DVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann)

wagner tristan und isolde DVD wagner review compte rendu dvd critique vignette deutsche grammophonDVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann). Deutsche Grammophon édite le 8 juillet prochain, le dvd de la production du nouveau Tristan und Isolde créé en juillet 2015… Que vaut cette production polémique qui positionne l’arrière petite fille et codirectrice du Festival de Bayreuth, telle une metteure en scène de poids, habile ou inspirée à défendre le génie dramatique et théâtrale de son ascendant ? Après une lecture iconoclaste et finalement superficielle car gadget des Maitres Chanteurs de Nuremberg (2011), ce Tristan und Isolde de 2015 vaut adoubement. Une réussite éloquente qui a le mérite d’être claire, parfois épurée et suscite des tableaux puissants qui laissent la séduction du plateau vocal s’épanouir en un jeu dramatique naturel… Prochaine critique complète dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

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DVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann avec Stephen Gould (Tristan). Avec Evelyn Herlitzius (Isolde), Georg Zeppenfelds (König/Le Roi Marke), Iain Paterson (Kurwenal), Raimund Nolte (Melot), Christa Mayer (Brangäne), Tansel Akzeybek (Ein Hirt/Un berger), Kay Stiefermann (Ein Steuermann), Tansel Akzeybek (Junger Seemann / Jeune matelot), Bayreuth Festival Orchestra / Christian Thielemann, direction.Katharina Wagner, Stage Director / mise en scène. Production créée à Bayreuth le 25 juillet 2015.

 

 

 

wagner-tristan-und-isolde-thielemann-katarina-wagnerBAYREUTH 2016… Cette annĂ©e, Bayreuth semble – enfin- renouer avec les grandes annĂ©es; rĂ©tablissant la place des distributions cohĂ©rentes et surtout Ă©cartant l’outrance nĂ©faste des mises en scènes dĂ©calĂ©es et gadgets. Les Temps forts sont Ă©videmment la nouvelle production de Parsifal signĂ©e Uwe Eric Laufenberg, sous la conduite du très efficace Hartmut Haenchen, avec l’angĂ©lique, ardent, lumineux Klaus Florian Vogt dans le rĂ´le titre (les 25 juillet qui est l’ouverture du Festival de Bayreuth 2016, puis 2, 6, 15, 24 et 28 aoĂ»t) ; Le Ring musicalement prometteur sous la direction de Marek Janwski (Ă  dĂ©faut d’une mise en scène dĂ©jĂ  vue et plutĂ´t consternante, pour le coup très gadget de Frank Castorf… rien que provocante et anecdotique).
La production de Tristan und Isolde version Katharina Wagner est à l’affiche cette année pour 6 dates : les 1er, 5, 9, 13, 17, et 22 août 2016. Stephen Gould, Tristan élégant et nuancé chante aux côtés de l’Isolde de Petra Lang (comme Stephen Gould, Christa Mayer est toujours présente dans le rôle de Brangaine)… Consulter le site du Festival de Bayreuth : http://www.bayreuther-festspiele.de/english/programme_157.html

 

 

CD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

cluytens bayreuth lohengrin tannhauser maitres chanteurs coffret 10 cd membran andre cluytens maestro wieland wagner 1956 1957 1958 critique compte rendu classiquenewsCD, coffret. AndrĂ© Cluytens Ă  Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran). Quand le français AndrĂ© Cluytens Ă©tait le maĂ®tre de Bayreuth… Membran rĂ©Ă©dite une partie de l’hĂ©ritage du maestro Cluytens, en 1956, 1957, 1958, pĂ©riode bĂ©nie sur la Colline verte qui depuis a bien dĂ©clinĂ© en qualitĂ© et en pertinence musicale. Le coffret de 4 opĂ©ras  wagnĂ©riens comprend la fameuse production des origines celle de 1955 : Tannhäuser donc qui inaugure la coopĂ©ration du chef français et du festival de Baureuth oĂą Ă  la grande joie de celui qui l’a conviĂ© – Wieland Wagner, le premier maestro hexagonal dans la place saisit par un souffle  irrĂ©sistible : fièvre active et aussi surtout poĂ©tique qui permet l’expression tendre, âpre,  enivrĂ©e et sensuelle ; approfondissant avec passion et intelligence ce Wagner ardent, orchestralement voluptueux et flamboyant aux atmosphères si fabuleuses (en exploitant la configuration spĂ©cifique de la fosse semi enterrĂ©e, le chef obtient dans les lointains cette onde des cordes caractĂ©ristique, enveloppante et Ă©vanescente, idĂ©alement onirique). Cluytens est un orfèvre-conteur exceptionnel qui cisèle le chant de l’orchestre, curieux et gĂ©nĂ©reux en dĂ©tails ; la maĂ®trise et la sensibilitĂ© Ă©clairent comme peu le talent du Wagner orchestrateur. Le remarquable atmosphĂ©riste veille aussi  Ă  l’Ă©quilibre chanteurs et fosse : et comme bientĂ´t Karajan et son Ring sculptĂ© chambriste pour le studio dès 1966 (mais Ă  Berlin car comme Solti, autre immense wagĂ©nrien, Karajan ne fit pas carrière Ă  Bayreuth!), Cluytens lui a le souci constant de l’intelligibilitĂ© du texte et donc de la clarification de chaque situation. Tout cela devait idĂ©alement fonctionner en accord avec les mises en scène de Wieland Wagner elles-mĂŞmes dĂ©pouillĂ©es jusqu’Ă  l’Ă©pure.

cluytens andre un francais a bayreuth wagnerien es meriteArdent bien que n’ayant pas l’âge du rĂ´le, le Tannhauser du quadra Wolfgang Windgassen exprime les dĂ©sirs et la volontĂ© de dĂ©passement du chantre dĂ©cadent (cf. son exhortation emportĂ©e aux plaisirs charnels, rĂ©miniscence de son sĂ©jour vĂ©nusien dit sa nature lascive), comme l’ĂŞtre culpabilisĂ© Ă  la fin du tournoi (fin du II), puis l’âme terrassĂ©e  en quĂŞte de purification. … Windgassen fait de Tannhäuser, figure de l’artiste Wagner en proie aux incomprĂ©hensions de son Ă©poque et de ses contemporain sur la mission salvatrice de son art, un ĂŞtre tiraillĂ©, tendu, profondĂ©ment agitĂ© (ce que confirme aussi sa prononciation spĂ©cifique : serpentine) ; sa confrontation initiale avec VĂ©nus après le Prologue (très convaincante Herta  Wilfert) est contrastĂ©e et vive. Puis l’assemblĂ©e des chantres affirme une tendresse linguistique très bien dĂ©finie que la prise live intensifie en ne gommant rien des dĂ©placements sur la scène. L’Elisabeth de GrĂ© Brouwenstjin affirme elle aussi une belle santĂ© vocale sens de la ligne vocale), coeur ardent et reflechi aux belles inflexions chambristes, prĂŞt Ă  dĂ©fendre le pĂŞcheur Tannhäuser. Et le Wolfram de DF Dieskau Ă©blouit pas sa finesse virile en tĂ©moin atteint mais impuissant et complice des amours d’Élisabeth et de Tannhäuser : le diseur rĂ©tablit avec justesse tout le travail spĂ©cifiquement de caractĂ©risation théâtrale dĂ©fendue par le maestro dans la fosse : du Wagner, articulĂ©, naturel, fin et subtil comme nous l’aimons, et tel qu’il n’existe plus Ă  Bayreuth.

 

 

 

Bayreuth 1955

Le Français André Cluytens conquiert Bayreuth

 

cluytens andre chef orchestre maestro classiquenewsAux cĂ´tĂ©s du Tannhäuser originel de 1955, le coffret comprend la fameuse nouvelle production des MaĂ®tres Chanteurs que Wieland Wagner crĂ©a dès 1956 avec la complicitĂ© de son chef fĂ©tiche et qui fut reprise en 1957 (la prĂ©sente bande) : l’idĂ©al artistique s’y Ă©coule avec tendresse et une ferveur dramatique inouĂŻe lĂ  encore (dont les saillies et accents comiques si finement troussĂ©s par un Wagner dĂ©cidĂ©ment complet et inattendu). Cluytens instille une tension et une gĂ©nĂ©rositĂ© humaine pour le trio bĂ©ni : Eva, l’inspiratrice ; Walther, l’apprenti maĂ®tre, mais aussi l’impĂ©tueux Ă  l’insolence gĂ©niale et rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, enfin Ă©videmment Hans Sachs, modèle absolu pour tout artiste et donc double de Wagner. Comme dans Tannhäuser, le sens de l’intensitĂ© dans la ligne vocale, la justesse du chant, l’Ă©quilibre souverain entre la ciselure des instruments calibrĂ©s depuis la fosse et l’intonation de chaque air soliste… font merveille ici pour un Wagner intensĂ©ment théâtral, jamais disproportionnĂ©, proche du texte, essentiellement poĂ©tique. L’instant de grâce Ă©tant accompli lors du sublime quintette (Selig, wie die Sonne) au III oĂą le parti du bien, rĂ©ceptacle de la mission sacrĂ©e et salvatrice de l’art communie (accord miraculeux entre Sachs, Walther et Eva – angĂ©lique Elisabeth GrĂĽmmer, diamant Ă©tincelant au-dessus des voix)… Des trois opĂ©ras intĂ©graux, ce sont ces MaĂ®tres Chanteurs qui retiennent surtout notre attention faisant la valeur première ce de coffret historique.

Ferme cette brillante trilogie Cluytens Ă  Bayreuth, le Lohengrin de 1958. Fièvre jusqu’Ă  l’incandescence (ouverture que n’aurait pas renier un Baudelaire Ă©pris de bĂ©atitudes cĂ©lestes), surtout tempĂ©rament de feu et ardent pour une Elsa palpitante et subtile en tout point (LĂ©onie Rysaneck, autre diamant Ă  la fois Ă©tincelant et fĂ©brile que polit avec une complicitĂ© amoureuse le chef Cluytens, exploitant sa fragilitĂ© lumineuse, son irradiante sensibilitĂ©). Les deux rĂ´les noirs (Telramund et Ortrud sont finement ciselĂ©s eux aussi (ernest Blanc et Astrid Varnay).
CĂ´tĂ© attention du chef, on y dĂ©cèle une mĂŞme ardeur et Ă©nergie millimĂ©trĂ©e en particulier dans le III (cd3) : la direction Ă  la fois fine et puissante du maestro français excelle Ă  exprimer ce rĂŞve amoureux entre Elsa et le chevalier Ă©lu, miraculeux,Lohengrin : leur effusion tendre que viendra bientĂ´t dĂ©truire l’esprit du soupçon instillĂ© par Ortrud dans l’âme trop fragile et manipulable d’Elsa. Cluytens veille toujours Ă  la subtilitĂ© de l’articulation du texte et de la clartĂ© de la situation : d’autant que le Lohengrin de Sandor Konya s’engage, voix peut-ĂŞtre courte parfois mais tendre, aux aigus tendus : il fait un chevalier descendu du ciel d’une sĂ©duction virile certaine : sa grande confession, rĂ©vĂ©lation clĂ© de l’ouvrage oĂą il dĂ©voile son identitĂ© comme fils de Parsifal et sauveur mandatĂ© (In fernem Land…) affiche une dĂ©termination sobre, linguistiquement assurĂ©e. Les annĂ©es Cluytens / W. Wagner font espĂ©rer pour l’actuel Bayreuth des jours meilleurs.

 

 

CD, coffret. André Cluytens à Bayreuth (Tannhäüser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

 

 

CD, coffret événement. André Cluytens : le son Wagner dont rêvait Wieland

600201_front300dpiCD, coffret. AndrĂ© CLUYTENS : conducting Wagner – Bayreuth live (1955, 1957, 1958). L’Ă©diteur Membran nous rĂ©gale : au moment oĂą Bayreuth peine Ă  convaincre et déçoit plutĂ´t annĂ©e après annĂ©e par la faiblesse des mises en scène et la confusion artistique qui pilote les choix et orientations du festival, le label Membran rĂ©Ă©dite en 10 cd, le legs wagnĂ©rien du chef AndrĂ© Cluytens sur la Colline Verte : un hĂ©ritage propre aux annĂ©es 1950 qui incarne un âge d’or dans l’histoire de Bayreuth… Car Cluytens par son sens du drame et son intelligence sonore offrait enfin Ă  Wieland Wagner, directeur et metteur en scène sur la Colline, ce son dont il avait toujours rĂŞvĂ©… EvĂ©nement dans l’histoire de la Colline Verte quand le chef français dirige pour la première fois Ă  Bayreuth TannhaĂĽser de Wagner en 1955 : c’est le premier Gaulois dans la place. Wieland Wagner ne devait plus pouvoir se passer de sa direction affĂ»tĂ©e et dramatique qui laisse le chant se dĂ©ployer sur un tapis orchestral ciselĂ©. En 1956, Cluytens dirige la nouvelle production des MaĂ®tres Chanteurs conçue par Wieland Wagner, puis Parsifal (en 1957 remplaçant Hans Knappertsbuch) ; enfin Lohengrin en 1958. TĂ©moin des rĂ©alisations de l’heure (le renouveau de Bayreuth dans les annĂ©es 1950), Anja Silva prĂ©cisa qu’en Cluytens, Wieland Wagner avait trouvĂ© le chef capable de lui offrir enfin la sonoritĂ© wagnĂ©rienne tant recherchĂ©e. NĂ© Belge en 1905 (Anvers), Cluytens ne tarde Ă  prendre la nationalitĂ© française : il devient directeur musical de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire Ă  Paris (alors occupĂ©, 1943) puis dirige l’OpĂ©ra-Comique (1947-1953). Cluytens meurt Ă  Paris en 1967. En 1965, le maestro revient Ă  Bayreuth diriger Parsifal : pour la première fois dans l’histoire du Festival wagnĂ©rien, – consĂ©cration ou sacrilège, les spectateurs mĂ©dusĂ©s applaudissent entre les actes ! …

 

 

 

André Cluytens : le son Wagner dont rêvait Wieland

 

cluytens andre un francais a bayreuth wagnerien es meriteUn français à Bayreuth. Le coffret de 10 cd édité par Membran comprend l’intégrale des opéras Lohengrin (1958, avec Astrid Varnay, Sandor Konya, Ernest Blanc dans les rôles d’Ortrud, Lohengrin et Telramund sans omettre l’immense Leonie Rysanek en Elsa), Tannhäuser (1955 avec Wolfgang Windgassen, Dietrich Fischer Dieskau dans les rôles de Tannhäuser et Wolfram) et Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1957 avec Gustav Neidlinger, Elisabeth Grümmer dans les rôles de Sachs et Eva). Parution annoncée le 26 juin 2015. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

LIRE aussi notre biographie d’AndrĂ© Cluytens

 

 

 

CD, Membran : 3 coffrets pour le printemps (Rudolf Schock, Cluytens à Bayreuth, Artistes dégénérés)

Le label Membran annonce 3 coffrets événements en juin 2015. Le premier dédié au centenaire du ténor légendaire Rudolf Schock, soulignant une facette peu connue de son irrésistible carrière, son chant wagnérien. La seconde boîte magique ressuscite l’apport du premier chef français invité à Bayreuth : André Cluytens, grand invité chéri de Wieland Wagner dès 1955, et dès lors, grand acteur du renouveau bayreuthien dans les années 1950. Enfin, Membran édite un coffret récapitulant les artistes « dégénérés », mis à l’index et inquiétés voire persécutés par le régime hitlérien dès 1933. 3 coffrets événements du mois de juin 2015.

Rudolf SCHOCK : the birthday Edition – Wagner operas
600255_front300dpiLe coffret de 10 cd récapitule la carrière époustouflante du ténor mozartien à Bayreuth où il fut un wagnérien fin et subtil a contrario de bon nombre de ses confrères. Comme Mozart, Verdi, Puccini, Wagner occupe une place privilégiée dans l’itinéraire de Rudolf Schock. A la demande de Wieland Wagner, Schock chante le rôle de Walther von Stolzing des Maîtres Chanteurs : en 1959, son incarnation demeure légendaire consolidant aussi la notoriété du festival. C’est aussi un Lohengrin remarqué à Brunswick, Hambourg, Bremen (1957, 1959). Le coffret du Rudolf Schock wagnérien édité par Membran célèbre aussi le centenaire de la naissance du ténor allemand né à Duisbourg qui rejoint le Staatsoper de Vienne en 1953 comme kammersänger et dont le cinéma dédia un film sur sa vie.
Le coffret comprend les intĂ©grales de Lohengrin (1953), Die Meistersinger (aux cĂ´tĂ©s de l’Eva d’Elisabeth GrĂĽmmer), Der Fliegende Holländer (1960, aux cĂ´tĂ©s de Gottlob Frick, Dietreich Fischer Dieskau, Fritz Wunderlich dans les rĂ´les de Daland, le Hollandais et un matelot…) et des extraits du Rheingold de 1952 (avec Gottlob Frick en Fasolt…). Rudolf Schock : the birthday Edition – Wagner operas, 10 cd Membran. Parution annoncĂ©e le 26 juin 2015.

600201_front300dpiAndrĂ© CLUYTENS : conducting Wagner – Bayreuth live (1955, 1957, 1958). EvĂ©nement dans l’histoire de la Colline Verte quand le chef français dirige pour la première fois Ă  Bayreuth TannhaĂĽser de Wagner en 1955 : c’est le premier Gaulois dans la place. Wieland Wagner ne devait plus pouvoir se passer de sa direction affĂ»tĂ©e et dramatique qui laisse le chant se dĂ©ployer sur un tapis orchestral ciselĂ©. En 1956, Cluytens dirige la nouvelle production des MaĂ®tres Chanteurs conçue par Wieland Wagner, puis Parsifal (en 1957 remplaçant Hans Knappertsbuch) ; Lohengrin (1958). TĂ©moin des rĂ©alisations de l’heure (le renouveau de Bayreuth dans les annĂ©es 1950), Anja Silva prĂ©cisa qu’en Cluytens, Wieland Wagner avait trouvĂ© le chef capable de lui offrir enfin la sonoritĂ© wagnĂ©rienne tant recherchĂ©e. NĂ© Belge en 1905 (Anvers), Cluytens ne tarde Ă  prendre la nationalitĂ© française : il devient directeur musical de la SociĂ©tĂ© des Concerts du Conservatoire Ă  Paris (alors occupĂ©, 1943) puis dirige l’OpĂ©ra-Comique (1947-1953). Cluytens meurt Ă  Paris en 1967.
Un français à Bayreuth. Le coffret de 10 cd édité par Membran comprend l’intégrale des opéras Lohengrin (1958, avec Astrid Varnay, Sandor Konya, Ernest Blanc dans les rôles d’Ortrud, Lohengrin et Telramund sans omettre l’immense Leonie Rysanek en Elsa), Tannhäuser (1955 avec Wolfgang Windgassen, Dietrich Fischer Dieskau dans les rôles de Tannhäuser et Wolfram) et Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1957 avec Gustav Neidlinger, Elisabeth Grümmer dans les rôles de Sachs et Eva). Parution annoncée le 26 juin 2015.

Unbenannt-7Coffret « Forbidden but not forgotten » (interdits mais pas oubliés) : ils apparaissent tous sur le visuel de couverture, Kurt Bois, Ernst Busch, Hans Eisler, Heinrich Heine, Paul Hindemith, Otto Klemperer, Korngold, Mendelssohn, Krenek, Kreisler, Mahler, Meyerbeer, Offenbach, Schönberg, Serkin, Oscar Strauss, Georg Szell, Richard Tauber, Bruno Walter, Kurt Weill, Zemlinsky… tous chefs, compositeurs, interprètes juifs que les nazis ont scrupuleusement écartés, humiliés interdits. Le IIIème reich entendait dicter et reformuler les valeurs inaltérables de la culture allemande purifiée. Exit tous les tenants d’un sémitisme douteux. Le nettoyage musical réalisé par le national socialisme opère une épuration artistique systématique dont les expositions manifestes (Art dégénéré, Munich 1937 et Musique dégénérée, Dusseldorf 1938) soulignent les tares fatidiques. Le coffret de 10 cd réunit près de 175 enregistrements d’artistes tenus au silence, humiliés, persécutés par les nazis. Entre autres : Paul Hindemith dirige un extrait de Mathis le peintre ; Bruno Walter et Nathan Milstein jouent l’Andante pour violon de Goldmark ; Arthur Schnabel joue Lettre à Elise de Beethoven ; Erich Kleiber et le Philharmonique de Berlin, Stravinsky ; Schönberg interprète un extrait du Pierrot Lunaire sans omettre plusieurs mélodies de Schumann sur des textes de Heine par Lotte Lehmann ou des extraits d’opérettes par Richard Tauber…

Prochaine critique développée fin juin 2015, dans le mag CD, DVD, LIVRES de CLASSIQUENEWS.COM.

Bayreuth 2014. Histoire d’un désastre annoncé ? Rien ne va plus à Bayreuth.

Festspielhaus BayreuthBayreuth 2014 : rien ne va plus ! Les prochaines semaines seraient-elles décisives pour Bayreuth ? Tout semble aller de plus en plus mal sur la colline verte léguée par Wagner qui y souhaitait déployer un festival populaire et généreux, accessible et magicien, totalement dévolu à son œuvre lyrique … Rien de tel en vérité depuis plusieurs années.  La Chancelière Angela Merkel, présente depuis 9 ans (2005) à chaque ouverture de festival a fait savoir qu’elle reportait sa présence en cours de Festival. Du jamais vu. Un camouflet pour Bayreuth dont la première soirée ne fait plus la une des médias, sauf peut-être pour le scandale qu’elle suscite ou l’agacement qu’elle engendre.

Crise sur le festival créé par Wagner en 1876

Tempête et désaffection sur Bayreuth

 
Wagner Katharina Bayreuth Eva WagnerDe fait, le TannhaĂĽser programmĂ© ce 25 juillet, celui de l’Allemand Sebastian Baumgarten (crĂ©Ă© in situ en 2011, et passablement laid Ă  force de dĂ©calages Ă  tout va) reprĂ©sente les choix contestĂ©s de la direction du Festival : provocation et relecture. Objectivement, Bayreuth en dĂ©pit de son prestige (de sa salle Ă©laborĂ© par Wagner, de son orchestre dans sa fosse semi-couverte…) ne fait plus rĂŞver. Les productions agacent mĂŞme d’annĂ©e en annĂ©e. Voix dĂ©sĂ©quilibrĂ©es (Ă  part quelques tĂŞtes d’affiches dont le tĂ©nor Jonas Kaufmann), mises en scène absurdes, incohĂ©rentes, chefs inĂ©gaux… Bayreuth est de toute Ă©vidence un festival en perte d’aura : Ă  trop vouloir Ă©largir son audience, faire jeune et punk, rajeunir les lectures et oser de nouveaux dispositifs scĂ©niques, la direction actuelle, partagĂ©e par les deux hĂ©ritières et arrières-petites-filles du fondateur Richard, Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, a fini par sacrifier la qualitĂ© et la magie du lieu et de son offre musicale. Qu’en sera-t-il en 2015, quand Katharina prendra seule la direction du l’auguste maison familiale ? On peut craindre le pire de la part d’une femme de théâtre qui s’entĂŞte dans une ligne radicale.
RIng bayreuth 1876Cet été, retransmis intégralement et en décalé par France Musique, Le Ring de l’allemand Frank Castorf est à nouveau programmé (Kirill Petrenko, direction musicale ; consulter ici les dates des retransmissions du Ring de Bayreuth 2014 sur France Musique) ; après sa création en 2013, la production de cette Tétralogie a de la même façon que les spectacles précédents, suscité un immense scandale, semé d’irritation, d’ennui, de déception : les tableaux s’y succèdent à la façon d’une BD vulgaire aux effets anecdotiques. Mais les dysfonctionnements ne concernent pas seulement les têtes pensantes et le public : le metteur en scène lui-même, Frank Castorf, embauché après des tentatives vaines auprès de Wim Wenders, envisage de porter plainte contre les deux directrices : choisi au dernier moment, il lui aurait été refusé un délai décent pour travailler sur Le Ring ; surtout, l’intéressé regrette un climat de suspicion, de peur, un climat délétère digne de la guerre froide… imposé et entretenu par les deux corégentes. Ambiance. Bayreuth dans son projet originel, celui souhaité par Wagner, n’est plus que poussière. La Colline verte vit ses heures les plus délicates… à force d’être dénaturé, le Festival le plus célèbre de Bavière pourrait bien y perdre définitivement son âme et toute attraction. A part la fierté d’y obtenir une place, le mélomane avisé sait bien que les plus beaux spectacles wagnériens ne sont plus créés à Bayreuth. C’est bien tout le problème du Festival qui n’a plus l’exclusive du répertoire ni la garantie de la pertinence des propositions lyriques. Le signe alarmant le plus manifeste est envoyé de la billetterie cette année : alors qu’il fallait attendre jusqu’à 10 ans pour obtenir une place (après avoir été intégré sur une liste d’attente), Bayreuth en 2014 a mis en vente des billets sur son site internet… et certains spectacles (Le Ring justement), ne sont toujours pas complets. Une première et un comble pour un festival qui depuis des décennies proposait les soirées à guichet fermé. Rien ne va plus à Bayreuth.

Le Festival de Bayreuth 2014 n’affiche aucune nouvelle production (la dernière celle du Ring en 2013 se voulait emblĂ©matique). 7 opĂ©ras y sont prĂ©sentĂ©s en 30 reprĂ©sentations jusqu’au 28 aoĂ»t 2014. Attention pour les heureux festivaliers qui pourront y goĂ»ter l’acoustique d’Ă©poque, le théâtre de Bayreuth est en restauration (la façade est totalement restaurĂ©e, comme la maison du compositeur ” Wahnfried “, – construite grâce Ă  Louis II de Bavière pour Wagner entre 1872 et 1874-, Ă©galement restaurĂ©e …

 

 

Illustration : le premier Ring représenté à Bayreuth du vivant de Wagner en 1876, grâce au financement alloué par Louis II de Bavière

Le Ring du Bayreuth 2014

wagner grand formatFrance Musique Ă  Bayreuth.Wagner : Der Ring, les 3,10,17,24 aoĂ»t 2014. Que vaut Le Ring version Bayreuth 2914 ? La direction musicale est assurĂ©e par le chef Kirill Petrenko, nĂ© en 1972 Ă  Omsk. Et pour chanteurs, un plateau de wagnĂ©riens mĂ©connus/inconnus jusque lĂ … C’est avĂ©rĂ©, et depuis une dĂ©cennie voire deux… les meilleures productions wagnĂ©riennes n’ont plus guère lieu sur la colline verte, et c’est bien le drame de Bayreuth actuellement. Ce ne sont pas les mises en scène dĂ©calĂ©es branchĂ©es souvent très laides ou tristement gadgets qui compensent l’absence de qualitĂ© musicale et de cohĂ©rence dramatique. Mais Ă  chaque Ă©dition estivale du festival conçu par Richard Wagner lui-mĂŞme, le festivalier est en droit d’espĂ©rer une surprise voire un … miracle. Assister au Ring dans le théâtre Ă©difiĂ© par Wagner avec l’aide de Louis II de Bavière demeure en soi une expĂ©rience inoubliable : le premier Ring fut inaugurĂ© en 1876. La direction de Kirill Petrenko qui n’en est pas Ă  son premier Wagner ni son premier Ring suffira-t-elle Ă  emporter l’acuitĂ© expressive et poĂ©tique du drame wagnĂ©rien ? Souvent Ă  force de minutie attentive, de souci hĂ©doniste du son, les chefs en oublient surtout le mouvement enfiĂ©vrĂ© de l’action musicale … Et la mise en scène de Franck Castorff ? Qu’en sera-t-il en aoĂ»t 2014 ? Parions que ses dĂ©calages outranciers et sa frĂ©nĂ©sie confuse et laide digne d’une mauvaise BD ne provoquent le mĂŞme agacement qu’en 2013 oĂą le spectacle avait Ă©tĂ© crĂ©Ă© et reçu de façon scandaleuse. A dĂ©faut de se dĂ©placer Ă  Bayreuth, France Musique diffuse les 4 volets de ce Ring Bayreuthien Ă  Ă©couter (plutĂ´t qu’Ă  voir).

petrenko-kirill-wagner-bayreuthL’Or du Rhin, dimanche 3 aoĂ»t 2014, 20h
La Walkyrie, dimanche 10 août 2014, 20h
Siegfried, dimanche 17 août 2014, 20h
Le Crépuscule des dieux, dimanche 24 août 2014, 20h

 

 

Approfondir
Consulter les distributions du Ring Bayreuth 2014 (Kirill Petrenko, direction) sur le site du Festival de Bayreuth

Lire notre dossier spécial La Tétralogie de Richard Wagner (1876)

L’Avant Scène OpĂ©ra spĂ©cial festival de Bayreuth

Centenaire du ténor Wolfgang Windgassen (1914-1974)

Windgassen-Wachter-1963-275NĂ© en 1914 Ă  Annemasse (Haute-Savoie), Wolfgang Windgassen incarne le tĂ©nor wagnĂ©rien par excellence, loin des caricatures actuelles qui s’entĂŞtent Ă  imposer l’image d’un hurleur surpuissant, poitrinĂ©, sans Ă©clat ni nuances. La preuve apportĂ©e par Windgassen marque l’histoire des grands interprètes Ă  Bayreuth dont le sens du verbe, la clartĂ© plutĂ´t que la vocifĂ©ration laissent un standard d’excellence encore aujourd’hui difficile Ă  renouveler. FormĂ© au chant par ses parents, -tous deux chanteurs lyriques, Wolfgang est recrutĂ© par Wieland Wagner Ă  Bayreuth en 1951 (pour y chanter Froh et dĂ©jĂ  Parsifal) : il y chante tous les rĂ´les importants, assurant parfois en quelques semaines, plusieurs parties dans des opĂ©ras diffĂ©rents, attestant d’une santĂ© sidĂ©rante : Lohengrin, Tristan, Siegmund (Walkyrie), Siegfried (Ring), Walther (Les MaĂ®tres Chanteurs), et bien sĂ»r, Parsifal.

Centenaire du ténor allemand légendaire Wolfgang Windgassen, héros bayreuthien

A Bayreuth, il s’affirme sous la baguette de grands chefs dont Clemens Krauss (Bayreuth 1953), Joesph Keilberth et Eugen Jochum (pour Lohengrin), et dans les annĂ©es 1960 : Sawallisch, Solti (qui l’engage pour sa première intĂ©grale discographique stĂ©rĂ©o du Ring : 1958-1966 oĂą le tĂ©nor allemand chante un siegfried anthologique), enfin Karl Böhm.

Au dĂ©but des annĂ©es 1970, il s’illustre dans la mise en scène, puis, de 1970 Ă  sa mort en 1974 (8 septembre), dirige l’opĂ©ra de Stuttgart, une ville qui avait accueilli ses annĂ©es de perfectionnement. Chez Windgassen, l’intelligence du chanteur, comblĂ© par une technique de diseur exceptionnel, se mariait Ă  un jeu d’acteur souvent irrĂ©sistible. Wolfgang Windgassen a Ă©tĂ© aussi un excellent Radamès (Aida de Verdi).

 

Illustration : Wolfgang Windgassen (debout) Ă  Bayreuth

Livres. Wagner : Les Maîtres Chanteurs. Avant Scène Opéra n°279

avant scene opera maitres chanteurs de nuremberg wagner 279 mars 2014 avant scene operaLivres. Wagner : Les MaĂ®tres Chanteurs. Avant Scène OpĂ©ra n°279. Superbe Ă©dition, remarquablement complète dans sa nouvelle publication de mars 2014. OĂą tous les enjeux esthĂ©tiques, politiques, musicaux souhaitĂ©s par Wagner, et les interactions dramatiques entre les personnages sont analysĂ©s, illustrations Ă  l’appui, Ă  travers le fil exhaustif du guide d’Ă©coute (prĂ©sentant le livret intĂ©gral avec en double lecture, chaque sĂ©quence musicale correspondante, commentĂ©e), Ă  travers 5 thĂ©matiques identifiĂ©es et prĂ©sentĂ©es en amorce, comme ” points de repères “.
Ce nouvel opus est complĂ©mentaire au prĂ©cĂ©dent dossier sur Les MaĂ®tres Chanteurs prĂ©cĂ©demment Ă©ditĂ© par l’Avant Scène opĂ©ra en 1989. Les amateurs seront donc bien inspirĂ©s de s’en rendre acquĂ©reurs pour nourrir de nouvelles pistes de comprĂ©hension.

Ce que nous avons aimĂ© en particulier dans cette nouvelle approche de la partition ” comique ” de Wagner : les enjeux politiques d’un opĂ©ra qui dĂ©montre et explicite deux esthĂ©tiques opposĂ©es ; la vitalitĂ© compositionnelle d’une partition qui assimile de façon gĂ©niale toutes les facettes du genre comique, procĂ©dĂ©s mis en Ĺ“uvre auparavant et avec la mĂŞme rĂ©ussite par le duo Mozart et Da Ponte (drammas giocosos, comme Don Giovanni) ; …. Et l’on comprend mieux de façon lumineuse ce qui dĂ©termine dans l’ouvrage, la relation trouble du vieux cordonnier et si sage Hans Sachs vis Ă  vis de la jeune beautĂ© Eva en dĂ©pit de l’attirance de cette dernière pour le jeune chevalier Walther ; la complexe combinaison de l’hĂ©roĂŻque et du comique dans un drame qui recherche la grâce et la transcendance en glorifiant l’art…

ComplĂ©ments familiers aux apports des textes d’analyse, la discographie et la vidĂ©ographie des MaĂ®tres Chanteurs. La rĂ©capitulation de toutes les productions de l’opĂ©ra dans le monde, de 1989 Ă  2013, et Ă  Bayreuth de 1996 Ă  2012.

Wagner : Les MaĂ®tres Chanteurs de Nuremberg. NumĂ©ro spĂ©cial de l’Avant Scène OpĂ©ra n°279. Nouvelle Ă©dition, mars 2014. Parution : 05/03/2014. 192 pages. ISBN 978-2-84385-312-8.

2 versions disponibles sur le site de l’Avant Scène OpĂ©ra : brochĂ© physique ou Ă  tĂ©lĂ©charger en PDF haute dĂ©finition depuis le site Avant Scène OpĂ©ra. Les deux version 28 euros.

lien vers l’achat de la version pdf haute dĂ©finition

Prochaine parution de l’Avant Scène OpĂ©ra : Anna Bolena de Donizetti, en liaison avec la production prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Bordeaux en mai 2014.

Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg
Wagner Richard
Avant Scène Opéra n°279

Sommaire de la nouvelle Ă©dition

L’Ĺ’uvre
Points de repère
Chantal Cazaux : Argument
Michel Debrocq : Introduction et Guide d’écoute
Richard Wagner : Livret original en allemand
Jean Matter : Traduction française

Regards sur l’Ĺ“uvre
Hans Sachs : Ce qu’un chanteur doit chanter
Philippe Godefroid : Genèse et enjeux des Maîtres Chanteurs
Gérard Condé : Des règles pour aller plus loin
Jean-François Candoni : Stolzing contre Beckmesser
Françoise Ferlan : Rires et sourires
Pierre Flinois : Les Maîtres Chanteurs avec ou sans Nurnberg

Écouter, voir et lire
Philippe Godefroid : Discographie comparée
Pierre Flinois : Vidéographie comparée
Constance Malard : L’Œuvre à l’affiche
Au Festival de Bayreuth (1996-2012)
Ă€ travers le monde (1989-2013)

Bibliographie

Hermann Levi : un juif à Bayreuth, créer Parsifal (1882)

Hermann Levi : un juif à Bayreuth. C’est peut-être le pire cas qu’ait eu à gérer Wagner dans sa vie … l’antisémite notoire devait croiser sur son chemin de bâtisseur, un maçon exceptionnel, maestro architecte doué pour diriger et comprendre ses œuvres : Hermann Levi… le juif. Pour accomplir son dernier opus, le naître de Bayreuth ne put faire sans Levi. Les mots à son encontre évoque le malaise Wagner vis à vis d’un musicien exceptionnel capable comme personne alors de comprendre la musique de l’avenir… « juif domestiqué », « juif assimilé »… autant de vocables bien discutables qui s’effacent devant la réalité inimaginable de l’époque. L’histoire réelle dépasse souvent la fiction : jamais Parsifal ne devait connaître un meilleur maestro que Hermann Levi, à jamais inscrit dans l’histoire de Bayreuth et dans la genèse du dernier opéra de Wagner en 1882.

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Le chef créateur de Parsifal

 

Il incarne une contradiction notoire dans le cercle très restreint des proches et des intimes de Wagner à Bayreuth : Cosima et son époux sont des antisémites militants qui ne manquent jamais une occasion de déprécier la judéité y compris chez les musiciens les plus doués à leur époque. Le Journal qui consigne sous la plume de Cosima tout ce que dit son divin époux éclaire chaque étape de leur confession. Hermann Levi (1839-1900), fils et petit fils de rabbins en fait le frais : immense chef d’orchestre et doué dès son jeune âge, son seul défaut est d’être juif. Mais le musicien qui vénère Wagner comme un dieu, souhaite réaliser grâce à lui et sa quête artistique de dépassement et d’accomplissement, mais aussi, une manière d’intégration complète dans la culture germanique dont le couple de Bayreuth est le plus engagé des ambassadeurs.
Hermann Levi dirige l’orchestre de l’opĂ©ra de Munich dont il est directeur musical depuis 1872: il est l’employĂ© de Louis II de Bavière qui accepte que le jeune chef dirige aussi Ă  Bayreuth. Après de très longs efforts pour approcher Wagner et susciter son regard bienveillant, Levi ne tarde pas Ă  devenir un habituĂ© de Wahnfried, – la maison des Wagner Ă  Bayreuth-, hĂ´te recherchĂ© et donc jalousĂ©, que Wagner adoube mĂŞme officiellement en demandant Ă  ce que le chef juif dirige la crĂ©ation de Parsifal ! De fait, Levi restera dans l’histoire de Bayreuth, le crĂ©ateur, surtout le plus grand interprète de Parsifal : un comble. De 1882, pour la crĂ©ation et jusqu’en 1894, soit 12 ans, Levi est le chef de Parsifal : un statut inouĂŻ que personne ne saura jamais Ă©galer après lui.
Pour l’homme hypersensible que fut Levi, cela n’alla pas sans tiraillements et angoisse viscérale. Wagner exigeait autant qu’il savait attendrir tous ceux prêts à le jouer, mieux le servir. A plusieurs reprises, Levi demande d’être soulagé et libéré d’une telle charge, tout en espérant être fondamentalement reconnu pour ses aptitudes personnelles et artistiques à comprendre et interpréter Wagner. Ce que le compositeur lui permet de vivre avant de mourir en 1883. Tout en exigeant l’impossible, Wagner accorde à son chef préféré la reconnaissance tant espérée.
Dans les faits, Hermann Levi réussit cette ambition, dévoilant tout ce qui dans Parsifal relève d’une profonde expérience humaniste, mystique, intime. Il dirige à 8 reprises Parsifal à Bayreuth (1882, 1883, 1884, 1886, 1889, 1891, 1892 et 1894). La crise la plus aiguë dans cette vocation doloriste fut l’année 1888 : usé, éreinté psychiquement, Levi doit se reposer; il ne dirigera pas Parsifal, sujet de toutes ses peines et de tous ses dépassements musicaux : Wagner décédé, c’est Cosima qui reprenant peu à peu la direction du festival wagnérien impose un rythme, une nouvelle méthodologie de travail surtout un nouveau sacerdoce exclusif. En 1891, Levi élabore pour elle, une version remarquable de Tannhaüser pour Bayreuth, d’après les nombreuses possibilités laissées par Wagner ; cette version Levi sera longtemps tenue pour un modèle par tous les chefs soucieux de diriger la partition. La corde a failli se rompre entre Levi et Cosima : il reste une légende de la direction, celle qui dès la création de Parsifal aura permis de conclure le mythe Wagner de son vivant, jusqu’au cime de l’excellence.

 

 

Friedelind Wagner, l’autre voix de Bayreuth

Friedelind WagnerAu moment oĂą sont cĂ©lĂ©brĂ©s partout dans le monde et Ă  Bayreuth Ă©videmment pour le festival estival, les 200 ans de Richard Wagner, classiquenews souligne le message diffĂ©rent d’un membre du clan Wagner, celui de Friedelind, petite-fille du compositeur qui de son vivant, aidĂ©e par Toscanini, eut le courage de rompre avec sa famille, refusant la collision nĂ©faste avec Hitler et le nazisme … Et si Friedelind, empĂŞchĂ©e Ă  Bayreuth, Ă©cartĂ©e par son frère Wolfgang, incarnait mieux que ses proches, le message wagnĂ©rien ?

NĂ©e en 1918, Friedelind incarne la pensĂ©e miraculeuse du clan Wagner, si entâchĂ© par sa collision avec le nazisme et depuis le règne Ă  Bayreuth de la veuve Cosima, empĂŞtrĂ© dans des positions de replis dogmatiques ultraconservateurs. D’oĂą le problème toujours actuel de Bayreuth au moment du bicentenaire 2013: la colline verte n’a pas rĂ©solu ses querelles de successions internes ni vraiment convaincu en terme de qualitĂ© artistique. VoilĂ  bien longtemps que le théâtre Ă©difiĂ© par Wagner grâce Ă  Louis II de Bavière ne prĂ©sente plus les meilleures productions du Ring, de Lohengrin, de Tannhäuser et de Parsifal … L’ère de Wieland, avec sa politique artistique audacieuse et ses mises en scènes conceptuelles et esthĂ©tiques paraĂ®t bien lointaine Ă  prĂ©sent, mais Wieland avait dĂ©montrĂ© après la guerre combien un nouveau Bayreuth, temple de la magie wagnĂ©rienne, Ă©tait alors possible. Les temps ont changĂ© depuis…

 

 

Wagner dénazifié :
l’ange Friedelind contre Bayreuth

 

Friedelind est la fille de Siegfried Wagner, le fils de Richard, homosexuel dont les inclinations sentimentales ont toujours Ă©tĂ© savamment masquĂ©es par le clan, en particulier grâce Ă  son mariage avec Winifried, totalement dĂ©volue Ă  Hitler (que ses enfants doivent adorer comme leur oncle) : elle fait de Bayreuth le refuge des nazis et fait basculer toute l’activitĂ© wagnĂ©rienne du cĂ´tĂ© de la barbarie, assimilant encore Wagner avec la pensĂ©e hitlĂ©rienne, tel un outil de propagande Ă  la solde du tyran barbare. 
Ayant des rapports tendus avec sa mère, Friedelind rĂ©siste Ă  l’emprise du nazisme sur le clan : mĂŞme si elle se rĂ©sout Ă  visiter le fĂĽrer en 1937, elle garde chevillĂ© au corps, une distance avec l’idĂ©ologie imposĂ©e par sa mère. Doutant de l’assimilation assumĂ©e du wagnĂ©risme comme propagande pour Hitler, le jeune femme dĂ©cide de rompre avec sa famille et quitte Bayreuth dès 1939, Ă  21 ans : elle s’exile aux USA en 1940 avec le soutien d’un wagnĂ©rien humaniste comme elle, Toscanini. Friedelind garde des liens avec son frère Wieland.
En 1945, Friedelind Ă©crit et fait publier ses souvenirs de la pĂ©riode Bayreuth hitlĂ©risĂ© (Heritage of fire) : aujourd’hui encore le livre est soigneusement tenu secret et inaccessible, tant Ă  cause des rĂ©vĂ©lations impardonnables sur les choix du clan Wagner pendant la guerre, que par la figure admirable d’un membre qui a su dĂ©celer l’horreur et s’en dĂ©tacher quitte Ă  en souffrir.

En 1953, après la guerre, Friedelind revient Ă  Bayreuth mais sa mère l’en Ă©carte : la fille a trahi, elle n’a donc pas sa place au sein du Théâtre de son grand-père ; et pourtant la fille prodigieuse s’entĂŞte Ă  orienter le lieu par une nouvelle position plus Ă©thique. Consciente cependant de l’immense hĂ©ritage de son aĂ®nĂ©, Friedelind organise en marge de Bayreuth, plusieurs masterclasses (1959) destinĂ©es Ă  sensibiliser les jeunes musiciens et le public Ă  la musique de Richard Wagner, reprenant de ce dernier l’idĂ©e d’ouvrir une Ă©cole favorisant la comprĂ©hension et l’interprĂ©tation des opĂ©ras wagnĂ©riens. HĂ©ritière spirituelle de son grand-père, Friedelind parvient Ă  former plusieurs chanteurs dont la mezzo Barbara Conrad. 
Avec la mort de son frère Wieland (1966), Friedelind perd un soutien important Ă  Bayreuth : Wolfgang le 2ème frère et co directeur du festival prend alors les rĂŞnes de l’institution : comme leur mère Winifried, Wolfgang interdit Ă  sa soeur l’accès au Théâtre. 
Jusqu’Ă  sa mort en 1991, Friedelind ne cesse de dĂ©fendre une autre histoire de Wagner Ă  Bayreuth, le dĂ©barrassant des collusions avec l’hitlĂ©risme qui a dĂ©naturĂ© profondĂ©ment le message de Wagner.

Le travail des annĂ©es futures, au moment du bicentenaire Wagner 2013 devrait voir une nouvelle approche de l’histoire du wagnĂ©risme en Allemagne et Ă  Bayreuth : se pencher sur l’oeuvre et la vie de Friedelind Wagner permettra de rĂ©Ă©crire demain le message de Wagner Ă  travers ses oeuvres ; expliquer le sens du Ring en le distinguant clairement des multiples instrumentalisations dont il a Ă©tĂ© l’objet dont surtout la rĂ©cupĂ©ration par les nazis et le clan Wagner (Winifried, Wolfgang) reste le point crucial d’une bataille toujours d’actualitĂ©.

Gala Wagner 2013 (en direct de Bayreuth)

Arte, mercredi 22 mai 2013, 22h25: Gala Wagner Ă  Bayreuth …
Spécial bicentenaire 2013
En direct de Bayreuth

Le chef d’orchestre allemand Christian Thielemann interprète avec l’Orchestre du Festival de Bayreuth et des solistes de renommée internationale, un concert anniversaire pour Richard Wagner né en 1813. Au programme : extraits d’opéras en version de concert

Programme :wagner_dossier_2013_582
La Walkyrie, 1er acte
Rienzi : Introduction et prière
Le crépuscule des dieux : Voyage sur le Rhin et Marche funèbre
Les maîtres chanteurs de Nuremberg : Prélude

Direction musicale: Christian Thielemann, Orchestre du Festival de Bayreuth
Solistes: Eva-Maria Westbroeck (Sieglinde), Johan Botha (Siegmund, Rienzi), Kwangchul Youn (Hunding).

Docu. La Folie Wagner (2012)

Arte, La Folie Wagner, mercredi 22 mai 2013, 20h45  …  Grand portrait d’un musicien dĂ©rangeant indispensable. Anarchiste puis bourgeois, rĂ©formateur lyrique et rĂ©volutionnaire, Ă©gocentrique, libertin mais immensĂ©ment cultivĂ©,  le dĂ©miurge Wagner reste en dĂ©pit de ses facettes humaines contestables (antisĂ©mite notoire), un crĂ©ateur universel incontournable. Richard Wagner dĂ©range et divise les esprits. Le documentaire jalonnĂ© de tĂ©moignages et de reconstitutions filmĂ©es jouĂ©es par des acteurs (qui s’appuient sur la correspondance de Wagner) se penche sur sa personnalitĂ© pour mieux cerner la corrĂ©lation entre l’homme et son gĂ©nie musical et apporte un Ă©clairage nouveau sur les faits historiques dĂ©veloppĂ© grâce Ă  des interviews avec les meilleurs spĂ©cialistes de Wagner, des animations, des Ă©vocations historiques, l’apport des musiciens (Philippe Jordan) et des personnalitĂ©s de Bayreuth…

Livres. Wagner. Bon baisers de Bayreuth (Fayard)

Livres. Bon baisers de Bayreuth. Lettres de Wagner (Fayard)

lootens_wagner_baisers_bayreuth_livre_wagner_2013_FayardIl existe peu de compositeurs qui dans leurs lettres (Ă  peu près 12.000 s’agissant de Wagner) ait Ă  ce point communiquer et divulguer leurs humeurs et pensĂ©es personnelles, au point dès son vivant, de lui inspirer Ă  lui et Ă  sa compagne Cosima, le souci de les rĂ©cupĂ©rer coĂ»te que coĂ»te auprès de leurs destinataires ou de leurs descendants.

Cosima elle-mĂŞme se rangea Ă  l’idĂ©e de publier un bon nombre de documents dès 1888, non sans maquiller et rĂ©viser les textes afin de prĂ©server le meilleur aspect de son dĂ©funt Ă©poux. Quoiqu’il en soit l’Ă©dition complète de l’intĂ©gralitĂ© du corpus Ă©pistolaire de Wagner est une entreprise toujours en cours: elle ne sera rĂ©alisĂ©e qu’en 2025… un Ă©difice en constant progrès que la prĂ©sente publication chez Fayard Ă©claire par le choix des lettres ainsi publiĂ©es et surtout annotĂ©es.

Christophe Lootens

Bon baisers

de Bayreuth

Lettres de Richard Wagner
(Editions Fayard)

Les textes ici rassemblĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’une traduction française scrupuleuse (eu Ă©gard Ă  l’humeur de Wagner et aux spĂ©cificitĂ©s de son propre style) et d’une Ă©dition critique, rendant leur apport sĂ»r, volontairement respectueux de la pensĂ©e originelle du compositeur. On connaĂ®t le goĂ»t du musicien pour les phrases longues, les tournures complexes, le style indirect… autant de figures qui rendent dĂ©licate toute traduction fine et exhaustive en français. Le sommet de cette correspondance ampoulĂ©e Ă©tant atteint dans les lettres que Wagner adresse Ă  Louis II lequel, protocole oblige, imposait des tournures vieux style, souvent hyperboliques, au lyrisme surannĂ©: pourtant Wagner devait se plier Ă  cet usage, travaillant alors longuement Ă  la teneur de ses rĂ©ponses au jeune monarque. Contrairement au titre de l’ouvrage, il ne s’agit pas des lettres particulièrement dĂ©diĂ©es Ă  l’Ă©dification de Bayreuth et du premier festival du Ring (1876) mais bien d’un corpus large et ouvert dans sa sĂ©lection, destinĂ© Ă  Ă©clairer tous les Ă©pisodes de la vie de Richard Wagner.

Lettres de Wagner

De la première lettre Ă  sa sĹ“ur Ottilie (Leipzig, le 3 mars 1832) Ă  celle ultime adressĂ©e au producteur et homme de théâtre Angelo Neumann (Bayreuth, 1883), le choix des lettres (Ă  peu près 200 originaux) tout en privilĂ©giant plusieurs proses inĂ©dites sait couvrir toutes les pĂ©riodes d’une vie artistique riche et fĂ©conde oĂą Ă©pisodes privĂ©s et ressentiments personnels se confondent avec les ondulations d’une Ĺ“uvre rĂ©volutionnaire. De l’aveu mĂŞme de l’auteur, vie privĂ©e et Ĺ“uvre musicale ne forment qu’un seul et mĂŞme massif dont la complexitĂ© et le rĂ©seau inextricable Ă  la façon des motifs directeurs ou leitmotiv dans la matière sonore du Ring, composent une unitĂ© et une cohĂ©rence souterraine, Ă  la fois fascinante et Ă©clairante.
L’intĂ©rĂŞt principal de la collection ainsi prĂ©sentĂ©e concerne la mise en contexte de chaque lettre retenue, prĂ©cisant les enjeux et la situation propre au moment de l’Ă©criture et de l’envoi. Le lecteur suit ainsi un cheminement artistique exceptionnel dont la portĂ©e critique et rĂ©formatrice sur la question de l’opĂ©ra est nĂ©e et portĂ©e par une irrĂ©sistible nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure. Wagner se rĂ©vèle dans ses Ă©lans, ses espoirs, ses positions tout au long d’une vie unique Ă  la fois, foudroyĂ©e et aussi sublimĂ©e, comptant ses gouffres dĂ©pressifs et ses sommets transcendants voire ses percĂ©es miraculeuses dont la rencontre providentielle avec le jeune roi Louis II de Bavière en 1864 ; la protection du souverain assure dĂ©sormais Ă  Wagner, la rĂ©alisation entière de tout l’Ĺ“uvre dont le Ring et le théâtre moderne destinĂ© Ă  l’accueillir, Bayreuth. Wagner se dĂ©voile vis Ă  vis entre autres de Liszt, Hanslick, Schumann, Mathilde Wesendonck, Hans von Bulow, Cosima, Nietzsche, Arrigo Boito, Otto von Bismark… sans omettre Johannes Brahms ou Eliza Wille ; la dĂ©testation de Mendelssohn, de Paris et de la France, la relation ambivalente et plutĂ´t critique Ă  Meyerbeer, … l’Ă©dification de Bayreuth, les derniers opĂ©ras, des MaĂ®tres Chanteurs Ă  Parsifal sans omettre Ă©videmment les quatre chapitres des Nibelungen sont clairement Ă©voquĂ©s et donc d’autant mieux ” expliquĂ©s ” sous la plume du maĂ®tre. L’apport est inestimable, sa formulation et prĂ©sentation indiscutable d’autant plus opportuns en cette annĂ©e Wagner 2013.

Christophe Looten: Bons baisers de Bayreuth. Lettres de Richard Wagner. Parution: février 2013. ISBN: 9782213671079. 404 pages. Prix indicatif: 26 euros.Editions Fayard, collection

Bicentenaire Wagner 1813-2013. Grand dossier

Grand dossier Richard Wagner 2013, spĂ©cial bicentenaire…

Richard Wagner 2013

Richard Wagner 2013

NĂ© en 1813 (le 22 mai Ă  Leipzig), dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Venise, le 13 fĂ©vrier 1883, Wagner est Ă  l’honneur en 2013: il s’agit de fĂŞter et le bicentenaire de sa naissance et les 130 ans de sa mort. Particulièrement critiquĂ©e et discutĂ©e, son Ĺ“uvre lyrique modifie en profondeur l’opĂ©ra, et dans sa conception dramatique et musicale, et dans les modalitĂ©s de sa reprĂ©sentation: jusqu’au concept d’orchestre placĂ© sous la scène, comme Ă  Bayreuth. Inventeur du spectacle total en particulier dans le cycle de l’Anneau du Nibelung, soit 4 opĂ©ras d’une durĂ©e globale de plus de 15 heures, Wagner rĂ©invente le théâtre lyrique Ă  la fin du XIXème siècle. Jamais l’orchestre n’a Ă©tĂ© si essentiel ni le chant, en vĂ©ritable fusion avec le tapis instrumental. Plus que jamais chez Wagner, prime l’accomplissement du drame qui infĂ©ode chant et dĂ©veloppement instrumental. C’est aussi un spectacle non plus dĂ©coratif, virtuose et divertissant mais conçu comme une initiation spirituelle adressĂ© au plus nombre. Wagner a donc interrogĂ© comme personne avant lui le langage, les moyens scĂ©niques mais aussi la finalitĂ© de l’opĂ©ra.

L’homme se prĂ©sente Ă  nous avec ses contradictions et ses engagements discutables vite rĂ©cupĂ©rĂ©s par les nazis qui en font leur emblème artistique (parmi d’autres compositeurs germaniques): icĂ´ne de l’artiste maudit incompris par la sociĂ©tĂ©, il fut un hĂ©doniste soucieux de son confort petit bourgeois; les lectures du Ring et des MaĂ®tres Chanteurs ont tissĂ© l’Ă©toffe d’un crĂ©ateur pangermaniste, annonciateur par son antisĂ©mitisme avĂ©rĂ©, des pires idĂ©ologies barbares après lui… C’est enfin un sĂ©ducteur Ă  la vie sentimentale chaotique, finalement assagie Ă  partir de sa rencontre avec la fille de Liszt, Cosima (alors mariĂ©e avec le chef Hans von Bulow, lui-mĂŞme wagnĂ©rien fervent).

Mais l’artiste et le crĂ©ateur sont indiscutables. Avant la rĂ©ussite sur le plan esthĂ©tique de La TĂ©tralogie, le choc de Tristan und Isolde (Munich, 1865) reste un jalon dĂ©cisif dans l’histoire de l’opĂ©ra : Ă©criture chromatique irrĂ©solue (le fameux accord de Tristan), orchestre omniprĂ©sent, expression directe du jaillissement de la psychĂ© oĂą mort et amour se confondent… plus aucun compositeur d’envergure n’Ă©crira de la mĂŞme façon après Tristan. Et tous les gĂ©nies ou grands crĂ©ateurs après Wagner, paieront directement ou indirectement leur dette Ă  Richard. S’il n’a pas de disciples manifestement dĂ©clarĂ©s ou reconnus par le maĂ®tre, son Ĺ“uvre influence tous les crĂ©ateurs Ă  partir des annĂ©es 1860… dont en France, une fièvre collective qui recueille avec discernement et originalitĂ© son apport grâce au fĂ©dĂ©rateur CĂ©sar Franck puis D’Indy, Chausson, Vierne  et jusqu’au Debussy des intermèdes de PellĂ©as et MĂ©lisande, sans omettre les moins connus dont Victorin Joncières, l’un de ses plus militants dĂ©fenseurs dans l’Hexagone.

Aujourd’hui il est temps de reprĂ©ciser voire nuancer certaines facettes de l’oeuvre et de la vie de Richard Wagner… A commencer par l’identification des grands thèmes de son théâtre lyrique, peu Ă  peu prĂ©cisĂ© au fur et Ă  mesure de ses ouvrages: de Rienzi, Le Vaisseau fantĂ´me, Tannhäuser, Lohengrin jusqu’Ă  Tristan, Der Ring et Parsifal, son ultime opĂ©ra : le statut de l’artiste, l’accomplissement irrĂ©solu du dĂ©sir, l’impossibilitĂ© de l’amour, mais surtout la compassion salvatrice et l’appel Ă  une nouvelle fraternitĂ©, sujets bien peu mis en avant, pourtant moteurs dans La TĂ©tralogie et particulièrement dans Parsifal… En vĂ©ritĂ©, il est temps de revenir Ă  un Wagner expurgĂ© des approches qui l’ont dĂ©naturĂ©: Wagner est bien le plus grand crĂ©ateur lyrique de tous les temps et mĂŞme le chantre de l’amour… aux cĂ´tĂ©s de l’acte II de Tristan, immersion dans l’extase amoureuse, le duo Sieglinde et Siegmund dans La Walkyrie (Première journĂ©e du Ring), comme dans Parsifal, l’Ă©volution du personnage clĂ© de Kundry, restent Ă  nos yeux, l’invention poĂ©tique la plus bouleversante de Wagner.

Tout au long de l’annĂ©e du centenaire Wagner 2013, Classiquenews dresse un bilan de l’oeuvre wagnĂ©rienne (opĂ©ras majeurs, dates biographiques dĂ©cisives, Ă©volution et accomplissements, contradictions de l’oeuvre, fils spirituels et dĂ©tracteurs…), tout en rĂ©capitulant les grands Ă©vĂ©nements lyriques Ă  ne pas manquer en 2013… C’est aussi plusieurs offres de voyages et Ă©vasions musicales qui vous permettront de vivre cette annĂ©e Wagner d’une manière inĂ©dite.

sommaire de notre dossier Wagner 2013

Richard WagnerTout au long de l’annĂ©e du centenaire Wagner 2013, Classiquenews dresse un bilan de l’oeuvre wagnĂ©rienne (opĂ©ras majeurs, dates biographiques dĂ©cisives, Ă©volution et accomplissements, contradictions de l’oeuvre, fils spirituels et dĂ©tracteurs…), tout en rĂ©capitulant les grands Ă©vĂ©nements lyriques Ă  ne pas manquer en 2013… C’est aussi plusieurs offres de voyages et Ă©vasions musicales qui vous permettront de vivre cette annĂ©e Wagner d’une manière inĂ©dite.

1. Les premières annĂ©es: Les FĂ©es, Rienzi… (1828-1842)
De Leipzig Ă  Paris (1839) et Dresde (1842), par Delphine Ralph

Avant de composer ses premiers opĂ©ras, Wagner est un jeune chef qui dirige de nombreux opĂ©ras dont il apprend le mĂ©tier, l’Ă©criture, les enjeux… vocaux comme dramatiques. Dès 15 ans Ă  Leipzig (1828), le jeune compositeur apprend l’Ă©criture musicale auprès de Theodor Weinlig, alors cantor Ă  Saint-Thomas. Une première Symphonie en ut (1831) dĂ©montre un tempĂ©rament très tĂ´t maĂ®trisĂ©: bavard, emportĂ©, entier et toujours Ă©pique.

2. Les années 1840 à Dresde: Rienzi, Le Vaisseau Fantôme, Tannhäuser et Lohengrin (1843-1848)

L’opĂ©ra romantique allemand selon Wagner, par Carl Fischer

En 1842, Rienzi avait marquĂ© une première synthèse indiscutable.  Mais mĂŞme s’il reste meyerbeerien, autant que beethovĂ©nien, Wagner change ensuite sa manière et la couleur de son inspiration avec Le Vaisseau fantĂ´me: il quitte l’histoire et ses rĂ©fĂ©rences naturellement pompeuses pour la lĂ©gende: Tannhäuser et surtout Lohengrin confirment cette direction poĂ©tique.

3. De Munich Ă  Bayreuth: l’accomplissement lyrique
Tristan und Isolde, Le Ring, Les MaĂ®tres chanteurs… (1857-1883)
les opéras de la maturité: Tristan, Le Ring, Parsifal par Lucas Irom

A partir de 1857, Wagner met de cĂ´tĂ© la composition du Ring pour se consacrer totalement Ă  Tristan und Isolde, composĂ© de 1857 Ă  1859: il est alors l’hĂ´te de ses protecteurs Otto et Mathilde Wesendonck…

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calendrier Wagner 2013

les 4 productions et événements  à ne pas manquer en 2013
2 Ring Ă  Paris puis Dijon, Tannhäuser Ă  l’OpĂ©ra du Rhin,…

Paris, Opéra Bastille

dossier Richard Wagner 2013, spĂ©cial bicentenaireLe Ring 2013 par Philippe Jordan (direction) et GĂĽnter Krämer (mise en scène): reprise contestĂ©e et pourtant pour nous attendue, la production du Ring Ă  Bastille reste l’une des rĂ©alisations de l’ère Joel, parmi les plus rĂ©ussies, en particulier pour L’Or du Rhin puis La Walkyrie.
L’Or du Rhin, Ă  partir 29 janvier 2013
Le festival Wagner: Der Ring 2013, l’intĂ©gralitĂ© de la TĂ©tralogie en continu (ou presque): les 18, 19 puis 23 et 26 juin 2013

Monte Carlo, Opéra

dossier Richard Wagner 2013, spécial bicentenairerécital lyrique Wagner
Auditorium Rainier III
les 8 et 10 février 2013
Jonas Alber, direction
Acte I de La Walkyrie
Acte II de Tristan und Isolde
Robert Dean Smith, Ann Petersen

Opéra du Rhin
Mulhouse et Strasbourg

dossier Richard Wagner 2013, spécial bicentenaireTannhäuser
Du 24 mars au 8 avril 2013
Constantin Trinks, direction
Keith Warner, mise en scène
Scott MacAllister (Tannhäuser)

coup de coeur classiquenews

le Ring 2013, made in Dijon

Richard Wagner 2013Le Ring 2013 par l’excellent Daniel Kawka, Der Ring des Nibelungen… Du 5 au 13 octobre 2012. On le savait wagnĂ©rien convaincu; son Tristan und Isolde (Olivier Py, mise en scène, juin 2009) prĂ©sentĂ© sur la scène du Théâtre Dijonais avait Ă©tĂ© saluĂ© par la rĂ©daction de classiquenews: aucun doute Daniel Kawka qui est aussi fondateur et chef principal de l’Ensemble Orchestral Contemporain reste le champion de cette annĂ©e Wagner Ă  venir en France: ne manquez  pas chaque volet de sa TĂ©tralogie: une rĂ©alisation d’ores et dĂ©jĂ  passionnante voire historique si le plateau vocal est Ă  la hauteur de l’exigence du maestro. Quoiqu’il en soit le geste du chef saura ciseler ce symphonisme ardent et chambriste dont il est l’un des rares Ă  possĂ©der la secrète alliance…  Du 5 au 13 octobre 2013. En lire +