaire en ce qui concerne la poĂ©sie et la beautĂ©. La Valse des fleurs consiste dans le couple de Marie et VaudĂ©mont dansant la valse (la chorĂ©graphie est trĂšs simple, remarquons), mais elle se rĂ©vĂšle ĂȘtre une valse des Ăąges avec des sosies du couple s’intĂ©grant Ă  la valse, de façon croissante au niveau temporaire, finissant donc avec les sosies aux Ăąges de 80 ans. Dramatiquement ça a un effet, heureusement. Le Pas de deux final est sans doute le moment aux mouvements les plus beaux. StĂ©phane Bullion, Etoile et Marion Barbeu, Sujet, offrent une prestation sans dĂ©faut. Alice Renavand, Etoile, dans le rĂŽle de La MĂšre se montre particuliĂšrement impressionnante par son investissement et son sĂ©rieux, et par la maĂźtrise de ses fouettĂ©s dĂ©licieusement exĂ©cutĂ©s en talons !!! A part le corps de ballet qui s’Ă©clate et s’amuse littĂ©ralement, nous voulons remarquer la performance rĂ©vĂ©latrice d’un Takeru Coste, Quadrille (!), que nous venons de dĂ©couvrir Ă  cette soirĂ©e et qui nous impressionne par son sens du rythme, son athlĂ©tisme, sa plastique… Il incarne parfaitement l’esprit du Robert de Bourgogne de l’opĂ©ra, avec une certaine candeur juvĂ©nile allĂ©chante.

L’Orchestre et les choeurs de l’opĂ©ra de Paris quant Ă  eux offrent une prestation de qualitĂ©, nous remarquons les morceaux Ă  l’orientale de l’opĂ©ra, parfaitement exĂ©cutĂ©s, comme les deux grands choeurs fabuleux oĂč tout l’art orchestrale de Tchaikovsky se dĂ©ploie.

Si le chef Alain Altinoglu paraĂźt un peu sage ce soir, insistant plus sur la limpiditĂ© que sur les contrastes, il explore les richesses de l’orchestre de la maison de façon satisfaisante. Un spectacle ambitieux qu’on conseille vivement de dĂ©couvrir, de par sa raretĂ©, certes, mais aussi parce qu’il offre beaucoup de choses qui pourront faire plaisir aux spectateurs… C’est l’occasion de dĂ©couvrir Iolanta, de se rĂ©galer dans une nuit « Tchaikovsky only », d’explorer diffĂ©rents types de danses modernes et contemporaines parfaitement interprĂ©tĂ©s par le fabuleux Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. DoublĂ© Iolanta et Casse-Noisette de Tcahikovski en 1 soirĂ©e au Palais Garnier Ă  Paris : encore Ă  l’affiche les 17, 19, 21, 23, 25, 26, 28 et 30 mars ainsi que le 1er avril 2016, avec plusieurs distributions.

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Palais Garnier. 14 mars 2016. P.E. TchaĂŻkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Sonia Yoncheva, Alexander Tsymbalyuk, Andrej Jilihovschi… Choeur, Orchestre et Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Dmitri Tcherniakov, conception, mise en scĂšne. Arthur Pita, Edouard Lock, Sidi Larbi Cherkaoui, chorĂ©graphes. Alain Altinoglu, direction musicale.

Compte rendu, danse. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 26 octobre 2014. Rudolf Noureev : Casse-Noisette. DorothĂ©e Gilbert, Mathieu Ganio, caroline Robert, Daniel Stokes
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. TchaĂŻkovsky, compositeur. Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris. Kevin Rhodes, direction musicale.

tchaikovski-583-597Le ballet des fĂȘtes de fin d’annĂ©e par excellence, le Casse-Noisette de Petipa/Ivanov et Tchaikovsky, revient sur la scĂšne de l’OpĂ©ra National de Paris dans la version ravissante et complexe de Rudolf Noureev, somptueusement habillĂ©e par le costumier et dĂ©corateur fĂ©tiche de l’ancien Directeur du Ballet de l’OpĂ©ra, Nicholas Geordiadis. La musique non moins somptueuse et profonde de Tchaikovsky est dirigĂ©e et interprĂ©tĂ©e par le chef Kevin Rhodes et l’Orchestre de l’OpĂ©ra, la MaĂźtrise des Hauts-de-Seine et le choeur d’enfants de l’OpĂ©ra. Un spectacle total qui compte avec la participation des nombreux Ă©lĂšves de l’Ecole de danse de l’Ă©tablissement. Une soirĂ©e extraordinaire nous attend.

Dans la chorégraphie de Rudolf Noureev,

Un Casse-Noisette luxueux, pour les grands et les petits

Rudolf Noureev (1938 – 1993), phĂ©nomĂšne de la danse au XXe siĂšcle, entreprend Ă  la fin de sa vie de faire rentrer au rĂ©pertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillĂ© en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous dĂ©lecter de la grandeur de ces ballets grĂące Ă  son hĂ©ritage. Le Casse-Noisette, dernier ballet de Tchaikovsky et l’un des derniers d’un Petipa vieillissant (il crĂ©era encore Raymonda notamment; dans Casse-Noisette la plupart des danses ont Ă©tĂ© chorĂ©graphiĂ©es par Lev Ivanov), reprĂ©sente un sommet de gaĂźtĂ© et de magie dans l’histoire de la danse.

InspirĂ© du conte d’E.T.A Hoffman « Casse-Noisette et le Roi des rats » l’histoire est un mĂ©lange de mĂ©lancolie fantastique et enfantine typique des dĂ©buts du romantisme allemand avec un aspect psychologique d’une hardiesse parfois troublante. La musique monumentale et bondissante de Tchaikovsky, Ă  la fois Ă©lĂ©gante, sauvage, exotique, mystĂ©rieuse, romantique, mais aussi nĂ©o-classique et pastorale, rĂ©gĂ©nĂšre brillamment les nuances de l’ouvrage original, trĂšs connu en Russie. Or, Petipa s’inspire Ă  son tour de l’adaptation du conte par Alexandre Dumas PĂšre, qui insiste sur l’aspect fantastique et scintillant de l’enfance idĂ©alisĂ©e. La collaboration s’avĂšre peu Ă©vidente, et au final la musique de Tchaikovsky l’emporte sur la danse.

Noureev, avec les moyens chorĂ©graphiques qui lui sont propres, propose un Casse-Noisette d’une modernitĂ© Ă©tonnante, trouvant un Ă©quilibre entre les deux aspects contrastants du ballet. Il enlĂšve les excĂšs Ă©dulcorĂ©s de l’histoire (mais pas toujours de la danse), qu’il transforme en composants narratifs aidant Ă  illustrer l’histoire qu’il veut raconter. Le conte par trop connu d’un soir de NoĂ«l, oĂč Clara/Marie reçoit en cadeau un casse-noisette, qu’elle rencontre ensuite en rĂȘve avec d’autres jouets qui s’animent et qui se battent contre des rats vilains, pour triompher finalement, et oĂč les rĂȘves deviennent rĂ©alitĂ© ; le canevas se transforme et change de ton dans l’optique de Noureev. Il se souci de libĂ©rer la trame des sucreries tout en gardant un aspect fantastique thĂ©Ăątral visuellement pĂ©tillant. Ici, la frontiĂšre est floue entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, et les deux relĂšvent parfois du cauchemar, explorant les peurs de la jeune fille qui devient femme. Nous trouvons donc une petite Clara, superbement interprĂ©tĂ©e par l’Etoile DorothĂ©e Gilbert, qui arrive pour la premiĂšre fois Ă  s’exprimer sur scĂšne au-delĂ  des limites unidimensionnels du livret de Petipa. Noureev prĂ©serve les danses iconiques de la FĂ©e DragĂ©e, personnage en l’occurrence supprimĂ©. Un bonheur d’expression, de rigueur, d’Ă©mancipation aussi pour toute danseuse !

De mĂȘme Drosselmeyer, l’oncle qui offre le casse-noisette Ă  Clara, est aussi le Casse-Noisette lui mĂȘme qui devient Prince dans le rĂȘve (le fantasme?) de la jeune femme. Mathieu Ganio, Etoile, assure le rĂŽle qui lui va trĂšs bien, comme tous les rĂŽles de Prince. Il a une Ă©lĂ©gance et une allure tout Ă  fait romantique Ă  laquelle le public ne peux jamais rester insensible. Avec Gilbert, il forme un couple Ă  la beautĂ© plastique et Ă  la virtuositĂ© indĂ©niable. Parfois trĂšs touchants, mĂȘme si en quelques moments fugaces ils ne paraissent pas trĂšs stables.

Le premier acte est le plus narratif, et nous avons le tendre plaisir de voir sur scĂšne toute une quantitĂ© d’Ă©lĂšves de l’Ă©cole de danse de l’opĂ©ra ! Ils sont les enfants qui jouent et dansent autour du sapin de NoĂ«l, mais ils sont aussi des soldats de plomb et des rats mĂ©chants qui se battent !!! Pour ceux qui critiquent Noureev d’avoir fait du ballet pour enfants, un spectacle trop adulte, voici la preuve de l’humour exaltant et bon enfant du russe, sa chorĂ©graphie pour ces enfants si joliment dĂ©guisĂ©s est un joyau d’action mignonne et drĂŽle ! Mais les talents du chorĂ©graphe et de la compagnie s’expriment partout dans les deux actes, le premier se terminant par un passage d’ensemble au Royaume des flocons de neige ensorcelant, inoubliable. Et au deuxiĂšme ?  Nous avons droit aux danses de caractĂšre si cĂ©lĂšbres, dansĂ©es avec beaucoup de panache, notamment le trio de Cyril Mitilian, Simon Valastro et Adrien Couvez dans la danse chinoise impressionnante ; surtout l’archi-cĂ©lĂšbre valse des fleurs, dans cette version une Ă©lĂ©gante valse dorĂ©e avec l’opulence aristocratique de l’Ă©poque de Marie-Antoinette.

Finalement fĂ©licitons Ă©galement la prestation des musiciens. L’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris sous la baguette de Rhodes a ce soir, une certaine lĂ©gĂšretĂ© qui s’accorde trĂšs bien aux scĂšnes comiques. En l’occurrence, lors de scĂšnes plus ambiguĂ«s ou dĂ©licates, cette lĂ©gĂšretĂ© aide le public Ă  ne pas trop se perdre dans les ombres psychanalytiques et psychologiques de la lecture de Noureev. Ainsi, le spectacle est l’occasion de vivre les bonheurs et surtout la grandeur totale de l’illustre maison. Tout est parfaitement soignĂ©, les Ă©quipes faisant preuve d’une complicitĂ© non seulement Ă©vidente mais, devant l’envergure de l’Ă©vĂ©nement, nĂ©cessaire. La danse classique la plus virtuose avec les meilleurs danseurs d’aujourd’hui (et de demain!), un cadeau inoubliable de NoĂ«l pour les petits et pour les grands. Un dĂ©licieux gĂąteau de fĂȘtes de fin d’annĂ©e Ă  consommer sans modĂ©ration ! A l’OpĂ©ra Bastille les 29 novembre et les 1er, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 16, 17, 19, 20, 22, 24, 25, 27, 29 dĂ©cembre 2014.

Casse-Noisette Ă  Baden Baden

Baden Baden Casse noisette - Mariinski ballet nussknacker-c-v-baranovsky-949x466Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25,26 dĂ©cembre 2014. Pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e, la station thermale qui est aussi une ville touristiquement Ă  la pointe offre une saison musicale Ă©tonnamment riche et prestigieuse comptant par exemple de nombreuses stars internationales invitĂ©es du Festpielhauss, la salle de concerts et d’opĂ©ras (en novembre et dĂ©cembre, le festival d’automne de Baden Baden invite HĂ©lĂšne Grimaud, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, Elina Garança, Simone Kermes et Vivica Genaux, le Philharmonique de Vienne, Pierre-Laurent Aimard, et donc plusieurs ballets dont  Raymonda, Le lac des cygnes et Casse-Noisette pour le temps de NoĂ«l, suivent un gamma de la danse le 27 dĂ©cembre et la gala de la Saint-Sylvestre le 31 dĂ©cembre, avec entre autres la soprano Angela Gheorghiu
 En dĂ©cembre partez Ă  Baden Baden, visiter la ville et ses services, sans manquez cette annĂ©es les 3 reprĂ©sentations du ballet de Tchaikovski Casse noisette, chef d’oeuvre chorĂ©graphique et symphonique du romantisme enflammĂ©, enivrant de Piotr Illyitch, une opportunitĂ© surtout pour y (re)dĂ©couvrir la grĂące collective du Ballet du ThĂ©Ăątre Mariinski, dĂ©tenteur depuis longtemps d’une maĂźtrise indiscutĂ©e dans ce rĂ©pertoire.

 

 

baden bande festspielhaus festival concerts operas Baden-Baden_0Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25 (18h), 26 14h, 20h) dĂ©cembre 2014. Spectacle familial idĂ©al pour NoĂ«l 2014. Billets de 40 Ă  130 euros. S’immerger dans les tableaux enchanteurs de Casse-noisette, dans la version du Ballet Mariinski de Saint-Petersbourg, qui historiquement a crĂ©Ă© le ballet, reste une expĂ©rience marquante pour toute la famille, en particulier les enfants, toujours saisi par le tableau de la premiĂšre scĂšne : la dĂ©coration du sapin de NoĂ«l par Clara et Fritz dans une ambiance idĂ©ale, celle d’une maison qui verse trĂšs vite dans la fĂ©erie dramatique et onirique


Vasily Vainonen, chorégraphie et livret
Simon Virsaladze, décors
Mariinsky-Ballett
Mariinsky Orchester

 

 

 

Prochain festival Ă  baden Baden … En mars 2015, le festival de PĂąques de Baden Baden invite le philharmonique de Berlin, Anna Prohaska, Bernard Haitink et Isabelle Faust
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piotr ilitch-Tchaikovsky-530-851Production dĂ©signĂ©e pour cĂ©lĂ©brer les fĂȘtes de NoĂ«l en famille, le ballet Casse-Noisette de Piotr Illiyitch TchaĂŻkovski (1840-1893) est son dernier ballet composĂ© entre 1891 et 1892. Il est crĂ©Ă© avec un succĂšs assez froid en dĂ©cembre 1892 au thĂ©Ăątre Mariinski de Saint Petersbourg sur la chorĂ©graphie de Lev Ivanov. Pourtant la magie de ses pas, les tableaux collectifs, surtout le beautĂ© enivrante de la musique en font toujours aujourd’hui le fleuron des ballets romantiques russes, et aussi, le sommet de l’inspiration chorĂ©graphique de TchaĂŻkovski : le compositeur y rĂ©ussit une immersion fĂ©erique dans le monde de l’enfance, n’hĂ©sitant pas Ă  oser une orchestration somptueusement scintillante (le cĂ©lesta dans le tableau de la Danse de la fĂ©e DragĂ©e). Le cĂ©lesta est d’ailleurs souvent assimilĂ© au personnage clĂ© de Clara.

Au pays des rĂȘves


Acte I. L’intrigue, inspirĂ© du livret d’Ivan Vsevolojski et Marius Petipa s’inspire de l’adaptation qu’a fait Alexandre Dumas d’un conte d’ETA Hoffmann : Casse-noisette et le roi des souris. Il met d’abord en avant une fĂȘte de NoĂ«l qui place les enfants (Clara, son frĂšre Fritz) au devant de la scĂšne dans une sĂ©rie de divertissements rĂ©glĂ©s par l’oncle Drosselmeyer (oĂč paraissent des parents en Incroyables, des jouets – poupĂ©es et soldats-, grandeur nature aux gestes saccadĂ©s
) : la magie voisine dĂ©jĂ  avec le cauchemar et l’inspiration verse souvent dans le fantastique, propre Ă  l’univers d’ETA Hoffmann ; Clara reçoit enfin son cadeau de NoĂ«l, un casse-noisette. Mais jaloux, Fritz brise le jouet de sa soeur
 Les enfants vont se coucher et le silence rĂšgne dans la maison. Comme dans Le Lac des cygnes, Casse-noisette exprime le passage de l’enfance Ă  l’adolescence : une prise de conscience de la fĂ©erie Ă  la rĂ©alitĂ© par l’expĂ©rience du mal et des Ă©preuves Ă  surmonter (les forces hostiles du Roi et de la Reine des souris
).

Clara revient dans le salon, inquiĂšte du sort de son jouet fĂ©tiche. Un enchantement se rĂ©alise et pendant la nuit, au pied du sapin, les jouets s’animent, Casse-noisette devient un jeune homme conquĂ©rant
 un prince idĂ©al. Il dĂ©fend Clara contre le roi des souris, le tue grĂące Ă  la complicitĂ© de la jeune fille : l’on comprend alors que Hans-Peter a Ă©tĂ© l’objet d’un sortilĂšge jetĂ© par le roi des souris, il a Ă©tĂ© changĂ© en casse-noisette malgrĂ© lui. GrĂące au truchement du divertissement imaginĂ© par l’oncle dĂ©miurge Drosselmeyer, grĂące Ă  la volontĂ© de Clara, le jeune homme a retrouvĂ© figure humaine. Clara et hans-Peter peuvent Ă  prĂ©sent quitter la maison et voyager : d’abord au pays des neiges, tableau enchanteur qui clĂŽt le premier acte.

Acte II. Hans-Peter emmĂšne ensuite Clara au pays des rĂȘves enfin au pays de Confiturembourg, palais des dĂ©lices ; puis, Drosselmeyer les introduit auprĂšs de la FĂ©e DragĂ©e et du Prince Orgeat. Hans-Peter raconte Ă  tous comment il a combattu le roi des souris et comment Clara l’a aidĂ© dans cette bataille
 La FĂ©e DragĂ©e sert un repas somptueux et raffinĂ© puis un nouveau spectacle se rĂ©alise. C’est dans l’esprit des divertissements baroques (opĂ©ras de Campra et de Rameau), une nouvelle sĂ©rie de danses collectives aux caractĂšres divers et contrastĂ©s : danses espagnole (chocolat), arabe (cafĂ©),  chinoise (thĂ©), le TrĂ©pak, danse russe frĂ©nĂ©tique 
 ; la partition regorge de sĂ©quences mĂ©lodieusement inoubliables servies chacune par une orchestration Ă  la fois puissante et trĂšs caractĂ©risĂ©e, rĂ©vĂ©lant le gĂ©nie de Tchaikovski dans l’instrumentation : danse des mirlitons (3 flĂ»tes, cor anglais et cuivres), valse des fleurs (cors), le point conclusif palpitant et entraĂźnant de l’oeuvre, qui intĂšgre aussi un pas de deux entre la FĂ©e DragĂ©e et le prince Orgeat. RĂȘve d’une petite fille ou libĂ©ration du jeune Hans Peter, le livret peut ĂȘtre lu en diffĂ©rentes lectures. C’est une rĂȘverie puissante et souvent irrĂ©sistible oĂč Tchaikovski retrouve l’innocence de l’enfance en lui donnant un cycle de mĂ©lodies inĂ©galĂ©es.