LIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME (Buchet Chastel)

Beethoven par lui mĂȘme bĂ»cher chastel classiquenews 9782283033623-aafbbLIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME (Buchet Chastel). Sur l’échelle des extrĂȘmes, Ă  coup sĂ»r, Ludwig occuperait la place la plus haute. L’éditeur avait dĂ©jĂ  publiĂ© le cycle de la correspondance suscitĂ©e par le compositeur en raison de sa surditĂ© : ses fameux « cahiers de conversation », lesquels lui permettaient par l’écrit de communiquer avec son entourage (2015) : un procĂ©dĂ© astucieux qui a le mĂ©rite de consigner ainsi, jusqu’à l’anecdotique, le quotidien d’un combattant par l’art. Ici l’auteure, Ă  l’occasion du 250Ăš anniversaire de sa naissance en 2020, s’intĂ©resse Ă  un choix de lettres et dĂ©clarations (elles mĂȘmes tirĂ©es de ses carnets intimes et des cahiers de conversation), scrupuleusement reproduites en ce qu’elles rĂ©vĂšlent tel caractĂšre ou telle prĂ©occupation artistique du gĂ©nie romantique nĂ© Ă  Bonn, rĂ©sident Ă  Vienne.
De 1782 Ă  1827, Beethoven nous est dĂ©voilĂ© ; certes passionnĂ© et parfois, souvent excessif ; mais portĂ© par le goĂ»t de l’excellence et la force sublime de son art ; c’est surtout un ĂȘtre gĂ©nĂ©reux, entier, dotĂ© d’un charisme humain et fraternel peu commun ; c’est un ĂȘtre frappĂ© par un handicap dĂ©moniaque, qui se montre difficile et exacerbĂ©, en particulier vis Ă  vis des membres de sa famille (sa belle sƓur Johanna, tour Ă  tour conspuĂ©e, humiliĂ©e puis rĂ©confortĂ©e ; vis Ă  vis de son neveu Karl dont il a dĂ©cidĂ© de prendre la garde et assurer l’éducation
) ; c’est un ami Ă  la fois possessif et distant ; c’est un artiste qui doit aussi cacher longtemps son infirmitĂ©, pourtant convaincu qu’il est nĂ© pour Ă©crire des Ɠuvres magistrales. Ce dont sont convaincus eux aussi, ses protecteurs de 1809, les princes viennois, Kinsky, Lichnowsy et l’Archiduc Rodolphe qui de concert lui allouent une rente annuelle Ă  vie de 4000 florins : reconnaissance unique dans l’histoire de la musique du gĂ©nie d’un musicien

Piliers et fondations d’une Ɠuvre unique et singuliĂšre que l’annĂ©e 2020, celle des 250 ans, permettra d’expliciter et de rĂ©explorer, ses goĂ»ts musicaux, ses admirations nuancent notre perception de l’homme et de l’artiste : fĂ©ru de littĂ©rature (Shakespeare et surtout Schiller, 
avant Verdi / quant Ă  Goethe, leur « rencontre » ne s’est jamais rĂ©ellement accomplie), et Ă©videmment de musique : si l’on ne sait rien de sa pensĂ©e Ă  l’égard de son confrĂšre Ă  Vienne, Schubert (qui l’admirait beaucoup), Beethoven on le sait ne goĂ»tait guĂšre les « flonflons » de Rossini (sans inspiration : pauvre producteur d’une « riche rĂ©colte de raisins secs » / rosinen, en un subtil jeu de mots). Ses grandes vĂ©nĂ©rations vont Ă  Mozart, Cherubini,
 d’une façon moins Ă©vidente Ă  son maĂźtre Joseph Haydn, selon une formule je t’aime moi non plus, qui lui est propre. Ce qui transpire toujours en dĂ©pit des alĂ©as de l’humeur, des vicissitudes de la vie sociale, mondaine ou amicale, voire sentimentale aussi, c’est la dĂ©termination et la volontĂ© d’un individu hors limites. RĂ©vĂ©lateur.

LIVRE Ă©vĂ©nement. BEETHOVEN PAR LUI-MÊME. Lettres rĂ©unies et prĂ©sentĂ©es par N Kraft. Buchet Chastel. Date de parution : 07/11/2019 – Format : 14 x 20,5 cm, 14,99 EUR € – ISBN 978-2-283-03362-3 – 170 pages. Plus d’info sur le site de l’éditeur Buchet Chastel

CD, critique. BEETHOVEN : Symph n°9 – Bernstein, Berlin 1989 (2 cd DG Deutsche Grammophon)

ode an die freiheit bernstein in berlin leonard bernstein 2 cd dg deutsche grammophon 1989 30 ans mur de berlin cd review critique cd classiquenews 4837441CD, critique. BEETHOVEN : Symph n°9 – Bernstein, Berlin 1989 (2 cd DG Deutsche Grammophon). Pour commĂ©morer les 30 ans de la chute du Mur de Berlin, DG rĂ©Ă©dite une trĂšs belle lecture de la 9Ăš de Beethoven, devenue hymne de l’Europe progressiste, dĂ©sormais indissociable des grandes heures et cĂ©lĂ©brations de l’histoire europĂ©enne. Evidemment contexte oblige, les interprĂštes venus cĂ©lĂ©brer la fin de l’Allemagne divisĂ©e, dĂ©sunie en chantant l’ode fraternelle conçue par Beethoven comme l’appel Ă  changer de monde, sont hautement inspirĂ©s par l’urgence et la joie collective de la Chute du mur. D’autant que la direction organique, instinctive, trĂšs investie du chef d’origine juive, Leonard Bernstein restitue toute la profondeur et l’humanitĂ© de la partition et du contexte dans lequel elle est ainsi rĂ©alisĂ©e en dĂ©cembre 1989. L’annĂ©e est celle de la mort de Karajan, le plus grand chef d’alors ; Bernstein lui aussi chez DG, Deutsche Grammophon, fait figure de dernier gĂ©ant d’un monde porteur d’un nouveau, renouvelĂ© comme plein d’espoirs.

RÉÉDITION HISTORIQUE
Plateau de grande classe dont la diva bellinienne June Anderson, orchestre bavarois auquel se sont joints divers super solistes de diffĂ©rents orchestres (Dresde, Leningrad, Londres, New York, Paris
 il faut bien dĂ©fendre l’idĂ©e d’une phalange concrĂštement europĂ©enne); choeurs multiples Ă©galement pour l’occasion (Dresde, Munich, Berlin GDR)
 ce live du 25 dĂ©cembre 1989 au Schauspielhaus de Berlin est de fait, fĂ©dĂ©rateur, historique. Donc incontournable. La fiĂšvre de l’histoire rejoint l’oeuvre fraternelle et humaniste du plus gĂ©nial des symphonistes de l’histoire europĂ©enne. Tout un symbole. L’occasion insuffle une tension unique Ă  la partition de Beethoven. La sensibilitĂ© communicative du chef choisi fait le reste.

CD, critique. BEETHOVEN : Symph n°9 – Bernstein, Berlin 1989 (2 cd DG Deutsche Grammophon).

Ode an die Freiheit – Ode to Freedom
Beethoven: Symphony No. 9
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Chor des Bayerischen Rundfunks
Chor der Staatskapelle Dresden
Kirov Orchestra, St Petersburg
Orchestre de Paris
London Symphony Orchestra
New York Philharmonic
Leonard Bernstein, direction
Live from Berlin 25 December/bre 1989

Parution : 27 Sept. 2019
2 CD Deutsche Grammophon – 0289 483 7441 0

CD coffret, Ă©vĂ©nement, annonce. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphoniess : Wiener Philharm (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon)

BEETHOVEN andris nelsons 9 symphonies wiener philharmoniker 5 cd blu ray DG Deutsche GrammophonCD coffret, Ă©vĂ©nement, critique. ANDRIS NELSONS / BEETHOVEN : Complete symphonies / intĂ©grale des 9 symphonies : Wiener Philharmoniker (2017 – 2019  -  5 cd + bluray-audio DG Deutsche Grammophon). La direction trĂšs carrĂ©e du chef letton Andris Nelsons (nĂ© Ă  Riga en 1978) brillante certes chez Bruckner et Chostakovitch, efficace et expressive, finit par dessiner un Beethoven assez rĂ©ducteur, parfois caricatural (Symphonies n°7 et 8). De la vigueur, de la force, des Ă©clairs et tutti martiaux, guerriers
 mais pour autant est-ce suffisant dans ce grand laboratoire du chaudron BeethovĂ©nien qui exige aussi de la profondeur et une palette de couleurs des plus nuancĂ©es ? A notre avis, le maestro n’exploite pas assez toutes les ressources des instrumentistes viennois pourtant rĂ©putĂ©s pour leur finesse naturelle. A 40 ans, Nelsons (devenu chef permanent du Gewandhaus de Leipzig depuis 2017), dirige de façon d’emblĂ©e berlinoise ou teutonne un orchestre qui demanderait Ă  articuler, Ă  nuancer davantage. Disciple de Mariss Jansons, Andris Nelsons semble n’avoir compris que la force et la tension du premier, en minimisant le travail sur les couleurs et les nuances. Donc voici la version claironnante d’un Beethoven Ă  poigne.

Tous ceux qui savent tout l’hĂ©ritage viennois (haydnien et mozartien) chez Ludwig, et donc recherchent sous l’architecture du visionnaire prophĂ©tique, l’intelligence des timbres et la sensibilitĂ© du peintre (dans l’art du paysage par exemple, en particulier dans la Pastorale)
 passeront leur chemin.

De mĂȘme, la 1Ăšre symphonie patine sur des tempi trop ralentis, mais grĂące Ă  la vĂ©locitĂ© des cordes et leurs somptueux unissons (exceptionnellement aĂ©rĂ©s ; donc uniques au monde : tout ce qui fait l’excellence des Wiener Philharmoniker), les mouvements plus rythmiques regorgent d’une saine vitalitĂ©. Les uns regretteront que Nelsons pontifie, solennise, classicise Ă  outrance avec des gestes pompiers
 Oui mais c’est compter sans l’orchestre qui respire et contraste avec un souffle unique et singulier.

La 7Ăš est de ce point de vue emblĂ©matique : elle rĂ©vĂšle les aspĂ©ritĂ©s et les arguments d’une lecture brillante mais par moments trop charpentĂ©e. Quelle majestĂ© qui trĂ©pigne comme un dragon rugissant peu Ă  peu, nous faisant entendre le son d’un nouveau monde ; Beethoven est capable de provoquer, saturer, claquer et faire rĂ©agir en une frĂ©nĂ©sie unique et inouĂŻe avant lui (premier mouvement : Poco sostenuto puis Vivace, d’une tension quasi effrayante) ; puis Ă  l’opposĂ©, le second mouvement Allegretto exprime une immense nostalgie, pas une marche funĂšbre comme beaucoup la traite et la rigidifie, mais un chant qui pleure et qui coule, regrette et tourne la page ; musique des regrets et des soupirs vite transcendĂ©s dans l’appel des cimes. Nelsons Ă©claircit la pĂąte, prĂ©cise et clarifie le contrepoint, prĂ©cise chaque entrĂ©e des cordes pour mieux assĂ©ner l’implacable rythme du temps, la force et la violence du destin. La douceur voluptueuse de bois (si onctueuse dans la narration Ă©vocatrice de la Pastorale : hautbois, clarinettes, bassons
) adoucit les griffes de cette conscience qui tutoie l’histoire. Le Presto est un nerf Ă©lectrique qui se dĂ©roule et aimante tout sur son passage ; prĂ©alable frĂ©nĂ©tique avant l’Allegro con brio ou Finale qui sonne l’appel de toutes les forces martiales en prĂ©sence (trompettes incandescentes), en un tourbillon qui tourne sur lui-mĂȘme et appelle une nouvelle direction dans cette saturation rythmique de tutti rĂ©pĂ©titifs. Aucun doute ici, Beethoven est bien le compositeur du chaos qui hurle puis s’organise.

 

 

 

Le Beethoven d’Andris Nelsons
Chef de la vigueur et de la fermeté 

 

 

 

nelsons-andris-beethoven-wiener-phil-critique-cd-classiquenews-orchestre-symphonies-critique-classiquenews-concerts-maestro-dg-deutsche-grammophonLa 8Ăš dĂ©veloppe illico l’énergie de la forge, ce grand bain en fusion qui Ă©treint la matiĂšre, la malaxe et la compresse en Ă©clats rythmiques incandescents ; jamais la sensation du volcan orchestral et sa chambre contenant le magma n’avait autant Ă©merger dans une symphonie : brillant et vivace cet allegro rĂ©capitule toute l’énergie dont est capable le promothĂ©en Beethoven. Quel contraste lĂ  encore avec la lĂ©gĂšretĂ© caquettante, badine et facĂ©tieuse de l’Allegretto (justement annotĂ© « scherzando ») qui semble faire rĂ©vĂ©rence Ă  l’humour et la dĂ©licatesse dansante de Haydn et Mozart. Mais avouons qu’avec un tel orchestre, Nelsons manque de finesse et force le trait. Inutile surlignage.
Le Menuetto est le moins rĂ©ussi car grossiĂšrement battu, sans lĂ©gĂšretĂ©. Des acoups guĂšre sforzando assĂ©ner sans mĂ©nagement au risque de perdre le fil et la pulsion du Menuetto de base. Dommage. LĂ  se rĂ©vĂšle  Ă  notre avis les limites de la version Nelsons : trop Ă©paisse, la pĂąte des viennois qui pourtant respire et palpite naturellement, sonne brucknĂ©rienne et brahmsienne. Un Beethoven enflĂ©, grossi, qui aurait pris du poids : on est loin de l’élĂ©gance viennoise. dans les faits, Beethoven fit crĂ©er toutes ses symphonies majeures Ă  Vienne. Sur un tempo trĂšs allant, le dernier Allegro vivace manque de nuance. Mais cela trĂ©pigne et caquĂšte Ă  souhaits.

Ailleurs, cela fonctionne trĂšs bien dans la force tellurique et rythmique de la 5Ăš ; mais qu’en est-il dans ce vaste poĂšme de la Pastorale (Symphonie n°6), fresque organiquement unifiĂ©e Ă  travers ses 5 mouvements ? Hymne inouĂŻ Ă  la Nature, expression d’un sentiment de compassion dĂ©jĂ  Ă©cologique, et panthĂ©iste qui rĂ©capitule l’ambition lumineuse de Haydn (celui de la CrĂ©ation, oratorio clĂ© de 1799) ?
La sonoritĂ© comme chauffĂ©e Ă  blanc des cordes donne la clĂ© d’une lecture plus intense et contrastĂ©e que vraiment articulĂ©e. Tout est Ă©noncĂ© avec une vigueur permanente. Des contrastes tranchants, une matiĂšre en constante fusion, crĂ©pitante, d’une sauvagerie ardente et vindicative ; Ă  croire que le chef ne connaĂźt (ou plus exactement Ă©carte) toute nuance piano, tout galbe amoureux
 la voluptĂ© dans le regret n’existe plus.
Le second mouvement (Andante molto moto) manque de flexibilitĂ© caressante : tout est exĂ©cutĂ©, dĂ©taillĂ©, prĂ©cisĂ© et par sĂ©quences.  Il y manque la patine tendre, la distance poĂ©tique, ce flux qui s’écoule, organique et viscĂ©ral qui colore les meilleures versions (Karajan, Harnoncourt, Bernstein
) dans la scĂšne au ruisseau. Ici tout brille, en permanence, de façon univoque.

MĂȘme Ă©clatante voire fracassante Ă©nergie dans la 9Ăš, Ă  laquelle il ne manque ni dĂ©flagration ni dĂ©charges en tous genres ; du souffle aussi dĂšs le portique d’ouverture qui creuse une distanciation historicisante,  – sorte d’appel gĂ©nĂ©ral Ă  toutes les Ă©nergies disponibles. Et qui inscrit le massif orchestral en un souffle Ă©pique, Ă  l’échelle de l’histoire. Le chef veille en permanence Ă  faire vrombir le son collectif, creusant les contrastes avec un geste parfois sec, rĂ©sumant le dĂ©veloppement et ses variations en une sĂ©rie de blocs sonores plus puissants que clairs et transparents quoiqu’il sculpte dans l’évidence le relief des bois (Allegro ma non troppo, un poco maestoso). Roulements de timbales, appels des trompettes convoquent une urgence pĂ©taradante qui sonne dur voire Ă©paisse. Le fin contrepoint du Molto vivace qui est vite rattrapĂ©e par l’euphorie et mĂȘme la transe collective avance comme une machine de guerre, enrayĂ©e cependant sur le mode forte voire fortissimo et mĂ©gaforte (coups de timbales). Le chef pilote l’orchestre dans la trĂ©pidation, une urgence continue faisant table rase de tout, y compris de toute recherche de nuances et de dĂ©tails instrumentaux, sauf le contre chant des violoncelles, contrebasses et cors, quoique enchaĂźnĂ©s rapidement, presque prĂ©cipitĂ©s.
L’Adagio doit effacer toute tension, rĂ©parer les blessures, rĂ©conforter par son voile instrumental oĂč rĂšgnent l’unisson des cordes, la couleur flottante des cors, bassons, clarinettes, hautbois
 Nelsons extirpe de l’orchestre un appel au renoncement, l’expression d’un adieu Ă©ternel. Mais il manque cette nuance de magie, de phrasĂ©s piano dont le chef se montre avare depuis le dĂ©but de son intĂ©grale. De telle sorte que son Beethoven sonne (comme nous l’avons dit) comme du Brahms.

Evidemment la dĂ©flagration qui ouvre le Presto – fanfare puis chant des contrebasses, rĂ©sonne comme une prise Ă  tĂ©moin, et la claire volontĂ© de Beethoven d’inscrire sa symphonie dans l’Histoire.
La sĂ©quence est charniĂšre ; elle doit ĂȘtre entendue comme ultime rĂ©capitulation aussi, Ă  la fois complĂšte et dĂ©finitive comme une reprogrammation, une mise en orbite pour un monde nouveau, juste avant la prise de parole et de chant de l’humanitĂ© fraternelle rĂ©conciliĂ©e dans le dernier mouvement sur les vers de Goethe.
Plus inspirĂ©, capable de contrastes ciselĂ©s, le chef dĂ©taille alors sĂ©quence par sĂ©quence, produit de superbes climats qui rĂ©capitulent ce qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©. L’Allegro assai, c’est Ă  dire l’énoncĂ© initial de l’Ode Ă  la joie aux contrebasses (5) est inscrit comme un motif sinueux, pianissimo, souterrain qui innerve tout le paysage orchestral, en un large et progressif crescendo, alors dĂ©taillĂ© par les bois.. VoilĂ  une sĂ©quence parfaitement rĂ©ussie, nuancĂ©e, murmurĂ©e, riante dans la joie et l’espĂ©rance (superbe chant des clarinettes).

Dans l’esprit d’un opĂ©ra, et l’on pense Ă  la clameur finale de Fidelio et son hymne conclusif, fraternel, la basse Georg Zeppenfeld (ailleurs trĂšs bon wagnĂ©rien, comme Ă  Bayreuth) entonne avec une noblesse communicative l’ode humaniste rĂ©digĂ© par Goethe et que Beethoven sublime jusqu’à l’explosion, en mĂ©nageant plusieurs jalons par le quatuor vocal.
AprĂšs l’appel de tout le chƓur, Ă  3’33, l’armĂ©e orchestrale reprend le flambeau, Ă©lectrisĂ©e davantage par le tĂ©nor (Klaus Florian Vogt un rien tendu) et le chƓur des hommes. Chef et instrumentistes assĂšnent une montĂ©e en puissance qui ne mĂ©nage aucun effet tonitruant pour faire triomphant l’éclat de l’hymne vers la transe rituelle, vers l’ivresse contagieuse explosive
 quitte Ă  Ă©luder le mystĂšre de la sĂ©quence plus introspective (Andante maestoso, plage 8, 1’34) qui reste plat et manque curieusement de respiration
 Une intĂ©grale en demi teintes donc. Plus teutonne et berlinoise que viennoise et autrichienne. A Ă©couter Nelsons, tout l’apport rĂ©cent, depuis Harnoncourt, des instruments d’époque, est Ă©cartĂ© ici. Question d’esthĂ©tique certes. Mais Ă  force de rugir et vrombir, le moteur beethovĂ©nien sature dans la puissance et l’épaisseur du trait.

 

 

 

 

 

 

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Approfondir
 

 

 

Autres cycles symphoniques d’Andris Nelsons chez Deutsche Grammophon :

 
 

 

 

BRUCKNER
les Symphonies de Bruckner par Andris Nelsons (2016, 2017, 2018) avec le Gewandhausorchester Leipzig

Symphonie n°7 – CLIC de CLASSIQUENEWS
http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

Liens vers Symphonie n°3 et Symphonie n°4
http://www.classiquenews.com/cd-critique-bruckner-7e-symphonie-gewandhausorchester-leipzig-andris-nelsons-2018-1-cd-dg/

 

 

 

CHOSTAKOVITCH / SHOSTAKOVICH

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3Ăš et dernier volume attestent des qualitĂ©s identiques observĂ©es dans les opus prĂ©cĂ©dents : puissance et richesse du son. CrĂ©Ă©e Ă  Leningrad en 1939 par le lĂ©gendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractĂšre endeuillĂ© du Largo prĂ©liminaire, dĂ©taillant les solos instrumentaux pour flĂ»te piccolo, cor anglais, basson afin de dĂ©ployer la matiĂšre nocturne, Ă©touffante de cette longue sĂ©quence grave et intranquille. Les deux mouvements plutĂŽt courts qui suivent Allegro et Presto assĂšne une motricitĂ© aiguĂ« et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgĂ©s de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordĂ© comme un feu d’artifice cravachĂ©, narguant le mystĂšre du premier mouvement dont il dĂ©ment le calme profond par une sĂ©rie ultime de surenchĂšre dĂ©monstrative et vindicative, au bord de la folie
 LIRE ici la critique complĂšte

 

 

 

 

 

 

COMPTE-RENDU,Concert. La Roque d’AnthĂ©ron 2019, le 17 AoĂ»t 2019. RĂ©cital FF Guy, piano. L.V. BEETHOVEN (Hammerklavier)

COMPTE-RENDU,Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 17 AoĂ»t 2019. L.V. BEETHOVEN. F.F. GUY. La grande connaissance de la musique de Beethoven par François-FrĂ©dĂ©ric Guy est bien connue au concert. Il a Ă©galement enregistrĂ© probablement toute la musique de Beethoven pour piano, sonates, pour piano seul et Ă  deux, musique de chambre et concertos. Son allure calme, sa concentration sereine donnent immĂ©diatement un sentiment de sĂ©curitĂ©. Il dĂ©bute son concert avec la 16 Ăšme des 32 Sonates de Beethoven. Elle possĂšde donc une position centrale dans cette production prodigieuse. Alors qu’elle est contemporaine du dĂ©chirant texte du Testament d’Heiligenstadt ; elle paraĂźt joyeuse et pleine d’humour. Comme si le grand homme voulait bien rendre compte de son plaisir Ă  vivre en sociĂ©tĂ© que la surditĂ© le condamnait Ă  Ă©viter. Le jeu de François FrĂ©dĂ©ric Guy est justement capable de rendre cette lĂ©gĂšretĂ© et cet humour. MĂȘme si le mouvement lent se rembrunit. La beautĂ© de la sonoritĂ© nous ravit et la dĂ©licatesse des phrasĂ©s est Ă©galement admirable.

 

 

32 Sonates, Hammerklavier… 

François-Frédéric Guy excelle dans Beethoven

 

concert piano critique classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-6

 

 

 

L’élĂ©gance de l’écriture et celle de l’interprĂ©tation se rencontrent avec art sous les doigts de François-FrĂ©dĂ©ric Guy. Puis la Sonate n° 26 plus connue comme celle des adieux, est en fait celle « des adieux, de l’absence et du retour de l’ami ». Il ne s’agit pas d’une histoire amoureuse mais d’amitiĂ©. Beethoven voyait le frĂšre de l’Empereur, son Ă©lĂšve, ami et mĂ©cĂšne quitter Vienne sous la menace NapolĂ©onienne. PrĂ©cĂ©dant de peu le cinquiĂšme concerto, l’écriture pianistique est virtuose et brillante. François-FrĂ©dĂ©ric Guy avec une belle autoritĂ© dramatique va nous faire vivre ses trois Ă©tats avec une grande clartĂ© de jeu. Nuances trĂšs dĂ©veloppĂ©es, virtuositĂ© maĂźtrisĂ©e et tristesse dans le mouvement lent non surjouĂ©e, mais exprimĂ©e avec noblesse. Le final est un moment de vĂ©ritable allĂ©gresse.

AprĂšs l’entracte c’est la grandiose Sonate « Hammerklavier ». Peu de pianistes peuvent en rendre la vĂ©ritable grandeur qui dĂ©passe le seul jeu pianistique. RĂ©cemment Ă  Salon-de-Provence le tout jeune ThĂ©o Fouchenneret nous avait Ă©blouis par sa comprĂ©hension du message de Beethoven dans des qualitĂ©s pianistiques rares. Il est certain que la maturitĂ© de François-FrĂ©dĂ©ric Guy lui permet d’aller plus loin. Il dĂ©passe les traits pianistiques, se met complĂštement Ă  nu dans une interprĂ©tation totalement bouleversante. Comment Beethoven a-t-il pu aller si loin ? Comment cet artiste fait-il pour rendre perceptible au public la confession de l’ñme du compositeur ? Il y a presque quelque chose d’indĂ©cent Ă  livrer au public une telle confession. Public dont une partie joue avec son tĂ©lĂ©phone portable, tousse, bouge ou somnole pendant qu’un artiste intĂšgre livre en totale impudeur tout son amour pour cette partition incroyable. Le long mouvement lent (20 minutes) est l’expression, la confidence d’une Ăąme au bord du dĂ©sespoir mais qui garde faiblement la foi dans l’humanitĂ©.
C’est lĂ  que le Testament d’Heiligestadt prend tout son sens. Beethoven avait en lui cette page, et bien d’autres : il devait les offrir Ă  ses frĂšres humains. Voici l’extrait du testament auquel je fais allusion : « De tels incidents me portaient presque au dĂ©sespoir et il s’en fallut de peu que je ne misse fin Ă  ma vie, mais seul, lui, l’art m’en retint. Oh ! Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir accompli ce Ă  quoi je me sentais disposĂ© et, ainsi je prolongeai cette vie misĂ©rable, vraiment misĂ©rable, cette nature si fragile qu’un assez rapide changement me fit passer du meilleur Ă©tat dans le pire. »

Il me semble que l’organisation d’un concert, mĂȘme dans un lieu magique comme celui-ci, touche Ă  sa limite lorsque que l’artiste-interprĂšte offre une si parfaite comprĂ©hension du message bouleversant du compositeur. François-FrĂ©dĂ©ric Guy domine non seulement techniquement cette Sonate, mais en comprend parfaitement et nous en fait comprendre, toute la grandeur.

 

 

piano concert critique festival classiquenews Guy_© Christophe GREMIOT_17082019-11

 

 

Ce grand moment de musique est Ă  marquer d’une pierre blanche. François-FrĂ©dĂ©ric Guy est un artiste Ă  la maturitĂ© magnifique. Il est en train de diffuser en CD son intĂ©grale des Sonates de Beethoven. Elle est certainement admirable, mais assister Ă  un concert de cette qualitĂ© n’a pas de prix. Car voir la charge Ă©motionnelle maĂźtrisĂ©e de l’artiste, rend humble et reconnaissant. Le public a applaudi bruyamment et presque vulgairement aprĂšs cette musique Ă©thique si profonde. François-FrĂ©dĂ©ric Guy avec un bel humour a jouĂ© en premier bis la lettre Ă  Elise. Son petit sourire semblait suggĂ©rer que savoir jouer la Hammerklavier est peut ĂȘtre un prĂ©alable Ă  bien jouer cette petite et si belle lettre
. Que massacrent tant d’amateurs

Puis dans la belle nuit provençale un nocturne de Chopin au legato de velours, a fermĂ© la soirĂ©e avec beaucoup d’élĂ©gance. Plus qu’un pianiste François-FrĂ©dĂ©ric Guy est un grand musicien et il excelle dans la capacitĂ© Ă  faire comprendre le gĂ©nie de Beethoven.

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Compte- rendu, Concert. Festival de La Roque d’AnthĂ©ron 2019. La Roque d’AnthĂ©ron. Parc du ChĂąteau de Florans, le 17  aoĂ»t 2019. Ludwig Van Beethoven ( 1770-1827) : Sonate N°16 en sol majeur op.31 n°1 ; Sonate n°26 en mi bĂ©mol majeur Op.81a «  Les adieux » ; Sonate n°29 en si bĂ©mol majeur Op.106 «  Hammerklavier » ; François-FrĂ©dĂ©ric Guy, piano. Photos : © Christophe Grimiot

 

 

 

 

MISSA SOLEMNIS de Beethoven (par René Jacobs)

Rene-Jacobs-2013-582FRANCE MUSIQUE, lundi 10 juin 2019. BEETHOVEN : Missa Solemnis. RenĂ© Jacobs.  Ce fut le dernier enregistrement du regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt (CD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt / 2015, 1 cd Sony classical / parution mai 2016). La missa Solemnis de Beethoven est le grand Ɠuvre sacrĂ© du maĂźtre, une partition Ă  l’égal des Messe en si de JS BACH, Requiem de Mozart, Requiem de Berlioz et de Verdi
 On y Ă©prouve face Ă  une architecture qui se confronte Ă  Dieu, toutes les aspirations de l’ñme humaine : pardon, compassion, salut. ComposĂ©e entre 1818 et 1822, la partition sollicite un grand chƓur, l’orchestre Ă  son complet et quatre solistes. De Karajan Ă  Boehm, tous les grands chefs ont souhaitĂ© aborder la profondeur et l’humanisme passionnĂ© de la partition lĂ©guĂ©e par Beethoven. En mai 2019, RenĂ© Jacobs en propose une lecture « allĂ©gĂ©e » sur instruments d’époque. Les instruments historiques seront-ils adaptĂ©s pour en restituer Ă  la fois la majestĂ© et la sincĂ©ritĂ© ? Et les solistes ?

 

 

Missa Solemnis, 1824
Beethoven dont on connaĂźt le dĂ©sir d’édifier une arche musicale pour le genre humain, saisissant par son ivresse fraternelle, portĂ© par un idĂ©al humaniste qui s’impose toujours aujourd’hui avec Ă©vidence et justesse (Ă©coutez le finale de la 9Ăš symphonie, aujourd’hui, hymne europĂ©en), tenait sa Missa Solemnis comme son oeuvre majeure. Mais pour atteindre Ă  la forme parfaite et vraie, le chemin est long et la genĂšse de la Solemnis s’étend sur prĂšs de 5 annĂ©es


Pour l’ami Rodolphe
Vienne, Ă©tĂ© 1818. Le protecteur de Beethoven, l’archiduc Rodolphe de Habsbourg, frĂšre de l’empereur François Ier, est nommĂ© cardinal. Son intronisation a lieu le 24 avril 1819. Beethoven, qui rĂšgne incontestablement sur la vie musicale viennoise depuis 1817, inspirĂ© par l’évĂ©nement, compose
Kyrie, Gloria et Credo pendant l’étĂ© 1819. La pĂ©riode est l’une des plus
intenses: elle accouche aussi de la sublime sonate n°29, “Hammerklavier” (terminĂ©e fin 1818). Les cĂ©rĂ©monies officielles en l’honneur de Rodolphe sont passĂ©es (depuis mars 1820)
 et Beethoven poursuit l’écriture de la Messe promise. Jusqu’à juillet 1821, il Ă©crit les parties complĂ©mentaires. En 1822, la partition autographe est finie: elle est contemporaine de sa Symphonie n°9 et de ses deux ultimes
Sonates.
Avec le recul, la genĂšse de l’ouvrage s’étend sur plus de cinq annĂ©es: gestation reportĂ©e et difficile car en plus des partitions simultanĂ©es, Beethoven, entre ivresse exaltĂ©e et sentiment de dĂ©nuement, a du cesser de nourrir tout espoir pour “l’immortelle bien-aĂźmĂ©e” (probablement Antonia Brentano), fut contraint de nĂ©gocier avec sa belle soeur, la garde de son neveu Karl


 

 

 

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logo_france_musique_DETOUREFRANCE MUSIQUE, lundi 10 juin 2019, 20h : MISSA SOLEMNIS de BEETHOVEN par René Jacobs / Concert donné le 6 mai 2019 à 20h30 Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris

Ludwig van Beethoven
Missa solemnis en ré majeur op. 123

1. Kyrie
2. Gloria
3. Credo
4. Sanctus – Benedictus
5. Agnus Dei

Polina Pastirchak, soprano
Sophie Harmsen, mezzo-soprano
Steve Davislim, ténor
Johannes Weisser, basse
RIAS Kammerchor
dirigé par Denis Comtet
Freiburger Barockorchester
Direction : René Jacobs

 

 

 

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Ce vieux loup solitaire et génial
Beethoven, marquĂ© par la vie, dĂ©fait intimement, capable de sautes d’humeurs imprĂ©visibles, marque les rues viennoises par son air de lion sauvage, caractĂ©riel, emportĂ© mais
 gĂ©nial. Dans les cabarets, il invective les clients, proclamant des injures contre les aristocrates et mĂȘme les membres de la famille impĂ©riale
 Mais cet Ă©corchĂ© vif a des circonstances attĂ©nuantes: il est sourd, donc coupĂ© de son milieu ordinaire, et ne communique, sauf ses percĂ©es orales souvent injurieuses, que par ses “carnets de conversation”. Ce repli exacerbe une inspiration rageuse, inĂ©dite, que ses proches dont Schindler (son secrĂ©taire), l’éditeur Diabelli (pour lequel il reprend en 1822, les Variations “Diabelli” qu’il avait laissĂ©es inachevĂ©es en 1820), ou Czerny (son Ă©lĂšve)
 admirent totalement. De surcroĂźt, si les princes d’hier sont partis ou dĂ©cĂ©dĂ©s tels Kinsky, Lichnowsky, Lobkowitz,
surtout Rassoumowsky (qui a rejoint la Russie aprùs l’incendie
dĂ©vastateur de son palais et de ses collections en 1814), le compositeur bĂ©nĂ©ficie toujours d’un soutien puissant en la personne de l’Archiduc Rodolphe, fait donc cardinal, et aussi archevĂȘque d’OlmĂŒtz en Moravie.

 

 

Vaincre la fatalité :
une messe pour le genre humain qui doit toucher le cƓur

 

 

beethoven 220 220px-BeethovenA l’origine liturgique, la Missa Solemnis prend une ampleur qui dĂ©passe le simple cadre d’un service ordinaire. Messe pour le genre humain, d’une bouleversante piĂ©tĂ© collective et individuelle, l’oeuvre porte sang, sueur et ferveur d’un compositeur qui s’est engagĂ© totalement dans sa conception. FidĂšle au credo de Beethoven, l’oeuvre Michel-AngĂ©lesque (choeur, orgue, orchestre important), exprime le chant passionnĂ© d’un homme dĂ©sirant ardemment vaincre la fatalitĂ©. Exigeant quant Ă  l’articulation du texte et l’explicitation des vers sacrĂ©s, Beethoven choisit avec minutie chaque forme et dĂ©veloppement musical. A la vĂ©ritĂ© et Ă  l’exactitude des options poĂ©tiques, le compositeur souhaite toucher au coeur : “venu du coeur, qu’il aille au coeur“, Ă©crit-il en exergue du Kyrie. ThĂ©ĂątraliĂ© rĂ©volutionnaire du Credo, vĂ©ritable acte de foi musical, mais aussi cri dĂ©chirant et tragique du Crucifixus, mĂ©ditation du Sanctus, intensitĂ© fervente du Benedictus (introduit par un solo de violon) puis de l’Agnus Dei, l’architecture touche par ses forces colossales, la vĂ©ritĂ© dĂ©sarmante de son propos: l’inquiĂ©tude de l’homme face Ă  son destin, son espĂ©rance en un Dieu misĂ©ricordieux et compatissant.

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 SĂ»r de la qualitĂ© de sa nouvelle partition qui extrapole et transcende le genre de la Messe musicale, Beethoven voit grand pour la crĂ©ation de sa Solemnis. Il propose l’oeuvre aux Cours europĂ©ennes: Roi de Naples, Louis XVIII par l’entremise de Cherubini, mĂȘme au Duc de Weimar, grĂące Ă  une lettre destinĂ©e Ă  Goethe (qui ne daigne pas lui rĂ©pondre!)

En dĂ©finitive, la Missa Solemnis est crĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg le 7 avril 1824 Ă  l’initiative du Prince Galitzine, soucieux de faire crĂ©er les derniĂšres oeuvres du loup viennois, avec l’appui de quelques autres aristocrates influents. Beethoven assure ensuite une reprise Ă  Vienne, le 7 mai, de quelques Ă©pisodes de la Messe (Kyrie, Agnus Dei
), couplĂ©s avec la premiĂšre de sa Symphonie n°9. Le triomphe est sans prĂ©cĂ©dent: Vienne acclame alors son plus grand compositeur vivant, lequel totalement sourd, n’avait pas mesurĂ© immĂ©diatement le dĂ©lire et l’enthousiasme des auditeurs, rĂ©unis dans la salle du ThĂ©Ăątre de la Porte de Carinthie.

 

 

Beethoven: Missa Solemnis
ƒuvre composĂ©e entre 1818 et 1822

Illustrations: portraits de Beethoven. Beethoven composant la Missa (DR)

 

 

 
 

 
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Approfondir
MISSA SOLEMNIS de BEETHOVEN sur CLASSIQUENEWS
Par Nikolaus Harnoncourt
http://www.classiquenews.com/tag/missa-solemnis/

DOSSIER SPECIAL Missa Solemnis
https://www.classiquenews.com/beethoven-missa-solemnis-jardin-des-critiquesfrance-musique-dimanche-10-fvrier-2013-14h/

 

  

 

Bagatelles de Beethoven

Beethoven_Hornemann-500-carreFRANCE MUSIQUE. Dim 5 mai 2019. BEETHOVEN : Bagatelles – La tribune des critiques de disques s’intĂ©resse aux fameuses et trop mĂ©connues Bagatelles op. 126 de Beethoven. Oeuvre de jeunesse certes mais pas esquisses inabouties. Bien au contraire. Tout le Beethoven architecte, expĂ©rimentateur est dĂ©jĂ  lĂ . A Vienne depuis 1792, le jeune Beethoven venu de sa Bonn natale, se dĂ©voile en admirateur du dernier Haydn, son maĂźtre vĂ©nĂ©rĂ©, gĂ©nie de la Sonate pour clavier. Le cycle est 
 « capital pour notre connaissance du clavier viennois entre la fin du XVIIIĂš et le dĂ©but du siĂšcle romantique. La fougue intempestive d’un Beethoven maĂźtre de l’improvisation et fortepianiste recherchĂ© par l’élite (Lichnowski, Razumowski, Lobkowicz, Kinsky, l’Archiduc Rodolphe, ou le Comte Waldstein
) comme par le public des concerts Ă  Vienne, se dessine ici avec un panache racĂ© captivant, une rage libre et personnelle Ă  couper le souffle  » ainsi rĂ©capitulait la critique du cd des Bagatelles par Natalia Valentin, il y a dĂ©jĂ  10 ans, en 2009 (LIRE notre critique intĂ©grale du cd BAGATELLES de BEETHOVEN par Natalia Valentin, 1 cd Paraty)


beethoven_rondos_bagatelles_pianoforte_natalia_valentin_cd_ParatyEt plus loin : « Les 7 Bagatelles semblent aller encore plus loin dans la palette des possibilitĂ©s de l’instrument comme de l’écriture: ici, la vitalitĂ© du jeu est sublimĂ©e par l’audace, l’engagement interprĂ©tatif, une assise et une maturitĂ© exceptionnelles dans la ciselure de l’expressivitĂ© et des nuances dynamiques, d’une phrase Ă  l’autre, et mĂȘme d’une note Ă  l’autre, car la prĂ©cision ronde et naturelle de l’instrument le permet. On se plaĂźt dĂ©sormais Ă  imaginer le jeune prodige de la musique vaquer sur un instrument aussi riche aux expĂ©rimentations futures, le bouillonnant improvisateur Ă  Vienne, “oser”, surprendre, ouvrir de nouvelles perspectives. Chaque Bagatelles dresse des voies nouvelles, esquisses fugaces et dĂ©jĂ  profondes qui dans leur versatilitĂ© profuse, sont des mondes en gestations qui appellent des dĂ©veloppements et des variations. L’insolence, l’éclat de l’original et de l’intĂ©rioritĂ©, le jaillissement des idĂ©es et le dĂ©lire quasi obsessionnel (Presto) se ressentent ici avec force et puissance grĂące Ă  la digitalitĂ© supĂ©rieure de l’interprĂšte. AprĂšs les multilples perspectives ouvertes des 6 Bagatelles, il faut bien le feu d’artifice du Caprice final (Rondo alla ingharese, vers 1795), liĂ© Ă  une anecdote de la vie du compositeur, composĂ© pour l’ami et mĂ©cĂšne, l’Archiduc Rodolphe d’Autriche: bouillonnement de l’humeur qui engendre une musique frĂ©nĂ©tique, thĂ©Ăątrale, gorgĂ©e lĂ  aussi d’une furiĂ  parfaitement beethovĂ©nienne, mais articulĂ© avec un dĂ©licieux panache et une intelligence nuancĂ©e par Natalia Valentin. Outre l’intĂ©rĂȘt des oeuvres rĂ©vĂ©lĂ©es, le 7Ăšme album Paraty met en lumiĂšre le geste superlatif de l’interprĂšte, une nature et un engagement dĂ©sormais Ă  suivre ». De toute Ă©vidence, les Bagatelles de Beethoven sont comme ses Ɠuvres Ă  suivre, de premiĂšre valeur en ce qu’elles rĂ©vĂšlent dĂ©jĂ  un interprĂšte-compositeur gĂ©nial.

FRANCE MUSIQUE. Dim 5 mai 2019, 16h. BEETHOVEN : Bagatelles op. 126 – tribune des critiques de disques

PARIS. RĂ©cital de piano : Jean-Nicolas DIATKINE Ă  GAVEAU

Jean-Nicolas Diatkine Ă  GaveauPARIS, Gaveau. 3 avril 2019, 20h. RĂ©cital JN DIATKINE, piano. Classiquenews avait dĂ©jĂ  remarquĂ© le jeu facĂ©tieux mais prĂ©cis, imaginatif mais juste du pianiste Jean-Nicolas Diatkine (Ă  Gaveau aussi en nov 2014 : programme Ravel, Chopin
). C’est un lutin Ă©clairĂ© et cultivĂ© qui lui-mĂȘme cherche et trouve des filiations poĂ©tiques secrĂštes d’un musicien l’autre, d’une partition Ă  un Ă©crivain (ainsi Proust parlant de Chopin
). L’éclectisme des programmes nourrit en rĂ©alitĂ© une riche rĂ©flexion sur le jeu des inspirations, sur la construction des Ă©difices poĂ©tiques… C’est Ă©videmment le cas de ce nouveau rĂ©cital qui marie Mozart (gluckiste, et d’une gravitas enfin apaisĂ©e dans l’Adagio k540), Beethoven (passionnĂ©, conquĂ©rant, inflexible) et Chopin (mĂ©lancolique et langoureux mais surtout vif, nerveux, fier
).

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDDans l’Appassionnata, Beethoven alors au service du Prince Lichnowsky, refuse de jouer pour les Français de NapolĂ©on qui occupent son palais : Lichnowsky fait enfoncer la porte de la chambre du compositeur qui s’y Ă©tait rĂ©fugiĂ© ; mais Beethoven fier comme un paon, s’obstine et quitte les lieux (et son protecteur Ă  Vienne). Dans une lettre demeurĂ©e fameuse, il exprime comme Mozart, l’unicitĂ© et l’indĂ©pendance non serviles de son gĂ©nie : « « Prince, ce que vous ĂȘtes, vous l’ĂȘtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi-mĂȘme. Des princes, il y en a et il y en aura des milliers. Il n’y a qu’un seul Beethoven – signé : Beethoven ». JN Diatkine saura souligner entre chaque note musicale, cette assurance qui n’est pas arrogance mais suprĂȘme conscience de la puretĂ© de son art. Inflexible Beethoven et tellement naĂŻf aussi.

Puis la main preste, allĂ©gĂ©e, s’accorde Ă  la pensĂ©e fugace des PrĂ©ludes, ceux de Chopin : 24 esquisses dont l’acuitĂ© critique du pianiste rĂ©vĂ©lera surtout le fourmillement des idĂ©es, jaillissantes, fulgurantes. Mais le gĂ©nie de Chopin tient surtout Ă  sa relecture du genre emblĂ©matique de la dignitĂ© de sa nation, occupĂ©e, meurtrie, martyrisĂ©e : dans la Polonaise opus 53, il y a certes le souvenir de la marche noble des princes en reprĂ©sentation ; il y a surtout l’expression intime d’une blessure qui sublime la souffrance en 
 grĂące. Magie de l’acte crĂ©ateur et poĂ©tique.

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RĂ©cital Jean-Nicolas DIATKINE, piano

PARIS, Salle Gaveau
Mercredi 3 avril 2019, 20h30

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.sallegaveau.com/spectacles/jean-nicolas-diatkine-piano

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Programme: 

Mozart :
Adagio K. 540 et Variations sur un thĂšme de Gluck K. 455

Beethoven :
Sonate n°23 op.57 « Appassionata”

Chopin :
24 Préludes (1839)
Polonaise op. 53 “HĂ©roĂŻque” (1842)

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Salle Gaveau Ă  PARIS
45-47 rue La Boétie
75008 PARIS
01.49.53.05.07

CD, Ă©vĂ©nement, critique. SEIJI OZAWA : BEETHOVEN 9 – Mito Chamber Orchestra (1 cd Decca)

OZAWA SEIJI BEETHOVEN 9 MITO chamber orchestra concert cd critique cd review classiquenews 4832566_SO_B9_A_FC-240x240CD, Ă©vĂ©nement, critique. SEIJI OZAWA : BEETHOVEN 9 – Mito Chamber Orchestra (1 cd Decca). 45 ans aprĂšs son tout premier enregistrement pour Philips, le vĂ©tĂ©ran lĂ©gendaire, maestro Seiji Ozawa relit le sommet des symphonies romantiques germaniques : la 9Ăš de Beethoven; Ă  l’ñge de 83 ans, Ă  la tĂȘte du Mito Chamber Orchestra (fondĂ© en 1990), le chef – directeur musical de l’orchestre nippon Ă  partir de 2012-, montre en dĂ©pit d’une longue maladie dont il sort petit Ă  petit, une Ă©nergie nerveuse prĂȘte Ă  dĂ©coudre avec le massif beethovĂ©nien.

Le premier mouvement, frĂ©missant, tendu, incandescent reconnecte le sentiment tragique Ă  l’univers ; on y lit dans cette lecture nerveuse, mordante, Ă©ruptive, acĂ©rĂ©e et incisive, la volontĂ© d’en dĂ©coudre ou de faire surgir coĂ»te que coĂ»te, et en urgence, une rĂ©solution au conflit. C’est la rĂ©itĂ©ration de plus en plus prĂ©cise, claire d’une phrase qui rĂ©capitule toutes les guerres et leur essence tragique, extinction, barbarie, enfin reformulĂ©e de façon dĂ©finitive et enfin claire Ă  16mn : Ozawa, pilotant un effectif chambriste, sculpte la matiĂšre orchestrale avec une prĂ©cision de fauve, de loup en panique, pressĂ© par l’obligation et l’urgence de rĂ©solution. L’engagement des instrumentistes produit une tension d’ensemble, une motricitĂ© collective qui fait feu de tout bois. Quand enfin dans les derniĂšres mesures, s’énonce l’équation rĂ©ponse qui est une dĂ©claration affirmĂ©e, le sentiment de rĂ©solution peut s’accomplir. Tout est dit : tout est clair.

Le 2Ăš mouvement est d’une Ă©nergie primitive, Ă©purĂ©e, sautillante, vrai ballet, Ă  la fois pulsation pure, et ciselure cristalline, vif-argent, enfin sans contrainte ; une nouvel Ă©lan, celui d’un espoir neuf
 Si dans le premier mouvement il s’agissait de regretter et pleurer les morts et les victimes colatĂ©rales des batailles, ici, le courage recouvrĂ©, et l’espoir revivifiĂ©, transcendĂ© (cor, basson
), la volontĂ© de victoire, irrĂ©pressible et comme Ă©lectrisĂ©e, animent toutes les troupes pour un nouveau combat (le dernier?)/ timbales, piccolos indiquent la marche heureuse (inconsciente ?), Ă©nivrĂ©e, Ă©perdue. Ozawa redouble de nervositĂ© dĂ©taillĂ©e, d’une frĂ©nĂ©sie primitive, Ă©noncĂ©e avec l’urgence d’une force juvĂ©nile. Le travail du chef dans les nuances, l’élan, la clartĂ© de l’architecture y paraĂźt le plus manifeste et intelligible. C’est un concert parfaitement Ă©quilibrĂ© qui gagne un relief dĂ©cuplĂ© dans cette version recentrĂ©e sur un effectif essentiel (chambriste). La motricitĂ© et le souci de dĂ©tail sont superlatifs.
Voyez comme Ă  7:51 : une Ă©tape est franchie soudainement, dans le sens d’une organisation et d’un objectif nouveau, plus trĂ©pidant encore qui reprend la frĂ©nĂ©sie du dĂ©part, une armĂ©e se met en mouvement.

Dans l’Adagio, sans s’alanguir vraiment, Ozawa fait chanter cordes et bois, en un Ă©noncĂ© plus feutrĂ©, rentrĂ©, priĂšre fraternelle qui devient appel au renoncement accompagnĂ© des pleurs aux violons, un rien maniĂ©rĂ© (8:40) ; Beethoven aprĂšs l’évocation de la barbarie en un souffle tragique, ayant repris possession d’un espoir inespĂ©rĂ©, exprime ici une confession intime qui dans le sens de la fraternitĂ©, indique clairement l’espoir d’un monde nouveau. Il y manque certainement l’ampleur d’enivrement d’autres versions ; Ozawa semble demeurĂ© dans les instruments, Ă  hauteur de pupitre, dans les cordes spĂ©cifiquement. Il lui manque un soupçon de distance rĂ©conciliatrice, de souffle poĂ©tique.

 
 
 

Du chant des armes
à la priùre des cƓurs
OZAWA plus fraternel que jamais

 
 
 

OZAWA maestro felin CLASSIQUENEWS portrait juillet août 2015 Le-chef-d-orchestre-Seiji-Ozawa-de-retour_article_landscape_pm_v8

 
 
 

Le destin frappe alors dans le 4Ú mouvement « Presto »: urgence nouvelle qui est trÚs ralentie, exposée avec lenteur par les contrebasses.

On comprend bien la construction de ce massif ultime du gĂ©nie beethovĂ©nien : conscience foudroyĂ©e d’abord, puis reconstruction humaniste.

En passant par le chant du chƓur des homms d’abord puis des femmes, en s’incarnant par la voix des solistes, baryton qui exhorte, puis tĂ©nor qui invoque et prie, la parole de l’orchestre, s’apparentait Ă  celle des armes (premier mouvement) ; dĂ©sormais s’il y a levĂ©e de boucliers et chant de guerre, ils ne peuvent se rĂ©aliser que dans le sens d’une humanisation gĂ©nĂ©rale. Quelle vision prophĂ©tique qui vaut pour notre siĂšcle (XXIĂš) celui ultime et dĂ©cisif de tous les dĂ©fis : climatique et Ă©cologique, sociĂ©tal et politique
 Quelles valeurs voulons nous dĂ©fendre ? C’est bien ce rapport dĂ©sormais vital et dernier auquel nous invite Beethoven. VoilĂ  qui fait sa modernitĂ© et ses vertus cathartiques aussi. Car Ă  dĂ©faut d’en retrouver traces dans la rĂ©alitĂ© sociĂ©tale actuelle, le spectateur vit dĂ©jĂ  dans l’écoulement de la symphone, cette expĂ©rience salutaire et clairvoyante qui lui restitue ce qui n’a aucun prix et vaut d’ĂȘtre dĂ©fendu : le combat de l’homme pour l’homme.

Ozawa comprend les enjeux et la situation : c’est un cataclysme organisĂ©, un nouveau chaos produisant une Ăšre nouvelle qui s’accomplit alors, illuminĂ© par l’humanisme fraternel du chant des solistes et du choeur.
CLIC_macaron_2014L’appel Ă  l’amour universel et l’étreinte pacifique unit orchestre, chef et solistes en une course effrĂ©nĂ©e portĂ©e par l’urgence et la volontĂ© de l’esprit initial. Ivre de son exaltation, le compositeur dĂ©miurge s’adresse dĂšs lors au CrĂ©ateur divin, dans l’espoir de toucher sa misĂ©ricorde car il aurait dĂ©montrer que sa crĂ©ature (humaine) s’est enfin montrĂ©e digne de son crĂ©ateur. Dans ce sens, l’ultime Ă©lectrisation de tout l’orchestre, vĂ©ritable orgie et transe collective saisit par sa justesse, sa vĂ©ritĂ©. A 80 ans, Ozawa se montre d’une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante ; son appĂ©tit, sa gourmandise affĂ»tĂ©e (quitte Ă  forcer parfois le trait, dans les tutti de la derniĂšre sĂ©quence chorale), son intelligence fĂ©line font le miel et le nerf de cette lecture en tout point captivante.

 
 
 

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CD, critique. SEIJI OZAWA : Symphonie n°9 de BEETHOVEN. Mito chamber Orchestra – Rie Miyake (soprano), Mihoko Fujimura (mezzo-soprano), Kei Fukui (tenor), Markus Eiche (baritone) – 1 cd Decca

 
 
 

Approfondir
En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/beethoven-9/#M1JfhPiFJeRPb6QQ.99

 
 
 

Compte-rendu critique, récital de piano. Enghien-les-bains, le 8 décembre 2018. Anne Queffélec, piano, Bach, Beethoven.

queffeelc anne piano concert critique classiquenewsCompte-rendu critique, rĂ©cital de piano. Enghien-les-bains, le 8 dĂ©cembre 2018. Anne QueffĂ©lec, piano, Bach, Beethoven. Chaque annĂ©e l’association Pianomasterclub prĂ©sidĂ©e par Jean-François Mazelier organise Ă  l’auditorium de l’école de musique d’Enghien-les-bains une sĂ©rie de master classes suivies de rĂ©citals, grĂące au soutien de la ville d’Enghien et au mĂ©cĂ©nat de l’entreprise Gfi Informatique. Heureuse initiative qui rassemble des Ă©lĂšves de conservatoires triĂ©s sur le volet, les plus grands noms du piano français, et un public fidĂšle et passionnĂ©. Le 8 dĂ©cembre, Anne QueffĂ©lec donnait un rĂ©cital renversant de beautĂ© et d’émotion, aprĂšs quatre heures riches et intenses auprĂšs de ces pianistes en herbe.

On se rĂ©jouit toujours d’un concert d’Anne QueffĂ©lec, d’abord parce que l’on sait que l’on entendra non seulement une grande professionnelle au sens le plus noble du terme, Ă  la carriĂšre exemplaire, mais surtout une musicienne accomplie, Ă  la sincĂ©ritĂ© sans faille, et toujours inspirĂ©e. Cette soirĂ©e le dĂ©montrera d’autant plus qu’elle nous surprend avec un programme inaccoutumĂ©, qui n’autorise aucun faux-semblant, aucune dĂ©robade. Elle jouera ce qu’elle nomme elle-mĂȘme l’alpha et l’omĂ©ga de l’Ɠuvre pour piano de Beethoven: sa premiĂšre sonate opus 2, et sa derniĂšre, la 32Ăšme, opus 111.

Sur la scĂšne un grand Steinway D dans la pĂ©nombre, le clavier Ă©clairĂ© par un abat-jour suspendu Ă  la courbe d’un lampadaire. Il paraĂźt presque trop grand dans cette salle intimiste, impression renforcĂ©e par la gracile silhouette de la pianiste qui s’avance vers son public. Anne QueffĂ©lec aime s’adresser Ă  lui et parler des Ɠuvres, du compositeur, prĂ©parer l’auditoire, ici d’autant plus qu’elle avoue ce sas de dĂ©compression nĂ©cessaire aprĂšs quatre heures de master classes. La passion habite ses mots comme ses notes, et nous pend Ă  ses lĂšvres. Ce soir l’enjeu est fort. Elle nous le fait sentir: l’opus 111 est un Everest.

La premiĂšre piĂšce n’est cependant pas inscrite sur le programme: forcĂ©ment, c’est un bis! Ainsi nous la prĂ©sente-t-elle, mais c’est en fait un prologue, un prĂ©alable qu’elle va jouer, dans la pensĂ©e du contexte troublĂ© que nous vivons en cette fin d’annĂ©e. « Ich ruf’ zu dir Herr Jesu Christ » le choral BWV 639 de Bach transcrit par Busoni. Le ton est ainsi posĂ©, par cette communion dans le recueillement et la profondeur Ă  laquelle elle convie le public. Un chant apaisĂ© quoique sombre, un chant qui va Ă  l’essentiel, un chant d’humilitĂ© qui, sur sa mer de doubles croches, porte en lui la condition humaine, dĂ©pouillĂ© de tout superflu, c’est par ce chant qu’elle nous conduit Ă  Beethoven.

Beethoven jeune 1012554_1151146791564340_4447833172979903169_nÀ 24 ans, le compositeur acheva sa premiĂšre sonate pour piano opus 2, aprĂšs l’écriture des trios opus 1. La dĂ©dicace Ă  Haydn, son maĂźtre, laconique et juste polie, parle d’elle mĂȘme: Beethoven affirme dĂšs lors un langage personnel quand bien mĂȘme cette sonate conserve une facture et une Ă©criture classique. Anne QueffĂ©lec en rĂ©vĂšle tous les contrastes, avec une justesse qui laisse sa place lorsqu’il le faut Ă  la transparente lĂ©gĂšretĂ© du discours, Ă  la fermetĂ© de ton, Ă  l’impĂ©tuositĂ©, Ă  la fougue, et Ă  cette dĂ©licatesse qui fait aussi la marque de l’écriture beethovĂ©nienne, dans ses mouvements lents et ses menuets. Elle Ă©claire cette sonate d’une vitalitĂ© sans pareil, fait chanter tendrement le cƓur de l’adagio, danser le menuet, et bouillonner le presto.

Fidelio de BeethovenL’opus 111 est une autre histoire. Elle aborde ce grand diptyque qui marque la fin de l’écriture pour piano par son compositeur comme une absolue nĂ©cessitĂ©: “il le faut maintenant, nous dit-elle, je ne peux pas quitter ce monde sans avoir jouĂ© l’opus 111″. Longtemps mĂ»ri, Ă©coutĂ© au fond d’elle, cela fait seulement trois mois qu’elle le joue « vraiment » et le donne en concert. « Es Muss Sein », cette annotation de Beethoven sur les pages de son seiziĂšme quatuor, elle la fait sienne ici. Elle en emprunte le chemin de l’accomplissement: il y a d’un bout Ă  l’autre de son interprĂ©tation, plus qu’un engagement, cette volontĂ©, cette urgence, cette fiĂšvre, en particulier dans l’allegro « con brio ed appassionato », qu’elle tient sous la tension d’une formidable dĂ©termination, portĂ© par une force sans commune mesure lorsque notamment elle marque les sforzandi voulus par Beethoven, dans l’ascension des traits qui ne cĂšdent jamais au tourbillon. Il y a quelque chose de tellurique dans ce premier mouvement tant son jeu est solide, tant il dĂ©gage d’énergie intĂ©rieure, contrastant avec l’Arietta: lĂ , Anne QueffĂ©lec atteint ce qu’il y a de plus Ă©levĂ© dans l’expression, s’effaçant derriĂšre la nuditĂ© du thĂšme, exempt de toute affectation et empreint d’une profondeur rĂ©sumant l’essentiel. Au fil des variations, c’est cette « volontĂ© apaisĂ©e », suivant les termes de Wagner, qu’elle nous fait Ă©couter, cette force tranquille du chant, ce battement de l’ñme qui se fond dans la nĂ©buleuse astrale de la quatriĂšme variation, pour atteindre, dans un inĂ©branlable Ă©lan de ferveur, l’harmonie des sphĂšres, au-dessus des trilles ultimes magnifiques de puretĂ©, et au bout, retourner au silence par les notes les plus Ă©lĂ©mentaires, les plus sommaires qui soient, refermer le livre d’une fraction d’un soupir qui contiendrait l’éternitĂ©. Comment sortir indemne d’une telle Ă©coute? Rien ne peut ĂȘtre rajoutĂ©, ne peut plus ĂȘtre dit, et rien n’est plus jouable ni audible aprĂšs, mĂȘme pas Bach. Seulement merci, merci, merci!

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Compte-rendu critique, récital Anne Queffélec, piano, 8 décembre 2018, Enghien-les-bains. Bach, Beethoven.

Fidelio de choc Ă  Tourcoing

atelier lyrique tourcoing logo_siteTOURCOING, 7, 9 dĂ©c 2018. BEETHOVEN : FIDELIO. Tourcoing Ă  l’heure du romantisme allemand
 S’il a composĂ© plusieurs musiques de scĂšne, Fidelio est l’unique opĂ©ra de Beethoven. CĂ©lĂšbre et dĂ©jĂ  estimĂ© comme le prophĂšte de la musique virile et moderne, Ludwig en Ă©crit 3 versions. La premiĂšre en 1805 comportait 3 actes, la deuxiĂšme en 1806 n’en comportait que 2. La troisiĂšme version crĂ©Ă©e le 23 mai 1814 Ă  Vienne, a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e en France, Ă  Paris Ă  l’OdĂ©on en 1825. Beethoven a mis au net ce qui ne lui semblait pas totalement achevĂ© dans les versions prĂ©cĂ©dentes. D’ailleurs, il n’était pas tout Ă  fait prĂȘt pour la premiĂšre et il a continuĂ© Ă  l’amĂ©liorer pour les dates suivantes !

 
 
 

BEETHOVEN CONTRE LES TYRANS

 
 
 

Le succĂšs n’a fait qu’augmenter au fur et Ă  mesure des reprĂ©sentations. RĂ©volutionnaire, Beethoven transmet dans cet opĂ©ra sa passion pour la libertĂ©, au point d’assurer aujourd’hui Ă  l’ouvrage, la valeur et le statut d’un mythe lyrique : Fidelio est devenu avec le temps, l’opĂ©ra de la libertĂ© contre toutes les formes d’oppression et de pouvoir tyrannique.
Epouse admirable et d’un courage immense, Leonore incarne l’amour et la force. C’est lapaix armĂ©e, prĂȘte Ă  en dĂ©coudre et ici, capable de changer de sexe et d’apparence, de devenir Fidelio pour libĂ©rer de sa prison son Ă©poux incarcĂ©rĂ©, Florestan.
Beethoven_Hornemann-500-carreLa version que prĂ©sente l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing, est celle souhaitĂ©e par Jean-Claude Malgoire (qui nous a quittĂ© en avril dernier), soit celle de 1814, en version concert, comme toujours sur instruments d’origine et avec un casting idĂ©alement choisi : les spectateurs retrouvent ainsi le tĂ©nor Donald Litaker, pour qui Florestan n’a plus vraiment de secret ! Parmi les fidĂšles interprĂštes : VĂ©ronique Gens (pour la premiĂšre fois incarnant le rĂŽle-titre), mais aussi Alain Buet (PellĂ©as et MĂ©lisande, Voyage d’hiver en novembre 2018 qui chante donc l’infĂąme et diabolique Pizzaro) et Nicolas Rivenq (Don Giovanni, TannhĂ€user : Fernando). JĂ©rĂ©my Duffau et Luigi De Donato ont Ă©galement dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entendus sur nos planches. Chaque annĂ©e, l’ALT accueille aussi de jeunes chanteurs et pour ce chef d’Ɠuvre, c’est une Ă©lĂšve d’Alain Buet : Marie Perbost (Marcellina).

 
 
 

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FIDELIO Ă  TOURCOINGboutonreservation
TOURCOING Théùtre Municipal R. Devos
Vendredi 7 dĂ©cembre 2018 – 20h
Dimanche 9 dĂ©cembre 2018 – 15h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/fidelio/

 
 
 

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distribution :
Direction musicale : Nicolas Kruger
Scénographie : Jacky Lautem

Leonore / Fidelio : Véronique Gens, soprano
Florestan : Donald Litaker, ténor
Rocco : Luigi de Donato, basse
Marcellina: Marie Perbost, soprano
Jaquino: Jérémy Duffau, ténor
Don Pizzaro: Alain Buet, baryton-basse
Don Fernando: Nicolas Rivenq, baryton

‹ChƓur RĂ©gional des Hauts de France
La Grande Écurie et la Chambre du Roy

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L’HISTOIRE : À SĂ©ville, Leonore se travestit en Fidelio pour tenter de sauver son mari Florestan, prĂ©tendu mort, mais retenu prisonnier par Pizzaro le gouverneur de la prison et son geĂŽlier Rocco.

 
 
 

REGARD SUR FIDELIO…

Beethoven jeune 1012554_1151146791564340_4447833172979903169_nL’amour et la fidĂ©litĂ© contre la tyrannie
 Fidelio est cette femme (Leonore) travestie en homme et donc devenue Fidelio qui par amour s’infiltre dans une prison pour y libĂ©rer son mari emprisonnĂ©, laissĂ© mourant dans sa geĂŽle : Florestan. Tout l’opĂ©ra, manifeste contre la tyrannie, pour la libertĂ© universelle, prĂ©pare au grand air, monologue de Florestan, au dĂ©but de l’acte II, oĂč la victime crie comme une priĂšre dĂ©chirante, sa rĂ©volte et son destin tragique (Gott! Welch dunkel hier
).
Beethoven a tout d’abord exposĂ© les personnages : Jaquino, jeune portier de la prison Ă  SĂ©ville qui est tombĂ© amoureux de Marzelline, la fille du geĂŽlier Rocco ; mais celle ci lui prĂ©fĂšre nettement Leonore / Fidelio ; tandis que Rocco (basse) reste humain et compatissant pour la souffrance qui l’environne, Pizzaro le gouverneur a dĂ©cidĂ© d’assassiner Florestan, aprĂšs l’avoir affamĂ© dans le cachot le plus sombre et reculĂ©.
La fabuleuse ouverture (fruit de plusieurs versions qui montrent l’éloquence Ă©ruptive de l’orchestre), le quatuor vocal du I (Mir ist so wunderbar), l’air de Florestan ouvrant le II, puis le duo avec Fidelio (O namenlose Freude), avant que Rocco ne les mĂšne vers la lumiĂšre
 composent un opĂ©ra d’une puissance dramatique exceptionnelle, meilleure offrande de l’époque des LumiĂšres, au genre lyrique. La derniĂšre version de 1814 en deux actes (contrairement Ă  celle en III actes de 1805) dĂ©voile le gĂ©nie BeethovĂ©nien, aussi douĂ© Ă  l’opĂ©ra que dans l’écriture symphonique.

 
 
   
 
 

CD, coffret, annonce. BERLINER PHILHARMONIKER / BEETHOVEN : 5 Concertos pour piano. Rattle / Mitsuko Uchida (2010 – Berliner Philharmoniker recordings)

RATTLE-Simon-berliner-philharmoniker-portrait-adieux-critique-annonce-par-classiquenewsCD, coffret, annonce. BERLINER PHILHARMONIKER / BEETHOVEN : 5 Concertos pour piano. Rattle / Mitsuko Uchida (2010 – Berliner Philharmoniker recordings). Le Philharmonique de Berlin (Berliner Philharmoniker) poursuit ses Ă©ditions majeures, d’autant bienvenues pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2018. AprĂšs les trĂšs bons coffrets dĂ©diĂ©s Ă  la tournĂ©e asiatique (ASIAN TOUR, avec deux pianistes asiatiques de la nouvelle gĂ©nĂ©ration – deux poulains de l’écurie DG Deutsche Grammophon, la chinoise : technique et mĂ©canique Yuja Wang, le corĂ©en plus profond et nuancĂ©, Seong-Jin Cho) ; aprĂšs l’excellente et lumineuse confrontation de la 6Ăš de Mahler – celle de 1987, et celle de l’étĂ© 2018, l’adieu de Rattle au Philharmonique
, voici une somme attendue car trĂšs apprĂ©ciĂ©e lors de sa rĂ©alisation en
 fĂ©vrier 2010 dĂ©jĂ . A la barre, Rattle, en complicitĂ© avec la pianiste Mitsuko Uchida dans l’intĂ©grale des 5 Concertos pour piano de Ludwig van Beethoven.

 
 

Berliner-Phil-rattle-uchida-piano-concertos-beethoven-cd-annonce-coffret-par-classiquenews-cd-review-cd-critique-cd-classiquenews

 
 
Ici 3 cd, 1 audio Blu ray (24 bit / 48 khz high resolution, et 1 blu ray disc comprenant les vidĂ©os des concerts mais aussi un bonus video (12 mn) oĂč Mitsuko Uchida explique sa vision des Concertos de Beethoven et son tĂ©moignage sur l’expĂ©rience musicale qu’elle a vĂ©cu aux cĂŽtĂ©s des instrumentistes du Berliner Philharmoniker et de Simon Rattle

Uchida a dĂ©butĂ© son travail avec le Philharmonique de Berlin dĂšs 1984, fut en rĂ©sidence au sein de l’orchestre pendant la saison 2008 / 2009. Le cycle des 5 Concertos pour piano de Beethoven reste le volet le plus important de sa coopĂ©ration avec l’orchestre. La qualitĂ© qui se distingue immĂ©diatement de cette intĂ©grale concertante est la vitalitĂ©, et aussi la puissance du geste interprĂ©tatif, auquel Mitsuko Uchida qui sait aussi ĂȘtre une Ă©tonnante diseuse au piano chez Schubert, donc affirmer tout en douceur, une Ă©loquence intĂ©rieure trĂšs sĂ©duisante. L’enregistrement live sur le vif de ces 5 concerts ajoute aussi Ă  leur relief et leur Ă©tonnante activitĂ©. Parution le 30 novembre 2018.

 
 

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Plus d’infos sur le site des Berliner Philharmoniker / page boutique / shopping :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/audio.html  
 

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Approfondir  
 
CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, versions de 1987 puis 2018 /1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings)
http://www.classiquenews.com/cd-coffret-berliner-philharmoniker-simon-rattle-mahler-symphonie-n6-2-cd-1-blu-ray-editions-berliner-philharmoniker-recordings/

 
 
 
 

TOURCOING : FIDELIO de BEETHOVEN

atelier lyrique tourcoing logo_siteTOURCOING, 7, 9 dĂ©c 2018. BEETHOVEN : FIDELIO. Tourcoing Ă  l’heure du romantisme allemand
 S’il a composĂ© plusieurs musiques de scĂšne, Fidelio est l’unique opĂ©ra de Beethoven. CĂ©lĂšbre et dĂ©jĂ  estimĂ© comme le prophĂšte de la musique virile et moderne, Ludwig en Ă©crit 3 versions. La premiĂšre en 1805 comportait 3 actes, la deuxiĂšme en 1806 n’en comportait que 2. La troisiĂšme version crĂ©Ă©e le 23 mai 1814 Ă  Vienne, a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e en France, Ă  Paris Ă  l’OdĂ©on en 1825. Beethoven a mis au net ce qui ne lui semblait pas totalement achevĂ© dans les versions prĂ©cĂ©dentes. D’ailleurs, il n’était pas tout Ă  fait prĂȘt pour la premiĂšre et il a continuĂ© Ă  l’amĂ©liorer pour les dates suivantes !

BEETHOVEN CONTRE LES TYRANS

Le succĂšs n’a fait qu’augmenter au fur et Ă  mesure des reprĂ©sentations. RĂ©volutionnaire, Beethoven transmet dans cet opĂ©ra sa passion pour la libertĂ©, au point d’assurer aujourd’hui Ă  l’ouvrage, la valeur et le statut d’un mythe lyrique : Fidelio est devenu avec le temps, l’opĂ©ra de la libertĂ© contre toutes les formes d’oppression et de pouvoir tyrannique.
Epouse admirable et d’un courage immense, Leonore incarne l’amour et la force. C’est lapaix armĂ©e, prĂȘte Ă  en dĂ©coudre et ici, capable de changer de sexe et d’apparence, de devenir Fidelio pour libĂ©rer de sa prison son Ă©poux incarcĂ©rĂ©, Florestan.
Beethoven_Hornemann-500-carreLa version que prĂ©sente l’ALT Atelier Lyrique de Tourcoing, est celle souhaitĂ©e par Jean-Claude Malgoire (qui nous a quittĂ© en avril dernier), soit celle de 1814, en version concert, comme toujours sur instruments d’origine et avec un casting idĂ©alement choisi : les spectateurs retrouvent ainsi le tĂ©nor Donald Litaker, pour qui Florestan n’a plus vraiment de secret ! Parmi les fidĂšles interprĂštes : VĂ©ronique Gens (pour la premiĂšre fois incarnant le rĂŽle-titre), mais aussi Alain Buet (PellĂ©as et MĂ©lisande, Voyage d’hiver en novembre 2018 qui chante donc l’infĂąme et diabolique Pizzaro) et Nicolas Rivenq (Don Giovanni, TannhĂ€user : Fernando). JĂ©rĂ©my Duffau et Luigi De Donato ont Ă©galement dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entendus sur nos planches. Chaque annĂ©e, l’ALT accueille aussi de jeunes chanteurs et pour ce chef d’Ɠuvre, c’est une Ă©lĂšve d’Alain Buet : Marie Perbost (Marcellina).

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FIDELIO Ă  TOURCOINGboutonreservation
TOURCOING Théùtre Municipal R. Devos
Vendredi 7 dĂ©cembre 2018 – 20h
Dimanche 9 dĂ©cembre 2018 – 15h30
RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/spectacle/fidelio/

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distribution :
Direction musicale : Nicolas Kruger
Scénographie : Jacky Lautem

Leonore / Fidelio : Véronique Gens, soprano
Florestan : Donald Litaker, ténor
Rocco : Luigi de Donato, basse
Marcellina: Marie Perbost, soprano
Jaquino: Jérémy Duffau, ténor
Don Pizzaro: Alain Buet, baryton-basse
Don Fernando: Nicolas Rivenq, baryton

‹ChƓur RĂ©gional des Hauts de France
La Grande Écurie et la Chambre du Roy

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L’HISTOIRE À SĂ©ville, Leonore se travestit en Fidelio pour tenter de sauver son mari Florestan, prĂ©tendu mort, mais retenu prisonnier par Pizzaro le gouverneur de la prison et son geĂŽlier Rocco.

ARTE : grand cycle Beethoven en octobre

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 arte_logo_2013ARTE, cycle Beethoven : les 2,9,16,23,30 octobre 2017. Chaque dimanche d’octobre 2016, ARTE dĂ©veloppe tout un cycle dĂ©diĂ© au gĂ©nie de Beethoven. Au programme : concerts de trĂšs haut niveau (rĂ©citals de piano, sĂ©quences symphoniques
) et documentaires. Voyez entre autres, actualitĂ© rĂ©cente oblige
 le Concerto pour piano n°3 interprĂ©tĂ© par laurĂ©at du Prix Reine Elisabeth 2016, le TchĂšque LukĂĄĆĄ Vondráček ou encore, le n°4 jouĂ© par HĂ©lĂšne Grimaud. Quant Ă  la cĂ©lĂšbre NeuviĂšme Symphonie, aboutissement de toute une odyssĂ©e musicale qui bouleverse l’écriture orchestrale en inaugurant de plein fouet le feu romantique, elle est diffusĂ©e dans la version qu’en avait donnĂ© l’Orchestre de Paris dirigĂ© par Philippe Jordan pour son cycle Beethoven lors de la saison 2014/2015 Ă  l’OpĂ©ra national de Paris. Le documentaire « L’Affaire Beethoven » revient sur la vie mouvementĂ©e de l’artiste, tandis que « Nom de code : Sonate au clair de lune » donne Ă  dĂ©couvrir la pianiste allemande Elly Ney, interprĂšte pactisant avec Hitler
 Soit 10 rvs proposĂ©s tout au long des 5 dimanche d’octobre 2016 avec une offre particuliĂšrement riche et dense les 2 puis 9 octobre…

 

 

 

Dimanche 2 octobre à 18h
HélÚne Grimaud interprÚte le concerto n°4 de Beethoven
La trĂšs charismatique HĂ©lĂšne Grimaud est certainement l’une des grandes concertistes dewater-cd-helene-grimaud-cd-deutsche-grammophon-annonce notre Ă©poque. Dans la Salle dorĂ©e du  Musikverein de Vienne, elle joue le concerto n°4 en sol majeur opus 58. Ce concerto a Ă©tĂ© composĂ© dans les annĂ©es 1805/1806, pĂ©riode de crĂ©ation trĂšs fĂ©conde. C’est aussi Ă  cette pĂ©riode qu’ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s le concerto pour violon et  FidĂ©lio, l’unique opĂ©ra du compositeur. Au pupitre des Wiener Symphoniker, Manfred Honeck ancien directeur gĂ©nĂ©ral de l’OpĂ©ra de Stuttgart, qui prĂ©side actuellement aux destinĂ©es du Pittsburg Symphony Orchestra.
Née en 1969, HélÚne Grimaud a commencé le piano à six ans et sorti son premier disque
Ă  seize. Elle a fait ses dĂ©buts en 1990 aux USA. C’est une femme trĂšs engagĂ©e qui milite pour les Droits de l’homme et pour l’environnement, avec une attention toute particuliĂšre pour la protection des loups. Elle a ainsi cofondĂ©e le Wolf Conservation Center Ă  South Salem/New York en 1999. Son  autobiographie a paru sous le titre Variations sauvages. Elle vit depuis 2005 en Suisse.

RĂ©alisation : Agnes MĂ©th
Compositeur : Ludwig van Beethoven
Direction: Manfred Honeck
Orchestre: Wiener Symphoniker
Avec : HĂ©lĂšne Grimaud (piano)
A revoir pendant 93 jours sur ARTE Concert : concert.arte.tv

 

 

 

Dimanche 2 octobre à 23h55
L’affaire Beethoven (docu, 2013)
Beethoven_Hornemann-500-carreComment Beethoven a-t-il pu, aprĂšs ĂȘtre devenu sourd, composer certains
de ses plus grands chefs d’Ɠuvre ? Dans son testament, Ludwig van Beethoven rĂ©vĂ©lait qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  presque entiĂšrement sourd Ă  l’ñge de 31 ans. En d’autres termes, la majoritĂ© de ses oeuvres pionniĂšres – en tout trente-deux sonates pour piano, seize quatuors Ă  cordes, l’opĂ©ra Fidelio et ses neuf symphonies mondialement connues – ont Ă©tĂ© composĂ©es alors qu’il Ă©tait lui-mĂȘme incapable de les entendre. Ces vingt-cinq annĂ©es de crĂ©ation restent une Ă©nigme dans l’histoire de la musique. Ce documentairecherche Ă  l’élucider en explorant les relations entre la maladie et l’oeuvre de cet artiste de gĂ©nie. Comment Beethoven a-t-il trouvĂ© la force de se battre contre la progression de ses troubles auditifs ? Quelle influence ont-ils eue sur sa crĂ©ation ? Si l’on se reprĂ©sente volontiers le compositeur comme un personnage irascible et revĂȘche, on le dĂ©couvre ici sous une facette moins connue, comme un jeune homme combatif, plein de fougue et de joie de vivre.

Documentaire de Hedwig Schmutte et Ralf Pleger (Allemagne, 2013, 52mn)

 

 

 

Dimanche 2 octobre à 23h55 à minuit 45 (OOh45)
Lucerne Festival: Symphonie n° 5 en ut mineur de Beethoven, op. 67

beethoven 220 220px-BeethovenLe 75Ăšme anniversaire du Festival de Lucerne en 2013  a permis d’entendre de merveilleux concerts, dont la CinquiĂšme de Ludwig van Beethoven avec le Mahler Chamber Orchestra dirigĂ© par le jeune chef espagnol Pablo Heras-Casado. La CinquiĂšme de Beethoven dite  “Symphonie du Destin” est l’une des oeuvres les plus connues de la musique classique. Pourtant, lors de sa premiĂšre le 22 dĂ©cembre 1808, le succĂšs n’était pas vraiment au rendez-vous avec des musiciens qui n’avaient pas assez rĂ©pĂ©tĂ© et une salle qui n’était pas chauffĂ©e !   La situation Ă©tait nettement plus favorable Ă  Lucerne. L’Espagnol Pablo Heras-Casado est d’un grand Ă©clectisme dans ses choix musicaux. Venu de la musique ancienne, il s’est ensuite tournĂ© vers le romantisme et les oeuvres modernes. Il est rĂ©guliĂšrement invitĂ© par les Philharmonies de Berlin et de Munich, le  Cleveland Orchestra, l‘Orchestre Philharmonique de Radio France et le Mahler Chamber Orchestra. Le Mahler Chamber Orchestra a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 1997 par Claudio Abbado et d’anciens membres de l’Orchestre des jeunes Gustav Mahler. Cet orchestre de haut vol est composĂ© de 45 musiciens originaires de 20 pays et est l’invitĂ© permanent du Festival de Lucerne depuis 2003.

RĂ©alisation : Michael Beyer
Compositeur : Ludwig van Beethoven
Direction : Pablo Heras-Casado
Orchestre : Mahler Chamber Orchestra
A revoir pendant 90 jours sur ARTE Concert : concert.arte.tv

 

 

 

Dimanche 2 octobre à 01h25
Martha Argerich joue Beethoven : Concerto pour piano n°1
argerich_alix_Laveau_emi_pianoUne des oeuvres les plus allĂšgres de Beethoven, interprĂ©tĂ©e par la flamboyante pianiste d’origine argentine. Le 24 avril dernier, au Festival de PĂąques d’Aix-en-Provence, Martha Argerich, icĂŽne pianistique mondiale, a interprĂ©tĂ© le Concerto pour piano n° 1 de Beethoven, l’une des Ɠuvres les plus enthousiastes du compositeur. Un concert auquel la musicienne apporte tout le souffle lyrique de son jeu. DĂšs l’ñge de 8 ans, Martha Argerich, enfant prodige, a Ă©tĂ© capable d’interprĂ©ter cette oeuvre en concert. Et si, depuis quelques annĂ©es, cette femme de caractĂšre ne joue, plus qu’en formation de chambre ou avec orchestre, chacune de ses prestations fait Ă©vĂ©nement, tant elle est considĂ©rĂ©e comme l’une des plus grandes pianistes de son Ă©poque.

 

 

 

 

Dimanche 9 octobre  à 17h50
PHILIPPE JORDAN DIRIGE LA 9ÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN

Programme :
Fantaisie pour piano, chƓur et orchestre en ut mineur, op.80
Symphonie N°9 en ré mineur, op.125 de L.W. Beethoven

jordan - Philippe-Jordan-008Tout au long de la saison 2014-2015, ARTE a accompagnĂ© le projet ambitieux de Philippe Jordan et de l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris : l’interprĂ©tation complĂšte des symphonies de Ludwig van Beethoven. Pour clore en beautĂ© ce Cycle Beethoven, Philippe Jordan, les Choeurs et l’Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris ont jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra Bastille le 17 juin 2015 l’ultime symphonie du compositeur allemand. La  titanesque Symphonie n°9 s’enroule autour d’une structure classique en quatre mouvements, dont chacun se dĂ©veloppe puis se dĂ©ploie de maniĂšre grandiose. Toutefois innovante, sa composition dĂ©passe les proportions de la symphonie classique, tant par l’ampleur de son orchestre, que par l’apparition d’instruments qui ne sont prĂ©sents ni chez Mozart, ni chez Haydn, comme la flĂ»te piccolo, le trombone et le contrebasson. Cette Ɠuvre monumentale s’achĂšve sur un paroxysme majestueux, dont l’aspect dramatique est renforcĂ© par un chƓur et un quatuor de voix solistes, qui font rĂ©sonner le poĂšme « L’Ode Ă  la joie » de Schiller.

Direction musicale : Philippe Jordan
Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris
ChƓur de l’OpĂ©ra National de Paris
Chef des chƓurs : JosĂ© Luis Basso
RĂ©alisation : Vincent Massip (2015-1h13’)

 

 

 

Dimanche 9 octobre  à minuit (00h)
Nom de code : Sonate au clair de lune
Elly Ney, pianiste sous le régime nazi
UNE BEETHOVENIENNE ET LES NAZIS
 Pianiste Ă©levĂ©e au rang de mythe, Elly Ney a vouĂ© sa vie au culte de Beethoven. Mais pour d’autres, elle reste avant tout une artiste infĂ©odĂ©e Ă  Hitler. Autour de 1900, les compositions de Beethoven passaient pour injouables par des femmes, Ă©manant d’un titan puissant et viril. Puis la pianiste Elly Ney (1882- 1968) vint et s’identifia – y compris physiquement, avec un regard habitĂ© et une volumineuse tignasse – au compositeur. AprĂšs des dĂ©buts au Carnegie Hall et une brillante carriĂšre aux États-Unis, elle prĂ©fĂ©ra cĂ©lĂ©brer des grand-messes en l’honneur de son idole, lisant notamment lors de ses concerts le fameux “testament de Heiligenstadt” Ă©crit en 1802 par un Beethoven trĂšs dĂ©primĂ©. Mais celle qui se considĂ©rait avant tout comme une musicienne populaire se laissa aussi sĂ©duire par l’idĂ©ologie nazie, et en particulier par l’antisĂ©mitisme, Ă  l’instar de Leni Riefenstahl ou de Winifred Wagner. À travers photos, extraits de films, lettres et tĂ©moignages, ce documentaire retrace son parcours, en s’interrogeant Ă  la fois sur le rĂŽle qu’elle joua pour populariser Beethoven, lui-mĂȘme rĂ©cupĂ©rĂ© par la propagande nazie, et sur son engagement pour le rĂ©gime hitlĂ©rien. Seule pianiste allemande de son temps Ă  pouvoir s’affirmer au niveau de ses collĂšgues hommes (Artur Schnabel, Wilhelm Backhaus et Wilhelm Kempff), elle a laissĂ© des enregistrements lĂ©gendaires des oeuvres pour piano de Beethoven, tant son jeu singulier diffĂ©rait de celui de ses contemporains.

 

 

 

Dimanche 9 octobre  à 00h50
Philippe Jordan dirige les symphonies n°1 et n°3 de Beethoven
Concert (2014, 1h18mn)
RĂ©alisation : Vincent Massip
Sous la baguette du directeur musical de l’OpĂ©ra de Paris, les cĂ©lĂšbres Symphonie n° 1 en ut majeur op. 21, et Symphonie n° 3 en mi bĂ©mol majeur op. 55, dite “Eroica”.

 

 

 

 

Dimanche 16 octobre à 17h50
Beethoven : Concerto pour piano n°3
Beethoven jeune 1012554_1151146791564340_4447833172979903169_nLaurĂ©at du Reine Elisabeth 2016, le pianiste tchĂšque Lukas Vondráček interprĂšte le Concerto pour piano n°3 en ut mineur de Beethoven. Le laurĂ©at du Concours Reine Elisabeth de cette annĂ©e a acquis instantanĂ©ment les faveurs du jury et du public. Ce TchĂšque qui a donnĂ© son premier concert Ă  l’ñge de 16 ans et s’est produit au Carnegie Hall Ă  16. Il a jouĂ© avec les plus grands chefs (Vladimir ashkenazy, Christoph Eschenbach, Paavo Jörvi). InventivitĂ©, expressivitĂ© et technicitĂ© sont les maĂźtre-mots pour ce soliste qui met ici tout son talent dans le Concerto pour piano n° 3 de Beethoven, le seul de ce type que le compositeur ait Ă©crit en mode mineur.

Réalisation : Benoßt Vietlin 2016, 43mn
Orchestre National de Belgique

 

 

 

 

Dimanche 23 octobre à 18h15
Le concerto pour violon de Beethoven par Nikolaj Znaider et Riccardo Chailly
Orchestre Gewandhaus Leipzig sous la direction de Riccardo Chailly
Fils de parents israĂ©lo-polonais nĂ© en 1975 au Danemark, ce musicien est Ă  la fois un brillant chef d’orchestre et un violoniste hors pair qu’on s’arrache aux quatre coins du monde. Dans le cadre de la coopĂ©ration entre le Gewandhaus de Leipzig, la chaĂźne allemande MDR et Arte, il a interprĂ©tĂ© le Concerto pour violon  en rĂ© majeur opus 61 de Beethoven, incontestablement l’une des Ɠuvres majeures du compositeur.
Réalisation : Michael Beyer, 2014, 43mn

 

 

 

 

Dimanche 30 octobre à 18h30
Beethoven, Symphonie n°6, “Pastorale”

Plus connue sous le nom de « La Pastorale », la sixiĂšme symphonie de Beethoven traduit l’inspiration qui pouvait venir de la nature et de la campagne Ă  un compositeur atteint de surditĂ©. Un merveilleux concert proposĂ© par le FSO dans le cadre de sa coopĂ©ration avec la tĂ©lĂ©vision publique finlandaise. Mais en gĂ©nie libre et capable d’ivresse poĂ©tique inĂ©dite, Beethoven ne dĂ©crit pas le miracle de la nature : il l’exprime par un langage qui comme les Quatre Saisons de Vivaldi saisit par sa justesse expressive et dans l’écriture symphonique, la subtilitĂ© de l’orchestration


Réalisation : Anu Holttinen
Finlande/France, 2016, 43mn
Orchestre symphonique de la radio finlandaise FSO sous la direction de Hannu Lintu

 

 

 

5Ăšme Symphonie de Beethoven

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, mardi 21 juin 2016, 20h : 5Ăšme de Beethoven. En direct, SpĂ©cial fĂȘte de la musique : la chef d’orchestre Marzena Diakun dirige l’orchestre Philharmonique de Radio France dans un programme festif, cĂ©lĂ©brant la FĂȘte de la musique en ce premier jour de printemps.

5Ăšme Symphonie de Beethoven

 

 

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3La CinquiĂšme symphonie est avec la NeuviĂšme la plus cĂ©lĂšbre des symphonies de Beethoven, peut-ĂȘtre mĂȘme de toute l’Ɠuvre du compositeur. Incarnant souvent l’image mĂȘme de la musique classique, c’est grĂące Ă  son premier mouvement rempli d’énergie que l’Ɠuvre doit son immense popularitĂ©. L’ouverture foudroyante mondialement connue, un simple motif de quatre notes, nous identifie immĂ©diatement avec le gĂ©nie de compositeur. “So pocht das Schicksal an die Pforte” (« Ainsi le destin frappe Ă  la porte”), aurait rapportĂ© le compositeur Ă  Schindler. Elle a un impact formidable sur toute la gĂ©nĂ©ration succĂ©dant Ă  Beethoven. Berlioz, grand admirateur du gĂ©nie allemand, est lĂ  pour en tĂ©moigner. Au chapitre XX de ses MĂ©moires, il raconte comment son maĂźtre Lesueur pourtant hermĂ©tique Ă  la musique de Beethoven, fut bouleversĂ©, mĂȘme Ă©puisĂ© par l’émotion que lui a suscitĂ© la Symphonie. Remis de ses Ă©motions, il dit plus tard au jeune Berlioz : « C’est Ă©gal, il ne faut pas faire de la musique comme celle-lĂ  », Ă  quoi l’élĂšve rĂ©pondit : « Soyez tranquille, cher maĂźtre, on n’en fera pas beaucoup. ». Autre anecdote cĂ©lĂšbre, toujours dans ses mĂ©moires, Berlioz raconte qu’au cours d’un concert, un vieux grenadier de la garde NapolĂ©onienne, au moment oĂč dĂ©buta le finale, se leva et s’exclama :”L’Empereur, c’est l’Empereur!”. MĂȘme Goethe, alors rĂ©ticent Ă  la musique de Beethoven, fut saisi d’émotion par le chef-d’Ɠuvre que le tout jeune Mendelssohn lui joua dans une transcription au piano. Lors de la seconde guerre mondiale, le dĂ©but de la cinquiĂšme Ă©tait le symbole de la rĂ©sistance française, la BBC dĂ©butait ses messages radios avec les quatre notes frappĂ©es par les timbales comme indicatif de ses Ă©missions Ă  l’intention des pays europĂ©ens sous l’occupation nazie. Trois brĂšves, une longue, significatif de la lettre V en morse : le V de la victoire, le V de la 5Ăšme symphonie.

 

Beethoven_Hornemann-500-carreContemporain de la SixiĂšme‹. Cette symphonie est contemporaine de la SixiĂšme composĂ©e pratiquement en mĂȘme temps. Les premiĂšres esquissent datent de 1803, mais c’est en 1805 que Beethoven commence sĂ©rieusement sa composition. AprĂšs une coupure d’un an, il l’a reprend avec la SixiĂšme symphonie et l’achĂšve probablement en mars 1808. Ces deux jumelles, bien que d’un caractĂšre totalement diffĂ©rent, sont toutes les deux jouĂ©es lors d’un cĂ©lĂšbre concert datant du 22 dĂ©cembre 1808 au Theater “An der Wien”. Le programme paraĂźt aujourd’hui bien surchargĂ© puisqu’il comprend en plus des symphonies, le QuatriĂšme concerto pour piano opus 58, la Fantaisie chorale, ou encore des extraits de la Messe en ut. Les deux oeuvres sont prĂ©sentĂ©es dans l’ordre inverse de leur numĂ©rotation dĂ©finitive et paraissent chez Breitkopf et HĂ€rtel en 1809. Elles sont dĂ©dicacĂ©es conjointement au prince Lobkowitz et au comte Razumovsky.

 

 

Les quatre mouvements
Allegro con brio : une forme-sonate traditionnelle, basĂ©e sur le cĂ©lĂšbre motif de quatre notes (motif dĂ©jĂ  utilisĂ© par Beethoven auparavant). Mouvement d’une grande intensitĂ©, d’une Ă©nergie dĂ©bordante.
Andante : grande sĂ©rĂ©nitĂ©, oĂč l’auditeur recherche la dĂ©tente nĂ©cessaire aprĂšs la tension accumulĂ©e par l’allegro qui prĂ©cĂšde. Il s’agit d’une variation libre Ă  deux thĂšmes, seul mouvement lent de symphonie dans cette forme. Certains passages au cƓur du mouvement s’avĂšrent trĂšs Ă©nergiques, et annoncent d’une certaine maniĂšre la finale.
Allegro : il s’agit encore une fois d’un scherzo bien que Beethoven n’en fasse aucune mention sur la partition. Une premiĂšre partie mystĂ©rieuse, angoissante dans des nuances pianissimo s’oppose Ă  une seconde fortissimo basĂ©e sur le mĂȘme motif que le premier mouvement. Il s’enchaĂźne directement au finale sans interruption par un immense crescendo orchestral.
Allegro : Finale triomphant qui reprĂ©sente l’aboutissement de tout ce qui prĂ©cĂšde. L’éclatant ut majeur sonne la victoire du compositeur sur sa destinĂ©.

 

 

Sur France Musique, ce 21 juin, le Philharmonique de Radio France joue le premier mouvement de la Symphonie n°5 de Beethoven… Concert diffusĂ© en direct de l’Auditorium de la Maison de la radio, Ă  Paris

Ludwig van Beethoven: ‹Symphonie n°5 en do mineur op.67 – 1er Mouvement
Edvard Grieg‹: Peer Gynt op.23 – Musique de scĂšne pour le drame d’Ibsen
Piotr Ilyitch TchaĂŻkovski: ‹RomĂ©o et Juliette – Ouverture fantaisie d’aprĂšs Shakespeare
Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov: ‹Le vol du bourdon
Alexandre Borodine: ‹Le Prince Igor – Danses Polovtsiennes
Camille Saint-SaĂ«ns: ‹Danse macabre op.40 – PoĂšme symphonique
Antonin Dvorak: ‹Danses slaves pour orchestre n°1 en do Maj. op.46

Orchestre Philharmonique de Radio France
Marzena Diakun, direction

 

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont (Haselböck, 1cd Alpha)

beethoven egmont haselbock bernarda bobro cd review critique classiquenews 3760014194726CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont  (Haselböck, 1cd Alpha). RECONSTITUTION BEETHOVENIENNE. FondĂ© en 1985 par Martin Haselböck, il y a plus de 30 ans, l’orchestre sur instruments anciens, Orchester Wiener Akademie n’a certes pas la hargne et la radicalitĂ© extrĂ©miste, ĂŽ combien passionnante du Concentus Musicus de Vienne du regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt ; mais le geste audacieux, dont la sonoritĂ© profite ici essentiellement des cuivres, – superbes de panache Ă©corchĂ© (les cors triomphants et idĂ©alement Ăąpres) rendent service à  l’Ɠuvre choisie, entre thĂ©Ăątre et musique. Dans Egmont dont on ne joue gĂ©nĂ©ralement que l’ouverture, Beethoven imagine plusieurs musiques de scĂšne, pour assurer les enchaĂźnements ou explorer une atmosphĂšre :  hĂ©ros romantique par excellence, Egmont, libĂ©rateur des Pays-Bas inspire Ă  Goethe dĂšs la conception de la piĂšce, une place importante Ă  la musique, notamment pour la mort des personnages : KlĂ€rchen ou surtout Egmont ; de mĂȘme la fin du drame devait dans l’esprit du dramaturge se rĂ©aliser par une symphonie de victoire (jouĂ©e ici). Auteur rĂ©formateur douĂ© d’un souffle puissant, Beethoven fut sollicitĂ© dĂšs 1809, Ă  l’occasion d’une reprise du drame goethĂ©en : il livre davantage qu’une simple mise en musique de certains passages : une ouverture, plusieurs intermĂšdes, des airs accompagnĂ©s pour soprano et orchestre… c’est toute une rĂ©flexion musicale (sur la libertĂ©) qui enrichit la perception du drame, et facilite aussi son dĂ©roulement.  Si dans la piĂšce originelle, dans la seconde moitiĂ© du XVIĂš, Egmont doit se battre contre l’occupant espagnol, les autrichiens en 1809 doivent lutter contre l’invasion des troupes de NapolĂ©on : dans l’esprit du musicien, le parallĂšle est clair et permet d’exprimer clairement les intentions dĂ©mocratiques et politiques de Ludwig. IndĂ©pendamment de la reprĂ©sentation de la piĂšce de Goethe, Beethoven obtint du poĂšte son approbation pour concevoir un drame autonome articulĂ© Ă  partir des seules morceaux de sa musique : il en dĂ©coule ce mĂ©lodrame, sorte de rĂ©sumĂ© de la piĂšce de Goethe, sur un texte validĂ©, Ă©crit par Friedrich Mosengell en 1821. La version jouĂ©e dans cet album est celle plus tardive, d’un libĂ©ralisme assagi selon la censure viennoise, rĂ©Ă©crit par Franz Grillparzer en 1834.

Musique goethéenne de Beethoven : Egmont, 1809-1834

En conclusion du cycle goethĂ©en, Martin Haselböck ajoute la cĂ©lĂšbre ouverture  opus 124, “la consĂ©cration de la maison”, en particulier pour la rĂ©ouverture du thĂ©Ăątre Ă  Vienne, Ă  Josefstadt, fin septembre 1822. La “maison” c’est le thĂ©Ăątre lui-mĂȘme : nouvelle piĂšce de circonstance de Carl Meisl pour laquelle Beethoven composa aussi une musique de scĂšne. Dans la “clartĂ© sĂšche” de la salle du thĂ©Ăątre, Beethoven dirigea lui-mĂȘme la partition portĂ©e par une claire et progressive aspiration Ă  la lumiĂšre, exultation et joie fraternelle. Le thĂ©Ăątre est toujours en place : le lieu comme d’autres sites viennois qui ont accueilli la crĂ©ation de nouvelles Ɠuvres beethovĂ©niennes Ă  Vienne, forment la singularitĂ© du projet actuel “Resound Beethoven”, jouer Beethoven dans les salles pour lesquelles le compositeur a Ă©crit… VoilĂ  un nouveau chantier qui fait de Vienne, une citĂ© incroyablement musicienne, ajoutant donc aux circuits Mozart, Haydn, Porpora, Schubert ou Johann Strauss II, – entre autres, celui en cours de rĂ©alisation dĂ©volu aux crĂ©ations de Beethoven.

Le rĂ©citant pour Egmont est l’acteur Herbert Föttinger – directeur actuel de la salle Josefstadt. La musique de Beethoven accentue et rythme les accents passionnĂ©s d’une action cĂ©lĂ©brant le courage et la volontĂ© dĂ©diĂ©s Ă  l’esprit de libĂ©ration finale. La langue de Goethe a dĂ©terminĂ© l’ivresse guerriĂšre d’une musique qui aprĂšs tension et contrastes savamment mesurĂ©s, cible essentiellement sa conclusion en forme d’implosion libĂ©ratrice. On Ă©mettra des rĂ©serves sur la version rĂ©cente en anglais (2Ă 15) – fĂ»t-elle rĂ©citĂ©e par un acteur Ă  la mode… le nerf, le muscle acĂ©rĂ© et vif argent, une certaine Ă©conomie Ɠuvrant pour l’exacerbation du drame exemplaire (Egmont donne tout, – sa ferveur et sa vie- pour l’idĂ©al libertaire qui porte toute sa carriĂšre). Haselböck mise beaucoup sur l’incise des contrastes, parfois au dĂ©triment d’une certaine Ă©lĂ©gance instrumentale dont Vienne avait cependant la spĂ©cialitĂ© : mais la fureur viscĂ©rale, l’autodĂ©termination globale, directe, franche exprimĂ©e par tous les pupitres, et la sonoritĂ© si fine et affĂ»tĂ©e des timbres d’Ă©poque, sans omettre l’excellent soprano de Bernarda Bobro, Ă  la fois claire et charnel, fondent la valeur de cet enregistrement, en tout point fidĂšle Ă  la furiĂ  guerriĂšre et fraternelle du grand Ludwig.

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont version  Grillparzer, 1834 (cd1) / version anglaise ((cd2, 2015). Bernarda Bobro, soprano. Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck, direction. Enregistrement réalisé à Vienne en octobre 2015 au Théùtre in der Josefstadt. 2 cd Alpha.

CD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. RĂ©Ă©dition. Beethoven : Symphonie n°3, “Eroica” opus 55 (Jordi Savall, 1994, 1 cd Alia Vox)

Beethoven eroica savall 1994 cd alia vox review compte rendu critique announce of AVSA9916-1CD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. RĂ©Ă©dition. Beethoven : Symphonie n°3, “Eroica” opus 55 (Jordi Savall, 1994, 1 cd Alia Vox). RĂ©alisĂ© certains soirs de janvier 1994 au chĂąteau de Cardona (Catalogne), l’enregistrement de cette Eroica opus 55, sommet symphonique de 1803, et manifeste pour une Ăšre esthĂ©tique nouvelle, rĂ©tablit le travail des musiciens sur instruments d’Ă©poque rĂ©unis alors par Jordi Savall (il y a quand mĂȘme plus de 20 ans, soit autour de 45 instrumentistes dont les noms signifient depuis des aventures spĂ©cifiques et des engagements artistiques particuliĂšrement cĂ©lĂ©brĂ©s, tels, entre autres Manfredo Kraemer en premier violon / concertino ; Marc HantaĂŻ, flĂ»te ; Guy van Waas, clarinette ; Bruno Cocset, violoncelle… ). L’apport des instruments historiques, de la pratique interprĂ©tative “historiquement informĂ©e” y est immĂ©diat : nouveau format sonore (avec cĂŽtĂ© ingĂ©nieur du son une bonne rĂ©verbĂ©ration, idĂ©alement spatialisĂ©e, c’est Ă  dire avec une rĂ©sonance mesurĂ©e qui permet la restitution analytique de chaque timbre exposĂ©, concertant), caractĂ©risation fine, affĂ»tĂ©e de chaque timbre instrumental; toute la science du Beethoven gĂ©nial orchestrateur qui sait bĂątir, Ă©difier, architecturer avec un sens inĂ©galĂ©, c’est Ă  dire mordant et efficace des couleurs, gagne ici en intensitĂ©, acuitĂ©, prodigieuse vitalitĂ©.
L’Allegro initial, mĂȘme pĂ©taradant et d’une claque martiale annonciatrice des conquĂȘtes esthĂ©tiques nouvelles, profite du dĂ©tail et d’un fini instrumental d’une flamboyante activitĂ© : cors, flĂ»te, bois et vents ; mĂȘme chaque attaque des cordes conquiert un nerf vif inĂ©dit. Le chef toujours rĂ©flĂ©chi et mĂ©ditatif dans ses choix de rĂ©alisation, confirment sa double comprĂ©hension du sujet HĂ©roĂŻque : c’est Ă©videmment l’enjeu (ou les enjeux) d’une conquĂȘte : avec l’Eroica de 1803, le siĂšcle romantique s’ouvre officiellement, conscient de sa propre dĂ©termination comme de sa volontĂ© ; mais c’est tout autant, l’expĂ©rience d’une amertume simultanĂ©e, retournement spectaculaire de la conscience car si la partition porte l’enthousiasme Ă  Bonaparte, le hĂ©ros libĂ©rateur qui pouvait prĂ©tendre incarner l’idĂ©al rĂ©volutionaire de tous les peuples affranchis de toute monarchie, le compositeur a rayĂ© la dĂ©dicace initiale, dĂ©nonçant sous Bonaparte, le tyran Ă  venir, – ici, Beethoven est tĂ©moin d’une dĂ©ception barbare. A la fois acte immense d’un espoir supĂ©rieur, la symphonie est aussi le rĂ©cit de cette dĂ©sillusion (et cela s’entend dans la lecture savallienne).

Il y a plus de 20 ans, Jordi Savall, précis, généreusement détaillé, dévoile la forge géniale du Beethoven symphoniste

DÚs 1994, un Beethoven régénéré

CLIC_macaron_2014Dans le jeu instrumental historique, par les multiples Ă©clats d’une palette instrumentale rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, la partition retrouve son souffle originel, ses Ă©lans matriciels dans leur Ă©noncĂ© primaire, irrĂ©sistible. A contrario de toute une tradition alourdie, opacifiĂ©e par des dĂ©cennies de pratique moderne et romantisante. DĂ©jĂ  Savall choisit un effectif proche de la Vienne du dĂ©but XIXĂš, mĂȘme si en 1803, il n’existe aucun orchestre rĂ©gulier et constituĂ© (il faut attendre 1840). Soit selon les tĂ©moignages des crĂ©ations des Symphonies BeethovĂ©niennes, entre 35 et 56 musiciens. Pas les 70 d’un orchestre symphonique actuel.

Outre ses considĂ©rations, chaque mouvement ici rĂ©tabli dans son format sonore proche de l’Ă©poque de Beethoven, profite naturellement d’une articulation plus vive et prĂ©cise, de contrastes plus tranchĂ©s et vifs, quasi bondissants, oĂč le timbre plus intense, incisif, – mordant de chaque identitĂ© instrumentale assemblĂ©e, gorge d’une sĂšve nouvelle, chaque sĂ©quence (Savall dans son texte introductif parle “d’individualisation du timbre“).
La notion des tempi particuliĂšrement soignĂ©es par Savall gagne elle aussi en relief et en souplesse, prĂ©servant pour chaque mouvement, une tension intĂ©rieure manifeste. L’orchestre ainsi acteur s’apparente Ă  une formidable machinerie dont chaque rouage est prĂȘt Ă  bondir, Ă  exprimer, Ă  revendiquer. Il n’y a que dans le Poco andante du Finale que Savall ralentit manifestement l’allure, le reste Ă©tant dirigĂ© avec une vivacitĂ© continuelle.
Dans cette confrontation permanente qui conçoit dĂ©sormais l’orchestre tel un foyer ardent, oĂč les forces en prĂ©sence sont toutes identifiĂ©es et toutes canalisĂ©es, Savall fait s’Ă©couler le brasier promĂ©thĂ©en primordial d’un Beethoven Ă  jamais inventeur et rĂ©volutionnaire. L’acuitĂ© active du chef porte et rend palpable l’ampleur d’une partition Ă©pique et profonde, dont l’esthĂ©tique et le jeu incessant des rythmes et des tempi alimentent la grande forge orchestrale qui mĂšnera Ludwig jusqu’au sommet de la IXĂš (souffle du Finale, vĂ©ritable dĂ©claration fiĂšre et conquĂ©rante pour le futur, emportĂ© dans une ivresse sonore d’essence chorĂ©graphique qui rapproche Beethoven, de ses frĂšres viennois, Haydn et Mozart). En presque 43 mn, Beethoven synthĂ©tise ainsi dans son Eroica, la portĂ©e universelle de sa conception du temps et de l’espace, dĂ©sormais orientĂ©e vers l’avenir. Ici, un chef visionnaire, d’une miraculeuse Ă©nergie lumineuse est au service du plus grand symphoniste de tous les temps. Le plus inventif. A possĂ©der et Ă©couter de toute urgence. La lecture de Coriolan (1805) opus 62 qui suit l’Eroica, affirme de façon plus radicale encore cette vertu de la caractĂ©risation aĂ©rĂ©e, palpitante et mordante oĂč la caractĂ©risation presque incisive de chaque timbre revivifie l’idĂ©e d’un volcan symphonique d’une audace inĂ©dite. Cela avance comme la coulĂ©e incandescente d’un mĂ©tal en fusion, crĂ©pitements et fusion fĂ»mante Ă  la clĂ©. Qui a dit que Savall, inspirĂ© par Beethoven, Ă©tait ce grand sorcier magicien ? L’approche, plus de 20 ans aprĂšs sa rĂ©alisation, est aussi captivante que la conception d’un Harnoncourt (beethovĂ©nien forcenĂ©, rĂ©cemment assidu jusqu’aux portes de la mort : Symphonies 4 et 5 par le Concentus Musicus Wien, publiĂ©es au moment de son dĂ©cĂšs en mars 2016). En une mĂȘme bouillonnante curiositĂ©, gĂ©nĂ©reuse et trĂšs argumentĂ©e, Savall nous offre les mĂȘmes frissons. C’est dire.

CD, événement. Réédition. Beethoven : Eroica opus 55 Symphonie n°3. Le Concert des nations. Jordi Savall (1 cd Alia Vox AVSA9916, Cardona, Catalogne, janvier 1994). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

CD événement. Le Beethoven idéal de Nikolaus Harnoncourt (Symphonies n°4 et 5 de Beethoven)

beethoven symphonies 4, 5 nikolaus harnoncourt cd sony review compte rendu CLASSIQUENEWS critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. Beethoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). Harnoncourt a depuis fin 2015 fait savoir qu’il prenait sa retraite (LIRE notre dĂ©pĂȘche : Nikolaus Harnoncourt prend sa retraite pour ses 86 ans, dĂ©cembre 2015), cessant d’honorer de nouveaux engagements. Cet Ă©tĂ© le verra Ă  Salzbourg, encore, derniĂšre direction qui de principe est l’Ă©vĂ©nement du festival estival autrichien en juillet 2016 (pour la 9Ăšme Symphonie de Beethoven, le 25 juillet, Grosses Festpielhaus, 20h30, avec son orchestre, Concentus Musicus Wien). Or voici que sort aprĂšs sa sublime trilogie mozartienne – les 3 derniĂšres Symphonies, conçues comme un “oratorio instrumental” (CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014)-, deux nouvelles Symphonies de Beethoven, les 4 et 5, portĂ©es avec ce souci de la justesse et de la profondeur poĂ©tique grĂące au mordant expressif de ses instrumentistes, ceux de son propre ensemble sur instruments d’Ă©poque, le Concentus Musicus de Vienne. Alors que se pose avec sa retraite, le devenir mĂȘme de ses musiciens et le futur de la phalange, le disque enregistrĂ© pour Sony classical en 2015 Ă  Vienne, dĂ©montre l’excellence Ă  laquelle est parvenu aujourd’hui l’un des orchestres historiques les plus dĂ©fricheurs, pionniers depuis les premiers engagements, et ici d’une sensibilitĂ© palpitante absolument irrĂ©sistible : bois, cuivres, cordes sont portĂ©s par une Ă©nergie juvĂ©nile d’une force dynamique, d’une richesse d’accents, saisissants.

 

 

 

En insufflant aux Symphonies n°4 et n°5, leur fureur premiĂšre, inventive, incandescente et mystĂ©rieuse…

Harnoncourt façonne un Beethoven idéal

 

harnoncourt nikolaus maestro chef concentus musicusIDEAL ORCHESTRAL CHEZ BEETHOVEN… Le souffle intĂ©rieur, l’urgence, la tension, toujours d’une articulation somptueuse, avec ce sens de la couleur et du timbre paraissent de facto inĂ©galables, voire … inatteignables en particulier pour les orchestres sur instruments modernes. Si l’on conçoit toujours de grands effectifs et des instruments de factures modernes dans les grands halls symphoniques et pour les grandes cĂ©lĂ©brations mĂ©diatiques et populaire (voire les manifestations en plein air, vĂ©ritables casse tĂȘtes accoustiques), ici en studio, le format original, et la balance des instruments d’Ă©poque sont idĂ©alement rĂ©tablis dans un espace rĂ©verbĂ©rant idĂ©al. Quelle dĂ©lectation ! c’est une expĂ©rience unique et dĂ©sormais exemplaire que tous les orchestres instituĂ©s du monde et sur instruments modernes se doivent d’intĂ©grer dans leur Ă©volution Ă  venir : on ne joue plus Beethoven Ă  prĂ©sent comme en 1960/1970. Certes les instruments historiques ne font pas tout et la direction de Harnoncourt le montre : l’intelligence et l’acuitĂ© expressive du chef sait exploiter totalement toutes les ressources de chacun de ses partenaires instrumentistes. Un rĂ©gal pour les sens (un festival de timbres caractĂ©risĂ©s) et aussi pour l’intellect car le relief caractĂ©risĂ© des timbres (cuivres en fureur millimĂ©trĂ©e ; cordes souples et mordantes Ă  la fois ; bois d’une ivresse rageuse Ă©chevelĂ©e : quel orchestre est capable ailleurs d’une telle somptuositĂ© furieuse?) souligne la puissance du Beethoven bĂątisseur et conceptuel. L’architecture, la gradation structurelle comme le flux organique de chaque mouvement en sortent dĂ©cuplĂ©s, dans une projection rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, inventives, d’une insolence premiĂšre : on a l’impression d’assister Ă  la premiĂšre de chaque Symphonie, sentiment inouĂŻ, profondĂ©ment marquant.
harnoncourt nikolaus portraitGESTE BOULEVERSANT. Pour sa retraite, le magicien Harnoncourt Ă  la tĂȘte de son orchestre lĂ©gendaire, revient Ă  Beethoven (on se souvient de son intĂ©grale phĂ©nomĂ©nale et dĂ©jĂ  justement cĂ©lĂ©brĂ©e avec les jeunes musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe). ici, le vĂ©tĂ©ran, d’une acuitĂ© poĂ©tique et instrumentale supĂ©rieure encore nous lĂšgue deux Symphonies parmi les mieux inspirĂ©es de la discographie : un must absolu qui rĂ©vise le standard actuel de la sonoritĂ© beethovĂ©nienne pour tous les orchestres modernes et contemporains dignes de ce nom. MĂȘme l’Orchestre Les SiĂšcles n’atteint pas une telle intensitĂ© expressive, ce caractĂšre d’urgence et d’exacerbation poĂ©tique, cette fureur lumineuse, entre LumiĂšres et RĂ©volution, destruction et crĂ©ation-, ce sentiment de plĂ©nitude radicale. VoilĂ  qui exprime au plus juste l’humeur rĂ©volutionnaire du gĂ©nial Ludwig. Ce geste qui Ă  la fin d’une carriĂšre de dĂ©fricheur, ouvre une esthĂ©tique embrasĂ©e par la lumiĂšre et l’espoir d’une aube nouvelle (tranchant nerveux insouciant du piccolo dans le Finale de la 5Ăšme Symphonie entre autres…), se rĂ©vĂšle bouleversant. Merci Maestro ! CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Incontournable.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement. Beehtoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. LIRE aussi notre compte rendu complet dĂ©diĂ© aux 3 Symphonies 39, 40, 41 de Mozart, un “oratorio instrumental”… septembre 2014

 

 

harnonocurt-beethoven-review-critique-500-500-review-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-fevrier-2016

 

 

 

Philippe Herreweghe et Isabelle Faust joue Beethoven Ă  Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 dĂ©cembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers, ce 7 dĂ©cembre 2015 oĂč la fine caractĂ©risation des instruments d’Ă©poque renouvelle notre perception des deux premiĂšres Symphonies et du Concerto en rĂ© de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intĂ©resse au Beethoven le plus fougueux, le plus libĂ©rateur celui qui des cendres encore chaudes de la RĂ©volution, bĂątit un nouvel ordre musical, poĂ©tique et esthĂ©tique offrant enfin au siĂšcle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses dĂ©fis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’Ă©blouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intĂ©rioritĂ© restitue au Concerto en rĂ© majeur, son Ă©toffe Ă©motionnelle tissĂ©e d’Ă©lan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancĂ© secret de ThĂ©rĂšse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovĂ©nien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’Ă©poque fondĂ© par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son rĂ©pertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des annĂ©es 1800 / 1803. Revenir Ă  Beethoven reste pour un orchestre un dĂ©fi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthĂ©tique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux Ă©blouissants des inventeurs et des poĂštes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire Ă  Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons dĂ©finissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, hĂ©ros des LumiĂšres, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociĂ©tale, fruit de la sociĂ©tĂ© des LumiĂšres et de la RĂ©volution française (de facto, la n°3 “HĂ©roĂŻca”, crĂ©Ă©e en 1804, porta comme premiĂšre dĂ©dicace “Bonaparte”, le hĂ©ros libĂ©rateur de la tyrannie des monarchies).

Faust-Isabelle-violon-582CritiquĂ©e pour sa fureur militaire qui dĂ©chirait les tympans plutĂŽt qu’elle ne touchait le cƓur, la Symphonie n°1 est encore trĂšs redevable Ă  Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovĂ©nien, est dĂ©diĂ© au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poĂšte de la CrĂ©ation, l’oratorio prophĂ©tique et panthĂ©iste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle Ăšre (accord dissonant de septiĂšme de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3Ăšme mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du concert Beethoven au TAP de Poitiers avec Philippe Herreweghe et Isabelle Faust (photo ci dessus)

 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
RĂ©sa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs ElysĂ©es © A.PĂ©quin

Premier Beethoven au TAP de Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 dĂ©cembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers, ce 7 dĂ©cembre 2015 oĂč la fine caractĂ©risation des instruments d’Ă©poque renouvelle notre perception des deux premiĂšres Symphonies et du Concerto en rĂ© de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intĂ©resse au Beethoven le plus fougueux, le plus libĂ©rateur celui qui des cendres encore chaudes de la RĂ©volution, bĂątit un nouvel ordre musical, poĂ©tique et esthĂ©tique offrant enfin au siĂšcle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses dĂ©fis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’Ă©blouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intĂ©rioritĂ© restitue au Concerto en rĂ© majeur, son Ă©toffe Ă©motionnelle tissĂ©e d’Ă©lan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancĂ© secret de ThĂ©rĂšse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

 
 

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovĂ©nien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’Ă©poque fondĂ© par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son rĂ©pertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des annĂ©es 1800 / 1803. Revenir Ă  Beethoven reste pour un orchestre un dĂ©fi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthĂ©tique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux Ă©blouissants des inventeurs et des poĂštes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire Ă  Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons dĂ©finissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, hĂ©ros des LumiĂšres, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociĂ©tale, fruit de la sociĂ©tĂ© des LumiĂšres et de la RĂ©volution française (de facto, la n°3 “HĂ©roĂŻca”, crĂ©Ă©e en 1804,  porta comme premiĂšre dĂ©dicace “Bonaparte”, le hĂ©ros libĂ©rateur de la tyrannie des monarchies).

CritiquĂ©e pour sa fureur militaire qui dĂ©chirait les tympans plutĂŽt qu’elle ne touchait le cƓur, la Symphonie n°1 est encore trĂšs redevable Ă  Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovĂ©nien, est dĂ©diĂ© au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poĂšte de la CrĂ©ation, l’oratorio prophĂ©tique et panthĂ©iste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle Ăšre (accord dissonant de septiĂšme de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3Ăšme mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart.

La Seconde Symphonie de Beethoven prolonge les avancĂ©es de la n°1 : elle est contemporaine d’une grave crise dans la vie du compositeur : Ă©poque critique et dĂ©pressive mais aussi refondatrice de la pensĂ©e musicale telle qu’elle est alors rĂ©digĂ©e dans le testament d’Heiligenstadt, marquant la maturitĂ© d’un auteur qui s’enfonce un peu plus dans la surditĂ©. C’et le point culminant donc finale de la Symphonie Sonate hĂ©ritĂ©e des LumiĂšres, d’une joie enivrante malgrĂ© les Ă©vĂ©nements tragiques de la vie intime. Ici, Beethoven parachĂšve l’Ă©volution de la Symphonie moderne : le Scherzo est nommĂ©ment signifiĂ© et Ă©crit sur le manuscrit (au lieu de “Menuet”). Une page est tournĂ©e dans le grand livre de la Symphonie beethovĂ©nienne…

Le Concerto pour violon en rĂ© majeur opus 61, d’une architecture solaire, est contemporain de la Symphonie n°4 et des 3 Quatuors Razumowski : il est dĂ©diĂ© au violoniste virtuose Franz Clement qui en assure la crĂ©ation le 23 dĂ©cembre 1806. C’est l’heure de l’insuccĂšs de l’opĂ©ra Fidelio et aussi des fiançailles secrĂštes avec ThĂ©rĂšse de Brunswiick en mai 1806. De fait reliĂ© Ă  ce miracle de la vie intime, le Concerto pour violon est souvent considĂ©rĂ© comme un poĂšme amoureux, portĂ© par le bonheur et la promesse d’un amour durable, comme en tĂ©moigne surtout la tonalitĂ© bienheureuse, extatique de mouvement central (Larghetto en sol majeur).

 
 
 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
RĂ©sa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs ElysĂ©es © A.PĂ©quin

Caen, Grenoble, Paris. Pelléas et Benjamin Lévy jouent Beethoven

benjamin levy orchestre pelles concert 582Caen, Grenoble
. PellĂ©as, Benjamin LĂ©vy jouent Beethoven. 4,5,7 novembre 2015. A Caen le 4 novembre, Grenoble, le 7 puis Ă  la Philharmonie de Paris le 7 novembre, l’orchestre PellĂ©as et son chef Benjamin LĂ©vy, en vĂ©ritable orfĂšvre du son, jouent Beethoven : PromĂ©thĂ©e et aussi le Concerto pour filon avec, sur instruments modernes, leur complice, le violoniste Lorenzo Gatto. Voici un Beethoven puissant, dramatique, d’une liquiditĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e : d’abord, l’Ouverture des CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet d’aprĂšs l’argument de Salvatore Vigano, et crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1801. TrĂšs thĂ©Ăątral et contrastĂ©, l’épisode cultive une vivacitĂ© nerveuse voire Ă©ruptive. Son Ă©nergie forme un bon prĂ©lude au Concerto pour violon : composĂ© pour Franz Clement qui en rĂ©alise la crĂ©ation en 1806 au Theater an der Wien, le morceau dĂ©voile un autre caractĂšre de l’invention beethovĂ©nienne : son unitĂ© et sa cohĂ©sion architecturale. PellĂ©as saisit la trame dramatique jalonnĂ©e d’accents idĂ©alement ciselĂ©s (timbales d’ouverture, cor dans le second mouvement
) mais aussi d’un feu chorĂ©graphique souvent impĂ©tueux (la fameuse lave beethovĂ©nienne prĂȘte Ă  se dĂ©verser tout en mesurant et en canalisant ses jaillissements flamboyants) : en cela le dernier et troisiĂšme  mouvement rejoint l’ouverture du ballet PromĂ©thĂ©e. Beethoven rĂ©ussit Ă  unir la totalitĂ© des Ă©pisodes par sa fluiditĂ© dansante, un feu sacrĂ© que Stravinsky retrouvera dans le Sacre. La mise en place rythmique est ici fondamentale : Benjamin LĂ©vy en maĂźtrise le dispositif dans globalitĂ© avec une attention et un souffle communicatif, qui soigne et le dĂ©tail et la vision d’ensemble : une sensibilitĂ© qui dĂ©cortique et analyse, mais aussi le geste d’un bĂątisseur. Connaisseur des derniĂšres avancĂ©es et bĂ©nĂ©fices de la pratique historiquement informĂ©e, c’est Ă d ire qui intĂšgre la pratique de l’époque telle qu’elle peut ĂȘtre dĂ©crite et explicitĂ©e dans les traitĂ© d’époque, le jeune violoniste Lorenzo Gatto (pas encore trentenaire, 2Ăš Prix Reine Elisabeth en 2009) joue un violon moderne Vuillaume dont la sonoritĂ©, grain, timbre et format respecte l’élĂ©gance mozartienne dont Beethoven a la nostalgie et l’admiration dans son Concerto. Le naturel compense l’absence d’un instrument historique mais le geste svelte et prĂ©cis, qui cultive caractĂšre et nuances dynamiques. Un feu millimĂ©trĂ© et caractĂ©risĂ© que porte l’Orchestre PellĂ©as et son chef Benjamin LĂ©vy, unis, soudĂ©s, par une tension toute en finesse : une prouesse en caractĂšres et fluiditĂ© mĂȘme sur instruments modernes. De sorte que PellĂ©as rejoint ici les dĂ©fis rĂ©ussis d’un autre orchestre sur instruments modernes et pourtant d’une Ă©loquence sertie, celle d’OSE, le nouvelle phalange fondĂ©e et dirigĂ©e par un autre poĂšte de la baguette : Daniel Kawka.

Pelleas saut - Florence GrandidierNotre collaborateur David Tonnelier Ă©crivait en 2004, au moment de la crĂ©ation de l’Orchestre PellĂ©as : 
 ” La finesse de la direction, l’autoritĂ© de l’assise rythmique, l’activitĂ© permanente, jamais diluĂ©e, imposent le tempĂ©rament du jeune chef. On sait avec quelle dĂ©termination Benjamin LĂ©vy porte le devenir de cet orchestre qu’il a fondĂ© depuis dĂ©cembre 2004, le “PellĂ©as” (qui indique assez clairement combien le musicien souhaite s’engager pour la diffusion du rĂ©pertoire symphonique français). Toutes les qualitĂ©s de sa fougue analytique, qui sait aussi s’exprimer avec souplesse et profondeur, indique indiscutablement une musicalitĂ© forte, une vision acĂ©rĂ©e et vive, une sensibilitĂ© musclĂ©e. Chapeau bas! “.

L’orchestre PellĂ©as et Lorenzo Gatto jouent le programme de leur dernier cd Beethoven Ă©ditĂ© par Zig-Zag Territoires

Concert Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Prométhée, Concerto pour violon en ré majeur, op. 61

4 novembre 2015 – 20h – ThĂ©Ăątre de Caen
http://theatre.caen.fr/Spectacles/ludwig-van-beethoven-0

5 novembre 2015 – 19h30 – MC2 – Grenoble
http://www.mc2grenoble.fr/spectacle/beethoven-inconnu/

7 novembre 2015 – 16h30 – Philharmonie de Paris – Philharmonie2 (uniquement PromĂ©thĂ©e – mise en scĂšne Lionel Rougerie)
http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-participatif-en-famille/15465-promethee

Lorenzo Gatto, violon
Orchestre de Chambre Pelléas
Benjamin Levy, direction

Les Symphonies de Beethoven sur Brava

brava_hd_2014_logoTĂ©lĂ©. Brava. Cycle Beethoven : du 4 au 7 juin 2015. Qui n’a pas rĂȘvĂ© de rĂ©viser ses classiques et reprendre le chemin de la dĂ©couverte symphonique Ă  l’heure romantique, en l’occurrence les Symphonies de la maturitĂ© de Beethoven (1792-1827), les Symphonies n°4,5, 6 et 7 d’autant plus passionnantes qu’elles sont jouĂ©es par le chef Claudio Abbado qui pilote le Philharmonique de Berlin. Le cycle a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  l’AcadĂ©mie nationale Sainte-CĂ©cile de Rome en 2001.

 

 

 

Beethoven : Ă  la recherche de la Symphonie parfaite

 

Fidelio de BeethovenNĂ© en 1770, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour Vienne, dĂ©finitivement, en 1792. il reprend l’expĂ©rience des Symphonistes de Mannheim, les propositions capitales de Haydn et Mozart : il crĂ©e la forme et la sonoritĂ© de la Symphonie romantique Ă  l’époque oĂč NapolĂ©on inflĂ©chit l’Europe.  Le musicien fixe les rĂšgles des quatre mouvements, modifiant parfois l’ordre et le caractĂšre de certains, offrant Ă  tous le instruments un champ expressif nouveau
 Avec Beethoven, la musique offre Ă  l’esprit des LumiĂšres, un cadre symphonique digne de son ambition et de son rayonnement : une expĂ©rience collective, un dĂ©sir d’utopie partagĂ©e ou un tĂ©moignage personnel qui s’adresse au plus grand nombre. AprĂšs Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner
 tous les grands romantiques voudront rivaliser avec le cycle qu’il a laissĂ© et nourri jusqu’à sa mort, soit un total de 9 Symphonies.
Brava diffuse sur 4 jours, les Symphonies « intermédiaires » de Beethoven : les Symphonies n°4,5,6 (Pastorale, laquelle ne décrit pas mais exprime le miracle spectaculaire de la nature en une fresque panthéiste révolutionnaire), enfin la Symphonie n°7.

 

 

 

Jeudi 4 juin 19h
Beethoven – Symphonie No. 4 (Vienne, 1807)
 
Vendredi 5 juin 14h
Beethoven – Symphonie No. 5 (Vienne, 1808)
 
Samedi 6 juin 21h
Beethoven – Symphonie No. 6 « Pastorale » (Vienne, 1808)
 
Dimanche 7 juin 13h
Beethoven – Symphonie No. 7 (Vienne, 1813)

 

 

 

 
A propos de Brava, nouvelle chaßne de télé 100% classique
brava_hd_2014_logoBrava s’affirme par la qualitĂ© et la sĂ©lection des programmes de musique classique proposĂ©s ; la chaĂźne diffuse les meilleurs opĂ©ras, opĂ©rettes, ballets et concerts, 24 heures sur 24, en Full Native HD et en Dolby Digital Audio. Toutes les productions sont enregistrĂ©es dans les opĂ©ras et thĂ©Ăątres les plus cĂ©lĂšbres du monde, dont la Royal Opera House de Londres, le Teatro Real de Madrid et La Scala de Milan. Brava est disponible 24 heures sur 24 et offre Ă  ses tĂ©lĂ©spectateurs une place au premier rang de spectacles de premier ordre, avec les meilleurs musiciens et artistes au monde. Brava est une chaĂźne sans publicitĂ© dĂ©diĂ©e totalement au meilleur du classique.

La chaĂźne internationale Brava peut ĂȘtre reçue par la plupart des tĂ©lĂ©spectateurs HD en France, oĂč elle fait partie des bouquets d’Orange, Bouygues, SFR, Free/Alice, Canalsat et Numericable. Brava peut aussi ĂȘtre reçue aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Turquie, au Portugal, en Slovaquie, en RĂ©publique tchĂšque, Ă  Monaco, au Liban et dans plusieurs pays africains. Des informations supplĂ©mentaires sont disponibles sur www.bravahd.fr.

 

 

Livres. Cahiers de conversation de Beethoven (Buchet Chastel)

beethoven cahiers de conversation buchet chastel colelction musique critique classiquenewsLivres, compte rendu critique. Cahiers de conversation de Beethoven (Buchet Chastel). Beethoven devenu sourd Ă©changeait avec ses interlocuteurs en lisant leurs questions et commentaires qu’ils Ă©crivaient sur des ardoises
 En lisant les mots, Beethoven pouvait ainsi soutenir une conversation sans obstacles. MĂȘme dans leur enrobage actualisĂ©, les carnets de conversations de Beethoven, Ă©crits ou plutĂŽt transcriptions des conversations rĂ©alisĂ©es par ses proches et amis restent
 matiĂšre sĂšche voire abrupte. On soupçonne mĂȘme que certaines rĂ©dactions soient sujettes Ă  caution en particulier les conversations rapportĂ©s par son « ami », Anton Schindler qui n’hĂ©site pas, aprĂšs la mort de Beethoven, Ă  ajouter manuscritement de fausses dĂ©clarations dĂ©montrant combien le compositeur et lui Ă©taient proches
 La supercherie Ă©tant aujourd’hui Ă©lucidĂ©e, le lecteur peut en toute connaissance tirer bĂ©nĂ©fice de leur lecture. Car Ă  Vienne dans les 10 derniĂšres annĂ©es de sa vie, Ludwig s’adresse directement ici aux membres de son cercle Ă©largi : son « fils » Karl (en fait son neveu dont il aura la tutelle dĂ©finitive en 1820, au terme de rebondissements juridiques inimaginables), son frĂšre Johann, les amis Peters et Breuning, le violoniste Schuppanzigh, les Ă©diteurs Artaria, Schlesinger, les pianistes Carl et Joseph Czerny, la soprano Henriette Sontag et surtout le soutien de toujours, protecteur dĂ©dicatoire de maints ouvrages dont la Solemnis, l’archiduc Rodolphe.

De fĂ©vrier 1818 Ă  mars 1827, voici Beethoven Ă  Vienne, dans son ordinaire, Ă  la fin de sa vie : l’anecdotique rejoint les infos de premiĂšre valeur concernant les grandes Ɠuvres alors en gestation : Sonates pour piano et violoncelle (dĂ©diĂ©es Ă  la comtesse Erdödy), la publication de la Hammerklvier opus 106 chez Artaria, la 9Ăšme Symphonie, la Missa Solemnis (achevĂ©e en 1823)
 entre autres. Il faut s’accrocher car la lecture est difficile mais en sachant sĂ©lectionner et faire son tri, l’apport de ses 10 derniĂšres annĂ©es viennoise est inestimable.

Beethoven : Cahiers de conversation. Traduit par J.-G. Prod’homme.  RĂ©Ă©dition. Parution le 10 avril 2015. Edition Buchet Chastel, collection musique. Format : 14 x 20,5 cm, 432 p., 23.00 €. ISBN 978-2-283-02875-9

CD. Maurizio Pollini, piano. Beethoven : intégrale des Sonates pour piano (8 cd Deutsche Grammophon)

pollini maurizio beethoven complete piano sonatas 8 cd deutsche grammophon coffret CLIC de classiquenewsMaurizio Pollini, piano. Beethoven : intĂ©grale des Sonates pour piano (8 cd Deutsche Grammophon). Comme le mĂ©tier de toute une vie, Maurizio Pollini est un cavalier seul qui aborde depuis longtemps en terre aimĂ©e, reliefs et traversĂ©es toujours inspirant, les Sonates  pour piano de Beethoven. C’est l’aboutissement de 40 annĂ©es d’un travail continu… Travail sur la forme, l’architecture, l’Ă©nergie que le grand Ɠuvre dans sa totalitĂ© absorbante ne manque pas de susciter d’un regard globalisant, c’est aussi selon les pĂ©riodes une rĂ©flexion sur les moyens de l’interprĂšte pour exprimer le souffle visionnaire et l’extrĂȘme modernitĂ© de Beethoven. 32 Sonates, 23 Sonates publiĂ©es entre 1793 et 1805, Ă  Vienne (puisqu’il quitte Bonn en 1792), composent ici un pĂ©riple d’une grandeur inventive inĂ©galĂ©e, le testament d’un homme bouillonnant et fraternel, intransigeant mais humain et gĂ©nĂ©reux qui fit du clavier, l’instrument expĂ©rimental par excellence.

pollini maurizio piano beethoven sonates fin integrale beethovenAujourd’hui septuagĂ©naire (nĂ© en 1942), laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie 1960,  l’Ă©lĂšve de Benedetti-Michelangeli voit ainsi par le disque, la boucle beethovĂ©nienne se refermer : terme d’un cycle commencĂ© avec ses dĂ©buts et poursuivi jusqu’Ă  prĂ©sent tout au long d’une expĂ©rience de rĂ©citals unanimement saluĂ©s : Maurizio Pollini convainc depuis toujours par son allant, cette allure qui s’appuie sur une trĂšs solide technicitĂ©. Strict contemporain d’une Argerich (les deux furent proches du maestro Claudio Abbado), Pollini sait varier ses engagements interprĂ©tatifs Ă©vitant cet intellectualisme froid et distanciĂ© qu’on lui attribue Ă  torts : il demeure un artiste sensible, dont les crĂ©pitements vont idĂ©alement Ă  Beethoven, y compris pour celui mĂ»r de la fin (opus 111 : lire ci aprĂšs). Du reste, alors qu’il en a toutes les qualitĂ©s, Pollini Ă  la diffĂ©rence de Martha Argerich n’est pas un pianiste chambriste : il cultive seul l’art musical devant son clavier. Seul pour la musique.
Le pianiste dirigea Rossini comme chef : l’inventivitĂ© et la facĂ©tie, comme Mozart et comme Haydn ; voilĂ  qui lui permet de colorer le dernier Beethoven, le plus impressionnant, le plus complexe et difficile aussi (ses fugues qui semblent retrouver la concision inspirĂ©e de JS Bach). Mais toujours Pollini y glisse le flux de la vie, le nerf tendu par un indĂ©fectible espoir fraternel. VoilĂ  qui renforce la haute valeur de son intĂ©grale Beethoven : un legs rĂ©alisĂ© depuis les annĂ©es 1970 (juin 1975 pour les opus 109 et 110 du cd 8, c’est Ă  dire les derniers opus) et jusqu’Ă  nos jours (2013 et 2014 pour les opus 31 et 49) avec, -le risque assumĂ©,  un goĂ»t bĂ©nĂ©fique pour les prises live : au fini esthĂ©tique de l’interprĂšte maĂźtrisĂ©, se joint l’intensitĂ© de la prise sur le vif et en public.

 

 

Un cycle d’enregistrements qui couvre 40 annĂ©es de travail et de recherche

Beethoven régénéré

 

Des premiĂšres Sonates oĂč Ludwig prolonge l’hĂ©ritage des Viennois Haydn et Mozart mais aussi les leçons de Clementi, et Dussek… comme dans l’invention et la tension rĂ©volutionnaire des trois premiĂšres Sonates (1793-1795) oĂč Beethoven frappe par son esprit dĂ©terminĂ©, querelleur aussi (il ne manquait pas de dĂ©concerter voire surprendre ses auditeurs), Pollini captive par la clartĂ© et la construction de son jeu. La fougue virile beethovĂ©nienne s’entend naturellement dans le jeu parfois Ăąpre d’un Pollini trĂšs engagĂ© : la fureur de Beethoven, sa sanguinitĂ© conquĂ©rante profite Ă  l’interprĂšte capable de prendre tous les risques, mesurĂ©s cependant Ă  l’aulne de l’Ă©lĂ©gance.
La profondeur aussi (largo e mesto en rĂ© mineur de l’Opus 10,  -1796-1798), annonçant l’Adagio sostenuto de l’Opus 106…) ; le pathos schillĂ©rien de la Grande Sonate pathĂ©tique de 1799 (Opus 13), l’immersion bouleversante et tendre des Sonates opus 14 ; l’inventivitĂ© formelle des Sonates opus 26 et 27…  sont approchĂ©s avec une franchise de ton et une suractivitĂ© perlĂ©e qui captive. Pollini en fait autant de jalons essentiels d’un laboratoire musical et esthĂ©tique, au dĂ©but du siĂšcle (1800-1081) ; ruptures ou avancĂ©es, les opus 30 et surtout 31 marquent par leur radicalitĂ© nouvelle Ă  l’Ă©poque du testament d’Heiligenstadt, combinant cohĂ©rence de la structure et frĂ©nĂ©sie irrĂ©pressible. Tout cela fulmine et s’intensifie sous les doigts d’un artiste complet,  fougueux autant que rĂȘveur.

A l’Ă©poque de l’HĂ©roĂŻque (1803) et de Fidelio I (1804), l’opus 53 inscrit sa marche rĂ©formatrice dans la Waldstein (1803), l’Appassionata (opus 57 de 1803 aussi), sonates symphoniques marquantes par leur ampleur de vue, leur conscience Ă©largie que porte toujours une volontĂ© indĂ©fectible vers l’avenir. Pollini Ă©claire la pensĂ©e continue d’un compositeur en perpĂ©tuelle recherche : un Picasso avant l’heure. A l’impĂ©tuositĂ© de la flamme inspirĂ©e rĂ©pond un nouvel Ă©ventail de trouvailles qui dĂ©passe la stricte matĂ©rialitĂ© et la mĂ©canique un peu sĂšche du clavier : l’Ă©lĂ©vation et le souffle dĂ©sormais Ă©poustouflants dialoguent avec des plongĂ©es introspectives d’une profondeur renouvelĂ©e Acrobate et poĂšte, conscient des risques encourus, Pollini est capable de vertigineux contrastes.

Fidelio de BeethovenEn 1816, l’opus 101 contemporain des dĂ©marches de Beethoven pour rĂ©cupĂ©rer la garde de son neveu Karl (le fils de Caspar mort en 1815), plonge dans d’autres eaux Ă©motionnelles particuliĂšrement intenses et exacerbĂ©es : l’Ă©criture fuguĂ©e, sĂ©vĂšre, dialogue avec une intimitĂ© plus allusive et libre. MĂȘme stricte construction dans l’opus 106 (1817) oĂč les proportions colossales voire cosmiques sont nuancĂ©es par des Ă©lans suspendus (Adagio sostenuto) d’une intĂ©rioritĂ© qui confine dĂ©sormais Ă  la lumiĂšre et l’Ă©blouissement final ; c’est assurĂ©ment le cas des opus 109 (septembre 1820) et des suivants : en enfant de la RĂ©volution, qui eut sa pĂ©riode napolĂ©onienne (pour mieux renier ensuite le faux libĂ©rateur), Beethoven est bien l’hĂ©ritier des LumiĂšres, fraternel et conquĂ©rant : l’arche tendue vers l’avenir de l’opus 111 (deux seuls mouvements rĂ©capitulatifs comme des Ă©nigmes, janvier 1822), autorise toutes les conjectures et rĂ©alise le rĂȘve ardent de Ludwig, dĂ©passer le prĂ©sent, permettre le futur. Comme une transe progressive, le parcours pianistique tempĂȘte et expĂ©rimente dans la trĂ©pidation de rythmes constamment changeants ; de nouveaux aigus Ă©thĂ©rĂ©s atteignent l’insondable aux portes de l’ineffable, dans une dĂ©matĂ©rialitĂ© nouvelle dont l’abstraction aĂ©rienne et aquatique, constellĂ©s de murmures harmoniquement miroitants, annonce dĂ©jĂ  Debussy. C’est l’un des apports de cette intĂ©grale discographique, accomplissements captivants ici rĂ©alisĂ©s Ă  Vienne en 1977.

CLIC_macaron_2014Le jeu du pianiste suit le souffle, accompagne chaque respiration de chaque phrase, joue l’expressivitĂ© comme un dernier soubresaut : une vitalitĂ© ardente, un feu intact que colore Ă  peine l’ivresse Ă©perdue Ă©chevelĂ©e des Ă©pisodes plus retenus (Ă©coutez les derniĂšres tendresses agiles, presque insouciantes de l’opus 49, enregistrĂ©es Ă  Munich en juin 2013 et 2014). Pollini / Beethoven, l’Ă©quation positive ? PortĂ© par une connivence heureuse, l’interprĂšte sert comme peu l’art de son maĂźtre. Le jeu respecte Ă  la lettre l’activitĂ© et l’embrasement de chaque partition. La vivacitĂ© Ă©lectrise, l’Ă©lĂ©gance caresse, la vision convainc. Totalement. Coffret Ă©vĂ©nement. Logiquement CLIC de classiquenews de janvier 2015.

Beethoven (1770 – 1827) : intĂ©grale des Sonate spour piano. Complete piano sonatas. Maurizio Pollini, piano. 8 cd Deutsche Grammophon 0289 479 4120 0.

Visitez le site de Deutsche Grammophon et la page déidée à Maurizio Pollini

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement Ă  ce qui est indiquĂ©, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques
 A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique
 ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernitĂ© et sa sensibilitĂ© visionnaire ne peuvent selon nous ĂȘtre rangĂ©es dans aucune case
 trĂȘve d’observations de dĂ©tail : car c’est bien de plusieurs textes dĂ©cisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus Ă  propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et mĂȘme Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais cachĂ© qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacrĂ© des discours et prĂ©sentations trĂšs dĂ©taillĂ©s, surtout trĂšs militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois derniĂšres : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur rĂ©sonne comme une dĂ©flagration, par sa sonoritĂ© inĂ©dite et inclassable qui fait imploser la forme elle-mĂȘme et le tissu mĂ©lodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigĂ© les opĂ©ras majeurs Ă  Salzbourg) n’a Ă©tĂ© ici plus argumentĂ©, mieux inspirĂ©, dans un texte rĂ©digĂ© pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions Ă  la pratique le lecteur se reportera Ă  l’excellent double cd Ă©ditĂ© simultanĂ©ment chez Sony classical, dĂ©diĂ© justement au 3 derniĂšres Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delĂ  de l’exercice hommage (lĂ©gitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes Ɠuvres doivent demeurĂ©es accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se prĂ©cisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expĂ©rience humaniste et spirituelle Ă  partager avec les publics. . A travers les textes de confĂ©rence et de prĂ©sentation liĂ©s aux Ă©ditions du festival Styriarte, mais aussi grĂące Ă  l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thĂšmes variĂ©s (De Beethoven Ă  Berg, 1990 ; la rhĂ©torique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redĂ©couverts
 Ainsi se profile aussi une connaissance aiguĂ« de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert Ă  Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une maniĂšre d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie oĂč se mĂȘle musique populaire (danses traditionnelles), Ă©lĂ©gance, nostalgie
 Pour comprendre une Ă©criture, il faut Ă©videmment revenir Ă  ses origines et connaĂźtre absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation rĂ©ductrice et tronquĂ©e, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysĂ©mantique d’une richesse inouĂŻe :la preuve en est donnĂ©e chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen prĂ©sente une palette exceptionnellement dĂ©taillĂ©e de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensitĂ©, durĂ©e, caractĂšre de la note ou de la phrase
).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opĂ©ra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, 
 mĂȘme Brahms y paraĂźt tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessĂ© d’ĂȘtre depuis ses dĂ©buts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en dĂ©fricheur et en rĂ©volutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les Ɠuvres. Un modĂšle et une personnalitĂ© Ă  part
 en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. SĂ©lection de textes, confĂ©rences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

Livres. Monette Vacquin : « Grave, ma non troppo « . Beethoven, dernier mouvement. (Editions Penta)

BEETHOVEN monette vacquin penta editions livresLivres. Monette Vacquin : « Grave, ma non troppo « . Beethoven, dernier mouvement. (Editions Penta). Le gĂ©nie de Beethoven est solitaire, exacerbĂ© par sa souffrance intĂ©rieure, qui ne peut ĂȘtre partagĂ©e ni vĂ©cue comme lui, de l’intĂ©rieur. Il  paraĂźt comme Ă  part, Ă©cartĂ© de la sociĂ©tĂ© viennoise. Ici donc les femmes sont inaccessibles ou lointaines insaisissables (comme chez Berlioz, cet autre romantique absolu). C’est pour contrer cette malĂ©diction vĂ©ridique qui fut pour le compositeur viennois Ă  la fois son calvaire et le catalyseur de son Ă©lan crĂ©atif que l’auteure de ce texte admirable, offre une rĂ©Ă©criture salutaire pour Beethoven : lui offrir ce qu’il ne put jamais vivre ni connaĂźtre de son vivant. La chaleur bienveillante et complice d’une amie vĂ©ritable. Ainsi la narratrice qui raconte ce texte imaginaire (mais qui s’appuie sur une documentation vĂ©ridique), Liebe partage le quotidien du grand romantique : d’intendante, elle devient sa confidente, son double qui suit chaque nouvelle composition de l’intĂ©rieur, et davantage encore au fur et Ă  mesure des pages d’une vie Ă  deux peu Ă  peu conquise et dĂ©voilĂ©e.
CLIC D'OR macaron 200Psychanalyste, Monette Vacquin offre une variation intime sur le Beethoven humain, ami, fraternel, sur l’ĂȘtre dĂ©sireux d’un absolu amoureux que la prose contemporaine lui permet enfin de vivre. Le regard est fin, riche en Ă©vocation sur l’oeuvre, en filiations et rĂ©sonances entre les partitions. C’est un Beethoven reconstruit de l’intĂ©rieur qui se prĂ©cise jusqu’à la fin au point que lecteur se dit, s’il m’avait Ă©tĂ© demandĂ© de brosser le portrait du Beethoven personnel Ă  partir de la sensation que suscite ses oeuvres, j’aurai Ă©crit mot pour mot le mĂȘme texte. Juste, profond, subtil, la fiction historique nous envoĂ»te et rĂ©tablit ce lien profond, indicible qui relie le musicien au genre humain. Remarquable.

Monette Vacquin : Beethoven, dernier mouvement. Grave, ma non troppo (Editions Penta). Collection « Psychanalyse, Art et Civilisation », dirigĂ©e par Michel Gad Wolkowicz. ISBN 978 2 917714 10 2. Prix indicatif : 29 €. Parution : juillet 2014.

Fidelio de Beethoven

BEETHIVEN-home-radio-290-400France Musique, ce soir: Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. EnregistrĂ© au TCE Ă  Paris en juin 2014, voici un Fidelio rugueux et frĂ©nĂ©tique sur instruments d’époque, dirigĂ© par JĂ©rĂ©mie Rhorer. Hymne Ă  l’amour triomphal, la partition de Fidelio exalte la vertu de la fidĂ©litĂ© conjugale contre la tyrannie. L’auteur illustre la constance de l’épouse, sa dĂ©termination exemplaire contre l’autoritĂ© du despote Pizzaro. Si Alceste descend aux enfers pour sauver son Ă©poux AdmĂšte, Leonore, devenue Fidelio, rejoint son Ă©poux Florestan dans la prison pour l’en libĂ©rer.  Le chef d’oeuvre lyrique de Beethoven est crĂ©Ă© dans sa version dĂ©finitive Ă  Vienne, en 1814. La partition met en lumiĂšre le long processus d’écriture dont tĂ©moigne aussi les diffĂ©rentes versions de l’ouverture notĂ©es Leonore I, II, III, selon les temps de rĂ©vision et de rĂ©Ă©criture. L’énergie et l’espĂ©rance de Beethoven sont portĂ©es Ă  leur plus haut degrĂ© d’accomplissement. Quand Beethoven compose, il Ă©crit pour la fraternitĂ© Ă  bĂątir, l’humanitĂ© Ă  sauver d’elle mĂȘme
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logo_francemusiqueFrance Musique. Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2014 au TCE. Malin Byström, LĂ©onore. Joseph Kaiser, Florestan. Sophie KarthaĂŒser, Marzeline. Andrew Foster Williams, Don Pizarro
 Les ElĂ©ments, Le Cercle de l’Harmonie. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

 

Fidelio de Beethoven

BEETHIVEN-home-radio-290-400France Musique. Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. EnregistrĂ© au TCE Ă  Paris en juin 2014, voici un Fidelio rugueux et frĂ©nĂ©tique sur instruments d’Ă©poque, dirigĂ© par JĂ©rĂ©mie Rhorer. Hymne Ă  l’amour triomphal, la partition de Fidelio exalte la vertu de la
fidĂ©litĂ© conjugale contre la tyrannie. L’auteur illustre la constance de l’Ă©pouse, sa dĂ©termination exemplaire contre l’autoritĂ© du despote Pizzaro. Si Alceste descend aux enfers pour sauver son Ă©poux AdmĂšte, Leonore, devenue Fidelio, rejoint son Ă©poux Florestan dans la prison pour l’en libĂ©rer.  Le chef d’oeuvre lyrique de Beethoven est crĂ©Ă© dans sa version dĂ©finitive Ă  Vienne, en 1814. La partition met en lumiĂšre le long processus d’Ă©criture dont tĂ©moigne aussi les diffĂ©rentes versions de l’ouverture notĂ©es Leonore I, II, III, selon les temps de rĂ©vision et de rĂ©Ă©criture. L’Ă©nergie et l’espĂ©rance de Beethoven sont portĂ©es Ă  leur plus haut degrĂ© d’accomplissement. Quand Beethoven compose, il Ă©crit pour la fraternitĂ© Ă  bĂątir, l’humanitĂ© Ă  sauver d’elle mĂȘme…

LĂ©onore ou l’amour conjugal

A 32 ans, Beethoven commence l’écriture de son seul opĂ©ra, « Fidelio ou l’amour conjugal ». Sujet Ă©difiant qui fait l’apothĂ©ose de la fidĂ©litĂ© d’une Ă©pouse.Tout d’abord inspirĂ© par le livret hĂ©roĂŻque d’Emmanuel Shikaneder, « Vestas Feuer » (Le feu de Vesta), le compositeur se dĂ©cida finalement pour la piĂšce en trois actes du secrĂ©taire du thĂ©Ăątre impĂ©rial de Vienne, Joseph Ferdinand von Sonnleithner, lui-mĂȘme s’inspirant de LĂ©onore ou l’amour conjugal du français Jean Nicolas Bouilly. L’histoire s’inspire d’un fait avĂ©rĂ©. Bouilly alors procureur du Tribunal rĂ©volutionnaire avait notĂ© le dĂ©vouement de la comtesse de Semblançay qui avait permis la libĂ©ration de son mari en pĂ©nĂ©trant dans la prison jacobine oĂč Ă©tait sequestrĂ© son Ă©poux, le Comte RenĂ©. Le texte de Bouilly fut ensuite portĂ© Ă  la scĂšne et mis en musique dans le style de Cherubini, par Pierre Gaveaux, au ThĂ©Ăątre Feydeau, le 19 fĂ©vrier 1798. L’heure Ă©tait au culte des hĂ©ros, du moins aux manifestations d’un idĂ©alisme exemplaire.

De 1805 Ă  1806: les deux premiĂšre versions

Beethoven couche ses premiĂšre mesures fin 1803. Il faudra attendre encore deux annĂ©es avant la premiĂšre, le 20 novembre 1805. Entre temps, deux autres ouvrages lyriques furent crĂ©Ă©s sur le sujet, composĂ©s Ă  Dresde par PaĂ«r (3 octobre 1804), Ă  Padoue par Mayr (1805). Il est probable que Beethoven connut parfaitement la version de PaĂ«r. L’accueil dans une Vienne alors occupĂ©e par les français, – NapolĂ©on rĂšgne sur l’Europe-,
ne fut pas des plus chaleureux. Les raisons de cette Ă©chec restent conjectures. Beethoven sourd qui avait imposĂ© sa dĂ©cision de diriger « sa Leonore », fut-il un Ă©lĂ©ment fragilisant la crĂ©ation ? L’orchestre Ă©tait-il Ă  la hauteur de ses exigences?
Ainsi qu’il en est pour les Ɠuvres des gĂ©nies insatisfaits, Beethoven meurtri, demanda dĂšs le lendemain de la premiĂšre, Ă  Stephan von Breuning, de remanier le texte initial, de passer de trois Ă  deux actes, selon une formule efficace qui avait dĂ©jĂ  montrer ses avantages pour la Clemenza di tito de Mozart en 1791. Beethoven remanie aussi la partition, compose une nouvelle ouverture, aujourd’hui connue sous le nom d’ « ouverture Leonore III ». La premiĂšre n’ayant jamais Ă©tĂ© jouĂ©e du vivant du compositeur, c’est la seconde version qui fut abordĂ©e lors de la crĂ©ation de 1805.
Avec l’ouverture Leonore III, son dĂ©coupage nouveau en deux actes, la nouvelle Leonore de Beethoven fut prĂ©sentĂ©e au public le 29 mars 1806. SuccĂšs immĂ©diat mais, obstacles ourdis par un destin contaire, Beethoven en brouille avec l’intendant du thĂ©Ăątre an der Wien qui affichait l’opĂ©ra, retira illico son Ɠuvre.

Version finale de 1814

Pour autant, le destin de Leonore n’était pas terminĂ©. Georg Friedrich Treitschke, sous-directeur du mĂȘme thĂ©Ăątre an der Wien en 1814, proposa Ă  Beethoven de remonter l’ouvrage. Et le compositeur de bonne volontĂ©, accepta de reprendre sa partition pour une troisiĂšme nouvelle version. “Cet opĂ©ra me vaudra la couronne des martyrs”, Ă©crit-il alors. RĂ©duction du texte de Sonnleithner, nouvelle ouverture en mi majeur, dite « Fidelio », nouvelle fin plus Ă©clatante, puisque les protagonistes chantent leur libĂ©ration non plus dans le cachot mais sur la place du chĂąteau. L’hymne Ă  la lumiĂšre y est d’autant plus explicite que Beethoven rĂ©utilise pour l’air final une mĂ©lodie tirĂ©e de sa cantate composĂ©e en 1790 pour la mort de Joseph II. Un style oratoire clame la libĂ©ration du couple, et au delĂ , la libertĂ© des hommes tournĂ©s vers l’idĂ©al des LumiĂšres. Si la fidĂ©litĂ© est la valeur premiĂšre cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’Ɠuvre, il en est
de mĂȘme pour la chanteuse crĂ©atrice de la premiĂšre Leonore en 1805 : Anna Midler chanta, presque dix ans plus tard, le rĂŽle-titre, lors de la recrĂ©ation de l’Ɠuvre, le 23 mai 1814. L’opĂ©ra suscita enfin un vĂ©ritable triomphe.

Ludwig van Beethoven, Fidelio (1805-1814)
Opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg
Friedrich Treischke d’aprĂšs le mĂ©lodrame de Jean-Nicolas Bouilly «
LĂ©onore ou l’amour conjugual »

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique. Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2014 au TCE. Malin Byström, LĂ©onore. Joseph Kaiser, Florestan. Sophie KarthaĂŒser, Marzeline. Andrew Foster Williams, Don Pizarro… Les ElĂ©ments, Le Cercle de l’Harmonie. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)

habeneck francois antoine HABENECKCLIC D'OR macaron 200Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849). Voici enfin une biographie dĂ©diĂ©e Ă  François Antoine Habeneck (1781-1849), figure majeure dans le Paris romantique et musical propre Ă  la Restauration (le trĂšs rossinien Charles X) puis sous le rĂšgne de Louis-Philippe. Le sujet est d’autant plus important que la France  ignore toujours que Paris fut avant Vienne, une capitale symphonique europĂ©enne, concevant 14 ans avant les concerts philharmoniques viennois (fondĂ©s en 1842 par Otto NicolaĂŻ), la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dĂšs 1828 Ă  l’initiative  du visionnaire Habeneck. L’idĂ©e Ă©tait de constituer un orchestre indĂ©pendant d’une salle, entiĂšrement dĂ©diĂ© aux concerts, en s’appuyant sur la richesse des classes d’instruments du Conservatoire : dĂ©fense d’un rĂ©pertoire, professionnalisation des jeunes instrumentistes. Il est vrai que le rĂ©pertoire qui y est jouĂ©, dĂ©fendu par Habeneck lui-mĂȘme reste majoritairement germanique, centrĂ© surtout autour des Symphonies de Beethoven, modĂšle pour tous : de 1828 Ă  1840, le chef d’orchestre estimĂ© fait jouer toutes les symphonies de Beethoven, mais aussi les oeuvres de Mozart, sans omettre de donner sa chance aux jeunes compositeurs dont… le fougueux Berlioz : dans le temple de la musique beethovĂ©nienne, Habeneck crĂ©e la Fantastique le 1er novembre 1830, un Ă©vĂ©nement dĂ©cisif de l’histoire de la musique qui montre combien Paris grĂące Ă  Habeneck Ă©tait devenu l’annĂ©e de la RĂ©volution bourgeoise, un foyer musical particuliĂšrement actif sur le plan symphonique. AprĂšs avoir soutenu de la mĂȘme façon Mendelssohn, les mĂ©connus Farrenc ou Onslow (le Beethoven français), Schneitzhoeffer (compositeur pour La Sylphide) et Elwart, sans omettre ses confrĂšres, Ries ou Spohr, Habeneck aura moins de curiositĂ©, l’institution crĂ©Ă©e basculant dans une certaine routine. Dans le Paris post napolĂ©onien, Habeneck, dĂ©terminĂ©, assidu grava les Ă©chelons obstinĂ©ment au sein de l’orchestre de l’OpĂ©ra : son gĂ©nie de la direction d’orchestre (plus de bĂąton, plus de violon directeur) le distingue parmi ses pairs. Le chef s’impose irrĂ©sistiblement Ă  Paris, comme chef principal Ă  l’AcadĂ©mie royale (crĂ©ant les opĂ©ras de Rossini dont Guillaume Tell en 1829), puis Ă  l’OpĂ©ra. Travail en profondeur, sens des nuances, respect de la partition : tout indique chez lui l’un des premiers chefs d’orchestre, ambassadeur d’une Ă©thique nouvelle, celle qui fit l’admiration entre autres de Wagner, le seul musicien parmi ses contemporains, sincĂšre et tenace Ă  lui rendre hommage ; mais aussi de Balzac qui le cite expressĂ©ment comme l’emblĂšme de la prĂ©cision et de l’énergie. Cette exactitude lui inspire une autre rĂ©forme, celle de l’abaissement du ton de l’orchestre de l’OpĂ©ra devenu nĂ©cessaire au regard de l’Ă©volution des styles et du rĂ©pertoire jouĂ©. Habeneck est un boulimique, douĂ© d’une grande activitĂ©, passionnĂ© par la question de l’Ă©criture symphonique, beethovĂ©nien convaincu.

 

 

Habeneck, premier chef moderne

 

habeneck_02Pourtant engagĂ© Ă  dĂ©fendre ses Ɠuvres, Habeneck fut bientĂŽt critiquĂ© vertement par Berlioz dont la carriĂšre de chef  (lui aussi) rivalisa rapidement avec celle de son contemporain…. triste retournement d’estime pour celui qui crĂ©a la Symphonie Fantastique (1830) puis le Requiem (1837). AprĂšs avoir recherchĂ© pour la rĂ©ussite de ses concerts au Conservatoire, la direction foudroyante de son ancien ami, Berlioz n’aura plus bientĂŽt d’adjectifs assez dĂ©prĂ©ciatifs pour enfoncer son premier dĂ©fenseur… Violoniste dans l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (1804), Habeneck devient aussi professeur au Conservatoire (1808) ; nommĂ© premier violon de l’Orchestre de l’OpĂ©ra en 1817 Ă  26 ans, il devient directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique en 1821, puis premier chef d’orchestre Ă  l’OpĂ©ra en 1825. Il assure la crĂ©ation des opĂ©ras majeurs de son temps : Guillaume Tell de Rossini, Robert le diable de Meyebeer, Benvenuto Cellini de Berlioz
 A l’AcadĂ©mie, autour d’un recrĂ©ation de l’IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (1822), il tente de soutenir les opĂ©ras français signĂ©s (Reicha, Berton, HĂ©rold, Kreutzer)… sans grands rĂ©sultats car le goĂ»t est italien et rossinien : un autre Ă©chec demeure la crĂ©ation du Freischutz de Weber, finalement accueilli par l’OdĂ©on (certes dĂ©formĂ© et dĂ©naturĂ© en 1824). Son grand Ɠuvre demeure la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en 1828, l’ancĂȘtre de notre Orchestre de Paris instituĂ© par Charles Munch en 1967. Outre ses travaux pour la qualitĂ© d’un orchestre permanent Ă  Paris, dĂ©fenseur du rĂ©pertoire symphonique, Habeneck en crĂ©ant la nouvelle SociĂ©tĂ© des concerts, institua le premier, une caisse de retraite en faveur des membres et musiciens sociĂ©taires. Mort en 1849, Habeneck participe indiscutablement au milieu musical parisien, constatant l’engouement pour l’opĂ©ra italien et  la faveur unanime pour Rossini. ElĂ©ment finalement dĂ©risoire de la grande machine officielle française, son pĂ©rimĂštre d’action est cependant fort Ă©troit, confrontĂ© aux dysfonctionnements multiples et aux intrigues d’une administration paralysĂ©e, sans guĂšre de moyens, mais aux ambitions affichĂ©es, contradictoires, toujours conquĂ©rantes.

L’auteur auquel nous devons chez le mĂȘme Ă©diteur : La Schiassetti, Jacquemont, Rossini, Stendhal
 une saison parisienne au ThĂ©Ăątre-Italien, signe lĂ  une nouvelle rĂ©ussite : il ne s’agit pas tant de prĂ©ciser le portrait d’un chef et musicien exceptionnel (l’esquisse historique est en soi rĂ©ussie) que de restituer surtout le bouillonnement d’une pĂ©riode musicale extrĂȘmement riche sur le plan des initiatives nouvelles et de la crĂ©ation des Ɠuvres. Le destin et l’oeuvre d’Habeneck malgrĂ© les tensions, oppositions multiples, jalousies qui sĂšment son parcours, n’en sont que plus admirables. Passionnant.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849).  Collection Hermann Musique. ISBN: 978 2 7056 8760 1. 288 pages (15 x 23 cm). Prix indicatif : 35 €.

Lire aussi notre entretien avec l’auteur, François Bronner

 

 

RĂ©cital du Quatuor ZaĂŻde Ă  Saintes

quatuor zaide-cordes saintes 2014 quatuor ZAIDE concertSaintes. Quatuor ZaĂŻde : Haydn, Janacek, Beethoven, le 18 juillet 2014,22h. Le 3Ăšme concert de la journĂ©e Ă  Saintes promet par tradition la dĂ©couverte voire rĂ©vĂ©lation de nouveaux et jeunes talents. C’est le cas des 4 musiciennes chambristes composant le Quatuor ZaĂŻde qui offrent ce 18 juillet au milieu de la nuit, un programme ambitieux rĂ©unissant Haydn, Beethoven, Janacek. Haydn: Quatuor opus 50 n°6. Dans l’histoire de la musique et dans celle de l’évolution progressive de la forme musicale, il y a pour le XVIIĂšme les madrigaux de Monteverdi et pour le XVIIIĂš,  les 
Quatuors de Mr Haydn. Le grand Claudio fait Ă©voluer le langage vocal et instrumental Ă  travers les madrigaux, passant de la polyphonie strictement vocale Ă  l’écriture baroque, dramatique, mĂȘlant instrumentistes et chanteurs vers un seul but, l’articulation expressive et poĂ©tique du mot. Quand la parole se fait geste et vice versa. A Vienne, Joseph Haydn transpose en musique, l’art de vivre raffinĂ© et social de la vie impĂ©riale cultivĂ©e … en musique : le Quatuor incarne peu Ă  peu l’idĂ©e de la conversation musicale mais Ă  quatre instruments de cordes seules. Le plan est parfaitement cernĂ© et de plus en plus strict : de 3 Ă  4 mouvements. L’ordre des Ă©pisodes se met en place : allegro initial (parfois avec un prĂ©lude sombre et imprĂ©visible), puis adagio, scherzo (et son trio ou menuet d’essence chorĂ©graphique), enfin allegro. Le tout forme un cycle caractĂ©risĂ© dont l’esprit et le caractĂšre respectif contraste avec ce qui prĂ©cĂšde et ce qui suit.

haydn_joseph_aristoLes six quatuors opus 50 de Joseph Haydn, dĂ©diĂ©s Ă  FrĂ©dĂ©ric Guillaume II de Prusse  sont dits «  prussiens et datent de 1787. La forme nouvelle permet au compositeur d’expĂ©rimenter, d’explorer dans toutes les directions, comme il le fait simultanĂ©ment dans le domaine symphonique pour grand orchestre (les Symphonies parisiennes sont achevĂ©es juste avant les 3 Quatuors Prussiens. Outre le trio exceptionnel du Scherzo, Haydn affine encore les nuances de son Ă©criture en particulier dans le dernier mouvement (allegro con spirito) oĂč les mĂȘmes notes rĂ©pĂ©tĂ©es ne sont jamais colorĂ©es de la mĂȘme façon. Le propre de Haydn ? Une Ă©lĂ©gance jamais mise en dĂ©faut, de l’invention lĂ  oĂč on attend du conformisme, de la facĂ©tie oĂč l’on espĂšre du brio.

kamila janacekLes Lettres intimes de Janacek. Inventeur de l’opĂ©ra tchĂšque, Janacek brille sur la scĂšne lyrique (Jenufa, l’Affaire Makropoulos, La Petite renarde rusĂ©e
), autant de chefs d’oeuvre dans sa langue natale qui apporte tout l’esprit original d’une culture spĂ©cifique, passionnĂ©e, contrastĂ©e, dont les ferments propres renouvellent aussi le genre opĂ©ra. Le compositeur est un homme comblĂ©, dont la vie intime fut une sĂ©rie d’épisodes enfiĂ©vrĂ©s dont tĂ©moignent presque explicitement ses Quatuors parmi les mieux autobiographiques du genre : bavardages dĂ©cousus diront les moins convaincus ; jaillissement libre et audacieux des affects diront les admirateurs pour qui Janacek a su aussi renouveler le genre crĂ©Ă© par Haydn. Le Quatuor Ă  cordes n°2, dit «lettres intimes», est le miroir d’une psychĂ© riche et bouillonnante : Ă  la fin des annĂ©es 1920, le compositeur vit une relation passionnĂ©e avec une jeune femme Kamila Stösslova, 
 qui a plus de 35 ans de moins que lui ! Le titre du Quatuor n°2 renvoie Ă  l’abondante correspondance entre les deux amants. Printemps sensuel pour le musicien en fin de carriĂšre, comme avant lui, le vieux Rubens, amant regaillardi de la belle et trĂšs jeune HĂ©lĂšne Fourment. L’histoire de l’art est Ă©difiante en vies sentimentales renouvelĂ©es oĂč des Ăąmes ayant dĂ©jĂ  vĂ©cues leur cours, retrouvent Ă  l’extrĂ©mitĂ© de leur existence un nouveau soleil amoureux. Le grand souffle inspire Ă  Janacek l’une de ses Ɠuvres les plus inspirĂ©es, innocente par son flux premier, vital, primitif, d’un lyrisme Ă  fleur de peau et jamais tapageur. Ici la passion s’écrit en quatre mouvements tels que fixĂ©s par Haydn :  le premier mouvement exprime l’extase et le ravissement des cƓurs liĂ©s. Le final, aprĂšs un moderato sensuel et lui aussi enivrĂ©, et parfois sombre, se fait dĂ©claratif … d’un Ă©lan conquĂ©rant, totalement lumineux. Illustration : Kamilla et Janacek (DR).

saintes abbatiale-facade-724x521Beethoven : Quatuor opus 59 n°3. A Saintes, les Zaide ajoute Ă  ce programme gĂ©nĂ©reux, le 3Ăšme et ultime Quatuor Razumovsky de Beethoven, l’opus 59 n°3 (composĂ© en 1807, crĂ©Ă© par le Quatuor Schuppanzigh Ă  Vienne en 1809) : Ă  Vienne, Beethoven, cĂ©lĂšbre dĂ©jĂ  pour ses cycles symphoniques et de musique concertante (oĂč il crĂ©e lui-mĂȘme au clavier la plupart de ses Concertos pour piano), sait convaincre l’élite viennoise en lui offrant sa propre conception formelle du quatuor, aprĂšs l’ñge d’or incarnĂ© par son prĂ©dĂ©cesseur Haydn (et aussi Mozart). Parmi ses soutiens politiques, Razumovski qui est alors ambassadeur de Russie Ă  Vienne. EmblĂšme d’une modernitĂ© exigeante qui ne renonce Ă  aucune audace, l’Ɠuvre sĂ©duit immĂ©diatement par sa puissante architecture harmonique comme sa grande fluiditĂ© mĂ©lodique (andante con moto). Parmi les annotations laissĂ©es par Ludwig sur le document autographe, l’auteur affirme sa claire conscience artistique malgrĂ© sa surditĂ© : « «Ne garde plus le secret de ta surditĂ© mĂȘme dans ton art ». A croire que Schumann en avait compris l’incisive vĂ©ritĂ© : « ici Beethoven trouve ses motifs dans la rue, mais il en fait les plus belles paroles du monde ». Comme l’a fait Haydn mais de façon Ă©pisodique pour contraster l’ensemble de sa production, Beethoven inaugure ici, un procĂ©dĂ© propre aux grands Quatuors de la fin, ceux de la maturitĂ© souveraine : une introduction lente et sombre parfois introspective et lugubre afin de prĂ©parer Ă  la profondeur de ce qui suit et dĂ©jĂ  susciter l’attention et l’écoute attentive de son auditoire. Comme pour Janacek aprĂšs lui, Beethoven renouvelle le modĂšle de Haydn et fait du quatuor, le miroir musical de son Ăąme palpitante. Un gĂ©nial laboratoire intime qui manifeste ce que la musique peut dire ce que la voix ne saurait chanter.

 

Vendredi 18 juillet, 22h
Abbaye aux Dames
Quatuor ZaĂŻde

Joseph Haydn
(1732-1809)

Quatuor opus 50 n°6 : allegro en rĂ© majeur – poco adagio en rĂ© mineur – menuetto (allegretto) – allegro con spirito

Leos JanĂĄcek
(1865-1924)

Quatuor n°2 «lettreS intimes»  : andante – con moto – allegro adagio – vivace

moderato – andante – adagio allegro – andante – adagio

Ludwig van Beethoven
(1770-1827)

Quatuor opuS 59 n°3 : andante con moto- allegro vivace andante con moto quasi allegretto menuetto grazioso – allegro molto

Quatuor ZaĂŻde

Charlotte Juillard et Manon Philippe, violon

Sarah Chenaf, alto
Juliette Salmona, violoncelle

 

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CD. Beethoven : Les Créatures de Prométhée (Armonia Atenea, George Petrou, 2013)

prometheus beethoven decca armonia Atenea George Petrou cdCD. Beethoven : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e (Armonia Atenea, George Petrou, 2013). C’est un Beethoven dĂ©poussiĂ©rĂ©, tonique mais aussi remarquablement articulĂ© qui s’impose Ă  nous grĂące Ă  la sanguinitĂ© fĂ©line et Ă©lĂ©gante de George Petrou et de son ensemble Armonia Atenea. VitalitĂ©, finesse agogique, maĂźtrise Ă©loquente des contrastes dĂšs l’Ouverture (en son entrĂ©e … nageant dans les bĂ©atitudes, contrepointant des Ă©clats guerriers), chef et instrumentistes, d’une Ă©lĂ©gance folle et trĂšs inspirĂ©s (superbe palpitation des cordes), nous rĂ©galent grĂące aux bĂ©nĂ©fices des timbres des instruments anciens : un fruitĂ© mince mais intense et mordant, des attaques plus fines, une sonoritĂ© aux dynamiques d’un format originel que la prise de son magnifie avec style et intelligence. On Ă©coute ici du Beethoven comme rarement, d’autant plus bĂ©nĂ©fique s’agissant d’une oeuvre de jeunesse (supĂ©rieure Ă  sa Symphonie n°1 en rĂ©alitĂ© : l’ouverture fait souffler un vent tragique qui annonce directement par sa nature thĂ©Ăątrale et son Ă©criture dramatique Leonore III, rien de moins) ; une partition si mĂ©sestimĂ©e qu’elle Ă©tait devenue “mineure”  dans l’esprit embrumĂ© de tous… Ă  torts Ă©videmment : enfin rĂ©vĂ©lĂ©e dans sa stature d’origine, Ă  la fois pĂ©taradante et d’une intensitĂ© d’un raffinement inouĂŻ, la partition du Beethoven trentenaire Ă  Vienne sort de l’ombre.
Depuis les premiers apports de la pratique historiquement informĂ©e, les orchestres sur instruments d’Ă©poque sont de plus en plus nombreux : chacun apporte sa carte sonore, celle d’Armonia Atenea regorge de nervositĂ© et de grandeur, servant un Beethoven viril, altier, mais aussi d’une hypersensiblitĂ© qui le rend humain. L’Ă©quilibre et la clartĂ© des pupitres associĂ©s (bois, cuivres…) sont jubilatoires, d’une opulence caractĂ©risĂ©e d’une superbe tenue. Armonia Atenea mĂ©rite de figurer aux cĂŽtĂ©s des meilleures phalanges maĂźtrisant et la technicitĂ© volubile et l’intelligence expressive, capable d’une nettetĂ© de trait Ă©poustouflant comme d’une ampleur de geste presque dĂ©tachĂ© et souple, un modĂšle dans le genre : Orchestre des Champs ElysĂ©es et son “petit frĂšre” : le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye (ex Jeune Orchestre Atlantique), Anima Eterna de Jos Van Immerseel, sans omettre le trĂšs pertinent orchestre Les SiĂšcle de François Xavier Roth… le gain en terme d’expressivitĂ© et de subtilitĂ© sonore au registre des orchestres sur instruments d’Ă©poque dans la veine symphonique n’est plus Ă  dĂ©montrer : l’apport d’Armonia Aeterna nous le prouve ici avec une finesse fluide rarement atteinte comme c’est le cas dans ce programme.

 

 

 

Réjouissant orchestre chorégraphique

 

CLIC D'OR macaron 200La direction ne fait pas que ciseler la trĂšs fine caractĂ©risation parfois pincĂ©e de chaque Ă©pisode ; le chef George Petrou n’oublie pas pour autant la pulsion, le nerf, la tension, la lumineuse espĂ©rance d’une orchestration portĂ©e vers la lumiĂšre et la glorification du mouvement.  A Vienne fin mars 1801 (le Ballet les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e est crĂ©Ă© le 28 mars 1801), Beethoven semble prolonger le meilleur Haydn,  et non des moindres : celui de son oratorio, La CrĂ©ation crĂ©Ă© quelques semaines auparavant (1801), manifeste de toute cette Ă©lĂ©gance viennoise dĂ©but de siĂšcle ou vĂ©ritable hymne musical de la Vienne des LumiĂšres, et que le jeune et dĂ©jĂ  gĂ©nial Ludwig dĂ©passe avec un feu rayonnant,  une claire conscience qu’il y Ă©chafaude la musique de l’avenir : pressĂ© d’ĂȘtre convaincu ? N’Ă©coutez alors que la plage 11 (Adagio – Allegro molto) : une synthĂšse brillantissime dans le style frĂ©nĂ©tique du premier romantisme que George Petrou porte jusqu’Ă  incandescence dramatique : fiĂšvre orchestrale, intelligence dynamique, ciselure des instruments solistes. Du grand art ! MĂȘmes climats d’une profondeur et d’une prĂ©cision superlative dans l’Ă©pisode qui suit, l’Allegro de la Pastorale dont l’inspiration musicale (balancement rayonnant entre dignitĂ© et panache fou) montre naturellement le gĂ©nie beethovĂ©nien … donc remarquablement exprimĂ© par les musiciens d’Armonia Atenea.

Voici une nouvelle vison particuliĂšrement convaincante d’autant plus bĂ©nĂ©fique qu’elle ne nĂ©glige ni la pĂ©tillance des timbres restituĂ©s ni l’esprit de la partition qui aux cĂŽtĂ©s de son formidable essor orchestral, est aussi surtout une action chorĂ©graphique. La ciselure des instruments solistes (harpe, bois, vent, corde dans le printanier et pastoral du Grave, plage 7) dĂ©montre la science et la sensibilitĂ© du Ludwig trentenaire (31 ans en 1801). Dans ce bouillonnant festin de timbres ciselĂ©s, goĂ»tez en effet la harpe (si rare dans l’oeuvre de Beethoven pour ĂȘtre signalĂ©e) toute en lĂ©gĂšretĂ© mĂ©lancolique ; c’est, s’agissant du seul usage de l’instrument, une rĂ©vĂ©lation. MĂȘme sentiment pour le cor de basset (si aimĂ© du dernier Mozart dans La ClĂ©mence de Titus) que Beethoven aime chĂ©rir dans le solo della signora Cassentini, d’une sensualitĂ© irrĂ©sistible, certainement trĂšs inspirante pour la ballerine convoquĂ© de ce solo de plus de 5mn  (plage 16).

petrou-george-armonia-atenea-beethoven-582-380Rien ne manque de ce point du vue au chef : George Petrou a le sens des infimes dĂ©tails comme de l’architecture globale du ballet : il reste constamment soucieux de l’Ă©nergie dramatique (pulsation dansante des n°8, 15 et 16, ces deux derniers Ă©pisodes semblant faire la synthĂšse de toutes les symphonies de Haydn dans l’abandon, l’Ă©lĂ©gance, l’humour et la facĂ©tie aussi), de l’alternance des Ă©pisodes,  du sens du parcours dramatique. L’euphorie et l’ivresse jamais creuses des instrumentistes font tous les dĂ©lices de cette lecture qui dĂ©voile en bien des points, des trouvailles rĂ©jouissantes ; ce jaillissement irrĂ©pressible du Beethoven, symphoniste gĂ©nial : l’essor du thĂšme principal du Finale, dĂ©jĂ  esquissĂ© dans l’Ouverture- qui sera repris dans le final de la Symphonie n°3 ‘HĂ©roĂŻque” l’indique clairement : il fallait bien que l’Ă©nergie palpitante et souvent irrĂ©sistible du ballet PromĂ©thĂ©e, ainsi rĂ©vĂ©lĂ© par Armonia Atenea, soit finalement recyclĂ© dans un programme de musique pure, et non des moindres. De sorte qu’ici, en place d’un final de Ballet, n’en dĂ©plaise au chorĂ©graphe et danseur vedette, initiateur de l’ouvrage, Salvatore Vigano (qui destina le Ballet pour l’ImpĂ©ratrice si mĂ©lomane Marie-ThĂ©rĂšse), c’est bien le chant du seul orchestre qui se dĂ©ploie enfin dans un finale dont l’esprit symphonique est d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance. On connaissait Armonia Atenea comme complice du baroqueux et trĂšs haendĂ©lien contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic (cf. Alessandro ou le rĂ©cent Rokoko cĂ©lĂ©brant Hasse, 2 albums Ă©ditĂ©s aussi chez Decca) : le plaisir de servir Beethoven avec autant de finesse que d’intelligence reste saisissant. Une trĂšs grande surprise et donc, un CLIC de classiquenews pour l’Ă©tĂ© 2014.

 

 

Beethoven : Les Créatures de Prométhée, ballet opus 43, Vienne, le 28 mars 1801. Armonia Atenea, George Petrou, enregistrement réalisé en juillet et septembre 2013 à AthÚnes). 1 cd Decca 478 6755.

 

Illustration : George Petrou © Ilias Sakalak

 

 

 

 

Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts Ă©vĂ©nements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les crĂ©atures de PromĂ©thĂ©e de Beethoven. Orchestre des Champs ElysĂ©es, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs ElysĂ©es sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens Ă  rĂ©vĂ©ler les couleurs trĂ©pidantes d’un ballet mĂ©connu de Beethoven,  une partition peu jouĂ©e  (Ă  torts)  : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet en une ouverture et trois actes composĂ© pour le chorĂ©graphe italien Salvatore Vigano.

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxDans cette oeuvre oubliĂ©e crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livrĂ© son chef d’oeuvre testamentaire, La CrĂ©ation), Beethoven compose plusieurs thĂšmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie HĂ©roĂŻque. De fait, pour souligner la gĂ©nĂ©rositĂ© complice de PromĂ©thĂ©e envers les hommes enfin rĂ©habilitĂ©s grĂące au don du gĂ©nial protecteur, Beethoven dans la derniĂšre section (Danza festiva) dĂ©veloppe le thĂšme que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie HĂ©roĂŻque. La musique Ă©nergique, palpitante, pleine d’une triomphante espĂ©rance exprime cette gaietĂ© dansante d’une exaltation irrĂ©sistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chĂ©rissait particuliĂšrement collectionne les tableaux contrastĂ©s : affection du titan PromĂ©thĂ©e pour ses deux figures de terre ; prĂ©sentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’Ă©lectrisent grĂące au feu de la danse. MelpomĂšne assassine le titan mais celui ci renaĂźt grĂące Ă  la frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert Ă©vĂ©nement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet Ă  Beethoven de dĂ©velopper l’écriture orchestrale selon les contingences exigĂ©es par la trĂ©pidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement Ă  la nĂ©cessitĂ© du drame chorĂ©graphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne Ă  l’aube du XIXĂšme siĂšcle bientĂŽt napolĂ©onien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : oĂč prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor Ă  cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es poursuit un travail spĂ©cifique sur l’éloquence ciselĂ©e, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expĂ©rimentations du rĂ©pertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les crĂ©atures de PromothĂ©e devrait saisir par ses dĂ©tails, l’énergie rythmique, le sens de la continuitĂ©, rĂ©vĂ©lant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspirĂ© par l’avenir.

Poitiers, TAP. Les créatures de Promothée de Beethoven. Orchestre des Champs Elysées, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30)

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Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts Ă©vĂ©nements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les crĂ©atures de PromothĂ©e de Beethoven. Orchestre des Champs ElysĂ©es, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs ElysĂ©es sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens Ă  rĂ©vĂ©ler les couleurs trĂ©pidantes d’un ballet mĂ©connu de Beethoven,  une partition peu jouĂ©e  (Ă  torts)  : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet en une ouverture et trois actes composĂ© pour le chorĂ©graphe italien Salvatore Vigano.

Dans cette oeuvre oubliĂ©e crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livrĂ© son chef d’oeuvre testamentaire, La CrĂ©ation), Beethoven compose plusieurs thĂšmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie HĂ©roĂŻque. De fait, pour souligner la gĂ©nĂ©rositĂ© complice de PromĂ©thĂ©e envers les hommes enfin rĂ©habilitĂ©s grĂące au don du gĂ©nial protecteur, Beethoven dans la derniĂšre section (Danza festiva) dĂ©veloppe le thĂšme que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie HĂ©roĂŻque. La musique Ă©nergique, palpitante, pleine d’une triomphante espĂ©rance exprime cette gaietĂ© dansante d’une exaltation irrĂ©sistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chĂ©rissait particuliĂšrement collectionne les tableaux contrastĂ©s : affection du titan PromĂ©thĂ©e pour ses deux figures de terre ; prĂ©sentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’Ă©lectrisent grĂące au feu de la danse. MelpomĂšne assassine le titan mais celui ci renaĂźt grĂące Ă  la frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert Ă©vĂ©nement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet Ă  Beethoven de dĂ©velopper l’écriture orchestrale selon les contingences exigĂ©es par la trĂ©pidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement Ă  la nĂ©cessitĂ© du drame chorĂ©graphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne Ă  l’aube du XIXĂšme siĂšcle bientĂŽt napolĂ©onien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : oĂč prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor Ă  cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs ElysĂ©es poursuit un travail spĂ©cifique sur l’éloquence ciselĂ©e, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expĂ©rimentations du rĂ©pertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les crĂ©atures de PromothĂ©e devrait saisir par ses dĂ©tails, l’énergie rythmique, le sens de la continuitĂ©, rĂ©vĂ©lant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspirĂ© par l’avenir.

Compte-rendu : Verbier. 20Ăš Festival de Verbier (Valais, Suisse), mardi 23 juillet 2013 : rĂ©cital Gregory Sokolov, piano. Schubert, Beethoven…

Grigoty Sokolov at the Philharmonie during rehearsal 17NOV2006Le concert d’un pianiste comme Grigory Sokolov est toujours cĂ©rĂ©monie, envoĂ»tante et un rien Ă©trange. Il en a Ă©tĂ© ainsi dans la 20e Ă©dition de Verbier. Un programme oĂč le magnifique pianiste russe fait sentir tout le tragique austĂšre de Schubert, et une monumentalitĂ© sans Ăąge dans l’immense op.106 de Beethoven.

 

 

Un bureaucrate gogolien

 

« Uomo di sasso » (le Commandeur dans Don Giovanni) ? « Je suis une force qui va » (Victor Hugo) ? Un Faust russe ? Les trois identifications sont plausibles en ce pianiste Ă©trange que pourtant on redĂ©couvre Ă  chacune de ses
apparitions, continent mystĂ©rieux, clos de barriĂšres sans passe-droits
De cet O.V.N (ou mal)I (dentifiĂ©)., on connaĂźt aussi le ritualisme : entrĂ©e et sortie de scĂšne mĂ©caniques, le mĂȘme pas pressĂ©, presque Ă©gal, de bureaucrate gogolien se rendant au travail, une absence au public sauf par des saluts sans trace d’empathie, un Ă©cartement de tout ce qui pourrait nuire au message intĂ©rieur, la certitude probable d’une mission qui pousse Ă  accomplir souverainement son Art. Sokolov se sentirait-il investi par quelque D(d)ieu, impĂ©ratif catĂ©gorique abstrait, « daĂŻmon » socratique (mais quel anti-Socrate mutique avec ses frĂšres humains !) ? D’ailleurs, avec qui tient-il constamment un discours dont on devine les fragments non sonorisĂ©s sur des lĂšvres expressives ? Et que signifie cette coda de chaque concert, « ite missa est » Ă  6 versets d’une rigiditĂ© qui contredit aussitĂŽt toute idĂ©e de plaisir et gratitude dispensĂ©s aux spectateurs tĂ©tanisĂ©s d’admiration ?

Sensibilité brutale de la démarche

Le rĂ©cital de Verbier est schubertien en sa 1Ăšre partie, avec du trĂšs connu et aimĂ© depuis toujours (les Impromptus D.899, alias op.90), et du bien moins explorĂ©, dans les KlavierstĂŒcke D.846. C’est une sorte sublimĂ©e d’investigation, objectivement dramaturgique, du corps musical. A nous de suivre ce chercheur incorruptible ! Le 1er Impromptu s’énonce lentement, Ă  notes dĂ©tachĂ©es et quasi-scandĂ©es, ce qui tire le texte vers une marche probablement difficile et douloureuse, mais sans faiblesse. Cela continue parfois en immense crescendo oĂč s’atteint une sauvagerie que viendront trouer deux ou trois Ă©claircies. Le 2nd ne peut ĂȘtre que fluide, mais venu d’un lointain mystĂ©rieux, presque sans grĂące, et la coda prend des airs de toccata pour orgue alla Bach. Le 3e est mĂ©moire, mais fait voir l’ombre portĂ©e d’une fatalitĂ© qui s’infiltre entre les strates du rĂ©cit intĂ©rieur. Et le 4e : tout ampleur qui envahit l’espace, se nourrit d’ardeur qui par moments s’apparente au cri. « C’est, dit ma voisine de concert, une sensibilitĂ© brutale de la dĂ©marche » 

Trois poĂšmes noirs

Les 3 KlavierstĂŒcke, G.Sokolov les explore pour ce qu’ils sont, un impitoyable chantier d’ultimitĂ©, oĂč Schubert traduit en toute libertĂ© ce qui le hante. Le 1er se fait terrifiante course Ă  l’abĂźme, mĂ©moire Ă  l’investigation cruelle, vague de tremblements et de trilles, dissonants arpĂšges qui rappellent les cercles malĂ©fiques d’ondes encerclant la ville (Die Stadt) dans le lied de Heine. Le 2nd s’abandonne d’abord Ă  la mĂ©lancolie (une humeur noire, tout de mĂȘme, selon l’étymologie !), puis se livre au martĂšlement terrible de quelque vision. Le 3e semble pressĂ©, mais de quoi ? Peut-ĂȘtre d’atteindre l’éclaircie tournante au centre de la piĂšce : mais ici encore, l’articulation et la lenteur d’énoncĂ© l’emportent sur la beautĂ© modulante, avant que la coda ne fasse resurgir quelque tourment violemment alliĂ© au Fatum(Destin).Et l’on songe que Sokolov a merveilleusement compris le cĂŽtĂ© poĂšme noir de ces trois piĂšces, dans leur parentĂ© avec les derniers cycles de lieder, et l ’ñme dĂ©semparĂ©e de Schubert pressentant l’adieu au monde.

Je (démiurge) est un autre

Dans l’op.106 beethovĂ©nien, « Je – dĂ©miurge – est un autre ». Sokolov , en cette partition lĂ©gendaire, s’engage avec la dĂ©cision d’en dĂ©coudre avec une seconde prĂ©sence du Destin :le poĂšme minĂ©ral de la Sonate, qui monte des entrailles du monde, n’est-il pas aussi, selon l’expression du poĂšte symboliste, « explication orphique de la Terre » ? Le 1er allegro Ă©nonce d’emblĂ©e son armature : un appel impĂ©rieux – bloc de paroles-, auquel une rĂ©ponse paraĂźt apaisement, mais un Ă©croulement intĂ©rieur s’impose aussitĂŽt. Ainsi va le discours, qui est aventure contrĂŽlĂ©e, et chez Beethoven la structure contrapuntique – dĂ©jĂ  prĂ©-Ă©cho du finale – joue son rĂŽle pour combler les bĂ©ances de l’angoisse. Car l’interprĂ©tation du pianiste russe, en mĂȘme temps qu’elle nous comble de prĂ©sent(s), rend lisible Ă  tout instant l’avenir de la partition. Des pensĂ©es dĂ©tachĂ©es du scherzo, en groupes de deux, s’inscrivent sur grondements d’orage au lointain : cela prĂ©pare Ă  la merveille incantatoire, au Temps suspendu de l’Adagio, priĂšre apportĂ©e par le vent sans fureur d’un horizon Ă©nigmatique, et finissant – si longtemps aprĂšs, toute course horlogĂšre abolie – par y retourner, inĂ©lucidĂ©e, pĂ©nĂ©trante et sans crainte d’ĂȘtre oubliĂ©e.

Son parcours de Wanderer

Son parcours de Wanderer, Ă  lui Ludwig, mais qui n’a pas vraiment ici charge de marche douloureuse, hors Histoire, un Matin du monde. L’inspiration – on dirait la transe, pourtant Sokolov en ces vingt minutes est au ralenti absolu d’une « purgation des passions », comme la nommaient les Anciens – communique une certitude d’extension possible vers l’infini : l’ocĂ©an paraĂźt, ou plutĂŽt pour un pianiste russe, la plaine sans limites, espace mental oĂč il « s’embarque » en songerie. Passant par le comble – ah ! ces trilles
 – du rĂ©citatif Ă©perdu , les presque-cris d’intervalles sans mesure du clavier saisi comme champ d’expĂ©riences sonores, l’admirable phrase finira par s’égrener en allant se dissoudre aux limites de l’audible. Et on s’interrogera : est-ce demande de pitiĂ© des humains, les dieux pardonnent-ils ? Ou ayant trouvĂ© cette mĂ©lodie, OrphĂ©e (c’est lui, encore, bien sĂ»r) pardonne-t-il aux dieux leur cruautĂ© ?

La déraison de la raison

Mais aprĂšs le bref largo dĂ©sorientĂ© doit encore venir un dernier personnage, Ă  la fois combattant et architecte, dont la volontĂ© inscrit dans l’espace de la Sonate une fugue, hommage au gĂ©nie de Bach, dĂ©raison bĂątie sur un excĂšs de raison, beautĂ© qui puise aux aspĂ©ritĂ©s de la laideur, un instant voilĂ©e d’une tendresse inattendue, puis partant avec le Trille vers son assaut ultime. Sokolov aura Ă©tĂ© tour Ă  tour l’un et l’autre, l’orant et le furieux, dans la solitude sans thĂ©ĂątralitĂ© de sa propre grandeur, dĂ©miurge nous quittant stupĂ©fiĂ©s et comblĂ©s, indissolublement.

Des bis par six

Toujours impavide, il revient avec le don de ses bis-par-six. Cinq fois, c’est un XVIIIe français, mĂ©lange d’oiseau chanteur, de danseur Ă  inventions dĂ©licieusement irrĂ©guliĂšres, de paradis recherchĂ© dans le rythme et l’harmonie complexes. Et, en adieu, un Brahms d’Intermezzo pour la fin de vie, berceuse d’ une douleur tenace, rĂȘverie que soulĂšve secrĂštement une exultation de pouvoir et devoir encore se formuler.

20e Ă©dition du Festival de Verbier : rĂ©cital Gregory Sokolov, 23 juillet 2013. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D.899, KlavierstĂŒcke D.946. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op.106.

Compte-rendu : Verbier. 20Ăš Festival de Verbier (Valais, Suisse) le lundi 22 juillet 2013 : Beethoven, 2e volet de l’intĂ©grale des Concertos pour piano, et Fantaisie…

verbier festival logo 2Verbier, c’est aussi des intĂ©grales, placĂ©es sous le signe de partitions connues et aimĂ©es d’un large public amateur de XIXe. A l’orĂ©e de la 20e Ă©dition, voici les 5 concertos de piano beethovĂ©niens, et comme le Festival aime beaucoup les jeunes, ce sont cinq pianistes de la (toute) jeune gĂ©nĂ©ration qui traduisent ce bloc musical. Pour les 4e et 5e, deux Russes, D.Kozhukhin et Y.Sudbin. Mais Charles Dutoit dirige aussi dans une partition qui pourrait ĂȘtre le 6e Concerto – la Fantaisie avec chƓurs, prĂ©figuration de l’Ode Ă  la Joie – une Elisabeth Leonskaja, sublime interprĂšte de la pensĂ©e romantique.

 

 

Des orages qui ne bougent guĂšre

 

Ce n’est pas semaine Ă  froid, mais Ă  orages, constamment rĂ©animĂ©s dans leur propre fureur
encore n’est-ce pas le mot exact, car ils n’arrivent pas en vagues, d’un point prĂ©cis de l’horizon ou des barriĂšres montagneuses, ils stagnent ou se dĂ©placent imperceptiblement , se nourrissant jusque dans la nuit Ă  la chaleur et Ă  l’électricitĂ© du jour. Ainsi en va-t-il pour cette 2nde soirĂ©e de l’intĂ©grale des concertos de Beethoven, confiĂ© e Ă  de jeunes talents comme Ă  l’ardent et non moins jeune Verbier Festival Orchestra, que guide la sagesse organisatrice de Charles Dutoit, trĂšs respectueuse de l’individualitĂ© de « ses » pianistes.

Les dieux d’en bas et le 4e concerto

Denis Kozhukhin maĂźtrise sans faille le 4e concerto, tandis que roulements de tonnerre et tambourinement de pluie contrepointent cette Ɠuvre de haute mĂ©ditation dramaturgique. Le premier des deux Russes ici convoquĂ©s Ă©coute « son » orchestre, prend la mesure du dĂ©fi, puis se lance dans l’allegro le plus mĂ©taphysique qui soit : dĂ©jĂ  personnage affrontĂ© Ă  l’impĂ©rieuse Symphonie, et certes sans vaine virtuositĂ©, en Ă©nergie plus qu’en force et d’un hĂ©roĂŻsme sans tapage, qui sait buter sur les vides du silence toujours si actif chez Beethoven. C’est bien la juste mesure d’un affrontement d’opĂ©ra qui sous-tend le principe de tout concerto romantique. Car vient, avec l’andante, une mise en espace de ce qui a pu justement ĂȘtre rapportĂ© Ă  un dialogue (impossible) d’OrphĂ©e avec les dieux-d’en-bas : ce soir, le vacarme du dessus, n’est-ce pas l’orage qui s’éloigne, travail de Vulcain-Orchestre clamant sans pitiĂ© la Loi Ă  laquelle OrphĂ©e-Piano a contrevenu ? On devine, on imagine que le murmure ondoyant de l’averse – comblant Ă  bas bruit les silences dans le dialogue – participe du discours musical tel que peut le rĂȘver un compositeur
 Ainsi en va-t-il des concerts Ă  Verbier, qui ne craignent pas le mauvais temps du plein-air dont ils sont abritĂ©s, mais aux Combins le rĂ©percutent, et mĂȘme se nourrissent paradoxalement de ses caprices ! Trilles courageux, arpĂšges rĂ©citatifs par le Chanteur qui tente de convaincre l’Implacable, mais en mĂȘme temps qu’il semble rĂ©ussir Ă  apaiser, peut-ĂȘtre l’absence d’illusion sur Eurydice sauvĂ©e ? Au dernier mouvement, l’hypothĂšse d’OrphĂ©e fait place Ă  la joie parfois impĂ©rieuse, parfois charmante d’un rondo all’ungarese – souvenir de chant populaire – qui dĂ©jĂ  annoncerait Chopin : D. Kozhukhin lui imprime une couleur d’éclat particuliĂšrement sĂ©duisante.

Un Empereur poĂ©tique Et l’Empereur des 5 ?

Le « dernier » des jeunes, et 2e Russe, lui donne sa marque pleinement originale et assumĂ©e. Figure tendue, presque Ă©maciĂ©e – tiens, ne dirait-on pas le « vrai » Chopin ? – que celle de Yevgeny Sudbin, traductrice d’un art d’aristocrate dont les moyens physiques de claviĂ©riste ne sont lĂ  que pour faire accĂ©der Ă  la vision qui n’est nullement hasard mais bien nĂ©cessitĂ©. Oui, quelque chose de tendu mais d’admirablement contrĂŽlĂ©, qui Ă©voque ce qui est dit chez Proust sur « les nerveux qui sont le sel de la terre » (mais en souffrent tant !)
 Car Y.Sudbin a ce don rare, dont il tĂ©moignera tout au long de l’Ɠuvre : saisir, et faire sentir que tout est immense phrase, comme dans un poĂšme, ponctuĂ© selon les lois de la tradition, ou dĂ©ponctuĂ© pour mieux faire surgir l’attirance vers un ailleurs-que-dans-les-mots(les notes). N’est-ce pas cette « grande haleine pneumatique » dont parle Claudel dans les Cinq Grandes Odes (et il s’y connaissait, « l’ambassadeur de France et poĂšte » !), oĂč l’écrivain comme le musicien sont MaĂźtres de l’espace et du temps ? Jouer avec cela, c’est aussi, quel que soit le tempo adoptĂ©, hors de « ce qui advient ou n’advient pas » (selon Breton, le grand ennemi idĂ©ologique de l’Ambassadeur, et rĂ©ciproquement, mais il y avait des intuitions « communes »), faire dĂ©sirer en Attente. Y.Sudbin , si jeune et si intĂ©riorisĂ©, Ă  travers le nĂ©cessaire endossement des habits du hĂ©ros par une Ă©criture triomphante, fait la preuve d’un « Empereur » essentiellement poĂ©tique, avec un mouvement lent qui bouleverse en toutes ses phases. Le finale, pris Ă  allure vertigineuse, semble subjuguer jusqu’à l’orchestre et son chef, n’est ici pas fait pour Ă©blouir, mais faire briller une flamme qui n’a rien de destructeur, et au contraire Ă©difie le monument de l’inspiration


Dans le Carnet d’esquisses

Cela mĂšne Ă  la trĂšs belle idĂ©e programmatique de cette intĂ©grale : donner Ă  entendre – on dirait : dĂ©couvrir – un 6e concerto, tant l’Ɠuvre nommĂ©e Fantaisie, la plus expĂ©rimentale qui soit mais aussi la plus difficile Ă  rĂ©aliser par l’ampleur de son effectif, surprend par son projet et son insertion dans le parcours du compositeur. Car, fin dĂ©cembre 1808, c’est pour cette Fantaisie que Beethoven apparut – l’ultime fois dans la carriĂšre du pianiste prodigieux qu’il fut pour les Viennois -, porteur de son message au clavier. Et la Fantaisie a un autre titre de gloire : dans le gigantesque Carnet d’esquisses dont Ludwig eut coutume de tisser sa crĂ©ation, c’est l’apparition de ce qui sera quinze ans plus tard un des Symboles de la pensĂ©e musicale, l’Ode Ă  la Joie qui couronne la IXe Symphonie. On dira que ce thĂšme, Ă©pars dans l’immense « improvisation » que constitue le dialogue du pianiste et de l’orchestre, est ensuite prĂ©figuration, y compris dans le texte que « prennent en charge » solistes et chƓurs, et que « les harmonies de la vie » ainsi Ă©voquĂ©es sont loin de la valeur universaliste du poĂšme de Schiller. Alors, prĂ©-collage, ou superposition, indignes qu’on s’y attarde avant la perfection absolue du dernier mouvement de la IXe ? Oh non ! PlutĂŽt passionnant laboratoire, et jaillissement avant la mise en place dĂ©finitive, tels les Ă©tats de sculpture des Grands Italiens de la Renaissance


Un dialogue passionné

Et que voici une interprĂ©tation grandiose mais trĂšs humaine ! C’est justice d’avoir donnĂ© Ă  Elisabeth Leonskaja – qui avait Ă©tĂ© trop incomplĂštement « reconnue » Ă  Verbier dans son intĂ©grale des Sonates de Schubert – le rĂŽle souverain, dans un dialogue passionnĂ© avec l’Orchestre et Charles Dutoit, tous portant Ă  l’incandescence d’abord la longue crĂ©ation-improvisation instrumentales, et y joignant ensuite la part vocale, six solistes valeureux, et le ChƓur ample (on peine Ă  dĂ©nombrer, pas loin de la centaine ?) du Collegiate Chorale (James Bagwell). TrĂšs humaine, venons-nous de dire pour la pianiste : relisant les notes prises dans l’ombre des reprĂ©sentations, nous mesurons Ă  quel point cette qualification (on l’a dit pour un « chef de religion » : « expert Ăšs humanitĂ© » !) convient Ă  la pianiste gĂ©orgienne. Et nous sentons dĂ©jĂ , en rĂ©Ă©coutant (par mĂ©moire) ses Impromptus, combien en Schubert elle avait su donner par un admirable disque (TELDEC, naguĂšre) une leçon d’approche fraternelle, vouĂ©e Ă  l’imaginaire(demain, Grigory Sokolov sera lĂ  marmorĂ©en, d’une sublimitĂ© qui n’est pourtant pas uniment ce dont nous rĂȘvons pour Franz !). Ce soir, en Beethoven, elle est grande, et c’est tout.

Le concert s’achĂšve en ovation qui fait venir de la salle le MaĂźtre d’Ɠuvre de Verbier, Martin Engstroem : l’orchestre, les « vocaux », le piano « improvisent » un « happy birthsday to you » dont on ne sait si c’est anniversaire d’état-civil ou « 20e Verbier ». Cette charmante cĂ©lĂ©bration, c’est Verbier aussi, en coda et post-scriptum d’un concert capital.

Festival de Verbier. Lundi 22 juillet 2013, Salle des Combins. 2e volet de l’intĂ©grale des Concertos de Beethoven(1770-1827) : 4e, 5e, Fantaisie. Orch.Verbier, dir. C.Dutoit ; ChƓur Collegiate Choral ; D.Kozhukhin, Y.Sudbin, E.Leonskaja, piano.