CRITIQUE, CD. BRUCKNER : Symphonie n°5. Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann – 1 cd Sony.

bruckner thielemann wiener symph 5 wien musikverein march 220196587061425_1CRITIQUE, CD. BRUCKNER : Symphonie n°5. Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann – 1 cd Sony, Wien, 2021 – Symphonie du destin certes : le premier mouvement aprĂšs une intro murmurĂ©e, mystĂ©rieuse, mozartienne sous le geste souple et nuancĂ© de Thielemann, fait rugir l’orchestre comme jamais, dĂ©ployant des effectifs surpuissants, wagnĂ©riens pour le coup, oĂč s’immisce l’expĂ©rience tragique, et le sens d’une grandeur Ă©perdue (grĂące Ă  la couleur des cordes viennoises). LaissĂ©e inachevĂ©e en 1878 (aprĂšs des reprises), la 5Ăš est finie par Franck Schalk qui dirige sa crĂ©ation en avril 1894, – Bruckner trĂšs affaibli n’y participe pas et s’éteint 2 ans aprĂšs. Entre surtension, vertiges, et profondeur, le geste de Thielemann s’énonce lĂ  encore – aprĂšs ses prĂ©cĂ©dentes chez Sony, d’une souplesse habitĂ©e ; suave et ardente, enivrĂ©e et tendue, exprimant dans chaque sĂ©quence, cette urgence et ce dĂ©sir de dĂ©passement voire de sublimation. A l’écoute d’une force supraterrestre dont l’orchestre exprime la marche inatteignable, Thielemann fait correspondre les sĂ©quences « pastorales » pour les vents et bois, clarinette et flĂ»te, d’une douceur tendre irrĂ©sistible. Tandis qu’ici, les cordes caressent, s’effacent, dans l’ombre imperceptible. La Gravitas enveloppe et porte le dĂ©veloppement de toute l’architecture de chaque mouvement, certains dĂšs avant Mahler, d’une longueur remarquable : plus de 25 mn pour le dernier (Finale, adagio, allegro) ; presque 23 mn pour le premier, Ă  la fois colossal et intimiste.

 

 

Gravitas, élégance, raffinement sonore

Le Bruckner de Thielemann n’en finit pas de sĂ©duire et enivrer
dans ses justes proportions

 

 

 

La douceur d’intonation fait de l’Adagio un temps de suspension qui verse dans la rĂȘverie, presque l’insouciance, contrastant de facto avec la rudesse spectaculaire et vertigineuse du tableau prĂ©cĂ©dent. Les cordes dĂ©roulent cette couleur remarquable, d’une dignitĂ© sombre et subtile, propre aux instrumentistes viennois. Ils rĂ©ussissent lĂ  oĂč personne ne s’impose : diffusant une Ă©lĂ©gance suave qui se fait suggestive (pizzicatos oniriques), une noblesse confondante qui rĂ©tablit de facto les affinitĂ©s historiques de l’orchestre aves le massif brucknĂ©rien (le Philharmonique de Vienne a crĂ©Ă© 4 symphonies de Bruckner dont la 4Ăš en 1881).

Thielemann aborde le Scherzo dans une rondeur ivre, telle une danse dĂ©boutonnĂ©e oĂč l’activitĂ© des cordes, leur Ă©tonnante versatilitĂ© expressive, si riche en nuances, renouvellent constamment l’enchaĂźnement – vivace un rien dĂ©bonnaire, truculent / trio plus rĂȘveur
 cependant rattrapĂ©s par une urgence assĂ©nĂ©e Ă  gros traits, d’une Ă©paisseur visiblement assumĂ©e ; ce qui donne Ă  l’ensemble, l’activitĂ© d’une grosse machine fanfaronnante, tournant Ă  vide, emportĂ© par un irrĂ©sistible fatum.

Tout baignĂ© d’une douceur enveloppante et comme distanciĂ©e, le dĂ©but du Finale (avec le superbe Ă©clat de la clarinette solo), saisit par l’intelligence des cordes, aussi somptueuses que mystĂ©rieuses.
La fugue Ă©largie Ă  l’échelle du cosmos, les vents et les bois, badins Ă  souhait, composent un cheminement qui comme amoureusement portĂ© par l’ivresse des cordes enivrĂ©es et fluides, expriment la grandeur et la noblesse d’une espĂ©rance croissante, celle en lien avec la spiritualitĂ© ardente d’un Bruckner, aussi dĂ©terminĂ© qu‘affectĂ©. Thieleman dans une sonoritĂ© magique des cordes (dĂ©jĂ  malhĂ©rienne), exprime cette ambivalence spirituelle ; comme si mĂȘme au comble du ravissement mystique, Bruckner n’oubliait pas la menace tapie dans l’ombre incertaine ; plĂ©nitude et panique fusionnent dans un continuum qui va en s’élargissant et s’élevant vers la lumiĂšre miraculeuse.
bruckner anton symphonies destin dieu wagner dossier classiquenews 4037110uA croire que dans l’énoncĂ© du choral ainsi de plus en plus assĂ©nĂ©, Anton Bruckner en docteur thĂ©ologique, professait son indĂ©fectible croyance. Thielemann, disciple brucknĂ©rien convaincu, rĂ©tablit les proportions tronquĂ©es et mĂȘme dĂ©naturĂ©es par la rĂ©vision de Schalk en 1894 (une fausse crĂ©ation en rĂ©alitĂ©) ; a contrario, chef et instrumentistes nous en offrent l’argumentation orchestrale la plus claire et la mieux dĂ©taillĂ©e. Avec ce qu’il faut d’hĂ©donisme instrumental (les cordes dĂ©cidĂ©ment somptueuses des Wiener oblige) pour mieux toucher et convaincre. Qu’elle soit ou non la plus « thĂ©ologique » des symphonies de Bruckner, la 5Ăš gagne une sincĂ©ritĂ© fervente. Thielemann et les Viennois nous immergent dans les affres, vertiges et aspirations de la ferveur brucknĂ©rienne en n’écartant rien de leur somptueuse parure (pour que les portes du ciel s’ouvrent enfin au terme de cette graduation du colossale et du solennel). Ce travail sur le sens et la forme (intensitĂ© et plĂ©nitude de la sonoritĂ© dans le finale) captivent, autant que l’intĂ©grale en cours, ciblant elle aussi le bicentenaire Bruckner 2024, menĂ© par Andris Nelsons Ă  Leipzig avec le trĂšs convaincant Gewandhausorchester.

 

 

 

 

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CRITIQUE, CD. BRUCKNER : Symphonie n°5. Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann – 1 cd Sony – enregistrĂ© en mars 2021, Vienne, Musikverein.

 

 

 

 

Approfondir
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LIRE aussi notre CRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Andris Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon) : http://www.classiquenews.com/critique-cd-bruckner-symphonies-n1-n5-gewandhausorchester-leipzig-nelsons-live-2020-2021-2-cd-deutsche-grammophon/

 

 

 

 

 

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BILAN DISCOGRAPHIQUE – LIRE ici nos autre critiques des CD BRUCKNER par Christian Thielemann et les Wiener Philharmoniker / intĂ©grale en cours Ă©ditĂ©e par SONY Classical – Ă  l’automne 2022, 4 enregistrements prĂ©cĂšdent la rĂ©cente 5Ăš symphonie, les 2, 3, 4 et 8 :

 

 

Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique reviewCD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – Le premier mouvement Moderato, le plus ample, est un portique majestueux qui alterne l’esprit de grandeur et la tendresse presque innocente (flĂ»tes aĂ©riennes confrontĂ©es aux cors lointains) ; entre dĂ©flagration et grondements telluriques, et Ă©pisodes de pure Ă©lĂ©gie intĂ©rieure, dialoguent plus qu’ils ne s’affrontent les blocs de l’orchestre ; Thielemann rĂ©sout le problĂšme sĂ©rieux de leur succession en un flux d’une grande beautĂ© sonore, avec des qualitĂ©s d’éloquence et d’articulation, d’équilibre surtout qui permet les enchaĂźnements. RĂ©vĂ©lant en Bruckner, des dons de conteurs proche de l’opĂ©ra. Les tutti tempĂȘtent, Ă©crasants, spectaculaires, jamais Ă©pais ; c’est la fanfare qui s’impose et affirme le souffle de l’inĂ©luctable, celui d’un inflexible et majestueux Fatum, aux derniers tutti dĂ©terminĂ©s, affirmatifs, dĂ©finitifs.

 

 

bruckner 3 thielemann christophCD, critique. BRUCKNER : Symphonie n°3 « Wagner » WAB 103. Wiener Philharmoniker, C Thielemann (2020, 1 cd SONY classical). Dans la version Nowak de 1877, Bruckner livre en rĂ©alitĂ© sa seconde mouture de la rĂ© mineur. Scherzo dĂ©veloppĂ© dans sa partie finale, – coda plus spectaculaire (au diapason de la dĂ©mesure du Moderato con moto, d’ouverture, rĂ©ellement impressionnant voire colossal, ou du dernier tutti final qui fait rĂ©sonner la clameur cosmique); d’emblĂ©e, comme dans la 4Ăš qui appartient Ă  la mĂȘme intĂ©grale en cours, Thielemann trouve un Ă©quilibre idĂ©al entre l’architecture pharaonique des tutti, gorgĂ©s de vibrations chtoniennes (trombones par 3, cors par 4, trompettes par 2) qui terrassent par l’ampleur du souffle, d’une part ; et les sĂ©quences plus « pastorales » comme Ă©thĂ©rĂ©es oĂč brillent la couleur et les accents plus intimes des bois, d’autre part. L’opulence du geste qui sait ĂȘtre aussi intime (prĂ©figurant les seconds chants de Mahler), cisĂšle une matiĂšre sonore particuliĂšrement transparente malgrĂ© l’apparente Ă©paisseur de l’écriture ; ce qui distingue la version Thielemann, des autres chefs…

 

 

 

bruckner symph 4_thielemann wiener philharmoniker cd critique review classiquenews 500x500CD Ă©vĂ©nement critique. BRUCKNER symphonie n°4 / WAB 104 (Edition Haas – Thielemann, Wiener Philh. 2020, Salzbourg, 1 cd SONY) – VoilĂ  dĂ©jĂ  le 3Ăš volume d’une future intĂ©grale Bruckner par Christian Thielemann, Ă  la tĂȘte des Wiener Philharmoniker. L’orchestre autrichien semble comprendre naturellement l’écriture brucknĂ©rienne puisqu’il la joue depuis 1873 : une continuitĂ© et une histoire qui explique d’évidentes affinitĂ©s. La 4Ăš, crĂ©Ă©e en 1881, est un sommet entre puissance, spiritualitĂ© et tendresse pastorale.
DĂšs le premier mouvement, Thielemans sait s’appuyer sur l’éloquence grandiose des Wiener, fabuleux instrumentistes d’une clartĂ© discursive. La noblesse spectaculaire des cimes (cuivres solennels et majestueux voire hĂ©roĂŻquement fracassants, c’est Ă  dire 
. parsifaliens) semble dialoguer voire batifoler avec les sĂ©quences de pur pastoralisme, Ă©manation de la Pastorale de Beethoven dont Thielemans fait surgir l’énergie ; le chef sait dĂ©tailler et aussi faire rugir son collectif ; mais en accordant Ă  la fureur cuivrĂ©e de la fanfare cette coloration nuancĂ©e qui verse la puissance dans
 le mystĂšre ; heureuse sensibilitĂ© qui attĂ©nue la sĂ©cheresse des tutti en rĂ©pĂ©tition. Il est Ă©vident que Mahler saura recueillir la leçon brucknĂ©rienne dans ces Ă©tagements qui convoquent le cosmos.

 

 

 

CD Ă©vĂ©nement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical) – bruckner 8 symphony review critique thielemann wiener philharmoniker classiquenews review critique cdAu cƓur de cette symphonie testament, aux dimensions impressionnantes, – la plus monumentale en rĂ©alitĂ© de tout le corpus brucknĂ©rien, avec pour sommet, le finale, ample Ă©difice aux allures de cathĂ©drale symphonique, se dresse aussi la solennitĂ© sensuelle de l’Adagio, lui aussi dĂ©veloppĂ© (290 mesures !) qui Ă©largit la rĂ©sonance des tubas et des cordes (traitĂ©es en vastes chorals) auquel l’appel final est Ă©noncĂ© par le cor dans le rĂ© bĂ©mol le plus serein, rassĂ©rĂ©nĂ©.
Peut-ĂȘtre certains instrumentistes dans les rangs du Philharmonique de Vienne, se souviennent du temps (1996) oĂč ils Ă©taient dirigĂ©s dans cette mĂȘme Ɠuvre par Pierre Boulez et dans l’église de Saint-Florian Ă  Linz, lĂ  mĂȘme oĂč Bruckner tenait l’orgue ? La tradition brucknĂ©rienne remonte Ă  loin et explique ce naturel sonore propre aux viennois, cet Ă©clat organique et l’allant de la transparence dans la texture si riche de l’orchestre de Bruckner.

 

 

  

 

 

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce – Eric Chaillier : BRUCKNER – Buchet Chastel

Anton-Bruckner buchet chastel livre classiquenews critique classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, annonce – Eric Chaillier : BRUCKNER – Buchet Chastel (parution annoncĂ©e le 28 avril 2022) – Le grandiose, l’intime ; la modernitĂ© et la pudeur
 Bruckner serait-il plus que tout autre crĂ©ateur, propice aux oxymores ? L’auteur rĂ©alise la premiĂšre biographie d’Anton Bruckner (1824 – 1896) en langue française, riche des derniers enseignements sur sa vie et son Ɠuvre, aussi sincĂšre qu’ambitieuse qui continue d’ĂȘtre malcomprise. La figure du « fou de Dieu » qui adulait Wagner et ne composait que dans une forme grandiloquente au mysticisme exacerbĂ© est enfin sĂ©rieusement nuancĂ©e Ă  l’aulne des chefs qui ont su « comprendre » la profondeur intime d’un cycle symphonique sans pareil dans l’histoire de la musique orchestral postromantique : Wand, Blomstedt, Boulez, Böhm, Celibidace, et plus rĂ©cemment Christoph Thielemann (avec les Wiener Philharmoniker) qui poursuit une intĂ©grale somptueuse chez Sony classical. L’auteur a bien raison de souligner tout ce qui fait la singularitĂ© d’une Ă©criture que beaucoup ont pris soin de dĂ©nigrer et dĂ©prĂ©cier, sachant seulement reconnaĂźtre la beautĂ© classique d’un Brahms dont le tempĂ©rament symphoniste est pourtant sĂ©rieusement moins novateur.
NĂ©anmoins, Anton Bruckner ose des proportions jamais visitĂ©es avant lui (sauf par Wagner, son modĂšle), des alliages de timbres, des alternances de pupitres inĂ©dits, avec pour chaque dĂ©veloppement, ce parti des 3 thĂ©matiques qui le distinguent fondamentalement (structure ternaire : haupthema / principal ; gesangsperiode / chantant ; Oktaventhema
 soit une trinitĂ© brucknĂ©rienne Ă  prĂ©sent emblĂ©matique). En analysant l’Ɠuvre orchestrale, vĂ©ritable cathĂ©drale sonore, l’auteur rĂ©tablit l’originalitĂ© et la puissance du gĂ©nie brucknĂ©rien, jalon essentiel qui relie Bruckner Ă  Beethoven, Wagner, Mahler, Chostakovtich. L’essai biographique est aussi pertinent que rĂ©ussi ; une Ɠuvre de rĂ©habilitation totale dans la perspective du bicentenaire de la naissance en 2024. Critique complĂšte Ă  venir, – dans le mag cd dvd livres de classiquenews-, le jour de la parution annoncĂ©e du texte, le 28 avril 2022.

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Plus d’infos sur le site de l’éditeur BUCHET CHASTEL :
https://www.buchetchastel.fr/catalogue/anton-bruckner-ou-limmensite-intime/

CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann)

Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique reviewCD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – Le premier mouvement Moderato, le plus ample, est un portique majestueux qui alterne l’esprit de grandeur et la tendresse presque innocente (flĂ»tes aĂ©riennes confrontĂ©es aux cors lointains) ; entre dĂ©flagration et grondements telluriques, et Ă©pisodes de pure Ă©lĂ©gie intĂ©rieure, dialoguent plus qu’ils ne s’affrontent les blocs de l’orchestre ; Thielemann rĂ©sout le problĂšme sĂ©rieux de leur succession en un flux d’une grande beautĂ© sonore, avec des qualitĂ©s d’éloquence et d’articulation, d’équilibre surtout qui permet les enchaĂźnements. RĂ©vĂ©lant en Bruckner, des dons de conteurs proche de l’opĂ©ra. Les tutti tempĂȘtent, Ă©crasants, spectaculaires, jamais Ă©pais ; c’est la fanfare qui s’impose et affirme le souffle de l’inĂ©luctable, celui d’un inflexible et majestueux Fatum, aux derniers tutti dĂ©terminĂ©s, affirmatifs, dĂ©finitifs.
La respiration du II (Andante aussi dĂ©veloppĂ© que le I, soit presque 18 mn), Ă©voque plus Berlioz que Wagner, en une nuit enchantĂ©e qui convoque le rĂȘve (Nuit d’extase des Troyens) et sous le geste de Thielemann atteint un sommet d’enivrement aĂ©rien, solennel certes, comme il est Ă©crit, mais cristallin, aux lueurs crĂ©pusculaires et pudiques qu’enveloppe le clameur noble du cor solo). Le cheminement intĂ©rieur de cet ample accomplissement serein est dans les textures orchestrales rĂ©alisĂ©es, d’une opulence hĂ©doniste nĂ©o karajanesque (!) totalement passionnant.

Comme Karajan, Thielemann Ă©largit le spectre, Ă©lĂšve la sonoritĂ©, s’autorise mĂȘme des respirations 
 mahlĂ©riennes. Dans cette symphonie assez dĂ©cisive, l’écriture s’organise selon une architecture qui expose clairement ses assises, construite, de plus en plus ascensionnelle, solarisĂ©e et irradiante au fur et Ă  mesure des opus, selon le mysticisme terrien de Bruckner (esprit chtonien assumĂ© dans le LĂ€ndler de Scherzo).

Le Scherzo (III) justement affecte l’allure d’une marche d’une noblesse impĂ©riale comme un cuirassier armĂ© jusqu’aux dents, ou une formidable machine de guerre, capable cependant de somptueux scintillements aux cordes, laissant flotter un air de pure rĂȘverie dans ce tableau martial. Le reprise du Scherzo affirme avec une terribilitĂ  trĂšs maitrisĂ©e, la derniĂšre ascension, affĂ»tĂ©e, vive, mordante.

CLIC_macaron_2014IV. FINALE : les Wiener Philharmoniker dĂ©ploient derechef toutes leurs qualitĂ©s collectives : se distingue comme dans l’Andante si large, la respiration et l’activitĂ© saturĂ©e des cuivres associĂ©s aux cordes, presque irrĂ©elles oĂč le compositeur semble nous fait franchir plusieurs paliers Ă  mesure que sa conscience s’élargit ; le portique et la vaste cathĂ©drale orchestrale grandissent, avec de superbes Ă©chappĂ©es pastorales (hautbois, flĂ»tes). Avant que tout l’orchestre ne semble danser et s’opposer Ă  l’exposĂ© de l’inĂ©luctable qui rĂ©expose le schĂ©ma rythmique du Scherzo et sa coupe tranchante. Mais l’orchestre sait diffuser et libĂ©rer une explosion d’énergie, qui se fait libĂ©ratrice au terme de la formidable tension. Voici assurĂ©ment l’une des meilleures sĂ©quences de cette intĂ©grale Bruckner par les Viennois et Thielemann, toujours inspirĂ©s.

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CD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – CLIC de CLASSIQUENEWS – parution fĂ©vrier 2022.

CRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon)

Bruckner-Symphonies-Nos.-1-5-Wagner-Tristan-und-Isolde critique cd review classiquenewsCRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon) – TrĂšs judicieux le rapprochement de Wagner et Bruckner dans le cd 1, le second Ă©tant admiratif du premier. En assistant en 1865 Ă  la crĂ©ation de « Tristan und Isolde » Ă  Munich, Bruckner a le choc de sa vie : il est donc lĂ©gitime de souligner ce fait artistique en jouant d’abord l’emblĂšme tristanesque « Prelude and Liebestod », (profondeur sombre et cuivrĂ©e), superbement enchaĂźnĂ© avec la Symphonie 1 de Bruckner (WAB 101, version de Vienne 1891) – La filiation se rĂ©alise par la texture mĂȘme et l’orchestration proche des deux auteurs. Nelsons y ajoute aussi la coloration lisztĂ©enne de l’orchestre (Bruckner assistant aussi en cette annĂ©e 1865, Ă  la crĂ©ation de l’oratorio de Liszt, « Sainte-Elisabeth »). Les qualitĂ©s du Gewandhaus s’imposent particuliĂšrement dans la texture dense mais transparente du Wagner initial : ici surgit la matiĂšre musicale qui devait tant inspirer le Bruckner symphoniste alors quadragĂ©naire.
Saisissant dans sa rugositĂ© primitive, la partition brucknĂ©rienne, le chef souligne son caractĂšre plus narratif que spirituel : plus resserrĂ©e, aux mouvements courts, la Symphonie n°1 de Bruckner est la moins dĂ©veloppĂ©e, passant cependant de pianissimi murmurĂ©s aux dĂ©flagrations assumĂ©es en triple forte. Le Scherzo, exposĂ© ordinairement comme une danse macabre (ce qui peut se dĂ©fendre), brille ici par sa rusticitĂ© violente oĂč perce dans le trio, l’impertinente facĂ©tie du hautbois. Nelsons prend soin d’exprimer le souffle primitif de cet opus, sa vitalitĂ© originelle, avant que le mysticisme et le sens de la solennitĂ© ne portent les suivantes Ă  dĂ©passer en durĂ©e, les 60 mn.

La Symphonie n°5 pourrait ĂȘtre naturellement appelĂ©e « symphonie du destin », tant les forces qu’elle convoquent dĂšs le dĂ©veloppement spectaculaire du 1er mouvement requiert des pupitres considĂ©rables ; 3 trompettes, 3 trombones, tuba (et 4 cors Ă©videmment) ; cette fanfare, aux appels impĂ©rieux expriment la puissance d’un fatum inflexible, souvent Ă©ruptif et fracassant : Bruckner y Ă©tend considĂ©rablement la rĂ©sonance et le chant imprĂ©catoire de la fosse wagnĂ©rienne, qui est sa source premiĂšre. L’auteur trĂšs affaibli et malade la compose entre 1875 et 1878, mais ne l’entendit jamais puisque c’est son disciple Franck Schalk qui la crĂ©e en avril 1894, son auteur absent, extĂ©nuĂ©, s’éteignant 2 ans aprĂšs
 La plus techtonique, la plus mystique, souvent Ăąpre et comme façonnĂ©e Ă  grands coups de sabre, explore cependant des sonoritĂ©s encore inexplorĂ©es, souvent vertigineuses ; l’auteur pourtant atteint semble y relever et mesurer l’ampleur d’une cathĂ©drale colossale inconnue, aux dĂ©flagrations, Ă  la grandeur inĂ©dite
 Aux massifs puissants, inquiĂ©tants de l’ample Allegro premier (plus de 20 mn) rĂ©pond un mĂȘme climat tendu, intranquille de l’Adagio dont le chef souligne la trĂšs progressive et lente Ă©lucidation en texture harmonique parfois rude et dissonante dont la plĂ©nitude et la saturation relĂšve de l’expertise de l’organiste. Le Scherzo est plus martelĂ© ici que rĂ©ellement rapide, Ă©noncĂ© comme un hymne et une priĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e qui tournent au rictus grimaçant : l’on est proche de l’atmosphĂšre mahlĂ©rienne ; comme une cĂ©lĂ©bration du gĂ©nie de Bach (que Bruckner a dĂ» maĂźtriser comme organiste), mais ici dĂ©multipliĂ©e par le souffle beethovĂ©nien et la grandeur wagnĂ©rienne, le Finale retrouve les proportions du premier Allegro : la double fugue (associant trompettes / trombones au motif initial des basses), exprime la conscience et la pensĂ©e universelle du Bruckner pĂšlerin ardent, que dĂ©vore et porte une foi mystique inextinguible. Le Gewandhausorchester de Leipzig a la tension, l’éloquence requises ; la tension qu’imprime Andris Nelsons, qui poursuit ainsi son intĂ©grale Bruckner (pour l’annĂ©e du bicentenaire en septembre 2024, comme celle simultanĂ©e de Thielemann chez Sony) y fructifie : en bĂ©nĂ©ficiant des ressources expressives de Leipzig, le chef letton (qui dirige aussi le Symphonique de Boston / BSO, depuis 2014) dĂ©ploie une sonoritĂ© plus rustique et Ăąpre que lyrique et transparente (qualitĂ©s que l’on retrouve davantage chez son « rival » Thielemann qui dirige les Wiener Philharmoniker). Voici donc les nouveaux jalons d’une intĂ©grale Bruckner, franchement caractĂ©risĂ©e, parmi les plus intĂ©ressantes actuellement.

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CRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon)

 

 

 

 

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AUTRES CD BRUCKNER par Andris NELSONS et le Gewandhausorchester, critiqués sur CLASSIQUENEWS :

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bruckner andris nelsons symphony n 3 gewandhaus orchester cd review critique par classiquenews 0028947975779CD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°4. Andris Nelsons. Gewandhausorchester Leipzig (1 cd Deutsche Grammophon 2017). La 4Ăš de Bruckner est dite « romantique » : serait-ce parce qu’elle rĂ©ussit une nouvelle sagesse ample et majestueuse malgrĂ© l’ampleur des effectifs ; le sentiment prĂ©servĂ© malgrĂ© l’esprit du colossal ? La noblesse parfois emphatique, la solennitĂ© parfois spectaculaire ne doivent jamais amoindrir l’allant altier, l’électricitĂ© souterraine qui illumine de l’intĂ©rieur, une partition toute dĂ©diĂ©e Ă  l’auteur de Tristan : l’ampleur des tutti, le clair obscur Ăąpre, mordant, violent, sauvage des contrastes, opposant, affrontant les pupitres


https://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n4-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-2017/

 

 

bruckner 7 symphonie andris nelsons gewandhaus leipzig critique cd cd review par classiquenewsCD, critique. BRUCKNER : 7Ăš Symphonie (Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons, 2018 – 1 cd DG). La 7Ăš de Bruckner est un sommet autant majestueux que d’une tendresse infinie, celle d’un organiste devenu par la seule force de sa volonté  symphoniste de premier plan, immensĂ©ment dĂ©vouĂ© Ă  l’exemple de Wagner. Toute la 7Ăš est un hommage et une cĂ©lĂ©bration de l’oeuvre wagnĂ©rien. Bruckner sincĂšre et entier, bien que trĂšs tardivement cĂ©lĂ©brĂ© comme compositeur, – son premier succĂšs est justement la 7Ăš, acclamĂ© alors qu’il a dĂ©jĂ  60 ans, dĂ©veloppe de superbes couleurs funĂšbres et intimistes
 Andris Nelsons poursuit son intĂ©grale pour DG Deutsche Grammophon avec le sens de la grandeur (brahmsienne 


http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

 

 

NELSONS andris cd critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews Bruckner-Symphony-number-3-Wagner-Tannhauser-OvertureCD, compte rendu critique. BRUCKNER : Symphonie n°3, WAGNER : Ouverture de TannhĂ€user / Andris Nelsons / Gewandhausorchester Leipzig ( 1 cd Deutsche Grammophon, Leipzig juin 2016). L’expĂ©rience Ă  laquelle nous convie le chef letton Andris, – pas encore quadragĂ©naire (nĂ© Ă  Riga en Lettonie en 1978), est une immersion intelligente et rĂ©flĂ©chie, de Bruckner Ă  Wagner, d’autant plus pertinente et convaincante que l’ambition des effectifs requis ici n’écarte jamais le souci de prĂ©cision claire, de sonoritĂ© transparente et riche. C’est mĂȘme un modĂšle de finesse et d’élĂ©gance Ă  mettre Ă  prĂ©sent au crĂ©dit d’un jeune chef superbement douĂ© (on le connaĂźt davantage dans une fosse d’opĂ©ra que comme maestro symphonique), dont le parcours discographique chez DG Deutsche Grammophon devra ĂȘtre suivi Ă  prĂ©sent, avec l’attention qu’il mĂ©rite
 Le chef dĂ©bute ainsi sa coopĂ©ration Ă  Leipzig comme directeur musical du Gewandhausorchester Leipzig,- fonction dĂ©diĂ©e qu’il partage avec un poste Ă©quivalent Ă  Boston (directeur musical du Boston Symphony Orchestra).

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

 

 

 

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AUTRES CD ou CONCERTS d’Andris NELSONS, critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS :

CD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN :BEETHOVEN andris nelsons 9 symphonies wiener philharmoniker 5 cd blu ray DG Deutsche Grammophon Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphonies : Wiener Philharmoniker (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon). La direction trĂšs carrĂ©e du chef letton Andris Nelsons (nĂ© Ă  Riga en 1978) brillante certes chez Bruckner et Chostakovitch, efficace et expressive, finit par dessiner un Beethoven assez rĂ©ducteur, parfois caricatural (Symphonies n°7 et 8). De la vigueur, de la force, des Ă©clairs et tutti martiaux, guerriers
 mais pour autant est-ce suffisant dans ce grand laboratoire du chaudron BeethovĂ©nien qui exige aussi de la profondeur et une palette de couleurs des plus nuancĂ©es ?
http://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-annonce-andris-nelsons-beethoven-complete-symphonies-integrale-des-9-symphoniess-wiener-philharm-2017-2019-5-cd-bluray-audio-dg-deutsche-grammophon/

 

 

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3Ăš et dernier volume attestent des qualitĂ©s identiques observĂ©es dans les opus prĂ©cĂ©dents : puissance et richesse du son. CrĂ©Ă©e Ă  Leningrad en 1939 par le lĂ©gendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractĂšre endeuillĂ© du Largo prĂ©liminaire, dĂ©taillant les solos instrumentaux pour flĂ»te piccolo, cor anglais, basson afin de dĂ©ployer la matiĂšre nocturne, Ă©touffante de cette longue sĂ©quence grave

http://www.classiquenews.com/cd-critique-shostakovich-chostakovitch-symphonies-n6-et-7-boston-symph-orch-andris-nelsons-2-cd-deutsche-grammophon/

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TOP CD 3 PREVIEW fév-mars 2022. BRUCKNER par Thielemann, WEINBERG par Kremer, SIBELIUS par MÀkelÀ

TOP CD 3 PREVIEW fév-mars 2022. BRUCKNER par Thielemann, WEINBERG par Kremer, SIBELIUS par MÀkelÀ...

CLASSIQUENEWS scrute l’horizon discographique et distingue parmi les nombreuses sorties annoncĂ©es, les prochaines publications incontournables. Pour ne pas manquer les sorties majeures. Les 3 rĂ©alisations importantes Ă  venir sont :

 

 

1  -  SONY classical : BRUCKNER / WIENER PHIL : 4 fév 2022Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique review
Suite de l’intĂ©grale en cours des Symphonies de Bruckner par un orchestre plus lĂ©gitime que d’autres pour le compositeur nĂ© Ă  Linz, grand admirateur de Wagner : les Wiener Philharmoniker / Orchestre Philharmonique de Vienne. AprĂšs les symphonies n°4 et 8, la Symphonie n°2 WAB 102 (version 1877, Ă©dition Carrigan) est publiĂ©e chez SONY CLASSICAL le 4 fĂ©vrier 2022. Dans ce nouvel opus, au dĂ©but du cycle brucknĂ©rien, la texture orchestrale affirme une densitĂ© de plus en plus grandiose qui ne doit pas sonner Ă©paisse
 Puissance, Ă©lĂ©gance, subtile dialogue entre les cuivres grandioses voire martiaux, et l’échappĂ©e pastorale des bois
 la sonoritĂ© souple et aĂ©rĂ©e des Viennois fait la diffĂ©rence.

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2  -  ECM New series : GIDON KREMER : 22 fév 2022
Pour les 75 ans du violoniste letton Gidon KREMER (27 fĂ©v 2022) dont lesweinberg sonates gidon kremer 75 ans anniversaire classiquenews critique cd ecm mots devraient ĂȘtre inscrits au fronton de tous les gouvernements : « la musique ne tolĂšre pas la haine : elle suscite l’énergie et l’espoir ». Vision puissante et lumineuse. Celui qui a marquĂ© l’enregistrement grĂące Ă  son approche saisissante de Fratres (version longue piano violon) de Arvo PĂ€rt, sort (Ă©galement chez ECM ce 18 fĂ©v 2022), les Sonates pour violon seul de MieczysƂaw Weinberg / Sortie le 18 fĂ©vrier 2022. MieczysƂaw Weinberg – Les trois sonates du polonais MieczysƂaw Weinberg, Ă©crites en 1964, 1967 et 1979, comptent parmi les plus difficiles du rĂ©pertoire, comme celle de Bartok – EnregistrĂ© au Festival de musique de chambre de Lockenhaus et au Studio Residence Palesius (Lituanie).

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3  -  DECCA : MÄKELÄ / SIBELIUS : fin mars 2022
decca makela sibelius symphonies classiquenews reviewA la tĂȘte de l’OSLO PHILHARMONIC / Orchestre Philharmonique d’OSLO, le jeune maestro finnois Klaus MĂ€kelĂ€ (actuel directeur musical de l’Orchestre de Paris) « ose » malgrĂ© son Ăąge une premiĂšre intĂ©grale des 7 symphonies de Sibelius, en complĂ©ment du coffret annoncĂ© chez Decca, Tapiola, Trois derniers fragments. D’abord conçu comme une cycle de concerts de 9 mois avec le Philhar d’Oslo, l’intĂ©grale – covid oblige, s’est muĂ©e en projet discographique de grande envergure (avec tournĂ©e europĂ©enne dans la foulĂ©e en avril et mai 2022). La phalange d’Oslo est d’autant plus lĂ©gitime Ă  jouer Sibelius que ce dernier la dirigeait dĂ©jĂ  pour 3 concerts en 1921. L’écriture de Sibelius livre Ă  la Finlande sa propre identitĂ© symphonique jusque lĂ  dominĂ©e par les allemands et les russes. MÄKELÄ soigne en particulier la puissance, la noirceur et la profondeur des cordes selon une vision transmise par le chef Mariss Jansons. AprĂšs Solti (1948), Chailly (1978), Klaus MÄKELÄ est le 3Ăš maestro Ă  signer un contrat chez Decca. Filiation prestigieuse et souhaitons-le prometteuse. A suivre.
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PLUS de coups de coeur et de CLICS de classiquenews, dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS ici

 

ARTE. Thielemann joue la 7Ăšme Symphonie de Bruckner (Sazlbourg 2021)

VERTIGES SYMPHONIQUESARTE, Lundi 31 janv 2022, 00h50. MAHLER, BRUCKNER. Thielemann, Wiener Philh. En 2021, Christian Thieleman poursuit son intĂ©grale des symphonies de Bruckner, work in porogress qui devrait trouver apothĂ©ose pour 2023, (bicentenaire de la naissance de Bruckner). Au Festival de Salzbourg (Ă©tĂ© 2021), le chef et les Wiener Philharmoniker, Orch Philharmonique de Vienne, jouent la 7Ăš de Bruckner en mi majeur. CrĂ©Ă©e en 1884 Ă  Leipzig, la partition grandiose et grave, rend hommage au compositeur que vĂ©nĂšre Bruckner : Wagner (Adagio), dĂ©cĂ©dĂ© deux annĂ©es auparavant. Depuis Visconti a rendu cĂ©lĂšbre la 7Ăš en l’utilisant pour son film Senso. CouplĂ©s Ă  la Symphonie n°7 de Bruckner, les RĂŒckertlieder de Mahler chantĂ©s par Elina Garance, avec laquelle Thielemans Ă  Salzbourg Ă©galement, avait interprĂ©tĂ© les Wesendonck lieder de Wagner.

 

EN REPLAY sur ARTEconcert, jusqu’au 29 avril 2022

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Les autres symphonies de Bruckner jouées enregistrées par Christian Thielemann :

 

bruckner symph 4_thielemann wiener philharmoniker cd critique review classiquenews 500x500CD Ă©vĂ©nement critique. BRUCKNER symphonie n°4 / WAB 104 (Edition Haas – Thielemann, Wiener Philh. 2020, Salzbourg, 1 cd SONY) – VoilĂ  dĂ©jĂ  le 3Ăš volume d’une future intĂ©grale Bruckner par Christian Thielemann, Ă  la tĂȘte des Wiener Philharmoniker. L’orchestre autrichien semble comprendre naturellement l’écriture brucknĂ©rienne puisqu’il la joue depuis 1873 : une continuitĂ© et une histoire qui explique d’évidentes affinitĂ©s. La 4Ăš, crĂ©Ă©e en 1881, est un sommet entre puissance, spiritualitĂ© et tendresse pastorale.
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-bruckner-symphonie-n4-wab-104-edition-haas-thielemann-wiener-philh-2020-salzbourg-1-cd-sony/

 

 

bruckner 8 symphony review critique thielemann wiener philharmoniker classiquenews review critique cdCD Ă©vĂ©nement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical) – Au cƓur de cette symphonie testament, aux dimensions impressionnantes, – la plus monumentale en rĂ©alitĂ© de tout le corpus brucknĂ©rien, avec pour sommet, le finale, ample Ă©difice aux allures de cathĂ©drale symphonique, se dresse aussi la solennitĂ© sensuelle de l’Adagio, lui aussi dĂ©veloppĂ© (290 mesures !) qui Ă©largit la rĂ©sonance des tubas et des cordes (traitĂ©es en vastes chorals) auquel l’appel final est Ă©noncĂ© par le cor dans le rĂ© bĂ©mol le plus serein, rassĂ©rĂ©nĂ©. Peut-ĂȘtre certains instrumentistes dans les rangs du Philharmonique de Vienne, se souviennent du temps (1996) oĂč ils Ă©taient dirigĂ©s dans cette mĂȘme Ɠuvre par Pierre Boulez et dans l’église de Saint-Florian Ă  Linz, lĂ  mĂȘme oĂč Bruckner tenait l’orgue ? La tradition brucknĂ©rienne remonte Ă  loin et explique ce naturel sonore propre aux viennois, cet Ă©clat organique et l’allant de la transparence dans la texture si riche de l’orchestre de Bruckner.
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-bruckner-symphonie-n8-wiener-philharmoniker-christian-thielemann-1-cd-sony-classical/

 

 

Critique du CD WAGNER : Wesendonck lieder par Elina Garanca (DG)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-pour-dg-elina-garanca-chante-wagner-et-mahler-salzbourg-2020-2021-1-cd-dg/

 

 

 

 

 

 

CD événement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical)

CD Ă©vĂ©nement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical)bruckner 8 symphony review critique thielemann wiener philharmoniker classiquenews review critique cdAu cƓur de cette symphonie testament, aux dimensions impressionnantes, – la plus monumentale en rĂ©alitĂ© de tout le corpus brucknĂ©rien, avec pour sommet, le finale, ample Ă©difice aux allures de cathĂ©drale symphonique, se dresse aussi la solennitĂ© sensuelle de l’Adagio, lui aussi dĂ©veloppĂ© (290 mesures !) qui Ă©largit la rĂ©sonance des tubas et des cordes (traitĂ©es en vastes chorals) auquel l’appel final est Ă©noncĂ© par le cor dans le rĂ© bĂ©mol le plus serein, rassĂ©rĂ©nĂ©.
Peut-ĂȘtre certains instrumentistes dans les rangs du Philharmonique de Vienne, se souviennent du temps (1996) oĂč ils Ă©taient dirigĂ©s dans cette mĂȘme Ɠuvre par Pierre Boulez et dans l’église de Saint-Florian Ă  Linz, lĂ  mĂȘme oĂč Bruckner tenait l’orgue ? La tradition brucknĂ©rienne remonte Ă  loin et explique ce naturel sonore propre aux viennois, cet Ă©clat organique et l’allant de la transparence dans la texture si riche de l’orchestre de Bruckner.

Ampleur et dĂ©tails de l’architecture brucknĂ©rienne

Le plus wagnĂ©rien des mouvements (le sublime Adagio) qui ouvre des portes paradisiaques (le cor solo d’une envoĂ»tante priĂšre extatique) permet de mesurer le pas franchi avec les symphonies prĂ©cĂ©dentes (3, 4 Ă©galement jouĂ©es et enregistrĂ©es par Thielemann) : dans la 8Ăš, Bruckner semble avoir trouvĂ© un point d’équilibre et mĂȘme de fusion, entre la forme monumentale, ses tutti aux cuivres spectaculaires, et les sĂ©quences d’ivresse chambriste (cordes et bois), rĂ©ussissant dĂ©sormais en un flux pacifiĂ© continu, les passages entre les Ă©pisodes, effaçant dĂ©sormais l’opposition un rien systĂ©matisĂ©e auparavant entre les pupitres, dessinĂ©s comme des blocs confrontĂ©s : ainsi la vision du symphoniste a gommĂ© les systĂ©matismes du compositeur-organiste. Dans l’Adagio, ample souffle symphonique qui exhale des ondes sonores progressives, s’accomplit mĂȘme une partition, au delĂ  de la dĂ©mesure de l’orchestration, qui frappe par sa voluptĂ© naturelle. Dans la rĂ©vĂ©lation divine et la cĂ©lĂ©bration de la Nature, Bruckner s’autorise une sensualitĂ© mystique, nouvellement incarnĂ©e (la harpe cĂ©leste en Ă©tant l’étendard fameux). Quel brillant contraste avec le Scherzo, plus terrien voire rustique, d’une Ă©vidente Ă©vocation pastorale (lĂ  encore la rĂ©sonance associĂ© harpe et cor) et qui dans l’esprit de Bruckner, ailleurs plus mystique (« rempli de Dieu »), affirme le lien du paysan typiquement autrichien, « Michel », archĂ©type proclamĂ© tel, indĂ©fectiblement attachĂ© Ă  sa terre.

Immersion dans la grandeur qui Ă  force d’énoncĂ© ne peut se rendre digeste sans une particuliĂšre attention au dĂ©tail des timbres, et aussi Ă  la transparence du son ; En cela le geste et la conception de Thielemann accomplit un Ă©quilibre sĂ©ducteur et dramatique ; le chef qui connaĂźt son Wagner comme son Bruckner, dĂ©ploie un hĂ©donisme subtil qui Ă  force d’alchimie minutieuse, accomplit une maniĂšre de mĂ©tamorphose sonore grĂące aux alliages instrumentaux opĂ©rĂ©s par Bruckner ; ce souci du dĂ©tail et de la couleur orchestrale rehausse encore l’intĂ©rĂȘt de sa lecture ; d’ailleurs en cela l’Adagio est de tous les mouvements celui qui annonce le plus directement la rĂ©flexion de Mahler sur l’écriture orchestrale. Comme une pause mĂ©ditative pourtant hyperactive, comme les mouvements plus contrastĂ©s et conflictuels qui l’encadrent.
CLIC_macaron_2014Dans la cohĂ©rence quasi organique opĂ©rĂ©e par la gestique du chef, se rĂ©alise aussi ce que Boulez certes analytique a rĂ©ussi : une maniĂšre de grand dĂ©hanchĂ© chorĂ©graphique oĂč les cors invitent la mer des cordes (effectif dĂ©passĂ© par Mahler ensuite) et dĂ©roulent leur somptueux ruban Ă©merveillĂ©, dĂ©livrĂ© comme la rĂ©ponse au rĂ©bus. Christian Thielemann fusionne idĂ©alement avec les Wiener, offrant ainsi une lecture de la 8Ăš dans la version Nowak, particuliĂšrement pensĂ©e et Ă©laborĂ©e. L’unitĂ© du propos malgrĂ© sa grandeur, la sincĂ©ritĂ© de l’intonation, entre mysticisme et sensualitĂ©, divin et terrestre rĂ©alisent ici une nouvelle rĂ©ussite totale pour les Viennois et le chef. A suivre.

CD Ă©vĂ©nement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical) – CLIC de CLASSIQUENEWS

CD Ă©vĂ©nement critique. BRUCKNER symphonie n°4 / WAB 104 (Edition Haas – Thielemann, Wiener Philh. 2020, Salzbourg, 1 cd SONY)

bruckner symph 4_thielemann wiener philharmoniker cd critique review classiquenews 500x500CD Ă©vĂ©nement critique. BRUCKNER symphonie n°4 / WAB 104 (Edition Haas – Thielemann, Wiener Philh. 2020, Salzbourg, 1 cd SONY) – VoilĂ  dĂ©jĂ  le 3Ăš volume d’une future intĂ©grale Bruckner par Christian Thielemann, Ă  la tĂȘte des Wiener Philharmoniker. L’orchestre autrichien semble comprendre naturellement l’écriture brucknĂ©rienne puisqu’il la joue depuis 1873 : une continuitĂ© et une histoire qui explique d’évidentes affinitĂ©s. La 4Ăš, crĂ©Ă©e en 1881, est un sommet entre puissance, spiritualitĂ© et tendresse pastorale.
DĂšs le premier mouvement, Thielemans sait s’appuyer sur l’éloquence grandiose des Wiener, fabuleux instrumentistes d’une clartĂ© discursive. La noblesse spectaculaire des cimes (cuivres solennels et majestueux voire hĂ©roĂŻquement fracassants, c’est Ă  dire 
. parsifaliens) semble dialoguer voire batifoler avec les sĂ©quences de pur pastoralisme, Ă©manation de la Pastorale de Beethoven dont Thielemans fait surgir l’énergie ; le chef sait dĂ©tailler et aussi faire rugir son collectif ; mais en accordant Ă  la fureur cuivrĂ©e de la fanfare cette coloration nuancĂ©e qui verse la puissance dans
 le mystĂšre ; heureuse sensibilitĂ© qui attĂ©nue la sĂ©cheresse des tutti en rĂ©pĂ©tition. Il est Ă©vident que Mahler saura recueillir la leçon brucknĂ©rienne dans ces Ă©tagements qui convoquent le cosmos.
II : Les cordes Ă©tirent leur ivresse plus intĂ©rieure ; avec une attention chambriste aux parties plus intimiste des instruments en dialogue (cor, flĂ»te,
)
 Thielemans prĂ©cise encore sa comprĂ©hension du paysage brucknĂ©rien, entre noblesse introspective et irrĂ©mĂ©diable allant, une Ă©quation trĂšs convaincante qui superpose activitĂ© souveraine et aspiration spiritualisĂ©e vers les cimes, soit une opĂ©ration en mĂ©tamorphose que CĂ©sar Franck rĂ©alisera aussi dans le dernier mouvement de son unique symphonie (Ă  peu prĂšs contemporaine, 1888 / 1889). Ă©tranger au principe cyclique du LiĂ©geois, Bruckner quant Ă  lui dĂ©veloppe sur la rĂ©pĂ©tition des alliages de cuivres, expositions, rĂ©expositions jamais identiques, que le chef sait colorer et nuancer Ă  chaque Ă©mission. La spatialisation est somptueuse : Ă©largie, instaurĂ©e par l’individualisation de la flĂ»te, clarinette et surtout du cor, idĂ©alement lointain, suggestif, Ă©vanescent

III : le Scherzo est un jaillissement heureux de la fanfare Ă  laquelle rĂ©pond la souplesse des cordes, elles aussi enivrĂ©es. ConquĂȘte de la grandeur, voire de l’extase des hauteurs saintes, s’appuyant sur le corps des cors Ă©panouis des chasseurs. Le Trio est Ă©lĂ©giaque, dans l’esprit d’une aubade trĂšs XVIIIĂš,..
IV. Comme l’indication d’un parcours qui s’est fait ascension, le splendide portique d’entrĂ©e du IV sĂ©duit par sa noblesse ample, signe d’une conscience Ă©largie (voire d’une proclamation tellurique) Ă  laquelle les cordes badines et Ă©lĂ©gantissimes (colorĂ©es par la flĂ»te irradiĂ©e) savent rĂ©pondre tout en Ă©loquente souplesse.
CLIC D'OR macaron 200Ce jeu qui alterne avec une sensualitĂ© dĂ©taillĂ©e les blocs (cuivres / cordes / bois) enrichit une lecture Ă  la fois grandiose et chambriste dont l’équilibre s’avĂšre trĂšs sĂ©duisant. Dans le dernier motif des cuivres, se prĂ©cise la grandeur du dieu souverain que Bruckner dont il ne faut pas minimiser la ferveur sincĂšre, sait convoquer aux cimes, comme un intercesseur bienfaisant. Comme un symphoniste officiant. La lecture est Ă  la fois solennelle, humaine, divine. Magistral. Cette intĂ©grale Bruckner par Thielemann est Ă  suivre indiscutablement.

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CD Ă©vĂ©nement critique. BRUCKNER symphonie n°4 / WAB 104 (Edition Haas – Thielemann, Wiener Philh. 2020, Salzbourg, 1 cd SONY)

PLUS D’INFOS sur le site de SONY CLASSICAL :
https://www.sonyclassical.com/releases/releases-details/bruckner-symphony-no-4-in-e-flat-major-wab-104-edition-haas-2

Philippe Herreweghe joue Brahms et Bruckner

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxPOITIERS, TAP. Dim 10 nov 2019. BRAHMS, BRUCKNER, Herreweghe. Le chef flamand Philippe Herreweghe est familier des deux compositeurs que tout opposa en leur temps. Si Bruckner se rĂ©clame de l’orchestre et de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne- l’auteur du Ring Ă©tant son dieu, Brahms venu de Hambourg se fixe Ă  Vienne oĂč il prolonge la musique Ă©lĂ©gantissime, trĂšs architecturĂ©e, inspirĂ©e directement des classiques Haydn, Mozart, Beethoven (Hans von Bulow, chef d’orchestre rĂ©putĂ© ne disait-il pas de sa 1Ăšre symphonie qu’il s’agissait de la 10Ăš du grand Ludwig ?) 

Brahms johannes concertos pianos orchestre par adam laloum nelson freire critique annonce par classiquenewsLe Double Concerto est l’Ɠuvre d’un Brahms mĂ»r de plus en plus soucieux de perfection formelle (il venait de crĂ©er sa parfaite 4Ăšme symphonie). Le double Concerto fut d’abord Ă©crit pour violoncelle mais le compositeur y adjoint une partie de violon pour son ami, le cĂ©lĂšbre violoniste Joseph Joachim, dĂ©dicataire ; il s’agissait alors d’une “partition de rĂ©conciliation” comme l’a Ă©crit trĂšs justement la seule femme qui ait vraiment comptĂ© dans sa vie: la virtuose au piano et la compositrice Clara Schumann. L’oeuvre interrompt une brouille avec Joachim qui aura durĂ© 3 annĂ©es. L’écriture des 3 mouvements rĂ©capitule les Ă©pisodes de leur relation en dents de scie.

C’est en compagnie de la violoniste Isabelle Faust venue le jouer Ă  Poitiers en 2012, mais aussi du violoncelliste Christian PoltĂ©ra, que Philippe Herreweghe dirige pour la premiĂšre fois cette Ɠuvre, Ă  la tĂȘte de son Orchestre des Champs ElysĂ©es.

bruckner anton-499823De Bruckner toujours mĂ©sestimĂ© ou malcompris en France, quand il n’est pas caricaturĂ©-, Philippe Herreweghe s’est fait une quasi spĂ©cialitĂ©, rĂ©vĂ©lant a contrario de la tradition des chefs romantiques allemands sur instruments modernes, souvent Ă©pais et grandiloquents, la transparence et la sensibilitĂ© instrumentale d’un Bruckner soucieux de timbres et de couleurs comme aussi vigilant quant aux plans parfaitement architecturĂ©s. Telle nouvelle approche est permise aujourd’hui par les instruments d’Ă©poque aux timbres mieux caractĂ©risĂ©s.

La 2Ăšme symphonie, aux magnifiques proportions, Ă©tait la premiĂšre Ă  exposer la texture inimitable du compositeur autrichien et allait devenir le modĂšle de ses sept autres symphonies. C’est donc un fabuleux concert symphonique auquel nous convient le chef et ses instrumentistes, immergeant le spectateur au centre de la grande forge orchestrale oĂč se dĂ©ploient et dialoguent la soie lyrique des cordes, les couleurs des bois, les appels plus vĂ©hĂ©ments des pupitres de cuivres organisĂ©s en fabuleuses et majestueuses fanfares. C’est moins une puissante confrontation de blocs instrumentaux singularisĂ©s que la conjonction alternĂ©e de pupitres Ă©loquents, complĂ©mentaires qui se rĂ©pondent
 Ce qui prime alors chez Bruckner, c’est l’espace et le mysticisme d’un croyant sincĂšre, wagnĂ©rien de cƓur.

 

 

 

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Durée : 1h45 avec entracte

BRAHMS : Symphonie n°2
BRUCKNER : double concerto pour violon et violoncelle
avec

Isabelle Faust, violon
Christian Poltéra, violoncelle

POITIERS, TAPboutonreservation
Dimanche 10 novembre 2019, 15h

Orchestre des Champs Elysées
Philippe Herreweghe, direction

RÉSERVATIONS ici
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/brahms-bruckner/

 

 

 

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Approfondir : cd

Brahms par Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :

brahms orchestre champs elysees philippe herreweghe symphonie 4 rhapsodie pour alto anna hallenberg critique review cd classiquenews CLIC de classiquenews avril 2017CD, compte rendu critique. CLIC DE CLASSIQUENEWS d’avril 2017. JOHANNES BRAHMS : Symphonie n°4 (2015), Alt-Rhapsodie (2011) – Schcksalslied. Ann Hallenberg, Collegium Vocale Gent, Orchestre des Champs-ElysĂ©es. Philippe Herreweghe, direction. 25 ans que l’Orchestre des champs-Élysees dĂ©fend les vertus sonores, esthĂ©tiques, pĂ©dagogiques des instruments anciens: les apports en sont multiples dans la prĂ©cision et la caractĂ©risation des timbres plutĂŽt que le volume ; dans l’acuitĂ© renforcĂ©e du geste expressif aussi car bien sĂ»r il ne suffit pas de jouer sur des cordes en boyau pour sublimer une partition. Il faut Ă©videmment soigner (aussi, surtout) sa technique (jeu d’archet, etc
), ou aiguiser son style. Mais ici si l’auditeur et l’instrumentiste gagnent une intensitĂ© poĂ©tique dĂ©cuplĂ©e, l’exigence de prĂ©cision et d’articulation compensent la nettetĂ© souvent incisive du trait et de chaque accent. Autant de bĂ©nĂ©fices qui replacent le jeu et l’interprĂ©tation au cƓur de la dĂ©marche
 De ce point de vu, 25 ans aprĂšs sa crĂ©ation, l’OCE portĂ© par la direction affĂ»tĂ©e, prĂ©cise de son chef fondateur, Philippe Herreweghe, affirme une santĂ© rĂ©gĂ©nĂ©ratrice absolument captivante, dĂ©poussiĂ©rant des Ɠuvres que l’on pensait connaĂźtre.

philippe herreweghe a conversation with camille de rijck alpha livre 5 cd critique compte rendu alpha par classiquenews annonce reviewCD LIVRE, Ă©vĂ©nement. Annonce et critique. A conversation with 
Philippe Herreweghe (Livre, entretien, 5 cd / ALPHA / Phi). La pensĂ©e est libre, sans entrave, d’une prĂ©cision peu commune et surtout, avec le temps qui passe, et « qui reste », comme portĂ©e, sublimĂ©e par l’obligation viscĂ©rale de rĂ©aliser ce qui doit encore l’ĂȘtre. C’est un musicien qui a pensĂ© la musique, la façon de la vivre, d’en faire, de la servir. A ce titre, l’excellence a toujours inspirĂ© Philippe Herreweghe, tout au long de son parcours artistique, qui pour ses 70 ans en 2017, et aussi les 25 ans de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, – « son » orchestre sur instruments anciens, se dĂ©voile ici, sans mots couverts. A la libertĂ© perfectionniste du geste quelque soit les rĂ©pertoires (et pas seulement baroque et luthĂ©rien : puisque son champs d’exploration va de JS Bach Ă  Stravinsky, en passant par Beethoven, Berlioz, Gesualdo, Dvorak, Mahler, Bruckner et Brahms / superbe et rĂ©cente Symphonie n°4 – CLIC de CLASSIQUENEWS), rĂ©pond ici la libertĂ© de la parole, parfois incisive sur la rĂ©alitĂ© humaine, sociale, artistique des musiciens en France, et en Europe, des orchestres routiniers abonnĂ©s au moindre et Ă  la paresse,
 pour entretenir le feu sacrĂ©, l’excellence donc musicale, mais aussi la cohĂ©sion dynamique du groupe, qu’il s’agisse surtout des choeurs dirigĂ©s (comme le Collegium vocale gent), ou l’OCE / Orchestre des champs-Ă©lysĂ©es), rien ne compte plus que 
 l’absolue perfection. Un but, une vocation qui ne sont jamais nĂ©gociable.

CD critique. BRUCKNER : 9Ăš symphonie Manfred Honeck (Pittsburgh Symph Orch, 2018)

bruckner-symphony-no-9 pittsburgh symphony orchestra cd annonce critique cd review cd classiquenews critique cd opera symphonies symphonies musique classique newsCD critique. BRUCKNER : 9Ăš symphonie Manfred Honeck (Pittsburgh Symph Orch, 2018). VoilĂ  un programme Ă©loquent et clair qui dĂ©voile la direction « centrale », trĂšs Ă©quilibrĂ©e du chef autrichien nĂ© dans le Vorarlberg en Autriche en sept 1958, Manfred Honeck. Le voici dirigeant le Symphonique de Pittsburgh. La 9Ăš est la derniĂšre partition symphonique de Bruckner, laissĂ©e hĂ©las inachevĂ©e. Bruckner particuliĂšrement dĂ©couragĂ© aprĂšs la mauvaise rĂ©ception de la 8Ăš, dĂ©laisse la plume pour ne la reprendre qu’en avril 1891. La partition de l’Adagio restera orpheline du Finale qui devait lui succĂ©der, la 9Ăš reste l’InachevĂ©e. Et dans l’Adagio, Bruckner exprime cette quĂȘte au repos, Ă  la grĂące qu’en croyant sincĂšre, il espĂ©rait atteindre.
Au gouffre dantesque, terrifiant du Scherzo, le plus beau jamais « écrit par l’auteur, rĂ©pond la priĂšre et l’adieu de l’Adagio
 Atteint de PleurĂ©sie, Bruckner devait s’éteindre en octobre 1896.
Justement, il n’est que d’écouter attentivement le dernier (3Ăš) Ă©pisode / le dernier mouvement (Adagio : Sehr langsam, feierlich, de presque 30 mn) pour mesurer le sĂ©rieux et la haute façon du chef, directeur musical du Pittsburgh Symph Orch, MANFRED HONECK que ses origines viennoises, rattachent Ă  la tradition des chefs Ă©lĂ©gants et hĂ©donistes. Il est soucieux surtout Ă  la façon d’un Karajan, d’une sonoritĂ© ronde et fondue, (lisse et linĂ©aire diront les plus critiques), mais solarisĂ©e comme les plus grands brucknĂ©riens (Jochum, Boehm, Wand, Masur,
).

WAGNER sublimé  Le dĂ©but aux cordes seules dessinent dans l’éther, la citation sublimĂ©e du Parsifal de Wagner (le modĂšle absolu de Bruckner). Expression d’un absolu spirituel et d’une profonde sĂ©rĂ©nitĂ©, l’Adagio approfondit la foi inextinguible du compositeur de Linz  en un ample tableau qui dĂ©colle et se maintient suspendu au dessus de l’existence terrestre, prĂ©ludant bien des dĂ©veloppements chez Mahler : mĂ» par une ardente ferveur, Honeck construit Ă  partir de cette sidĂ©ration wagnĂ©rienne plusieurs accents d’une totalitĂ© assumĂ©e, Ă©panouie qui enfle les cuivres, nobles et majestueux ici, d’une rĂ©sonance presque secrĂšte, voire Ă©nigmatique. Manfred Honeck ne cherche pas la dĂ©clamation superfĂ©tatoire mais plutĂŽt l’aspiration vers l’autre monde. Il dĂ©graisse l’orchestration ailleurs Ă©paisse voire lourde de Bruckner.
Dans cette vision intĂ©rieure, trĂšs intimiste, le ruban des cordes exprime l’absolu certitude et l’espĂ©rance de temps futurs enfin rĂ©solus, sans entraves ni tension. Une sorte d’extase spirituelle que seule l’orchestre colossal ici peut exprimer, entre l’hommage Ă  Wagner, en sa gravitĂ© renouvelĂ©e et R Strauss (Symphonie Alpestre). Une priĂšre qui touche par sa sincĂ©ritĂ© : Honeck lui apporte la couleur et l’éloquence requises. TrĂšs convaincant.

CD critique. BRUCKNER : 9Ăš symphonie « inachevĂ©e » (Pittsburgh Symph Orch, Manfred Honeck – 2018 – 1 cd Fresh / RR)

CD, annonce. BRUCKNER : Symphonie n°9 (Pittsburgh Symphony, Manfred Honeck – 1 cd Fresh Live fĂ©v 2018)

bruckner-symphony-no-9 pittsburgh symphony orchestra cd annonce critique cd review cd classiquenews critique cd opera symphonies symphonies musique classique newsCD, annonce. BRUCKNER : Symphonie n°9 (Pittsburgh Symphony, Manfred Honeck – 1 cd Fresh Live fĂ©v 2018). Directeur musical du Pittsburgh Symphony Orchestra (depuis 2008), Manfred Honeck a un calendrier chargĂ© cet Ă©tĂ© 2019 : il dirige la Conducting Academy (acadĂ©mie de direction d’Orchestre) au Gstaad Menuhin Festival (Suisse) Ă  l’invitation de Christoph MĂŒller, intendant gĂ©nĂ©ral du Festival
 en fĂ©vrier 2018, le chef autrichien, ex assistant de Claudio Abbado, enregistrait en fĂ©vrier 2018, en une prise live, la spectaculaire et monumentale Symphonie n°9 de Bruckner
 composĂ©e en 1896 et laissĂ©e 
 malĂ©diction du chiffre dans l’histoire des compositeurs, 
 inachevĂ©e.
MalgrĂ© sa dĂ©mesure et sa majestĂ© grandiloquente, la 9Ăš de Bruckner exprime les inquiĂ©tudes comme l’espĂ©rance du croyant. La prĂ©sence divine n’est jamais loin, toujours prĂȘte Ă  se manifester, quand pĂšse l’obscuritĂ© de l’abandon et de la souffrance. Lui-mĂȘme rĂ©dacteur du livret accompagnant l’enregistrement, Manfred Honeck prĂ©sente les options de son interprĂ©tation, une Ă©popĂ©e orchestrale qui traverse de grandes plages intranquilles et sombres, parfois frappĂ©es par l’angoisse, mais que porte toujours une indĂ©fectible certitude spirituelle. En 3 mouvements seulement, le massif brucknĂ©rien dĂ©veloppe cependant des dimensions colossales : le mouvement I dĂ©passe 25 mn et la partition s’achĂšve en un ample Adagio de plus de 27 mn, expression de la foi d’une Ăąme brĂ»lante et insatisfaite, celle d’Anton Bruckner.

C’est le dĂ©jĂ  9Ăš enregistrement de l’orchestre symphonique de Pittsburgh. Nouveau jalon d’une sĂ©rie enregistrĂ©e (Pittsburgh Live! Series) qui a comptĂ© auparavant en particulier la Symphonie n°5 de Shostakovich / Chostakovitch et l’Adagio pour cordes seules de Barber.

 

 

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Bruckner: Symphonie n°9
Pittsburgh Symphony Orchestra
Manfred Honeck, direction
(1896 – inachevĂ©e)

I. Feierlich – Sehr ruhig
II. Scherzo: Bewegt, lebhaft – Trio: Schnell
III. Adagio: Sehr langsam, feierlich

Enregistrement Live SACD rĂ©alisĂ© au Heinz Hall, en fĂ©rvier 2018, rĂ©sidence du Pittsburgh Symphony Orchestra (PSO). – Parution : le 23 aoĂ»t 2019 – 1 cd SACD FRESH! – prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

KARAJAN 2019 : Les 30 ans de la mort (1989 – 2019) Symphonies de BRUCKNER et TCHAIKOVSKY / Berliner Philharmoniker (DG)

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_ETE 2019. Deux coffrets opportuns viennent rappeler l’hĂ©ritage d’un grand chef du XXĂš, Herbert Van Karajan (nĂ© en 1908, mort en 1989) dont les 30 ans de la disparition seront ainsi cĂ©lĂ©brĂ©s par DG Deutsche Grammophon ce 16 juillet 2019. Autant dire que le label de Hambourg, le plus prestigieux au monde, fort d’un catalogue inĂ©galĂ©, rend hommage Ă  l’un des piliers de sa gloire et de sa pertinence artistique, toujours bien vivaces aujourd’hui. Avec ses chers Philharmoniker de Berlin, le chef septuagĂ©naire Ă  la stature d’empereur, enregistre l’intĂ©grale des symphonies de Bruckner (1 Ă  9, Ă  Berlin de janvier 1975 Ă  janvier 1981), et de Tchaikovsky (6 Symphonies, entre octobre 1975 et fĂ©vrier 1979)
 le geste est carrĂ©, parfois dĂ©clamatoire mais jamais court, parfois emphatique mais habitĂ© ; jouant sur une spatialisation nouvelle du son, plus concentrĂ© que rayonnant, pourtant souvent dĂ©taillĂ© (Tchaikovski), Karajan affirme une esthĂ©tique de l’enregistrement particuliĂšrement fouillĂ©e, Ă  laquelle il a participĂ© au premier rang.

CLIC_macaron_2014Le souffle impĂ©rial de ses Bruckner auxquels il garantit aussi une introspection majestueuse en liaison avec la foi sincĂšre du compositeur de Linz ; la tendresse et cette prĂ©sence obsessionnelle du Fatum chez Piotr Illiytch fondent la valeur des 2 coffrets, remarquablement remixĂ©s pour l’occasion (cd et Blu-ray audio HD 96khz / 24 bit. Soit dans un format master des plus optimisĂ©. 2 coffrets incontournables.

 

 

 

CD, coffret événement. KARAJAN : 9 symphonies de Bruckner (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 9 cd DG Deutsche Grammophon)

CD, coffret événement. KARAJAN : 6 Symphonies de Tchaikovski (Berliner Phil. Herbert von Karajan, 4 cd DG Deutsche Grammophon)

 

 

 

BRUCKNER symphonies 1 - 9 Berliner Philharmoniker coffret set box 9 cd DG Deutsche Grammophon review cd critique par classiquenews KARAJAN 2019 71-ssYNLWdL._SL1200_

 

 

TCHAIKOVSKY-symphonies-1---6-30th-anniversary-1989-2019-Berliner-Philharmoniker-coffret-set-box-9-cd-DG-Deutsche-Grammophon-review-cd-critique-par-classiquenews-KARAJAN-2019

 

 

 
 

 

APPROFONDIR

 

 

LIRE aussi nos articles et dossiers HERBERT VON KARAJAN, dont le bilan des coffrets édités pour les 25 ans de la mort de Karajan en 2014 :

Karajan20025 ans aprĂšs sa mort (1989), le chef autrichien Herbert von Karajanlaisse un hĂ©ritage musical et esthĂ©tique qui s’incarne par le disque : titan douĂ© d’une hypersensibilitĂ© fructueuse chez Beethoven, Schumann, Tchaikovski, Richard Strauss, Brahms entre autres 
, Karajan s’est forgĂ© aussi une notoriĂ©tĂ© lĂ©gitime grĂące Ă  son souci de la qualitĂ© des enregistrements qu’il a pilotĂ©s et rĂ©alisĂ©s pour Deutsche Grammophon. Outre la virtuositĂ© habitĂ©e, un sens innĂ© pour la ciselure comme le souffle Ă©pique de la fresque, Karajan a marquĂ© l’histoire de l’enregistrement par son exigence absolue. Une acuitĂ© inĂ©dite pour d’infimes nuances rĂ©vĂ©lant l’opulence arachnĂ©enne des timbres
 tout cela s’entend dans le geste musical comme dans la prise de son
 dans son intĂ©grale de 1961-1962 des Symphonies de Beethoven, magistralement captĂ©es dans le respect de la vie et de la palpitation
 Pour ses 25 ans, le prestigieux label jaune rĂ©Ă©dite une sĂ©rie de coffrets absolument incontournables. Voici notre sĂ©lection d’incontournables. LIRE notre sommaire articles et dossiers HERBERT VAN KARAJAN

 

Symphonie n°3 “Wagner” de BRUCKNER

FRANCE MUSIQUE, Dim 3 fĂ©v 2019, 16h. BRUCKNER : Symphonie n°3. Tribune des critiques de disques. Quelle est la meilleure version et pourquoi ? Passage en revue des versions diverses enregistrĂ©es pour le disque de la 3Ăš Symphonie de Bruckner. MarquĂ© par Wagner qui fut son idole et une source intarissable d’inspiration, Bruckner, organiste et plutĂŽt croyant, a bĂąti une cathĂ©drale symphonique aussi impressionnante que celle de Brahms ; une gageure impressionnante pour ce solitaire, humainement discret voire effacĂ© qui n’a cessĂ© de rĂ©viser l’écriture de chaque opus symphonique.
Justement, en rĂ© mineur (comme celle unique de Franck), la Symphonie n°3 dite Wagner, composĂ©e Ă  partir de la fin 1872, est le chantier de rĂ©visions incessantes et demeura inĂ©dite jusqu’à sa publication en 
 1977. Pendant longtemps, il n’en exista qu’un enregistrement, vite rattrapĂ© par d’autres, sur instruments modernes, sur instruments d’époque (Herreweghe), et rĂ©cemment par le plus convaincant, Andris Nelsons avec le GewandhausOrchester Leipzig

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-bruckner-symphonie-n3-wagner-ouverture-de-tannhauser-andris-nelsons-gewandhausorchester-leipzig-1-cd-deutsche-grammophon-leipzig-juin-2016/

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, Dimanche 3 février 2019
16h : Symphonie n°3 de BRUCKNER
Tribune des critiques de disques
Quelle est la meilleure version et pourquoi ?

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bruckner1Dans l’ombre de Wagner
 Bruckner poursuit le cycle de ses rĂ©fections en 1877, assurant lui-mĂȘme la crĂ©ation de son opus, Ă  Vienne le 16 dĂ©c 1877 : Ă©chec retentissant. Il rĂ©vise encore son Ɠuvre, courant 1878, raccourcissant chaque mouvement, sauf le Scherzo; augmentĂ© d’une nouvelle coda plus dĂ©veloppĂ©e (version Haas) ; pourtant dans sa version plus tardive, Nowak ne garde cette coda rajoutĂ©e par Bruckner
 car il prit en compte de nouvelles coupes rĂ©alisĂ©es par Bruckner vieillissant et contraint Ă  de nouvelles tailles (contre son grĂ©) en 1888 – 1889 : le choix et la justification des versions demeurent une question ouverte probablement jamais rĂ©solue. A chaque chef et musicologue de justifier ses choix et d’en dĂ©fendre la cohĂ©rence.
La 3Ăš est une Ɠuvre charniĂšre : plus vaste et d’un souffle Ă©pique grandiose que les symphonies antĂ©rieures ; elle annonce le gigantisme et l’architecture du colossal des symphonies qui suivent, mais avec cette carrure instrumentale et cette alliance des timbres spĂ©cifiques au compositeur ; suractivitĂ© des cordes, opulence des cuivres
 une orchestration trĂšs proche de celle de son modĂšle trĂšs prĂ©sent dans la partition, Wagner. Peu de chefs se sont finalement intĂ©ressĂ©s en profondeur Ă  la signification et au sens de la 3Ăš symphonie Wagner de Bruckner, focusant plutĂŽt sur les derniĂšres ; pourtant la 3Ăš pose clairement les piliers du gĂ©nie orchestral de Bruckner : ceux d’une inspiration sincĂšre malgrĂ© sa dĂ©mesure ; d’une quĂȘte et d’un idĂ©al (en liaison avec son propre mysticisme et la glorification de Dieu), qui recherche constamment les Ă©quilibres dans la matiĂšre sonore, l’une des plus riches et des plus impressionnantes.
DurĂ©e : presque 1h – 4 mouvements : Moderato con moto / Adagio quasi andante / Scherzo vivacema non troppo / Finale (Allegro).

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VOIR le teaser de la Symphonie n°3 de Bruckner par Andris Nelsons (Leipzig, printemps 2017) – le maestro nommĂ© directeur musical en 2018 de l’orchestre, a amorcĂ© en 2017 une intĂ©grale des symphonies de Bruckner…

https://www.youtube.com/watch?v=n6DXK4kd79w

https://www.youtube.com/watch?v=n6DXK4kd79w

POITIERS, TAP. Concert WAGNER et BRUCKNER

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs ElysĂ©es Ă  PoitiersPOITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. SoirĂ©e symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grĂące Ă  la force de persuasion de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange en rĂ©sidence au sein du thĂ©Ăątre poitevin, comprenant un auditorium aux qualitĂ©s acoustiques exceptionnels, Ă  notre avis pas assez reconnues. A 20h30, rĂ©cital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord oĂč la cantatrice, experte en mĂ©lodies françaises, VĂ©ronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dĂ©dia Ă  sa passion pour son hĂŽtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a Ă©crit aussi les poĂšmes du cycle). Idylle consommĂ©e ou non, il nous reste plusieurs chants embrasĂ©s, oĂč s’accomplissent l’enchantement et l’extase amoureuse, dont la mĂ©lodie de Tristan (celle de la nuit d’amour de l’acte II). D’une irrĂ©sistible langueur enivrĂ©e.

 

 

concert voix et orchestre au TAP de POITIERS

Romantisme lyrique et symphonique

bruckner1Puis l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es interprĂšte le massif brucknĂ©rien qui doit tant Ă  
 Wagner. Bruckner vouant une admiration sans borne pour le MaĂźtre de Bayreuth. Poitiers affiche la Symphonie n°4 de Bruckner, dite « Romantique » avec ses claires rĂ©fĂ©rences au monde chevaleresque mĂ©diĂ©val, 
( tristanesque ?)   « Ville mĂ©diĂ©vale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux, Amour repoussĂ©, et mĂȘme Danse pour le repas de chasse ».
 Philippe Herreweghe aborde la symphonie avec une clartĂ© dĂ©taillĂ©e et un sens de l’analyse qui restitue le relief de l’architecture et l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, ce dans un format et des Ă©quilibres sonores affinĂ©s, comme le permet trĂšs justement la spĂ©cificitĂ© des instruments d’époque.

Dite “Romantique”, la QuatriĂšme ouvre le cycle des Symphonies brucknĂ©riennes “en majeur”. Il existe trois versions connues, validĂ©es par l’auteur. Bruckner compose la partition originale de janvier Ă  novembre 1874 et la dĂ©die au Prince Constantin Hohenlohe, espĂ©rant une protection. La pĂ©riode est difficile pour le musicien qui n’a presque plus rien pour vivre. L’oeuvre ne sera rĂ©vĂ©lĂ©e au concert que dans sa version originelle Ă©ditĂ©e par Nowak
 en 1975! En 1878, Bruckner reprenait les deux premiers mouvements, puis en 1880, rĂ©Ă©crivait le finale. C’est cette derniĂšre version, la troisiĂšme, qui fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne, le 20 fĂ©vrier 1881 sous la direction de Hans Richter. Le compositeur cite Parsifal de Wagner et l’instrumentation de son cher modĂšle



Gestion des cuivres (souvent colossaux), rondeur chantante des bois, mer et houle des cordes
 comment le chef saura-t-il piloter le langage brucknĂ©rien ? Il est aussi question de souffle majestueux et de grandeur, comme de mysticisme car Bruckner Ă©tait habitĂ© par l’idĂ©al chrĂ©tien, Ă©tant trĂšs croyant. RĂ©ponse ce 14 nov 2018 dans le superbe auditorium du TAP de Poitiers.

 

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Programme

> Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
> Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique »

ORCHESTRE DES CHAMPS ELYSEES
Philippe Herreweghe, direction
VĂ©ronique Gens, soprano

 

 

 

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boutonreservationPOITIERS, TAP.
Mercredi 14 novembre 2018, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bruckner-wagner/

1h40, avec entracte

 

 

wesendonck-matilde-lieder-wagner-concerts
 

 

Mathilde Wesendonck inspire Ă  Ricahrd Wagner un amour considĂ©rable : les poĂšmes de la protectrice suscitent l’un des cycles les plus enchanteurs et amoureux du compositeur romantique (DR)

 

 

 

 

POITIERS, TAP. Concert WAGNER et BRUCKNER

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs ElysĂ©es Ă  PoitiersPOITIERS, TAP. Mer 14 nov 2018. Wagner, Bruckner. SoirĂ©e symphonique, germanique et romantique au TAP de Poitiers, grĂące Ă  la force de persuasion de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, phalange en rĂ©sidence au sein du thĂ©Ăątre poitevin, comprenant un auditorium aux qualitĂ©s acoustiques exceptionnels, Ă  notre avis pas assez reconnues. A 20h30, rĂ©cital lyrique et symphonique. Cycle de lieder avec orchestre pour soprano tout d’abord oĂč la cantatrice, experte en mĂ©lodies françaises, VĂ©ronique Gens, chante le cycle des Wesendonck-Lieder que Richard Wagner dĂ©dia Ă  sa passion pour son hĂŽtesse et protectrice en Suisse, Mathilde Wesendock (laquelle a Ă©crit aussi les poĂšmes du cycle). Idylle consommĂ©e ou non, il nous reste plusieurs chants embrasĂ©s, oĂč s’accomplissent l’enchantement et l’extase amoureuse, dont la mĂ©lodie de Tristan (celle de la nuit d’amour de l’acte II). D’une irrĂ©sistible langueur enivrĂ©e.

 

 

concert voix et orchestre au TAP de POITIERS

Romantisme lyrique et symphonique

bruckner1Puis l’Orchestre des Champs-ElysĂ©es interprĂšte le massif brucknĂ©rien qui doit tant Ă  
 Wagner. Bruckner vouant une admiration sans borne pour le MaĂźtre de Bayreuth. Poitiers affiche la Symphonie n°4 de Bruckner, dite « Romantique » avec ses claires rĂ©fĂ©rences au monde chevaleresque mĂ©diĂ©val, 
( tristanesque ?)   « Ville mĂ©diĂ©vale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux, Amour repoussĂ©, et mĂȘme Danse pour le repas de chasse ».
 Philippe Herreweghe aborde la symphonie avec une clartĂ© dĂ©taillĂ©e et un sens de l’analyse qui restitue le relief de l’architecture et l’acuitĂ© des timbres instrumentaux, ce dans un format et des Ă©quilibres sonores affinĂ©s, comme le permet trĂšs justement la spĂ©cificitĂ© des instruments d’époque.

Dite “Romantique”, la QuatriĂšme ouvre le cycle des Symphonies brucknĂ©riennes “en majeur”. Il existe trois versions connues, validĂ©es par l’auteur. Bruckner compose la partition originale de janvier Ă  novembre 1874 et la dĂ©die au Prince Constantin Hohenlohe, espĂ©rant une protection. La pĂ©riode est difficile pour le musicien qui n’a presque plus rien pour vivre. L’oeuvre ne sera rĂ©vĂ©lĂ©e au concert que dans sa version originelle Ă©ditĂ©e par Nowak
 en 1975! En 1878, Bruckner reprenait les deux premiers mouvements, puis en 1880, rĂ©Ă©crivait le finale. C’est cette derniĂšre version, la troisiĂšme, qui fut crĂ©Ă©e Ă  Vienne, le 20 fĂ©vrier 1881 sous la direction de Hans Richter. Le compositeur cite Parsifal de Wagner et l’instrumentation de son cher modĂšle



Gestion des cuivres (souvent colossaux), rondeur chantante des bois, mer et houle des cordes
 comment le chef saura-t-il piloter le langage brucknĂ©rien ? Il est aussi question de souffle majestueux et de grandeur, comme de mysticisme car Bruckner Ă©tait habitĂ© par l’idĂ©al chrĂ©tien, Ă©tant trĂšs croyant. RĂ©ponse ce 14 nov 2018 dans le superbe auditorium du TAP de Poitiers.

 

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Programme

> Richard Wagner : Wesendonck-Lieder
> Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique »

ORCHESTRE DES CHAMPS ELYSEES
Philippe Herreweghe, direction
VĂ©ronique Gens, soprano

 

 

 

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boutonreservationPOITIERS, TAP.
Mercredi 14 novembre 2018, 20h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/bruckner-wagner/

1h40, avec entracte

 

 

CD. Bruckner : Symphonie n°4 (Pittsburgh Symphony Orchestra, Manfred Honeck, 2013)

bruckner manfred honeck symphonie 4CD. Bruckner : Symphonie n°4 (Pittsburgh Symphony Orchestra, Manfred Honeck, 2013). Lecture remarquable que celle du chef Manfred Honeck qui surclasse bien des approches que la comparaison fait paraĂźtre dures, contrastĂ©es voire schĂ©matiques. Le travail sur la transparence, le contrĂŽle des dynamiques, servi par un sens architectural et hĂ©doniste, en particulier dans le dernier mouvement, Finale, le plus long, oĂč pour une fois, la lisibilitĂ© des pupitres ne signifie pas opposition schĂ©matique mais au contraire fusion des timbres, en une texture sonore Ă  l’ampleur et la rondeur… wagnĂ©rienne. Le relief expressif, cette opulence qui sait aussi creuser l’onirisme chambriste, et la nettetĂ© des bois et des vents dans les sĂ©quences rĂȘveuses, offre une synthĂšse, faisant de Bruckner, un symphoniste accompli d’une richesse d’intentions prodigieuses, le chaĂźnon essentiel Ă  l’orĂ©e de Schubert (pour les arriĂšres plans vĂ©ritablement murmurĂ©s et voilĂ©s comme des lointains traitĂ©s en songe), Mahler et Wagner.

Bruckner solarisé

Directeur musical du Pittsburgh Symphony Orchestra (PSO) depuis 2008, le chef autrichien Manfred Honeck dĂ©livre ici une sensibilitĂ© saisissante, accordant toute l’attention Ă  un Bruckner ciselĂ© dans la… dĂ©licatesse et le raffinement. Moins le maestro en fait, plus son geste Ă©claircit, allĂšge, approfondit une portĂ©e onirique que l’on avait finit par oublier chez le compositeur. Pas surprenant que le chef, gĂ©nĂ©reux, amoureux mĂȘme, et aussi douĂ© d’une noblesse dramatique trĂšs sĂ©duisante, ait suffisamment convaincu ses instrumentistes pour ĂȘtre reconduit jusqu’en 2020 !

CLIC_macaron_2014Le co fondateur avec Claudio Ababdo de l’orchestre des jeunes Gustav Mahler signe une version articulĂ©e, claire, qui sait aussi parler le colossal. La gestion des cuivres reste d’une prĂ©cision impeccable, parfaitement Ă©quilibrĂ©e, et le chant des bois, enchanteur. Certains reprocheront la sĂ»retĂ© trop hĂ©doniste, un calme solennel et souverain, mais la vertu principale du chef Honeck, c’est sa rondeur dans la clartĂ©, son dramatisme dans l’Ă©quilibre justement, la nostalgie irrĂ©sistible et la qualitĂ© des piani qui se dĂ©gagent par exemple de la derniĂšre section du Finale. Le sens des respirations, l’approfondissement qui s’en dĂ©gage (Ă©lĂ©vation et introspection de l’Andante quasi allegretto) rejoint les meilleurs versions lĂ©gendaires Ă  juste titre, celles isolĂ©ment de Giulini, Wand, Boehm. Dans l’Ă©noncĂ© filigranĂ© du Finale, se prĂ©cise peu Ă  peu l’annonce d’une aurore et la promesse d’un monde nouveau, quand beaucoup de chefs ne soignent que le ronflant et le majestueux : Honeck rĂ©tablit la part fervente, spirituelle si oubliĂ©e, mais lĂ©gitime … relevant d’un compositeur trĂšs croyant, Ă©pris d’absolu. DĂšs le dĂ©but, la direction suit son chemin sans faillir ; elle s’impose traversĂ©e de visions parsifaliennes et la tension tient en haleine… superbe Bruckner, magnifiĂ© par la prise de son SACD (rĂ©alisĂ© par l’Orchestre lui-mĂȘme), et dans la version 1878 – 1880. L’enregistrement live intensifie l’admiration : de toute Ă©vidence pour atteindre Ă  un tel Ă©quilibre chaleureux de la sonoritĂ©, chef et instrumentistes ont appris Ă  cultiver l’art dĂ©terminant de la confiance, de l’Ă©coute, de la complicitĂ©. Les concerts du Pittsburg Symphony Orchestra sont trop rare en France pour ĂȘtre manquĂ©s : ce cd vous permettra de prĂ©parer une leçon de haut symphonisme,  Ă  vivre dans une salle de concert. HĂ©las pas de dates françaises Ă  l’horizon des prochaines tournĂ©es de l’orchestre amĂ©ricain. CLIC de classiquenews en toute logique.

Anton Bruckner : Symphonie n°4, version 1878-1880. Pittsburgh Symphony Orchestra. Manfred Honeck, direction. Live enregistré à Pittsburgh en décembre 2013. 1 cd Pittsburgh live! SACD FR 713sacd, durée : 1h06mn. En vente sur le site du Pittsburgh Symphony Orchestra

CD. Claudio Abbado dirige la 9Ăšme de Bruckner (Lucerne 2013)

bruckner-9-abbado-cd-lucerne-festival-orchestraCD. Claudio Abbado dirige la 9Ăšme de Bruckner (Lucerne 2013). Deutsche Grammophon Ă©dite fin juin, le dernier concert public du chef d’orchestre Claudio Abbado. C’Ă©tait Ă  Lucerne le 23 aoĂ»t 2013, le chef italien dirigeait “son” orchestre suisse, dans deux piĂšces maĂźtresses du rĂ©pertoire symphonique romantique : l’InachevĂ©e (8e Symphonie) de Schubert et la Symphonie n° 9 de Bruckner (elle aussi inachevĂ©e…). D’une intĂ©rioritĂ© irrĂ©elle confĂ©rant Ă  sa direction un Ă©tat de grĂące inoubliable pour les spectateurs d’alors, Claudio Abbado semblait bien y faire son adieu au monde et aux hommes…. Fin juin 2014, paraĂźt le premier volet de ce concert mĂ©morable : la 9Ăšme Symphonie de Bruckner, ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e et transfigurĂ©e, dans son inachĂšvement originel (trois premiers mouvements).

La 9Ăšme (et ultime de Bruckner) lui coĂ»ta un long dĂ©lai de gestation : plus de 7 ans…. des premiĂšres esquisses en 1887 Ă  l’achĂšvement du 3Ăš mouvement (Adagio) en 1894. Entretemps, l’Ă©chec de la 8Ăšme Symphonie lui valut une semi dĂ©pression : Bruckner ne reprit la plume qu’en avril 1891. Au terme de sa vie, le compositeur si peu estimĂ© pour son art, puisa dans les deux derniĂšres annĂ©es de sa vie, l’Ă©nergie pour terminer sa derniĂšre oeuvre … en vain. La pleurĂ©sie usa ses derniĂšres ressources et le final demeura Ă  l’Ă©tat d’Ă©bauches et d’annotations diverses… un casse tĂȘte pour les musicologues et interprĂštes contemporains.
La 9Ăšme comme c’est le cas de Schubert (mais pas de Beethoven qui finit son ultime opus, ni de Mahler, auteur d’une presque 10Ăšme), la 9Ăšme de Bruckner est donc une bouleversante inachevĂ©e. En place du dernier mouvement esquissĂ©, Bruckner invita Ă  jouer en guise d’ultime Ă©pisode, son Te Deum… tel fut le cas lors de la crĂ©ation des trois premiers mouvements en 1903, ce que depuis, beaucoup de musiciens ont fait et font toujours. D’autres Ă©cartant les versions en reconstitutions signĂ©s Nowak et Haas, prĂ©fĂšrent terminer le cycle symphonique de Bruckner par le 37me mouvement (Adagio), tel l’adieu d’un homme de coeur et de ferveur sincĂšre qui n’aspirait qu’Ă  la paix de son Ăąme : un auto requiem en quelques sorte.

CLICK_classiquenews_dec13Abbado nous laisse ici l’un de ses ultimes accomplissements symphoniques rĂ©alisĂ©s avec l’orchestre qu’il a fondĂ© pour le festival de Lucerne. Le chef semble graver dans le marbre cette nouvelle lecture recherchant la part de l’ombre,  le surgissement de l’inĂ©luctable qui s’exprime dans le grandiose et  l’expression directe brute Ăąpre du fatum (2 Ăšme mouvement). Gageure rĂ©jouissante l’effet des masses sonores n’empĂȘche pas la ciselure des Ă©pisodes plus introspectifs voire intimes : les Ă©clairs plus Ă©vanescents s’appuyant sur la lĂ©gĂšretĂ© sautillante et ciselĂ©e des violons et des bois, contrastent idĂ©alement avec le motif d’une tragĂ©die puissante (cuivres rugissants) qui s’accomplit aprĂšs les pizz des cordes. Si Giulini, autre immense BrucknĂ©rien nous fait ressentir les vertigineuses architectures, Abbado rĂ©ussit Ă©galement en sondant jusqu’au trĂ©fonds des tĂ©nĂšbres, la dĂ©sespĂ©rance humaine. Il parvient Ă  rĂ©soudre l’enchaĂźnement des parties colossales des blocs pupitres affrontĂ©s sans perdre jamais la tension ni la continuitĂ© du discours formel.
Un cap est franchi avec les passages d’une sourde profondeur plus tenue encore dans le 3 Ăšme mouvement qui en une coloration wagnĂ©rienne somptueuse pleinement assumĂ©e et manifeste – citation Ă  peine voilĂ©e du testament du maĂźtre si vĂ©nĂ©rĂ© : Parsifal. Ils apportent les Ă©clairs mordorĂ©s d’une rĂ©vĂ©lation visiblement Ă©prouvĂ©e puis cultivĂ©e grĂące au maĂźtre de Bayreuth. Les Ă©clairages que tisse alors Abbado rĂ©ussissent Ă  transmettre l’idĂ©e d’une expĂ©rience intime qui se fond avec le prope destin du chef dont la mine physique, celle alors d’un frĂȘle aigle Ă  peine remis de sa longue maladie… la direction investie est aussi celle d’une bouleversante tragĂ©die personnelle. Ces deux lectures se mĂȘlent et dialoguent ici avec une intensitĂ©, une justesse de ton,  une sincĂ©ritĂ© prenante et ineffable, immĂ©diate et presque frontale, entre ressentiment  pudique et proclamation gorgĂ©e d’espoir triomphant,  jamais Ă©coutĂ©e chez Bruckner jusque lĂ .  Une telle profondeur de vue vĂ©cue comme une odyssĂ©e en apnĂ©, parfaitement conduite, fait entendre une rĂ©flexion critique intĂ©rieure riche et trĂšs intense qui se rapproche de… Mahler, compositeur que Claudio Abbado connaĂźt et approche de la mĂȘme  maniĂšre : impĂ©tuositĂ© de la lutte, tensions et vertiges avant l’illumination finale, aux murmures pleins de renoncement et de sĂ©rĂ©nitĂ© enfin recouvrĂ©e.
La riche texture de l’orchestre aux effectifs wagnĂ©riens dĂ©ploie un paysage spectaculaire et investi,  humain et cosmique comme si chaque volet de la symphonie inachevĂ©e Ă©tait l’Ă©manation du Ring wagnĂ©riens.   Bruckner s’inscrit dans les pas de son prĂ©dĂ©cesseur avec une justesse Ă  la fois respectueuse et fraternelle.   Le cheminement n’est pas sans rappeler le parcours des symphonies de Mahler.  Le souffle qui s’y dĂ©ploie est celui d’un dragon puissant et serein. Sans forcer le trait dans l’opposition des pupitres cordes/cuivres que d’autres chefs s’emploie Ă  sculpter jusqu’Ă  la dĂ©monstration conflictuelle, Ababdo rĂ©alise plutĂŽt la fluiditĂ© des Ă©pisodes en creusant pour chacun, leur climat, leur profond Ă©quilibre.C’est donc pour Abbado une expĂ©rience intime, l’offrande inespĂ©rĂ©e de son Ă©blouissante sensibilitĂ© orchestrale. Respectueux du manuscrit original transmis par le Bruckner incomplet, Abbado nous gratifie ainsi des trois mouvements autographes et achevĂ©s dont l’unitĂ© et la cohĂ©rence interne n’auront jamais Ă©tĂ© aussi mieux investies. Ici le testament de Bruckner rejoint celui du chef italien. Bouleversant.  Évidemment CLIC de classiquenews.

Bruckner : 9Úme Symphonie. Lucerne festiaval orchestra. Claudio Abbado, direction. 1 cd Deutsche Grammophon, enregistrement réalisé en août 2013 à Lucerne.