Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 25 juin 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893); Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas Sondergard, direction.

SOndegard Thomas maestro chef capitole review critique concert Martin_Bubandt_2_Web_Version-1Le concert  permettait au public de retrouver un pianiste et un chef très appréciés. Il s’est déroulé sous des auspices amoureux qui se sont concrétisés par un Concerto n°4 de Beethoven admirable en tous points. Dès son entrée solo, le pianiste a suscité, en un toucher idéal de pondération, une écoute émue. La réponse tout en délicatesse de l’Orchestre du Capitole  a initié un dialogue de poésie, de bonheur, d’élégance. La direction de Thomas Sondergard contient la même poésie pleine de finesse que celle du pianiste Inon Barnatan. L’orchestre avec des qualités de timbre, de couleur et des phrasés de rêve a été admirable de bout en bout. Le deuxième mouvement contient ce moment unique d’un dialogue entre la supplique du piano et la rigueur de l’orchestre qui finit par céder devant la bonté et la pudeur de l’instrument soliste.

L’amour de la musique

Incroyable moment de beauté et d’harmonie, gage de paix  gagnée au terme d’un intense dialogue partant sur des positions et des nuances au départ tout en oppositions. Exemple d’un idéal de dialogue qui manque tant à notre époque. Le dernier mouvement, extraverti et caracolant a été une fête de l’aventure commune entre le soliste brillantissime et l’orchestre qui peut tout. La technique d’Inon Barnatan est fabuleuse et les qualités d’ensemble de cet artiste, véritable poète du piano, en font l’un des pianistes les plus attachants du moment.
Le concert avait débuté avec une Ouverture III de Léonore d’un drame assumé avec des couleurs admirablement variées.
En deuxième partie de concert, la symphonie n°2 de Tchaïkovski reste un moment de fête de l’orchestre. Le lien amical entre Thomas Sondergard et l’Orchestre du Capitole a fonctionné parfaitement pour mettre en valeur la structure d’une symphonie plus complexe qu’il n’y paraît. Les couleurs ont irisé et les nuances ont été finement creusées. La gestuelle si élégante du chef danois est un régal de chaque instant. Il obtient avec douceur tout ce qu’il veut. Cette symphonie est riche en thèmes russes inventés par Tchaïkovski ou retranscrits. Cette science de l’écriture si classique et occidentale permet une symbiose parfaite entre les deux mondes auxquels la Russie voulait appartenir. Un instrument solo a été la voix la plus émouvante de ce dialogue entre des racines retrouvées et une aspiration à un ailleurs exigeant, c’est le cor de Jacques Deleplancque  dans une forme extraordinaire. Capable d’une richesse de couleurs allant du murmure le plus doux,  aux éclats profonds les plus spectaculaires. Le basson d’Estelle Richard  avec beaucoup de personnalité a pris le relais pour lancer le thème Ukrainien qui ouvre la symphonie. Le final a été amené avec conviction, dans un crescendo savamment conduit, s’achevant sur une intervention si déterminante des timbales, admirable Emilien Prodhomme !
Le public a été enthousiaste et a généreusement applaudi deux artistes poètes inspirés, le pianiste Inon Barnatan et le chef Thomas Sondergard. Ils reviendront à Toulouse nul doute n’est permis ! L’orchestre du Capitole s’est montré enthousiaste et dans ses plus beaux atours. Le public a été conquis.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 25 juin 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Léonore III ouverture en do mineur ; Concerto pour piano et orchestre n°4 en sol majeur ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°2 en do mineur, « Petite Russie » ; Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas Sondergard, direction.

Photo : © Martin

Ludovic Tézier chante Rigoletto à Toulouse

Giuseppe VerdiToulouse, Opéra.Verdi : Rigoletto. Du 17 au 29 novembre 2015. D’après Victor Hugo, Rigoletto impose sur la scène verdienne, un nouveau réalisme. La trame resserre ses filets sur chaque protagoniste rendu dépendant du sort des autres : Rigoletto, l’amuseur de la cour du duc de Mantoue, voit son arrogance atrocement punie, sur la personne qui lui est la plus chère : sa propre fille. Le duc, volage, irresponsable, séduit la belle (Gilda) à la barbe du bouffon. Mais il y a pire : la jeune femme trop crédule et bien naïve s’éprend profondément de ce séducteur professionnel et accepte de mourir à sa place, dans le piège qu’avait organisé Rigoletto, de sorte qu’à l’acte III, en une sorte de scène shakespearienne où souffle la tempête, le tueur à gages Sparafucile ne tue pas le Duc mais bien la pauvre Gilda qui se présente à sa place, à la porte de l’auberge. tel est punit celui qui se riait de tous (la malédiction du comte Monterone, au début de l’opéra, qui s’adresse face au boufflon, s’est accomplie) : la morale est cynique et barbare, au diapason de l’humanité qui est dépeinte. Mais à trop moquer l’autre, on pourrait s’en mordre les doigts. A la fin de l’ouvrage, Rigoletto a tout perdu et doit regretter d’avoir tant railler les autres…

Toulouse : Rigoletto, le nouveau défi de Ludovic TézierLe tragique qui sert de fond narratif s’accompagne ici de grotesque mordant, d’humour inhumain, de ce grotesque que Hugo aimait user pour dresser le portrait du genre humain. Ainsi en s’inspirant du Roi s’amuse de Hugo, Verdi déploie une maestrià unique jusque là, dans la fusion des genres : comique et légers (le Duc), cynique et barbare (la foule des courtisans), grotesque sanguinaire et fantastique (Sparafucile et la scène du meurtre de Gilda au III)… Intense, brûlante, âpre et étonnement juste, la lyre de Rigoletto fixe une nouvelle esthétique réaliste et fantastique, tragique et cynique à la fois (l’ouvrage est créé à La Fenice de Venise le 11 mars 1851), une réussite éblouissante, expressionniste et poétique, qui place désormais Verdi, au devant de la scène opératique en Europe. La production toulousaine est la reprise de la mise en scène créée par Nicolas Joel en 1992. L’argument de poids du spectacle en novembre 2015 au Capitole, demeure l’incarnation du baryton français Ludovic Tézier qui pourrait affirmer une profondeur blessée et tragique convaincante, s’il force un peu sa vraie nature… A voir à partir du 17 novembre 2015.

 

 

 

boutonreservationRigoletto de Verdi au Capitole de Toulouse
5 représentations
Les 17, 20, 22, 26 et 29 novembre 2015

Durée : 2h50 (avec entracte)
Production du Capitole de Toulouse, reprise, créée en 1992

Daniel Oren, direction
Nicoals Joel, mise en scène

Ludovic Tézier, Rigoletto
Saimur Pirgu, Le Duc
Nino Machaidze, Gilda
Sergey Artamonov, Sparafucile
Maria Kataeva, Maddalena…

Diffusé en direct sur Radio Classique, le 26 novembre 2015 à 19h30

 

 

 

 

Compte rendu critique, opéra. Toulouse, Théâtre du Capitole, le 9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; Opéra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur d’après Villiers de l’Isle-Adam ; créé en concert le 1er décembre 1949 à Turin ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe-Bleue ; Opéra en un acte et un prologue sur un livret de Béla Balázs ; créé le 24 mai 1918 à l’Opéra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; Aurélien Bory : mise en scène ; Taïcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scène ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; Aurélien Bory, Pierre Dequivre : scénographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumières Avec : dans Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La Mère ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon, Le Geôlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux Prêtres. Dans Le Château de Barbe-Bleue : Bálint Szabó, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; Yaëlle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; Chœur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Toulouse, passionnante ouverture de saison 2015-2016 au Capitole. Le Château de Barbe-Bleu est une si belle œuvre que lui chercher un compagnon relève de la folie. Une oeuvre si belle, si dense et si profonde, qui exige tant du spectateur plongé dans des abîmes philosophiques où l’orchestre est absolument fabuleux et qui demande deux grandes voix, suffirait en intensité. Mais le compte temps n’y est pas. Un peu, toute proportion gardée,  comme dans Didon et Enée de Purcell.

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Château magnétique au Capitole

Le Capitole a su rendre justice au chef d‘œuvre de Bartók. La direction musicale du chef italien Tito Ceccherini est celle d’un amoureux de la partition. Il sait en rendre toutes les subtilités assurant aussi bien hédonisme généreux et intensité théâtrale à couper le souffle. L’Orchestre du Capitole est admirable de nuances comme de couleurs. Seul un orchestre symphonique  de cette trempe peut véritablement rendre justice, dans une fosse, à une partition si formidable. La mise en scène est habile ; elle permet aux chanteurs de caractériser leurs personnages avec force. Lui, d‘abord immobile, qui se laisse gagner par les mouvements de plus en plus larges de Judith. Tous deux faisant bouger des portes. Le dispositif scénique de ces portes autour d’un axe central est aussi beau qu’habile. Capable en tous cas de beaucoup de suggestions. Les lumières très précises d’Arno Veyrat habillant comme un arc en ciel de splendeur les portes et les entre-portes de la plus grande beauté possible ; l’ouvertures des portes est bien à chaque fois un moment fondateur qui éloigne de plus en plus les deux amoureux. La mise en scène et le dispositif scénique soulignent le combat philosophique et éthique de ces deux conceptions de l ‘amour que tout oppose. La réussite est totale ; elle ne nous permet pas de juger mais simplement de constater que Judith et Barbe-Bleu ne sont tout simplement pas sur le même plan symbolique. Chacun étant violant par l’intransigeance de sa vision de l‘Amour, creusant un abîme mortel  entre le femme et l’homme.  Les deux chanteurs, Bálint Szabó en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith  sont magnifiques, belles et grandes voix comme acteurs saisissants.

Cette très intéressante version du Château était précédée de l’étrange partition, dodécaphoniste – et un peu poussiéreuse – du Prisonnier de Luigi Dallapicola. Le parti pris de mise en scène a été particulièrement convainquant pour mettre en valeur le chef d‘œuvre de Bartok. Préparation philosophique aux mirages qui tente de permettre à l’Homme de croire à l’intérêt et au sens de la vie. Le prisonnier va vers une mort sans justification, comme la vie. Un pas de désillusion supplémentaire sera ce vertige de l’amour, prison mortelle du Château de Bartok. Le noir et blanc du Prisonnier prépare à la couleur ; le lyrisme aride et l’orchestration étrange préparent l’oreille à l’apothéose bartokienne. Le plasticien Vincent Fortemps  qui dessine sans couleurs en même temps que la pièce se déroule, permet de comprendre comment la vie se déroule sans plans et sans direction. Le système de projection en direct de ses coups de pinceaux est très bien réalisé. Vocalement la tessiture du rôle de la mère dessert Tanja Ariane Baumgartner, alors qu’elle est une superbe Juliette et la voix du prisonnier,  Levent Bakirci, est centrale et sans brillance bien loin de la puissance et de la rondeur ce celle du grandiose Barbe-Bleu du superbe Bálint Szabó. En ce sens, le personnage du Prisonnier devient un archétype de L’homme qui ne peut être que perdu dans une vie dénuée de sens. Gilles Ragon impressionne vocalement et par sa haute taille dans les deux rôles ambigus du geôlier et de l’inquisiteur. Le chÅ“ur, à qui Dallapicola réserve de belles pages, est magnifique.

Après deux œuvres si denses aux sujets si profonds l’audace de ce début de saison sera tempérée par la reprise pour la troisième fois d’un Rigoletto de bon aloi en novembre 2015. A Toulouse bien des gouts du public sont comblés à l’Opéra. Merci à Frédéric Chambert qui sait osciller entre audace et répertoire indéboulonnable. Le public a paru apprécier particulièrement cette ouverture de saison originale que France-Musique a diffusé dans ces soirées de samedi à l’opéra.

 

 

 

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015Compte rendu critique, opéra. Toulouse, Théâtre du Capitole, le  9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; Opéra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur  d’après Villiers de l’Isle-Adam ; créé en concert le 1er décembre 1949 à Turin ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe-Bleue ; Opéra en un acte et un prologue sur un livret de Béla Balázs ; créé le 24 mai 1918 à l’Opéra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; Aurélien Bory : mise en scène ; Taïcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scène ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; Aurélien Bory, Pierre Dequivre : scénographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumières  Avec : dans  Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La Mère ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon,  Le Geôlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux Prêtres. Dans  Le Château de Barbe-Bleue : Bálint Szabó, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; Yaëlle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; Chœur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Illustration : Patrice Nin © Capitole de Toulouse octobre 2015 – les deux chanteurs Bálint Szabó en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith. 

 

Opéra, compte rendu critique. Toulouse, Capitole le 30 juin 2015. Giacomo Puccini (1858-1924) : Turandot, Drame lyrique en trois actes sur un livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d’après la fable de Carlo Gozzi créé le 25 avril 1926 à Milan. Nouvelle production en coproduction avec le Staatstheater Nürnberg et le NI Opera (Belfast);Calixto Bieito, mise en scène ; Rebecca Ringst, décors ; Ingo Krügler, costumes ; Sarah Derendinger, vidéo ; Avec : Elisabete Matos ,Turandot ; Alfred Kim, Calaf ; Eri Nakamura, Liù ; Luca Lombardo , l’Empereur Altoum ; In Sung Sim Timur ; Gezim Myshketa, Ping ; Gregory Bonfatti, Pang ; Paul Kaufmann, Pong ; Dong-Hwan Lee, Un Mandarin ; Marion Carroué, Une Servante ; Argitxu Esain , Une Servante ; Dongjin Ahn, Le Prince de Perse ; Choeur et Maîtrise du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; direction musicale, Stefan Solyom.

turandot capitole toulouse juin 2015

 

 

 

Erare humanm est , sed persevare diabolicum (1). Quelle tristesse, quelle déception. La princesse Turandot, belle et cruelle, issue d’un conte irisé de couleurs, ravalée au fond d’un dépôt d’usine. Il en fallait de l’impudeur et de l’inculture pour mettre à mal ainsi l’ultime ouvrage de Puccini. ! On ne sait qui plaindre le plus les auteurs de la mise en scène sans poésie ni imagination ou les commanditaires irresponsables et dispendieux de l’argent public. Calixto Bieito est venu, il a sévi qu’ il ne revienne jamais ni à l’opéra, ni surtout à Toulouse avec un tel vide d’idées. La laideur absolue de la vue, sauf les lampions rouges, aura gâché la sublime partition de Puccini pour ceux qui n’ont pu regarder l’orchestre pour retrouver les couleurs et l’intensité musicale de la partition. Car heureusement l’orchestre a été merveilleux de précision, couleurs, nuances et phrasés. La direction de Stefan Solyom est souple, et développe avec efficacité l’éclat d’une partition fleuve à la riche orchestration. Le deuxième atout de cette production est le choeur et la maitrise, parfaits de présence vocale et de délicatesse de nuances. Le patient travail d’Alfonso Caiani porte les chœurs au sommet de l’opéra italien. La distribution est interdite de jouer et de montrer la moindre émotion ou le moindre sentiment. La performance d’ Alfred Kim en Calaf n’est que plus admirable. Voix belle, large et bien conduite mais impossible de déceler les capacités de l ‘acteur dans un tel marasme…

La Liu d’ Eri Nakamura a une voix corsée au large vibrato encore maitrisé, seule sa musicalité permet un peu d ‘émotion tant son jeux est bridé. Le minimum syndical pour la mort de Liu ! Il fallait imposer cela à une cantatrice trop docile.

Les autres acolytes, dont Ping, Pang, Pong, sont bons chanteurs mais tellement grotesques sur scène qu’ils ne peuvent rien offrir comme émotion même dans les évocations poétiques le la maison au bord du lac bleu… L’empereur Altoum, avec Luca Lombardo, est pour une fois une belle voix, avec l’autorité qui convient , mais sa mise en couches scénique signifie sa sénilité avec grossièreté…

Reste le cas d’ Elisabete Matos. Déjà dans Isolde sa placidité nous avait déconcerté, accablée d’une mise en scène ridicule , en blonde façon femme politique sur fond bleu marine, le ridicule la happe sans cesse. Et la voix immense et sans vie semble sans âme. Une machine à faire du son plus qu’une musicienne ne saurait rendre la complexité du personnage, la mise en scène détruit jusqu’à la crédibilité de la cantatrice…

Pour une fois il y a eu mauvais choix et injure au compositeur dans une production Capitoline. Avec beaucoup trop de politesse aux saluts, le public a vivement hué les responsables du massacre. Autrefois ils auraient eu droit aux plumes et au goudron.

ERRARE HUMANUM EST …

Oublions ce cauchemar de cartons, laideur et bêtise. C’est l’été, les festivals nous réconforterons et la rentrée ne peut être aussi moche, non, non , ce n’était qu’un très mauvais rêve….

SED PERSEVERARE DIABOLICUM ! Avis , avis aux décideurs.

(1) L’erreur est humaine si elle persévère, elle devient diabolique

 

 

Toulouse. Théâtre du Capitole ; Le 11 février 2015 ; Richard Wagner(1813-1883) : Tristan et Isolde, action musicale en trois actes sur un livret du compositeur créée le 10 juin 1865 à Munich . Production du Théâtre du Capitole (2007) ; Nicolas Joel : mise en scène ; Andreas Reinhardt : décors et costumes ; Vinicio Cheli : lumières ; Robert Dean Smith :Tristan ;Elisabete Matos : Isolde ; Daniela Sindram : Brangaene ; Stefan Heidemann : Kurwenal ; Hans-Peter Koenig : Le Roi Marc ; Thomas Dolié : Melot ; Paul Kaufmann, Un Berger / Un Matelot ; Chœur du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; Claus Peter Flor : direction musicale.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthCette production maison de Tristan et Isolde remonte à 2007 lorsque Nicolas Joel était maître des lieux. Sa mise en scène est sobre, laisse toute sa place à la musique et jamais l’oeil n’est distrait. Au contraire la stylisation des éléments de décors esthétisant le propos. Le grand plateau mouvant du premier acte rend perceptible l’élément marin et la lente montée de l’astre lunaire coïncide à son apogée avec la rencontre des futurs amants et l’effet du philtre. A l’acte 2, le fond de scène entièrement étoilé crée une nuit enveloppant les amants. Le roc sur lequel est étendu Tristan à l’acte 3 puis le nuage de mélancolie qui surplombe les amants fait sens : leur absolue solitude est évidente.

 

 

 

Fluide et beau Tristan à Toulouse

 

La sobriété du jeu d’acteur est compréhensible avec des chanteurs si peu acteurs et chacun concentré sur son rôle écrasant. Seule la Brangaene de Daniela Sindram  est actrice sensible et accomplie. Le roi Marc de Hans-Peter Koenig  tout de noblesse et de retenue touche visuellement par l’autorité bienveillante de son jeux. Les beaux costumes aux couleurs franches, sont empesés et ne permettent pas une grande liberté de mouvement.

Dans cette mise en scène plutôt statique, l’opéra avance pourtant grâce à une direction musicale très théâtrale. Claus Peter Flor dirige admirablement cette partition fleuve abolissant temps et espace. Lecture où le théâtre est roi, l’analyse fine de la partition permet des nuances exquises et des couleurs instrumentales d’une grande richesse. Les phrasés sont intéressants et la construction d’ensemble de la succession des trois actes est très réussie. L’orchestre du Capitole est royal, capable de toutes les finesses possibles, les nuances sont particulièrement creusées. La spacialisation des cors et du cor anglais est magnifiquement réalisée.

 

 

Tristan-et-Isolde-4914-crédit-Patrice-Nin-682x1024Sur le plan vocal l’Isolde d’Elisabete Matos est solide et vaillante. Elle arrive a chanter son Liebestod sans faiblesse, mais sans génie. La voix puissante est sans particularité, les phrasés ne sont pas toujours du niveau attendu. Par contre la Brangaene de Daniela Sindram est de haute lignée. La voix a un beau métal ombré mais la clarté du timbre par moments permet de comprendre comment cette belle cantatrice peut aborder des sopranos dramatiques comme Sieglinde. Le chant est subtil avec des phrasés nobles et un jeu de scène poignant.  Du côté des hommes, incontestablement il n’y a eu aucune faiblesse dans la distribution. Le Tristan de Robert Dean Smith a un timbre juvénile et brillant. Nous avons connu cet artiste dans l’impossible rôle du Kaiser dans la femme sans ombre de Richard Strauss. La solidité de la voix, la beauté du timbre et l’absence de vibrato rendent justice au héros sublime que doit être Tristan. Par contre le jeu du chanteur est assez inexistant.
Hans-Peter Koenig en Roi Marc est parfait. Beauté du timbre, noblesse du jeu, subtilité des phrasés et perfection de la diction. Tout est là pour que l’émotion naisse dans sa grande tirade de l’acte 2. Stefan Heidemann en Kurvenal campe un personnage attachant, la voix est belle et la diction nette.
Les petits rôle sont correctement tenus, avec une intense  émotion chez Paul Kaufmann en berger. Les choeurs d’hommes sont impressionnants de présence dans leurs courtes mais déterminantes interventions. Une belle production qui n’a pas perdu en intérêt et qu’il a été bon de retrouver. C”est un Tristan fluide, la partition si troublante déroulant son envoûtement sans heurts pour notre plus grand plaisir.

 

 

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Illustrations : P. Nin

 

 

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou. David Syrus, Walter Sutcliffe.

Quelle intelligence de proposer à Walter Sutcliffe une telle gageure ! Frédéric Chambert a en effet osé demander au metteur en scène britannique d‘utiliser le même décor pour deux opéras de Britten créant ainsi une perspective vertigineuse sur la maltraitance infantile dans les familles.  Nous garderons en effet de cette aventure un enrichissement inattendu des œuvres de Britten. Si chaque opéra seul, de part sa puissance théâtrale, vaut  habituellement une soirée d‘opéra, ce qui sera réalisé plus tard à Toulouse qui propose chaque opéra séparément, nous pouvons écrire que la puissance de ces deux œuvres dans leur suite, donne à penser comme rarement à l’opéra. La mise en scène de Walter Sutcliffe est digne du théâtre : chaque acteur-chanteur fait bien plus que d’habitude à l’opéra. Physiques parfaitement liés aux rôles, voix belles et diction parfaite permettent au spectateur de suivre avidement deux actions théâtrales fulgurantes, grâce à des artistes très engagés.

 

 

 

Choc salutaire

 

_59P9160Owen Wingrave défend avec audace un pacifisme pensé, argumenté, courageux dans une famille où plus personne ne pense plus depuis longtemps, chacun répétant sans en rien comprendre, tels des perroquets décérébrés, une ode à la mort des mâles et agissant en serviteurs zélés de Thanatos. Le pauvre Owen, de retour dans sa famille après sa formation, abasourdi par tant de bêtise et de méchanceté entremêlées perdra la vie, volontairement … ou tué par un membre de la famille, la question reste ouvert. Chacun dans cette pièce oppressante joue et chante à merveille : Dawid Kimberg  avec une voix lumineuse en Owen, une dignité et une noblesse perceptible touche le cœur dans son monologue pacifiste. Voilà des mots puissants à se répéter sans cesse :

La paix n‘est pas oisive mais vigilante. La paix n’est pas consentement mais quête. La paix n’est pas muette, elle est la voix de l’amour.

Toutefois face à tant de vide de pensée et tant de haines, rien de  cette intelligence et de cette force d’ âme n’a pu tenir… Le décor est réduit en hauteur afin de permettre aux acteurs de gagner en présence pour le spectateur. Le jeu est habile et naturel. Vocalement chaque voix est parfaitement choisie et l‘équilibre général est remarquable.

Le manoir de Paramore est sinistre à souhait. Les éclairages de Wolfgang Goebbel accentuent le malaise et rendent perceptible l’oppression d’ Owen.

L‘orchestre est magnifique, les choeurs surnaturels glacent le sang. Et la ballade macabre de la famille Wingrave est chantée de manière inoubliable par Thomas Randle. Les costumes parfaitement assortis aux décors dans des tons subtilement associés sont du meilleur goût. Kaspar Glarner a fait un travail d’orfèvre.

_59P9454Retrouver des éléments de décors détournés avec esprit dans Le Tour d’écrou accentue le malaise face à l‘enfance maltraitée. Là-bas, les ancêtre en portrait avaient menés Orwen à la mort autant que les vivants. Ici, La présence du tuteur si coupablement absent de la vie des enfants,  en des portraits géants prend un sens nouveau. C’est par son abandon que les enfants ont été manipulés par des pervers, devenus fantômes présents pour jamais dans l‘âme, l’esprit et le corps des enfants. La pédophilie ne pouvant jamais être exclue, on devine que les mauvaises rencontres les ont détruit. Les deux rôles d‘enfants chantés ont été remarquables et la puissance des voix parfaitement équilibrés avec celle des adultes. Plus lyrique que Owen Wingrave le Tour d‘écrou offre un rôle émouvant à la gouvernante. Anita Watson est un beau soprano lyrique qui joue ce personnage sensible et bon avec force et émotion. Le Quint de Jonathan Boyd est aussi séduisant vocalement que le jeu de son personnage est répugnant par sa lascivité, créant une tension entre la vue et l’ouïe qui déstabilise. Du grand art !

Avec concentration et une main de fer David Syrus obtient de l’Orchestre du Capitole une tension dramatique quasi insoutenable, dans une splendeur sonore de chaque instant. Bravo à tous les musiciens de  l’orchestre !

La mise en scène  de Walter Sutcliffe trouve tout au long de la soirée une théâtralité naturelle, comme la musique coule et le texte se déploie, en un spectacle total.

Cette association généreuse offre un spectacle de près de quatre heures dont le spectateur ressort plus lucide, loin du conformisme ambiant. Un moment trop rare dans une salle d‘opéra. Merci à Frédéric Chambert qui signe ici l’une de ses plus audacieuses productions au Capitole de Toulouse.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou.  

Owen Wingrave, Opéra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’après la nouvelle de Henry James créé le 16 mai 1971 à la télévision, BBC 2, création scénique le 10 mai 1973 au Royal Opera House, Covent Garden, Londres. Walter Sutcliffe, mise en scène ; Kaspar Glarner, décors et costumes ; Wolfgang Goebbel, lumières. Avec : Dawid Kimberg, Owen Wingrave ; Steven Page, Spencer Coyle ; Steven Ebel, Lechmere ; Elisabeth Meister, Miss Wingrave ; Janis Kelly, Mrs Coyle ; Elizabeth Cragg, Mrs Julian ; Kai Rüütel, Kate Julian ; Richard Berkeley-Steele, Général Sir Philip Wingrave ; Thomas Randle, Le Narrateur / Le Chanteur de ballades. Production Opéra de Francfort (2010).

 

Et

 

Le Tour d’écrou, Opéra en deux actes et un prologue sur un livret de Myfanwy Piper d’après la nouvelle de Henry James créé le 14 septembre 1954 au Teatro la Fenice, Venise ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scène ; Kaspar Glarner, décors et costumes; Wolfgang Goebbel, lumières. Avec: Jonathan Boyd, Le Narrateur / Peter Quint ; Anita Watson, La Gouvernante ; Francis Bamford / Matthew Price, Miles ; Lydia Stables / Eleanor Maloney, Flora ; Anne-Marie Owens, Mrs Grose ; Janis Kelly, Miss Jessel.

Maîtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale, David Syrus.

 

 

 

 

Illustrations : F. Nin © Capitole 2014.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 31 octobre 2014. Claude Debussy (1862-1918) : Nocturnes, triptyque symphonique avec chœur de femmes ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, trois poèmes pour chant et orchestre ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Les songes d’une nuit d’été musique de scène, op61 (extraits) ; Marianne Crebassa, mezzo-soprano ; Chœurs du Capitole, chef de chœur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Pierre Bleuse, direction.

bleuse, pierrePierre Bleuse a sauvé un programme ambitieux en acceptant de relever le défi de diriger, en urgence, un copieux concert programmé de longue date et que le chef Josep Pons, retenu au-delà de Pyrénées, n’a pu honorer de sa présence. Au-delà du sauvetage qui lui vaudrait toute notre sympathie et notre admiration il est indéniable que Pierre Bleuse, violoniste de grand talent, venu assez récemment à la direction d‘orchestre, a convaincu par sa grande musicalité. Encore prudent dans sa gestuelle et très concentré, il a montré une belle qualité de clarté des plans sonores, un intéressant dosage des nuances, surtout une capacité à laisser chanter l‘orchestre dans une sorte de liberté permettant à la musique quelque soit son style de se développer.

Les trois Nocturnes de Debussy ont ainsi évoqué pour Nuages, une texture ouatée et ferme dans une légèreté très poétique avec des choeurs bouches fermées d’une subtile évocation. Fête a caracolé avec puissance et joie dans une très belle fermeté rythmique. Dans Sirènes, le dosage entre le chœur a moins fonctionné car les nombreuses sirènes avaient des accents quelque peu wagnériens. Mais quel hédonisme sonore !

La toute jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa dès son entrée sur scène a irradié de sa douce présence. Avant tout un timbre rare par sa couleur mordorée nous a envouté puis une diction claire et enfin une musicalité délicate avec de très beaux phrasés. Cette toute jeune cantatrice est promise à un bel avenir d’autant que sa personnalité artistique semble attachante dans son écoute et son partage avec l’orchestre et le chef. L’Orient évoqué dans ces trois mélodies sur des poèmes de Tristan Klingsor, a été ce soir avant tout poésie de l’imagination débarrassée d’une couleur locale trop appuyée. Les musiciens de l’orchestre ont rivalisé de subtilités et la direction souple de Pierre Bleuse a crée un climat de liberté propice à une magnifique musicalité partagée. Le public de s’y est pas trompé quia a chaleureusement applaudi. Le pari de Pierre Bleuse était gagné : il a su  transférer sa sensibilité musicale de violoniste à la direction d’orchestre.

En deuxième partie de programme le chœur est revenu pour de très larges extraits de la musique de scène du Songe d’une nuit d‘été de Mendelssohn. Deux cantatrices sont venus se joindre à l’orchestre afin de compléter les forces nécessaires à une belle réalisation de ces pages magiques. Julie Wischniewski et Anne Magouët, sopranos, avec beaucoup de goût et de musicalité ont abordé leurs airs et duos féériques. Le climat de poésie nocturne a semblé particulièrement inspirer Pierre Bleuse qui a su trouver des phrasés variés, des nuances subtiles. Il a également lâché toutes les forces orchestrales dans une marche nuptiale enthousiasmante. Mais c’est bien le climat si particulier de ces pages de Mendelssohn si évocatrices de la nature dans sa beauté et son mystère qui a dominé cette interprétation. Pierre Bleuse a également su mettre des touches d‘humour bienvenues.  Le chœur a apporté de belles couleurs et une présence pondérée cette fois.

Un très agréable concert sur le thème du voyage et du rêve qui a permis de découvrir deux talents à suivre. Nous espérons les retrouver bientôt.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scène ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumières ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery Lefèvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirée d’opéra. Les cordes suraiguës sont subtiles, le canapé sur lequel dort Riccardo avec une élégance très inhabituelle pour un ténor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensée. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scène fait passer le souffle de l’idéal des Lumières cher au XVIIIème siècle. Le choeur d’hommes est bien nuancé. Le réveil du comte déguisé en monarque fonctionne à merveille entre rêve et réalité,: il situe bien l‘idéalisation de cet homme de pouvoir animé par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opéra ses promesses. Longue voix de ténor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rêve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la légèreté que dans le drame. Quand on sait la difficulté du rôle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scénique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scénique. Il faut dire à sa décharge qu‘elle a été abandonnée à son triste sort par le metteur en scène et le costumier. Une petite robe noire en imperméable transparent pour la scène du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur même pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsée capable d’allégements, avec des forte puissants et des sons piani délicats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une émotion poignante dans le deuxième. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plénitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste à un niveau de prise de rôle honnête sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple méchant de mélodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnégation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espérons en souplesse et en intelligence théâtrale avec l’expérience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminé fortissimo… (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupé metteur en scène et costumier qui en font un personnage intéressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsée que bien souvent sans rien abandonner des vocalises légères du rôle. Avec Riccardo, ils forment le couple théâtral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scéniquement une sorcière de salon plus élégante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habileté du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrée retiennent l’attention.

Le choeur est à la hauteur des très belles pages écrites par Verdi. Admirablement préparés par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opéra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasés. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attaché à ses oppositions kaléidoscopiques passant si abruptement du monde léger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scène de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage …. Même réserve pour les décors et les lumières se font oublier, absentes dans la scène nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des Lumières incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scène ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumières ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery Lefèvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théâtre du Capitole, le 19 juin 2014. Richard Strauss (1864-1949) : Daphné, tragédie bucolique en un acte, op.82 sur un livret de Joseph Grégor. Nouvelle production. Hartmut Haenchen, Direction musicale.

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En terminant sa saison d’opéra sur cette rarissime Daphné Frédéric Chambert a fait un pari audacieux. Les intermittents du spectacle dans leur angoisse des changements à venir ont empêché le public, – pris injustement en otage-, de voir la première le 15 juin. Cette violence contemporaine va en fait assez bien à Daphné. L’oeuvre si difficile représente tout sauf quelque chose de tendre. La violence est consubstantielle à cet opéra. Sa création a été minée en ces dernières années 1930 par la censure la plus abjecte. Strauss ne pouvait plus travailler avec des librettistes juifs et Stefan Sweig, pourtant consulté en secret, ne sera pas nommé. Strauss toujours désireux d’équilibrer puissance orchestrale moderne, éclat des voix et compréhension du texte a peut être ici  réalisé son plus bel équilibre. Daphné est bien plus proche de Salomé, voir Elektra, que du Chevalier à la Rose.  C’est là que se présente la plus grande difficulté de l’oeuvre qui n’a rien de simplement bucolique malgré un début fait de tendresse au seuls bois de l’orchestre.
Plus ou moins consciemment, Richard Strauss a tissé dans sa partition orchestrale les éléments de violence de son époque. Un dieu arrogant détruit beauté et innocence, et une femme éprise d’absolu est aveugle aux autres humains se réfugiant dans l’éternelle nature croyant esquiver la mort. On sait comme les Aryens en leur folie et leur croyance en l’existence des races ont conduit à la plus grande perversion des hommes. L’orchestre est plein de cette violence et de cette brutalité.

Incandescente Daphné au Capitole

Dans un passionnant article du programme, Hartmut Haenchen, explique comment il a repris toutes les corrections de Strauss afin d’éviter la “bouillie informe” que sa partition peut contenir. La patient travail du chef allemand nous offre une interprétation musicale et dramatique de toute splendeur. L’Orchestre du Capitole a sonné de manière incandescente toute la soirée. Tout était parfaitement équilibré avec une lisibilité de tous les plans sonores. Chaque instrumentiste a été parfait et l’ensemble permettait à la fois d’entendre chaque passage instrumental solo comme les effrayants tutti  dans une palette de dynamique sonore exaltante.  La présence des cordes capables de fournir une matière onctueuse (de double crème), comme des acidités terribles, mérite une mention particulière. Les suraigus de la toute fin de l’oeuvre ont été un véritable instant de magie, créant des vapeurs d’or dans l’air. Avec un sens dramatique toujours en éveil Hartmut Haenchen a tenu son orchestre à chaque instant avec une tension parfois insoutenable.
L’équilibre avec les chanteurs a été constamment exact, jamais un Apollon n’a été soutenu avec une violence si grande, oui soutenu, jamais écrasé avec pourtant des fortissimi effrayants. L’orchestre a donc été splendide amenant le drame à son terme dans la plus folle démesure comme la plus grande subtilité (le froissement de cymbale final) .
La mise en scène de  Patrick Kinmonth est peut être plus picturale que dramatique. La référence à l’Arcadie est évidente et peut être un peu trop appuyée. Les costumes à l’antique en toile écru ont l’allure de ceux du début du XXème siècle.  Ils manquent curieusement de simplicité et laissent un peu perplexe. Sauf la somptueuse robe bleu de Gaea.  Le décor fonctionne bien mais l’aspect minéral de la grotte en carton pâte n’est séduisant  qu’avec les très beaux éclairages de Zerlina Hughes. Pourquoi donc le montrer sans aucune magie, avant le lever du rideau ? La descente des murs de marbre après le meurtre commis par Apollon, par le nouvel enfermement produit et la beauté irrésistible du mur de fond rendent bien compte de la folie qui se révèle. Faut-il alors passer  par le meurtre de Leukippos pour arriver à tant de beauté ? La “révélation” de l’arbre final n’est pas dans la tempo de la musique, il est frustrant de le voir si peu de temps et trop tard après les derniers mélismes de Daphné.
Toutes ces réserves sont minimes car le jeu d’acteurs est très efficace n’éludant pas les rapports violents entre les personnages.  Les scènes de groupe sont efficaces et le choeur masculin, participe activement à l’action, mais surtout il est vocalement parfait avec des nuances magiques. la chorégraphie de Fernando Melo crée des vraies identités de personnages et les effets de masse sont très réussis.

La distribution est parfaitement équilibrée. Les ancêtre sont somptueux de présence tant vocale que scénique. Franz-Josef Selig est un Peneos charismatique à la voix d’airain. En mère tutélaire, Anna Larsson est d’une beauté stupéfiante. L’allure de cette grande et belle femme est associée à une voix de contralto d’une profondeur mielleuse. Son timbre rare diffuse des harmoniques d’une grande richesse. Les pâtres et les servantes sont excellents. Belles voix bien projetées et belles présences scéniques. Une mention particulière pour le duo féminin. Bénédicte Bouquet et Hélène Delalande, qui sont remarquables. Les timbre sont très assortis et brillants assurant une belle présence vocale dans une distribution terriblement efficace. Car les trois rôles principaux sont très difficiles. Daphné doit être un grand soprano pour dominer les sublimes lignes de chant de Richard Strauss. La jeunesse du timbre doit être évidente et la grâce du personnage doit être plus visible que sa vaillance.

strauss-apollon-daphne-capitole-toulouse-474Claudia Barainsky est une Daphné exceptionnelle. Le timbre est pur et la projection de la voix extraordinairement efficace. Jamais dominée par un orchestre très puissant elle fait face à toutes les exigences du rôle. Elle arrive à rendre son texte presque toujours compréhensible malgré la tessiture meurtrière ; et son jeux est très sensible. L’exhalation du personnage est très bien rendue et sa difficulté à se contenter des relations avec les humains également dans cette recherche d’absolue mortifère. Dans les duos avec ses deux amoureux, elle trouve une présence très différente rendant le personnage très intéressant.
Les deux ténors sont traités avec beaucoup d’exigences par Strauss. Lui même savait sa difficulté à écrire pour cette tessiture. Les deux rôles sont meurtriers. En Leukippos, le canadien Roger Honeywell est très touchant. La voix est brillante mais surtout le chanteur est particulièrement sensible, les tourments du jeune berger sont lisibles tant dans son chant que dans son jeu. Sa noblesse provoque  également une vive sympathie. Mais le phénomène vocal le plus incroyable de la soirée est Andreas Schager. Ce ténor germanique tout longiligne a une voix de stentor. Il lui faut même un peu de temps afin de doser sa projection vocale face à l’orchestre et ses collègues. La puissance de cette longue voix semble sans limites. Le timbre est lumineux et le métal très noble. Cet habitué de Tristan et Siegfried doit être spectaculaire s’il a l’endurance nécessaire, ce que sa forme en fin de spectacle laisse entendre. Avec des moyens vocaux hors du commun, il campe un personnage altier, suffisant et méprisant. Apollon n’est pas n’importe qui ; même déguisé en bouvier. La morgue de l’acteur, son allure faussement nonchalante le rendent odieux et son abus de pouvoir en tuant un simple mortel relève de l’insoutenable. Mais en grand artiste Andreas Schager arrive dans son long monologue des remords à gagner la bienveillance du public. Pour une fois un puissant à qui tout réussit, arrive à susciter un début d’empathie…  Après ce grand monologue en forme de prière, la dernière scène de transformation de Daphné devient une apothéose telle que nous l’attendions. La magie de cette dernière scène est totale avec de tels interprètes. L’orchestre est magnifique de couleurs, de nuances et d’impact. La voix de Claudia Barainsky semble sans limites capable d’une puissance terrible comme d’une douceur délectable. Le public comme en transe fait un triomphe à cette magnifique production, elle a toutes les qualités pour tourner dans les théâtres voulant rendre hommage à Richard Strauss dans un ouvrage fulgurant qui se révèle ainsi à la scène. Magistral.

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théâtre du Capitole, le 19 juin 2014. Richard Strauss (1864-1949) : Daphné, tragédie bucolique en un acte, op.82 sur un livret de Joseph Grégor. Nouvelle production. Patrick Kinmonth : Mise en scène, décors, costumes ; Fernando Melo : Chorégraphie ; Zerlina Hughes, Lumières ; Distribution : Franz-Josef Selig, Peneios ; Anna Larsson, Gæa ; Claudia Barainsky, Daphné ; Roger Honeywell, Leukippos ; Andreas Schager, Apollo ; Patricio Sabaté, Premier Pâtre ; Paul Kaufmann, Deuxième Pâtre ; Thomas Stimmel, Troisième Pâtre ; Thomas Dear, Quatrième Pâtre ; Marie-Bénédicte Souquet, Première Servante ; Hélène Delalande, Deuxième Servante ; Choeurs du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Hartmut Haenchen, Direction musicale.

Illustrations : © P. Nin 2014

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, 16 mai 2014. Verdi: I due Foscari. Gianluigi Gelmetti : direction musicale. Stefano Vizioli: mise en scène.

Les idées fausses ont parfois la vie dure. I due Foscari est tout sauf un opéra de jeunesse à oublier et Verdi a écrit une partition superbe, injustement méconnue contrairement à ce qui a souvent été dit et écrit. Rendons grâce au directeur Frédéric Chambert qui a réunis tous les moyens pour faire de cette production du Capitole une réussite totale. Le public a semblé ravi et a fait un beau triomphe à cette production. La mort rode dans Venise et la vengeance décime une famille sous les yeux du spectateur. Le rôle du « méchant » Jacopo Loredano, est dévolu à une basse mais n’est pas aussi développé que Wurm, Macbeth, le Grand Inquisiteur ou Iago dans les opéras futurs ; pourtant ses machinations sont terriblement efficaces. Il parvient à devenir Doge à la toute fin de l’ouvrage ayant conduit le fils du Doge et le Doge à la mort par désespoir. Le ressort psychologique est assez fin car finalement toutes les valeurs conduisent les héros à la mort. Le père en tant que Doge doit participer à la condamnation de son fils et son refus d’utiliser son pouvoir pour sauver son enfant le conduira à condamner un innocent. Le fils de ce noble Doge a hérité de fortes valeurs patriotiques et d’amour de la famille qui ne lui permettent pas de survivre à l‘injustice de sa condamnation et à la séparation définitive par l‘exil de tout ce qui compte pour lui : sa patrie, son rang,  sa famille. La femme du condamné avec noblesse demande à suivre son mari en exil … ce qui lui est refusé. Elle aussi est donc brisée, privée de soutien, mère de deux orphelins à l‘avenir bien sombre.

 

 

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La douleur est superbement source de musiques très belles du jeune Verdi. Des grands airs sont offerts aux solistes et la  grande scène  de la soprano à l’acte I est dans les pas du Miserere du Trouvère. La scène de folie du ténor à l’acte II est un grand air, beau et puissant. Quand au rôle du Doge dévolu à un baryton, il requiert un artiste à la vocalisé impeccable, ayant une sens du drame et des mots avec en particulier une grande scène au dernier acte sur la vanité du pouvoir, de haute inspiration. L’orchestration est richement colorée et de superbes moments sombres accompagnent le drame. Certes Verdi se soumet encore aux formes de l‘opéra romantique italien de ses prédécesseurs, ainsi des cabalettes terminent souvent les airs fermés, mais des moment plus libres font éclater le cadre.

Un sombre verdi inconnu et superbe

Dans la production capitoline, la mise en scène, les décors, les costumes et les lumières se complètent pour rendre justice au drame verdien. Le décors avec l’immense tête du vrai Francesco Foscari et ensuite l’énorme tête de lion sont les uniques éléments de décor ; mais ils offrent une puissance d’évocation peu commune. Les costumes sont riches avec des velours lourds aux couleurs variées. Globalement l’époque des faits est respectée et rien d’incongru ne vient divertir de l‘action. La sobriété des acteurs sied bien à cette action intériorisée plongeant dans l’âme des personnages. Musicalement, la direction de Gianluigi Gelmetti est efficace, précise : on devine son plaisir à faire sonner le superbe orchestre du Capitole en pleine forme. Il peut se permettre cette puissance car les chanteurs ont tous des moyens adéquats. Tamara Wilson est un grand soprano verdien spinto. Capable d’aigus tranchants et charnus, ses graves sont corsés et le médium, homogène. In Loco, sa Léonora du Trouvère avait déjà convaincu. Elle porte le rôle de Lucrezia au même niveau d’intensité. Le ténor vénézuelien, élève d’ Alfredo Krauss à Madrid, Aquiles Machado, est une voix à suivre. La puissance alliée à la finesse des nuances avec de superbes messe di voce lui permet de briguer bien des rôles verdiens. Très engagé scéniquement, il porte l‘émotion de ce rôle de condamné perdu d’avance, avec éloquence et noblesse. Les deux voix sont superbes de couleurs, de textures, de richesses harmoniques ; leur duo est donc un très grand moment. Le baryton Sebastian Catana incarne le rôle du Doge et du père qui perd tout espoir avec une intensité vocale et scénique d’une grande efficacité. Verdi demande déjà pour ce rôle une longue voix de baryton, des couleurs variées et un sens du texte inhabituel. Le compositeur reviendra à cette figure de pouvoir meurtrie avec Simon Boccanegra mais déjà ici le rôle est magnifique.

La distribution des trois rôles principaux est donc proche de l’idéal. Les choeurs puissants ont rendu hommage à l‘inspiration verdienne bien connue. Le rôle pas très développé de la « méchante » basse est très intensément incarné par le jeune Leonardo Neiva à l’autorité déjà impressionnante. Les autres petits rôles y compris ceux sortis du choeur sont excellents,  ce qui dans ce niveau vocal n’est pas peu dire.

Au final  les deux Foscari a été représenté dans une production de haute tenue à Toulouse. La retransmission le vendredi 23 mai sur Radio Classique permettra à chacun de découvrir avec plaisir un bel opéra de Verdi dans une distribution magnifique.

 

 

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Toulouse. Théâtre du Capitole, 16 mai 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901): I due Foscari, Opéra tragique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après une pièce de Byron, créé le 3 novembre 1844 au Teatro Argentina, Rome. Stefano Vizioli: mise en scène; Cristian Taraborrelli : décors; Annamaria Heinreich : costumes ; Guido Petzold : lumières ; Avec:Sebastian Catana, Francesco Foscari ; Aquiles Machado, Jacopo Foscari; Tamara Wilson, Lucrezia Contarini; Leonardo Neiva, Jacopo Loredano ; Francisco Corujo, Barbarigo ; Anaïs Constans, Pisana ; Choeur du Capitole,Alfonso Caiani direction; Orchestre National du Capitole; Gianluigi Gelmetti : direction musicale.

Illustrations : I Due Foscari de verdi à Toulouse © P. Nin 2014

 

Toulouse, Capitole. Philippe Hurel : Les Pigeons d’argile.15>20 avril 2014

Unknown-1OPERA, création. Toulouse, Capitole, Les Pigeons d’argile. 15>20 avril 2014. A Toulouse, Philippe Hurel tire son sujet d’un fait d’actualité: l’enlèvement par un groupe terroriste de Patricia Hearst, héritière d’un magnat de la presse (avril 1974). L’ouvrage est une commande du directeur du Capitole, Frédéric Chambert. Le compositeur et son librettiste (Tanguy Viel) recomposent la matière du fait historique pour en tirer la matière d’un opéra non politique mais psychologique centré sur la relation de la prisonnière et de son geôlier, Patricia et Toni. Le témoignage et l’expérience de cet enlèvement par le compagnon d’armes de Toni, Charlie pèsent aussi progressivement. Le trio devient huit clos sentimental. L’opéra traite de la jeunesse inconsciente des terroristes, leur fragilité psychique face à la réalité, leur naïveté face à la violence de leurs actes; ils sont ces pigeons d’argile, proie des tireurs au ball-trap, qui explosent en vol, preuve de leur dérisoire pouvoir sur les êtres et le monde. Formé à l’écriture spectrale, Philippe Hurel privilégie l’efficacité du drame, l’enchaînement resserré des épisodes en une texture transparente qui recherche l’équilibre entre texte projeté naturellement (par les 6 solistes tout au long du drame) et masse orchestrale.  Les Pigeons d’argile de Philippe Hurel (né en 1955) : Toulouse, Capitole, les 15,18,20,22 avril 2014.  

 

 

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théâtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: mise en scène. Tugan Sokhiev, direction

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Si l’association de Cavalleria et Paillasse ne brille certes pas par l’originalité, il faut reconnaitre que l’efficacité du dispositif toulousain est totale. Impossible de résister à Toulouse à cette version magnifique des deux opéras en un acte. Il est certain que le concision et la concentration obtenue par cette contrainte ont mobilisé le meilleur génie de chacun des compositeurs dont aucun des autres opéras n’a obtenu le succès de ce duo étrange. Et lorsque tous les moyens sont utilisés le résultat est là. Cavalleria Rusticana ouvre la soirée avec, dès les premières mesures de son magnifique prélude, la certitude de vivre un grand moment de musique. L’orchestre a des sonorités d’une plénitude symphonique inhabituelle au fond d’une fosse. Les cordes en particulier sont brillantes autant qu’émouvantes dans les longues phrases de Mascagni.

 
 

Mascagni : Bravo, bravissimo ! …

 

Tugan Sokhiev est un orfèvre qui tout au long de la soirée a à coeur de rendre le drame autant que la beauté plastique des partitions. C’est dans Cavalleria que sa direction précise et souple fait merveille offrant toutes les beautés de la partition, ciselées et irrésistibles jusque dans la manière d’assumer une forme de grandiloquence. Portés par une telle beauté, les artistes chantent avec une grande élégance et une tenue inhabituelle dans ce répertoire. Le Turrido de Nikolai Shukoff est époustouflant de présence et l’acteur sait rendre le tourment qui habite ce rôle plus complexe qu’il n’y parait. Vocalement le ténor a des moyens considérables (ceux d’un véritable heldenténor) qu’il adapte parfaitement à l’opéra italien. Face à lui la Santuzza d’Elena Bocharova a un jeu plus conventionnel mais surtout un engagement vocal si considérable qu’elle évoque un peu la projection droite et volcanique dont était capable Fiorenza Cossoto. Leur duo est marqué par une théâtralité associant un jeu très physique et un engagement vocal sans limites. Aucun des deux chanteurs, ne ménageant pourtant jamais sa voix, n’est pris en défaut. La Mamma Lucia d’ Elena Zilio est à la fois présente vocalement dans les ensembles, ce qui face aux héros aux voix de stentor n’est pas rien, et très émouvante dans ces très courtes interventions face à Santuzza et Turridu. André Heyboer en Alfio est capable de rendre perceptible toute l’humanité de son personnage un peu sacrifié. Vocalement il sait tenir face à toute les exigences du rôle avec une voix pleine et sûre. La Lola de Sarah Jouffroy est aguicheuse à souhait.
L’orchestre durant tout l’opéra a une place très importante offrant un miroir à l’âme si tourmentée de Santuzza. La beauté sonore est totalement captivante ainsi que le drame dont Tugan Sokhiev met en valeur chaque instant. L’Intermezzo restera longtemps dans les mémoires. La production de Yannis Kokkos qui assure mise en scène, décors et costumes, est très cohérente respectant les didascalies. La Sicile archaïque et religieuse est présente avec une église très écrasante et des escaliers habiles pour les mouvements de foule. Un travail très respectueux qui mobilise le drame a chaque moment.

Les mêmes éléments de décors sont utilisés pour Paillasse, la place de l’église servant de scène pour les saltimbanques. Là c’est l’engagement dramatique et théâtral de Tugan Sokhiev qui porte la partition à l’incandescence du drame le plus implacable. La folie meurtrière qui s’empare de Canio, obligé de jouer son tourment privé sur scène arrache des larmes dans son implacabilité. Le ténor géorgien Badri Maisuradze, habitué du Bolchoï, a tout à la fois une voix puissante et parfaitement maitrisée et un engagement scénique quasi viscéral qui convient parfaitement à ce personnage si malheureux, incapable de résister à sa violence. La performance vocale est à la hauteur de son jeux. La Nedda de Tamar Iveri est un papillon pris au filet qui n’arrivera pas à s’ échapper malgré son courage et sa détermination. La composition de la cantatrice, habituée aux rôles nobles et tristes, la rend méconnaissable de légèreté. Son art vocal lui permet avec délicatesse de vocaliser comme d’exprimer puissamment ses sentiments et sa révolte. En Tonio, Sergey Murzaev est très troublant capable de la plus grande vilénie comme d’un émotion noble dans le prologue.
C’est vraiment le théâtre qui domine Paillasse dans cette interprétation qui avance inexorablement vers le drame final. Avec cette éternelle question du jeu social si difficile à tenir dans les moments de tourments personnels, le théâtre dans le théâtre pirandellien dans Paillasse fait toujours son effet fulgurant. Les très belles lumières nocturnes de Patrice Trottier s’ajoutent à la cohérence du travail de Yannis Kokkos. Les choeurs dont la maîtrise sont très efficaces dans leurs courtes interventions et d’une belle présence scénique.

 

Drame et passions se sont développés avec puissance pour un public pris par les beautés de ces partitions envoûtantes. Chacune a retrouvé une noblesse irrésistible sous la baguette de Tugan Sokhiev dans une production belle et respectueuses des éléments consubstantiels aux mélodrames. Un grand succès pour cette production capitoline !

Toulouse.Théâtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: Mise en scène, décors et costumes; Patrice Trottier : Lumières; Anne Blancard : Dramaturgie. Avec : Elena Bocharova, Santuzza; Sarah Jouffroy, Lola; Nikolai Schukoff, Turiddu ; André Heyboer, Alfio; Elena Zilio, Mamma Lucia; Badri Maisuradze, Canio ; Tamar Iveri, Nedda; Sergey Murzaev, Tonio; Mikeldi Atxalandabaso, Beppe ; Mario Cassi, Silvio. Chœur et Maîtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction; Orchestre national du Capitole. Tugan Sokhiev, Direction musicale.

 

Illustration : © P. Nin 2014

 
 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der Freischütz, ouverture ; Richard Danielpour (né en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour débuter ce concert, l’orchestre, un peu pléthorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancé sans finesse dans l’ouverture du Freischütz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblé presque pris au dépourvu avec des attaques parfois imprécises et des cors en ordre dispersé. Les gestes énergiques du chef lui donnant presque un coté martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur américano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatrième symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrée, la partition ne manque pas d’allure en faisant référence à Britten y mêlant quelques éléments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en Cinémascope. La tragédie de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immédiat, le compositeur aimant à parler directement aux émotions de l’auditeur. Le chant final confié à une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son époux espérant toujours arriver à se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsée de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchée sont très évocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la résistance du peuple. Il s’agissait de la création française de cette pièce.

Après l’entracte la Quatrième Symphonie de Mahler a été proposée dans une interprétation immédiate et hédoniste par Giancarlo Guerrero. La beauté de cette partition très lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dérision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas été invités par un chef plutôt soucieux à tout moment de beauté sonore. L’orchestre est très généreux en somptuosité de timbres et moins en nuances et subtilité de phrasés. Le premier mouvement dans un tempo prudent a déroulé ses ensorcelants mélismes en toute candeur sans dérision ni gentilles moqueries lors des archets frappés ou les riches percussions. Le deuxième mouvement contenant une marche funèbre avec un premier violon en scordattura est resté très élégant et joyeux sans jamais rien d’inquiétant ou de vraiment provoquant. Le troisième, Ruhevoll,  eut la beauté des songes avec une avancée de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a été un peu décevant par son manque d’humour mais la partition jouée ainsi au premier degré avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le génie d’orchestrateur de Mahler et la virtuosité de l’orchestre du Capitole. L’évocation de l’ambivalence de l’enfance n’a même pas été effleurée. Cette version solide et avant tout centrée sur le beau son, a été bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprétation si complète sur bien des plans, y compris quant à l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnée par ce même orchestre autrement plus engagé sous la baguette de Tugan Sokhiev très inspiré en mars 2010…

Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 décembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der Freischütz, ouverture; Richard Danielpour (né en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.