COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Bastille, 14 sept 2019. PUCCINI : Madame Butterfly. Ana Maria Martinez, Marie-Nicole Lemieux, Giorgio Berrugi… Orchestre de l’opéra. Giacomo Sagripanti, direction. Robert Wilson, mise en scène.

puccini-giacomo-portrait-operas-classiquenews-dossier-special-HOMEPAGE-classiquenewsCOMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Bastille, 14 sept 2019. PUCCINI : Madame Butterfly. Ana Maria Martinez, Marie-Nicole Lemieux, Giorgio Berrugi… Orchestre de l’opéra. Giacomo Sagripanti, direction. Robert Wilson, mise en scène. Retour de la mise en scène mythique de Madame Butterfly (1993) de Robert Wilson à l’Opéra National de Paris ! La direction musicale de l’archicélèbre opus de Puccini est assuré par le chef Giacomo Sagripanti. Une reprise qui n’est pas sans défaut dans l’exécution mais toujours bienvenue et heureuse grâce à la qualité remarquable de la production.

Madame Butterfly est l’opéra préféré de Puccini, « le plus sincère et le plus évocateur que j’ai jamais conçu », disait-il. Il marque un retour au drame psychologique intimiste, à l’observation des sentiments, à la poésie du quotidien. Puccini pris par son sujet et son héroïne, s’est plongé dans l’étude de la musique, de la culture et des rites japonais, allant jusqu’à la rencontre de l’actrice Sada Jacco qui lui a permis de se familiariser avec le timbre des femmes japonaises ! Si l’histoire d’après le roman de Pierre Lotti « Madame Chrysanthème » fait désormais partie de la culture générale et populaire, de propositions scéniques comme celle de Robert Wilson ont la qualité d’immortaliser davantage et l’oeuvre, et l’expérience esthétique et artistique que sa contemplation représente.

 

Madame Butterfly de Wilson,
minimalisme tu me tiens !

L’opus, un sommet lyrique en ce qui concerne l’expression et le mélodrame, très flatteur pour les gosiers de ses interprètes sur scène, pose souvent de problème dans la mise en scène. L’histoire de la geisha répudiée après mariage et idylle avec un jeune lieutenant de l’armée américaine est d’un côté très contraignante au niveau dramaturgique, et très excessive au niveau du pathos et de l’affect.
Une œuvre aussi exubérante dans le chant et aussi tragique dans sa trame, se voit magistralement mise en honneur par une mise en scène minimaliste et immobile comme celle que nous avons le bonheur de redécouvrir en cette fin d’été. Ici, Bob Wilson, avec ses costumes et ses incroyables lumières (collaboration avec Heinrich Brunke pour les dernières), se montre maître de l’art dans le sens où l’utilisation de l’artifice, épuré, est au service de l’histoire. Rien n’y est ajouté, rien n’y est jamais explicité… De la froideur gestuelle apparente des personnages sort une intensité maîtrisée, qui captive et qui hante bien au-delà des deux heures de représentation.

Un travail si particulier doit être un défi supplémentaire pour les chanteurs, qui doivent se maîtriser et physiquement et psychologiquement, tout en chantant un petit éventail d’émotions souvent excessives ou exacerbées. En l’occurrence nous sommes mitigés par rapport à l’exécution. Le ténor italien Giorgio Berrugi faisant ses débuts à l’Opéra de Paris dans le rôle du lieutenant F.B Pinkerton, a un chant délicieux : sa voix est très seine et le timbre est beau. Le duo d’amour qui clôt l’acte 1 « Bimba, bimba… dalli occhi pieni di malia… vogliatemi bene » est un véritable sommet d’expression musicale pour lui et pour la soprano, il le chante avec vaillance et sentiment. S’il est légèrement plus audible qu’Ana Maria Martinez en Butterfly pendant ce duo, nous avons trouvé son interprétation bouleversante d’humanité. Son air de l’acte II : « Un bel di vedremo » a été d’une grande intensité théâtrale, mais nous constatons en cette première quelques problèmes d’équilibre entre la fosse et la scène, et elle s’y trouve pénalisée.
Les nombreux rôles secondaires paraissent parfois également affectés par cette question, plusieurs de leurs performances se distinguent cependant : Laurent Naouri impeccable et implacable en Sharpless, Marie-Nicole Lemieux à la présence remarquable en Suzuki, ou encore le Goro plus-que-parfait de Rodolphe Briand ! Les chœurs dirigés par Alessandro di Stefano, sont tout à fait dans la même situation, et nous félicitons ses efforts.

La direction de Giacomo Sagripanti pourrait être à l’origine du déséquilibre notoire et regrettable pour une si magnifique production. Il s’agît d’une impression que nous avons surtout au premier acte. S’il existe une certaine volonté du chef d’apporter une lecture plus cristalline qu’émotive, bienvenue, l’orchestre réussi à vibrer plus équitablement au troisième acte.

Reprise mythique à l’Opéra National de Paris à découvrir et redécouvrir encore à l’Opéra Bastille les 9, 12, 19, 26, 29 et 30 octobre ainsi que les 1, 2, 5, 6, 8, 9 et 13 novembre 2019 avec deux distributions.

COMPTE-RENDU, opéra. NANCY, Opéra, 23 juin 2019. PUCCINI : Madame Butterfly. Seo, Montvidas. Emmanuelle Bastet / Pitrènas.

Nouvelle Tosca à l'Opéra de TOURSCOMPTE-RENDU, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, 23 juin 2019. PUCCINI : Madame Butterfly. Sunyoung Seo, Edagaras Montvidas, Cornelia Oncioiu… Orchestre symphonique et lyrique de Nancy. Modestas Pitrènas, direction. Emmanuelle Bastet, mise en scène. Nouvelle production du chef-d’œuvre puccinien, Madame Butterfly, à l’affiche à l’Opéra National de Lorraine. La metteur en scène Emmanuelle Bastet signe un spectacle intimiste, d’une grande délicatesse et sensibilité et le chef Modestas Pitrènas assure la direction musicale de l’orchestre et des chanteurs superbement investis à tous niveaux!

Madame Butterfly était l’opéra préféré du compositeur, « le plus sincère et le plus évocateur que j’ai jamais conçu », disait-il. Il marque un retour au drame psychologique intimiste, à l’observation des sentiments, à la poésie du quotidien. Puccini pris par son sujet et son héroïne, s’est plongé dans l’étude de la musique, de la culture et des rites japonais, allant jusqu’à la rencontre de l’actrice Sada Jacco qui l’a permit de se familiariser avec le timbre des femmes japonaises !
L’histoire de Cio-Cio-San / Butterfly s’inspire largement du roman de Pierre Loti : Madame Chrysanthème. Le livret est conçu par les collaborateurs fétiches de Puccini, Giacosa et Illica, d’après la pièce de David Belasco, tirée d’un récit de John Luther Long, ce dernier inspiré de Loti. Il parle du lieutenant de la marine américaine B.F. Pinkerton qui se « marie » avec une jeune geisha nommé Cio-Cio San (« Butterfly »). Le tout est une farce mais Butterfly y croit. Elle se convertit au christianisme et a un enfant de cette union. Elle sera délaissée par le lieutenant qui reviendra avec une femme américaine, sa véritable épouse, pour récupérer son fils bâtard. Butterfly ne peut que se tuer avec le couteau hérité de son père, et qu’il avait utilisé pour son suicide rituel Hara-Kiri.

 

 

 

Nouvelle Butterfly à Nancy

Éblouissante simplicité
quand le mélodrame se soumet au drame

 

 

 

Madama-Butterfly nancy emmanuelle bastet Sunyoung Seo  critique opera par classiquenews la nouvelle Butterfly de Nancy opera critique classiquenews ©C2images-pour-l’Opéra-national-de-Lorraine-9-362x543La mise en scène élégante et épurée d’Emmanuelle Bastet, avec les sublimes décors de son collaborateur fétiche Tim Northon, représente une sorte de contrepoids sobre et délicat à la musique marquée par la sentimentalité exacerbée de Puccini. Les acteurs-chanteurs sont engagés et semblent tous portés par la vision théâtrale pointue et cohérente de Bastet. Dans ce sens, le couple protagoniste brille d’une lumière qui dépasse les clichés auxquels on assigne souvent les interprètes des deux rôles. La soprano sud-coréenne Sunyoung Seo est très en forme vocalement et incarne magistralement , âme et corps, le lustre de son aveuglement, derrière lequel se cachent illusion et désespoir. Elle est très fortement ovationnée après le célèbre air « Un bel di vedremo ». Le ténor Edgaras Montvidas est quant à lui un lieutenant Pinkerton tout à fait charmant et charmeur. Le Suzuki de la mezzo-soprano Cornelia Oncioiu se distingue par le gosier remarquable et sa voix à la superbe projection, ainsi que par un je ne sais quoi de mélancolique et touchant dans son jeu. Le Sharpless du baryton Dario Solaris séduit par la beauté du timbre et la maîtrise exquise de sa voix. Les nombreux rôles secondaires agrémentent ponctuellement la représentation par leurs excellentes performances, que ce soit le Goro vivace et réactif de Gregory Bonfatti ou le passage grave et intense de la basse Nika Guliashvili en oncle Bonze.

Madama-Butterfly nancy opera montvideas pinkerton critique opera classiquenews ©C2images-pour-l’Opéra-national-de-Lorraine-1-362x241Le choeur de l’Opéra National de Lorraine sous la direction de Merion Powell est à la hauteur des autres éléments de la production. La direction musicale de Modestas Pitrènas se présente presque comme une révélation. Il a réussi à maîtriser la rythmique de l’opus et à fait scintiller le coloris orchestral d’une façon totalement inattendue ! S’il y a eu des imprécisions dans l’exécution ponctuellement chez les vents, la direction du chef et l’interprétation de l’orchestre sont tout aussi poétiques que la mise en scène. Production heureuse d’un sujet malheureux, revisité subtilement par Emmanuelle Bastet et son équipe artistique.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, 23 juin 2019. PUCCINI : Madame Butterfly. Sunyoung Seo, Edagaras Montvidas, Cornelia Oncioiu… Orchestre symphonique et lyrique de Nancy. Modestas Pitrènas, direction. Emmanuelle Bastet, mise en scène. Illustrations : Sunyoung Seo (Cio-Cio-San) © C2images pour l’Opéra national de Lorraine
 

DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly РHermanis, d̩c 2016 Р1 dvd DECCA).

puccini butterfly hermanis chailly scala dec 2016 critique review dvd critique dvd opera par classiquenews 0044007439821DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, déc 2016 – 1 dvd DECCA). Décembre 2016 sur la scène scaligène (de la Scala à Milan), le nouveau directeur musical poursuit son intégrale Puccini, avec Butterfly, après La Fanciulla del West… Choisir la version originale critique de 1904 (création de l’œuvre) est un argument prometteur. Evidemment Chailly fait du Chalilly : direction engagée, ardente, hautement dramatique, mais peu démonstrative et boursouflée : une qualité chez le compositeur. Les détails, la couleur scintillent d’une façon cinématographique, même si du coup, livret oriignal oblige, certaines scènes ont perdu la force et l’efficacité expressive de ce qui a été affiné par la suite. Le profil de la geisha y semble moins subtil, parfois caricatural, à la manière d’une carte postale ou d’une schématisation creuse, un rien artificielle. La musique est juste mais perd en souffle. En partie à cause de récitatifs trop développés qui ralentissent l’action, et affadissent la caractérisation des protagonistes. Le couple Butterfly / Pinkerton (Siri / Hymel) reste engagé, mais vocalement limité, et émotionnellement trop lisse et répétitif. Ce qui nuit à la vraisemblance de l’histoire… un rien minaudante et anecdotique dans sa version originelle ainsi dévoilée. Alvarez se distingue en Sharpless ; même adhésion au Goro, impeccable de Carlo Bosi ; et l’on regrette d’autant plus, le format réduit d’Annalisa Stroppa qui manque sa partie en Suzuki : double, confidente, mère trop faible et presque timorée aux côtés de sa protégée Cio-Cio-San.

Il est vrai que visuellement et dramatiquement, la mise en scène d’Hermanis manque elle aussi de cohérence comme de clarté. Les thèmes que dénoncent Puccini : l’esclavage sexuel institutionalisé, la manipulation d’une fillette trop naïve, l’hypocrisie de la présence occidentale en Orient… tout cela est totalement écarté en une succession de tableaux sans profondeur mais bavards et décorativement (trop) aguicheurs. Production insatisfaisante, surtout pour la Scala.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly РHermanis, d̩c 2016) Р1 dvd DECCA.

Cio-Cio San : Maria José Siri
Suzuki : Annalisa Stroppa
Kate Pinkerton: Nicole Brandolino
Pinkerton : Bryan Hymel
Sharpless : Carlos Alvarez
Goro : Carlo Bosi
Il Bonzo : Abramo Rosalen
Il Principe Yamadori : Costantino Finucci
Il Commissario Imperiale : Gabriele Sagona

Orchestre et Chœurs du Teatro alla Scala
Riccardo Chailly, direction

Milan, Teatro alla Scala, tournage réalisé en décembre 2016
Mise en scène : Alvis Hermanis
Scénographie : Alvis Hermanis et Leila Fteita
Dramaturgie : Olivier Lexa

Ermolena Jaho, bientôt diva acclamé d’Orange ?

DIVA D’ÉTÉ. Ermonela Jaho… la diva dont on parle. Certains en France ne la connaissent pas encore vraiment : Ermonela Jaho, né en Albanie en 1974. Sa prochaine performance en Cio Cio San dans Madama Butterly de Puccini à Orange (9 et 12 juillet 2016, sous la direction de l’excellent Mikko Franck, actuel directeur musical du Philharmonique de Radio France) pourrait bien être une opportunité pour se faire connaître du grand public et des mélomanes en général.

 

 

ERMONELA JAHO, une CIO CIO SAN ATTENDUE

 

 

Ermolena Jaho chante Butterfly à Orange

 

 

Pourtant la soprano albanaise s’est déjà produite aux Chorégies d’Orange (Michaëla dans Carmen en 2008 c’était elle). Ermonela Jaho connaît bien le rôle de la jeune geisha trompée sacrifiée et finalement suicidaire : elle l’a chanté dès 2015 à l’Opéra Bastille dans la mise en scène de Bob Wilson.  Une vision pourtant statique, et peut-être trop distanciée qui n’a pas empêché la diva d’exprimer avec une rare intensité la jeunesse, la douceur, la tendresse désarmante d’une amoureuse sincère à laquelle le monde des hommes ment en permanence… Car c’est une jeune femme, adolescente encore (16 ans)…. comme Manon Lescaut (de Puccini, un rôle qu’elle vient d’aborder en avril 2016 à Munich) ou encore La Traviata (Violetta Valéry), autant d’héroïnes tragiques et irrésistibles à l’opéra, qui sont de très jeunes idoles.  Le chant tout en ciselure et finesse vocale devrait convenir à la soprano particulièrement exposée les 9 et 12 juillet prochains : un nouveau défi dans sa carrière, et certainement une revanche à prendre pour celle à qui on avait dit qu’elle y laisserait sa voix. Pourtant après les Tebaldi, Scotto, Freni… Ermonela Jaho ne s’en laisse pas compter et chante toujours en 2016, un rôle taillé pour elle; un rendez vous à ne pas manquer cet été 2016 à Orange.

 

Après Cio CIo San, Ermonela Jaho revient à Paris, Opéra Bastille, pour y chanter Antonio des Contes d’Hoffmann (3-27 novembre 2016). Rappelons que la soprano albanaise a fait ses débuts à l’Opéra Bastille dans La Traviata en 2014 déjà.

 

Applaudir aux Chorégies d’Orange, Théâtre Antique, les 9 puis 12 juillet 2016, 21h.
ECOUTER : sur France Musique le 12 juillet 2016, dès 20h30; en direct d’Orange
VOIR : sur France 5 et culturebox, le 13 juillet 2016, 20h30

 

LIRE aussi notre présentation complète de “Geisha  tragique, Madama Butterfly à Orange avec Ermolena Jaho, soprano

 

 

 

 

Ermonela Jaho chante Madame Butterfly sur France 5

pucciniFRANCE 5. Le 13 juillet 2016, 20h55. Mikko Franck dirige Madama Butterfly de Puccini, aux Chorégies d’Orange.  Un événement suffisamment important pour être diffusé en direct sur France 3, France 5 et culturebox simultanément. Il est vrai que le chef finnois sait embraser un orchestre, insufflant une puissance irrésistible sans jamais sacrifier la ciselure instrumentale : une attention parfaite d’autant plus adaptée à la palette orchestrale du Puccini, immense orchestrateur dont les couleurs et les atmosphères, dans Madama Butterfly ou dans Turandot (son autre opéra oriental, mais celui-ci se déroulant en Chine) égalent les meilleurs peintres de son temps. Madame Butterfly, l’opéra japonais de Giacomo Puccini fait les beaux soirs du Théâtre antique d’Orange, par l’Orchestre philharmonique de Radio France, accompagné des chÅ“urs des opéras d’Avignon, Nice et Toulon sous la direction de l’excellent Mikko Franck, – chef charismatique taillé pour le souffle lyrique et qui a précédemment marqué les esprits à Orange déjà, dans une Tosca (du même Puccini), à la fois grandiose et psychologique. Nagasaki, 1904. Un jeune officier américain de passage, Benjamin Franklin Pinkerton épouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San (en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique ou parodie nuptiale sans conséquence pour lui, le mariage est pris très au sérieux par la jeune Japonaise. D’autant qu’après la cérémonie, Cio Cio San tombe rapidement enceinte… mais l’insouciant jeune officier repart en Amérique. Espérant son retour, elle lui reste fidèle et refuse de nombreuses propositions de mariage. Trois ans plus tard, Pinkerton revient au Japon avec sa nouvelle épouse américaine. Quand Cio-Cio-San comprend la situation, – Pinkerton est mérite à une autre et l’a donc tout simplement abandonnée, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort par jigai en se poignardant.

 

 

 

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Dans le rôle-titre de la tragique et bouleversante geisha, la soprano albanaise Ermonela Jaho incarne les blessures d’une héroïne sacrifiée ; en elle, se cristallise les contradictions d’une société conquérante au fort parfum colonialiste, s’autorisant ainsi ce qui pourrait être assimilé à de la prostitution organisée ou au tourisme sexuel… l’officier américain prend du bon temps sans penser à conséquence ; c’est pourtant tout un destin qui se joue pour la jeune femme. Le jeune ténor Brian Hymel chante la partie de l’officier américain Pinkerton. Rares les chefs capables de finesse orientaliste, et sous la couleur exotique, de profondeur psychologique. La sincérité du rôle de Butterfly, la vérité qui émane de façon bouleversante de la fameuse scène de son suicide est l’un des temps forts de l’opéra italien parmi les plus intenses jamais écrits pour la scène. Avec Liù (Turandot), Mimi (La Bohème), Cio Cio San éclaire dans l’écriture de Puccini, ce souci de vérité psychologique dédié aux femmes spécifiquement, figures angéliques et tragiques et sacrifiées mais d’une grandeur morale sans pareille. La soirée du mercredi 13 juillet 2016 est le temps fort des Chorégies d’Orange 2016.

France 5, en direct d’Orange. Puccini : Madame Butterfly. Mercredi 13 juillet 2016 sur France 5 à 20h30 et sur culturebox.fr/choregies

logo_france_3_114142_wideGENESE… Au cours de l’été 1900, Puccini tombe en admiration devant la pièce de David Belasco, Madame Butterfly, adaptée d’une nouvelle de John Luther, plagiat du roman de Pierre Loti, Madame Chrysanthème. Les librettistes attitrés de Puccini, Illica et Giacosa, transposent pour la scène lyrique, ce drame exotique. Le compositeur tenait à un drame en deux actes, mais Giacosa était persuadé qu’une articulation en trois actes était préférable. L’opéra fut présenté en deux actes à la Scala de Milan en février 1904. Ce fut un échec retentissant pour Puccini. L’œuvre disparut, détruite par la critique. Puccini tint compte néanmoins des avis exprimés et des réserves des auditeurs ; il remania son opéra en trois actes et le présenta dans sa version revisitée en mai 1904 à Brescia. Dans sa seconde version, l’ouvrage connut cette fois un triomphe qui n’a jamais faibli.

France 5 et culturebox le 13 juillet 2016 — en direct d’Orange sur France Musique, mardi 12 juillet 2016, 20h30. Puccini : Madame Butterfly. Durée : 2h20mn- Présentation : Claire Chazal – Direction musicale : Mikko Franck – Mise en scène : Nadine Duffaut – Scénographie : Emmanuelle Favre

A voir ensuite sur France 3, deux soirées spéciales consacrées aux Chorégies d’Orange avec notamment la diffusion du Requiem de Verdi et de La Traviata de Verdi.

Ermonela Jaho… la diva dont on parle. Certains en France ne la connaissent pas encore vraiment : Ermonela Jaho, né en Albanie en 1974. Sa prochaine performance en Cio Cio San dans Madama Butterly de Puccini à Orange (9 et 12 juillet 2016, sous la direction de l’excellent Mikko Franck, actuel directeur musical du Philharmonique de Radio France) pourrait bien être une opportunité pour se faire connaître du grand public et des mélomanes en général.

 

 

ERMONELA JAHO, une CIO CIO SAN ATTENDUE

 

 

Ermolena Jaho chante Butterfly à Orange

 

 

Pourtant la soprano albanaise s’est déjà produite aux Chorégies d’Orange (Michaëla dans Carmen en 2008 c’était elle). Ermonela Jaho connaît bien le rôle de la jeune geisha trompée sacrifiée et finalement suicidaire : elle l’a chanté dès 2015 à l’Opéra Bastille dans la mise en scène de Bob Wilson.  Une vision pourtant statique, et peut-être trop distanciée qui n’a pas empêché la diva d’exprimer avec une rare intensité la jeunesse, la douceur, la tendresse désarmante d’une amoureuse sincère à laquelle le monde des hommes ment en permanence… Car c’est une jeune femme, adolescente encore (16 ans)…. comme Manon Lescaut (de Puccini, un rôle qu’elle vient d’aborder en avril 2016 à Munich) ou encore La Traviata (Violetta Valéry), autant d’héroïnes tragiques et irrésistibles à l’opéra, qui sont de très jeunes idoles.  Le chant tout en ciselure et finesse vocale devrait convenir à la soprano particulièrement exposée les 9 et 12 juillet prochains : un nouveau défi dans sa carrière, et certainement une revanche à prendre pour celle à qui on avait dit qu’elle y laisserait sa voix. Pourtant après les Tebaldi, Scotto, Freni… Ermonela Jaho ne s’en laisse pas compter et chante toujours en 2016, un rôle taillé pour elle; un rendez vous à ne pas manquer cet été 2016 à Orange.

 

Après Cio CIo San, Ermonela Jaho revient à Paris, Opéra Bastille, pour y chanter Antonio des Contes d’Hoffmann (3-27 novembre 2016). Rappelons que la soprano albanaise a fait ses débuts à l’Opéra Bastille dans La Traviata en 2014 déjà.

 

 

 

 

Madama Butterfly à Tours

pucciniTours, Opéra. Puccini : Madama Butterfly. Les 7,9,11,13 octobre 2015. Familier de l’Opéra de Tours, le metteur en scène Alain Garichot s’empare de la tragédie amoureuse qui met en scène la jeune japonaise Cio-Cio-San, abandonnée par son époux récemment rencontré, l’officier américain (Pinkerton), mais la jeune femme désoeuvree se voit contrainte au suicide par son sens de l’honneur, car le bel étranger qui l’avait épousée sans y croire, reparaît à Nagazaki mais au bras de sa véritable épouse américaine … Madama Butterfly est un drame exotique qui passionna Puccini. La force du sentiment exprimé dépasse le fait divers.  Après l’extase amoureuse et l’ivresse sensorielle d’un mariage de pacotille auquel elle est seule à croire sincèrement, Cio Cio San bientôt enceinte, est condamnée à l’abandon et à l’attente… solitude, désespoir, trahison, humiliation sont les étapes d’un cÅ“ur juvénile et tendre qui avait cru à la sincérité des sentiments échangés avec l’époux étranger…
Exotique, l’opéra de Puccini écarte les ficelles et les clichés d’un orientalisme anecdotique ou simplement décoratif : comme Turandot, autre drame extrême oriental (qui se déroule en Chine et qu’il laissera inachevé), Puccini élabore un langage orchestral inouï par son raffinement instrumental et ses harmonies imprévues, aussi moderne et coloré que les partitions de Ravel et Debussy.
La force poignante de Butterfly, tragédie intime dessine une géographie personnelle et pudique que Puccini exprime avec une sensibilité inédite à l’opéra. De sorte que grâce à la musique, l’épisode devient drame universel. Les vertiges de la jeune japonaise atteignent convulsions et grandeur des héroïnes du grand opéra. Opéra événement à Tours et qui inaugure la nouvelle saison lyrique 2015-2016 du théâtre tourangeau.

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015Pourquoi ne pas manquer cette production de Butterfly à Tours ? Pour la direction toujours cohérente, dramatique et détaillée de Jean-Yves Ossonce, le travail du metteur en scène Alain Garichot toujours clair et respectueux de la partition, et dans le rôle-titre, la soprano intense et fine musicienne Anne-Sophie Duprels, que les tourangeaux avaient pu découvrir la saison dernière dans la production mémorable de La Voix humaine, couplée à l’Heure espagnole… (Voir le reportage vidéo : La Voix humaine et L’Heure espagnole à l’Opéra de Tours). Illustration : Anne-Sophie Duprels dans La Voix Humaine de Cocteau / Poulenc à l’Opéra de Tours en avril 2015.

 

 

 

boutonreservationTours, Opéra. Puccini : Madama Butterfly
4 représentations à ne pas manquer
Mercredi 7 octobre 2015 – 20h00
Vendredi 9 octobre – 20h00
Dimanche 11 octobre – 15h00
Mardi 13 octobre – 20h00

 

 

Billetterie, ouverte du mardi au samedi : 10h-12h, 13h-17h45
02 47 60 20 20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Production Opéra de Tours
Décors, costumes et accessoires réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Tours

 

 

 

Tragédia giapponese en trois actes
Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa
Création le 17 février 1904 à Milan
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Alain Garichot
Décors : Denis Fruchaud
Costumes : Claude Masson
Lumières : Marc Delamézière

Cio-Cio-San : Anne-Sophie Duprels
Suzuki : Delphine Haidan
Kate Pinkerton : Pascale Sicaud Beauchesnais
F. B. Pinkerton : Avi Klemberg *
Sharpless : Jean-Sébastien Bou
Goro : Antoine Normand
Oncle Bonze : Luc Bertin-Hugault *
Commissaire : Ronan Nédélec

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours et Choeurs Supplémentaires

Présenté en italien, surtitré en français
* débuts à l’Opéra de Tours

 

 

 

Conférence Madama Butterfly de Puccini
Samedi 3 octobre 2015,  14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

Compte rendu, opéra. Lille. Opéra de Lille, le 2 juin 2015. Puccini : Madama Butterfly. Serena Farnocchia, Merunas Vitulskis, Armando Noguera… Orchestre National de Lille. Antonino Fogliani, direction. Jean-François Sivadier, mise en scène.

Fin de saison passionnante à l’Opéra de Lille ! La première mise en scène lyrique de Jean-François Sivadier revient à la maison qui l’a commandée il y a plus de 10 ans. Il s’agît de Madama Butterfly de Giacomo Puccini. Antonino Fogliani dirige l’Orchestre National de Lille et une excellente distribution de chanteurs-acteurs, avec atout distinctif, Armando Noguera reprenant le rôle de Sharpless qu’il a créée en 2004.

 

Butterfly lilloise, de grande dignité

butterfly opera de lille sivadier critique compte rendu classiquenewsMadama Butterfly était l’opéra préféré du compositeur, « le plus sincère et le plus évocateur que j’aie jamais conçu », disait-il. Il marque un retour au drame psychologique intimiste, à l’observation des sentiments, à la poésie du quotidien. Puccini pris par son sujet et son héroïne, s’est plongé dans l’étude de la musique, de la culture, des rites japonais, allant jusqu’à la rencontre de l’actrice Sada Jacco qui lui a permis de se familiariser avec le timbre des femmes japonaises ! L’histoire de Madama Butterfly s’inspire largement du roman de Pierre Lotti Madame Chrysanthème. Le livret est le fruit de la collaboration des deux écrivains familiers de Puccini, Giacosa et Illica, d’après la pièce de David Belasco, tirée d’un récit de John Luther Long, ce dernier directement inspiré de Lotti. Il parle du lieutenant de la marine américaine B.F. Pinkerton qui se « marie » avec une jeune geisha nommée Cio-Cio San. Le tout est une farce mais Cio-Cio San y croit. Elle se convertit au christianisme et a un enfant de cette union. Elle sera délaissée par le lieutenant trop léger, qui reviendra avec une femme américaine, sa véritable épouse, pour récupérer son fils bâtard. Cio-Cio San ne peut que se tuer avec le couteau hérité de son père, et qu’il avait utilisé pour son suicide rituel Hara-Kiri.

Ce soir, un très grand public a accès à la tragédie puccinienne, puisque l’opéra est diffusé en direct et sur grand écran sur la grande place à l’extérieur de l’opéra, mais aussi retransmise sur plusieurs plateformes télévisuelles et radiophoniques. Une occasion qui peut s’avérer inoubliable grâce aux talents combinés des artistes engagés. La Cio-Cio San de la soprano italienne Serena Farnocchia surprend immédiatement par sa prestance, il s’agît d’une geisha d’une grande dignité, malgré sa naïveté. Elle réussit au IIème acte,  l’air « Un bel di vedremo », à la fois rêveur et idéalement extatique. Si elle reste plutôt en contrôle d’elle même lors du « Che tua madre », l’interprète arrive à y imprimer une profonde tristesse qui contraste avec la complexité horripilante de son dernier morceau « Tu, tu piccolo iddio ». Le Pinkerton du ténor Merunas Vitulskis a un beau timbre et il rayonne d’une certaine douceur, d’une certaine chaleur dans son interprétation, malgré la nature du rôle. Il est appassionato comme on aime et a une grande complicité avec ses partenaires. Armando Noguera en tant que Consul Sharpless fait preuve de la sensibilité et de la réactivité qui lui sont propres. Aussi très complice avec ses partenaires, il interprète de façon très émouvante le sublime trio du IIIe acte avec Suzuki et Pinkerton « Io so che alle sue pene… ». La Suzuki de Victoria Yarovaya offre une prestation solide et sensible, tout comme Tim Kuypers dans les rôles du Commissaire et du Prince Yamadori, davantage alléchant par la beauté de son instrument. Le Goro de François Piolino est très réussi, le Suisse est réactif et drôle et sévère selon les besoins ; il affirme une grande conscience scénique. Remarquons également le Bonze surprenant de Ramaz Chikviladze et la Kate Pinkerton touchante de Virginie Fouque, comme les chÅ“urs fabuleux de l’Opéra de Lille sous la direction d’Yves Parmentier.

Mme_Butterfly_plus_petitCette première mise en scène de Sivadier présente les germes de son art du théâtre lyrique, dont les jalons manifestes demeurent la progression logique et le raffinement sincère de la méthode qui lui est propre. Ainsi, les beaux décors minimalistes de Virginie Gervaise, comme ses fabuleux costumes, ont une fonction purement théâtrale. L’importance réside dans le travail d’acteur, poussé, ma non troppo ; dans une série de gestes théâtraux, parfois complètement arbitraires, qui illustrent l’œuvre et l’enrichissent. Ce travail semble plutôt rechercher l’aspect comique caché de certains moments qu’insister sur l’expression d’un pathos déjà très omniprésent dans la musique du compositeur dont la soif obsessionnelle des sentiments intenses est une évidence. Le résultat est une production d’une certaine élégance, tout en étant sincère et efficace. Une beauté.

L’Orchestre National de Lille participe à cette sensation de beauté musicale sous la direction d’Antonino Fogliani. Si hautbois ou basson se montrent ici et là, étrangement inaudible, la chose la plus frappante au niveau orchestral reste l’intention de prolonger l’expression des sentiments grâce à des tempi souvent ralentis. Un bon effort qui a un sens mais qui requiert une acceptation totale et une entente entière avec les chanteurs, ce qui ne nous a pas paru totalement évident. Or, la phalange lilloise se montre maîtresse de la mélodie puccinienne, de l’harmonie, du coloris. Les leitmotive sont délicieusement nuancés et le tout est une réussite générale. Nous conseillons nos lecteurs à découvrir l’oeuvre de Sivadier et la géniale prestation des interprètes, sur les plateformes diverses (internet, radio, tv), ainsi que le 7 juin à l’Opéra de Lille ou encore les 19, 24 et 26 juin 2015 au Grand Théâtre de Luxembourg.

Londres. Butterfly au ROH Covent Garden

pucciniLondres, ROH, Covent Garden. Puccini : Madama Butterfly. Du 20 mars au 11 avril 2015. La production londonienne est prometteuse. Scénographiée par le duo provocateur mais théâtralement toujours abouti, Leiser-Caurier, sous la direction de Nicola Luisotti, voici une lecture du drame de Cio Cio San qui devrait frapper l’audience grâce entre autres à la distribution apparemment cohérente : Opolais, Jagde, Viviani, Bosi, Shkosa. En 1904, Puccini aborde la rive japonaise en sachant éviter les imageries caricaturales grâce à une écriture d’un raffinement harmonique extrême dont le sens de la couleur et le chromatisme ciselé réinventent la notion même d’orientalisme plus qu’ils ne l’illustrent. Le compositeur renouera avec ce scintillement exotique à l’orchestre presque 20 ans plus tard, Turandot, princesse chinoise cré à Milan en 1926, à titre posthume…
A Nagasaki, si l’officier américain Pinkerton (ténor) se marie avec la geisha Cio Cio San dite aussi Butterfly (soprano), il vit tout cela comme un jeu sans conséquence. C’est pourtant dans l’esprit de la jeune femme, un mariage réel dont naît rapidement un garçon : Puccini, comme Massenet à son époque, exploite les forces et mouvements contradictoires. Facétie insouciante de l’américain, chant tragique et solitaire puis suicidaire et désespéré de Cio Cio San. Le compositeur renforce par l’orchestre la psychologie des personnages, en particulier la figure de la geisha dont les relations avec ses semblables sont complexes et nettement défavorables. Jeune prostituée, elle inspire l’exclusion. C’est la solitude de plus en plus accablante pour l’héroïne, et son abandon / trahison par Pinkerton qui achèvent toute résistance. Au final, Cio Cio San n’a jamais existé et son fils est même repris par la femme véritable de Pinkerton… La vraie revanche de Butterfly reste le chant orchestral exceptionnellement raffiné que lui réserve Puccini qui n’a jamais semblé plus inspiré par une figure féminine. Ni Tosca, ni Turandot ni même Mimi, ne semblent doublées par un orchestre aussi raffiné, harmoniquement miroitant, d’une texture scintillante aussi sophistiquée que Ravel ou Debussy.

boutonreservationMadame Butterfly de Puccini au Royal Opera House de Covent Garden, Londres
8 représentations : les 20,23,28,31 mars puis 4,6,9 et 11 avril 2015
Production déjà présentée en 2011
Nicola Luisotti, direction
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène