CD. Grétry : La Caravane du Caire (Van Waas, 2013, 2 cd Ricercar)

caravane du caire gretry cd ricercar guy van waasCLIC_macaron_2014CD. GrĂ©try : La Caravane du Caire (Van Waas, 2013, 2 cd Ricercar). C’est un pilier du rĂ©pertoire lyrique de 1784 qui nous ici rĂ©vĂ©lĂ©. L’AcadĂ©mie royale de musique Ă  l’époque de Louis XVI et de Marie-Antoinette se frotta les mains, engrangeant des bĂ©nĂ©fices jamais connus auparavant (ou si peu) grâce Ă  une Ĺ“uvre de pure sĂ©duction mais de mĂ©tier raffinĂ© qui en jalon dĂ©cisif, renouvelle sensiblement l’évolution du genre lyrique si prĂ©sent et actif quelques annĂ©es avant la RĂ©volution… Ici GrĂ©try se rapproche de la trame de l’Enlèvement au SĂ©rail de Mozart (1782), abordant le drame amoureux en lui associant cet exotisme – premier orientalisme du genre – d’une totale et envoĂ»tante fantaisie. Le visuel de couverture met en avant la couleur exotique plutĂ´t que le drame tendre qui se joue en MĂ©diterranĂ©e (il est vrai qu’il ne faut pas chercher la vraisemblance psychologique des caractères ; c’est le parfum gĂ©nĂ©ral d’un exotisme diffus qui triomphe plutĂ´t ici, dans un spectacle flatteur)… En Egypte, la belle esclave Zelim est la prisonnière du Pacha Osman. Après quelques pĂ©ripĂ©ties prĂ©textes Ă  Ă©pisodes tendres et pastiches en tous genres, l’hĂ©roĂŻne est finalement libĂ©rĂ©e par son fiancĂ© Saint-Phar, lui aussi esclave. A l’époque des Lumières, les hĂ©ros vertueux ne peuvent que connaĂ®tre la dĂ©livrance, prolongement d’une souffrance qui inspire de longues effusions antĂ©rieures. Sur le plan formel, la comĂ©die lyrique reprend la libertĂ© d’invention de PlatĂ©e de Rameau (rĂ©alisĂ©e 40 ans plus tĂ´t) ; mais le goĂ»t a changĂ© et la partition associe plusieurs registres poĂ©tiques qui alliĂ©s aux ballets et aux pastiches (dont l’air italien Ă  coloratoure de l’esclave italienne au II, le plus long de l’ouvrage soit plus de 7mn !) compose un spectacle frappant par son Ă©clectisme poĂ©tique, son entrain et son Ă©lĂ©gance.

Grétry l’orientaliste

gretry gretry_clip_image002Il faut bien tout le métier d’un Guy van Waas pour comprendre et articuler une musique qui appelle à la séduction et à la fantaisie la plus exquise : interprète de plusieurs ouvrages difficiles et singuliers d’un XVIIIè que nous apprenons ainsi à redécouvrir (La Vénitienne de Dauvergne, l’exceptionnel Thésée de Gossec, sans omettre du même Grétry : Céphale et Procris, tous enregistrements édités aussi chez Ricercar), le chef des Agrémens retrouve dans cet enregistrement réalisé il y a un an à Liège, la légèreté amusée, le raffinement et le dramatisme d’une écriture chamarrée qui grâce au génie de Grétry, sait préserver toujours l’efficacité théâtrale, la variété, les contrastes sans entamer la progression de l’action. Le symphonisme manifeste de l’ouverture, le caractère des ballets orientaux, d’un égyptianisme feutré pétillant (sollicitant un instrumentarium parfaitement restitué par Van Waas), tout cela éclaire le talent du Grétry monarchiste pour la scène lyrique. L’orchestre rayonne, faisant feu de tout bois (superbe succession des danses et ballets des deux tableaux du II). Le plateau vocal réunit des chanteurs astucieusement sollicités chacun pour la couleur dramatique du timbre : on aime la tendresse aimante de Zelime (Katia Velletaz) et de son aimé Saint-Phar (Cyrille Dubois) : leur duo en particulier ont le charme des effusions sincères et musicalement canalisées ; les esclaves française ( Caroline Weynants) et italienne (Chantal Santon) apportent tout le piquant agile de leurs voix souples et expressives. Côtés chanteurs, on remarque aussi le Florestan héroïque altier du toujours excellent Tassis Christoyannis ou le tendre et volubile Tamorin de Reinoud Van Mechelen… Quant au chœur de chambre de Namur, il confirme ses affinités superlatives avec un répertoire dont les choristes inspirés (et très bien préparés) savent exprimer la délicatesse heureuse, le nerf mordant selon les situations.

La résurrection est légitime, d’autant mieux servie dans une réalisation aussi soignée, vivante, pétillante. Irrésistible.

caravane du caire gretry cd ricercar guy van waasAndré Modeste Grétry (1741-1813) : La Caravane du Caire. Comédie lyrique en 3 actes, créée à Fontainebleau en octobre 1784. Katia Velletaz (Zélime), Cyrille Dubois (Saint-Phar), Tassis Chrystoyannis (Florestan), Reinoud Van Mechelen (Tamorin), Chantal Santon (une esclave italienne), Caroline Weynants (une esclave française)… Chœur de chambre de Namur, Les Agrémens. Guy Van Waas, direction. Enregistrement réalisé en octobre 2013 à l’Opéra royal de Wallonie, Liège. 2 cd. Ricercar. 

 

 

 

VIDEO

gretry-andre modeste gretryVoir notre grand reportage vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  la Caravane du Caire de GrĂ©try, reprĂ©sentĂ© en version de concert Ă  l’OpĂ©ra royal de Wallonie : L’opĂ©ra français Ă  l’époque de Marie-Antoinette. En 1783, l’Academie royale de musique, très jalouse de ses succès Ă  l’OpĂ©ra Comique, commande Ă  GrĂ©try, un nouvel opĂ©ra : le compositeur invente alors un nouveau genre, dans le sillon de PlatĂ©e de Rameau : la comĂ©die lyrique. Ballets inventifs exotiques, orchestration raffinĂ©e savoureuse (picolo, basson, clarinettes, cordes Ă  5 parties), plateau de solistes nombreux et finement caractĂ©risĂ©, La Caravane du Caireimagine les contemporains de Louis XIV en Egypte. La vision est historique et exotique : GrĂ©try s’y rĂ©vèle en gĂ©nie des styles mĂŞlĂ©s, nouveau champion d’un Ă©clectisme lyrique riche en astuces et en audaces. L’opĂ©ra fut jouĂ© sans discontinuitĂ© jusqu’au dĂ©but du XIXème siècle : un succès qui rejaillit aujourd’hui grâce Ă  la verve et l’éclat que le chef Guy Van Waas sait instiller Ă  cette recrĂ©ation Ă©vĂ©nement. Disque Ă  paraĂ®tre Ă  l’étĂ© 2014. Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2014