CD critique. TRIO ZADIG : Bernstein, Attahir, Ravel / « Something in Between » (1 cd Fuga Libera)

cd-trio-zadig-ravel-bernstein-attahir-trio-zadig-cd-critique-par-classiquenews-mars-2019CD critique. TRIO ZADIG : Bernstein, Attahir, Ravel / « Something in Between » (1 cd Fuga Libera). Avec Asfar, Benjamin Attahir nous assĂšne une partition de plus de 16mn, riche en coupes et syncopes alla Chostakovitch, rythmes nerveux, fouettĂ©s, menĂ©s tambour battant, sans guĂšre de pause jusqu’à 7mn50 : virĂ©e en enfer, ou chevauchĂ©e folle qui Ă 10’30 attĂ©nue sa course effrĂ©nĂ©e et recherche en suspensions incertaines, un nouveau souffle. La traversĂ©e se fait alors plus intĂ©rieure et presque hallucinĂ©e entre deux mondes. Avant la reprise du motif initial qui prĂ©pare la fin, plus tendue et ivre, syncopĂ©e comme une mĂ©canique endiablĂ©e, machine en dĂ©route qui s’est bloquĂ©e en mode panique
 jusqu’à son dernier rictus un rien grimaçant.
Le compositeur aujourd’hui en rĂ©sidence Ă  l’Orchestre National de Lille ne manque pas de tempĂ©rament, interrogeant le sens d’un dĂ©veloppement formel sur le plan d’une tension / et sa dĂ©tente oĂč la question du sens et de la direction, s’embrase littĂ©ralement. Mis en perspective avec le choix du visuel de couverture, nous sommes bien lĂ  dans l’esprit d’un road trip, traversĂ©e vertigineuse et intĂ©rieure sur la route, avec comme seul cap et repĂšres, la ligne jaune ou blanche et les feux des voitures dans le rĂ©tro. Cela file Ă  toute allure, en une nuit qui vacille et dĂ©route.

 

 

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POITIERS : grand concert RAVEL au TAPOn ne saurait trop souligner avec quelle dĂ©licatesse et profondeur le Trio aborde la piĂšce maĂźtresse de Ravel (Trio en la, Ă©crit Ă  Saint-Jean de Luz, 1914), sommet chambriste du XXĂš. Une brĂšve recherche sur internet les trouve, apprentis, Ă  l’école de la finesse et de la subtilitĂ© sous l’Ɠil et l’oreille perspicace du pianiste Menahem Presler dont chacun recueille les conseils avisĂ©s, de l’allusion la plus tĂ©nue, Ă  l’ivresse accentuĂ©e, de l’intĂ©rioritĂ© Ă  la gravitĂ© tendre. Il en rĂ©sulte l’or de cette lecture, parmi les plus riches et troublantes qui soient. Ne serait-ce que le premier mouvement, – le plus intime et secret « ModĂ©ré », piĂšce si difficile au dĂ©part (aussi la plus longue du cycle) et dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©latrice de la sonoritĂ© et de l’expĂ©rience de tous les groupes. Le geste et le son de Zadig nous offrent l’une des meilleures lectures du Trio ravĂ©llien. Du modĂšle lĂ©guĂ© par Saint-SaĂ«ns, Ravel Ă©difie une cathĂ©drale de l’allusion la plus raffinĂ©e, entre tendresse et profonde blessure : piano Ă©perdu et toujours murmurĂ©, comme emperlĂ© ; cordes aux intervalles orchestraux qui creusent l’onde et la rĂ©sonance du souvenir et d’une mĂ©moire comme ivre et endolorie.

Le Trio Zadig comprend tout autant la coupe propre Ă  la poĂ©sie malaise, du second mouvement « Pantoum » : sorte de Scherzo aux pointes sardoniques et pourtant brillantes Ă  la Scarbo
 Idem pour la Passacaille (largo ample, noble et grave) et au panache revivifiĂ©, jamais artificiel. Ici, dans une proximitĂ© qui rappelle Ma MĂšre l’Oye, le geste en trio atteint Ă  un dĂ©pouillement poĂ©tique d’une tendresse absolue. Enfin, la pulsion « basque » du Finale-animĂ© (rythmes diffĂ©renciĂ©s 5/4, 7/4) exalte davantage et de façon explicite la caractĂ©risation pittoresque de ce dernier mouvement, plus mordant et plus lumineux que les deux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©.

 

CLIC D'OR macaron 200Comme pour dĂ©montrer le potentiel dramatique et rythmique de leur coopĂ©ration Ă  trois, les Zadig expriment toute la verve opĂ©ratique et dramatique dĂšs l’ouverture (synthĂšse) de Candide de Bersntein, puis dans la transcription d’aprĂšs West side Story du mĂȘme Bernstein : on ne saurait distinguer aujourd’hui meilleure complicitĂ© chambriste au sein de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de musiciens. Volubiles, Ă©loquents, en complicitĂ© subtile, les 3 instrumentistes Zadig Ă©blouissent d’un bout Ă  l’autre de ce programme passionnant.

 

 

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CD critique. TRIO ZADIG : Bernstein, Attahir, Ravel / « Something in Between » (1 cd Fuga Libera) – CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2019

 

 

 

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Approfondir

Masterclass Menahem Presler / Trio Zadig (fĂ©vrier 2017) : jouer le Trio de Ravel : dĂ©fis, nuances, Ă©coute, … quelle approche ?

https://www.youtube.com/watch?v=ZKwA9V4U63w

 

 

 

 

DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opéra de Toulon, janv 2018 (1 dvd Bel Air classiques)

bernstein-wonderfull-town-opera-toulon-critiqueopera-critique-opera-classiquenews-dvd-opera-janvier-2018DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opĂ©ra de Toulon, janv 2018 (1 dvd Bel Air classiques)… Toulon nous la joue sur un air de Broadway, affichant avec rĂ©ussite des affinitĂ©s maĂźtrisĂ©es avec l’esprit lĂ©ger, sĂ©duisant, irrĂ©vĂ©rencieux et souvent critique de Bernstein, nouveau gĂ©nie du musical amĂ©ricain, en particlier new yorkais. Pour preuve, aprĂšs Folies et Sweeney Todd de Stephen Sondheim, cette crĂ©ation française de Wonderful Town (1953), belle offrande hexagonale Ă  l’annĂ©e du centenaire Bernstein 2018. L’opĂ©ra devance de 4 ans le sommet West Side Story, et dĂ©jĂ  dĂ©livre une superbe dĂ©claration amoureuse pour New York. La critique sociale poind en maints endroits, laissant se dĂ©ployer le regard Ă  la fois tendre mais aussi mordant du compositeur face Ă  une ville qui gĂąche bon nombre de talents sans leur rĂ©server un emploi adaptĂ©.
La grande pomme / «  Big apple », paraĂźt donc Ă  la fois idĂ©alisĂ©e et aussi trĂšs dĂ©capĂ©e, sujet d’une sĂ©rieuse parodie
 dans ce style de fausse badinerie mais de vraie dĂ©nonciation dont Bernstein, engagĂ© et poĂšte, a toujours eu le secret.
Le parti visuel de cette production toulonnaise s’inscrit davantage dans les 70’s que l’esprit incisif et glamour des annĂ©es 1950. Plus Village People que Mad Men.

 

 

 

Wonderfull Town réussit sa création française
Broadway Ă  Toulon

 

 

 

Duo Ă©patant, Ă  la fois naĂŻf et plein d’espoir, les deux soeurs Sherwood, venues chercher fortune et carriĂšre : Jasmine Roy (Ruth l’écrivaine, beautĂ© brune plus introvertie mais moins superficielle) et RafaĂ«lle Cohen (Eileen la chanteuse blonde, sirĂšne irrĂ©sistible), cette derniĂšre fragile de silhouette; flĂ»tĂ©e de voix, cĂ©dant aussi Ă  la nostalgie de leur Ohio natal.

SĂ©ducteur, trĂšs prĂ©sent et naturel, lui aussi, Maxime de Toledo (Robert Baker) a une stature dramatique indĂ©niable qui rappelle combien ici le chant n’est rien sans les talents d’acteurs et de
 danseurs. Il faut savoir bouger son corps dans toute comĂ©die de Bernstein,
 Broadway oblige. Ce que nous rappelle la majoritĂ© de la distribution rĂ©unie ici, en grande partie anglo saxonne. Et comme stimulĂ©e, excitĂ©e par la chorĂ©graphie engageante et trĂšs bien rĂ©glĂ©e des 12 danseurs aux mouvements dessinĂ©s par le talentueux Johan Nus. VoilĂ  qui rehausse le naturel des passages entres chaque sĂ©quence, intimiste, collective, du parlĂ© au chantĂ©, de la joie pure Ă  l’esprit satirique (oĂč Trump n’est pas Ă©pargnĂ©, sa casquette vissĂ©e sur le crĂąne
).

CLIC D'OR macaron 200L’Orchestre maison sait faire crĂ©piter le swing dansant des instruments, en particulier les cuivres, trĂšs exposĂ©s et souvent entraĂźnants. EnlevĂ©e, nerveuse, jamais Ă©paisse ou ronflante, la direction de Larry Banks, familier de Broadway, conforte amplement l’enthousiasme suscitĂ© par le spectacle qui a donc relevĂ© haut la main, le dĂ©fi de la crĂ©ation française de cet opĂ©ra complet, onirique, dĂ©jantĂ©, profond. Au final, 3 ans avant West Side Story, plus sombre et tragique, c’est tout Bernstein, protĂ©iforme et poĂšte qui se dĂ©voile ici. Magistral.

 

 

 

 

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DVD, critique. BERNSTEIN : Wonderful Town / opĂ©ra de Toulon, janv 2018, 1 dvd Bel Air classiques). Leonard Bernstein (1918-1990) : Wonderful Town, comĂ©die musicale en deux actes sur un livret de Joseph Fields et Jerome Chodorov ; lyrics de Betty Comden et Adolphe Green, d’aprĂšs la piĂšce de Joseph Fields et Jerome Chodorov et des nouvelles de Ruth McKenney. Avec : Jasmine Roy, Ruth Sherwood ; RafaĂ«lle Cohen, Eileen Sherwood ; Dalia Constantin, Helen ; Lauren Van Kempen, Violet ; Alyssa Landry, Mrs Wade ; Maxime de Toledo, Robert Baker ; Franck Lopez, Lonigan ; Jacques Verzier, Appopolous/Premier Ă©diteur ; Scott Emerson/Speedy Valenti / Guide / DeuxiĂšme Ă©diteur / Shore Patrolman ; Sinan Bertrand, Franck Lippencott/Fletcher ; Julien Salvia, Chick Clark ; Jean-Yves Lange, un Client/un Policier ; Daniel Siccardi, Antoine Abello, Jean Delobel, Patrick Sabatier, quatre Policiers ; GrĂ©gory Garell, un Homme. ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra de Toulon, direction : Larry Blank / Mise en scĂšne : Olivier BĂ©nĂ©zech. ChorĂ©graphie : Johan Nus.

Reportage vidéo : ONL Orchestre National de Lille : MASS de BERNSTEIN / Alexandre Bloch (juin 2018)

mass-bernstein-lille-orchestre-national-compte-rendu-critique-classiquenews-alexandre-blochREPORTAGE VIDEO. ONL Orchestre National de Lille. BERNSTEIN : MASS (juin 2018). En hommage au gĂ©nie de Leonard Bernstein et pour son centenaire en 2018, l’ONL Orchestre National de Lille sous la direction de son directeur musical Alexandre BLOCH, frappe fort en ce mois de juin 2018 ; la phalange lilloise Ă  la laquelle se joignent les troupes musicales de la RĂ©gion (choeurs, tambours et orchestres d’harmonie
) rĂ©ussit tous les dĂ©fis d’une partition atypique, mĂ©connue et pourtant essentielle pour comprendre et mesurer l’humanisme engagĂ© du compositeur amĂ©ricain : MASS (1972). ChƓurs d’enfants angĂ©liques, Ă©merveillĂ©s (une rĂ©fĂ©rence Ă  cette innocence perdue dont a rĂȘvĂ© Bernstein toute sa vie ?), choeur solennel et parodique ; « street chorus », mordant, cynique, critique voire blasphĂ©matoire ; surtout cĂ©lĂ©brant incarnĂ© sombrant dans le doute et le dĂ©sarroi le plus vertigineux
 avant la grande rĂ©conciliation fraternelle de la fin. Bernstein ne fait pas que le procĂšs du rituel, de tous les offices religieux ; il sait les rĂ©inscrire dans une vision profondĂ©ment humaine, qui rĂ©tablit le sens profond d’une cĂ©lĂ©bration collective : le partage et le respect mutuel. Tout dogme enseignĂ© doit Ă©largir le champs de vision, renforcer l’Ă©coute de la diversitĂ©, cultiver la tolĂ©rance.

Rien ne manque dans cette partition qui cite certes l’esthĂ©tique des 70’s, mais reste atemporelle par son message pacifiste, amoureux, gĂ©nĂ©reux, humaniste. Voici assurĂ©ment le point d’orgue de l’annĂ©e BERNSTEIN 2018 en France, et la rĂ©alisation la plus significative de l’annĂ©e de cĂ©lĂ©bration. GRAND REPORTAGE VIDEO © studio CLASSIQUENEWS.TV 2018 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM.

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LIRE aussi notre critique complĂšte de MASS de Leonard BERNSTEIN par Alexandre BLOCH (28 juin 2018) – Auditorium du Nouveau SiĂšcle, LILLE / ONL

200 personnes sur le plateau et au-dessus (s’agissant des deux jazz band, et rock band, situĂ©s chacun au dessus de la scĂšne, Ă  jardin et Ă  cour) incarnent et exaltent l’ivresse grandissante d’une partition protĂ©iforme signĂ©e Bernstein, au dĂ©but des annĂ©es 1970 : MASS. Il faut donc pour le chef savoir coordonner le geste d’une colonie Ă©parse de musiciens aux parties simultanĂ©es, et aussi prĂ©server la clartĂ© d’une oeuvre construite comme une cathĂ©drale particuliĂšrement riche en changements de rythmes et en formes musicales. GĂ©nĂ©reux, Ă©clectique, Bernstein fait montre d’une invention parfois dĂ©routante pour l’auditeur, mais tout le mĂ©rite revient au formidable engagement des chanteurs et instrumentistes, Ă  la direction Ă  la fois fiĂ©vreuse et prĂ©cise du chef Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille ; le maestro sculpte un monument esthĂ©tique qui suit trĂšs minutieusement son parcours, sans dilution, et avec des pointes sarcastiques ou lyriques d’une indiscutable intelligence…

Compte-rendu, concert. Toulouse, le 12 oct 2018. Bernstein.Pisar. Orch, chƓur et Maütrise du Capitole. Wayne Marshall.

Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. LĂ©onard Bernstein. J. et L. Pisar. Orchestre, chƓur et maitrise du Capitole. Wayne Marshall. En cette annĂ©e du centenaire de la naissance de LĂ©onard Bernstein nous espĂ©rons entendre beaucoup d’Ɠuvres de ce gĂ©nial compositeur. Toulouse avait prĂ©vu de donner sa Messe mais a du y renoncer vu le nombre d’exĂ©cutants impossible Ă  faire tenir sur la scĂšne de la Halle-aux-Grains ; Ă  dĂ©faut voici la (non moins passionnante) Symphonie n°3 avec une distribution d’un lustre trĂšs particulier.

 

BERNSTEIN-2-600x397Cette Ɠuvre hybride associe un long texte, le « Kaddish » et trois grands moments musicaux et vocaux. Le texte primitif de Leonard Bernstein a Ă©tĂ© rĂ©Ă©crit Ă  sa demande par son ami Samuel Pisar. Ce rescapĂ© des camps de la mort (il avait 16 ans) n’a pas cĂ©dĂ© facilement Ă  la priĂšre de Bernstein qui n’a jamais eu la joie de l’entendre. Ce texte trĂšs puissant nous a Ă©tĂ© dit ce soir par la veuve et la fille de Samuel Pisar. Il est peu de dire combien l’émotion soulevĂ©e par ces deux voix a Ă©tĂ© absolument inoubliable. La mĂšre, Judith d’une voix sĂ©pulcrale et la fille Leah, d’une voix noble et ferme ont portĂ© admirablement les messages terriblement humains du pĂšre-Ă©poux dĂ©cĂ©dĂ© en 2015. Car ce texte d’interpellation du crĂ©ateur va jusqu’au seuil du blasphĂšme en demandant des comptes, mais se reprend en priant pour une nouvelle alliance des habitants de la terre avec le ciel. Car finalement n’est ce pas l’homme lui-mĂȘme et sans aide qui crĂ©e avec ce malin « gĂ©nie », l’enfer sur terre ?  ComposĂ©e aprĂšs l’assassinat de JF Kennedy qui lui est dĂ©diĂ©, la symphonie est unique par l’ampleur donnĂ©e au texte.

 

Symphonie n°3 “Kaddish” de Bernstein:
Un grand moment d’humanisme partagĂ© Ă  Toulouse.

 

 

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L’association faite des souffrances du peuple juif depuis l’esclavage en Egypte sans oublier la Shoah, vers le Djihad qui ensanglante Ă  prĂ©sent tous les pays est puissante. TrĂšs universel, le message reste et restera  actuel. La partition de Bernstein est bouleversante d’intelligence : elle sait utiliser toutes les subtilitĂ©s et toute la puissance d’un immense orchestre symphonique, d’un chƓur mixte et d’un chƓur d’enfants ainsi qu’une voix soliste. L’Orchestre du Capitole dans une concentration de chaque instant a su faire sonner cette Ɠuvre dans sa plĂ©nitude. La beautĂ© des soli, la puissance comme la dĂ©licatesse des nuances infimes, tout a Ă©tĂ© admirable. Le chƓur de Capitole a Ă©tĂ© grandiose et la MaĂźtrise a apportĂ© une Ă©motion indicible (en Ă©voquant les enfants sacrifiĂ©s par la barbarie).
La voix de la soliste, Kelley Nassief,  avec sa grande fragilitĂ© dans les aigus et une profondeur d’expression totale, a rajoutĂ© un pan d’émotions supplĂ©mentaires. Les deux rĂ©citantes, Judith et Leah Pisar sont incroyables de thĂ©ĂątralitĂ© maitrisĂ©e comme dâ€˜Ă©motions contenues. Tant d’intelligence dans l’interprĂ©tation est vĂ©ritablement 
 historique.
Mais de tous ces magnifiques interprĂštes c’est probablement le chef Wayne Marshall qui a Ă©tĂ© le plus exceptionnel. Avec une direction habitĂ©e et trĂšs millimĂ©trĂ©e, il a su offrir une version de grande tenue et de grande humanitĂ© de cette Ɠuvre inclassable. La bontĂ© qui Ă©mane de de sa prĂ©sence magnifie une direction d’orchestre de grande musicalitĂ© jusque dans les moments de terreurs.

En premiĂšre partie de concert, les qualitĂ©s de l’orchestre en terme de virtuositĂ© et de coloration ont Ă©tĂ© magnifiĂ©es par la direction surnaturelle d’énergie du chef anglais. L’ouverture de Candide dans un tempo d’enfer a Ă©tĂ© un vrombissement jouissif. La suite du film On the waterfront  a Ă©tĂ© orgie de climax les plus variĂ©s avec des nuances et des couleurs inouĂŻes. Les phrasĂ©s aboutis et souples du chef ont magnifiĂ© la partition. Leonard Bernstein est un immense compositeur. Wayne Marshall a su mettre tout son art au service de ce compositeur trop peu jouĂ©.
La symphonie «  Kaddish » restera le sommet d’émotions de la soirĂ©e et un moment de culture humaniste inoubliable. New-York avec ses immenses qualitĂ©s culturelles s’est donnĂ© rendez-vous Ă  la Halle-Au-Grains. Dans de tels moments, Toulouse est absolument capitale culturelle, et ce soir capitale du gĂ©nie symphonique.

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle aux grains, le 12 octobre 2018. Leonard Bernstein (1918-1990) : Candide , ouverture ; On the waterfront, suite d’orchestre ; Symphonie n°3 « Kaddish » ; Judith et Leah Pisar, rĂ©citantes ; Kelley Nassief, mezzo-soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; ChƓur du Capitole et maitrise du Capitole, direction Alfonso Caiani ; Direction musicale : Wayne Marshall. Illustration : © Darrin-Zammit

 

 

 

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

bernstein symphonies antonio pappano cd warner box set par classiquenews critique cd 0190295661571CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner). Le doute, la question existentielle exacerbĂ©s par le sens de la foi au XXĂš : tels sont les questionnements qu’éprouve et exprime Leonard Bernstein dans chacune de ses 3 symphonies, si personnelles, voire autobiographiques (au point qu’on les a tenues pour bavardes et « oiseuses » ; mais pouvons nous en dire autant des Symphonies de Mahler ?) ; en particulier, Ă  travers la 2Ăš, ou « Age of anxiety » dont il fait un Concerto pour piano avec une transposition trĂšs virtuose et presque fantaisiste de la forme variation. Evidemment qu’on ne s’y trompe pas, sous l’éclectisme parfois fanfaronnant de la forme (ce cĂŽtĂ© hollywoodien, souvent dĂ©monstratif – « rĂącoleur » diront les mauvaises langues), il y a bien une question fondamentale qui est posĂ©e ; celle de « la ferveur » chez un compositeur non croyant, un homme du XXĂš. Dans Mass, de 1972, le compositeur savait dĂ©construire et reconstruire un rituel liturgique, parodiant sermon, hymnes choraux, avec toujours ce questionnement affĂ»tĂ©, insolent et mĂȘme blasphĂ©matoire (le choeur de rue) qui optimisait dans le genre comĂ©die musicale, toutes les objections Ă©noncĂ©es face Ă  la loi et l’autoritĂ© autoproclamĂ©e du dogme (Ă  travers le personnage clĂ© de son prĂȘcheur).
Antonio Pappano s’engage corps et Ăąme, dĂ©voilant sans filtres, la chaleur et la sincĂ©ritĂ© des larmes de JĂ©rĂ©mie, dans la Symphonie n°1 (1942), qui contexte historique oblige, recueille le traumatisme nĂ© de la Shoah : comment Dieu a t il permis que se rĂ©alise cette barbarie qui demeure une faute pour l’esprit, contre l’humanitĂ© ?
Dieu existe-t-il ? Comment justifier la notion mĂȘme de guerres, meurtres, massacres, gĂ©nocides
 ? JĂ©rĂ©mie se lamente ainsi face Ă  JĂ©rusalem : c’est Bernstein qui prophĂ©tise et se lamente lui aussi sur les dĂ©rives et la course du monde Ă  son Ă©poque.
RĂ©voltĂ©, Bernstein l’est totalement, contre la sociĂ©tĂ© du XXĂš, contre son pĂšre aussi ; sa quĂȘte est celle d’une identitĂ© Ă  conquĂ©rir, qu’il ressent comme refusĂ©e. Dans sa chair, dans l’intimitĂ© de son milieu familial. Bisexuel et juif, le citoyen du monde et l’humaniste qu’est Bernstein interrogent dans la 3Ăš, « Kaddish », l’humanitĂ© dĂ©voyĂ©e, qui a perdu son humanisme; le compositeur s’est intĂ©ressĂ© comme nul autre Ă  peindre le portrait d’une humanitĂ© non humaine, c’est Ă  dire dans son Ă©tat de barbarie « ordinaire »  sur fond de choeur (liturgie restituĂ©e), Bernstein devenu orant, prĂȘcheur critique, questionne directement Dieu, le somme d’expliquer pourquoi l’humanitĂ© s’écarte de l’humanisme.
CarrĂ©e, directe, la direction du britannique Antonio Pappano recherche surtout l’efficacitĂ© et la puissance du discours. On regrette cependant de la finesse et cette suggestivitĂ© tendre que savait cultiver l’auteur lui-mĂȘme avec il est vrai des solistes autrement plus engagĂ©es (Ludwig pour Jeremiah / la volubile et inquiĂšte CaballĂ© dans Kaddish : deux enregistrement signĂ©s Bernstein chez DG). De sorte que pour son centenaire, Bernstein reste indĂ©passable dans l’interprĂ©tation de ses symphonies. Pappano a le courage d’affronter la ferveur selon Bernstein, mais en Ă©ludant la profondeur au service de l’expressivitĂ© immĂ©diate. A Ă©couter en second choix. Le premier choix restant Bernstein par Bernstein.

CD, critique. BERNSTEIN : Symphonies 1, 2, 3 (Orch. Acad. Santa Cecilia, Pappano – 2 cd Warner)

Duo Beydts / Bernstein Ă  l’OpĂ©ra de Tours

guitry sacha yvonne printemps 019-yvonne-printemps-and-sacha-guitry-theredlistTOURS, OpĂ©ra. DoublĂ© Beydts / Bernstein : 25, 27 et 29 mars 2016. L’OpĂ©ra de Tours en cette ultime saison lyrique que dirige in poco le chef-directeur Jean-Yves Ossonce, joue la carte de l’insouciance apparente, pourtant portĂ©e par une gravitĂ© souterraine qui dĂ©fend sous le masque de la comĂ©die, une profondeur bouleversante. SubtilitĂ©, Ă©vanescence : voilĂ  l’Ă©quation qui donne sa cohĂ©rence Ă  cette nouvelle production Ă©vĂ©nement. Au programme deux piĂšces lyriques Ă  ne pas manquer : La SociĂ©tĂ© anonyme des messieurs prudents ou SADMP, joyau bouffe en un acte signĂ© Louis Beydts d’aprĂšs le livret de Sacha Guitry et crĂ©Ă© Ă  Paris en 1931. Puis, Trouble in Tahiti de Leonard Bernstein, Ă©galement en un seul acte unique, crĂ©Ă© Ă  Waltham en juin 1952. Pour unifier le diptyque, c’est la metteur en scĂšne dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ©e ici mĂȘme et dans une autre production double (associant La voix humaine de Pulenc et L’Heure espagnole de Ravel), Catherine Dune qui rĂ©tablit l’action thĂ©Ăątrale tout en cultivant aussi la poĂ©sie et l’humour. Guitry imagine 4 soupirants, dĂ©sormais associĂ©s en sarl pour couvrir de cadeaux « Elle », leur chĂšre idolĂątrĂ©e, au prorata de leur investissement. A la crĂ©ation, Guitry avait crĂ©Ă© le rĂŽle d’AgĂ©nor, et sa partenaire, Yvonne Printemps Ă©tait « Elle ». L’ouvrage incarne les dĂ©lices d’un drame savoureux, plein d’esprit, propre aux annĂ©es 1930. Une bouffĂ©e d’insouciance au bord du prĂ©cipice  à venir


bernstein Leonard_Bernstein_by_Jack_MitchellDans Trouble in Tahiti, Bernstein analyse avec l’acuitĂ© musicale qui lui est propre, les vertiges artificiels de la classe moyenne amĂ©ricaine, Ă  travers un petit couple, trĂšs petit bourgeois, trĂšs convenable, et pourtant si dĂ©risoire… dĂ©crit par 3 commentateurs (trio mĂąle et dĂ©lirant). 5 annĂ©es avant West Side Story, tout le Bernstein, gĂ©nie du musical, s’affirme dĂšs 1952 : suavitĂ© mĂ©lodique, parodie et satire Ă  peine voilĂ©e, emportĂ© par un swing irrĂ©sistible et une orchestration d’une finesse Ă©blouissante. Nouvelle production incontournable.

Diptyque Beydts / Bernstein Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Vendredi 25 mars – 20h
Dimanche 27 mars – 15h
Mardi 29 mars – 20h

 

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h00 Ă  12h00 / 13h00 Ă  17h45
02.47.60.20.20

theatre-billetterie@ville-tours.fr

LA SOCIÉTÉ ANONYME DES MESSIEURS PRUDENTS
Opéra bouffe en un acte de Louis Beydts
Livret de Sacha Guitry
Création le 3 novembre 1931 à Paris

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Elle : Sophie Marin-Degor
Henri Morin : Laurent Deleuil *
Un gros commerçant : Antoine Normand
Un grand industriel : Lionel Peintre
Le Comte Agénor de Szchwyzki : Jean-Marie Frémeau

Présenté en français, surtitré en français

TROUBLE IN TAHITI
Opéra en un acte de Léonard Bernstein
Musique et Livret du compositeur
New Reduced Version – Garth Sunderland
Création le 12 juin 1952 à Waltham

Direction musicale : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Dinah : Sophie Marin-Degor
Sam : Laurent Deleuil *
Le trio : Pascale Sicaud Beauchesnais – Lionel Peintre – Antoine Normand

Présenté en anglais, surtitré en français

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

PARIS. Candide de Bernstein par David Stern, Opera Fuoco

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiParis, Mona Bismarck AC. Vendredi 29 janvier 2016. Bernstein : Candide. Le Centre AmĂ©ricain Mona Bismark accueille aprĂšs Kiss me Kate de Porter en octobre dernier, l’opĂ©ra de Bernstein d’aprĂšs Voltaire : Candide. Le chef David Stern prĂ©sente, commente chaque scĂšne de l’opĂ©ra ; il guide les spectateurs pour mieux saisir l’enjeu dramatique des situations et aussi le formidable travail d’interprĂ©tation rĂ©alisĂ© alors (pendant la semaine qui prĂ©cĂšde la reprĂ©sentation du vendredi) par la jeune (et fine) Ă©quipe des jeunes chanteurs qui composent aujourd’hui, l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco. Comme il existe Le jardin des Voix de William Christie, David Stern a fondĂ© sa propre troupe de jeunes talents dont les tempĂ©raments en plein apprentissage se retrouvent autour de diffĂ©rentes productions. Avec l’excellent continuiste Jay Bernfeld, partenaire privilĂ©giĂ© du maestro (et conseiller pĂ©dagogique pour chaque session), et pour cet “atelier Bernstein”, David Charles Abell, les jeunes chanteurs acteurs apprennent toutes les nuances de leurs rĂŽles respectifs.

opera-fuoco-logo-2015Depuis plusieurs annĂ©es, le Mona Bismark American Center accompagne le travail exemplaire d’Opera Fuoco sur l’opĂ©ra, en particulier autour des Ɠuvres du rĂ©pertoire lyrique amĂ©ricain (d’oĂč le principe d’une saison amĂ©ricaine Ă  Paris…). AprĂšs Kiss me kate (VIDEO. Voir notre clip vidĂ©o de Kiss me Kate par les jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco), toute l’Ă©quipe s’intĂ©resse au drame voltairien mis en musique par Leonard Bernstein. C’est outre le travail sur l’articulation fluide et naturelle de l’amĂ©ricain (un vrai dĂ©fi pour de jeunes chanteurs français), une approche sensible, millimĂ©trĂ©e sur l’incarnation dramatique de chaque personnage, sur l’enjeu de chaque situation dramatique…

 

 

Bernstein : le legs Sibelius remastĂ©risĂ©L’Ă©crivain Lilian Hellman adapte entre comĂ©die, opĂ©rette et opĂ©ra, le texte  philosophique / satirique de Voltaire (1758). Cynique, rĂ©aliste, fataliste, le drame voltairien est mordant par sa charge satirique sur la sociĂ©tĂ© des hommes mais il conserve aussi jusqu’Ă  son dĂ©nouement, une indĂ©fectible espĂ©rance. L’Ă©criture de Bernstein cultive comme personne avant lui, l’Ă©lĂ©gance et la subtilitĂ© comique (parfois dĂ©lirante comme l’atteste l’Ă©poustouflant air pour soprano coloratoure : « Glitter and Be Gay » ),  tout en soulignant aussi les accents d’un noir rĂ©alisme. CrĂ©Ă© en 1956, – rĂ©visĂ© en 1988, la justesse expressive et la richesse mĂ©lodique comme la prĂ©cision de l’orchestration de Candide, annoncent directement le sommet lyrique de Bernstein : West side story, crĂ©Ă© l’annĂ©e suivante en 1957. C’est peu de dire aujourd’hui que grĂące Ă  l’intelligence poĂ©tique d’un Bernstein, le Musical de Broadway atteint le souffle et la noblesse de l’opĂ©ra.

 

 

Au cours du XXĂš, la partition de Bernstein dont on apprend peu Ă  peu Ă  mesurer le gĂ©nie lyrique, s’est imposĂ©e Ă  Broadway en 1956, au West End Theatre de Londres, au Metropolitan de New York, Ă  la Scala de Milan, Ă  l’English national Opera de Londres et rĂ©cemment au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet Ă  Paris en 2006. Candide est devenu un culte du genre avec des airs tels que connus de tous.

 

 

 

boutonreservationBernstein : Candide
Paris, Mona Bismark American Center
Le 27 janvier 2016, 15h : répétition publique
Le 29 janvier 2016, 20h : représentation
Opera Fuoco
David Stern, direction

RĂ©servations conseillĂ©es par tĂ©lĂ©phone au 01 53 11 08 99 ou sur l’email : production@operafuoco.fr

 

 

La Compagnie Lyrique fondĂ©e par David Stern poursuit son exploration des oeuvres du rĂ©pertoire lyrique avec l’engagement que l’on sait, alliant, complicitĂ©, finesse, expressivitĂ©. Suivis, coachĂ©s, encouragĂ©s par l’Ă©quipe de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco, les jeunes chanteurs gagnent pas Ă  pas, en sĂ»retĂ©, maturitĂ©, finesse de jeu et de technique… Des progrĂšs que les spectateurs lĂ©gitimement sĂ©duits par l’initiative d’Opera Fuoco, suivent de production en programme, de concert-rencontre en nouvelles productions d’opĂ©ras…

 

 

voltaireLIRE AUSSI notre dossier spĂ©cial / prĂ©sentation de Candide de Bernstein d’aprĂšs Voltaire (1956)… EditĂ© en 1759, Candide de Voltaire (qui fut mis Ă  l’Index par le Vatican), suscita un immense succĂšs. Son humanisme cynique qui se montre anticlĂ©rical, pessimiste, anti-romantique, a pour sujet (en façade), la critique du monde harmonique et positiviste de Leibniz, incarnĂ© par la figure de Panglos dont Candide est le disciple forcenĂ©. “Non, tout ne va si bien dans le meilleur des mondes”, semble proclamer en retour Voltaire, avec ce rĂ©alisme libertaire qui tout en soulignant les tĂ©nĂšbres de notre civilisation, capte et encense toujours les bonnes volontĂ©s pour la rendre meilleure. Candide est bien en ce sens un pamphlet, mais Voltaire en fait aussi un roman philosophique qui outrepasse son utilitĂ© et son occurrence polĂ©mique. L’auteur n’épargne en rien ses personnages: tout s’ingĂ©nie Ă  contrarier leur plan, Ă  corrompre leur fragile et pourtant infatigable espĂ©rance, leur vaine volontĂ©. Tout conspire Ă  tuer leur aspiration, Ă  vaincre toute idĂ©e de bonheur. RĂ©alisme, cruditĂ© mĂȘme cruautĂ©. Partout la barbarie rĂšgne et se dĂ©ploie… Cependant, l’écrivain philosophe souligne a contrario non sans admiration, la rĂ©sistance et le courage que ses hĂ©ros dĂ©ploient coĂ»te que coĂ»te pour se maintenir et dĂ©fendre une certaine idĂ©e d’humanitĂ©. L’invention foisonnante de l’écriture valorise encore le texte et ses portĂ©es critiques. Conte philosophique, Candide est Ă©galement un superbe drame littĂ©raire qui revisite les formes connues du roman: Ă©popĂ©e picaresque et verve rabelaisienne, orientalisme, Ă©vasion et marivaudage, leçon de vie et de sagesse
 du pain bĂ©ni pour compositeurs et dramaturges.

PARIS. Candide de Bernstein par David Stern, Opera Fuoco

Chine. David Stern dirige le Festival Baroque de ShanghaiParis, Mona Bismarck AC. Vendredi 29 janvier 2016. Bernstein : Candide. Le Centre AmĂ©ricain Mona Bismark accueille aprĂšs Kiss me Kate de Porter en octobre dernier, l’opĂ©ra de Bernstein d’aprĂšs Voltaire : Candide. Le chef David Stern prĂ©sente, commente chaque scĂšne de l’opĂ©ra ; il guide les spectateurs pour mieux saisir l’enjeu dramatique des situations et aussi le formidable travail d’interprĂ©tation rĂ©alisĂ© alors (pendant la semaine qui prĂ©cĂšde la reprĂ©sentation du vendredi) par la jeune (et fine) Ă©quipe des jeunes chanteurs qui composent aujourd’hui, l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco. Comme il existe Le jardin des Voix de William Christie, David Stern a fondĂ© sa propre troupe de jeunes talents dont les tempĂ©raments en plein apprentissage se retrouvent autour de diffĂ©rentes productions. Avec l’excellent continuiste Jay Bernfeld, partenaire privilĂ©giĂ© du maestro (et conseiller pĂ©dagogique pour chaque session), et pour cet “atelier Bernstein”, David Charles Abell, les jeunes chanteurs acteurs apprennent toutes les nuances de leurs rĂŽles respectifs.

opera-fuoco-logo-2015Depuis plusieurs annĂ©es, le Mona Bismark American Center accompagne le travail exemplaire d’Opera Fuoco sur l’opĂ©ra, en particulier autour des Ɠuvres du rĂ©pertoire lyrique amĂ©ricain (d’oĂč le principe d’une saison amĂ©ricaine Ă  Paris…). AprĂšs Kiss me kate (VIDEO. Voir notre clip vidĂ©o de Kiss me Kate par les jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco), toute l’Ă©quipe s’intĂ©resse au drame voltairien mis en musique par Leonard Bernstein. C’est outre le travail sur l’articulation fluide et naturelle de l’amĂ©ricain (un vrai dĂ©fi pour de jeunes chanteurs français), une approche sensible, millimĂ©trĂ©e sur l’incarnation dramatique de chaque personnage, sur l’enjeu de chaque situation dramatique…

 

 

Bernstein : le legs Sibelius remastĂ©risĂ©L’Ă©crivain Lilian Hellman adapte entre comĂ©die, opĂ©rette et opĂ©ra, le texte  philosophique / satirique de Voltaire (1758). Cynique, rĂ©aliste, fataliste, le drame voltairien est mordant par sa charge satirique sur la sociĂ©tĂ© des hommes mais il conserve aussi jusqu’Ă  son dĂ©nouement, une indĂ©fectible espĂ©rance. L’Ă©criture de Bernstein cultive comme personne avant lui, l’Ă©lĂ©gance et la subtilitĂ© comique (parfois dĂ©lirante comme l’atteste l’Ă©poustouflant air pour soprano coloratoure : « Glitter and Be Gay » ),  tout en soulignant aussi les accents d’un noir rĂ©alisme. CrĂ©Ă© en 1956, – rĂ©visĂ© en 1988, la justesse expressive et la richesse mĂ©lodique comme la prĂ©cision de l’orchestration de Candide, annoncent directement le sommet lyrique de Bernstein : West side story, crĂ©Ă© l’annĂ©e suivante en 1957. C’est peu de dire aujourd’hui que grĂące Ă  l’intelligence poĂ©tique d’un Bernstein, le Musical de Broadway atteint le souffle et la noblesse de l’opĂ©ra.

 

 

Au cours du XXĂš, la partition de Bernstein dont on apprend peu Ă  peu Ă  mesurer le gĂ©nie lyrique, s’est imposĂ©e Ă  Broadway en 1956, au West End Theatre de Londres, au Metropolitan de New York, Ă  la Scala de Milan, Ă  l’English national Opera de Londres et rĂ©cemment au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet Ă  Paris en 2006. Candide est devenu un culte du genre avec des airs tels que connus de tous.

 

 

 

boutonreservationBernstein : Candide
Paris, Mona Bismark American Center
Le 27 janvier 2016, 15h : répétition publique
Le 29 janvier 2016, 20h : représentation
Opera Fuoco
David Stern, direction

RĂ©servations conseillĂ©es par tĂ©lĂ©phone au 01 53 11 08 99 ou sur l’email : production@operafuoco.fr

 

 

La Compagnie Lyrique fondĂ©e par David Stern poursuit son exploration des oeuvres du rĂ©pertoire lyrique avec l’engagement que l’on sait, alliant, complicitĂ©, finesse, expressivitĂ©. Suivis, coachĂ©s, encouragĂ©s par l’Ă©quipe de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco, les jeunes chanteurs gagnent pas Ă  pas, en sĂ»retĂ©, maturitĂ©, finesse de jeu et de technique… Des progrĂšs que les spectateurs lĂ©gitimement sĂ©duits par l’initiative d’Opera Fuoco, suivent de production en programme, de concert-rencontre en nouvelles productions d’opĂ©ras…

 

 

voltaireLIRE AUSSI notre dossier spĂ©cial / prĂ©sentation de Candide de Bernstein d’aprĂšs Voltaire (1956)… EditĂ© en 1759, Candide de Voltaire (qui fut mis Ă  l’Index par le Vatican), suscita un immense succĂšs. Son humanisme cynique qui se montre anticlĂ©rical, pessimiste, anti-romantique, a pour sujet (en façade), la critique du monde harmonique et positiviste de Leibniz, incarnĂ© par la figure de Panglos dont Candide est le disciple forcenĂ©. “Non, tout ne va si bien dans le meilleur des mondes”, semble proclamer en retour Voltaire, avec ce rĂ©alisme libertaire qui tout en soulignant les tĂ©nĂšbres de notre civilisation, capte et encense toujours les bonnes volontĂ©s pour la rendre meilleure. Candide est bien en ce sens un pamphlet, mais Voltaire en fait aussi un roman philosophique qui outrepasse son utilitĂ© et son occurrence polĂ©mique. L’auteur n’épargne en rien ses personnages: tout s’ingĂ©nie Ă  contrarier leur plan, Ă  corrompre leur fragile et pourtant infatigable espĂ©rance, leur vaine volontĂ©. Tout conspire Ă  tuer leur aspiration, Ă  vaincre toute idĂ©e de bonheur. RĂ©alisme, cruditĂ© mĂȘme cruautĂ©. Partout la barbarie rĂšgne et se dĂ©ploie… Cependant, l’écrivain philosophe souligne a contrario non sans admiration, la rĂ©sistance et le courage que ses hĂ©ros dĂ©ploient coĂ»te que coĂ»te pour se maintenir et dĂ©fendre une certaine idĂ©e d’humanitĂ©. L’invention foisonnante de l’écriture valorise encore le texte et ses portĂ©es critiques. Conte philosophique, Candide est Ă©galement un superbe drame littĂ©raire qui revisite les formes connues du roman: Ă©popĂ©e picaresque et verve rabelaisienne, orientalisme, Ă©vasion et marivaudage, leçon de vie et de sagesse
 du pain bĂ©ni pour compositeurs et dramaturges.