Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 25 juin 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) ; Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (1840-1893); Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas Sondergard, direction.

SOndegard Thomas maestro chef capitole review critique concert Martin_Bubandt_2_Web_Version-1Le concert  permettait au public de retrouver un pianiste et un chef trĂšs apprĂ©ciĂ©s. Il s’est dĂ©roulĂ© sous des auspices amoureux qui se sont concrĂ©tisĂ©s par un Concerto n°4 de Beethoven admirable en tous points. DĂšs son entrĂ©e solo, le pianiste a suscitĂ©, en un toucher idĂ©al de pondĂ©ration, une Ă©coute Ă©mue. La rĂ©ponse tout en dĂ©licatesse de l’Orchestre du Capitole  a initiĂ© un dialogue de poĂ©sie, de bonheur, d’élĂ©gance. La direction de Thomas Sondergard contient la mĂȘme poĂ©sie pleine de finesse que celle du pianiste Inon Barnatan. L’orchestre avec des qualitĂ©s de timbre, de couleur et des phrasĂ©s de rĂȘve a Ă©tĂ© admirable de bout en bout. Le deuxiĂšme mouvement contient ce moment unique d’un dialogue entre la supplique du piano et la rigueur de l’orchestre qui finit par cĂ©der devant la bontĂ© et la pudeur de l’instrument soliste.

L’amour de la musique

Incroyable moment de beautĂ© et d’harmonie, gage de paix  gagnĂ©e au terme d’un intense dialogue partant sur des positions et des nuances au dĂ©part tout en oppositions. Exemple d’un idĂ©al de dialogue qui manque tant Ă  notre Ă©poque. Le dernier mouvement, extraverti et caracolant a Ă©tĂ© une fĂȘte de l’aventure commune entre le soliste brillantissime et l’orchestre qui peut tout. La technique d’Inon Barnatan est fabuleuse et les qualitĂ©s d’ensemble de cet artiste, vĂ©ritable poĂšte du piano, en font l’un des pianistes les plus attachants du moment.
Le concert avait dĂ©butĂ© avec une Ouverture III de LĂ©onore d’un drame assumĂ© avec des couleurs admirablement variĂ©es.
En deuxiĂšme partie de concert, la symphonie n°2 de TchaĂŻkovski reste un moment de fĂȘte de l’orchestre. Le lien amical entre Thomas Sondergard et l’Orchestre du Capitole a fonctionnĂ© parfaitement pour mettre en valeur la structure d’une symphonie plus complexe qu’il n’y paraĂźt. Les couleurs ont irisĂ© et les nuances ont Ă©tĂ© finement creusĂ©es. La gestuelle si Ă©lĂ©gante du chef danois est un rĂ©gal de chaque instant. Il obtient avec douceur tout ce qu’il veut. Cette symphonie est riche en thĂšmes russes inventĂ©s par TchaĂŻkovski ou retranscrits. Cette science de l’écriture si classique et occidentale permet une symbiose parfaite entre les deux mondes auxquels la Russie voulait appartenir. Un instrument solo a Ă©tĂ© la voix la plus Ă©mouvante de ce dialogue entre des racines retrouvĂ©es et une aspiration Ă  un ailleurs exigeant, c’est le cor de Jacques Deleplancque  dans une forme extraordinaire. Capable d’une richesse de couleurs allant du murmure le plus doux,  aux Ă©clats profonds les plus spectaculaires. Le basson d’Estelle Richard  avec beaucoup de personnalitĂ© a pris le relais pour lancer le thĂšme Ukrainien qui ouvre la symphonie. Le final a Ă©tĂ© amenĂ© avec conviction, dans un crescendo savamment conduit, s’achevant sur une intervention si dĂ©terminante des timbales, admirable Emilien Prodhomme !
Le public a Ă©tĂ© enthousiaste et a gĂ©nĂ©reusement applaudi deux artistes poĂštes inspirĂ©s, le pianiste Inon Barnatan et le chef Thomas Sondergard. Ils reviendront Ă  Toulouse nul doute n’est permis ! L’orchestre du Capitole s’est montrĂ© enthousiaste et dans ses plus beaux atours. Le public a Ă©tĂ© conquis.

Compte-rendu concert. Toulouse, Halle-Aux-Grains, le 25 juin 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Léonore III ouverture en do mineur ; Concerto pour piano et orchestre n°4 en sol majeur ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°2 en do mineur, « Petite Russie » ; Inon Barnatan, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Thomas Sondergard, direction.

Photo : © Martin

Ludovic TĂ©zier chante Rigoletto Ă  Toulouse

Giuseppe VerdiToulouse, OpĂ©ra.Verdi : Rigoletto. Du 17 au 29 novembre 2015. D’aprĂšs Victor Hugo, Rigoletto impose sur la scĂšne verdienne, un nouveau rĂ©alisme. La trame resserre ses filets sur chaque protagoniste rendu dĂ©pendant du sort des autres : Rigoletto, l’amuseur de la cour du duc de Mantoue, voit son arrogance atrocement punie, sur la personne qui lui est la plus chĂšre : sa propre fille. Le duc, volage, irresponsable, sĂ©duit la belle (Gilda) Ă  la barbe du bouffon. Mais il y a pire : la jeune femme trop crĂ©dule et bien naĂŻve s’éprend profondĂ©ment de ce sĂ©ducteur professionnel et accepte de mourir Ă  sa place, dans le piĂšge qu’avait organisĂ© Rigoletto, de sorte qu’à l’acte III, en une sorte de scĂšne shakespearienne oĂč souffle la tempĂȘte, le tueur Ă  gages Sparafucile ne tue pas le Duc mais bien la pauvre Gilda qui se prĂ©sente Ă  sa place, Ă  la porte de l’auberge. tel est punit celui qui se riait de tous (la malĂ©diction du comte Monterone, au dĂ©but de l’opĂ©ra, qui s’adresse face au boufflon, s’est accomplie) : la morale est cynique et barbare, au diapason de l’humanitĂ© qui est dĂ©peinte. Mais Ă  trop moquer l’autre, on pourrait s’en mordre les doigts. A la fin de l’ouvrage, Rigoletto a tout perdu et doit regretter d’avoir tant railler les autres


Toulouse : Rigoletto, le nouveau dĂ©fi de Ludovic TĂ©zierLe tragique qui sert de fond narratif s’accompagne ici de grotesque mordant, d’humour inhumain, de ce grotesque que Hugo aimait user pour dresser le portrait du genre humain. Ainsi en s’inspirant du Roi s’amuse de Hugo, Verdi dĂ©ploie une maestriĂ  unique jusque lĂ , dans la fusion des genres : comique et lĂ©gers (le Duc), cynique et barbare (la foule des courtisans), grotesque sanguinaire et fantastique (Sparafucile et la scĂšne du meurtre de Gilda au III)
 Intense, brĂ»lante, Ăąpre et Ă©tonnement juste, la lyre de Rigoletto fixe une nouvelle esthĂ©tique rĂ©aliste et fantastique, tragique et cynique Ă  la fois (l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  La Fenice de Venise le 11 mars 1851), une rĂ©ussite Ă©blouissante, expressionniste et poĂ©tique, qui place dĂ©sormais Verdi, au devant de la scĂšne opĂ©ratique en Europe. La production toulousaine est la reprise de la mise en scĂšne crĂ©Ă©e par Nicolas Joel en 1992. L’argument de poids du spectacle en novembre 2015 au Capitole, demeure l’incarnation du baryton français Ludovic TĂ©zier qui pourrait affirmer une profondeur blessĂ©e et tragique convaincante, s’il force un peu sa vraie nature
 A voir Ă  partir du 17 novembre 2015.

 

 

 

boutonreservationRigoletto de Verdi au Capitole de Toulouse
5 représentations
Les 17, 20, 22, 26 et 29 novembre 2015

Durée : 2h50 (avec entracte)
Production du Capitole de Toulouse, reprise, créée en 1992

Daniel Oren, direction
Nicoals Joel, mise en scĂšne

Ludovic TĂ©zier, Rigoletto
Saimur Pirgu, Le Duc
Nino Machaidze, Gilda
Sergey Artamonov, Sparafucile
Maria Kataeva, Maddalena


Diffusé en direct sur Radio Classique, le 26 novembre 2015 à 19h30

 

 

 

 

Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres Avec : dans Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon, Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Toulouse, passionnante ouverture de saison 2015-2016 au Capitole. Le ChĂąteau de Barbe-Bleu est une si belle Ɠuvre que lui chercher un compagnon relĂšve de la folie. Une oeuvre si belle, si dense et si profonde, qui exige tant du spectateur plongĂ© dans des abĂźmes philosophiques oĂč l’orchestre est absolument fabuleux et qui demande deux grandes voix, suffirait en intensitĂ©. Mais le compte temps n’y est pas. Un peu, toute proportion gardĂ©e,  comme dans Didon et EnĂ©e de Purcell.

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015
 

Chùteau magnétique au Capitole

Le Capitole a su rendre justice au chef d‘Ɠuvre de BartĂłk. La direction musicale du chef italien Tito Ceccherini est celle d’un amoureux de la partition. Il sait en rendre toutes les subtilitĂ©s assurant aussi bien hĂ©donisme gĂ©nĂ©reux et intensitĂ© thĂ©Ăątrale Ă  couper le souffle. L’Orchestre du Capitole est admirable de nuances comme de couleurs. Seul un orchestre symphonique  de cette trempe peut vĂ©ritablement rendre justice, dans une fosse, Ă  une partition si formidable. La mise en scĂšne est habile ; elle permet aux chanteurs de caractĂ©riser leurs personnages avec force. Lui, d‘abord immobile, qui se laisse gagner par les mouvements de plus en plus larges de Judith. Tous deux faisant bouger des portes. Le dispositif scĂ©nique de ces portes autour d’un axe central est aussi beau qu’habile. Capable en tous cas de beaucoup de suggestions. Les lumiĂšres trĂšs prĂ©cises d’Arno Veyrat habillant comme un arc en ciel de splendeur les portes et les entre-portes de la plus grande beautĂ© possible ; l’ouvertures des portes est bien Ă  chaque fois un moment fondateur qui Ă©loigne de plus en plus les deux amoureux. La mise en scĂšne et le dispositif scĂ©nique soulignent le combat philosophique et Ă©thique de ces deux conceptions de l ‘amour que tout oppose. La rĂ©ussite est totale ; elle ne nous permet pas de juger mais simplement de constater que Judith et Barbe-Bleu ne sont tout simplement pas sur le mĂȘme plan symbolique. Chacun Ă©tant violant par l’intransigeance de sa vision de l‘Amour, creusant un abĂźme mortel  entre le femme et l’homme.  Les deux chanteurs, BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith  sont magnifiques, belles et grandes voix comme acteurs saisissants.

Cette trĂšs intĂ©ressante version du ChĂąteau Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e de l’étrange partition, dodĂ©caphoniste – et un peu poussiĂ©reuse – du Prisonnier de Luigi Dallapicola. Le parti pris de mise en scĂšne a Ă©tĂ© particuliĂšrement convainquant pour mettre en valeur le chef d‘Ɠuvre de Bartok. PrĂ©paration philosophique aux mirages qui tente de permettre Ă  l’Homme de croire Ă  l’intĂ©rĂȘt et au sens de la vie. Le prisonnier va vers une mort sans justification, comme la vie. Un pas de dĂ©sillusion supplĂ©mentaire sera ce vertige de l’amour, prison mortelle du ChĂąteau de Bartok. Le noir et blanc du Prisonnier prĂ©pare Ă  la couleur ; le lyrisme aride et l’orchestration Ă©trange prĂ©parent l’oreille Ă  l’apothĂ©ose bartokienne. Le plasticien Vincent Fortemps  qui dessine sans couleurs en mĂȘme temps que la piĂšce se dĂ©roule, permet de comprendre comment la vie se dĂ©roule sans plans et sans direction. Le systĂšme de projection en direct de ses coups de pinceaux est trĂšs bien rĂ©alisĂ©. Vocalement la tessiture du rĂŽle de la mĂšre dessert Tanja Ariane Baumgartner, alors qu’elle est une superbe Juliette et la voix du prisonnier,  Levent Bakirci, est centrale et sans brillance bien loin de la puissance et de la rondeur ce celle du grandiose Barbe-Bleu du superbe BĂĄlint SzabĂł. En ce sens, le personnage du Prisonnier devient un archĂ©type de L’homme qui ne peut ĂȘtre que perdu dans une vie dĂ©nuĂ©e de sens. Gilles Ragon impressionne vocalement et par sa haute taille dans les deux rĂŽles ambigus du geĂŽlier et de l’inquisiteur. Le chƓur, Ă  qui Dallapicola rĂ©serve de belles pages, est magnifique.

AprĂšs deux Ɠuvres si denses aux sujets si profonds l’audace de ce dĂ©but de saison sera tempĂ©rĂ©e par la reprise pour la troisiĂšme fois d’un Rigoletto de bon aloi en novembre 2015. A Toulouse bien des gouts du public sont comblĂ©s Ă  l’OpĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui sait osciller entre audace et rĂ©pertoire indĂ©boulonnable. Le public a paru apprĂ©cier particuliĂšrement cette ouverture de saison originale que France-Musique a diffusĂ© dans ces soirĂ©es de samedi Ă  l’opĂ©ra.

 

 

 

Bartok-dallapiccola-balint-szabo-toulouse-capitole-octobre-2015Compte rendu critique, opĂ©ra. Toulouse, ThĂ©Ăątre du Capitole, le  9 octobre 2015, Luigi Dallapiccola (1904-1975) : Le Prisonnier ; OpĂ©ra en un acte avec prologue sur un livret du compositeur  d’aprĂšs Villiers de l’Isle-Adam ; crĂ©Ă© en concert le 1er dĂ©cembre 1949 Ă  Turin ; BĂ©la BartĂłk (1881-1945) : Le ChĂąteau de Barbe-Bleue ; OpĂ©ra en un acte et un prologue sur un livret de BĂ©la BalĂĄzs ; crĂ©Ă© le 24 mai 1918 Ă  l’OpĂ©ra de Budapest ; Nouvelle production du Capitole ; AurĂ©lien Bory : mise en scĂšne ; TaĂŻcyr Fadel ; collaborateur artistique du metteur en scĂšne ; Vincent Fortemps : artiste plasticien ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Sylvie Marcucci : costumes ; Arno Veyrat : lumiĂšres  Avec : dans  Le Prisonnier : Tanja Ariane Baumgartner, La MĂšre ; Levent Bakirci, Le Prisonnier ; Gilles Ragon,  Le GeĂŽlier / L’Inquisiteur ; Dongjin Ahn, Jean-Luc Antoine , Deux PrĂȘtres. Dans  Le ChĂąteau de Barbe-Bleue : BĂĄlint SzabĂł, Barbe-Bleue ; Tanja Ariane, Baumgartner, Judith ; YaĂ«lle Antoine, Le Barde (Prologue) ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur du Capitole , (direction Alfonso Caiani) ; Direction musicale : Tito Ceccherini.

Illustration : Patrice Nin © Capitole de Toulouse octobre 2015 – les deux chanteurs BĂĄlint SzabĂł en Barbe-Bleue et Tanja Ariane Baumgartner en Judith. 

 

OpĂ©ra, compte rendu critique. Toulouse, Capitole le 30 juin 2015. Giacomo Puccini (1858-1924) : Turandot, Drame lyrique en trois actes sur un livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d’aprĂšs la fable de Carlo Gozzi crĂ©Ă© le 25 avril 1926 Ă  Milan. Nouvelle production en coproduction avec le Staatstheater Nürnberg et le NI Opera (Belfast);Calixto Bieito, mise en scĂšne ; Rebecca Ringst, dĂ©cors ; Ingo Krügler, costumes ; Sarah Derendinger, vidĂ©o ; Avec : Elisabete Matos ,Turandot ; Alfred Kim, Calaf ; Eri Nakamura, LiĂč ; Luca Lombardo , l’Empereur Altoum ; In Sung Sim Timur ; Gezim Myshketa, Ping ; Gregory Bonfatti, Pang ; Paul Kaufmann, Pong ; Dong-Hwan Lee, Un Mandarin ; Marion CarrouĂ©, Une Servante ; Argitxu Esain , Une Servante ; Dongjin Ahn, Le Prince de Perse ; Choeur et MaĂźtrise du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; direction musicale, Stefan Solyom.

turandot capitole toulouse juin 2015

 

 

 

Erare humanm est , sed persevare diabolicum (1). Quelle tristesse, quelle dĂ©ception. La princesse Turandot, belle et cruelle, issue d’un conte irisĂ© de couleurs, ravalĂ©e au fond d’un dĂ©pĂŽt d’usine. Il en fallait de l’impudeur et de l’inculture pour mettre Ă  mal ainsi l’ultime ouvrage de Puccini. ! On ne sait qui plaindre le plus les auteurs de la mise en scĂšne sans poĂ©sie ni imagination ou les commanditaires irresponsables et dispendieux de l’argent public. Calixto Bieito est venu, il a sĂ©vi qu’ il ne revienne jamais ni Ă  l’opĂ©ra, ni surtout Ă  Toulouse avec un tel vide d’idĂ©es. La laideur absolue de la vue, sauf les lampions rouges, aura gĂąchĂ© la sublime partition de Puccini pour ceux qui n’ont pu regarder l’orchestre pour retrouver les couleurs et l’intensitĂ© musicale de la partition. Car heureusement l’orchestre a Ă©tĂ© merveilleux de prĂ©cision, couleurs, nuances et phrasĂ©s. La direction de Stefan Solyom est souple, et dĂ©veloppe avec efficacitĂ© l’éclat d’une partition fleuve Ă  la riche orchestration. Le deuxiĂšme atout de cette production est le choeur et la maitrise, parfaits de prĂ©sence vocale et de dĂ©licatesse de nuances. Le patient travail d’Alfonso Caiani porte les chƓurs au sommet de l’opĂ©ra italien. La distribution est interdite de jouer et de montrer la moindre Ă©motion ou le moindre sentiment. La performance d’ Alfred Kim en Calaf n’est que plus admirable. Voix belle, large et bien conduite mais impossible de dĂ©celer les capacitĂ©s de l ‘acteur dans un tel marasme


La Liu d’ Eri Nakamura a une voix corsĂ©e au large vibrato encore maitrisĂ©, seule sa musicalitĂ© permet un peu d â€˜Ă©motion tant son jeux est bridĂ©. Le minimum syndical pour la mort de Liu ! Il fallait imposer cela Ă  une cantatrice trop docile.

Les autres acolytes, dont Ping, Pang, Pong, sont bons chanteurs mais tellement grotesques sur scĂšne qu’ils ne peuvent rien offrir comme Ă©motion mĂȘme dans les Ă©vocations poĂ©tiques le la maison au bord du lac bleu
 L’empereur Altoum, avec Luca Lombardo, est pour une fois une belle voix, avec l’autoritĂ© qui convient , mais sa mise en couches scĂ©nique signifie sa sĂ©nilitĂ© avec grossiĂšreté 

Reste le cas d’ Elisabete Matos. DĂ©jĂ  dans Isolde sa placiditĂ© nous avait dĂ©concertĂ©, accablĂ©e d’une mise en scĂšne ridicule , en blonde façon femme politique sur fond bleu marine, le ridicule la happe sans cesse. Et la voix immense et sans vie semble sans Ăąme. Une machine Ă  faire du son plus qu’une musicienne ne saurait rendre la complexitĂ© du personnage, la mise en scĂšne dĂ©truit jusqu’à la crĂ©dibilitĂ© de la cantatrice


Pour une fois il y a eu mauvais choix et injure au compositeur dans une production Capitoline. Avec beaucoup trop de politesse aux saluts, le public a vivement hué les responsables du massacre. Autrefois ils auraient eu droit aux plumes et au goudron.

ERRARE HUMANUM EST 


Oublions ce cauchemar de cartons, laideur et bĂȘtise. C’est l’étĂ©, les festivals nous rĂ©conforterons et la rentrĂ©e ne peut ĂȘtre aussi moche, non, non , ce n’était qu’un trĂšs mauvais rĂȘve
.

SED PERSEVERARE DIABOLICUM ! Avis , avis aux décideurs.

(1) L’erreur est humaine si elle persĂ©vĂšre, elle devient diabolique

 

 

Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole ; Le 11 fĂ©vrier 2015 ; Richard Wagner(1813-1883) : Tristan et Isolde, action musicale en trois actes sur un livret du compositeur crĂ©Ă©e le 10 juin 1865 Ă  Munich . Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2007) ; Nicolas Joel : mise en scĂšne ; Andreas Reinhardt : dĂ©cors et costumes ; Vinicio Cheli : lumiĂšres ; Robert Dean Smith :Tristan ;Elisabete Matos : Isolde ; Daniela Sindram : Brangaene ; Stefan Heidemann : Kurwenal ; Hans-Peter Koenig : Le Roi Marc ; Thomas DoliĂ© : Melot ; Paul Kaufmann, Un Berger / Un Matelot ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani, direction ; Orchestre national du Capitole ; Claus Peter Flor : direction musicale.

Wagner 2014 : Le Ring nouveau de BayreuthCette production maison de Tristan et Isolde remonte Ă  2007 lorsque Nicolas Joel Ă©tait maĂźtre des lieux. Sa mise en scĂšne est sobre, laisse toute sa place Ă  la musique et jamais l’oeil n’est distrait. Au contraire la stylisation des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors esthĂ©tisant le propos. Le grand plateau mouvant du premier acte rend perceptible l’élĂ©ment marin et la lente montĂ©e de l’astre lunaire coĂŻncide Ă  son apogĂ©e avec la rencontre des futurs amants et l’effet du philtre. A l’acte 2, le fond de scĂšne entiĂšrement Ă©toilĂ© crĂ©e une nuit enveloppant les amants. Le roc sur lequel est Ă©tendu Tristan Ă  l’acte 3 puis le nuage de mĂ©lancolie qui surplombe les amants fait sens : leur absolue solitude est Ă©vidente.

 

 

 

Fluide et beau Tristan Ă  Toulouse

 

La sobriĂ©tĂ© du jeu d’acteur est comprĂ©hensible avec des chanteurs si peu acteurs et chacun concentrĂ© sur son rĂŽle Ă©crasant. Seule la Brangaene de Daniela Sindram  est actrice sensible et accomplie. Le roi Marc de Hans-Peter Koenig  tout de noblesse et de retenue touche visuellement par l’autoritĂ© bienveillante de son jeux. Les beaux costumes aux couleurs franches, sont empesĂ©s et ne permettent pas une grande libertĂ© de mouvement.

Dans cette mise en scĂšne plutĂŽt statique, l’opĂ©ra avance pourtant grĂące Ă  une direction musicale trĂšs thĂ©Ăątrale. Claus Peter Flor dirige admirablement cette partition fleuve abolissant temps et espace. Lecture oĂč le thĂ©Ăątre est roi, l’analyse fine de la partition permet des nuances exquises et des couleurs instrumentales d’une grande richesse. Les phrasĂ©s sont intĂ©ressants et la construction d’ensemble de la succession des trois actes est trĂšs rĂ©ussie. L’orchestre du Capitole est royal, capable de toutes les finesses possibles, les nuances sont particuliĂšrement creusĂ©es. La spacialisation des cors et du cor anglais est magnifiquement rĂ©alisĂ©e.

 

 

Tristan-et-Isolde-4914-crĂ©dit-Patrice-Nin-682x1024Sur le plan vocal l’Isolde d’Elisabete Matos est solide et vaillante. Elle arrive a chanter son Liebestod sans faiblesse, mais sans gĂ©nie. La voix puissante est sans particularitĂ©, les phrasĂ©s ne sont pas toujours du niveau attendu. Par contre la Brangaene de Daniela Sindram est de haute lignĂ©e. La voix a un beau mĂ©tal ombrĂ© mais la clartĂ© du timbre par moments permet de comprendre comment cette belle cantatrice peut aborder des sopranos dramatiques comme Sieglinde. Le chant est subtil avec des phrasĂ©s nobles et un jeu de scĂšne poignant.  Du cĂŽtĂ© des hommes, incontestablement il n’y a eu aucune faiblesse dans la distribution. Le Tristan de Robert Dean Smith a un timbre juvĂ©nile et brillant. Nous avons connu cet artiste dans l’impossible rĂŽle du Kaiser dans la femme sans ombre de Richard Strauss. La soliditĂ© de la voix, la beautĂ© du timbre et l’absence de vibrato rendent justice au hĂ©ros sublime que doit ĂȘtre Tristan. Par contre le jeu du chanteur est assez inexistant.
Hans-Peter Koenig en Roi Marc est parfait. BeautĂ© du timbre, noblesse du jeu, subtilitĂ© des phrasĂ©s et perfection de la diction. Tout est lĂ  pour que l’émotion naisse dans sa grande tirade de l’acte 2. Stefan Heidemann en Kurvenal campe un personnage attachant, la voix est belle et la diction nette.
Les petits rĂŽle sont correctement tenus, avec une intense  Ă©motion chez Paul Kaufmann en berger. Les choeurs d’hommes sont impressionnants de prĂ©sence dans leurs courtes mais dĂ©terminantes interventions. Une belle production qui n’a pas perdu en intĂ©rĂȘt et qu’il a Ă©tĂ© bon de retrouver. C”est un Tristan fluide, la partition si troublante dĂ©roulant son envoĂ»tement sans heurts pour notre plus grand plaisir.

 

 

tristan-isolde-wagner-capitole-toulouse

 

Illustrations : P. Nin

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou. David Syrus, Walter Sutcliffe.

Quelle intelligence de proposer Ă  Walter Sutcliffe une telle gageure ! FrĂ©dĂ©ric Chambert a en effet osĂ© demander au metteur en scĂšne britannique d‘utiliser le mĂȘme dĂ©cor pour deux opĂ©ras de Britten crĂ©ant ainsi une perspective vertigineuse sur la maltraitance infantile dans les familles.  Nous garderons en effet de cette aventure un enrichissement inattendu des Ɠuvres de Britten. Si chaque opĂ©ra seul, de part sa puissance thĂ©Ăątrale, vaut  habituellement une soirĂ©e d‘opĂ©ra, ce qui sera rĂ©alisĂ© plus tard Ă  Toulouse qui propose chaque opĂ©ra sĂ©parĂ©ment, nous pouvons Ă©crire que la puissance de ces deux Ɠuvres dans leur suite, donne Ă  penser comme rarement Ă  l’opĂ©ra. La mise en scĂšne de Walter Sutcliffe est digne du thĂ©Ăątre : chaque acteur-chanteur fait bien plus que d’habitude Ă  l’opĂ©ra. Physiques parfaitement liĂ©s aux rĂŽles, voix belles et diction parfaite permettent au spectateur de suivre avidement deux actions thĂ©Ăątrales fulgurantes, grĂące Ă  des artistes trĂšs engagĂ©s.

 

 

 

Choc salutaire

 

_59P9160Owen Wingrave dĂ©fend avec audace un pacifisme pensĂ©, argumentĂ©, courageux dans une famille oĂč plus personne ne pense plus depuis longtemps, chacun rĂ©pĂ©tant sans en rien comprendre, tels des perroquets dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s, une ode Ă  la mort des mĂąles et agissant en serviteurs zĂ©lĂ©s de Thanatos. Le pauvre Owen, de retour dans sa famille aprĂšs sa formation, abasourdi par tant de bĂȘtise et de mĂ©chancetĂ© entremĂȘlĂ©es perdra la vie, volontairement 
 ou tuĂ© par un membre de la famille, la question reste ouvert. Chacun dans cette piĂšce oppressante joue et chante Ă  merveille : Dawid Kimberg  avec une voix lumineuse en Owen, une dignitĂ© et une noblesse perceptible touche le cƓur dans son monologue pacifiste. VoilĂ  des mots puissants Ă  se rĂ©pĂ©ter sans cesse :

La paix n‘est pas oisive mais vigilante. La paix n’est pas consentement mais quĂȘte. La paix n’est pas muette, elle est la voix de l’amour.

Toutefois face Ă  tant de vide de pensĂ©e et tant de haines, rien de  cette intelligence et de cette force d’ Ăąme n’a pu tenir
 Le dĂ©cor est rĂ©duit en hauteur afin de permettre aux acteurs de gagner en prĂ©sence pour le spectateur. Le jeu est habile et naturel. Vocalement chaque voix est parfaitement choisie et lâ€˜Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral est remarquable.

Le manoir de Paramore est sinistre Ă  souhait. Les Ă©clairages de Wolfgang Goebbel accentuent le malaise et rendent perceptible l’oppression d’ Owen.

L‘orchestre est magnifique, les choeurs surnaturels glacent le sang. Et la ballade macabre de la famille Wingrave est chantĂ©e de maniĂšre inoubliable par Thomas Randle. Les costumes parfaitement assortis aux dĂ©cors dans des tons subtilement associĂ©s sont du meilleur goĂ»t. Kaspar Glarner a fait un travail d’orfĂšvre.

_59P9454Retrouver des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors dĂ©tournĂ©s avec esprit dans Le Tour d’écrou accentue le malaise face Ă  l‘enfance maltraitĂ©e. LĂ -bas, les ancĂȘtre en portrait avaient menĂ©s Orwen Ă  la mort autant que les vivants. Ici, La prĂ©sence du tuteur si coupablement absent de la vie des enfants,  en des portraits gĂ©ants prend un sens nouveau. C’est par son abandon que les enfants ont Ă©tĂ© manipulĂ©s par des pervers, devenus fantĂŽmes prĂ©sents pour jamais dans l‘ñme, l’esprit et le corps des enfants. La pĂ©dophilie ne pouvant jamais ĂȘtre exclue, on devine que les mauvaises rencontres les ont dĂ©truit. Les deux rĂŽles d‘enfants chantĂ©s ont Ă©tĂ© remarquables et la puissance des voix parfaitement Ă©quilibrĂ©s avec celle des adultes. Plus lyrique que Owen Wingrave le Tour dâ€˜Ă©crou offre un rĂŽle Ă©mouvant Ă  la gouvernante. Anita Watson est un beau soprano lyrique qui joue ce personnage sensible et bon avec force et Ă©motion. Le Quint de Jonathan Boyd est aussi sĂ©duisant vocalement que le jeu de son personnage est rĂ©pugnant par sa lascivitĂ©, crĂ©ant une tension entre la vue et l’ouĂŻe qui dĂ©stabilise. Du grand art !

Avec concentration et une main de fer David Syrus obtient de l’Orchestre du Capitole une tension dramatique quasi insoutenable, dans une splendeur sonore de chaque instant. Bravo à tous les musiciens de  l’orchestre !

La mise en scÚne  de Walter Sutcliffe trouve tout au long de la soirée une théùtralité naturelle, comme la musique coule et le texte se déploie, en un spectacle total.

Cette association gĂ©nĂ©reuse offre un spectacle de prĂšs de quatre heures dont le spectateur ressort plus lucide, loin du conformisme ambiant. Un moment trop rare dans une salle d‘opĂ©ra. Merci Ă  FrĂ©dĂ©ric Chambert qui signe ici l’une de ses plus audacieuses productions au Capitole de Toulouse.

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 21 novembre 2014. Benjamin Britten (1913-1976) : Owen Windgave, Le Tour d’écrou.  

Owen Wingrave, OpĂ©ra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 16 mai 1971 Ă  la tĂ©lĂ©vision, BBC 2, crĂ©ation scĂ©nique le 10 mai 1973 au Royal Opera House, Covent Garden, Londres. Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes ; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec : Dawid Kimberg, Owen Wingrave ; Steven Page, Spencer Coyle ; Steven Ebel, Lechmere ; Elisabeth Meister, Miss Wingrave ; Janis Kelly, Mrs Coyle ; Elizabeth Cragg, Mrs Julian ; Kai RĂŒĂŒtel, Kate Julian ; Richard Berkeley-Steele, GĂ©nĂ©ral Sir Philip Wingrave ; Thomas Randle, Le Narrateur / Le Chanteur de ballades. Production OpĂ©ra de Francfort (2010).

 

Et

 

Le Tour d’écrou, OpĂ©ra en deux actes et un prologue sur un livret de Myfanwy Piper d’aprĂšs la nouvelle de Henry James crĂ©Ă© le 14 septembre 1954 au Teatro la Fenice, Venise ; Nouvelle production ; Walter Sutcliffe, mise en scĂšne ; Kaspar Glarner, dĂ©cors et costumes; Wolfgang Goebbel, lumiĂšres. Avec: Jonathan Boyd, Le Narrateur / Peter Quint ; Anita Watson, La Gouvernante ; Francis Bamford / Matthew Price, Miles ; Lydia Stables / Eleanor Maloney, Flora ; Anne-Marie Owens, Mrs Grose ; Janis Kelly, Miss Jessel.

MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale, David Syrus.

 

 

 

 

Illustrations : F. Nin © Capitole 2014.

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle aux Grains, le 31 octobre 2014. Claude Debussy (1862-1918) : Nocturnes, triptyque symphonique avec chƓur de femmes ; Maurice Ravel (1875-1937) : ShĂ©hĂ©razade, trois poĂšmes pour chant et orchestre ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Les songes d’une nuit d’étĂ© musique de scĂšne, op61 (extraits) ; Marianne Crebassa, mezzo-soprano ; ChƓurs du Capitole, chef de chƓur : Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Pierre Bleuse, direction.

bleuse, pierrePierre Bleuse a sauvĂ© un programme ambitieux en acceptant de relever le dĂ©fi de diriger, en urgence, un copieux concert programmĂ© de longue date et que le chef Josep Pons, retenu au-delĂ  de PyrĂ©nĂ©es, n’a pu honorer de sa prĂ©sence. Au-delĂ  du sauvetage qui lui vaudrait toute notre sympathie et notre admiration il est indĂ©niable que Pierre Bleuse, violoniste de grand talent, venu assez rĂ©cemment Ă  la direction d‘orchestre, a convaincu par sa grande musicalitĂ©. Encore prudent dans sa gestuelle et trĂšs concentrĂ©, il a montrĂ© une belle qualitĂ© de clartĂ© des plans sonores, un intĂ©ressant dosage des nuances, surtout une capacitĂ© Ă  laisser chanter l‘orchestre dans une sorte de libertĂ© permettant Ă  la musique quelque soit son style de se dĂ©velopper.

Les trois Nocturnes de Debussy ont ainsi Ă©voquĂ© pour Nuages, une texture ouatĂ©e et ferme dans une lĂ©gĂšretĂ© trĂšs poĂ©tique avec des choeurs bouches fermĂ©es d’une subtile Ă©vocation. FĂȘte a caracolĂ© avec puissance et joie dans une trĂšs belle fermetĂ© rythmique. Dans SirĂšnes, le dosage entre le chƓur a moins fonctionnĂ© car les nombreuses sirĂšnes avaient des accents quelque peu wagnĂ©riens. Mais quel hĂ©donisme sonore !

La toute jeune mezzo-soprano Marianne Crebassa dĂšs son entrĂ©e sur scĂšne a irradiĂ© de sa douce prĂ©sence. Avant tout un timbre rare par sa couleur mordorĂ©e nous a envoutĂ© puis une diction claire et enfin une musicalitĂ© dĂ©licate avec de trĂšs beaux phrasĂ©s. Cette toute jeune cantatrice est promise Ă  un bel avenir d’autant que sa personnalitĂ© artistique semble attachante dans son Ă©coute et son partage avec l’orchestre et le chef. L’Orient Ă©voquĂ© dans ces trois mĂ©lodies sur des poĂšmes de Tristan Klingsor, a Ă©tĂ© ce soir avant tout poĂ©sie de l’imagination dĂ©barrassĂ©e d’une couleur locale trop appuyĂ©e. Les musiciens de l’orchestre ont rivalisĂ© de subtilitĂ©s et la direction souple de Pierre Bleuse a crĂ©e un climat de libertĂ© propice Ă  une magnifique musicalitĂ© partagĂ©e. Le public de s’y est pas trompĂ© quia a chaleureusement applaudi. Le pari de Pierre Bleuse Ă©tait gagnĂ© : il a su  transfĂ©rer sa sensibilitĂ© musicale de violoniste Ă  la direction d’orchestre.

En deuxiĂšme partie de programme le chƓur est revenu pour de trĂšs larges extraits de la musique de scĂšne du Songe d’une nuit dâ€˜Ă©tĂ© de Mendelssohn. Deux cantatrices sont venus se joindre Ă  l’orchestre afin de complĂ©ter les forces nĂ©cessaires Ă  une belle rĂ©alisation de ces pages magiques. Julie Wischniewski et Anne MagouĂ«t, sopranos, avec beaucoup de goĂ»t et de musicalitĂ© ont abordĂ© leurs airs et duos fĂ©Ă©riques. Le climat de poĂ©sie nocturne a semblĂ© particuliĂšrement inspirer Pierre Bleuse qui a su trouver des phrasĂ©s variĂ©s, des nuances subtiles. Il a Ă©galement lĂąchĂ© toutes les forces orchestrales dans une marche nuptiale enthousiasmante. Mais c’est bien le climat si particulier de ces pages de Mendelssohn si Ă©vocatrices de la nature dans sa beautĂ© et son mystĂšre qui a dominĂ© cette interprĂ©tation. Pierre Bleuse a Ă©galement su mettre des touches d‘humour bienvenues.  Le chƓur a apportĂ© de belles couleurs et une prĂ©sence pondĂ©rĂ©e cette fois.

Un trĂšs agrĂ©able concert sur le thĂšme du voyage et du rĂȘve qui a permis de dĂ©couvrir deux talents Ă  suivre. Nous espĂ©rons les retrouver bientĂŽt.

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirĂ©e d’opĂ©ra. Les cordes suraiguĂ«s sont subtiles, le canapĂ© sur lequel dort Riccardo avec une Ă©lĂ©gance trĂšs inhabituelle pour un tĂ©nor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensĂ©e. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scĂšne fait passer le souffle de l’idĂ©al des LumiĂšres cher au XVIIIĂšme siĂšcle. Le choeur d’hommes est bien nuancĂ©. Le rĂ©veil du comte dĂ©guisĂ© en monarque fonctionne Ă  merveille entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©,: il situe bien l‘idĂ©alisation de cet homme de pouvoir animĂ© par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opĂ©ra ses promesses. Longue voix de tĂ©nor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rĂȘve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la lĂ©gĂšretĂ© que dans le drame. Quand on sait la difficultĂ© du rĂŽle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scĂ©nique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scĂ©nique. Il faut dire Ă  sa dĂ©charge qu‘elle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  son triste sort par le metteur en scĂšne et le costumier. Une petite robe noire en impermĂ©able transparent pour la scĂšne du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur mĂȘme pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsĂ©e capable d’allĂ©gements, avec des forte puissants et des sons piani dĂ©licats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une Ă©motion poignante dans le deuxiĂšme. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plĂ©nitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste Ă  un niveau de prise de rĂŽle honnĂȘte sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple mĂ©chant de mĂ©lodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnĂ©gation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espĂ©rons en souplesse et en intelligence thĂ©Ăątrale avec l’expĂ©rience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminĂ© fortissimo
 (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupĂ© metteur en scĂšne et costumier qui en font un personnage intĂ©ressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsĂ©e que bien souvent sans rien abandonner des vocalises lĂ©gĂšres du rĂŽle. Avec Riccardo, ils forment le couple thĂ©Ăątral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scĂ©niquement une sorciĂšre de salon plus Ă©lĂ©gante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habiletĂ© du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrĂ©e retiennent l’attention.

Le choeur est Ă  la hauteur des trĂšs belles pages Ă©crites par Verdi. Admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opĂ©ra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasĂ©s. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attachĂ© Ă  ses oppositions kalĂ©idoscopiques passant si abruptement du monde lĂ©ger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scĂšne de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage 
. MĂȘme rĂ©serve pour les dĂ©cors et les lumiĂšres se font oublier, absentes dans la scĂšne nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des LumiÚres incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre du Capitole, le 19 juin 2014. Richard Strauss (1864-1949) : Daphné, tragédie bucolique en un acte, op.82 sur un livret de Joseph Grégor. Nouvelle production. Hartmut Haenchen, Direction musicale.

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En terminant sa saison d’opĂ©ra sur cette rarissime DaphnĂ© FrĂ©dĂ©ric Chambert a fait un pari audacieux. Les intermittents du spectacle dans leur angoisse des changements Ă  venir ont empĂȘchĂ© le public, – pris injustement en otage-, de voir la premiĂšre le 15 juin. Cette violence contemporaine va en fait assez bien Ă  DaphnĂ©. L’oeuvre si difficile reprĂ©sente tout sauf quelque chose de tendre. La violence est consubstantielle Ă  cet opĂ©ra. Sa crĂ©ation a Ă©tĂ© minĂ©e en ces derniĂšres annĂ©es 1930 par la censure la plus abjecte. Strauss ne pouvait plus travailler avec des librettistes juifs et Stefan Sweig, pourtant consultĂ© en secret, ne sera pas nommĂ©. Strauss toujours dĂ©sireux d’Ă©quilibrer puissance orchestrale moderne, Ă©clat des voix et comprĂ©hension du texte a peut ĂȘtre ici  rĂ©alisĂ© son plus bel Ă©quilibre. DaphnĂ© est bien plus proche de SalomĂ©, voir Elektra, que du Chevalier Ă  la Rose.  C’est lĂ  que se prĂ©sente la plus grande difficultĂ© de l’oeuvre qui n’a rien de simplement bucolique malgrĂ© un dĂ©but fait de tendresse au seuls bois de l’orchestre.
Plus ou moins consciemment, Richard Strauss a tissĂ© dans sa partition orchestrale les Ă©lĂ©ments de violence de son Ă©poque. Un dieu arrogant dĂ©truit beautĂ© et innocence, et une femme Ă©prise d’absolu est aveugle aux autres humains se rĂ©fugiant dans l’Ă©ternelle nature croyant esquiver la mort. On sait comme les Aryens en leur folie et leur croyance en l’existence des races ont conduit Ă  la plus grande perversion des hommes. L’orchestre est plein de cette violence et de cette brutalitĂ©.

Incandescente Daphné au Capitole

Dans un passionnant article du programme, Hartmut Haenchen, explique comment il a repris toutes les corrections de Strauss afin d’Ă©viter la “bouillie informe” que sa partition peut contenir. La patient travail du chef allemand nous offre une interprĂ©tation musicale et dramatique de toute splendeur. L’Orchestre du Capitole a sonnĂ© de maniĂšre incandescente toute la soirĂ©e. Tout Ă©tait parfaitement Ă©quilibrĂ© avec une lisibilitĂ© de tous les plans sonores. Chaque instrumentiste a Ă©tĂ© parfait et l’ensemble permettait Ă  la fois d’entendre chaque passage instrumental solo comme les effrayants tutti  dans une palette de dynamique sonore exaltante.  La prĂ©sence des cordes capables de fournir une matiĂšre onctueuse (de double crĂšme), comme des aciditĂ©s terribles, mĂ©rite une mention particuliĂšre. Les suraigus de la toute fin de l’oeuvre ont Ă©tĂ© un vĂ©ritable instant de magie, crĂ©ant des vapeurs d’or dans l’air. Avec un sens dramatique toujours en Ă©veil Hartmut Haenchen a tenu son orchestre Ă  chaque instant avec une tension parfois insoutenable.
L’Ă©quilibre avec les chanteurs a Ă©tĂ© constamment exact, jamais un Apollon n’a Ă©tĂ© soutenu avec une violence si grande, oui soutenu, jamais Ă©crasĂ© avec pourtant des fortissimi effrayants. L’orchestre a donc Ă©tĂ© splendide amenant le drame Ă  son terme dans la plus folle dĂ©mesure comme la plus grande subtilitĂ© (le froissement de cymbale final) .
La mise en scĂšne de  Patrick Kinmonth est peut ĂȘtre plus picturale que dramatique. La rĂ©fĂ©rence Ă  l’Arcadie est Ă©vidente et peut ĂȘtre un peu trop appuyĂ©e. Les costumes Ă  l’antique en toile Ă©cru ont l’allure de ceux du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle.  Ils manquent curieusement de simplicitĂ© et laissent un peu perplexe. Sauf la somptueuse robe bleu de Gaea.  Le dĂ©cor fonctionne bien mais l’aspect minĂ©ral de la grotte en carton pĂąte n’est sĂ©duisant  qu’avec les trĂšs beaux Ă©clairages de Zerlina Hughes. Pourquoi donc le montrer sans aucune magie, avant le lever du rideau ? La descente des murs de marbre aprĂšs le meurtre commis par Apollon, par le nouvel enfermement produit et la beautĂ© irrĂ©sistible du mur de fond rendent bien compte de la folie qui se rĂ©vĂšle. Faut-il alors passer  par le meurtre de Leukippos pour arriver Ă  tant de beautĂ© ? La “rĂ©vĂ©lation” de l’arbre final n’est pas dans la tempo de la musique, il est frustrant de le voir si peu de temps et trop tard aprĂšs les derniers mĂ©lismes de DaphnĂ©.
Toutes ces rĂ©serves sont minimes car le jeu d’acteurs est trĂšs efficace n’Ă©ludant pas les rapports violents entre les personnages.  Les scĂšnes de groupe sont efficaces et le choeur masculin, participe activement Ă  l’action, mais surtout il est vocalement parfait avec des nuances magiques. la chorĂ©graphie de Fernando Melo crĂ©e des vraies identitĂ©s de personnages et les effets de masse sont trĂšs rĂ©ussis.

La distribution est parfaitement Ă©quilibrĂ©e. Les ancĂȘtre sont somptueux de prĂ©sence tant vocale que scĂ©nique. Franz-Josef Selig est un Peneos charismatique Ă  la voix d’airain. En mĂšre tutĂ©laire, Anna Larsson est d’une beautĂ© stupĂ©fiante. L’allure de cette grande et belle femme est associĂ©e Ă  une voix de contralto d’une profondeur mielleuse. Son timbre rare diffuse des harmoniques d’une grande richesse. Les pĂątres et les servantes sont excellents. Belles voix bien projetĂ©es et belles prĂ©sences scĂ©niques. Une mention particuliĂšre pour le duo fĂ©minin. BĂ©nĂ©dicte Bouquet et HĂ©lĂšne Delalande, qui sont remarquables. Les timbre sont trĂšs assortis et brillants assurant une belle prĂ©sence vocale dans une distribution terriblement efficace. Car les trois rĂŽles principaux sont trĂšs difficiles. DaphnĂ© doit ĂȘtre un grand soprano pour dominer les sublimes lignes de chant de Richard Strauss. La jeunesse du timbre doit ĂȘtre Ă©vidente et la grĂące du personnage doit ĂȘtre plus visible que sa vaillance.

strauss-apollon-daphne-capitole-toulouse-474Claudia Barainsky est une DaphnĂ© exceptionnelle. Le timbre est pur et la projection de la voix extraordinairement efficace. Jamais dominĂ©e par un orchestre trĂšs puissant elle fait face Ă  toutes les exigences du rĂŽle. Elle arrive Ă  rendre son texte presque toujours comprĂ©hensible malgrĂ© la tessiture meurtriĂšre ; et son jeux est trĂšs sensible. L’exhalation du personnage est trĂšs bien rendue et sa difficultĂ© Ă  se contenter des relations avec les humains Ă©galement dans cette recherche d’absolue mortifĂšre. Dans les duos avec ses deux amoureux, elle trouve une prĂ©sence trĂšs diffĂ©rente rendant le personnage trĂšs intĂ©ressant.
Les deux tĂ©nors sont traitĂ©s avec beaucoup d’exigences par Strauss. Lui mĂȘme savait sa difficultĂ© Ă  Ă©crire pour cette tessiture. Les deux rĂŽles sont meurtriers. En Leukippos, le canadien Roger Honeywell est trĂšs touchant. La voix est brillante mais surtout le chanteur est particuliĂšrement sensible, les tourments du jeune berger sont lisibles tant dans son chant que dans son jeu. Sa noblesse provoque  Ă©galement une vive sympathie. Mais le phĂ©nomĂšne vocal le plus incroyable de la soirĂ©e est Andreas Schager. Ce tĂ©nor germanique tout longiligne a une voix de stentor. Il lui faut mĂȘme un peu de temps afin de doser sa projection vocale face Ă  l’orchestre et ses collĂšgues. La puissance de cette longue voix semble sans limites. Le timbre est lumineux et le mĂ©tal trĂšs noble. Cet habituĂ© de Tristan et Siegfried doit ĂȘtre spectaculaire s’il a l’endurance nĂ©cessaire, ce que sa forme en fin de spectacle laisse entendre. Avec des moyens vocaux hors du commun, il campe un personnage altier, suffisant et mĂ©prisant. Apollon n’est pas n’importe qui ; mĂȘme dĂ©guisĂ© en bouvier. La morgue de l’acteur, son allure faussement nonchalante le rendent odieux et son abus de pouvoir en tuant un simple mortel relĂšve de l’insoutenable. Mais en grand artiste Andreas Schager arrive dans son long monologue des remords Ă  gagner la bienveillance du public. Pour une fois un puissant Ă  qui tout rĂ©ussit, arrive Ă  susciter un dĂ©but d’empathie
  AprĂšs ce grand monologue en forme de priĂšre, la derniĂšre scĂšne de transformation de DaphnĂ© devient une apothĂ©ose telle que nous l’attendions. La magie de cette derniĂšre scĂšne est totale avec de tels interprĂštes. L’orchestre est magnifique de couleurs, de nuances et d’impact. La voix de Claudia Barainsky semble sans limites capable d’une puissance terrible comme d’une douceur dĂ©lectable. Le public comme en transe fait un triomphe Ă  cette magnifique production, elle a toutes les qualitĂ©s pour tourner dans les thĂ©Ăątres voulant rendre hommage Ă  Richard Strauss dans un ouvrage fulgurant qui se rĂ©vĂšle ainsi Ă  la scĂšne. Magistral.

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre du Capitole, le 19 juin 2014. Richard Strauss (1864-1949) : Daphné, tragédie bucolique en un acte, op.82 sur un livret de Joseph Grégor. Nouvelle production. Patrick Kinmonth : Mise en scÚne, décors, costumes ; Fernando Melo : Chorégraphie ; Zerlina Hughes, LumiÚres ; Distribution : Franz-Josef Selig, Peneios ; Anna Larsson, GÊa ; Claudia Barainsky, Daphné ; Roger Honeywell, Leukippos ; Andreas Schager, Apollo ; Patricio Sabaté, Premier Pùtre ; Paul Kaufmann, DeuxiÚme Pùtre ; Thomas Stimmel, TroisiÚme Pùtre ; Thomas Dear, QuatriÚme Pùtre ; Marie-Bénédicte Souquet, PremiÚre Servante ; HélÚne Delalande, DeuxiÚme Servante ; Choeurs du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Hartmut Haenchen, Direction musicale.

Illustrations : © P. Nin 2014

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, 16 mai 2014. Verdi: I due Foscari. Gianluigi Gelmetti : direction musicale. Stefano Vizioli: mise en scÚne.

Les idĂ©es fausses ont parfois la vie dure. I due Foscari est tout sauf un opĂ©ra de jeunesse Ă  oublier et Verdi a Ă©crit une partition superbe, injustement mĂ©connue contrairement Ă  ce qui a souvent Ă©tĂ© dit et Ă©crit. Rendons grĂące au directeur FrĂ©dĂ©ric Chambert qui a rĂ©unis tous les moyens pour faire de cette production du Capitole une rĂ©ussite totale. Le public a semblĂ© ravi et a fait un beau triomphe Ă  cette production. La mort rode dans Venise et la vengeance dĂ©cime une famille sous les yeux du spectateur. Le rĂŽle du « mĂ©chant » Jacopo Loredano, est dĂ©volu Ă  une basse mais n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© que Wurm, Macbeth, le Grand Inquisiteur ou Iago dans les opĂ©ras futurs ; pourtant ses machinations sont terriblement efficaces. Il parvient Ă  devenir Doge Ă  la toute fin de l’ouvrage ayant conduit le fils du Doge et le Doge Ă  la mort par dĂ©sespoir. Le ressort psychologique est assez fin car finalement toutes les valeurs conduisent les hĂ©ros Ă  la mort. Le pĂšre en tant que Doge doit participer Ă  la condamnation de son fils et son refus d’utiliser son pouvoir pour sauver son enfant le conduira Ă  condamner un innocent. Le fils de ce noble Doge a hĂ©ritĂ© de fortes valeurs patriotiques et d’amour de la famille qui ne lui permettent pas de survivre Ă  l‘injustice de sa condamnation et Ă  la sĂ©paration dĂ©finitive par l‘exil de tout ce qui compte pour lui : sa patrie, son rang,  sa famille. La femme du condamnĂ© avec noblesse demande Ă  suivre son mari en exil 
 ce qui lui est refusĂ©. Elle aussi est donc brisĂ©e, privĂ©e de soutien, mĂšre de deux orphelins Ă  l‘avenir bien sombre.

 

 

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La douleur est superbement source de musiques trĂšs belles du jeune Verdi. Des grands airs sont offerts aux solistes et la  grande scĂšne  de la soprano Ă  l’acte I est dans les pas du Miserere du TrouvĂšre. La scĂšne de folie du tĂ©nor Ă  l’acte II est un grand air, beau et puissant. Quand au rĂŽle du Doge dĂ©volu Ă  un baryton, il requiert un artiste Ă  la vocalisĂ© impeccable, ayant une sens du drame et des mots avec en particulier une grande scĂšne au dernier acte sur la vanitĂ© du pouvoir, de haute inspiration. L’orchestration est richement colorĂ©e et de superbes moments sombres accompagnent le drame. Certes Verdi se soumet encore aux formes de l‘opĂ©ra romantique italien de ses prĂ©dĂ©cesseurs, ainsi des cabalettes terminent souvent les airs fermĂ©s, mais des moment plus libres font Ă©clater le cadre.

Un sombre verdi inconnu et superbe

Dans la production capitoline, la mise en scĂšne, les dĂ©cors, les costumes et les lumiĂšres se complĂštent pour rendre justice au drame verdien. Le dĂ©cors avec l’immense tĂȘte du vrai Francesco Foscari et ensuite l’énorme tĂȘte de lion sont les uniques Ă©lĂ©ments de dĂ©cor ; mais ils offrent une puissance d’évocation peu commune. Les costumes sont riches avec des velours lourds aux couleurs variĂ©es. Globalement l’époque des faits est respectĂ©e et rien d’incongru ne vient divertir de l‘action. La sobriĂ©tĂ© des acteurs sied bien Ă  cette action intĂ©riorisĂ©e plongeant dans l’ñme des personnages. Musicalement, la direction de Gianluigi Gelmetti est efficace, prĂ©cise : on devine son plaisir Ă  faire sonner le superbe orchestre du Capitole en pleine forme. Il peut se permettre cette puissance car les chanteurs ont tous des moyens adĂ©quats. Tamara Wilson est un grand soprano verdien spinto. Capable d’aigus tranchants et charnus, ses graves sont corsĂ©s et le mĂ©dium, homogĂšne. In Loco, sa LĂ©onora du TrouvĂšre avait dĂ©jĂ  convaincu. Elle porte le rĂŽle de Lucrezia au mĂȘme niveau d’intensitĂ©. Le tĂ©nor vĂ©nĂ©zuelien, Ă©lĂšve d’ Alfredo Krauss Ă  Madrid, Aquiles Machado, est une voix Ă  suivre. La puissance alliĂ©e Ă  la finesse des nuances avec de superbes messe di voce lui permet de briguer bien des rĂŽles verdiens. TrĂšs engagĂ© scĂ©niquement, il porte lâ€˜Ă©motion de ce rĂŽle de condamnĂ© perdu d’avance, avec Ă©loquence et noblesse. Les deux voix sont superbes de couleurs, de textures, de richesses harmoniques ; leur duo est donc un trĂšs grand moment. Le baryton Sebastian Catana incarne le rĂŽle du Doge et du pĂšre qui perd tout espoir avec une intensitĂ© vocale et scĂ©nique d’une grande efficacitĂ©. Verdi demande dĂ©jĂ  pour ce rĂŽle une longue voix de baryton, des couleurs variĂ©es et un sens du texte inhabituel. Le compositeur reviendra Ă  cette figure de pouvoir meurtrie avec Simon Boccanegra mais dĂ©jĂ  ici le rĂŽle est magnifique.

La distribution des trois rĂŽles principaux est donc proche de l’idĂ©al. Les choeurs puissants ont rendu hommage Ă  l‘inspiration verdienne bien connue. Le rĂŽle pas trĂšs dĂ©veloppĂ© de la « mĂ©chante » basse est trĂšs intensĂ©ment incarnĂ© par le jeune Leonardo Neiva Ă  l’autoritĂ© dĂ©jĂ  impressionnante. Les autres petits rĂŽles y compris ceux sortis du choeur sont excellents,  ce qui dans ce niveau vocal n’est pas peu dire.

Au final  les deux Foscari a été représenté dans une production de haute tenue à Toulouse. La retransmission le vendredi 23 mai sur Radio Classique permettra à chacun de découvrir avec plaisir un bel opéra de Verdi dans une distribution magnifique.

 

 

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Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, 16 mai 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901): I due Foscari, OpĂ©ra tragique en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs une piĂšce de Byron, crĂ©Ă© le 3 novembre 1844 au Teatro Argentina, Rome. Stefano Vizioli: mise en scĂšne; Cristian Taraborrelli : dĂ©cors; Annamaria Heinreich : costumes ; Guido Petzold : lumiĂšres ; Avec:Sebastian Catana, Francesco Foscari ; Aquiles Machado, Jacopo Foscari; Tamara Wilson, Lucrezia Contarini; Leonardo Neiva, Jacopo Loredano ; Francisco Corujo, Barbarigo ; AnaĂŻs Constans, Pisana ; Choeur du Capitole,Alfonso Caiani direction; Orchestre National du Capitole; Gianluigi Gelmetti : direction musicale.

Illustrations : I Due Foscari de verdi à Toulouse © P. Nin 2014

 

Toulouse, Capitole. Philippe Hurel : Les Pigeons d’argile.15>20 avril 2014

Unknown-1OPERA, crĂ©ation. Toulouse, Capitole, Les Pigeons d’argile. 15>20 avril 2014. A Toulouse, Philippe Hurel tire son sujet d’un fait d’actualitĂ©: l’enlĂšvement par un groupe terroriste de Patricia Hearst, hĂ©ritiĂšre d’un magnat de la presse (avril 1974). L’ouvrage est une commande du directeur du Capitole, FrĂ©dĂ©ric Chambert. Le compositeur et son librettiste (Tanguy Viel) recomposent la matiĂšre du fait historique pour en tirer la matiĂšre d’un opĂ©ra non politique mais psychologique centrĂ© sur la relation de la prisonniĂšre et de son geĂŽlier, Patricia et Toni. Le tĂ©moignage et l’expĂ©rience de cet enlĂšvement par le compagnon d’armes de Toni, Charlie pĂšsent aussi progressivement. Le trio devient huit clos sentimental. L’opĂ©ra traite de la jeunesse inconsciente des terroristes, leur fragilitĂ© psychique face Ă  la rĂ©alitĂ©, leur naĂŻvetĂ© face Ă  la violence de leurs actes; ils sont ces pigeons d’argile, proie des tireurs au ball-trap, qui explosent en vol, preuve de leur dĂ©risoire pouvoir sur les ĂȘtres et le monde. FormĂ© Ă  l’écriture spectrale, Philippe Hurel privilĂ©gie l’efficacitĂ© du drame, l’enchaĂźnement resserrĂ© des Ă©pisodes en une texture transparente qui recherche l’équilibre entre texte projetĂ© naturellement (par les 6 solistes tout au long du drame) et masse orchestrale.  Les Pigeons d’argile de Philippe Hurel (nĂ© en 1955) : Toulouse, Capitole, les 15,18,20,22 avril 2014.  

 

 

Compte rendu, opéra. Toulouse.Théùtre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: mise en scÚne. Tugan Sokhiev, direction

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Si l’association de Cavalleria et Paillasse ne brille certes pas par l’originalitĂ©, il faut reconnaitre que l’efficacitĂ© du dispositif toulousain est totale. Impossible de rĂ©sister Ă  Toulouse Ă  cette version magnifique des deux opĂ©ras en un acte. Il est certain que le concision et la concentration obtenue par cette contrainte ont mobilisĂ© le meilleur gĂ©nie de chacun des compositeurs dont aucun des autres opĂ©ras n’a obtenu le succĂšs de ce duo Ă©trange. Et lorsque tous les moyens sont utilisĂ©s le rĂ©sultat est lĂ . Cavalleria Rusticana ouvre la soirĂ©e avec, dĂšs les premiĂšres mesures de son magnifique prĂ©lude, la certitude de vivre un grand moment de musique. L’orchestre a des sonoritĂ©s d’une plĂ©nitude symphonique inhabituelle au fond d’une fosse. Les cordes en particulier sont brillantes autant qu’émouvantes dans les longues phrases de Mascagni.

 
 

Mascagni : Bravo, bravissimo ! 


 

Tugan Sokhiev est un orfĂšvre qui tout au long de la soirĂ©e a Ă  coeur de rendre le drame autant que la beautĂ© plastique des partitions. C’est dans Cavalleria que sa direction prĂ©cise et souple fait merveille offrant toutes les beautĂ©s de la partition, ciselĂ©es et irrĂ©sistibles jusque dans la maniĂšre d’assumer une forme de grandiloquence. PortĂ©s par une telle beautĂ©, les artistes chantent avec une grande Ă©lĂ©gance et une tenue inhabituelle dans ce rĂ©pertoire. Le Turrido de Nikolai Shukoff est Ă©poustouflant de prĂ©sence et l’acteur sait rendre le tourment qui habite ce rĂŽle plus complexe qu’il n’y parait. Vocalement le tĂ©nor a des moyens considĂ©rables (ceux d’un vĂ©ritable heldentĂ©nor) qu’il adapte parfaitement Ă  l’opĂ©ra italien. Face Ă  lui la Santuzza d’Elena Bocharova a un jeu plus conventionnel mais surtout un engagement vocal si considĂ©rable qu’elle Ă©voque un peu la projection droite et volcanique dont Ă©tait capable Fiorenza Cossoto. Leur duo est marquĂ© par une thĂ©ĂątralitĂ© associant un jeu trĂšs physique et un engagement vocal sans limites. Aucun des deux chanteurs, ne mĂ©nageant pourtant jamais sa voix, n’est pris en dĂ©faut. La Mamma Lucia d’ Elena Zilio est Ă  la fois prĂ©sente vocalement dans les ensembles, ce qui face aux hĂ©ros aux voix de stentor n’est pas rien, et trĂšs Ă©mouvante dans ces trĂšs courtes interventions face Ă  Santuzza et Turridu. AndrĂ© Heyboer en Alfio est capable de rendre perceptible toute l’humanitĂ© de son personnage un peu sacrifiĂ©. Vocalement il sait tenir face Ă  toute les exigences du rĂŽle avec une voix pleine et sĂ»re. La Lola de Sarah Jouffroy est aguicheuse Ă  souhait.
L’orchestre durant tout l’opĂ©ra a une place trĂšs importante offrant un miroir Ă  l’ñme si tourmentĂ©e de Santuzza. La beautĂ© sonore est totalement captivante ainsi que le drame dont Tugan Sokhiev met en valeur chaque instant. L’Intermezzo restera longtemps dans les mĂ©moires. La production de Yannis Kokkos qui assure mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes, est trĂšs cohĂ©rente respectant les didascalies. La Sicile archaĂŻque et religieuse est prĂ©sente avec une Ă©glise trĂšs Ă©crasante et des escaliers habiles pour les mouvements de foule. Un travail trĂšs respectueux qui mobilise le drame a chaque moment.

Les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de dĂ©cors sont utilisĂ©s pour Paillasse, la place de l’église servant de scĂšne pour les saltimbanques. LĂ  c’est l’engagement dramatique et thĂ©Ăątral de Tugan Sokhiev qui porte la partition Ă  l’incandescence du drame le plus implacable. La folie meurtriĂšre qui s’empare de Canio, obligĂ© de jouer son tourment privĂ© sur scĂšne arrache des larmes dans son implacabilitĂ©. Le tĂ©nor gĂ©orgien Badri Maisuradze, habituĂ© du BolchoĂŻ, a tout Ă  la fois une voix puissante et parfaitement maitrisĂ©e et un engagement scĂ©nique quasi viscĂ©ral qui convient parfaitement Ă  ce personnage si malheureux, incapable de rĂ©sister Ă  sa violence. La performance vocale est Ă  la hauteur de son jeux. La Nedda de Tamar Iveri est un papillon pris au filet qui n’arrivera pas Ă  s’ Ă©chapper malgrĂ© son courage et sa dĂ©termination. La composition de la cantatrice, habituĂ©e aux rĂŽles nobles et tristes, la rend mĂ©connaissable de lĂ©gĂšretĂ©. Son art vocal lui permet avec dĂ©licatesse de vocaliser comme d’exprimer puissamment ses sentiments et sa rĂ©volte. En Tonio, Sergey Murzaev est trĂšs troublant capable de la plus grande vilĂ©nie comme d’un Ă©motion noble dans le prologue.
C’est vraiment le thĂ©Ăątre qui domine Paillasse dans cette interprĂ©tation qui avance inexorablement vers le drame final. Avec cette Ă©ternelle question du jeu social si difficile Ă  tenir dans les moments de tourments personnels, le thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre pirandellien dans Paillasse fait toujours son effet fulgurant. Les trĂšs belles lumiĂšres nocturnes de Patrice Trottier s’ajoutent Ă  la cohĂ©rence du travail de Yannis Kokkos. Les choeurs dont la maĂźtrise sont trĂšs efficaces dans leurs courtes interventions et d’une belle prĂ©sence scĂ©nique.

 

Drame et passions se sont développés avec puissance pour un public pris par les beautés de ces partitions envoûtantes. Chacune a retrouvé une noblesse irrésistible sous la baguette de Tugan Sokhiev dans une production belle et respectueuses des éléments consubstantiels aux mélodrames. Un grand succÚs pour cette production capitoline !

Toulouse.ThĂ©Ăątre de Capitole, le 14 mars 2014. Pietro Mascagni (1863-1945): Cavalleria Rusticana; Ruggero Leoncavallo (1858-1919): Paillasse. Nouvelle production du Capitole. Yannis Kokkos: Mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes; Patrice Trottier : LumiĂšres; Anne Blancard : Dramaturgie. Avec : Elena Bocharova, Santuzza; Sarah Jouffroy, Lola; Nikolai Schukoff, Turiddu ; AndrĂ© Heyboer, Alfio; Elena Zilio, Mamma Lucia; Badri Maisuradze, Canio ; Tamar Iveri, Nedda; Sergey Murzaev, Tonio; Mikeldi Atxalandabaso, Beppe ; Mario Cassi, Silvio. ChƓur et MaĂźtrise du Capitole, Alfonso Caiani direction; Orchestre national du Capitole. Tugan Sokhiev, Direction musicale.

 

Illustration : © P. Nin 2014

 
 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture ; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour dĂ©buter ce concert, l’orchestre, un peu plĂ©thorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancĂ© sans finesse dans l’ouverture du FreischĂŒtz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblĂ© presque pris au dĂ©pourvu avec des attaques parfois imprĂ©cises et des cors en ordre dispersĂ©. Les gestes Ă©nergiques du chef lui donnant presque un cotĂ© martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur amĂ©ricano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatriĂšme symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrĂ©e, la partition ne manque pas d’allure en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Britten y mĂȘlant quelques Ă©lĂ©ments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en CinĂ©mascope. La tragĂ©die de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immĂ©diat, le compositeur aimant Ă  parler directement aux Ă©motions de l’auditeur. Le chant final confiĂ© Ă  une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son Ă©poux espĂ©rant toujours arriver Ă  se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsĂ©e de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchĂ©e sont trĂšs Ă©vocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la rĂ©sistance du peuple. Il s’agissait de la crĂ©ation française de cette piĂšce.

AprĂšs l’entracte la QuatriĂšme Symphonie de Mahler a Ă©tĂ© proposĂ©e dans une interprĂ©tation immĂ©diate et hĂ©doniste par Giancarlo Guerrero. La beautĂ© de cette partition trĂšs lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dĂ©rision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas Ă©tĂ© invitĂ©s par un chef plutĂŽt soucieux Ă  tout moment de beautĂ© sonore. L’orchestre est trĂšs gĂ©nĂ©reux en somptuositĂ© de timbres et moins en nuances et subtilitĂ© de phrasĂ©s. Le premier mouvement dans un tempo prudent a dĂ©roulĂ© ses ensorcelants mĂ©lismes en toute candeur sans dĂ©rision ni gentilles moqueries lors des archets frappĂ©s ou les riches percussions. Le deuxiĂšme mouvement contenant une marche funĂšbre avec un premier violon en scordattura est restĂ© trĂšs Ă©lĂ©gant et joyeux sans jamais rien d’inquiĂ©tant ou de vraiment provoquant. Le troisiĂšme, Ruhevoll,  eut la beautĂ© des songes avec une avancĂ©e de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a Ă©tĂ© un peu dĂ©cevant par son manque d’humour mais la partition jouĂ©e ainsi au premier degrĂ© avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le gĂ©nie d’orchestrateur de Mahler et la virtuositĂ© de l’orchestre du Capitole. L’Ă©vocation de l’ambivalence de l’enfance n’a mĂȘme pas Ă©tĂ© effleurĂ©e. Cette version solide et avant tout centrĂ©e sur le beau son, a Ă©tĂ© bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprĂ©tation si complĂšte sur bien des plans, y compris quant Ă  l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnĂ©e par ce mĂȘme orchestre autrement plus engagĂ© sous la baguette de Tugan Sokhiev trĂšs inspirĂ© en mars 2010


Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 dĂ©cembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.