COMPTE-RENDU, opéra. Paris, Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Hanus / Tcherniakov.

Compte-rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Tomáš Hanus / Dmitri Tcherniakov. On connait l’histoire : composés par Tchaïkovski pour être donnés en une seule et même soirée, son ultime ballet Casse-Noisette et son dernier opéra Iolanta ont rapidement vu leurs trajectoires se séparer, et ce compte tenu des critiques plus favorables émises pour le ballet dès la création en 1892. Voilà trois ans (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier14-mars-2016-tchaikovski-iolanta-casse-noisette-sonia-yoncheva-dmitri-tcherniakov), l’Opéra de Paris a choisi de réunir les deux ouvrages pour la première fois ici, ce qui permet dans le même temps à Iolanta de faire son entrée au répertoire de la grande maison : un regain d’intérêt confirmé pour cet ouvrage concis (1h30 environ), souvent couplé avec un autre du même calibre (récemment encore avec Mozart et Salieri à Tours http://www.classiquenews.com/iolanta-a-lopera-de-tours/ ou avec Aleko à Nantes http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-angers-nantes-opera-le-7-octobre-2018-aleko-iolanta-bolshoi-minsk/).

 
 
 

Iolanta / Marie
et la … METEORITE DE FIN DU MONDE

 
  

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Confiée aux bons soins de l’imprévisible trublion Dmitri Tcherniakov, la mise en scène a la bonne idée de lier les deux ouvrages en donnant tout d’abord une lecture assez fidèle de Iolanta, dont l’action est transposée dans un intérieur bourgeois cossu typique des obsessions du metteur en scène russe – observateur critique des moindres petitesses d’esprit des possédants, comme ont pu le constater les parisiens dès 2008 (https://www.classiquenews.com/piotr-illyitch-tchakovski-eugne-onguine-mauvais-texte). La seule modification apportée au livret consiste à ajouter d’emblée le personnage muet de Marie, qui obtient pour cadeau d’anniversaire la représentation scénique de Iolanta. Dès lors, on comprend très vite que la jeune fille sera le personnage principal du ballet Casse-Noisette, dont l’histoire a été entièrement réécrite par Tcherniakov pour prolonger le conte initiatique à l’œuvre dans Iolanta.

A la peur du monde adulte symbolisée par l’aveuglement de Iolanta succède ainsi trois tableaux admirablement différenciés, qui nous permettent de plonger au cœur des craintes et désirs de l’adolescente, entre fantasme onirique et réalité déformée. On se régale des joutes mondaines qui dynamitent le début de Casse-Noisette en un ballet virevoltant, tout en rendant hommage aux jeux bon enfant d’antan, le tout chorégraphié par un Arthur Pita inspiré : à minuit passé, la même jeunesse dorée revient hanter Marie avec des mouvements saccadés inquiétants, avant qu’elle ne découvre la mort de son cher Vaudémont.

Tcherniakov mêle avec finesse la crainte de la perte de l’être aimé, l’expérience de la solitude dans une forêt sinistre, puis la révélation de la misère humaine et de ses inégalités. Il revient cette fois à Edouard Lock et Sidi Larbi Cherkaoui de chorégraphier ces parties saisissantes de réalisme, qui s’enchainent à un rythme sans temps mort. Faut-il expliquer le délire de Marie par sa capacité à pressentir la fin du monde proche ? C’est ce que semble suggérer la météorite qui envahit tout l’écran en arrière-scène peu avant la fin, rappelant en cela le propos de l’excellent film Melancholia (2011) de Lars von Trier.

Au regard de cette richesse d’invention qui semble inépuisable, qui peut encore douter du génie de Tcherniakov ? On conclura en mentionnant la parfaite réalisation au niveau visuel qui donne un écrin millimétré aux protagonistes, et ce dans les différents univers dévoilés. Si les deux danseurs principaux, Marine Ganio (Marie) et Jérémy-Loup Quer (Vaudémont), brillent d’une grâce vivement applaudie par le public en fin de représentation, le plateau vocal de Iolanta (entièrement revu depuis 2016, à l’exception des rôles de Bertrand et Marthe) se montre d’un bon niveau, sans éblouir pour autant. Le chant bien conduit et articulé de Krzysztof Bączyk (René) lui permet de s’épanouir dans un rôle de caractère, en phase avec ses qualités dramatiques, tandis que la petite voix de Valentina Naforniţă donne à Iolanta la fragilité attendue pour son rôle, le tout en une émission ronde et souple. Dmytro Popov (Vaudémont) rencontre les mêmes difficultés de projection, essentiellement dans le médium, ce qui est d’autant plus regrettable que le timbre est séduisant dans toute la tessiture. Deux petits rôles se distinguent admirablement par leur éclat et leur ligne de chant d’une noblesse éloquente, les superlatifs Robert d’Artur Ruciński et Bertrand de Gennady Bezzubenkov.

Enfin, le geste équilibré de Tomáš Hanus, ancien élève du regretté Jiři Bělohlávek, n’en oublie jamais l’élan nécessaire à la narration d’ensemble, tout en demandant à ses pupitres des interventions bien différenciées. On a là une direction solide et sûre, très fidèle à l’esprit des deux ouvrages. A l’affiche de l’Opéra de Paris jusqu’au 24 mai 2019.

 
 
 
 

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Compte-rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 13 mai 2019. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Iolanta : Krzysztof BÄ…czyk (René), Valentina Naforniţă (Iolanta), Dmytro Popov (Vaudémont), Artur RuciÅ„ski (Robert), Johannes Martin Kränzle (Ibn Hakia), Vasily Efimov (Alméric), Gennady Bezzubenkov (Bertrand), Elena Zaremba (Marthe), Adriana Gonzalez (Brigitte), Emanuela Pascu (Laure), Casse-Noisette : Marine Ganio (Marie), Jérémy-Loup Quer (Vaudémont), Émilie Cozette (La Mère), Samuel Murez (Le Père), Francesco Vantaggio (Drosselmeyer), Jean-Baptiste Chavignier (Robert), Jennifer Visocchi (La SÅ“ur), Les Etoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris, ChÅ“urs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine/ChÅ“ur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des chÅ“urs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Tomáš Hanus, direction musicale / mise en scène Dmitri Tcherniakov. A l’affiche de l’Opéra de Paris jusqu’au 24 mai 2019. Photos : Julien Benhamou – OnP

DANSE. Opéra bastille, le 31 décembre 2018. Les Adieux de Karl Paquette, danseur étoile.

paquette-karl-danseur-etoile-opera-de-paris-adieux-de-karl-paquette-concert-critique-compte-rendu-sur-classiquenewsDANSE. Opéra bastille, le 31 décembre 2018. Les Adieux de Karl Paquette, danseur étoile. Le lundi 31 décembre 2018 à 19h30 à l’Opéra Bastille, le danseur Étoile Karl Paquette (42 ans) fait ses adieux sur la scène de la maison parisienne dans le rôle de l’Acteur-vedette dans le ballet Cendrillon (rôle-titre tenu par Valentine Colasante ; chorégraphie de Rudolf Noureev, musique de Prokofiev). Le danseur étoile tire ainsi sa révérence ce soir, après avoir ébloui le corps de ballet de l’Opéra de Paris depuis 32 ans, 25 ans comme « étoile » (il obitnet ce titre suprême à l’issue de la représentation de Casse-Noisette / chorégraphie de Rudolf Noureev, le 31 décembre 2009. L’Acteur-vedette est l’un de ses rôles fétiches, aux côtés de Iñigo (Paquita) / chorégraphie de Pierre Lacotte ; Démétrius et Bottom dans Le Songe d’une nuit d’été (John Neumeier) ; Abderam et Jean de Brienne dans Raymonda, Benvolio et Roméo dans Roméo et Juliette ; L’Esclave, L’Idole dorée et Solor dans La Bayadère ; Le Gitan et Basilio dans Don Quichotte ; Rothbart et Siegfried dans Le Lac des cygnes ; Drosselmeyer-Le Prince dans Casse-Noisette (Rudolf Noureev) ; Phoebus dans Notre-Dame de Paris ; Le Frère de Marie dans Clavigo (Roland Petit) ; Afternoon of a Faun, le Deuxième homme dans The Cage, En Sol, In The Night (Jerome Robbins)… L’éclectisme du répetoire défendu, incarné par Karl Paquette souligne la diversité des genres et des styles portés par l’Opéra de Paris, mais aussi la facilité et l’inspiration que le danseur étoile a su en déduire.

Karl Paquette a été formé dans le studio de danse de Max Bozzoni où il a cotoyé, au moment où la star des planches s’appelait Patrick Dupond : Agnès Letestu, Nicolas Le Riche, Aurélie Dupont… avec ses derniers, la danseur a appris l’importance de la discipline et de la ténacité. Du plaisir aussi, malgré l’effort requis. Chez Bozzoni, Karl Paquette a préparé puis réussi l’examen d’entrée à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris (1987). Il devait rejoindre le corps de Ballet de l’Opéra de Paris à 17 ans (1994).

VISITER le site de l’Opéra Bastille / Opéra national de Paris, soirée des adieux de Karl Paquette / Cendrillon de Prokofiev / Noureev

https://www.operadeparis.fr/saison-18-19/ballet/cendrillon

DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte)

CLIC D'OR macaron 200DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte). Coffret événement qui complète l’offre également en dvd récapitulatif édité ce Noël par BelAirclassiques et dédié à l’école russe du Bolshoï… Quoiqu’on en dise, Tchaikovski aura permi aux chorégraphes et danseurs internationaux de perfectionner leur art, qu’il s’agisse de l’acrobatie virtuose et un rien froide, ou de l’élégance racée sublimement incarnée… Voici 3 ballets qui restent … inaltérables.

ROYAL BALLET tchaikovsky the ballets 3 dvd set sleeping beauty ntucracker swan lake annonce critique dvd review classiquenews decembre cadeau de NOEL 2018Parlons d’abord du LAC DES CYGNES / Swan Lake version Osipova / Golding / Gruzin. Enregistré en mars 2015 au Royal Opera House, Covent Garden, et retransmise dans les cinémas du monde entier, le ballet féerique de Piotr Illiytch réunit deux têtes d’affiche du Royal Ballet, l’étoile russe Natalia Osipova (originaire du Bolshoi) et le canadien, Matthew Golding, nouveau duo pour ce lac attendu. La conception d’Anthony Dowell, qui date de 1987, s’inspire de l’originale de 1895 (Petipa / Ivanov), souhaite aussi réactualiser le propos en incluant des inserts venus de différents chorégraphes plus contemporains, emblématiques à Londres : en particulier Frederick Ashton. Sans omettre des citations de l’époque de Tchaikovski. Il en résulte un mélange parfois confus, qui affecte le très haut niveau du Corps de Ballet londonien, pourtant au meilleur de sa forme, autant dans la réalisation synchronisée des ensembles, que dans le soutien au solos virtuoses (superbe Rothbart de Gary Avis). Technicienne, Natalia Osipova n’est pas une actrice affûtée, ce qui altère son double emploi : Odette, le cygne blanc, et Odile, le cygne noir. Expressive en Odette, elle manque de relief et de profondeur, mais aussi de précision dans la noirceur d’Odile. Racé certes mais uniforme dans sa posture disciplinaire, Matthew Golding fait finalement un prince Siegfried plus hautain qu’humain, ce qui nuit à la finesse émotionnelle de ses duos avec Odile / Odette. Evidemment, l’ampleur de ses portés est magistrale. Là encore, une approche mécanique, virtuose… mais froide et distanciée qui ignore totalement l’empathie et la connexion avec sa partenaire. Dans la fosse, Boris Gruzin fait feu de tout bois, réalisant de la matière et soie tchaikovskienne, un scintillement orchestral continu. Trop technique et glaçante, la lecture ne détrône pas l’excellent duo Svetlana Zakharova / Roberto Bolle à Milan en 2004… Oui on nous dira nostalgie, nosltalgie, et « goood old times »… mais quand même.

LA BELLE AU BOIS DORMANT version Nuñez, Muntagirov. Tout autre est la conception, elle aussi éclectique mais mieux assemblée et conçue de Monica Mason et Christopher Newton : à partir de la chorégraphie de Marius Petipa, ils conservent les ajouts signés Ashton, Wheeldon, Dowell, tout en redessinant la volupté onirique du conte originel français (Perrault)
grâce aux costumes et décors signés par Olivier Messel. Il en résulte une lecture à la fois majestueuse et très fine sur le plan de la caractérisation psychologique des personnages. On préfère souvent grossir et épaissir le ballet de Tchaikovski en faisant ronfler les références à la solennité Grand Siècle, au risque d’écarter tout ce qui relève du drame : rien de tel ici. Car rayonne en un trio irrésistible trois danseurs-acteurs prodigieux littéralement : Marianela Nunez (Princesse Aurora, à la fois proche et énigmatique), Kristen McNally (sidérante Carabosse par laquelle surgit la catastrophe et l’emprise des ténèbres, mais avec quelle économie gestuelle : sa pantomime est du très grand art), enfin le Prince de Vladimir Muntagirov trouve le ton juste et la balance parfaite entre puissance athlétique et présence affûtée, sans omettre une excellente interaction avec ses partenaires, dans toutes les situations. Voilà qui nous change du « rien que technique et virtuosité solistique » du Lac des cygnes précédemment présenté. Le geste souple et habité de Koen Kessels rend service à une partition colorée et raffinée dont il sait retirer toute boursouflure. Magistral.

casse-noisette_royal-ballet_4CASSE NOISETTE, 2016 : les 90 ans de Peter Wright. Le Royal Ballet fête ainsi les 90 ans du metteur en scène et producteur Peter Wright, dans l’une de ses réalisations les plus emblématiques (et applaudies). Créée en 1984, la conception enchante en respectant l’empire du rêve qui montre comment le magicien Drosselmeyer emmène la jeune Clara jusqu’au monde enneigé de la Fée Dragée, et au royaume des bonbons. Les aventures qui s’en suivent saisissent par leurs péripéties contrastées voire martiales : le casse-noisette Hans-Peter se transforme en prince… Mais Wright offre à partir de la nouvelle onirique d’Hoffmann (Casse noisette et le roi des souris, 1816), une réflexion très fine de la magie de Noël, sachant et questionner le sens de la féerie et l’expérience morale qu’en tirent les jeunes protagonistes. Saluons l’excellent Gary AVIS, magicien démiurge, d’une présence convaincante, entre autorité et mystère. Il accompagne Clara dans son rite qui est aussi l’issue heureuse d’un envoûtement diabolique, car son neveu Hans-Peter a été transformé par le roi des souris, en casse-noisette, or seul l’amour d’une jeune fille pourra l’en libérer.
casse-noisette_royal-ballet_3Au premier acte, confrontée à un immense sapin (qui ne cesse de grandir à mesure que le songe devient réel), Clara rayonne par son angélisme jamais mièvre (très juste Francesca Hayward). Le Casse-noisette devient prince (seyant et habile Federico Bonelli)… Au pays de la Fée Dragée, les danses de caractères se succèdent avec variété et virtuosité. Jusqu’au suprême pas de deux de la Fée Dragée, auquel l’étoile Lauren Cuthbertson réserve son élégance mûre d’une sublime souplesse : face à la Clara attendrie et naïve de Hayward, Cuthbertson éblouit par sa grâce adulte. Le charme de la production, défendu par des solistes de premier plan, semble atemporel. Irrésistible.

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DVD, coffret. PYOTR ILYITCH TCHAIKOVSKY : The Ballets (Royal opera House, 3 DVD Opus Arte).

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 14 mars 2016.Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Sonia Yoncheva… Dmitri Tcherniakov

Soirée de choc très attendue à l’Opéra National de Paris ! Après une première avortée à cause des mouvements syndicaux, nous sommes au Palais Garnier pour Iolanta et Casse-Noisette de Tchaïkovski, sous le prisme unificateur (ma non troppo), du metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov lequel a eu la tâche d’assurer la direction non seulement de l’opéra mais aussi du ballet. Une occasion rare de voir aussi 3 chorégraphes contemporains s’attaquer à l’un des ballets les plus célèbres du répertoire. Le tout dans la même soirée, avec la direction musicale d’un Alain Altinoglu plutôt sage et la présence inoubliable de la soprano Sonia Yoncheva dans le rôle-titre. Une proposition d’une grande originalité avec beaucoup d’aspects remarquables, pourtant non sans défaut.

 iolanta casse noisette iolantha opera de paris

 

 

 

Iolanta, hymne à la vie

yoncheva_sonya_recital_parisSonia Yoncheva est annoncée souffrante avant le début de la représentation et tout le Palais Garnier soupire en conséquence. Or, surprise, la cantatrice bulgare décide quand même d’assurer la prestation… pour notre plus grand bonheur ! Iolanta est le dernier opéra de Tchaikovsky et il raconte l’histoire de Iolanta, princesse aveugle qui regagne la vue par l’amour, histoire tirée de la pièce du danois Henrik Hertz « La fille du Roi René ». Ici, le Roi René occulte la cécité de sa fille pour lui éviter toute souffrance. Elle vit dans un monde aseptisé mais soupçonne qu’on lui cache quelque chose. Elle a un certain malheur mais elle ne sait pas ce que c’est. C’est sa rencontre avec Vaudémont, ami de Robert de Bourgogne à qui elle est promise dès sa naissance, qui crée en elle le désir de regagner la vue ; elle y arrive. Une histoire simple mais d’une beauté bouleversante, et ce dans plusieurs strates.

Nous sommes rapidement émus par la beauté de la musique de Tchaikovsky, dès la première scène introductrice, et jusqu’à la fin de l’opéra. Ici le maître russe montre la plus belle synthèse de charme charnel, et sensoriel, et de profondeur philosophique et spirituelle. L’œuvre commence par un arioso de Iolanta suivi des choeurs délicieux à l’effet immédiat. Sonia Yoncheva, même souffrante, se révèle superlative dans ce répertoire et nous sommes complètement séduits par son chant rayonnant et glorieux (de quoi souffrait-elle ce soir-là, nous nous le demandons). Son arioso initial qui sert de présentation a une force dramatique et poétique qu’il nous sera difficile d’oublier. Le rôle souvent incompris de Vaudémont est interprété par le ténor Arnold Rutkowski brillamment mais avec un certain recul (il s’agît de ses débuts à l’Opéra National de Paris). Au niveau vocal et dramatique il est excellent, et nous sommes de l’avis que l’apparente réserve du personnage est voulue par les créateurs, les frères Tchaïkovski (Modest en a écrit le livret). Ce rôle est dans ce sens une vrai opportunité pour les ténors de se débarrasser du cliché du héros passionnément musclé et souvent sottement hyper-sexué. Curieusement, nous sommes tout autant sensibles au charme viril du jeune baryton Andrei Jilihovschi faisant également ses débuts à l’opéra dans le rôle de Robert de Bourgogne. Il est tout panache et rayonne d’un je ne sais quoi de juvénile qui sied bien au personnage. Si la musique d’Ibn Hakia, le médecin maure interprété par Vito Priante est délicieusement orientalisée, sa performance paraîtrait aussi, bien que solide, quelque peu effacée. Le Roi René de la basse Alexander Tsymbalyk a une voix large et pénétrante, et se montre complètement investi dans la mise en scène. S’il demeure peut-être trop beau et trop jeune pour être le vieux Roi, il campe une performance musicale sans défaut. Remarquons également les choeurs, des plus réussis dans toute l’histoire de la musique russe !

Casse-Noisette 2016 ou fracasse-cerneaux, protéiforme et hasardeux

Si la lecture de Tcherniakov pour Iolanta, dans un salon (lieu unique) issu de l’imaginaire tchekhovien, est d’une grande efficacité, l’idée d’intégrer Casse-Noisette dans l’histoire de Iolante (ou vice-versa), nous laisse mitigés. Il paraîtrait que Tcherniakov s’est donné le défit de faire une soirée cohérente dramatiquement, en faisant de l’opéra partie du ballet. C’est-à-dire, à la fin de Iolanta, les décors s’élargissent et nous apprenons qu’il s’agissait d’une représentation de Iolanta pour Marie, protagoniste du Casse-Noisette. Si les beaucoup trop nombreuses coutures d’un tel essai sont de surcroît évidentes, elles ne sont pas insupportables. Dans ce sens, félicitons l’effort du metteur en scène.

Son Casse-Noisette rejette ouvertement Petipa, E.T.A Hoffmann, Dumas, et même Tchaïkovski diront certains. Il s’agît d’une histoire quelque peu tiré des cheveux, où Marie célèbre son anniversaire avec sa famille et invités, et après avoir « regardé » Iolanta, ils s’éclatent dans une « stupid dance » signé Arthur Pita, où nous pouvons voir les fantastiques danseurs du Ballet carrément s’éclater sur scène avec les mouvements les plus drolatiques, populaires et insensés, elle tombe amoureuse de Vaudémont (oui oui, le Vaudémont de l’opéra qui est tout sauf passionné et qui finit amoureux de Iolanta, cherchez l’incongruité). Mais puisque l’amour c’est mal, devant un baiser passionné de couple, les gens deviennent très violents, autant que la belle maison tchekhovienne tombe en ruines. On ne sait pas si c’est un tremblement de terre ou plutôt la modestie des bases intellectuelles de cette conception qui fait que tout s’écroule. Ensuite nous avons droit à l’hiver sibérien et des sdf dansant sur la neige et les dégâts, puis il y a tout un brouhaha multimedia impressionnant et complètement inintéressant, mélangeant cauchemar, hallucination, fantasme, caricature, grotesque, etc. Heureusement qu’il y a Tchaïkovski dans tout ça, et que les interprètes se donnent à fond. C’est grâce à eux que le jeu se maintient mais tout est d’une fragilité qui touche l’ennui tellement la proposition rejette toute référence à la beauté des ballets classiques et romantiques.

Enfin, parlons des danses et des danseurs. Après l’introduction signée Arthur Pita, faisant aussi ses débuts dans la maison en tant que chorégraphe invité, vient la chorégraphie d’un Edouard Lock dont nous remarquons l’inspiration stylistique Modern Danse, à la Cunningham, avec un peu de la Bausch des débuts. L’effet est plutôt étrange, mais il demeure très intéressant de voir nos danseurs parisiens faire des mouvements géométriques saccadés et répétitifs à un rythme endiablé, sur la musique romantique de Tchaïkovski. Il signe également les divertissements nationaux toujours dans le même style pseudo-Cunningham. Si les danseurs y excellent, et se montrent tout à fait investis et sérieux malgré tout, la danse en elle même à un vrai effet de remplissage, elle n’est ni abstraite ni narrative, et à la différence des versions classiques ou romantiques, le beau est loin d’être une préoccupation. Autant présenter les chefs-d’oeuvres abstraits de Merce Cunningham, non ?

La Valse des Fleurs et le Pas de deux final, signés Cherkaoui, sauvent l’affaire en ce qui concerne la poésie et la beauté. La Valse des fleurs consiste dans le couple de Marie et Vaudémont dansant la valse (la chorégraphie est très simple, remarquons), mais elle se révèle être une valse des âges avec des sosies du couple s’intégrant à la valse, de façon croissante au niveau temporaire, finissant donc avec les sosies aux âges de 80 ans. Dramatiquement ça a un effet, heureusement. Le Pas de deux final est sans doute le moment aux mouvements les plus beaux. Stéphane Bullion, Etoile et Marion Barbeu, Sujet, offrent une prestation sans défaut. Alice Renavand, Etoile, dans le rôle de La Mère se montre particulièrement impressionnante par son investissement et son sérieux, et par la maîtrise de ses fouettés délicieusement exécutés en talons !!! A part le corps de ballet qui s’éclate et s’amuse littéralement, nous voulons remarquer la performance révélatrice d’un Takeru Coste, Quadrille (!), que nous venons de découvrir à cette soirée et qui nous impressionne par son sens du rythme, son athlétisme, sa plastique… Il incarne parfaitement l’esprit du Robert de Bourgogne de l’opéra, avec une certaine candeur juvénile alléchante.

L’Orchestre et les choeurs de l’opéra de Paris quant à eux offrent une prestation de qualité, nous remarquons les morceaux à l’orientale de l’opéra, parfaitement exécutés, comme les deux grands choeurs fabuleux où tout l’art orchestrale de Tchaikovsky se déploie.

Si le chef Alain Altinoglu paraît un peu sage ce soir, insistant plus sur la limpidité que sur les contrastes, il explore les richesses de l’orchestre de la maison de façon satisfaisante. Un spectacle ambitieux qu’on conseille vivement de découvrir, de par sa rareté, certes, mais aussi parce qu’il offre beaucoup de choses qui pourront faire plaisir aux spectateurs… C’est l’occasion de découvrir Iolanta, de se régaler dans une nuit « Tchaikovsky only », d’explorer différents types de danses modernes et contemporaines parfaitement interprétés par le fabuleux Ballet de l’Opéra de Paris. Doublé Iolanta et Casse-Noisette de Tcahikovski en 1 soirée au Palais Garnier à Paris : encore à l’affiche les 17, 19, 21, 23, 25, 26, 28 et 30 mars ainsi que le 1er avril 2016, avec plusieurs distributions.

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier. 14 mars 2016. P.E. Tchaïkovski : Iolanta / Casse-Noisette. Sonia Yoncheva, Alexander Tsymbalyuk, Andrej Jilihovschi… Choeur, Orchestre et Ballet de l’Opéra de Paris. Dmitri Tcherniakov, conception, mise en scène. Arthur Pita, Edouard Lock, Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphes. Alain Altinoglu, direction musicale.

Compte rendu, danse. Paris. Opéra Bastille, le 26 octobre 2014. Rudolf Noureev : Casse-Noisette. Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio, caroline Robert, Daniel Stokes… Ballet de l’Opéra de Paris. Tchaïkovsky, compositeur. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Kevin Rhodes, direction musicale.

tchaikovski-583-597Le ballet des fêtes de fin d’année par excellence, le Casse-Noisette de Petipa/Ivanov et Tchaikovsky, revient sur la scène de l’Opéra National de Paris dans la version ravissante et complexe de Rudolf Noureev, somptueusement habillée par le costumier et décorateur fétiche de l’ancien Directeur du Ballet de l’Opéra, Nicholas Geordiadis. La musique non moins somptueuse et profonde de Tchaikovsky est dirigée et interprétée par le chef Kevin Rhodes et l’Orchestre de l’Opéra, la Maîtrise des Hauts-de-Seine et le choeur d’enfants de l’Opéra. Un spectacle total qui compte avec la participation des nombreux élèves de l’Ecole de danse de l’établissement. Une soirée extraordinaire nous attend.

Dans la chorégraphie de Rudolf Noureev,

Un Casse-Noisette luxueux, pour les grands et les petits

Rudolf Noureev (1938 – 1993), phénomène de la danse au XXe siècle, entreprend à la fin de sa vie de faire rentrer au répertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillé en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous délecter de la grandeur de ces ballets grâce à son héritage. Le Casse-Noisette, dernier ballet de Tchaikovsky et l’un des derniers d’un Petipa vieillissant (il créera encore Raymonda notamment; dans Casse-Noisette la plupart des danses ont été chorégraphiées par Lev Ivanov), représente un sommet de gaîté et de magie dans l’histoire de la danse.

Inspiré du conte d’E.T.A Hoffman « Casse-Noisette et le Roi des rats » l’histoire est un mélange de mélancolie fantastique et enfantine typique des débuts du romantisme allemand avec un aspect psychologique d’une hardiesse parfois troublante. La musique monumentale et bondissante de Tchaikovsky, à la fois élégante, sauvage, exotique, mystérieuse, romantique, mais aussi néo-classique et pastorale, régénère brillamment les nuances de l’ouvrage original, très connu en Russie. Or, Petipa s’inspire à son tour de l’adaptation du conte par Alexandre Dumas Père, qui insiste sur l’aspect fantastique et scintillant de l’enfance idéalisée. La collaboration s’avère peu évidente, et au final la musique de Tchaikovsky l’emporte sur la danse.

Noureev, avec les moyens chorégraphiques qui lui sont propres, propose un Casse-Noisette d’une modernité étonnante, trouvant un équilibre entre les deux aspects contrastants du ballet. Il enlève les excès édulcorés de l’histoire (mais pas toujours de la danse), qu’il transforme en composants narratifs aidant à illustrer l’histoire qu’il veut raconter. Le conte par trop connu d’un soir de Noël, où Clara/Marie reçoit en cadeau un casse-noisette, qu’elle rencontre ensuite en rêve avec d’autres jouets qui s’animent et qui se battent contre des rats vilains, pour triompher finalement, et où les rêves deviennent réalité ; le canevas se transforme et change de ton dans l’optique de Noureev. Il se souci de libérer la trame des sucreries tout en gardant un aspect fantastique théâtral visuellement pétillant. Ici, la frontière est floue entre rêve et réalité, et les deux relèvent parfois du cauchemar, explorant les peurs de la jeune fille qui devient femme. Nous trouvons donc une petite Clara, superbement interprétée par l’Etoile Dorothée Gilbert, qui arrive pour la première fois à s’exprimer sur scène au-delà des limites unidimensionnels du livret de Petipa. Noureev préserve les danses iconiques de la Fée Dragée, personnage en l’occurrence supprimé. Un bonheur d’expression, de rigueur, d’émancipation aussi pour toute danseuse !

De même Drosselmeyer, l’oncle qui offre le casse-noisette à Clara, est aussi le Casse-Noisette lui même qui devient Prince dans le rêve (le fantasme?) de la jeune femme. Mathieu Ganio, Etoile, assure le rôle qui lui va très bien, comme tous les rôles de Prince. Il a une élégance et une allure tout à fait romantique à laquelle le public ne peux jamais rester insensible. Avec Gilbert, il forme un couple à la beauté plastique et à la virtuosité indéniable. Parfois très touchants, même si en quelques moments fugaces ils ne paraissent pas très stables.

Le premier acte est le plus narratif, et nous avons le tendre plaisir de voir sur scène toute une quantité d’élèves de l’école de danse de l’opéra ! Ils sont les enfants qui jouent et dansent autour du sapin de Noël, mais ils sont aussi des soldats de plomb et des rats méchants qui se battent !!! Pour ceux qui critiquent Noureev d’avoir fait du ballet pour enfants, un spectacle trop adulte, voici la preuve de l’humour exaltant et bon enfant du russe, sa chorégraphie pour ces enfants si joliment déguisés est un joyau d’action mignonne et drôle ! Mais les talents du chorégraphe et de la compagnie s’expriment partout dans les deux actes, le premier se terminant par un passage d’ensemble au Royaume des flocons de neige ensorcelant, inoubliable. Et au deuxième ?  Nous avons droit aux danses de caractère si célèbres, dansées avec beaucoup de panache, notamment le trio de Cyril Mitilian, Simon Valastro et Adrien Couvez dans la danse chinoise impressionnante ; surtout l’archi-célèbre valse des fleurs, dans cette version une élégante valse dorée avec l’opulence aristocratique de l’époque de Marie-Antoinette.

Finalement félicitons également la prestation des musiciens. L’Orchestre de l’Opéra de Paris sous la baguette de Rhodes a ce soir, une certaine légèreté qui s’accorde très bien aux scènes comiques. En l’occurrence, lors de scènes plus ambiguës ou délicates, cette légèreté aide le public à ne pas trop se perdre dans les ombres psychanalytiques et psychologiques de la lecture de Noureev. Ainsi, le spectacle est l’occasion de vivre les bonheurs et surtout la grandeur totale de l’illustre maison. Tout est parfaitement soigné, les équipes faisant preuve d’une complicité non seulement évidente mais, devant l’envergure de l’événement, nécessaire. La danse classique la plus virtuose avec les meilleurs danseurs d’aujourd’hui (et de demain!), un cadeau inoubliable de Noël pour les petits et pour les grands. Un délicieux gâteau de fêtes de fin d’année à consommer sans modération ! A l’Opéra Bastille les 29 novembre et les 1er, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 16, 17, 19, 20, 22, 24, 25, 27, 29 décembre 2014.

Casse-Noisette à Baden Baden

Baden Baden Casse noisette - Mariinski ballet nussknacker-c-v-baranovsky-949x466Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25,26 décembre 2014. Pour les fêtes de fin d’année, la station thermale qui est aussi une ville touristiquement à la pointe offre une saison musicale étonnamment riche et prestigieuse comptant par exemple de nombreuses stars internationales invitées du Festpielhauss, la salle de concerts et d’opéras (en novembre et décembre, le festival d’automne de Baden Baden invite Hélène Grimaud, Yannick Nézet-Séguin, Elina Garança, Simone Kermes et Vivica Genaux, le Philharmonique de Vienne, Pierre-Laurent Aimard, et donc plusieurs ballets dont  Raymonda, Le lac des cygnes et Casse-Noisette pour le temps de Noël, suivent un gamma de la danse le 27 décembre et la gala de la Saint-Sylvestre le 31 décembre, avec entre autres la soprano Angela Gheorghiu… En décembre partez à Baden Baden, visiter la ville et ses services, sans manquez cette années les 3 représentations du ballet de Tchaikovski Casse noisette, chef d’oeuvre chorégraphique et symphonique du romantisme enflammé, enivrant de Piotr Illyitch, une opportunité surtout pour y (re)découvrir la grâce collective du Ballet du Théâtre Mariinski, détenteur depuis longtemps d’une maîtrise indiscutée dans ce répertoire.

 

 

baden bande festspielhaus festival concerts operas Baden-Baden_0Baden Baden, Festpielhaus. Tchaikovski: Casse-noisette. Les 25 (18h), 26 14h, 20h) décembre 2014. Spectacle familial idéal pour Noël 2014. Billets de 40 à 130 euros. S’immerger dans les tableaux enchanteurs de Casse-noisette, dans la version du Ballet Mariinski de Saint-Petersbourg, qui historiquement a créé le ballet, reste une expérience marquante pour toute la famille, en particulier les enfants, toujours saisi par le tableau de la première scène : la décoration du sapin de Noël par Clara et Fritz dans une ambiance idéale, celle d’une maison qui verse très vite dans la féerie dramatique et onirique…

Vasily Vainonen, chorégraphie et livret
Simon Virsaladze, décors
Mariinsky-Ballett
Mariinsky Orchester

 

 

 

Prochain festival à baden Baden … En mars 2015, le festival de Pâques de Baden Baden invite le philharmonique de Berlin, Anna Prohaska, Bernard Haitink et Isabelle Faust… :

 

 

 

piotr ilitch-Tchaikovsky-530-851Production désignée pour célébrer les fêtes de Noël en famille, le ballet Casse-Noisette de Piotr Illiyitch Tchaïkovski (1840-1893) est son dernier ballet composé entre 1891 et 1892. Il est créé avec un succès assez froid en décembre 1892 au théâtre Mariinski de Saint Petersbourg sur la chorégraphie de Lev Ivanov. Pourtant la magie de ses pas, les tableaux collectifs, surtout le beauté enivrante de la musique en font toujours aujourd’hui le fleuron des ballets romantiques russes, et aussi, le sommet de l’inspiration chorégraphique de Tchaïkovski : le compositeur y réussit une immersion féerique dans le monde de l’enfance, n’hésitant pas à oser une orchestration somptueusement scintillante (le célesta dans le tableau de la Danse de la fée Dragée). Le célesta est d’ailleurs souvent assimilé au personnage clé de Clara.

Au pays des rêves…

Acte I. L’intrigue, inspiré du livret d’Ivan Vsevolojski et Marius Petipa s’inspire de l’adaptation qu’a fait Alexandre Dumas d’un conte d’ETA Hoffmann : Casse-noisette et le roi des souris. Il met d’abord en avant une fête de Noël qui place les enfants (Clara, son frère Fritz) au devant de la scène dans une série de divertissements réglés par l’oncle Drosselmeyer (où paraissent des parents en Incroyables, des jouets – poupées et soldats-, grandeur nature aux gestes saccadés…) : la magie voisine déjà avec le cauchemar et l’inspiration verse souvent dans le fantastique, propre à l’univers d’ETA Hoffmann ; Clara reçoit enfin son cadeau de Noël, un casse-noisette. Mais jaloux, Fritz brise le jouet de sa soeur… Les enfants vont se coucher et le silence règne dans la maison. Comme dans Le Lac des cygnes, Casse-noisette exprime le passage de l’enfance à l’adolescence : une prise de conscience de la féerie à la réalité par l’expérience du mal et des épreuves à surmonter (les forces hostiles du Roi et de la Reine des souris…).

Clara revient dans le salon, inquiète du sort de son jouet fétiche. Un enchantement se réalise et pendant la nuit, au pied du sapin, les jouets s’animent, Casse-noisette devient un jeune homme conquérant… un prince idéal. Il défend Clara contre le roi des souris, le tue grâce à la complicité de la jeune fille : l’on comprend alors que Hans-Peter a été l’objet d’un sortilège jeté par le roi des souris, il a été changé en casse-noisette malgré lui. Grâce au truchement du divertissement imaginé par l’oncle démiurge Drosselmeyer, grâce à la volonté de Clara, le jeune homme a retrouvé figure humaine. Clara et hans-Peter peuvent à présent quitter la maison et voyager : d’abord au pays des neiges, tableau enchanteur qui clôt le premier acte.

Acte II. Hans-Peter emmène ensuite Clara au pays des rêves enfin au pays de Confiturembourg, palais des délices ; puis, Drosselmeyer les introduit auprès de la Fée Dragée et du Prince Orgeat. Hans-Peter raconte à tous comment il a combattu le roi des souris et comment Clara l’a aidé dans cette bataille… La Fée Dragée sert un repas somptueux et raffiné puis un nouveau spectacle se réalise. C’est dans l’esprit des divertissements baroques (opéras de Campra et de Rameau), une nouvelle série de danses collectives aux caractères divers et contrastés : danses espagnole (chocolat), arabe (café),  chinoise (thé), le Trépak, danse russe frénétique … ; la partition regorge de séquences mélodieusement inoubliables servies chacune par une orchestration à la fois puissante et très caractérisée, révélant le génie de Tchaikovski dans l’instrumentation : danse des mirlitons (3 flûtes, cor anglais et cuivres), valse des fleurs (cors), le point conclusif palpitant et entraînant de l’oeuvre, qui intègre aussi un pas de deux entre la Fée Dragée et le prince Orgeat. Rêve d’une petite fille ou libération du jeune Hans Peter, le livret peut être lu en différentes lectures. C’est une rêverie puissante et souvent irrésistible où Tchaikovski retrouve l’innocence de l’enfance en lui donnant un cycle de mélodies inégalées.