COMPTE-RENDU, concert. MONTPELLIER, le 13 juil 2019. Les Voix du Nord. MARKEAS / DAVID (créations). La Main Harmonique.

montpellier concert creation Bastien_DAVID Umbilicus RupestrisCOMPTE-RENDU, concert, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Opéra Comédie, le 13 juillet 2019. Les Voix du Nord. Alexandros MARKEAS et Bastien DAVID (créations). La Main Harmonique, Frédéric Bétous. Commençons par les deux créations de ce soir, avant de revenir au programme de musique ancienne qui leur sert de faire valoir. Du compositeur franco-grec Alexandros Markeas, « Manif » laisse perplexe. Les sons de la révolte, ayant recours à de multiples émissions vocales, rappellent étrangement les productions du GRM du temps de Guy Reibel, et n’ont ni la puissance, ni la cohésion nécessaire pour que dix voix suffisent à suggérer un mouvement de contestation. Le clin d’œil à la Bataille de Marignan (Janequin), dont les onomatopées semblent servir de modèle, fait sourire.

L’ennui naquit de l’uniformité…

Le sextuor vocal Ă©crit pour La Main harmonique par Bastien David est d’une toute autre nature. Les voix sont dĂ©formĂ©es Ă  souhait – naturellement – et accompagnĂ©es de sons Ă©tranges (bol tibĂ©tain) ou percussifs. IntitulĂ©e Umbilicus rupestris (communĂ©ment appelĂ©e Nombril de VĂ©nus), du nom d’une plante singulière, l’ Ĺ“uvre, non moins singulière, a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e la veille Ă  l’abbatiale de Saint-Gilles du Gard. L’étrangetĂ© de cette musique, le caractère irrĂ©el de ses timbres, son Ă©volution constante retiennent l’attention et nous entraĂ®nent dans des visions oniriques.

On comprend mal la logique qui gouverne le choix et l’agencement du programme de musique ancienne : plus d’un siècle de production polyphonique, faisant une part égale aux franco-flamands et à ceux de la Réforme, au latin, au français et à l’allemand, mêlant pièces sacrées et profanes. La plupart de ces œuvres sont antérieures au Concile de Trente, ou non concernées par ses décisions musicales, puisque relevant d’églises nées de la Réforme. Malgré la diversité de leur objet, de leur contexte temporel et musical, tout est interprété de façon uniforme, avec une doublure ou un complément constant de l’orgue, même là où on ne l’attend pas. Certes, le professionnalisme des interprètes est source de satisfaction, comme le fait de retrouver nombre d’œuvres connues, mais il se dégage une certaine monotonie liée au caractère compassé donné à chacune des œuvres.

« Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes :
Vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui naquit un jour de l’uniformité. »
(Antoine Houdar de la Motte – Fables nouvelles, 1719)

Nous n’énumérerons pas les œuvres inscrites au programme. Signalons cependant la complexité polyphonique qu’elles ont en partage, tout en relevant de styles différents. Pourquoi chanter la célèbre chanson « Mille regretz » (ici dans la version de Gombert), de caractère intime, comme un motet de Schütz où la plénitude est de mise ? Le chromatisme ascendant de Mirabile mysterium, de Gallus, appelle, avec le texte, une expression qui outrepasse celle du plain chant… Attachés à leur partition, peu stimulés par une direction largement inexpressive, les chanteurs ne s’épanouissent guère. Dommage.

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COMPTE-RENDU, concert, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Opéra Comédie, le 13 juillet 2019. Les Voix du Nord, Alexandros MARKEAS et Bastien DAVID (créations). La Main Harmonique, Frédéric Bétous. Illustration : le compositeur Bastien DAVID (DR)