DIGITAL CONCERT HALL. Berliner Philharmoniker, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin

DIRECT LIVE : BERLINER PHILHARMONIKER : Y NĂ©zet-SĂ©guin : Debussy, Prokofiev, aujourd’hui, ven 15 fev 2019, 20h. NĂ© Ă  Montreal en 1975, le franco canadien YANNICK NEZET SEGUIN, est directeur musical du Metropolitan Opera New York depuis sept 2018. Le chef dirige ce programme français, poursuite de son concert prĂ©cĂ©dent Ă  Berlin comprenant des oeuvres de Berlioz (Symphonie Fantastique), Messiaen (Les offrandes oubliĂ©es) et dĂ©jĂ  Prokofiev (Concerto pour piano n°2 avec le paianiste Yefim Bronfman) en octobre 2010, c’était ses dĂ©buts avec le Philharmonique de Berlin / Berliner Philharmoniker. Clou de ce cycle orchestral, le poĂšme pour orchestre La Mer de Debussy (1905) sommet de la musique française rĂ©volutionnaire du dĂ©but du XXĂš : couleurs iridescentes, harmonies suspendues, texture flottante, immatĂ©rielle
 En contrepoint, le Berliner Philharmoniker joue la 5Ăšme symphonie de Prokofiev, sorte d’opus manifeste de l’esthĂ©tique officielle « rĂ©aliste » crĂ©Ă© en 1945. Le succĂšs est total et Profokoiev remporte le Prix Staline. Selon Prokofiev, la 5Ăšme Symphonie chante l’énergie de l’homme heureux, libre. Trop dĂ©monstrative et presque outil de propagande, la SYmphonie de Prokofiev manque pour certains (dont le pianiste Sviatoslav Richter, tĂ©moin de la premiĂšre) de sentiment comme de sincĂ©ritĂ© humaine. En somme, une mĂ©canique parfaitement rĂ©glĂ©e, c’est Ă  dire joyeusement inhumaine


 

 

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Au programme

RAVEL : Menuet antique
DEBUSSY : La mer
Prokofiev : Symphonie n°5

BERLINER PHILHARMONIKER
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction

 

 

 

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Approfondir
Sur le site du Berliner Philharmoniker / DIGITAL CONCERT HALL, programme complet, présentation, bonus vidéo
https://www.digitalconcerthall.com/en/concert/51851

 

 

Concert précédent de Yannick NEZET SEGUIN et le Berliner Philharmoniker, octobre 2010
https://www.digitalconcerthall.com/en/concert/1627

KIRILL PETRENKO, chef Ă©lectrique

petrenko-kirill-wagner-bayreuthFRANCE MUSIQUE. KIRILL PETRENKO, les 10 et 11 fĂ©v 2019. Otello, Strauss. Le chef russe Kirill Petrenko vient de prendre la direction musicale du Berliner Philharmoniker : une prise de fonction qui devrait compter dans l’histoire de la phalange berlinoise tant le tempĂ©rament « électrique » du chef devrait rĂ©aliser de nouveaux accomplissements convaincants. Il est nĂ© Ă  Omsk le 11 fĂ©v 1972 (SibĂ©rie). A presque 50 ans, la maestro est devenue l’une des baguettes les plus passionnantes, en particulier Ă  Bayreuth oĂč il a assurĂ© rĂ©cemment dans un Ring magistral, l’attrait vacillant d’un festival qui se cherche encore une identitĂ© solide. Sa nomination suscite l’interrogation en France oĂč il est peu connu finalement. Le chef lyrique qui entend la musique dramatique comme peu, est aussi un symphoniste inspirĂ© et son travail avec le Berliner devrait confirmer cette orientation.

KIRILL PETRENKO sous tension
un chef Ă©lectrique

Petrenko Kirill maestro chef orchestreL’adolescent Petrenko (18 ans) a suivi sa famille exilĂ©e en Autriche : Ă  Vienne, il approfondit ses Ă©tudes de piano. Ce musicien affĂ»tĂ©, sut plaire aux instrumentistes du Berliner qui en 2015, au moment de dĂ©signer un successeur Ă  Rattle, furent sĂ©duit par l’allure modeste, en rien dĂ©monstratif et autocratique de Christian Thielemann, l’autre candidat officiel. En juin 2015, la dĂ©cision tomba comme un Ă©clair, soulignant le choix de la probitĂ©, du travail, de l’humilitĂ© aussi, plutĂŽt que l’autocĂ©lĂ©bration parfois pompeuse du talent (fut-il rĂ©el et Ă©gal). Reste que Petrenko a depuis 2015 particuliĂšrement sĂ©duit et captivĂ© par son sens de l’intĂ©rioritĂ© et du dĂ©tail : un laborieux discret – qui rappelle d’ailleurs Ă  maints titres Carlos Kleiber, le lĂ©gendaire chef germano-argentin-, que les prochaines sessions en concerts, diffusĂ©es et enregistrĂ©es sous label du Philharmoniker devraient encore Ă©clairer et expliciter.
RĂ©pĂ©titions assidues, d’une rare intensitĂ©, Ă©coute, exigence, tĂ©nacitĂ© et absence de compromis
 sont les qualitĂ©s entre autres d’un chef Ă  suivre dĂ©sormais. Il a commencĂ© Ă  diriger les Berliner en 2006 ; sa saison officielle d’ouverture, officialisant sa prise de fonction, se rĂ©alisera Ă  l’étĂ© 2019. D’ici lĂ  chaque concert tĂ©moigne d’une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et les instrumentistes.

Pour se familiariser avec une direction Ă  la fois puissante et ciselĂ©e, – vraie gageure, que l’hĂ©doniste Karajan a longtemps incarnĂ©, avant Claudio Abbado, France Musique diffuse les 10 et 11 fĂ©vrier en premiĂšre partie de soirĂ©e, deux programmes phares, reprĂ©sentatifs de la sensibilitĂ© du maestro : soirĂ©e opĂ©ra d’abord avec Verdi (l’Otello de Jonas Kaufmann) puis Strauss et Beethoven (7Ăš) dans un volet purement orchestral. Sens de la tension, soucieux du relief et de l’acuitĂ© des accents, Petrenko est aussi un architecte qui soigne l’écoulement et le sens de la lecture (ce qui a fait de ses Wagner, d’authentiques rĂ©alisations dramatiques, d’une rare efficacitĂ©). La fermetĂ© et la poigne supportent la vitalitĂ© de l’orchestre qui paraĂźt souvent comme Ă©lectrisĂ© et chauffĂ© Ă  blanc.

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Dim 10 février 2019, 19h50.
VERDI : Jonas Kaufmann chante OTELLO. Munich, nov 2018.
ReprĂ©sentation donnĂ©e le 23 novembre 2018 Ă  19h au ThĂ©Ăątre National de Munich – OpĂ©ra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’aprĂšs “Othello ou le Maure de Venise” de William Shakespeare
Jonas Kaufmann, ténor, Otello
Gerald Finley, baryton, Iago
Evan LeRoy Johnson, ténor, Cassio
Gaelano Salas, ténor, Roderigo
Balint Szabo, basse, Lodovico
Milan Siljanov, baryton-basse, Montano
Markus Suihkonen, basse, un héraut
Anja Harteros, soprano, Desdemona
Rachael Wilson, mezzo-soprano, Emilia
Choeur de l’OpĂ©ra d’Etat de BaviĂšre
Orchestre de l’OpĂ©ra d’État de BaviĂšre
Kirill Petrenko, direction

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Lundi 11 février 2019, 20h
R STRAUSS, BEETHOVEN : 7Ăšme Symphonie
Concert donné le 24 août 2018 à la Philharmonie de Berlin

Richard Strauss
Don Juan, poĂšme symphonique op. 20 TrV 156
Tod und VerklÀrung (Mort et transfiguration), poÚme symphonique op. 24

Ludwig Van Beethoven
Symphonie n°7 en la Majeur op. 92
Poco sostenuto-Vivace
Allegretto
Presto – Assai meno presto (Trio)
Allegro con brio
Orchestre Philharmonique de Berlin
Kirill Petrenko, direction

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EN DIRECT SUR LE NET : Kirill Petrenko dirige le German National Youth Orchestra (gratuit)

EN DIRECT SUR LE NET : Kirill Petrenko dirige le German National Youth Orchestra. En direct et en accĂšs libre, suivez ce concert Ă©vĂ©nement avec KIRILL PETRENKO et l’Orchestre des jeunes national allemand / German National Youth Orchestra / BundesJugendOrchester, une phalange avec laquelle le nouveau directeur musical du Philharmoniker Berliner aime travailler. Outre la complicitĂ© engageante du maestro et des instrumentistes, ce concert cĂ©lĂšbre aussi le jubilĂ©, soit les 50 ans de l’orchestre germanique. Au programme : les classiques du XXĂš, Bernstein et Stravinsky, mais aussi une Ɠuvre contemporaine signĂ©e William Kraft : Concerto n°1 pour timbales avec en soliste, le timbalier principal du Berliner Philharmoniker, Wieland Welzel

 

 

 

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Mercredi 9 janvier 2019 Ă  20h

CONCERT EN DIRECT,gratuit
Live streaming sur le site du BERLINER PHILHARMONIKER

VOIR LE CONCERT
www.digitalconcerthall.com / BERLINER PHILHARMONIKER

 

  

 
 

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Programme :

Leonard Bernstein
West Side Story, Symphonic Dances

William Kraft
Concerto No. 1 for Timpani and Orchestra ‹/ Soliste : Wieland Welzel, timpani / timbales
‹Igor Stravinsky
Le Sacre du printemps

 

 

  

 

 

CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings)

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings). La 6Ăš de Mahler marque un tournant dĂ©cisif dans le travail de l’orchestre et du chef britannique : voici leur premier enregistrement de novembre 1987 ; puis celui de juin 2018, – soit 30 ans aprĂšs, tel le volet de la saison des adieux, car Simon Rattle quitte le direction musicale Ă  l’étĂ© 2018 (aprĂšs 16 annĂ©es d’une direction qui laisse pourtant mitigĂ©). C’est un apport rĂ©flĂ©chi qui trouve un Ă©cho prĂ©cĂ©dent d’une admirable profondeur, plus profonde, mieux ambivalente Ă  notre avis ; avec les annĂ©es, la sonoritĂ© s’est enrichie, atteignant une rondeur hĂ©doniste que n’aurait pas dĂ©savouĂ© Claudio Abbado. Mais qui a perdu son sens des contrastes et des vertiges intĂ©rieurs
 Avec les annĂ©es, Rattle s’est comme assagi, optant en 2018 pour une lecture d’une perfection sonore trĂšs (trop) sĂ©duisante) ; mais en novembre 1987, il y avait un souffle d’une tension « wagnĂ©rienne », une ĂąpretĂ© qui s’est attĂ©nuĂ©e avec les annĂ©es
 La confrontation entre les deux lectures est passionnante et dĂ©voile l’évolution d’un travail en complicitĂ© et en approfondissement. Double vision en guise de testament artistique du chef qui tire sa rĂ©vĂ©rence, et fait ainsi ses adieux en juin 2018 par l’enregistrement, aux instrumentistes du Berliner Philharmoniker. Grande critique du coffret Symphonie n°6 de Gustav Mahler par Simon Rattle et le Philharmoniker Berliner, Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

 
 
 

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CONTENU du coffret

 
 
 

Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction / conductor

Gustav Mahler : Symphony No. 6 

CD 1: Recorded in June 2018 from the Philharmonie Berlin
CD 2: Recorded in November 1987 from the Philharmonie Berlin

Bonus video:
Documentary: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker,

2002-2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 
 
 

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Gustav Mahler: Symphony No. 6
2 CD + 1 Blu-ray + download / hardcover linen edition
Prix indicatif : 44, 90 euros

Contenu du coffret commémoratif
CDs 1&2 :
Gustav Mahler: Symphony No. 6
CD 1: Recording from 20 June 2018
CD 2: Recording from 15 November 1987
BLU-RAY DISC :
Concert Video: Symphony No. 6 from 20 June 2018 (83 min)
High resolution audio:
Symphony No. 6 from 20 June 2018
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
5.1 DTS-HD MA 24-bit/96 kHz
Symphony No. 6 from 15 November 1987
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
Bonus
· Documentary: “Echoing an Era – Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 mins)
· Introduction by Sir Simon Rattle
Full HD 16:9 / PCM Stereo
5.1 Surround DTS-HD
Region Code: ABC (worldwide)
Accompanying booklet
72 pages / German, English
Download Code
For high resolution audio files of
the entire album (24-bit / up to 192 kHz)
Digital Concert Hall
7- Day Ticket for the Berliner Philharmoniker’s
virtual concert hall

 
 
 

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Plus d’infos sur le site du Berliner Philharmoniker :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/mahler-6.html

 
 
 

La Saint-Sylvestre avec le Berliner Philharmoniker

ARTE. Saint-Sylvestre avec le Berliner Philh. Simon Rattle, le 31 dĂ©cembre 2015, 17h20. En direct de la Philharmonie de Berlin. Avant que n’éclatent les bouchons de champagne, quoi de plus excitant que de se laisser entraĂźner dans un tourbillon musical dans la prestigieuse salle de la Philharmonie de Berlin. Le programme est plutĂŽt français cette annĂ©e pour dĂ©cembre 2015, avec des oeuvres de Maurice Ravel (La Valse), Francis Poulenc, Emmanuel Chabrier et Jules Massenet. La trĂšs charismatique soliste Anne-Sophie Mutter mettra elle aussi du rythme avec des piĂšces fort enlevĂ©es de Saint-Saens (Introduction et Rondo capriccioso) et Tzigane, rhapsodie de Ravel qui requiert une virtuositĂ© si extrĂȘme que le compositeur doutait lui-mĂȘme qu’elle puisse ĂȘtre jouĂ©e !

ARTE. Jeudi 31 décembre 2015.17h20 Soirée de Saint-Sylvestre avec les instrumentistes du Berliner Philharmoniker. Direction musicale : Sir Simon Rattle.

LIRE le programme du concert de réveillon de la Philharmonie de Berlin sur le site du Berliner Philharmoniker

 

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BERLIN. Kirill Petrenko succĂšde Ă  Simon Rattle

Petrenko Kirill maestro chef orchestreChefs. Kirill Petrenko, nouveau chef du Berliner Philharmoniker. Berlin, Philharmonie. Un chef lyrique russe comme successeur de Simon Rattle. Rien ne laissait prĂ©sager un tel dĂ©nouement et aussi rapidement. Finalement, heureuse moisson du 21 juin pour l’étĂ© et aussi la FĂȘte de la musique, les instrumentistes du Philharmonique de Berlin ont Ă©lu le successeur de Simon Rattle, le chef russe Kirill Petrenko (43 ans), ainsi adoubĂ© comme leur nouveau directeur musical Ă  partir de 2018.  Mariss Jansons, Andris Nelsons Ă©taient en lice
 NĂ© en 1972 (Omsk, Russie), de parents musiciens et musicologues,  Petrenko chef surtout lyrique (il dirige actuellement -et depuis 3 Ă©ditions, depuis 2013 dĂ©jĂ -, la TĂ©tralogie Ă  Bayreuth), a finalement remportĂ© les suffrages des instrumentistes berlinois. Le maestro russe a fait ses armes en Autriche puis Ă  Meiningen (directeur de la musique de 1999 Ă  2002) : il a surtout dirigĂ© des opĂ©ras (Lady Macbeth de Mtsensk, Der Rosenkavalier, Rigoletto, La FiancĂ©e vendue, Peter Grimes, Cosi fan tutte, La Traviata, et donc sa premiĂšre TĂ©tralogie en 2000, saluĂ©e par un large public).
De 2002 Ă  2007, Kirill Petrenko a perfectionnĂ© encore sa direction lyrique comme directeur artistique du Komische Oper Ă  Berlin accomplissant plusieurs rĂ©alisations qui ont nettement marquĂ© le goĂ»t du public berlinois : La FiancĂ©e vendue, Don Giovanni (mise en scĂšne par Peter Konwitschny), L’EnlĂšvement au sĂ©rail (Calisto Bleito), Jenufa (Willy Decker), Der Rosenkavalier / EugĂšne OnĂ©guine / Grandeur et dĂ©cadence de la ville de Mahagony (Andreas Homoki), Peter Grimes, 
 Par la suite et comme chef invitĂ©, le chef russe a dirigĂ© au Met, Ă  Vienne, Munich, se forgeant partout une trĂšs solide expĂ©rience de chef dramatique.
AffĂ»tĂ©e, intense, parfois manquant de dĂ©tail comme de clartĂ©, la direction de Kirill Petrenko devrait s’affiner Ă  la tĂȘte d’une phalange aussi prĂ©cise et puissante que le Berliner Philharmoniker. Le choix d’un chef lyrique pour diriger l’un des orchestres les plus prestigieux en Europe mais qui dĂ©veloppait jusque lĂ  surtout un rĂ©pertoire symphonique n’est pas sans poser des questions ou plutĂŽt indiquer une nouvelle orientation dans l’histoire de l’Orchestre 

En attendant 2018, allez Ă  Bayreuth (il reste encore des places car le festival ne fait plus le plein depuis l’étĂ© dernier surtout face Ă  des mises en scĂšne aussi dĂ©calĂ©es dĂ©concertantes que celle de Frank Castorf, vrai festival d’idĂ©es gadgets
) pour Ă©couter le Ring selon Petrenko (musicalement trĂšs investi) : Das Reingold (27 juillet, 9 et 21 aoĂ»t 2015), Die WalkĂŒre (28 juillet, 10 et 22 aoĂ»t 2015), Siegfried (30 juillet, 5,12 et 24 aoĂ»t 2015), enfin GötterdĂ€mmerung (1er, 14 et 26 aoĂ»t 2015)
VOIR la page du Ring Ă  Bayreuth 2015 par Kirill Petrenko

CD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle (8 cd Deutsche Grammophon)

berliner philharmoniker abbado karajan great recordings cd deutsche grammophonCD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle (8 cd Deutsche Grammophon). Le coffret est d’autant plus intĂ©ressant que concernant un seul et mĂȘme orchestre,  il permet de distinguer les qualitĂ©s ou certaines limites des chefs divers ici choisis pour illustrer le cycle d’enregistrements. De Klemperer Ă  Abbado,  sans omettre Boehm ou Kubelik en dehors des spĂ©cificitĂ©s de chacun, on reste saisi par les capacitĂ©s d’engagement expressif comme par l’Ă©quilibre plein et tendu de la sonoritĂ© qui se dĂ©tache, la capacitĂ© d’engagement de la part des instrumentistes est Ă©vidente, quelque soit l’Ă©poque et tout au long de la durĂ©e investie : des annĂ©es 1950 avec le mythique Furt jusqu’au dĂ©but 2000 avec l’incroyable et passionnant humaniste Abbado. Relevons les documents sonores qui restent les bandes les plus significatives.

Le cd Wagner fait valoir l’exceptionnelle tension du grand FurtwĂ€ngler expert en grandeurs brĂ»lĂ©e jusqu’Ă  l’incandescence dans des temps ralentis trop peut ĂȘtre pour l’extase puis le prĂ©lude et la mort d’Isolde. Mais son Parsifal atteint des vagues habitĂ©es et mystiques de haute volĂ©e, et la formidable ouverture des Maitres chanteurs impose une fiĂšvre dramatique rarement Ă©coutĂ©e jusque lĂ  …. si Parsifal est la flamme qui s’Ă©lĂšve jusqu Ă  l’esprit le mieux distillĂ© Ă©vanescent, se rĂ©alisant dans le mystĂšre le plus Ă©nigmatique,  le feu de ces MaĂźtres chanteurs est le brasier primitif d’oĂč coule l’armure qui libĂšre l’art et glorifie la culture. Cette maĂźtrise du temps oĂč l’instant se fait gouffre, abyme, Ă©ternitĂ©,  Furt en est habitĂ© jusque lĂ  moelle. Des crĂ©pitements de titan sauvage et visionnaire …

Curieusement dans ce jeu inĂ©vitable de la comparaison des baguettes pour un mĂȘme orchestre et quel orchestre! – c’est Boehm qui s’en sort le mois bien. Serviteur d’un Schubert puissamment symphonique dans les n°8 “InachevĂ©e” et N°9, sa baguette certes onctueuse et riche manque parfois d’activitĂ©,  de diversitĂ© agogique. .. l’Ă©quilibre et la beautĂ© trĂšs introspective du son sont louables mais on finit par s’ennuyer ferme dans une 8 Ăšme trop … classicisĂ©e, …comme lointaine  dont le maestro trĂšs estimable cependant aurait comme gommĂ© toutes les secousses. C’est comme  si l’excellent dramaturge lyrique s’ammolissait lui-mĂȘme sans chanteurs. Mais en 1966 dĂ©fendre Schubert Ă  l’orchestre relĂšve du mĂȘme dĂ©fi que celui de Bernstein ou Kubelik lorsqu’ ils dĂ©fendent de façon aussi originale qu’audacieuse le cycle Mahler tout entier tel que nous ne le contestons plus dĂ©sormais dans son intĂ©gralitĂ© comme une totalitĂ© organique. Boehm aura permis ici d’ouvrir des perspectives dont les phalanges sur instruments d’Ă©poque savent aujourd’hui tirer tout le bĂ©nĂ©fice. Donc pas si mal si on replace Boehm dans le contexte du goĂ»t des sixties.

D’un fini millimĂ©trĂ©, Ă  la fois analyste et architecte, solennel dans la grande forme comme d’une subtilitĂ© arachnĂ©enne, l’immense Karajan amorce la formidable machine cosmique et climatique d’Une Symphonie Alpestre : maĂźtre Ă  vie du Berliner, Karajan fait tout entendre… depuis l’ascension des cimes, le maestro dĂ©miurge brosse l’immensitĂ© du paysage, exprime le colossal et l’organique, fait souffler un vrai grand vent, une houle organique (la tempĂȘte sur les reliefs pendant la descente) dans cette fresque qui sait palpiter instrumentalement malgrĂ© l’ampleur et la dĂ©mesure de son sujet.  Avec Ainsi parla Zarathoustra, Don Juan ou Don Quixotte, la symphonie alpestre reste l’une des partitions straussiennes les plus abouties de Karajan. Les amateurs sĂ©duits par l’Ă©quation Karajan Strauss se re porteront avec bĂ©nĂ©fice Ă  l’excellent coffret spĂ©cial Strauss par Karajan Ă©ditĂ© par Deux schĂ©ma Gramophone pour les 25 ans de la mort du chef salzbourgeois.

Schumann … Symphonies n°2 et n°4. Dans le flux orchestral se dĂ©tache une nette et vive activitĂ©,  des arĂȘtes trĂšs nerveusement sculptĂ©es qui portent peu Ă  peu tout le discours vers la lumiĂšre et l’exaltation annoncĂ©e. .. rĂ©alisĂ©e telle une inextinguible et irrĂ©pressible Ă©nergie.  Kubelik creuse l’Ă©lan et le vertige des seconds plans superbement ciselĂ©s aux cordes (I de la 2). D’une matiĂšre sonore primordiale dont il fait un maelström bouillonnant, il fait jaillir la pure volontĂ© qui organise peu Ă  peu le dĂ©roulement Ă  coups d’Ă©clairs,  de passionnantes prĂ©cipitations,  accĂ©lĂ©rations prĂ©monitions,  toute une palette d’Ă©lans divers,  frĂ©nĂ©tiques  et bruts puis injectĂ©s tels des ferments prometteurs rĂ©alisent peu Ă  peu la moisson orchestrale finale d’un puissant et de plus en plus irrĂ©pressible sentiment de conquĂȘte. Le Scherzo est une affirmation rĂ©pĂ©tĂ©e crĂ©pitante, exaltĂ©e mĂȘme : Kubelik s’appuie sur le relief trĂšs dĂ©taillĂ© des instruments le tout emportĂ© dans un feu de plus en plus dansant qui n’empĂȘche pas la tendresse nostalgique.

La surprise vient de la 9Ăšme de Beethoven portĂ©e par un Giulini au sommet de son art en 1990… la puissance mesurĂ©e, l’Ă©nergie des contrastes surtout la vision humaniste et fraternelle globale Ă©difient une lecture passionnante de bout en bout. Le chef fait sortir du chaos avec dĂ©flagration superbement ciselĂ© aux tutti des cuivres, le flux de la pensĂ©e et tout l’allant de la symphonie vers cet ordre nouveau, source d’espĂ©rance et d’abandon lyrique et fraternel (adagio) et de nouveau monde (le final) …. la vitalitĂ© immense qui semble jaillir de l’instant oĂč elle s’accomplit place Giulini Ă  l’exact opposĂ© d’un Karajan si contrĂŽlĂ©, si disciplinĂ© et maĂźtre absolu de tout : son Concerto pour violon avec Muter trop lisse, trop artificiel nous ennuie quand la sincĂ©ritĂ© et la finesse de Giulini font sortir la musique de toute solennitĂ© trop esthĂ©tique (dĂ©sincarnĂ©e). En lettrĂ© fin et subtil, Giulini rĂ©ussit avec une clartĂ© exemplaire le passage de l’Ă©quilibre des LumiĂšres Ă  la vitalitĂ© romantique, cette ardeur et cette foi pour le renouveau qui soutend la gĂ©nĂ©ration de Beethoven.

Adieu, renoncement et geste d’une Ă©loquente sĂ©rĂ©nitĂ© au monde, la 9Ăš de Mahler revĂȘt la forme d’un adieu personnel, intimement partagĂ© par le chef Claudio Abbado, un chef qui en 2002, dans ce live irrĂ©sistible, par sa tendresse Ă©lĂ©giaque et la gravitĂ© visionnaire annonciatrice de la fin proche, est affectĂ© par une maladie longue, certes remis, mais qui porte en lui les sĂ©quelles d’une lutte terrible et viscĂ©rale. Tout cela s’entend ici tant dans l’activitĂ© opulente de l’orchestre, tous les courants contradictoires et mĂȘlĂ©s du tissu mahlĂ©rien se dĂ©ploient avec une sincĂ©ritĂ© et une clartĂ© absolue. Le geste est millimĂ©trĂ©, les intentions serties de finesse et de profondeur. La conscience de la mort croise constamment une ardeur pour la vie chevillĂ©e au corps et Ă  l’Ăąme qui font de ce tĂ©moignage enregistrĂ© sur le vif, une expĂ©rience musicale mĂ©morable. Un must absolu Ă©videmment.

Brahms (2005) : Concerto pour piano et orchestre. Piano extrĂȘmement alerte de Zimmerman parfois trop lisse sans guĂšre de caractĂ©risation alors que de son cĂŽtĂ© Simon Rattle, d’une invention prodigieuse,ne cesse d’affiner une partition qui exprime au delĂ  de sa seule Ă©locution  pure, les gouffres et les vertiges des tempĂȘtes sentimentales qui sont en jeu.  Mais la limpiditĂ© du jeu, son dĂ©liĂ© impĂ©rial qui toujours prĂ©serve l’articulation et l’extrĂȘme Ă©lĂ©gance de ton, dĂ©livre  certes un message intense, violent, passionnĂ©, Ă©ruptif mĂȘme mais un Brahms olympien : oĂč a t on Ă©coutĂ© un final aussi JupitĂ©rien et d’une absolue confiance? La construction dramatique de l’orchestre sous la vision puissante et profonde du chef est un sommet. Toute la science du chef lyrique et conteur fait jour ici dans la finesse des climats enchaĂźnĂ©s : elle confĂšre Ă  la lecture une humanitĂ© hĂ©roĂŻque que l’enchaĂźnement sans discontinuitĂ© des morceaux souligne. C’est organique, noble, Ă©lĂ©gant. .. un must Ă©videment sur le plan orchestral.

CD. Berliner Philharmoniker. Great recordings. Abbado I Karajan I Rattle I Kubelik I Giulini I Boehm I Karajan  (8 cd Deutsche Grammophon).

CD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

abbado claudio rca sony recordings sony classical cdCD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)  … RĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© (le 20 janvier 2014) suite Ă  un long cancer qui l’aura dĂ©truit peu Ă  peu (depuis sa premiĂšre hospitalisation en 2000), sans affecter sa puissante concentration musicale toujours si palpable en concert, Claudio Abbado – nĂ© en 1933-, mĂ©ritait Ă©videmment ce coffret Ă©ditĂ© par Sony qui rĂ©Ă©dite avec quelle pertinence plusieurs lectures maĂźtresses avec les orchestres que le chef italien aura marquĂ©, façonnĂ©, «  rencontré » au sens le plus profondĂ©ment humain du terme
 Son dernier nĂ©, l’orchestre du Festival de Lucerne fondĂ© en 2003, reste composĂ© par les plus grands instrumentistes des orchestres dĂ©jĂ  professionnels : chacun souhaite partager ce sens musical intĂšgre, philosophe, gĂ©nĂ©reux que Abbado a su instaurer dans chacune de ses sessions de travail. A la diversitĂ© des enregistrements qui nous parviennent, s’ajoute indication mĂ©morielle qui en rappelle le poids Ă  l’époque de leur publication, la rĂ©Ă©dition des pochettes originelles ; elles rĂ©inscrivent ainsi Abbado dans son jus, dans son Ă©poque. Les 39 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Sony (qui puise donc abondamment dans son catalogue RCA) sont absolument incontournables tant l’art du maestro se rĂ©vĂšle dans toute son Ă©vidente Ă©lĂ©gance sertie de profondeur et de dramatise aigu, puissant, raffinĂ©. A cela s’ajoute un charisme plutĂŽt modeste et si humble, qui fait de Claudio Abbado, un chef courtois et peu demandeur, plutĂŽt soucieux de la qualitĂ© de l’échange et du partage, vers ses musiciens, vers les publics.

Ouvrier humaniste de la musique

 

abaddo claudio cd rca sony album colelction 38 cdLes lectures rĂ©unies dans le coffret RCA et SONY regroupent surtout les meilleures bandes de l’ùre berlinoise quand de 1989 Ă  2002, Abbado succĂšde Ă  Karajan Ă  la tĂȘte du Philharmonique de Berlin. Le geste recherche l’écoute, favorise la rĂ©ponse souple et fluide du collectif traitĂ© comme un ensemble chambriste d’instrumentistes Ă©gaux, des pairs rĂ©unis par le premier d’entre eux en une cohĂ©sion fraternelle. Avec Abbado, fini le carcan despotique du Karajan de la fin, tyrannique, obsessionnel, exclusif. Avare en paroles, y compris en rĂ©pĂ©tition, Abbado favorise l’immersion collective, le contact et l’épreuve avec la musique, le dĂ©passement de l’ensemble fondĂ© sur l’interaction multiple. Moins hĂ©doniste et marmorĂ©enne que celle sculptĂ©e par Karajan, la sonoritĂ© du Berliner version Abbado gagne en rondeur, en chaleur, en moelleux : plus habitĂ©e, plus incarnĂ©e, intĂ©rieure sans dĂ©monstration ni grandeur artificielle : Abbado aura rĂ©humanisĂ© en quelque sorte toute l’esthĂ©tique du Berliner. Rajeunissant l’orchestre grĂące Ă  une sĂ©rie d’engagements nouveaux, Abbado dĂšs 1991, rĂ©oriente la politique artistique de l’Orchestre ; inventant des cycles thĂ©matiques qui organise autour du noyau musical et du choix des partitions, des Ă©vĂ©nements complĂ©mentaires transdisciplinaires avec d’autres institutions berlinoises : expositions, confĂ©rences
 Ainsi naissent des programmations thĂ©matiques autour de PromĂ©thĂ©e, Hölderlin. En plus de cette curiositĂ© Ă  360° qui rĂ©tablit la musique Ă  sa place premiĂšre, – motrice, fĂ©dĂ©ratrice -, Abbado marque aussi l’interprĂ©tation en intĂ©grant les derniĂšres recherches nĂ©es de la pratique historiquement informĂ©e sur instruments anciens, sans pourtant adopter l’instrumentarium concernĂ© selon les Ɠuvres choisies. De fait, ses lectures avec les Berliner gagnent aussi une nouvelle finesse, une articulation renforcĂ©e qui cisĂšle l’expressivitĂ© du geste et de la sonoritĂ© globale, qui allĂšge le son, fluidifie la richesse de nouvelles dynamiques. EmblĂ©matique de sa curiositĂ© d’esprit, le cycle Schumann en 1994 qui produit ici d’inoubliables ScĂšnes de Faust, absolu incontournable servies par une distribution irrĂ©sistible (dont Karita Mattila) 


Claudio AbbadoContenu du coffret. Les oeuvres enregistrĂ©es tĂ©moignent majoritairement de la politique artistique dĂ©veloppĂ©e par Abbado Ă  Berlin dans les annĂ©es 1990 quand il dirigeait le Berliner Philharmoniker. Ses choix de rĂ©pertoire: les fondamentaux classiques tels Mozart et Beethoven ; les romantiques mĂ©connus ou peu jouĂ©s (ou leurs Ɠuvres oubliĂ©es) : Schumann, Mendelsohn, Dvorak,  surtout Tchaikovski dont il dĂ©fend le gĂ©nie symphonique, rĂ©habilitant dĂ©sormais nettement le statut du faiseur de ballets Ă  l’Ă©gal des grands symphonistes du romantisme tardif.

Des annĂ©es berlinoises, voici donc Abbado dĂ©fricheur et classique alliant ancien et moderne : symphonies (Linz, Haffner, Paris…) et oeuvres concertantes de Mozart, avec l’accomplissement dans la lumiĂšre et la finesse grave de la Messe en ut (1990) dont la maĂźtrise du collectif (vocal et choral) associĂ©e au dramatisme orchestral lance un pont vers l’autre massif incontestable qui demeure la 9 Ăšme de Beethoven (Salzbourg,  avril 1996) ; ici et lĂ ,  le plateau des chanteurs s’avĂšre extrĂȘmement convaincant.

Le coffret Sony classical n’oublie ce qui reste comme deux grands accomplissements lyriques des annĂ©es 1990 avec le Berliner : le trĂšs mĂ©connu et pourtant dĂ©lirant Viaggio a Reims de Rossini de 1992,  suivi en 1993 par Boris Godounov somptueuse et somptuaire production particuliĂšrement complĂšte – c’est Ă  dire en 4 actes, comprenant l’acte III polonais.

CLIC_macaron_2014Mais le coffret apporte aussi un Ă©clairage plus ancien sur la direction prĂ© berlinoise d’Abbado lorsqu’il dirigeait Ă  la fin des annĂ©es 1970 le London symphony orchestra : Concerto n°3 de Rachmaninov avec le pianiste Lazar Bermann (1977), sans omettre de trĂ©pidantes et nerveuses Ouvertures des opĂ©ras de Rossini et de Verdi  (1978) … Autre immense apport ce dĂšs les annĂ©es 1985-1988, les symphonies de Tchaikovsky avec le Symphonique de Chicago, d’un approfondissement lĂ  encore visionnaire qui apporte Ă  l’Ă©criture du compositeur russe, son Ă©coulement organique, sa prodigieuse couleur humaine : mises en regard avec les mĂȘmes symphonies rĂ©alisĂ©es prĂšs de 10 ans plus tard avec les Berliner Philharmoniker (Symphonies 1 et 5 prĂ©cisĂ©ment), les premiĂšres rĂ©alisations avec Chicago gagnent d’autant plus de profondeur.

Une mĂȘme comparaison peut ĂȘtre d’ailleurs rĂ©alisĂ©e chez Moussorgski (avec les mĂȘmes commentaires positifs) dont Abbado  extrait des fragments passionnants de l’opĂ©ra mĂ©connu mais Ă©blouissant La Khovantchina : rĂ©alisĂ©s Ă  Londres dĂšs 1980, puis repris lors d’un cyclique thĂ©matique Ă  Berlin en 1995/1996.

 

abbado claudioLa boĂźte miraculeuse recĂšle bien d’autres joyaux encore comme le live de l’OpĂ©ra de Vienne de mars 1984 pour un Simon Boccanegra de Verdi oĂč perce et captive la gravitĂ© sombre et tragique du drame (avec un plateau somptueux : Bruson,  Ricciarelli,  Raimondi …) ; le concert de la Saint-Sylvestre 1992 oĂč sous la conduite du maestro, les oeuvres concertantes de Richard Strauss dont Burlesque pour piano (avec la complicitĂ© de sa fidĂšle partenaire Martha Argerich) agrĂ©mentĂ©es du final du Chevalier Ă  la rose valent bien alors le rituel plus mĂ©diatisĂ© du Konzerthaus de Vienne ; enfin l’on ne saurait mettre Ă  l’écart non plus le trĂšs beau programme Luigi Nono et Gustave Mahler qui associe Il Canto sospeso du premier aux Kindertotenlieder du second, en un geste dĂ©chirant d’intense et humble vĂ©ritĂ© (cycle thĂ©matique enregistrĂ© Ă  Berlin en 1992)… superbe coffret composant un trĂšs bel hommage au regrettĂ© Claude Abbado.

Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

Le Stravinsky un peu lisse de Simon Rattle (Emi classics)

CD.Stravinsky: Le Sacre du printemps, Apollon MusagĂšte (Rattle, 2012)

Les Berliner et Simon Rattle fĂȘtent eux aussi les 100 ans du Sacre du printemps de Stravinsky, oeuvre scandaleuse crĂ©Ă© Ă  Paris en mai 2013. Quoiqu’on en dise, il reste difficile d’obtenir un son plus fusionnel et lisse qu’ici. Les orchestres sur instruments modernes ont depuis longtemps fait la dĂ©monstration des qualitĂ©s de brillance comme d’expressivitĂ© que personne aujourd hui ne saurait leur contester ni refuser. Les Berliner soignent en particulier la chaleur puissante et carrĂ©e de la sonoritĂ© globale. Voici donc une nouvelle version du Sacre, en une superbe ivresse instrumentale et d’une rondeur berlinoise idĂ©ale mais peut-ĂȘtre ce trop plein d’Ă©lĂ©gance hĂ©doniste dans Rondes printaniĂšres (cuivres lissĂ©s et presque dĂ©goulinants, ralentis des cordes un rien diluĂ©s) ou dans Jeux des citĂ©s rivales manquent justement de nerf, de cris, de transe, d’aspĂ©ritĂ©s contrastĂ©es.

Stravinsky un peu lisse

Stravinksy_sacre_printemps_apollon_musagete_emi_classics_rattle_berliner_cdLes amateurs de rugositĂ©s et d’incandescente expressivitĂ© sonore regretteront cette unification de l’orchestre, oĂč tout fusionne, tout se gorge d’un Ă©quilibre parfois artificiel, d’une motricitĂ© mĂ©canique, d’une puissance surdimensionnĂ©e au mĂ©pris des ciselures dynamiques… Reconnaissons cependant l’allant et la beautĂ© du son… bref, une version Ă  l’opposĂ© de l’approche historiquement plus juste des SiĂšcles et François-Xavier Roth, sur instruments de la crĂ©ation soit de 1913 oĂč brille la facture française… lecture rĂ©volutionnaire s’il en est, dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e et convaincante au concert (pour le centenaire du Sacre en avril 2013), d’une magistrale Ă©lectricitĂ©. La tournĂ©e des SiĂšcles se poursuit en mai et tout au long de l’annĂ©e 2013.

Dans les mouvements de pur abandon, comme Cercles mystĂ©rieux des adolescentes, le Philharmonique est capable de tisser une tendresse Ă  pleurer par ses accents d’une mĂ©lancolie languissante (a contrario de ce qu’on peut lire ici et lĂ , le Sacre est bien une partition de compassion, pour l’Elue finalement sacrifiĂ©e et Stravinsky, grand conteur et poĂšte, chante ici la dĂ©sespĂ©rante et vaine priĂšre voire la supplication des adolescentes contre le rite barbare qui les afflige… Oui donc pour la justesse, l’extrĂȘme musicalitĂ© du son et de l’approche, c’est une rolls pour une transe qui tarde rĂ©ellement Ă  venir…

En revanche, dans Apollon musagĂšte, fresque et tableau d’une puretĂ© voire Ă©pure strictement nĂ©oclassique, le jeu des Ă©quilibre et l’extrĂȘme mesure des Berliner manque Ă  l’inverse de lumineuse transparence. Tout cela n”est rien que lisse et presque fade. Curieuse asthĂ©nie pour un collectif d’instrumentistes pourtant virtuose et qui aurait gagnĂ© Ă  jouer des mĂ©caniques dans une partition de musique pure.

Stravinsky: Le Sacre du printemps (1913, version de 1947), Symphonie d’instruments Ă  vent (1920), Apollon MusagĂšte (version 1947). Berliner Philharmoniker. Sir Simon Rattle, direction. 1 cd Emi classics. Enregistrement live rĂ©alisĂ© en 2012.