COMPTE-RENDU, critique opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 20 fév 2020. BOIELDIEU : La Dame blanche. Pauline Bureau / Julien Leroy

COMPTE-RENDU, critique opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 20 fév 2020. BOIELDIEU : La Dame blanche. Pauline Bureau / Julien Leroy. Le soir de la première de La Dame Blanche, le 10 décembre 1825, les musiciens de l’Opéra-Comique (où l’on reprend donc l’ouvrage ces jours-ci…) vinrent donner la sérénade à François-Adrien Boieldieu sous ses fenêtres. Quand il s’agit de faire monter tout le monde chez le Maestro, il y eut des problèmes de place. Rossini, qui habitait le même immeuble, ouvrit son appartement et c’est chez le champion de la clarté latine que fut célébré le triomphe de la vogue des fantômes et des châteaux hantés (écossais). Car à l’époque, l’opéra suivait la mode et Walter Scott faisait alors fureur.
La Dame blanche consacrait aussi le succès de l’opéra-comique français, qui allait connaître ses grands jours, en même temps que celui de Boïeldieu, dont la carrière, commencée pendant la Révolution, était déjà parsemée de jolis succès dans le genre gracieux qui avaient pour titre Ma Tante Aurore ou Les Voitures versées. Reprise pour la dernière fois in loco en 1997 (dans une mise en scène de Jean-Louis Pichon), l’ouvrage est le quatrième plus gros succès de l’institution parisienne (dépassant les 1500 représentations), mais peine à retrouver aujourd’hui les faveurs de nos théâtres hexagonaux. Le problème ne semble pas venir de la partition : les accents rossiniens, l’orchestration léchée, les mélodies qu’on chantonne à la sortie ont tout pour plaire encore…

 
 

 

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Le problème est que le livret s’avère un défi à la bonne volonté des metteurs en scène et des spectateurs : cette histoire d’héritier d’une grande famille écossaise, ignorant de sa véritable identité, qui se retrouve sans faire exprès dans le château de ses ancêtres et décide de la racheter avec l’aide discrète d’une jeune orpheline dont il est amoureux depuis qu’elle l’a sauvé à l’issue d’une bataille… prête en effet à sourire gentiment. Mais le ridicule culmine quand la demoiselle se déguise en fantôme (la fameuse « Dame blanche ») pour lui donner des conseils sans qu’il reconnaisse l’objet de sa flamme…

Fort bien dirigée par le jeune chef français Julien Leroy très à l’aise dans la légèreté du propos, l’équipe vocale (entièrement française) fait ce qu’elle peut, et la conviction du jeu ferait presque tomber toute réserve. Dans le rôle-titre, la jeune soprano Elsa Benoît (Anna) est une bien belle découverte et l’on goûte particulièrement à son timbre à la fois charnu et ductile, qui lui permet d’affronter avec aisance les nombreuses vocalises de sa partie. Le timbre sec et anguleux de Sophie Marin-Degor retire en revanche toute séduction au personnage de Jenny. Dans le rôle de George Brown, notre ténor rossinien national Philippe Talbot fait un sort à ses deux airs « Ah quel plaisir d’être soldat ! » (si proche de « Ah mes amis quel jour de fête » de Tonio) et « Viens, gentille dame », et l’on apprécie – à défaut d’une puissance et projection toujours suffisantes – sa netteté vocale, son irréprochable diction, et ce charme qu’on associe immédiatement à la galanterie française.
A ses côtés, l’excellent Yann Beuron (Dickson) n’a pas à pâlir, d’autant qu’il est moins exposé, et projette mieux sa voix. Ce solide quatuor est complété par le non moins solide Gaveston de Jérôme Boutillier, d’une sombre insolence, tandis qu’Aude Extrémo apporte une mélancolie touchante à la fileuse solitaire et rêveuse qu’est Marguerite. Une mention, enfin, pour le MacIrton très présent – en terme de présence comme de vocalité – de Yoann Dubruque.

Quant à la mise en scène, confiée à Pauline Bureau (qui avait déjà monté ici-même Une Bohème, notre jeunesse…), elle peut paraître un peu sage mais s’avère néanmoins délicate, le spectacle étant truffé de détails d’un humour subtil. Il respecte la naïveté de cette fable qu’elle met en scène comme le plus charmant des contes de fées. Sous sa direction, l’excellent chœur Les Eléments, presque devenu les protagonistes, participent à l’action à l’égal des solistes, même si le monumental décor conçu par Emmanuelle Roy ne facilitent la direction d’acteurs, au demeurant assez discrète en ce qui concerne les solistes. Mais nous n’avons pas boudé notre plaisir de cette plaisante redécouverte, à l‘instar d’un public parisien visiblement sous le charme de cette musique !

 
 

 

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Compte-rendu, critique opéra. Paris, Opéra-Comique, le 20 février 2020. François-Adrien Boïeldieu : La Dame blanche. Pauline Bureau / Julien Leroy.

 
 

 
 
 

 

La Dame Blanche revient à l’Opéra Comique

BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuPARIS, BOIELDIEU : La Dame Blanche, 20 fév – 1er mars 2020. Opéra comique. Nouvelle production et belle révélation plutôt prometteuse grâce à La Dame Blanche du rouennais François-Adrien Boieldieu (1775 – 1834), compositeur romantique français bien oublié aujourd’hui en particulier sur les scènes françaises, chorégraphiques et lyriques. La Dame blanche fut pourtant un immense succès dès sa création in loco. L’ouvrage en 3 actes est créé en déc 1825, et s’inspire du roman gothique fantastique de Walter Scott (également mis en musique par Bellini et Rossini)… Le monastère et Guy Mannering. C’est un drame qui profite de sa longue expérience lyrique marquée Le Calife de Bagdad (1800), sans omettre tous les opéras (9 au total) écrits pour le Tsar Alexandre Ier, entre 1804 et 1814. Boieldieu, admiré par Berlioz, incarne à la suite de Grétry, l’élégance et la subtilité parisienne, dépourvu de tout ornement gratuit. Wagner encensait Les deux nuits (1829) touché par « la grâce » et qui inspira Lohengrin (marche nuptiale). Il succède à Méhul comme Académicien (1817). Pendant la Terreur, Boieldieu poursuit sa carrière, doué pour les fugues entre autres. A l’époque où règne l’opéra comique Médée de Cherubini (1797), Boieldieu souffle la vedette à l’Italien pourtant vénéré, avec Zoraime et Zulmare créé au Feydeau, théâtre des drames héroïques plutôt que des comédies légères ou patriotiques (présentées à Favart). Adam est son élève.

La Dame Blanche, jouée 1637 fois entre 1825 et 1900, est l’un des plus grands succès lyriques à Paris. L’ouvrage offre une écriture qui fait la synthèse entre Donizetti, Bellini, Bizet…. entre autres et introduit dans le style de Scott, le genre Troubadour et gothique, funambulique et fantastique, spectral et onirique. Son format et son inspiration annonce Robert le diable de Meyerbeer, Faust de Gounod (et jusqu’au Trésor de Rackam le rouge de Hergé.)… Boieldieu fixe ainsi le goût gothique et romantique des années 1820 pour les spectres de femmes décédées, hantant châteaux ou sites forestiers.

boieldieu-la-dame-blanche-opera-critique-annonce-opera-classiquenews-boieldieu-par-BoillyIl existe au musée des BA de Rouen, un remarquable portrait, dans le style de David, sobre et presque épuré, lui aussi touché par l‘élégance, de Boieldieu par Boilly, vers 1800 (DR) : le citoyen Boieldieu affirme une subtilité moins extravagante que les délires costumiers des « Incroyables » du Directoire. Main droite sur le clavier de son pianoforte, le compositeur semble en pleine inspiration, dans l’admiration de … Gluck dont le buste domine la composition et la partition ouverte sur le piano.

La production de la Salle Favart qui reprend l’un de ses drames historiques, regroupe plusieurs solistes français, prometteurs : Philippe Talbot (George / Julien), Elsa Benoit (Anna / La dame blanche), Jérome Boutillier (Gaveston), Yann Beuron (Dickson), Aude Extrémo (Marguerite), Sophie Marin-Degor (Jenny),… sous la direction de Julien Leroy.

 

 

 

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PARIS, Opéra Comiqueboutonreservation
BOIELDIEU : La Dame Blanche
20 f̩v Р1er mars 2020
Réservez vos places
directement sur le site de l’Opéra Comique
https://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2020/dame-blanche

 

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6 représentations à PARIS
20 février 2020 20h
22 février 2020 20h
24 février 2020 20h
26 février 2020 20h
28 février 2020 20h
1er mars 2020 20h

Orchestre national d’Île de France
Julien LEROY, direction
Pauline Bureau, mise en scène

 

 

 

SYNOPSIS / ARGUMENT
George BROWN revient sur le lieu laissé à l’abandon du château des comtes d’Avenel. Depuis la mort du dernier descendant Julien, le site va être racheté par l’intendant Gaveston (I). Un spectre, la Dame Blanche, hantant le domaine, donne rv à George le soir même pour qu’il se porte acquéreur du château lors des enchères prochaines (II). Grâce à la vieille servante Marguerite, Anna qui est la Dame Blanche, retrouve le trésor de la famille, qui permet à George d’acquérir le château : l’intendant Gaveston dévoile la supercherie mais George est Julien, le descendant qui avait disparu : il peut épouser Anna à la fin du drame.

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VIDEO extraits

 

ENTRETIEN Opéra Comique 2020
Présentation de l’opéra par Julien Leroy, directeur musical
(durée : 4’24)
Auber devait créer son dernier opéra mais empêché, c’est Boieldieu avait en réserve un ouvrage déjà préparé et finalisé ; c’est donc la Dame blanche qui
Adam son élève écrit l’ouverture, d’une élégance digne de son maître… Efficacité dramatique, équilibre dialogues et musique, hommage à Grétry, culture, érudition, jeu des citations (bel canto) de Rossini et des ficelles du genre opéra comique, élégance et subtilité de la partition…

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OUVERTURE, composée par Adam, l’élève de Boieldieu – durée : 8mn

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel S̩n̩chal chante La Dame Blanche Рdur̩e : 8mn
« Viens, gentille dame »… / Paris, 1961 – Pierre Stoll, direction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Orchestre National de Lille à l’époque des Lumières

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associés étroitement à la vie de l’Orchestre à chaque saison) dans un cycle éclectique qui s’intéresse aux écritures concertantes et déjà symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau… Pleine immersion dans le bain bouillonnant des Lumières, quand le XVIIIè façonne à sa manière l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (écrit à Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuosité et raffinement), rareté d’une exceptionnelle élégance, l’ONL met en lumière le feu mozartien et la sensibilité coloriste d’un Rameau décidément très moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les révélations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux côtés des concerts du répertoire, présentant les œuvres mieux connues des XIXè et XXè siècles.

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idée de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idées et les couleurs en une écriture qui célèbre le génie de la musique pure ; dans son dernier opéra Les Boréades (qu’il ne verra jamais représenté car les répétitions sont annulées au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilité nouvelle au paysage atmosphérique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les Boréades, Rameau imagine les saisons (tempêtes, souffle des vents du nord, incarnés par le dieu aérien Borée et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturés (en une scène de torture d’une violence inouïe, où la reine de Bactriane Alphise est malmenée par Borée et ses fils, Borilée et Calisis, à l’acte V…). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nécessaire pour équilibrer l’architecture de l’opéra, riche en rebondissements et épreuves diverses, Rameau invente véritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opéra : la tempête de l’acte III, qui exprime alors la colère de Borée (lequel enlève Alphise), le paysage dévasté qui s’en suit (début de l’acte IV) indique l’essor poétique de l’orchestre, véritable acteur du drame, qui permet aussi un parallèle éloquent entre l’état de la nature et l’état intérieur et psychique du héros qui est alors en scène (au début du IV, c’est Abaris, aimé d’Alpise qui paraît, démuni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappé Borée et sa clique de vents haineux)…

En homme des Lumières, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volonté et aussi ce mouvement de la sensibilité qui s’intéresse aux modulations de la Nature, en son éternel et cyclique éternité. Le défi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque déjà préclassique et préromantique (résolution des ornements, tenue d’archet, ligne mélodique à partir des temps forts et secondaires, …). L’expérience du chef est ici primordiale pour réussir ce défi de la pratique historiquement informée, qui inféode la technicité à la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIè, à la (re)découverte des compositeurs dont le langage a façonné aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les écritures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage à cette période souvent boudée, où s’est construit l’essor symphonique, préparant aux grandes Å“uvres du plein XIXè. De sorte que l’on comprend comment tout est né, dans la 2è moitié du XVIIIè, le siècle des Lumières. Le cas de Boieldieu est emblématique de ces auteurs méconnus, oubliés, et pourtant majeurs à leur époque : bravant les aléas politiques de son époque (né sous l’Ancien Régime, vivant sous la Terreur, célébré durant le Consulat et l’Empire, puis estimé des Bourbons, enfin ruiné par la Révolution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opéra dans les trois premières décennies du XIXè, c’es à dire quand perce le génie de Rossini (Le Calife de Bagdad créé en 1800, La Dame blanche de 1825… les chercheurs et producteurs seraient donc inspirés de se pencher enfin sur son cas : un pur tempérament imaginatif, dont le génie éclectique, synthétique mêle premier classicisme, romantisme, héritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini évidemment)…

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumières
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durée légèrement supérieure à … 20 mn, selon les interprétations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est écrite en juillet 1782, à Vienne, où Wolfgang vient de faire représenter l’Enlèvement au sérail, d’une violence et d’une exaltation émotionnelle inouïe. Il s’agissait alors de célébrer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandé 6 ans auparavant à Mozart (1776) à Salzbourg, une sérénade pour le mariage de sa fille Elisabeth. Malgré une surcharge de travail, Wolfgang à Vienne livre le 3 août 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacité d’un nouvel époux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en ré majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frénésie exaspérée, tempérées ou plutôt canalisées par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de découvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte réconfort et sérénité d’une sérénade toute imprégnée de calme plénitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto à 3/4 indique une extension nouvelle, d’une solidité inédite qui montre le soin de Mozart pour cet épisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractérisations symphoniques, une détente faite élégance et expressivité.
Enfin, le Finale (presto, à 2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire référence à l’air du chef des esclaves Osmin dans l’Enlèvement au sérail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans…). Selon Mozart lui-même, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit être aborder avec tout le feu nécessaire. De toute évidence, le brio, la légèreté embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempérament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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LILLE. L’ONL joue l’Europe des Lumières, de Rameau à Boieldieu

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associés étroitement à la vie de l’Orchestre à chaque saison) dans un cycle éclectique qui s’intéresse aux écritures concertantes et déjà symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau… Pleine immersion dans le bain bouillonnant des Lumières, quand le XVIIIè façonne à sa manière l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (écrit à Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuosité et raffinement), rareté d’une exceptionnelle élégance, l’ONL met en lumière le feu mozartien et la sensibilité coloriste d’un Rameau décidément très moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les révélations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux côtés des concerts du répertoire, présentant les œuvres mieux connues des XIXè et XXè siècles.

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idée de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idées et les couleurs en une écriture qui célèbre le génie de la musique pure ; dans son dernier opéra Les Boréades (qu’il ne verra jamais représenté car les répétitions sont annulées au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilité nouvelle au paysage atmosphérique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les Boréades, Rameau imagine les saisons (tempêtes, souffle des vents du nord, incarnés par le dieu aérien Borée et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturés (en une scène de torture d’une violence inouïe, où la reine de Bactriane Alphise est malmenée par Borée et ses fils, Borilée et Calisis, à l’acte V…). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nécessaire pour équilibrer l’architecture de l’opéra, riche en rebondissements et épreuves diverses, Rameau invente véritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opéra : la tempête de l’acte III, qui exprime alors la colère de Borée (lequel enlève Alphise), le paysage dévasté qui s’en suit (début de l’acte IV) indique l’essor poétique de l’orchestre, véritable acteur du drame, qui permet aussi un parallèle éloquent entre l’état de la nature et l’état intérieur et psychique du héros qui est alors en scène (au début du IV, c’est Abaris, aimé d’Alpise qui paraît, démuni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappé Borée et sa clique de vents haineux)…

En homme des Lumières, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volonté et aussi ce mouvement de la sensibilité qui s’intéresse aux modulations de la Nature, en son éternel et cyclique éternité. Le défi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque déjà préclassique et préromantique (résolution des ornements, tenue d’archet, ligne mélodique à partir des temps forts et secondaires, …). L’expérience du chef est ici primordiale pour réussir ce défi de la pratique historiquement informée, qui inféode la technicité à la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIè, à la (re)découverte des compositeurs dont le langage a façonné aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les écritures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage à cette période souvent boudée, où s’est construit l’essor symphonique, préparant aux grandes Å“uvres du plein XIXè. De sorte que l’on comprend comment tout est né, dans la 2è moitié du XVIIIè, le siècle des Lumières. Le cas de Boieldieu est emblématique de ces auteurs méconnus, oubliés, et pourtant majeurs à leur époque : bravant les aléas politiques de son époque (né sous l’Ancien Régime, vivant sous la Terreur, célébré durant le Consulat et l’Empire, puis estimé des Bourbons, enfin ruiné par la Révolution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opéra dans les trois premières décennies du XIXè, c’es à dire quand perce le génie de Rossini (Le Calife de Bagdad créé en 1800, La Dame blanche de 1825… les chercheurs et producteurs seraient donc inspirés de se pencher enfin sur son cas : un pur tempérament imaginatif, dont le génie éclectique, synthétique mêle premier classicisme, romantisme, héritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini évidemment)…

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumières
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durée légèrement supérieure à … 20 mn, selon les interprétations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est écrite en juillet 1782, à Vienne, où Wolfgang vient de faire représenter l’Enlèvement au sérail, d’une violence et d’une exaltation émotionnelle inouïe. Il s’agissait alors de célébrer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandé 6 ans auparavant à Mozart (1776) à Salzbourg, une sérénade pour le mariage de sa fille Elisabeth. Malgré une surcharge de travail, Wolfgang à Vienne livre le 3 août 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacité d’un nouvel époux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en ré majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frénésie exaspérée, tempérées ou plutôt canalisées par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de découvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte réconfort et sérénité d’une sérénade toute imprégnée de calme plénitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto à 3/4 indique une extension nouvelle, d’une solidité inédite qui montre le soin de Mozart pour cet épisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractérisations symphoniques, une détente faite élégance et expressivité.
Enfin, le Finale (presto, à 2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire référence à l’air du chef des esclaves Osmin dans l’Enlèvement au sérail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans…). Selon Mozart lui-même, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit être aborder avec tout le feu nécessaire. De toute évidence, le brio, la légèreté embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempérament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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CD. Piotr Beczala : the french collection (1 cd Deutsche Grammophon, août 2014)

piotr beczala the french collection cd deutsche grammophon critique compte rendu classiquenews mars 2015Piotr Beczala : the french collection (1 cd Deutsche Grammophon, août 2014). Enregistré à Lyon à l’été 2014, ce récital romantique français atteste du métal intense, au medium riche et aux aigus tendus et couverts à souhait (parfois un peu durs cependant dans le Werther du début par exemple) du ténor polonais Piotr Beczala. La musicalité est indiscutable, l’autorité de la voix naturelle, avec une émission et une articulation jamais forcées. L’ardeur enivrée de son Werther d’ouverture (Toute mon âme est là ! Pourquoi me réveiller…), puis le sens du legato de son Massenet (Le Cid : Ô souverain, ô juge,ô père…) s’accordent aussi à un souci du verbe, son articulation et sa couleur, qui s’avère passionnant à suivre. Le phrasé, le soin de l’accentuation révèlent un interprète fin et délicat, vrai amateur de notre langue qui ne sacrifie jamais le sentiment et la nuance intérieure sur l’autel de la puissance. Saluons l’équilibre qu’apporte le raffinement et la concentration du chanteur malgré un orchestre et un chef ampoulés et tonitruants… dans ce Massenet qui reste ciselé grâce à la seule tenue du chanteur (de toute évidence, soliste et orchestre ne sont pas sur le même plan : Beczala paraît souvent trop raffiné face au collectif). Ses Berlioz sont ils de la même eau ? Le sublime Faust, enivré, contemplatif, nostalgique peine cependant à se préciser : intonation moins affirmée car les intervalles et le cheminement harmonique déstabilisent le legato qui reste trop apeuré, timide, incertain. La voix même délicate ici manque de souffle et de vertige : elle n’atteint pas les cimes quasi abstraites de la musique (dont la voie est évoquée / dessinée par des cordes éthérées). Plus narratif moins spatial, l’air de Bénédict : “Je vais l’aimer”, plus enraciné dans une prononciation dramatique, rappelle le miracle Gedda, mais sans son feu passionnel sousjacent : Beczala nous paraît là bien timoré.

Les Boieldieu et Donizetti sans défaut de Beczala

En français, son Carlos verdien (Fontainebleau !…), à la fois hymne à la nature impassible et aveu d’amour pour celle que le prince aime, ne parvient pas également à saisir l’enjeu fulgurant des mots. Le timbre beau glisse sur les phrases sans en projeter l’intensité émotionnelle : l’articulation manque de consonnes. Sans relief, ni mordant, le chant se ramollit (avec des aigus serrés). Dommage.
Plus rare, La Dame blanche de Boieldieu et l’air de Georges : Viens, gentille dame… qui ne réclame que la tenue et la hauteur soutenue des aigus rayonnants, sans véritable enjeu dramatique, sinon l’impatience de l’amoureux, convainc résolument (mais là encore, la direction épaisse et démonstrative du chef Altinoglu, aux instruments outrageusement mis en avant, couvrant parfois la voix, agace).
Pour le chanteur, ce Boieldieu délicat est projeté avec naturel et grâce. Même couleur extatique et enivrée pour les deux Donizetti : Ange si pur de Fernand de La Favorite, puis Seul sur la terre … Ange céleste de Dom Sébastien lui vont comme un gant : sans dramatisme intense ni contrastes nuancés, le chanteur enchante par sa ligne souveraine, quitte à sacrifier la précision de l’articulation.

Les deux Gounod montrent les limites d’un travail perfectible encore sur la prononciation, surtout dans Faust : Salut ! demeure chaste et pure… ce n’est pas le violon sirupeux, en veux tu en voilà, trop mis en avant qui couvre l’imprécision de l’articulation ; à croire que le soliste semble ne pas comprendre les enjeux de la scène et les idées du texte…
En revanche, La Fleur que tu m’avais jetée (Don José de Carmen de Bizet) fait valoir les mêmes qualités du timbre raffiné des airs du début, mais étrangement le ténor aime soudain les petites convulsions surrexpressives : abus surstylé hors sujet car l’intensité du timbre devrait tout faire ici ; ce manque de simplicité gâche le début de l’air (d’autant que le son filé d la fin en voix de tête est irréprochable : “et j’étais une chose à toi”). Quand Beczala fait simple, concentré sur la ligne fluide, le miracle se produit : son Don José est indiscutable en dépit de l’affectation superficielle et bien inutile que le chanteur, moins inspiré, nous impose ici et là. N’est pas Gedda qui veut décidément.
Ce devait être une belle cerise sur le gâteau : le duo entre Manon et l’Abbé des Grieux à Saint-Sulpice, scène de passion ultime dont l’exacerbation suscite la reconquête par la jeune courtisane de son ancien amant devenu homme de Dieu ; l’orchestre épais là encore et d’un maniérisme surdaté, n’aident pas les deux solistes Piotr Beczala et… Diana Damrau, d’autant que chacun ne maîtrisent pas toutes les nuances linguistiques de leur partie respective. Le jeu dramatique du ténor est surexpressif et sa partenaire manque singulièrement de sobriété. Un chant contourné, maniéré, et là encore des instruments artificiellement proches gâchent notre plaisir. L’intensité y est certes mais au détriment de la finesse émotionnelle.

Le récital a le mérite de confirmer le tempérament indiscutable du ténor polonais Beczala dans les emplois aériens et presque de pur bel canto, ses Donizetti, Boieldieu et Gounod sont les meilleures réussites de ce récital lyonnais. Notre réserve va à l’orchestre dont le style ampoulé sous la baguette du chef rien que démonstratif et sans nuances, reste continument hors style. Heureusement d’autres directions et parfois sur instruments d’époque ont démontré les qualités de la finesse, de la légèreté qui Å“uvrent pour un dramatisme autrement plus raffiné.

CD. Piotr Beczala, ténor : The french Collection. Airs d’opéras de Massenet (Le Cid, Werther, Manon), Gounod (Roméo et Juliette, Faust), Boieldieu (La Dame blanche), Donizetti (La Favorite, Dom Sébastien), Verdi (Don Carlos), Berlioz (La Damnation de Faust, Beéatrice et Bénédict), Bizert (Carmen). Enregistrement réalisé à Lyon en août 2014. 1 cd Deutsche Grammophon 00289 479 4101